C. CHEVALET D. BOICHARD
INRA Laboratoire de
Génétique
cellulaire BP 27 31326 Castanet-Tolosan Cedex4" INRA Station de
Génétique quantitative
etappliquée
78352Jouy-en-Josas
CedexApports actuels et futurs des
marqueurs génétiques dans
l’amélioration des populations
animales
Utilisation des
marqueurs pour localiser les gènes responsables de
la variabilité des
caractères quantitatifs (QTL)
Résumé.
Cet articlerappelé
tout d’abord les conditionsexpérimentales qui
ontpermis,
chez lesplantes,
la localisation degènes ay ant
deseffets
sur des caractèresquantitatifs,
ensoulignant l’importance
de la notion dedéséquilibre
de liaison. Les situationsqui permettent
de s’enrapprocher
dans les
populations
animales sont ensuiteévoquées :
croisement entre raceséloignées,
localisationd’un gène majeur
attribué à une mutationrécente, déséquilibre
aléatoireinduit par
laconsanguinité
oudéséquilibre s l stématique
dû à lasélection,
études desegrégation intra-familiales.
L’ordre degrandeur
des
effectifs
d animauxqu’il
sera nécessaire detyper
et d’observer estindiqué,
enfonction
du nombre etde
l’importance
desgènes quantitatifs
à détecter.Où sont situés les
gènes responsables
de la varia- bilitégénétique
d’un caractèrequantitatif ?
La ques- tion a étédepuis longtemps envisagée
enGénétique
Humaine pour rechercher une liaison entre un mar-
queur et le
gène responsable
d’une maladie (Elston 1981). EnGénétique Appliquée
celacorrespond
à ungène majeur.
Dans une situation stricte deGénétique Quantitative
on ne connait pas apriori
degène,
la variabilitégénétique
ne se manifeste pas par lapré-
sence d’allèles en
ségrégation
mais par l’existence d’une variancegénétique,
mesurable par une métho- destatistique.
Laquestion
devient : le marqueur est- il lié à ungène responsable
d’une certaine fraction de la variabilitégénétique
d’un caractèrequantitatif ?
Tant
qu’on
n’adisposé
que de marqueursisolés,
lesréponses
sont demeurées souventambigües,
car il estimpossible
de trancher entre un marqueurproche
d’un
gène
à faibleeffet,
et un marqueuréloigné
d’ungène
à fort effet (Soller et Genizi 1978). Onpeut
maintenant
imaginer
que l’ondispose
d’unepanoplie
de marqueurs, bien
répartis
sur tous les chromo-somes, assez
proches
les uns des autres, bienpoly- morphes,
de telle sorte que cesambiguités puissent
être levées.
1 / Raison d’un succès
chez les plantes
La
première
localisationsystématique
degènes impliqués
dans des caractèresquantitatifs
a été réus-sie chez la Tomate. La méthode
s’appuie
sur unréseau
moyennement
dense de marqueurs (20 cM enmoyenne entre deux
marqueurs),
et sur une situationexpérimentale qui
permetd’exploiter
ledéséquilibre
de liaison existant entre les locus marqueurs et les
locus à effets
quantitatifs
(Lander et Botstein1989,
Paterson et al 1988).
La
figure
1 illustre la situation dedéséquilibre
obtenue par le croisement de deux
lignées
pures. Aux marqueurspris
encompte,
comme aux locusquanti-
tatifs
recherchés,
leslignées
pures sont caractérisées par des allèles différents. Chez laplante hybride F1,
tous les allèles d’un
parent
sontportés
par un même lotchromosomique,
que ce soient les allèles des mar-queurs
(A,
a pour leparent 1 ; B,
1! pour leparent
2)ou les allèles du locus
quantitatif (Q
issu duparent 1 ;
R issu duparent
2). Si les locus(A,B)
et(Q,R)
sontproches,
lesgamètes produits
par uneplante
F1 sont enmajorité
destypes parentaux [A(a]
ou
[BR],
tandisqu’une
faibleproportion (égale
autaux de recombinaison) sont des
types
recombinés [AR] et[BQ].
Parconséquent,
si dans les descen- dances F2 lacomparaison
entre lesplantes
degéno- types [AA], [AB],
ou [BB]indique
une différencesignificative,
on peut conclure que auvoisinage
dulocus marqueur
(A,B),
il existe un locus dont les allèles ont des effets différents sur le caractère. Deplus
les différences entre les moyennes desplantes
des trois
génotypes permettent
d’évaluer l’effet quan- titatif de la substitution d’un allèle par un autre, et de tester si l’un des allèlesquantitatifs
est dominantou récessif par
rapport
à l’autre. Enréalité,
en tra- vaillant avec une carte de marqueurs assezdense,
onne considère pas
simplement
desgénotypes
en unlocus,
mais deshaplotypes correspondant
à des locusadjacents :
celapermet
d’avoir des résultats avec des effectifsmoindres,
et de localiser les locusquantita-
tifs entre deux marqueurs.
Au moins pour certaines
espèces diploïdes
et auto-games, cette
méthodologie
est trèspuissante.
