MATURITÉ SEXUELLE ET APPARITION D’ŒUFS A DOUBLE JAUNE ET SANS COQUILLE.
RÔLE DU RÉGIME LUMINEUX ET DU NIVEAU ALIMENTAIRE
L. LACASSAGNE
J.
P.JACQUET
Station de Recherches avicoles,
Centre national de Recherches
zootechniques, joity-en-josas (Seine-et-Oise)
SOMMAIRE
i8!
poussins
Rhode-Island XWyandotte
nés le 15 décembre 1959 furent élevés sous 13 heures d’éclairementquotidien jusqu’à l’âge
de 8 semaines. 4lots furent alors constitués :Les témoins furent élevés sous lumière naturelle
jusqu’au
27septembre
ig6opuis
reçurent 14h de lumière parjour.
Les traités reçurent 6 heures de lumière artificielle parjour jusqu’à l’appa-
rition du
premier
oeufpuis
une stimulation lumineuse croissante, une fois la ponte déclenchée.Jusqu’à
l’entrée en ponte le niveau alimentaire futrigoureusement
défini pour tous les lots etaligné
sur la consommation du lot L4 nourri ad libitum. Le lot T4 reçut laquantité
consomméepar L4.
Les lots La et Tareçurent go p. 100de la
quantité
consommé par L 4.Dans les conditions de
l’expérience
lerégime
lumineux de 6 heures retarde la maturité sexuelle de 17 à 21jours.
Un abaissement de 10p. 100du niveau alimentaire n’a d’effet additif que dans les lots élevés en lumière naturelle. Dans ce cas la maturité sexuelle est retardée de 4jourssupplémen-
taires.
Dans
chaque
lot et durant les 6premiers
mois de ponte le pourcentage d’oeufs d’unpoids supé-
rieur à 5o grammes varie dans le même sens que le
poids
adulte des animaux de ces mêmes lots.Le nombre d’oeufs à double
jaune,
d’cxufs àcoquille
faible et d’oeufs sans membranescoquillières
est en relation directe avec la maturité sexuelle. Le nombre de ces oeufs anormaux est d’autant
plus important
que la maturité sexuelle est précoce.Nous savons que des
poulettes
nées en décembre et élevéesdepuis
leur naissanceavec une durée
quotidienne
d’éclairement de 6 heures subissent un retard de maturité sexuelle si on les compare à des lots témoins élevés en lumière naturelle. Nous savonségalement
que cespoulettes
soumises à unrégime
lumineux restreintprésentent
durant leur croissance une consommation d’aliment nettement inférieure à celle des témoins - BOWMAN et
Jmms (ig6i-i 9 6 3 )
- BuRM!sT!R et CARD(1939)
-CHERRY
( 1959 )
- MARR et coll.(ia6o)
- LACASSAGNE etJACQUET ( 19 63).
A notre
connaissance,
lapart respective
du traitement lumineux et de la res-triction alimentaire
qui l’accompagne
n’ajamais
été déterminée dans le retard de la maturité sexuelle de tellespoulettes.
C’est lepremier point
que nous nous sommesproposé
depréciser
dansl’expérience qui
suit.Nous avons voulu en outre, vérifier nos résultats antérieurs sur les
rapports
entre la maturité sexuelle et certaines anomalies de
l’ovogenèse :
despoulettes
àmaturité sexuelle
précoce pondent beaucoup plus
d’oeufs à doublejaune
que despoulettes identiques
à maturité sexuelle retardée. Nous avons doncrepris
cette étudemais en l’étendant au contrôle des oeufs
pondus
sans membranecoquillière
ou sim-plement
avec une membranecoquillière
faiblement calcifiée(oeufs hardés).
CONDITIONS
EXPÉRIMENTALES
Cent-quatre-vingt quatre poulettes
Rhode Island XWyandotte
nées le i5 décembre 1959 furent élevées avec un éclairementquotidien
de z3 heures de leur naissance àl’âge
de 8semaines, puis,
par distribution auhasard, réparties
enq lots :
I,es
poulettes
témoins furent élevées en lumière naturellejusqu’au
27 sep- tembrei 9 6o, puis reçurent
uncomplément
de lumière artificielle suffisant pour leur procurer au total 14heures de lumière parjour.
