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HISTOIRE DES NOIRS D'AFRIQUE

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HISTOIRE DES NOIRS D'AFRIQUE

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DU MÊME AUTEUR

Les Tribus du Rameau Lobi, Publications de l'Institut d'Ethnolo- gie, 1931.

Les Manding et leur langue, Larose, 1934.

Manteil, explorateur et soldat, Berger-Levrault, 1937.

Le Cameroun, Publications du Centre d'Études de Politique Étrangère, Hartmann, 1937.

Paysans d'Afrique Occidentale, Gallimard, 1941.

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« QUE SAIS-JE ? »

LE POINT DES CONNAISSANCES ACTUELLES

HISTOIRE NOIRS D'AFRIQUE DES

par

Henri LABOURET

Ancien directeur de l'Institut International des Langues et Civilisations africaines

PRESSES UNIVERSITAIRES DE FRANCE 108, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS

1950

QUINZIÈME MILLE

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DÉPOT LÉGAL 1 édition . . . 3e trimestre 1946 2e — . . . 2 — 1950

TOUS DROITS

de traduction, de reproduction et d'adaptation réservés pour tous pays COPYRIGHT by Presses Universitaires de France, 1946

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INTRODUCTION La préhistoire africaine

Tenant compte des phénomènes géologiques, cos- miques et des documents divers exhumés par la paléontologie, interprétant avec prudence les traces laissées par les activités des hommes dans le passé le plus reculé, des savants ont pu dresser un tableau relativement détaillé des races humaines, des techniques découvertes et pratiquées successive- ment par elles. Leurs recherches, qui portèrent il y a un siècle sur les contrées de l'Europe, se sont éten- dues peu à peu aux régions les plus lointaines du monde. Grâce à elles, nous pouvons suivre pas à pas la lente évolution de nos ancêtres. A chaque étape on enregistre les progrès réalisés depuis l'époque des bifaces taillés à grands éclats, trouvés dans les sablonnières de Chelles et de Saint-Acheul d'où ils tirent leur nom, jusqu'à celles des pièces finement travaillées du néolithique et de la poterie. La pré- sence de ces instruments à des niveaux où se ren- contrent les ossements fossiles d'une faune, dont on connaît l'évolution, permet de les dater avec certitude.

Les hommes du paléolithique ancien nous sont connus par quelques vestiges (fragments de mâchoire inférieure et de crâne) qui offrent un remarquable caractère de brutalité. Au paléolithique moyen apparaît un individu à peine moins grossier, mais

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plus habile, auteur du délicat outillage moustiérien.

Enfin au paléolithique supérieur les hommes de l'âge du Renne éliminent à peu près complètement leurs prédécesseurs. Ils se partagent en trois rameaux distincts, ceux de Cro-Magnon, de Chancelade et de Grimaldi, qui possèdent des affinités avec les repré- sentants des races blanche, jaune et négroïde, sans que l'on puisse les rattacher expressément à l'une ou à l'autre.

Les recherches, effectuées jusqu'ici en Afrique, ont permis de retrouver au Sud du Sahara et jus- qu'au Cap de Bonne-Espérance, la même succession de techniques, établie par des observations stra- tigraphiques assez nombreuses. On y rencontre notamment un paléolithique ancien très semblable au nôtre, un mésolithique passant au néolithique avec l'introduction de la poterie. L'Afrique centrale et la région congolaise, qui restent les moins pros- pectées en dépit de récents travaux, ont révélé l'existence de bifaces chelléo-acheuléens et de pièces qui évoluent régulièrement vers un néolithique à pointes de flèches pédonculées.

En dehors de cet outillage varié, l'Afrique a fourni, depuis une quarantaine d'années, à la curiosité des chercheurs d'assez nombreux vestiges humains recueillis notamment à l'Est du Tchad, au Nord-est de Tombouctou, en Afrique orientale, en Rhodésie, en Afrique du Sud. Quelques-uns de ces ossements appartiennent à des squelettes à peu près complets, la plupart sont bien conservés. Ils étaient entourés des restes d'une faune qui les date avec une approximation suffisante. Leur étude attentive a permis de déterminer avec certitude qu'aucun de ces vestiges n'appartient à un Nègre du type actuel ou d'un type voisin. Par contre, tous offrent des carac- tères communs avec ceux des hommes de Néander-

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thal, de Cro-Magnon et des Négroïdes de l'Europe méridionale exhumés dans les grottes de Grimaldi, près de Menton. On sait que ces derniers se sont transformés par mutations prolongées, mais que l'on retrouve aujourd'hui encore certains de leurs caractères parmi des populations de France, d'Italie, des Balkans. Puisque jusqu'à présent aucun sque- lette fossile de Nègre n'a jamais pu être découvert, il est permis de se demander, avec MM. Boule et Vallois, si les Négroïdes de Grimaldi, qui se sont modifiés en Europe, n'ont pas subi, au contraire, en Afrique une sorte d'orthogénèse des caractères spécifiquement nègres, qui en a fait après des millénaires les Noirs actuels. Cette transformation sur place n'exclut pas la possibilité de migrations de Mélanides issues de l'Asie sud-orientale, comme certains l'ont suggéré.