Ellepermet
des localisations très fines desgènes quanti- tatifs,
elle fournit une mesurequantitative
des effetsdes
allèles,
et lesdéséquilibres
entre marqueurs et allèlesquantitatifs peuvent
être ensuite directement utiliséspendant quelques générations
pour introdui-re un allèle
quantitatif d’une
variété dans une autre.L’existence du
déséquilibre
initial est une condi-tion nécessaire à la mise en oeuvre de cette méthodo-
logie.
Si l’on considère un marqueur(a,13)
sur unautre chromosome
(figure 1),
lességrégations
indé-pendantes répartissent
les allèlesquantitatifs Q
et Rentre les
génotypes (a,a), (a,13)
et(13,B).
Il en serait demême si les individus F1 de la
figure
1 étaient nésd’accouplements
au hasard entre individus d’une mêmegrande population
&dquo;enéquilibre&dquo;,
où iln’y
apas de
déséquilibre
de liaison. Si parexemple
on sup- posequ’il
y aéquilibre
de liaison entre un locus mar-queur
(A,B)
et le locusquantitatif (Q,R),
les fré-quences des
génotypes
semaintiennent,
au cours desgénérations, égales
auxproduits
desfréquences
allé-liques, quel
que soit le taux de recombinaison (r)entre les locus. Dans ce cas, aucune association entre le marqueur et le locus
quantitatif ne
peut être détec- tée encomparant
les moyennes des individus de diffé- rentsgénotypes
au locus marqueur.La recherche des conditions
d’apparition
d’un désé-quilibre
de liaison est donc uneétape capitale
pourentreprendre
une recherche desgènes quantitatifs.
2 / Sources d’un déséquilibre
de liaison dans
unepopulation animale
Comme on ne
peut
créer delignées
pures chez lesanimaux,
sauf chez lasouris,
il faut soit tirerparti
desituations
particulières
soit sélectionner des situa- tionsexpérimentales
pour isoler dessous-populations
au sein
desquelles
existe undéséquilibre
de liaison.2.1 / Croisements
entre races(exemple :
porcsLW
xMS)
Un croisement révélant des différences
génétiques importantes
pourplusieurs
caratèresquantitatifs
constitue une situation
expérimentale analogue
aucroisement de
lignées.
Une différence notable estcependant
que dans chacune des deux races, il existeune variabilité
génétique
engénéral importante, qui
peut se manifester aussi bien aux locus marqueursqu’aux
locusquantitatifs :
enchaque
locus ons’attend à trouver
plusieurs
allèles danschaque population.
En outre la différencegénétique
entre lesdeux
populations peut correspondre
seulement à desfréquences alléliques différentes,
et non à laprésence
d’allèles différents et
spécifiques
despopulations.
Ilsemble dans cette situation
qu’une première exigence expérimentale
serait de choisir des marqueurs tels quechaque population
soit caractérisée par des ensembles différentsd’allèles,
de sorte que dans la descendance onpuisse
déterminer sansambiguité l’origine
desgènes
marqueurs. En cequi
concerne leslocus
quantitatifs,
on nepeut
rien affirmer : notam-ment, si des allèles
quantitatifs
sont communs auxdeux
populations,
lesdéséquilibres
de liaison neseront pas maximaux. La
conséquence statistique
est,à effectifs
égaux,
uneperte
depuissance :
on augmen-te le
risque
de manquer une association marqueur- caractèrequantitatif.
2.2
/ Mutations récentes
(exemples : Hal, Booroola)
Si l’on suppose
qu’un gène majeur correspond
àune mutation récente et
unique
dans unepopulation,
on
peut espérer
trouver une association entre ce locus et des marqueurs voisins. En effet si la mutation estunique,
l’allèle mutant est associé àl’origine
avec unhaplotype particulier
pour lesgènes
voisins. Aussilongtemps
que les recombinaisons ne l’auront pascomplètement détruit,
il caractérisera les individus mutants. Inversement des individusprésentant
cethaplotype
ne sont pas nécessairement porteurs de lamutation,
mais il constitue une indication très forte s’il est défini parplusieurs
locus marqueurs forte- ment liés. Du fait desrecombinaisons,
l’allèle mutantau locus
majeur
se trouveprogressivement
associé àdes
haplotypes
différents : la découverte de cetype
d’association n’est doncpossible
que dans un délairelativement court
après l’apparition
de la mutation.On
peut
se ramener artificiellement à cette situationen considérant la descendance d’un
reproducteur
por- teur de la mutation.2.3 / Dérive aléatoire
etconsanguinité
Sans sélection et dans une
grande population,
onattend des
déséquilibres
nuls entre deux locusquel-
conques. Cela reste vrai en moyenne si la
population
est
petite.
Dans unepetite population
de Nindividus,
il
n’y
aplace
que pour un nombre fini d’allèles àchaque
locus :partant
du maximum de 2N à lagéné-
ration
initiale,
leur nombre décroitrapidement
pour aboutir à la fixation au bout d’un temps moyen de l’ordre de 4 Ngénérations.
