Les étudiants d aujourd hui dans le monde d aujourd hui

Texte intégral

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informateur l' Magazine d’information continue

Volume 12 • Numéro 2 • Février 2021

Les étudiants d’aujourd’hui dans le monde

d’aujourd’hui

500 $ PAR SEMAINE POUR SE REQUALIFIER

La pandémie

UNE OPPORTUNITÉ DE

REPENSER LE MARCHÉ

DU TRAVAIL

LES ROBOTS SONT

(PRESQUE) MEILLEURS

QUE VOUS

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célébrons l’évol ut ion

16, 17 et 18 juin 2021 HÔTEL CHÉRIBOURG—Magog

52 e CONGRÈS La décision

finale sera prise en mars

ou avril.

À suivre !

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Bonjour à toutes et à tous,

Quelle année 2020 ! Et quel début d’année 2021 ! Malgré tout, il faut garder espoir en faisant les efforts quant à respecter intégralement les consignes du gouvernement et de la santé publique. Avec les vaccins, il y a une lueur au bout du tunnel, aussi faut-il s’accrocher !

MOT DU PRÉSIDENT

D e ce fait, je ne vous annonce pas la reprise normale de nos Colloques, Congrès et autres activités, mais je souhaite ardemment pouvoir faire des activités en présentiel le plus tôt possible. Soyez assurés que nous surveillons de près les directives du gouvernement et que nous serons prêts le moment venu.

Pendant ce temps, soyez prudents et respectez les consignes pour vous maintenir en santé afin de poursuivre votre soutien et votre accompagnement auprès de nos jeunes et de nos adultes. Le décrochage scolaire est en grande progression.

L’anxiété, la démotivation, la détresse et l’inquiétude quant au choix de carrière, nous demandent d’être les personnes les plus signifiantes pour elles et eux. Vous êtes, comme dans les services de santé, des anges gardiens qui risquent de faire la différence. C’est tout un contrat, mais vous êtes capables.

De notre côté, nous soutenons le fort afin d’être prêts à offrir les formations dont vous avez besoin. Gardez le moral et au besoin faites-nous signe pour de l’aide et du soutien. Ensemble nous allons traverser cette épreuve et très bientôt nous en parlerons au passé dans le cadre d’événements présentiels.

PORTEZ-VOUS BIEN ! •

Gaston Leclerc, président

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SOMMAIRE

En couverture

5 LES ÉTUDIANTS D’AUJOURD’HUI DANS LE MONDE D’AUJOURD’HUI

13 500 $ PAR SEMAINE POUR SE REQUALIFIER 17 LA PANDÉMIE : UNE OPPORTUNITÉ DE REPENSER LE MARCHÉ DU TRAVAIL

35 LES ROBOTS SONT (PRESQUE) MEILLEURS QUE VOUS

Chroniques

3 Mot du président Rubriques

27 Tendance | Éduquer au numérique 42 Colloque sur l’approche orientante 2021

2 Congrès 2021

Articles

9 Les jeunes durement affectés par la pandémie 15 Histoire vraie : j’ai décroché l’emploi de mes rêves

19 Cours à distance inspirés des jeux vidéo 41 Qu’est-ce qui peut pousser un adolescent à abandonner le secondaire ?

45 Quel salaire pour quel métier ? 48 Liste des partenaires

801, rue des Agates, Québec (QUÉBEC)

G2L 2N4

Téléphone : 418 847-1781 Télécopieur : 418 634-0566 Courriel : aqisep@bellnet.ca Site Web : www.aqisep.qc.ca

Convention de la poste-publication | no. 40037496

techniques Les d’intelligence artificielle 1. La principale contribution de l’IA au logiciel d’éducation et d’entraînement est la possibilité de

modéliser l’expertise.

2. Cette expertise modélisée permet au système de conduire des interactions qui ne pourraient pas

l’être si le système travaillait avec des solutions

préenregistrées.

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LES ÉTUDIANTS D’AUJOURD’HUI DANS LE MONDE D’AUJOURD’HUI

Un portrait de la génération Z avec Mme Marie-Ève Blackburn, Ph. D., cotitulaire, Chaire de recherche VISAJ, chercheuse à Écobes Recherche et transfert du Cégep de Jonquière.

MILLÉNIAUX, GÉNÉRATION Z ET COMPAGNIE…

On entend souvent parler des milléniaux et de la génération Y ou Z. Comment s’y retrouver ? Marie-Ève Blackburn nous dit que l’expression « les milléniaux » est un regroupement surtout utilisé aux États-Unis et qui réunit, à quelques années près, les générations appelées « Y » et « Z ». On entend aussi parler de la génération « C », il s’agit d’une terminologie inventée par le Centre facilitant la recherche et l’innovation dans les organisations, à l’aide des technologies de l’information et de la communication (TIC), le CEFRIO. Celui-ci a ainsi dénommé la génération des jeunes nés de 1984 à 1996, pour signifier les 4 « C » les caractérisant : Communication, Collaboration, Connexion et Créativité.

DES ÉVÈNEMENTS QUI ONT MARQUÉ LES « Z » Les « Z » ont vécu de grands évènements qui ont affecté leur façon de voir la vie par rapport aux générations précédentes. Par exemple, le fait que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ait été formé en 1988 signifie qu’ils ont toujours vécu dans un mode où il faut penser global, où l’impact de tes actions a une influence sur l’ensemble du monde. « Le concept de changement climatique, c’est quelque chose avec lequel ils ont toujours vécu. Pour eux, c’est une réalité qui les a imprégnés. La façon de penser le monde de façon globale influence leur façon de penser en général », explique Mme Blackburn.

« Les attentats du 11 septembre, alors qu’ils D

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étaient pour les plus vieux âgés d’au plus 6 ans, leur ont appris que la guerre, ça peut arriver n’importe où.

Pour les générations précédentes, la guerre, c’était ailleurs qu’il fallait la faire. Pour la génération Z, ça peut se produire n’importe où, près de chez nous.

Ce phénomène implique que les jeunes donnent plus d’importance au fait de vivre dans le présent puisqu’ils ont conscience d’un danger imminent qui peut nous guetter."

"L’arrivée des iPod, iPhone et iPad, aussi alors qu’ils étaient encore en petite enfance, amène l’idée de transporter sur soi toute la nouvelle musique que l’on souhaite, d’avoir accès à internet partout et tout le temps. Ils ont à la portée du bout de leur doigt accès à toutes les informations. C’est une réalité avec laquelle ils ont toujours vécu contrairement aux autres générations. La naissance des médias sociaux en 2003-2004, c’est aussi quelque chose qui caractérise énormément cette génération et transforme la notion d’amitié et de contacts sociaux.

Mais, ils incarnent aussi la transformation de ces médias sociaux avec la popularité d’Instagram et de Snapchat où les messages de 140 caractères et moins de Twitter ont cédé la place aux photos et aux vidéos qui illustrent ce qui se passe ici et maintenant. Le message prend la forme d’une image, mais aussi ces médias basés sur l’image incarnent le phénomène d’instantanéité au plus haut point. »

UNE AUGMENTATION DE LA DIPLOMATION AU SECONDAIRE ET DE L’ACCÈS AU COLLÉGIAL

Des données du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) compilées spécialement par le site CartoJeunes géré par ÉCOBES révèlent que, pour les jeunes de cette génération, le taux de diplomation au secondaire augmente ainsi que l’accès au collégial. Il y a aussi

une augmentation des aspirations scolaires chez les jeunes du secondaire, ceux-ci aspirent davantage aux études universitaires tant chez les garçons que chez les filles.