Mais, quelle que soit l'époque à laquelle le Noir est apparu en Afrique et s'y est multiplié, il est certain qu'il s'y est trouvé en contact avec d'autres hommes qui ont eu une influence manifeste sur sa destinée. Ce sont les Hamites, ancêtres des Berbères.

Ils se partagent en deux groupes principaux. Le premier, qualifié parfois d'occidental, englobe les habitants de la Libye, de la Tunisie, de l'Algérie, du Maroc, les populations du Sahara mauritanien et soudanais, Maures et Touareg, celles du Sahara central, Téda ou Tibou. La seconde fraction, celle des Hamites orientaux, comprend les Egyptiens anciens et modernes, les Bedja, les Nubiens, les Galla, les Somali, les Danakil. Les uns et les autres se sont probablement avancés beaucoup plus loin vers le Sud qu'on ne le supposait autrefois.

La géologie et la géographie attestent la pré- sence au quaternaire, dans les régions actuelles du Sahara et du Soudan, de cours d'eau puis-

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sants, issus des chaînes de l'Atlas, des massifs du Hoggar, et dont les vallées fossiles sont encore profondément marquées sur le terrain, comme celle de l'Igharghar par exemple. Le désert, qui s'étend aujourd'hui entre la Berbérie et l'Afrique tropicale, possédait autrefois une flore et une faune également riches en espèces des pays chauds, quelques-unes, répandues dans le Nord ont survécu jusqu'à une époque récente, puisque les Romains chasseurs d'ivoire y ont exterminé les derniers éléphants car- thaginois. On imagine avec peine que ces contrées, déshéritées et desséchées à notre époque, aient jamais pu abriter et nourrir des hommes, et cependant la pré- sence d'une population assez nombreuse, y est affir- mée à la période néolithique par l'existence d'une double industrie. Dans le Sud la découverte de haches polies globuleuses, de meules dormantes, de broyeurs, en général d'instruments lourds, difficiles à transporter, révèle les activités de cultivateurs, ancêtres présumés des Nègres actuels. Dans le Nord au contraire l'outillage et l'armement comprennent surtout des lames, des couteaux, des pointes de jave- lines et de flèches, tous objets répondant aux besoins de chasseurs, de guerriers, peut-être de pasteurs, se déplaçant souvent et recherchant un équipement léger. On suppose que les auteurs de cette industrie étaient les ancêtres des Berbères actuels. Il est assez difficile de tracer la limite exacte entre ces deux civilisations, cependant Gsell estime que, jusqu'à la fin de l'Empire romain, de petites communautés noires vivaient dispersées sur toute l'étendue du Sahara et la majorité de la Berbèrie, dont les Hamites occidentaux occupaient seulement les côtes. Ces Blancs étaient séparés des « Ethiopiens » par l'Oued Djedi, qui prend sa source vers Laghouat et aboutit aux grands chotts au Sud de Biskra.

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Le milieu géographique et les civilisations Les données de la Préhistoire africaine éclairent certains phénomènes historiques, mais ceux-ci demeu- reraient incompréhensibles, s'ils n'étaient pas enca- drés dans le milieu particulier où ils se sont mani- festés. Dans un livre récent Les Races humaines H.-V. Vallois montre comment les Mélano-Africains, habitant au Sud du Sahara, se décomposent en un certain nombre de sous-races auxquelles des appel- lations géographiques sont attribuées : sous-races soudanaise, nilotique, guinéenne, congolaise, sud- africaine, on y joint la sous-race négrille et la sous- race khoisan ou stéatopyge ou boschimane. Chacune d'elles, influencée par le milieu qui l'entoure et les ressources qu'il procure, par ses traditions, par l'action de ses voisins, par des événements d'ordre historique ou économique, a développé une civi- lisation particulière, caractérisée par un certain nombre de faits remarquables, de « traits de cul- ture », qui lui modèlent une physionomie propre.

Dans les pays de steppes et de savanes où l'année comporte une longue saison sèche et une période de pluies, des chasseurs, des éleveurs de bétail, des cultivateurs de céréales ont vécu depuis une anti- quité reculée, sans que l'on puisse déterminer avec certitude s'il y a eu passage direct d'un genre d'existence à un autre. C'est une contrée bien déga- gée, par suite favorable aux emprunts, aux échanges, aux entreprises politiques et guerrières. C'est de tout le continent celle qui a subi le plus l'in- fluence méditerranéenne. Des Etats puissants s'y sont développés, qui s'intègrent dans des sous-sec- teurs, domaines des sous-races formant la famille soudanaise.