I,es lots traités furent éclairés artificiellement
pendant
6 heures parjour
del’âge
de 8 semaines àl’apparition
dupremier
oeuf. Une fois laponte
déclenchée la duréequotidienne
d’éclairement futportée
à 7 heures durant Ijjours puis augmentée
de 30 minutes par
quinzaine (graph. z).
Pendant la
croissance,
les lots de même traitement lumineux se trouvaient dansun même
poulailler
divisé en deuxparties
par ungrillage.
Les lots témoins étaientlogés
dans unpoulailler
isolé et pourvu de fenêtres. Les lots soumis aurégime
lumi-neux de six heures étaient
logés
dans un bâtimentidentique
maisdépourvu
de fenê-tres. Dans ce bâtiment la ventilation était
mécanique
et les entrées et sorties d’air munies de chicanes pour éviter lapénétration
de la lumière.Dès
l’apparition
dupremier
oeuf dans unlot,
lespoulettes
de ce lot étaient trans-férées en cages de
ponte
individuelles dans un bâtiment de mêmescaractéristiques.
A
partir
del’âge
de 8semaines,
lespoulettes
furent alimentées avec desquantités quotidiennes rigoureusement
déterminées d’un aliment à 2 050 caloriesproductives
par
kilogramme
et 18 p. 100 de matière azotée totale.Dans les lots recevant 6 heures d’éclairement
quotidien :
le lot
L 4
fut alimenté ad li bitumle lot
L 3 reçut
go p. 100 de laquantité
consommée parL 4
Dans les lots témoins :
le lot
T 4 reçut
unequantité égale
à celle consommée parL 4
le lot
T 3 reçut
go p. 100 de laquantité
consommée parI, 4
A
partir
de l’entrée enponte
tous les lots furent nourris ad libitum.Le
poids
des oeufs fut relevé individuellementchaque jour
et lepoids
moyenétabli par
quinzaine
sur4 jours
consécutifs.RÉSULTATS
Consommatiora d’aliment
La ration des lots
L 3’ T,, T 4
était établiechaque jour d’après
la consommation du lotL 4
lejour précédent,
correction faite de la mortalité : le tableau i donne cette consommation pour le lotL,
parjour
et parpoulette
de la 8e à la 23e semaine.Les
quantités
de caloriesingérées
de la 8eà la 16esemaine
par le lotI, 4
corres-pondent
auxquantités
de caloriesingérées,
au cours d’uneexpérience
similaire effec- tuéeantérieurement,
par des lots en éclairement naturel nés à la même date et nourris ad libitum avec un aliment à i 800 caloriesproductives
parkilogramme.
Nous pou-vons donc considérer que les lots
I,3
etT 3
ont reçu une rationquantitativement
inférieure d’environ 10 p. 100 à celle de lots élevés dans des conditions normales.
C y
oissance des
poulettes
A
partir
de la 8e semaine unepesée
individuelle dechaque
animal fut effectuée tous lesy jours jusqu’à l’âge
de Imois. Les résultatsfigurés
augraphique
2mettenten évidence trois
périodes
bien nettes dans la croissancepondérale :
- une
première période
s’étend de la se semaines à laig e semaine ;
- une deuxième
période correspond
à une croissance trèsrapide
au momentde la maturité sexuelle.
- une troisième
période
débutelorsque
l’intensité deponte
moyenne est de 50 p. 100et se manifeste par un ralentissement de la croissance.
Période z. -
Quel
que soit lerégime
lumineux fourni auxpoussins
et pour un même niveau alimentaire il n’existe pas de différence de croissance entre les lotsL 4 , T 4
et
I,3, T;! jusqu’à
laig e
semaine :- à consommation
identique
et traitements lumineux différentscorrespondent
des croissances
pondérales identiques ;
- à un même traitement lumineux et à des niveaux alimentaires différents
(restriction
de 10 p.ioo) correspondent
des croissances très différentes(L 3
!I, 4 , T
a =1 T 4 ).
Période 2. - De la
ig e
semaine à 50p. 100deponte.
Le lot témoin
T 4
de lar 9 e
à la 2iesemaine et le lot témoinT 3
de la 2,e semaineà la 23e semaine
présentent
une accélération de la croissance. Le mêmephénomène
s’observe chez les lots
1,3
etI!4
de la23 e
à la 25esemaine.Cette
augmentation
depoids
est en rélation pourchaque
lot avecl’apparition
de la maturité sexuelle.