LES ÉTUDIANTS DE CETTE GÉNÉRATION PRENNENT PLUS DE TEMPS POUR DIPLÔMER

« Ils vont travailler tout en étudiant. Lorsqu’ils arrivent au cégep, près du tiers des jeunes ne savent pas vraiment ce qu’ils veulent faire plus tard. Les raisons pour lesquelles ils sont inscrits dans un programme sont souvent liées au fait d’essayer un programme pour savoir s’ils aiment ça ou encore ils y sont inscrits en étant en attente de savoir ce qu’ils souhaitent faire réellement. C’est tout à fait légitime de le faire à mon avis. Parce qu’à 16 ans, tu ne sais pas nécessairement ce que tu veux faire dans la vie. Tu vas essayer des choses et c’est important de le faire pour mieux se connaître. Le problème : il est du côté des cégeps qui sont évalués au rendement, au taux de diplomation selon la durée des études, le taux de réussite après deux ans, etc. Pour les jeunes, ce qui est important, c’est de faire de nouvelles expériences et d’apprendre à se connaître. Ils vont souhaiter faire un voyage à l’étranger d’un an, faire une pause dans leurs études et reprendre après. On assiste donc depuis quelques années à un changement de paradigme. La vie ne commence pas après l’obtention d’un premier diplôme qualifiant, les jeunes ont une vision non linéaire de leur parcours. Maintenant, tout se fait en même temps et aucun n’est prêt à mettre quelque chose de côté : travail, études, voyage, voire même les enfants. Par exemple, les jeunes travaillent pendant les études : selon les données de l’enquête auprès des collégiens d’ÉCOBES de 2010, 62,5 % des étudiants de première session de cégep concilient études et travail. Les jeunes incarnent l’idée de la D

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formation tout au long de la vie que la société actuelle promeut, c’est ainsi qu’ils voient leur parcours. Après avoir trouvé un emploi, plusieurs continuent leurs études à temps partiel à l’université. »

LES Z ET LA TECHNOLOGIE. LE TÉLÉPHONE INTELLIGENT : NOUVELLE PIERRE

PHILOSOPHALE ?...

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon une étude du CÉFRIO (2016), chez les 18-24 ans,

• 87 % possèdent un téléphone intelligent;

• 85 % des 18-24 ans utilisent leur téléphone intelligent au moins une fois par jour pour effectuer des recherches à partir de moteurs de recherche tels que Google;

• 72 % utilisent les textos et 66 % utilisent la messagerie des réseaux sociaux comme principaux moyens de communication;

• 90 % utilisent leur téléphone intelligent

régulièrement pour prendre des photos/vidéos.

« Avec le téléphone intelligent, l’étudiant a toutes les informations à la portée de la main. Cela transforme la notion de l’importance des connaissances, par exemple les dates. Un jeune va se demander l’utilité d’apprendre par cœur la date de l’Acte de Québec.

Il n’a qu’à taper Acte de Québec sur son téléphone et il l’a immédiatement. Ça change le sens de la connaissance. Les jeunes ne cherchent plus à se faire remplir de connaissances, ils souhaitent vivre des expériences, vivre l’expérientiel dans leur apprentissage. Les jeunes veulent vivre des expériences pour apprendre plus concrètement comment agir. C’est un changement d’approche majeur. Pour eux, acheter un livre, c’est acheter une source d’information qui est peut-être déjà désuète. Tout est sur internet. Pourquoi est-ce que j’achèterais un livre ? Qui me dit que ce qui est dans le livre est plus vrai et à jour que ce que je vais trouver sur internet ? Pour eux, les connaissances sont en mouvement et elles changent sans cesse. Cela demande une capacité d’adaptation exceptionnelle.

Par ailleurs, Institute for the Future aux États-Unis a revu à la hausse sa prédiction que 65 % des emplois qu’occuperont les jeunes qui sont nés en 2000 n’existent pas encore. Ces chercheurs affirment maintenant que 85 % des emplois que les étudiants actuellement sur les bancs d’école occuperont en 2030 n’ont pas encore été inventés. »

DES PROS DE LA COMMUNICATION VIRTUELLE, OUI, MAIS…

Pour la génération Z, la manifestation de l’individualité passe beaucoup par les réseaux sociaux. Tout le monde a droit de donner son opinion. Ces jeunes trouvent important de dire ce qu’ils pensent sur plusieurs sujets. Pour la chercheuse, une des conséquences majeures des réseaux sociaux est aussi l’homogénéisation culturelle de masse. « Ce que l’on voit sur internet, ce que l’on retrouve dans le monde va devenir l’objet de désir de l’ensemble du monde. »

Fait surprenant : 60 % de cette génération veulent contribuer à changer le monde comparativement à 39 % pour la génération Y. « Leur façon de le faire, c’est d’accomplir des actes citoyens. On ne parle plus d’implication politique, on veut plutôt travailler au mieux-être de la communauté, de la collection. On veut embarquer dans une cause sociale davantage. 

Encore une fois, ils incarnent le “penser global, agir local”».D

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L’Informateur DE NOUVEAUX APPRENANTS

Les deux chercheurs ont fait référence dans leur présentation au fait que l’Université de Sherbrooke recommande à ses professeurs de changer leurs méthodes d’enseignement face aux étudiants de cette génération. Voici ce qu’elle leur dit au sujet des nouveaux étudiants :

• Courte durée d’attention.

• L’usage des TIC est nécessaire.

• Les jeunes s’attendent à une réponse immédiate à leurs questionnements. Ils ont le réflexe d’aller chercher sur Internet. « Un professeur ne peut plus dire : je vais aller vérifier ça et je te réponds la semaine prochaine. Tu as 30 chercheurs en face de toi qui vont te dire “c’est ça la réponse”, leur téléphone intelligent à la main. Ils veulent une réponse immédiate.  De toute façon, la semaine suivante, ils seront passés à autre chose. »

• Habitués à s’exprimer sous forme abrégée (texto/

twitter).

• Désirent être guidés dans leurs apprentissages.

• Préfèrent un apprentissage expérientiel et interactif.

• Leur famille

• Selon l’Enquête nationale auprès des ménages de 2011, près de 50 % des familles avec enfant ne sont composées que d’un seul enfant

(46,4 %).

• Cette génération serait composée des enfants des enfants-rois… Ces nouveaux parents sont maintenant appelés des « parents hélicoptères ».

Ces parents appellent maintenant le professeur de cégep au sujet de leur enfant. Ce que l’on voyait très rarement avant. « Le jeune ne sera pas frustré que le parent téléphone au professeur. Il va même le souhaiter. Les jeunes de cette génération ne sont pas en confrontation avec la génération qui les précède.

Contrairement à la génération X qui voulait se distinguer de leurs parents, les jeunes de la génération Z sont amis avec leurs parents; ils vont accepter volontiers le soutien de leurs parents. »

SUR LA SANTÉ MENTALE DES COLLÉGIENS

L’étude de Gosselin et Ducharme Détresse et anxiété chez les étudiants du collégial et recours aux services d’aide socioaffectifs montre que 35,1 % des étudiants ont éprouvé souvent ou tout le temps de l’anxiété.

Pour Marie-Ève Blackburn, les sources de cette anxiété (ruptures amoureuses, conflits familiaux, pression liée à la performance scolaire, fatigue et épuisement) démontrent qu’ils sont dans une société performante.

« On voit qu’il n’y a pas que des bons côtés à la techno

et à l’immédiateté, le désir de tout faire, les voyages, le travail, les études tout en même temps. L’enquête que nous avons menée auprès des collégiens montrait que 45 % des étudiants établissaient une planification hebdomadaire, 58 % reportaient leurs tâches à la dernière minute et plus de 50 % se pensaient débordés en permanence. Les études ont montré que ce n’est qu’à 25 ans que la partie du cerveau responsable de ces tâches est complètement opérationnelle. Ce n’est pas évident pour eux d’établir un horaire et de mettre les priorités aux bonnes places. »

« Je veux tout, tout de suite et ici !  », comme dans la chanson d’Ariane Moffatt

Marie-Ève Blackburn conclut : « La génération Z vit dans un monde globalisé de plus en plus homogène où chacune de leurs actions a des répercussions sur le monde en entier, où la construction de leur identité se définit par ce qu’ils vivent, par le monde qu’ils embrassent, par le monde qui les entoure. Le “je veux tout, tout de suite et ici ! ” de la chanson d’Ariane Moffatt les traduit parfaitement. »

Source : Fédération des cégeps – Portail du réseau collégial

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LES JEUNES DUREMENT AFFECTÉ PAR LA PANDÉMIE

Le rapport de l’Institut du Québec ne nous réserve pas de grandes révélations, on savait déjà que la majeure partie des emplois perdus depuis le début de la pandémie touchait les jeunes.