En descendant vers le Sud, on rencontre une

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végétation de plus en plus dense, marquant la tran- sition entre la steppe et la forêt tropicale, et déli-

Carte 1. — Climats et végétation de l'Afrique 1. Zone équatoriale ; 2. Zone tropicale (savanes arrosées) ; 3. Zone tropicale à mimosées et épineux ; 4. Steppes désertiques ; 5. Déserts ; 6. Plaines à alfa de l'Afrique du Nord et plaines de l'Afrique australe ; 7. Zone de végétation méditerranéenne ; 8. Végétation de montagne ; 9. Forêts sub-tropicales de l'Afrique australe.

mitant la zone occupée par les représentants des sous-races guinéenne et congolaise septentrionale, du littoral du golfe de Guinée jusqu'aux grands lacs de l'Est. La mouche tsétsé, y interdit l'élevage ;

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l'abondance des pluies empêche la culture des cé- réales, qui est remplacée par celle des tubercules, des racines d'ignames ou de manioc ; on utilise de plus en plus les ressources de la forêt, tout en gardant cer- taines pratiques soudanaises. Les emprunts méditer- ranéens restent fréquents, mais les grandes entre- prises guerrières sont limitées, les Etats n'ont ni l'ampleur, ni la puissance des Etats soudanais.

Plus au Sud encore des précipitations atmosphé- riques massives durant presque toute l'année, caractérisent, avec la forêt dense, un nouveau secteur qui couvre le milieu de l'Afrique, de l'Atlan- tique aux grands lacs. Une civilisation particulière y apparaît, elle utilise au maximum les ressources végétales, mais se subdivise en provinces, moins influencées par des emprunts réciproques à cause de la difficulté des liaisons. Le particularisme y est plus marqué, les chefferies moins étendues, les grands Etats rares.

Si l'on franchit la lisière méridionale de la forêt, on retrouve la zone intermédiaire mentionnée plus haut et offrant les mêmes caractères que la précé- dente, pour retomber, après l'avoir traversée, dans les steppes annonçant le désert méridional, le Kalahari.

Les contacts et les emprunts extérieurs en Afrique Tropicale L'archéologie, l'anthropologie, la Préhistoire, nous enseignent que des populations de race noire, répandues dans une grande partie de la Berbérie, se trouvèrent en contact pendant des millénaires avec des hommes de race blanche, bénéficiant ainsi, d'une manière indirecte, de la civilisation méditerranéenne alors au début de son essor. Dès cette époque des

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métissages intervinrent, ils se multiplièrent dans la suite, entre représentants des deux races. Au Sahara occidental ou central, les Berbères, et plus tard les Arabes, venus du Nord ont exercé une pression constante, sur leurs voisins Nègres. Ceux-ci ont été progressivement refoulés des Hauts-Plateaux et des contreforts de l'Atlas vers le Sud, par les Blancs, parvenus eux-mêmes, entre le IX et le X s. sur le cours moyen du Sénégal, du Niger et dans le Bassin du Tchad. Cette nouvelle phase, accélérée par le desséchement de vastes contrées jusqu'alors fertiles, fut accompagnée de nouveaux mélanges dont les anthropologues retrouvent aujour- d'hui la trace en Afrique tropicale. D'autre part la pratique de la traite, qui s'institua de bonne heure contribua dans une large mesure à les intensifier.

Les métissages humains ont entraîné des emprunts alimentaires. L'Afrique de l'Antiquité était extrê- mement pauvre en moyens de nourriture ; elle a amélioré peu à peu sa situation en cultivant un grand nombre de plantes utiles qui lui venaient d'Asie par l'Egypte, la Berbérie et le Sahel : l'Hi- biscus dont on tire une fibre solide, le coton, le henné, l'indigotier, des légumes comme le gombo, l'auber- gine, le taro, le dolique, le pois, la fève, l'oignon, l'ail, le melon, la courge, le bananier, plusieurs variétés d'ignames, l'oranger, le citronnier, le man- guier, le cocotier. A cette liste incomplète il faut ajouter les plantes introduites depuis la découverte de l'Amérique comme le maïs, la patate, le haricot, l'arachide, la tomate. Tous ces apports, utilisés avec intelligence, ont permis aux Noirs d'augmen- ter et de varier une nourriture jusqu'alors très insuffisante. Beaucoup plus tard l'Afrique centrale reçut de l'Asie le poulet, le mouton à poil jarreux, la chèvre et le boeuf à bosse.

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1950. — Imprimerie des Presses Universitaires de France. — Vendôme (France)

ÉDIT. N° 22.525 IMP. N° 12.206

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