Elle résulte vraisemblablement :
- en
partie
d’uneaugmentation
de l’anabolismecorrespondant
audévelop- pement
dusystème reproducteur
de lapoulette (M ORRIS
etcoll., 19 6 0 ) ;
- en
partie
d’une croissancecompensatrice
due au passage à une alimentation ad libitum et au transfert des animaux en batterie.Période 3. -
Après
5o p. 100 deponte.
Lorsque
l’intensité deponte
atteint 5o p. 100, tous les lots accusent un ralentisse- ment de la croissancepondérale.
Les lotsL 3
etL 4 ,
dont la maturité sexuelle est retardéeprésentent
donc unepériode
de croissanceplus longue.
Il en résulte que pour une intensité de
ponte
de 50 p. 100 leurpoids corporel
est
supérieur
à celui des lots non retardésT 3
etT,.
Le
poids
adulte leplus
élevé est celui du lotT 4
non rationné et dont lapériode
d’activité était limitée à 6 heures d’éclairement par
jour.
Paropposition,
les pou-lettes
ayant
lepoids
adulte leplus
faible se trouvent dans le lotT a .
restreint de1
0p. 100et élevé en lumière naturelle.
Maturité sexuelle
Pour définir la maturité sexuelle de
chaque
lot nous avons choisi comme cri- tères :l’âge
de lapoulette
laplus précoce, l’âge
moyen aupremier
oeuf etl’âge
dulot à une intensité de
ponte
moyenne de 5o p. 100 déterminé comme lepremier
dedeux
jours
consécutifs où laponte
atteint oudépasse
une intensité de 5o p. ioo.Les données sont
groupées
au tableau 2.Les résultats traduisent une nette différence de
précocité
sexuelle suivant lesrégimes
lumineux. Parrapport
aux témoins en lumière dujour
lespoulettes
enrégime
lumineux de 6 heures accusent un retard de 16 à 2ijours.
L’action
du niveau alimentaire est bien moins nette. Entre les lotsTg
etT 4
ladifférence
d’âge
moyen aupremier
oeuf n’est que de 4jours (différence significative
P <
0 , 05 )
et les lotsI,3
etL 4 présentent
une maturité sexuelleidentique.
Un abaisse-ment de 10 p. 100de la
quantité ingérée
retarde donclégèrement
laponte
des pou- lettes élevées enjours
naturels mais n’a pas d’effets sur les lots élevés enrégime
lumi-neux de 6 heures.
Intensité de
ponte
Le tableau 3 regroupe les intensités de
ponte
des 4 lots dupremier
oeuf à ladate du 22
octobre,
soit durant 6 mois pour les lotsTg
etT 4
et durantcinq
moispour les lots
I,3
etI, 4 .
Les chiffres sont établis sur la totalité des oeufspondus
par lespoulettes,
ycompris
les oeufs sanscoquille
ou àcoquille faible,
sur la base du nombre dejournées pondeuses.
La
production
d’oeufs à 3mjours d’âge
y est àl’avantage
despoulettes
rentréesen
ponte hâtivement,
lespoulettes
à maturité sexuelle retardéeayant
unhandicap
de 3 semaines. C’est
pourquoi
nous avonsreporté
dans le tableau 4 laproduction
de
chaque
lot durant unepériode
de i4ijours
àpartir
de la date àlaquelle
fut atteinte pour chacun d’entre eux une intensité deponte
de 50 p. 100. Dans nos conditionsexpérimentales
les intensités deponte
ainsi trouvées sontpratiquement identiques
dans tous les lots surtout une fois déduits les oeufs sans
coquille
ou àcoquille
faible.On
peut
se demander en effet si leléger avantage
du lotT 3
a unesignification.
Remarquons
le boncomportement
des lotsT 3
etT 4 malgré
une date de naissancehabituellement défavorable et
malgré
une chute très nette de laponte
du m sep- tembre au 9 octobre due à l’absence d’unsupplément
de lumière artificielle à un moment où la décroissance de lalongueur
dujour
estrapide.
Poids de
l’oeuf
Le
tableau donne
lepoids
moyen par mois et le tableau 6 lepourcentage
d’oeufs d’unpoids supérieur
à 50 et 55 grammes pour les 22premières
semaines deponte
danschaque
lot.Durant le
premier
mois deponte
les lotsI, 3
etI, 4 présentent
unpoids
d’oeuflégèrement supérieur
à celui des lotsT 3
etT 4 .