Q

uand une vague de chômage déferle, elle s’attaque d’abord à la base. À 20 ans, on n’a pas fait ses racines dans le marché du travail.

Maintenant, on a une meilleure idée de l’ampleur des dégâts : alors qu’ils représentent à peine 13,2 % de la main-d’œuvre, les 15-24 ans ont encaissé plus de la moitié des pertes d’emplois (53,6 %) à cause de la COVID-19.

Quand on s’attarde aux jobs à temps plein, le tableau s’assombrit davantage. Les trois quarts de tous les postes à temps complet qui ont disparu concernent cette jeune cohorte qui n’occupait pourtant que 7,3 % des emplois en question.

Vue de même, ça ressemble à une hécatombe.

Alors, faut-il s’énerver pour nos jeunes ? Ils s’en remettront. Et vite à part de ça ! UNE LUEUR AU BOUT DU TUNNEL

Au regard de la situation qu’ont vécue leurs parents au même âge, les jeunes actuels ne font pas face à une situation désespérante.

Oui, j’ai compris qu’il faut cesser de référer aux misères de l’ancien temps, à la grippe espagnole, à la Grande Dépression et à la Deuxième Guerre mondiale. Mais je ne peux m’empêcher de rappeler les non si lointaines années 1990, les débuts surtout, où le marché du travail ressemblait à un vaste terrain vague, un lieu grisâtre où les jeunes erraient sans rencontrer de débouchés évidents ni de chèques de PCU.

Là, c’est tout autre chose. Les jeunes ne subissent pas une situation structurelle dont on ne voit pas la fin, mais du chômage « pandémique » en majeure partie temporaire.

REBOND DE L’EMPLOI

Au creux, quand l’économie a été mise sur « pause » au printemps, le taux d’emploi s’est littéralement effondré chez les jeunes, bien davantage que chez les autres tranches d’âge. Il s’est lentement redressé depuis (ralenti par la PCU, il faut dire), si bien qu’à la

fin de l’été, la vaste majorité des pertes avaient été récupérées.

En comparaison de la situation qui prévalait à l’automne 2019, l’automne 2020 n’a pas marqué une détérioration de l’emploi si catastrophique chez la jeunesse. Pour 100 personnes de 15 à 24 ans qui travaillaient l’année dernière, il y en avait près de 95 qui bossaient cette année. C’est quand même un exploit, sachant que l’industrie touristique, le secteur culturel, les bars et les restaurants, là où les jeunes acquièrent leurs premières expériences de travail, roulaient à une fraction de leur capacité habituelle.

Ç’a reculé depuis que Québec a imposé une nouvelle fois la fermeture totale des salles de spectacles, des restaurants et des bars, mais on est loin d’avoir touché un niveau dramatique. Je m’inquiète plus pour les entrepreneurs et les artistes, mais c’est une autre histoire.

PÉNURIE DE MAIN-D’ŒUVRE

Quand tout ça redémarrera, on l’espère quelque part au printemps, le problème des entreprises qui rouvriront sera de retrouver de la main-d’œuvre.

Car un élément intéressant que souligne le rapport de l’Institut de Québec, c’est que l’état actuel du marché de l’emploi aurait incité de nombreux jeunes à prolonger leurs études, un bon choix.

Les jeunes ne manqueront pas de job. Ils arrivent sur le marché du travail au moment où la génération des boomers le quitte pour la retraite. Dans quelques mois, on reviendra à nos anciennes préoccupations  : on se plaindra de la rareté de la main-d’œuvre, une pénurie qui n’a jamais totalement disparu, même au pire de la crise sanitaire.

Source : Journal de Québec, Daniel Germain

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500 $ PAR SEMAINE POUR SE REQUALIFIER

Québec offrira 500 $ par semaine à des chômeurs qui accepteront de se requalifier, en plus de prendre en charge le coût des études et d’autres frais connexes.

L

e gouvernement Legault espère ainsi requalifier jusqu’à 20 000 travailleurs ayant perdu leur emploi durant la pandémie, sur quelque 107 000 emplois disparus depuis un an.

Ces chômeurs pourront s’inscrire à des programmes courts de formation, comme une attestation d’études professionnelles (300 à 500 heures), une attestation d’études collégiales (600 à 800 heures) ou un microprogramme universitaire.

En point de presse, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale a donné quelques exemples de travailleurs qui pourraient ainsi se réorienter dans un domaine connexe.

« Un ancien préposé à l’entretien d’un hôtel pourrait suivre un DEP en entretien général d’immeuble et s’occuper de l’entretien ménager dans un hôpital. Il pourrait également suivre une AEC en retraitement de dispositifs médicaux et devenir technicien à la stérilisation », a illustré Jean Boulet.

De la même façon, un ébéniste en aérospatiale aura l’opportunité de devenir charpentier-menuisier et d’intégrer les chantiers de construction, a également proposé le ministre.

Une aide-cuisinière, elle, « pourrait suivre une attestation d’études collégiales en transformation des aliments et devenir manœuvre en transformation ou travailler dans une salle d’une entreprise dans le secteur de la transformation alimentaire, où il y a une pénurie de main-d’œuvre qui est particulièrement criante ».

FORMATION PAYÉE

L’allocation de 500 $ par semaine sera versée « pour toute la durée de la formation », a assuré Jean Boulet. Le gouvernement commencera à verser ces sommes une fois que la personne aura épuisé ses autres prestations d’assurance-emploi ou d’aide fédérale d’urgence (PCRE).

Québec assumera aussi les frais de scolarité, les frais de garde et les frais de déplacement, a précisé le ministre Boulet.

Pour accéder au programme, les travailleurs devront rencontrer un agent d’aide à l’emploi pour établir un parcours individualisé d’ici le 31 mars 2021.

Le coût du programme est évalué à 114,6 millions $.

Le ministre Jean Boulet fait valoir que certains secteurs prendront plus de temps à se remettre sur pied après la fin de la pandémie, contrairement à la construction qui a plutôt connu un ralentissement temporaire en raison du confinement.

« Je vous dirais, l’hôtellerie, l’hébergement, la restauration, le commerce de détail, le transport : ce sont des secteurs qui sont plus affectés par ce que, moi, j’appelle des licenciements », a souligné le ministre. Le secteur de l’aéronautique sera également affecté à long terme.

« Il y en a des secteurs que ça va être un an, deux ans, trois ans, puis il y en a qui vont devoir se réadapter, modifier leur mission, transformer leur organisation de travail », fait valoir M. Boulet.

Source : Le Journal de Québec, Patrick Bellerose

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Histoire vraie

J’AI DÉCROCHÉ L’EMPLOI DE MES RÊVES

Ancienne décrocheuse et jeune mère monoparentale, Jessika Lelièvre est devenue, en un temps record, une référence à l’échelle internationale dans un domaine traditionnellement masculin.

S

i, en 2009, vous m’aviez dit que je deviendrais la vice-présidente d’une firme de technologie du bâtiment et que je jouirais d’une réputation internationale dans ce milieu, je ne vous aurais pas crue. Parce qu’à l’époque j’étais une jeune femme de 22 ans qui avait fui un conjoint violent, qui terminait son secondaire cinq, qui galérait pour boucler ses fins de mois et qui élevait seule son bambin de trois ans. Et pourtant, c’est bien vrai: envers et contre tout, j’ai gravi les échelons de ce milieu peu investi par les femmes, et je suis devenue une référence.

Un jour où je promenais mon petit Mathis en poussette, je me suis arrêtée devant un chantier de construction résidentiel – l’architecture m’a toujours intéressée. J’ai observé longuement les travailleurs, fascinée de les voir à l’oeuvre. Puis j’y suis retournée, encore et encore. J’étais avide d’en savoir plus, de comprendre les rouages de l’architecture, de la ventilation, du chauffage, de l’électricité... J’avais toujours rêvé de gagner ma vie grâce à l’art, tout en nourrissant une passion pour les sciences. Et voilà que je découvrais une carrière où je pouvais combiner mes deux intérêts !