Sur unsegment
corres-pondant
à un taux de recombinaison r, le nombre desegments
différents (allèlesapparents
pour leshaplo- types
sur cesegment)
estégalement
limité.Si,
parexemple,
avec 5 locuspolymorphes ayant
4 allèles par locus (microsatellites) lelong
d’un segment de 5centiMorgans,
on ne trouvequ’une
dizained’haplo-
types distincts, parmi
les 1024possibles,
il existenécessairement des
déséquilibres
deliaison, qui
peu- vent êtreexploités
pour rechercher des associations.Cet effet ne semble utilisable que pour des liaisons très fortes.
2.4 / Sélection
Une source de liaison
systématique
est la sélec-tion. Le
phénomène
estsusceptible d’amplifier
desdéséquilibres
apparus par hasard. Si ungène
ou unepetite région chromosomique
estresponsable
de lavariabilité d’un caractère
quantitatif qui
a été sélec-tionné
depuis plusieurs générations,
la sélection des allèles favorables entraîne la sélection corrélative de certains allèles en des locus voisins neutres. Ce méca- nisme estsusceptible d’amplifier,
mais non de créer, desdéséquilibres
de liaison entre allèlesquantitatifs
et allèles neutres en des locus voisins.
2.5 / Etudes intra-familiales
(analyse de ségrégation)
Si l’on suppose
qu’il
y aéquilibre
de liaison entre les marqueurs et lesQTL,
seule uneanalyse
intra-famille est
pertinente.
Un schémasimple,
utilisantdes familles de demi-frères est illustré en
figure
2.Dans la descendance d’un
reproducteur hétérozygote
pour un marqueur
(A,B),
on compare lesphénotypes
des descendants
qui
ont reçu l’allèle (A) ou l’allèle (B). Une différencesignificative indique qu’un
locusquantitatif
variable aségrégé conjointement
avec lemarqueur. Dans cette
approche
on n’attribue pas d’effetquantitatif
à un allèle marqueur : ces effets nepeuvent
être définisqu’intra famille,
car un mêmeallèle marqueur (A) peut être associé à un allèle favo- rable dans une famille et défavorable dans une autre.
Dans cette
approche
un certain nombre de familles sont noninformatives,
pourchaque
marqueur : celles où lepère
esthomozygote
au locus marqueur (on nepeut
pas classer les descendants) ou au locusquanti-
tatif (les descendants ont tous reçu le même allèle
quantitatif
de leurpère).
La méthode est d’autantplus
efficace que l’ondispose
de marqueurs trèspoly- morphes
etcodominants,
et que le caractèreanalysé
a une héritabilité
plus
élevée. Uneapplication parti-
culière de cette méthode (Weller) en race Holstein (Cowan et al) a
permis
de détecter unQTL
de laquantité
de lait à l’aide dupolymorphisme
dugène
dela
prolactine : chaque
famille de demi-frères est constituée par lesquelques
centaines de taureauxqui
sont fils d’un
taureau-élite,
etchaque
fils est testésur descendance sur 50 à 100 filles. Le caractère étu- dié (index sur descendance) a une héritabilité
élevée,
et le nombre d’animaux à
typer
est restreint aux tau-reaux.
Conclusion
Le choix d’une méthode et du matériel animal
dépendent
del’usage
attendu de ces localisations deQTL,
car les informations obtenues ne sont paséqui-
valentes.
La méthode utilisant le
déséquilibre
induit par le croisement identifie desrégions
et associe des effetsaux allèles marqueurs, valables pour les croisements réalisés seulement : ces
régions peuvent
ne révéleraucune variabilité
quantitative
dans une autre popu-lation. Les effectifs nécessaires (Lande et
Thompson
1990) en admettant une couverture &dquo;assez dense&dquo;sont relativement
abordables,
ilsdépendent
de l’héri-tabilité et du nombre (ou de
l’importance)
desQTL responsables
de la variation du caractère (tableau 1).Dans les
populations animales, l’approche
intrafamiliale semble la mieux
appropriée, malgré
sapuis-
sance faible. Elle est
susceptible
de révéler desrégions importantes
dans lapopulation étudiée,
maisl’évaluation des effets doit être mise à
jour
continû-ment. Les effectifs nécessaires sont en moyenne
plus
élevés. Le schéma de Weller
permet
de limiter le nombre d’animaux à tester à l’ordre dumillier, grâce
au
testage
surdescendance,
pour détecter unQTL
assez
important
(effet de0,5 écart-type phénoty- pique).
Dans une situation où seules lesperformances
individuelles des descendants sont
mesurées,
il fauttester environ 20000 animaux
répartis
en 1500familles de demi-frères pour détecter un
QTL
corres-pondant
à0,2 écart-type,
avec un marqueur trèsproche.
Un
gène impliqué
dansl’expression
d’un caractèrequantitatif peut
être localisé seulement s’ilprésente plusieurs
formes allèlescorrespondant
à des niveaux différents du caractère : le caractère doitprésenter
une variabilité
génétique
entre les individus obser- vés. D’autresgènes importants
dans le déterminisme du caractèrepeuvent
ne pas être découverts par cette méthode si tous les individus observésportent
leRéférences bibliographiques
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Segregation
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