J’avais trouvé ma voie ! J’ai alors pris mon courage à deux mains et j’ai fait une demande d’admission en technologie de la mécanique du bâtiment, au Collège Ahuntsic, où j’allais apprendre le fonctionnement de tous les systèmes mécaniques et énergétiques qui avaient piqué ma curiosité.

En tant que jeune maman monoparentale, j’ai pu recevoir une aide financière exceptionnelle d’Emploi Québec, qui m’a permis de me consacrer entièrement à mes études – en tenant les cordons de ma bourse très serrés, je l’avoue. Il n’était pas question que je suive des cours à temps partiel: je voulais parvenir à mes fins, et vite ! J’ai été admise au cégep à temps plein, j’ai déniché une garderie pour mon fils, tout près du collège, et j’ai quitté la Rive-Nord pour Montréal, la tête remplie de beaux projets d’avenir.

Mon quotidien d’étudiante était pour le moins épuisant.

Je passais mes journées entières au Collège, puis le soir, je m’occupais de mon fils et, après son coucher,

j’étudiais et planchais sur mes travaux jusqu’au petit matin. La nuit, je me perfectionnais en apprenant à maîtriser des logiciels spécialisés et novateurs.

Quelques mois avant la fin de mes études, j’ai décroché un emploi dans une firme d’ingénierie.

J’avais déjà réussi à me démarquer de mes camarades de classe grâce aux compétences que j’avais acquises en autodidacte. On m’a donc offert le poste convoité de chargée d’expertise — une énorme preuve de confiance ! J’étais ravie et j’ai sauté sur l’occasion pour montrer aux patrons ce que j’avais dans le ventre. Malheureusement, de nombreux collègues ingénieurs n’ont pas apprécié mon ardeur et m’ont prise en grippe. J’étais jeune, j’étais une femme, et j’étais, à leurs yeux, sous- qualifiée. Impossible que je sois compétente ! D

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J’AI DÉCROCHÉ L’EMPLOI DE MES RÊVES (fin)

On me mettait sans cesse des bâtons dans les roues.

On m’intimidait, on me discréditait, on faisait des commentaires désobligeants à mon égard, on évitait de m’adresser la parole... Le message était on ne peut plus clair: je dérangeais, et on voulait me voir partir.

Heureusement, je suis entêtée, et, plus ils tentaient de me freiner, plus je prenais de la vitesse. Ce besoin d’avancer l’emportait sur tout le reste: mes peurs, le syndrome de l’imposteur et les critiques virulentes de mes pairs.

Ma motivation a porté ses fruits: on m’a vite mise à la tête d’un service et donné carte blanche pour réorienter le plan d’affaires de l’entreprise. Quelle promotion ! J’ai été appelée à gérer de grosses équipes ainsi que des projets de plusieurs millions de dollars. Rapidement, mon nom s’est mis à circuler, et je suis devenue une référence dans le domaine, tant en Amérique du Nord qu’en Europe.

Si bien qu’aujourd’hui, j’anime des conférences dans différentes entreprises et dans les universités. L’an dernier, une autre compagnie m’a offert un poste de direction, et j’ai accepté. Je m’apprête à en devenir la vice-présidente. Le rêve !

Je suis incroyablement fière du chemin que j’ai parcouru. Mon itinéraire professionnel a été jalonné

d’innombrables épreuves, mais j’ai fait le choix de croire en moi. Encore aujourd’hui, c’est l’approche que je privilégie. On me confie un nouveau projet, et j’ai le sentiment de me retrouver au pied du mont Everest ? Je tente le coup quand même !

C’est cette confiance en ses propres capacités que je m’efforce d’inculquer à mon fils, qui a aujourd’hui 11 ans et qui a été, à sa façon, une inspiration pendant toutes ces années. Chaque jour, je lui rappelle l’importance de prendre sa place, d’être structuré, organisé, de réfléchir avant d’agir et de ne pas se laisser abattre. Ce sont d’ailleurs les mêmes conseils que je donnerais aux jeunes filles qui entrent dans un milieu traditionnellement masculin, ou encore aux jeunes mamans sous-scolarisées qui se sentent dépassées par ce que l’avenir leur réserve: soyez déterminées, n’hésitez pas à défoncer des portes, allez au bout de vos capacités, et gardez toujours vos objectifs en tête. Parce qu’aimer son travail, je vous jure, ça donne des ailes !

Source : Elle Québec, Véronique Alarie

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LA PANDÉMIE: UNE OPPORTUNITÉ DE REPENSER LE MARCHÉ DU TRAVAIL

JEAN BOULET

Ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale

Les crises amènent leur lot de défis, tout comme elles révèlent des opportunités à saisir. En tant que ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, je choisis de tourner mon regard du côté des opportunités. La plus importante à court terme est de permettre la requalification des quelque 200 000 chômeurs pandémiques.

D

ans une vision d’avenir créatrice de richesse et de paix sociale, notre gouvernement se fait un devoir de réunir les conditions gagnantes pour permettre à ces personnes de contribuer à la relance économique du Québec.

Cet objectif crucial puisque la crise sanitaire a bouleversé l’économie et accentué la transformation du marché du travail québécois. Avant la pandémie, la pénurie de main-d’œuvre touchait pratiquement tous les secteurs d’activité.

Aujourd’hui, un chômage sectoriel élevé côtoie la pénurie de main-d’œuvre qui freine la croissance de certaines entreprises et complique la prestation de services, notamment dans le secteur de la santé.

D’ailleurs, les femmes et les jeunes de 15 à 24 ans sont les plus touchés par les pertes d’emplois, nombreuses dans les secteurs du tourisme, de la culture, et certains pans du commerce de détail.

Il est impératif d’aider chômeurs et chômeuses pandémiques à acquérir des compétences en adéquation avec leurs aspirations et les nouveaux besoins du marché du travail.

Ce même marché avait déjà amorcé une transition vers la quatrième révolution industrielle, caractérisée par l’automatisation intelligente et l’intégration de nouvelles technologies pour optimiser la productivité. La crise amplifie cette vague de fond et fait disparaître beaucoup d’emplois requérant une qualification moins grande, tout en faisant augmenter la demande pour des travailleurs possédant les compétences du futur. Ces compétences clés, qui représentent des emplois mieux rémunérés, se regroupent en cinq grandes classes, appuyées sur le socle de la littératie et de la numératie. Elles sont les suivantes :

• savoir utiliser le numérique de manière éthique;

• savoir communiquer et collaborer;

• être en mesure de gérer des personnes;

• respecter la diversité et l’inclusion;

• savoir s’adapter aux mutations constantes.

Les métiers et les professions d’avenir sont ceux qui mèneront à la conception d’outils technologiques et ceux où la technologie ne pourra pas remplacer l’humain. Le marché du travail évolue déjà dans cette direction. La crise sanitaire, par son onde de choc, accélère le changement, c’est une occasion exceptionnelle de faire de nouveaux gains de productivité, afin de diminuer l’écart de 27 % qui sépare le Québec des États-Unis.

Il y a un an, j’ai mis en œuvre le Plan d’action pour la main-d’œuvre (PAMO) qui s’appuyait sur la hausse de la productivité et la représentation des bassins de main-d’œuvre sous-représentés, notamment les jeunes, les femmes, les Autochtones, les immigrants et les personnes en situation de handicap. D

Selon la plus récente enquête NETendances 2020, les plateformes de visionnement

sur Internet ont connu les plus fortes progressions sont Amazon Prime Vidéo

et Netflix. Les services de télévision par fibre optique ou

câblodistribution ont connu une décroissance de

72 % en 2020.

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LA PANDÉMIE: UNE OPPORTUNITÉ DE REPENSER LE MARCHÉ DU TRAVAIL (fin)

Nous allons continuer de soutenir financièrement le rehaussement des compétences des travailleurs et poursuivre notre accompagnement auprès des PME dans leurs efforts de recrutement. Nous voulons aussi créer une voie accélérée pour aider les chômeurs pandémiques à combler les besoins dans les secteurs où la demande de main-d’œuvre est importante. Selon une consultation récente menée auprès de notre réseau de partenaires de la société civile, les principaux leviers de notre ambition sont la reconnaissance des acquis, la formation de courte durée, l’alternance travail-études et les programmes d’apprentissage en milieu de travail.

TAUX DE CHÔMAGE

Le taux de chômage au Québec demeure encore élevé. La situation commande une réponse rapide, car la reprise tardera dans les secteurs les plus fragilisés. Les économistes prévoient qu’il faudra environ deux ans pour retrouver la vigueur d’avant la pandémie, là où elle a causé les plus sérieux dommages en ce qui concerne l’emploi. Ainsi, il faut construire des passerelles, notamment pour

des manutentionnaires, mécaniciens ou soudeurs du domaine de l’aéronautique vers des métiers équivalents dans la construction, où les besoins en matière de main d’œuvre sont importants. Il faut offrir des formations plus rapides vers des emplois dans le secteur de la santé, comme on l’a fait avec les préposés aux bénéficiaires. Le secteur des technologies de l’information aussi un secteur qui requiert notre attention. Attirer davantage de femmes dans les secteurs typiquement masculins et en effervescence représente un défi de société.

Le gouvernement du Québec veut être un accélérateur de potentiel d’adaptation aux nouvelles réalités du marché du travail. À travers le dialogue social sous-jacent au Forum sur la requalification de la main-d’œuvre, je souhaite trouver des solutions concrètes et durables, avec nos partenaires, pour assurer une relance économique prospère et inclusive. Nous devons tous contribuer au Québec de demain.

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COURS À DISTANCE INSPIRÉS DES JEUX VIDÉO

Autrefois marginaux, certains cours à distance sont aujourd’hui de véritables expériences d’apprentissage numériques et interactives, inspirés par les mêmes mécanismes qui rendent accro aux jeux vidéo.

COURS À DISTANCE INSPIRÉS DES JEUX VIDÉO

T

out a commencé par des manuels et des cahiers d'exercices échangés par la poste.

Puis, des vidéocassettes où le prof donnait son cours pendant trois heures. Marginaux, les cours à distance se sont aujourd'hui transformés en véritables expériences d'apprentissage en ligne, plus ludiques et interactives, qui deviennent une option prisée des apprenants, peu importe leur âge.

Les mécanismes qui font que l'on devient accro aux jeux vidéo commencent à être utilisés par des professeurs d'université pour construire des cours à distance numériques plus intéressants, question de garder les étudiants motivés du début à la fin.

Patrick Plante, professeur à l'université à distance TÉLUQ depuis moins d'un an, travaille en ce moment à bâtir un cours et une plate-forme de cours qui s'inscrivent dans la tendance à la ludification des apprentissages. « Il y a plusieurs mécanismes que l'on peut utiliser : des badges numériques quand on réussit tel ou tel exercice, une gratification avec des points ou la comparaison avec d'autres étudiants qui suivent le même cours, comme lorsqu'on joue à des jeux en ligne», explique celui qui possède un doctorat en technologie éducative.

Cette façon de rendre le contenu des cours à distance plus amusant est toutefois embryonnaire au Québec. L'Université TÉLUQ, dont le siège social est à Québec, pourrait bientôt s'associer à une compagnie de jeux vidéo pour l'accompagner dans ses démarches. « Les adultes qui arrivent à l'université aujourd'hui ont bien souvent tous déjà joué un peu.

Le jeu vidéo, c'est un outil qu'ils connaissent», plaide M. Plante.

En lui confiant ce mandat, l'Université TÉLUQ souhaite que ses étudiants - des gens sur le marché du travail qui suivent un cours à temps partiel pour la plupart - évitent de procrastiner et terminent rapidement leurs certificats, leur baccalauréat ou leur maîtrise.

Isabelle Savard, professeure spécialisée en informatique cognitive à l'Université TÉLUQ,

croit que les étudiants qui réussissent le mieux à distance sont ceux qui ont « réfléchi à leur stratégie d'apprentissage», qui sont organisés et autonomes.

Mais contrairement à la croyance populaire, ce type d'étudiant n'est plus forcément isolé, en pyjama dans son sous-sol. « Les cours en ligne sont encadrés.

Il faut qu'il y ait de l'interaction avec le prof ou les autres étudiants», indique-t-elle.

Mme Savard a d'ailleurs récemment enseigné à des étudiants québécois à partir du Japon. Elle leur donnait des rendez-vous par Skype pour répondre aux questions et ils devaient s'exprimer sur diverses notions dans des forums, qu'elle commentait et notait.

MORCELER L'INFORMATION

Vidéos, capsules PowerPoint narrées, animation graphique, tests qui se corrigent automatiquement  : les outils d'une formation en ligne sont nombreux.

Mais pour qu'un tel cours soit efficace, il faut absolument morceler l'information, croit Éric Martel, spécialiste de la formation à distance à l'Université Laval. « L'étudiant aura le temps, sur son cellulaire dans l'autobus, de regarder une vidéo de 15 minutes sur la théorie du cours et il fera les exercices plus tard, en soirée, à son ordinateur», illustre-t-il.

L'Université Laval dit avoir traversé une période d'essais et d'erreurs ces dernières années, avant d'uniformiser la façon d'offrir de la formation à distance. « Ça ne marchait pas quand c'était improvisé. Par exemple, un professeur qui se garroche là-dedans sans nous en parler trop, trop, et qui fait juste mettre les documents PDF de son cours sur Internet», raconte Bernard Garnier, vice- recteur aux études et aux activités internationales.

La technologie permet aussi de mieux suivre, pas à pas, les avancées de l'apprenant. La plate-forme développée par l'Université Laval permet à un étudiant à distance, par un système de lumières vertes, oranges et rouges, de constater par lui- même s'il se dirige vers un échec ou non.

« Aujourd'hui, avec l'intelligence artificielle, il est possible de déceler si un apprenant a de la D

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COURS À DISTANCE INSPIRÉS DES JEUX VIDÉO (suite)

difficulté, sur quoi exactement il bute et de s'ajuster avant la fin du cours pour que la personne puisse réussir», explique Patrick Plante, de la TELUQ. Les cours deviennent ainsi plus flexibles et personnalisés, en ce sens qu'un logiciel pourrait donner plus d'exercices à faire à un étudiant dont les résultats aux tests sont mauvais, et proposer des pistes pour aller plus loin à un étudiant qui réussit bien.

Jusqu'à maintenant, il n'y a aucune preuve scientifique qui a été faite que l'apprentissage à distance avec support numérique donne de meilleurs résultats que l'apprentissage en groupe, dans une salle de classe. Mais Isabelle Savard croit fermement qu'avec l'amélioration constante des cours actuels, ça ne tardera pas. « Dans quelques années, on pourrait voir une différence et de meilleures notes en ligne»,

renchérit son collègue Patrick Plante.

LE PARCOURS DE MARIE-ÈVE

« Je me suis rendu compte que les cours magistraux en grand groupe, j'avais beaucoup de difficulté à les suivre. J'avais de la misère à me concentrer. J'ai vraiment décroché, pas par manque d'intérêt, mais parce qu'il y avait trop de monde. » Marie-Ève Rivard, 36 ans, de Val-¬Bélair, raconte pourquoi elle a arrêté son baccalauréat en communication à l'Université Laval, au début des années 2000. Aujourd'hui maman de jeunes enfants et technicienne en information au gouvernement du Québec, elle s'est de nouveau attelée à la tâche et en est à son quatrième cours d'un baccalauréat en communication à la TELUQ.

« Je voulais poursuivre ce que j'avais commencé», lance-t-elle. Pour sa satisfaction personnelle, mais aussi pour, éventuellement, gravir les échelons au gouvernement. Les cours à distance lui évitent du transport et lui permettent de concilier sa vie de famille et son travail. Ses notes sont même meilleures qu'avant. « Je pense que c'est parce que je fais mes cours dans une pièce fermée, à la maison, dans un endroit beaucoup plus calme qu'une classe. Pour moi, ça fonctionne.»

L'OFFRE DE LA FORMATION À DISTANCE EXPLOSE

L'Université Laval offre 900 cours en ligne lors de la présente session, devenant ainsi l'université canadienne qui donne le plus de cours à distance.

L'institution croit que le développement accéléré de ce type de formation garantira son avenir.

En ajoutant 42 nouveaux cours à distance en janvier, l'Université Laval a dépassé l'offre de l'université Athabasca, en Alberta. « On ne force pas les professeurs ou les départements à passer à la formation en ligne [...] mais, de temps en temps, on leur rappelle que s'ils veulent se faire connaître, s'ils veulent offrir de la flexibilité, les cours à distance, c'est vraiment génial», exprime Bernard Garnier, vice-recteur aux études et aux activités internationales.

L'Université Laval a donné son premier cours entièrement sur le Web en 1997 et a décidé qu'en 2005, elle faisait de la formation en ligne une de ses priorités. Parce que les étudiants ont soif de flexibilité dans leur horaire. « C'est une façon de dépasser notre bassin de population pour le recrutement et de répondre à un besoin sociétal. Quand on peut rejoindre les gens où ils sont, c'est une forme de démocratisation de l'enseignement», juge D

... en ISEP

NOUVEAU PROGRAMME EN TECHNIQUES DE GESTION

HÔTELIÈRE.

Afin de contrer la pénurie de main- d’œuvre en hôtellerie, Mérici collégial privé vient de prendre des

moyens concrets en lançant sa formule d’apprentissage en milieu

de travail pour le programme Techniques de gestion hôtelière.

Cette nouvelle formule prévoit trois jours d’apprentissage en classe, suivis

de quatre jours de disponibilité pour travailler dans un hôtel partenaire du programme. Cette initiative, permettra aux étudiants de profiter de l’expertise des professionnels du domaine et de

gagner rapidement de l’expérience, tout en étant rémunérés pour suivre leur formation. La première cohorte du nouveau programme en Gestion hôtelière débutera à l’automne 2020.

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M. Garnier.

Éric Martel, spécialiste de la formation à distance à l'Université Laval, indique que les professeurs sont aujourd'hui bien encadrés pour penser à la pédagogie de leur cours à distance. Des formations sont données, un guide des bonnes pratiques a été rendu disponible l'automne dernier. « Un guide comme ça, disponible librement, en français, ça n'existait pas», affirme M. Martel.

Lorsqu'il suit un cours à distance, l'étudiant doit seulement se déplacer pour que son identité soit contrôlée lors de son examen final, soit au campus de Québec ou dans un des 27 centres d'examen de l'Université Laval, situés au Québec et au Nouveau- Brunswick.

EN FAIRE PLUS

Même si un étudiant sur deux suit au moins un de ses cours à distance à l'Université Laval, ils ne représentent que 15 % des cours et l'institution ne souhaite pas devenir complètement virtuelle à l'avenir. « Ce ne serait pas possible, ni souhaitable», juge M. Garnier. Les étudiants en génie ou en médecine auront toujours besoin de laboratoires pour faire des apprentissages pratiques, même si certains de leurs cours deviennent hybrides, donnés en partie dans la classe et en partie sur le Web.

En juin 2015, un avis du Conseil supérieur de l'Éducation recommandait que le gouvernement stimule davantage la formation en ligne à l'université, comme l'ont fait les gouvernements de l'Ontario, de la Colombie-Britannique, de la France et du Royaume-Uni.

Le Conseil recommandait de créer un répertoire commun de tous les cours à distance offerts au Québec - ce qui n'a pas encore été fait - et de favoriser les collaborations entre les universités.

Le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur (MEES) « n'offre pas directement de subvention pour le développement de la formation à distance», indique Esther Chouinard, responsable des relations de presse. Mais il est en réflexion sur le sujet, dans le cadre des travaux sur la Stratégie numérique du Québec, qui devrait être annoncée au printemps prochain.

DÉFI DE FORMATION

Ayant donné 53 cours à distance sur le Web au cours des 10 dernières années, l'enseignante France Lafleur complète en ce moment un doctorat à

l'Université de Sherbrooke sur le sujet. « J'ai constaté qu'il y avait une absence de formation en pédagogie numérique. Il faut absolument y voir rapidement», lance-t-elle.

Mme Lafleur croit que le grand défi du Québec dans les années à venir sera de former convenablement les professeurs pour qu'ils sachent animer de bons cours en ligne, car ceux-ci ne cessent de gagner en popularité. Pour l'heure, elle constate que les universités québécoises manquent de fonds pour développer ce nouveau créneau adéquatement.

« On est au tout début du contrôle qualité dans ce domaine.»

ENCORE LOIN DE L'ÉCOLE VIRTUELLE AU PRIMAIRE ET AU SECONDAIRE

Le Québec affiche un sérieux retard dans son offre de cours à distance au primaire et au secondaire, selon certains acteurs du monde de l'éducation, qui pressent le gouvernement de s'ouvrir à D

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L’Informateur cette nouvelle voie et même de créer une école

virtuelle provinciale.

Enfants malades, en région éloignée, grands sportifs, globe-trotteurs : plusieurs jeunes Québécois bénéficieraient de pouvoir poursuivre leur cheminement scolaire par le biais du Web, peu importe où ils se trouvent.

« En Grande-Bretagne, aux États-Unis, les programmes primaires et secondaires sont en ligne.

Le gouvernement a mis le curriculum disponible et il y a des enseignants qui accompagnent les élèves de façon virtuelle», explique Nancy Brousseau, directrice générale de la Fédération des établissements d'enseignement privés (FEEP). Elle s'explique mal que le Québec n'ait pas encore pris ce virage.

« L'enseignement en ligne, on est très en retard au Québec par rapport à ça. On dirait que ce n'est pas dans notre culture», lance-t-elle. Mme Brousseau cite à ce propos la Florida Virtual School, une école très populaire qui reçoit des inscriptions d'enfants d'un peu partout aux États-Unis.

Des cours en ligne approuvés par le ministère de

l'Éducation pourraient aussi faciliter la vie des parents qui ont choisi, pour toutes sortes de raisons, de faire l'école à la maison. Mme Brousseau s'inquiète de la tendance au unschooling, qui commence à poindre au Québec. Des parents décident de ne pas envoyer leurs enfants à l'école, car ils considèrent que ceux- ci apprennent mieux par eux-mêmes. « Ces gens- là sont carrément désabusés de l'offre du système scolaire. Ils n'y croient plus.»

SOCIALISATION

Mme Brousseau ne croit pas que tous les petits Québécois devraient être formés à distance, car l'école primaire et secondaire s'est aussi donné comme mission de socialiser les enfants, de leur apprendre les relations humaines. Mais offrir cette possibilité permettrait par exemple de ne pas exclure les jeunes qui ont de graves problèmes de comportement. « Il faut être plus flexible et offrir des alternatives. Il y a des enfants qui fonctionnent mieux dans le système actuel, mais il y en a d'autres pour qui ça ne fonctionne pas.»

Vincent Lemieux, coordonnateur aux services D

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éducatifs à la commission scolaire de la Beauce- Etchemin, croit aussi qu'il est temps que le Québec se dote d'une politique de la formation à distance.

Il appelle même à la création d'une école virtuelle provinciale. « On a déjà fait une demande de dérogation au ministère de l'Éducation pour la création d'une école virtuelle, mais ça n'a pas été accepté», explique-t-il.

Le problème, selon M. Lemieux, c'est que la formation à distance ou en ligne n'existe tout simplement pas dans la Loi sur l'instruction publique. Laurea Virtua, une école secondaire privée 100 % virtuelle, a aussi tenté de voir le jour il y a deux ans à Québec, sans succès.

Bryan St-Louis, responsable des relations de presse au ministère de l'Éducation, explique que « pour qu'un établissement d'enseignement privé soit autorisé à dispenser des services éducatifs par formation à distance, la Loi sur l'enseignement privé fixe comme exigence que ces mêmes services soient aussi offerts en classe».

M. St-Louis précise toutefois que le Ministère examine en ce moment le dossier et surveille ce qui se fait dans d'autres provinces. « Tous les modèles de formation à distance sont regardés.»

« Il y a beaucoup de représentations qui sont faites auprès du Ministère pour qu'il s'ouvre à la formation à distance dans le secteur jeunes», indique Marcelle Parr, conseillère en recherche et développement à la Société de formation à distance des commissions scolaires du Québec (SOFAD).

Son organisme développe des contenus de cours à distance pour l'éducation aux adultes et la formation professionnelle, mais pas pour les plus jeunes. « La formation à distance a toujours été considérée comme une voie marginale, mais elle devrait devenir une voie courante de la formation. Pour les jeunes, c'est nécessaire. Il faut qu'ils apprennent à apprendre à distance parce que c'est ce qu'ils vont faire toute leur vie», plaide Mme Parr.

Par exemple, un simple manuel d'instruction d'une nouvelle télévision est aujourd'hui offert exclusivement en ligne. « Ce n'est pas parce que les enfants sont nés avec une tablette dans les mains qu'ils sont capables d'apprendre avec», ajoute Mme Parr.

Pour M. Lemieux, l'apprentissage numérique s'adapte au rythme de chaque élève, qu'il ait des difficultés d'apprentissage ou qu'il soit doué, une force qui devrait mieux être exploitée à l'avenir.

« C'est assez rigide, l'enseignement au Québec. On n'a pas tant de marge de manoeuvre que ça. Pour s'ouvrir à la formation à distance, ça va prendre de la volonté politique», soumet pour sa part Mme Brousseau.

QUELQUES INITIATIVES ACTUELLES L'ÉCOLE EN RÉSEAU POUR LES PETITES CLASSES

Parce qu'il voulait cesser de fermer des écoles de village, le ministère de l'Éducation a favorisé la création de l'École en réseau en 2002. Avec des outils technologiques comme la visioconférence et les forums, l'École en réseau permet à de plus petites classes d'entrer en communication avec d'autres et de faire des travaux d'équipe à distance. Ses outils sont aujourd'hui utilisés par plus de 350 écoles, surtout au niveau primaire. « On ne fait pas de la formation à distance à proprement parler, mais on connecte de plus petits milieux ensemble», explique Solange Racine, directrice de l'École en réseau. Par exemple, un élève d'une petite école secondaire qui a le goût de suivre un cours d'espagnol qui ne se donne pas dans son milieu pourrait se brancher sur un cours donné dans une autre école. Un orthopédagogue peut aussi faire le suivi d'un élève d'une école éloignée grâce à un face-à-face virtuel.

« On s'adapte aux besoins de chaque école», ajoute Mme Racine.

LA CS DE LA BEAUCE-ETCHEMIN PREND LES DEVANTS

La commission scolaire de la Beauce-Etchemin développe depuis 2001 son Centre d'apprentissage en ligne (CAL). Conçu au départ pour répondre aux besoins de ses propres élèves, le Centre D

L’intelligence artificielle est

« l’ensemble des théories et des techniques mises en

œuvre en vue de réaliser des machines

capables de simuler l’intelligence ».

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L’Informateur est maintenant devenu le fournisseur de cours à

distance pour 39 commissions scolaires du Québec.

« Notre territoire est assez grand et pour les cours de rattrapage l'été, c'était pas toujours évident pour les élèves de se déplacer», explique Vincent Lemieux, coordonnateur aux services éducatifs. Depuis 2011, la commission scolaire offre également des cours réguliers de 4e et de 5e secondaire en ligne, pour les élèves appelés à voyager durant l'année scolaire ou qui fréquentent des programmes sport-études.

Comme le CAL est une initiative locale et qu'il n'est pas financé par le ministère de l'Éducation, la commission scolaire doit faire payer les cours aux parents ou aux autres commissions scolaires qui sont devenues ses partenaires. Environ 1000 jeunes ont recours chaque été au CAL.

UNE ENTREPRISE PRIVÉE SPÉCIALISTE DES COURS D'ÉTÉ

Créée il y a cinq ans, Étude-Secours a offert l'an dernier des cours d'été en ligne à environ 600 élèves.

« On ne veut pas qu'un jeune du secondaire manque ses vacances à cause d'un cours d'été. On veut qu'il

soit capable de reprendre son cours au camping, avec sa famille», explique Marie-Claude Harnois, enseignante et directrice générale d'Étude-Secours.

Les examens à la fin du cours peuvent même se faire un peu partout au Québec, dans une des 18 écoles partenaires. L'entreprise privée offre une solution clé en main aux commissions scolaires et aux écoles privées pour qui l'organisation de cours d'été est compliquée et trop coûteuse. Au cours de l'année scolaire, Étude-Secours offre également des services de tutorat à distance avec des enseignants légalement qualifiés. « Ce qu'on souhaite, c'est décloisonner les apprentissages et offrir une panoplie de services complémentaires en ligne», souligne Mme Harnois.

Source : Le Soleil, Patricia Cloutier

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Tendance

ÉDUQUER AU NUMÉRIQUE

Par Le Conseil supérieur de l’éducation

Le numérique n’est plus seulement un outil; il a transformé plusieurs aspects de notre vie quotidienne et façonne dorénavant les contours du monde dans lequel nous vivons. Et cela n’est pas sans conséquences. D’une part, les technologies ont transformé l’accès à l’information et au savoir, et leur usage est de plus en plus requis pour accéder à certains services. La situation provoquée par la pandémie de COVID-19 illustre bien que toutes les personnes ne sont pas adéquatement outillées pour tirer leur épingle du jeu dans cette nouvelle réalité.

C

ela soulève des préoccupations touchant au développement des compétences et des attitudes nécessaires à la maîtrise de l’information, à l’exercice de la citoyenneté et à l’apprentissage tout au long de la vie. D’autre part, les technologies numériques actuelles sont significativement plus puissantes que les technologies audio et visuelles qui les ont précédées. Par exemple, les systèmes d’intelligence artificielle (IA) suscitent non seulement de grandes attentes pour l’apprentissage, mais aussi de vives inquiétudes. D’ailleurs, les discours sur le numérique oscillent souvent entre des positions extrêmes, l’engouement et la méfiance, qui traduisent des différences d’opinions, de valeurs et de croyances.

Il faut prendre en considération ces différences, notamment pour mieux comprendre l’ampleur des défis que le système éducatif doit relever et pour mettre en place les conditions de mise en œuvre du Plan d’action numérique en éducation et en enseignement supérieur.

APPRENDRE AUJOURD’HUI

Par souci d’équité, le système d’éducation ne peut plus faire abstraction de cette nouvelle réalité: pour quiconque possède les outils appropriés et les compétences nécessaires, l’accès au savoir se fait désormais principalement par le numérique.

Compte tenu de la vitesse à laquelle les technologies évoluent, le système éducatif ne peut se contenter d’enseigner par le numérique et de considérer les technologies en termes de leviers pour l’apprentissage, ce qui pourrait demeurer une

question de préférences individuelles. Dorénavant, il faut surtout assumer une responsabilité nouvelle:

éduquer au numérique afin de s’assurer que toutes les personnes aient, à un moment ou l’autre de leur vie, la possibilité de développer les compétences nécessaires pour évoluer dans le monde tel qu’il D

... en ISEP

ACCÉDER À DE L’INFORMATION SUR LE MARCHÉ DU TRAVAIL

GRÂCE À IMT EN LIGNE

IMT en ligne vous permet d’accéder facilement à de l’information sur 500 métiers et professions. Vous pouvez également y trouver des

renseignements sur DES ENTREPRISES;

DES PROGRAMMES DE FORMATION;

DES SECTEURS D’ACTIVITÉ;

DES PROJETS D’INVESTISSEMENT.

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se transforme et faire un usage positif et réflexif du numérique. Nous devons en effet passer de simples consommateurs à des utilisateurs avisés du numérique.

Ainsi, la formation à distance (FAD) devient incontournable pour l’apprentissage tout au long de la vie ou la poursuite des études supérieures.

Cela suppose un changement de posture pour le personnel enseignant et la population étudiante.

Toutefois, plusieurs cours à distance prennent la forme de simples transpositions de leçons prévues pour être données en classe. De plus, l’évaluation des apprentissages a encore tendance à s’en tenir aux examens et travaux traditionnels, avec des risques accrus de plagiat. Pourtant, lorsqu’ils sont bien utilisés, les outils technologiques facilitent l’évaluation au moyen de tâches authentiques et complexes. De leur côté, les personnes en formation n’ont pas toutes l’intérêt, la motivation, l’autonomie, voire le matériel nécessaires pour évoluer adéquatement en contexte de FAD.

Réussir l’intégration de la FAD requiert le passage du paradigme de l’enseignement à celui de l’apprentissage. Même si les usages réels en classe sont encore très éloignés des possibilités, les technologies numériques en général et l’IA en particulier vont en effet renforcer la nécessité de passer d’un enseignement fondé sur la transmission de connaissances à une pédagogie de l’accompagnement dans le développement de compétences.

L’éducation a en outre un rôle à jouer pour ouvrir la boîte noire que représentent les systèmes d’IA pour la population. C’est ce qui permettra de diminuer les risques d’enfermement dans les bulles de filtres et de conserver un droit de regard sur l’utilisation des données personnelles. Il faut également veiller à ce que le développement des systèmes d’IA se fasse de façon éthique, dans le respect de la personne et de la diversité.

METTRE FIN AUX INÉGALITÉS NUMÉRIQUES Les inégalités numériques ne concernent plus seulement l’accès aux infrastructures; dorénavant, elles se déclinent surtout selon les nouveaux visages de la littératie. En effet, selon leur genre ou leur milieu d’origine, les personnes n’ont pas toutes les mêmes occasions de développer leur capacité à dépasser les usages ludiques ou de consommation du numérique.

Les inégalités qui concernent l’accès aux appareils et à Internet se résorberont sans doute à la longue, mais elles demeureront un obstacle pour la partie la plus fragile de la population. Il faut donc notamment reconnaître que l’accès à une connexion Internet de qualité est devenu un besoin éducatif et s’assurer de combler ce besoin. Par ailleurs, les inégalités d’usage persisteront si l’éducation au numérique n’est pas sérieusement prise en considération par le système scolaire. Elles seront liées à la réflexion plus ou moins importante qui sera conduite à l’intérieur d’un projet éducatif: le temps consacré au numérique en classe doit être bien investi pour des apprentissages en profondeur et non des usages superficiels. Substituer des moyens nouveaux aux anciens – comme remplacer un cahier d’exercices par un exerciseur – n’amène pas automatiquement de changement de pratique ni de résultats.

Les consultations et les travaux menés pour produire ce rapport montrent que la diffusion d’un cadre de référence décrivant les éléments de la compétence numérique (Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, 2019) est D

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ÉDUQUER AU NUMÉRIQUE (suite)

insuffisante pour permettre le développement optimal de la compétence en question. Sans exigences formelles et sans ancrages dans les curriculums, sans évaluation de la littératie numérique, sans les ressources humaines, matérielles et financières requises pour soutenir la démarche de mise en œuvre dans les programmes, et sans la reconnaissance de ce que cette responsabilité signifie dans la tâche du personnel enseignant, l’implantation de ce cadre sera à géométrie variable et les iniquités demeureront.

Surtout, il faut éviter de donner l’impression que l’introduction d’un cours d’informatique, de robotique ou de programmation – confié à une seule personne – est une façon adéquate de développer toutes les dimensions de la compétence numérique.

C’est le design des cours de l’ensemble des matières qui doit être revu, une responsabilité partagée par le personnel enseignant, la direction, le personnel technopédagogique ainsi que d’autres spécialistes comme les bibliothécaires.

DES VALEURS EN TENSION

Le Conseil observe un décalage important entre

le discours sur le numérique véhiculé dans les documents officiels et celui que tiennent les acteurs de terrain. Ces derniers mentionnent des obstacles concrets et bien réels qui alimentent et justifient des représentations négatives du numérique en éducation: rareté ou absence de soutien technique, désuétude ou manque de fiabilité du matériel disponible, maîtrise insuffisante des outils informatiques, sentiment d’incompétence qui en découle, formation ou accompagnement qui ne répond pas aux besoins, etc., le tout s’ajoutant à une tâche déjà fort lourde.

Par ailleurs, un grand nombre d’enseignantes et d’enseignants ne semblent pas adhérer au PAN, qui insiste lourdement sur l’efficacité, la valeur ajoutée et l’innovation. Bien que ces trois notions aient leur place dans un tel document, cet accent sur des aspects à consonance plus commerciale peut heurter les personnes qui défendent d’abord et avant tout une vision humaniste de l’éducation. Les mesures destinées à faire acquérir rapidement du matériel sans prévoir une réflexion sur les besoins pédagogiques n’arrangent pas les choses. D

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La transformation de la pédagogie devrait être au cœur de la réflexion sur les technologies numériques. En même temps, il faut pourvoir aux besoins en matière de technologie dans les milieux éducatifs de sorte que le personnel enseignant puisse développer son sentiment de compétence numérique.

ORIENTATIONS

Une utilisation fluide du numérique en éducation demande d’abord de mettre en place les conditions administratives et matérielles nécessaires. Il est également essentiel d’aligner les apprentissages et les pratiques d’évaluation sur des programmes qui incluent explicitement les éléments du Cadre de référence de la compétence numérique. Enfin, le changement de paradigme requis exige d’actualiser les programmes de formation à l’enseignement et de répondre aux besoins de formation continue du personnel enseignant.

1. Mettre en place les conditions administratives et matérielles nécessaires à une utilisation fluide des outils numériques

Il importe d’abord de combler des besoins de base afin que le manque de prises de courant, l’insuffisance de la bande passante ou le manque de fiabilité du matériel disponible ne soient plus des arguments valables pour que soit évité le recours aux outils numériques en classe. Les infrastructures doivent notamment garantir un minimum de fiabilité et de stabilité, pour que le personnel enseignant se sente libre et suffisamment en confiance pour se familiariser et expérimenter avec le matériel qu’on souhaite le voir utiliser.

La nouvelle responsabilité qui incombe au système demande de développer, au sein des établissements, une vision de la place du numérique en éducation et de s’assurer qu’elle est portée par la direction et partagée par toutes les parties prenantes. La révision des plans de réussite, des projets éducatifs et autres documents officiels serait une occasion de faire cet exercice au cours duquel l’enseignement devrait être envisagé comme un travail d’équipe.

Il va de soi que les services informatiques des établissements d’enseignement doivent assurer la sécurité des données. Toutefois, cette priorité ne devrait pas éclipser les objectifs pédagogiques, qui sont la raison d’être des services qu’ils soutiennent. Certains exemples de gouvernance montrent qu’une collaboration plus étroite entre

services informatiques et services éducatifs permet d’atteindre un meilleur équilibre entre les impératifs de la sécurité et les besoins pédagogiques.

2.Aligner le curriculum, les apprentissages et l’évaluation

Le numérique est devenu un support culturel incontournable. On ne prépare pas les jeunes à la réalité si on ne l’intègre pas aux apprentissages et à l’évaluation de ces derniers. Pour ce faire, il y a lieu de se donner des balises (établir des cibles officielles, définir une échelle de développement) sur ce qui devrait être maîtrisé à chacun des ordres d’enseignement. L’objectif est que toutes et tous puissent utiliser les outils de façon fluide pour apprendre, communiquer et s’exprimer. Aux yeux du Conseil, le profil de sortie de l’enseignement obligatoire devrait correspondre à celui d’une personne suffisamment outillée pour poursuivre son apprentissage tout au long de la vie, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur des institutions traditionnelles.

En toute logique, la technologie normalement D

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