Mais seul le lotL 4
maintient sonavance durant les 22 semaines de contrôle. Ce
poids
d’oeufsupérieur
est en liaison.avec un
poids corporel plus important
durant toute lapériode
observée. Une compa- raison du tableau 6 et dugraphique
2 nous montre d’ailleurs que le classement des lots par ordre depoids
d’oeuf décroissantcorrespond
à leur classement(exprimé
par le nombre d’oeufs de
poids supérieur
à 5ogrammes)
par ordre depoids corporel
adulte
décroissant,
à savoirI, 4 , 1!
et’ 1 ’4’ T a .
Mais il faut remarquer que les diffé-rences de
poids
d’oeufs observées entre le lotT 3
et les lotsI, 3
etT 4
sont faibles etne sont mises en évidence que par le tableau 6.
Anomalies dans la
formation
desoeufs
OEufs à double
jaune,
oeufshardés,
ceufs sans membranecoquillière.
Pour chiffrer le
pourcentage
d’oeufs à doublejaune
nous avonssystématique-
ment cassé tous les oeufs de
chaque
lot durant les troispremiers
mois deponte.
Comme nous le montre le tableau 7 le nombre d’oeufs à double
jaune
estsigni-
ficativement
plus grand
chez lespoulettes
des lotsT 3
etT 4
élevés en lumière dujour
que chez les
poulettes
des lotsI, 3
etL 4 .
Leur nombre est étroitement lié àl’âge d’apparition
dupremier oeuf, qu’il
ait été modifié par lerégime
lumineux ou le niveaualimentaire. Nous retrouvons donc la relation
précocité sexuelle,
oeufs à doublejaune
que nous avionsdéjà signalée
dans uneexpérience précédente (L ACASSAGXB
et
JACQUET, z 9 6 3 ).
De
plus,
ilapparaît
une relation nette entre les oeufs à doublejaune
et les oeufsà
coquille incomplète qu’il s’agisse
d’oeufspondus
sans membranecoquillière
ou avecsimplement
une membranecoquillière
faiblement calcifiée(graph.
3et4 ).
Une matu-rité sexuelle
précoce s’accompagne
donc de troubles de l’ovulation aussi bien que de troubles del’ovogenèse
au niveau de la formation des membranescoquillières
et de la calcification de la
coquille.
Le nombre d’oeufs
perdus
pour la commercialisation est ainsirespectivement
de 118 et
13 8
pour les lotsT 3
etT,,
de58
et6 3
pour les lotsI,3
et1!4
durant les120
premiers jours
deproduction.
Soit de 2 à 3,5 oeufs parpoule
en lumièrenaturelle contre i à 1,5 pour les
poules ayant
une maturité sexuelle retardée.Reçu pour
publication
en décembre i96¢.SUMMARY
SEXUAL MATURITY AND APPEARANCE OF DOUBLE-YOLKED AND WITHOUT SHELL MEMBRANES EGGS.
ROLE OF LIGHT TREATMENT AND NUTRITIONAL LEVEL
1 8
4 Rhode Island X
Wyandotte
chicks hatched on December15 th ,
1959, were reared up to 8 weeks of age under 13 hours ofdaily lighting.
4 groups were then formed :2 control groups T3 and T4,
2 treated groups L3 and L,.
The control groups were reared under natural
daylight
untilSeptember
27th19 6 0 ; they
werethen
given
14hourslight
perday.
The treated groups weregiven
6 hours artificiallight
perday
until the first egg had been laid in each group, and thereafter an
increasing light
stimulation oncelaying
had started.Until the start of the
laying period,
the nutritional level wasstrictly
defined for all groups andadjusted according
to theconsumption
of the L4 group fed ad libitum. The T4 group waspair
fed with the L4group.The L3and T3groups were
given
9° per cent of the amount of feed consumedby
the L4group.Under the conditions of the
experiment,
the 6 hourslight
treatmentdelays
sexualmaturity by
17 to 21days.
A 10per cent decrease of the nutritional level has no additive effect except inthe groups
reared under naturaldaylight.
In that case, sexualmaturity
wasdelayed by
up to q.more
days.
In each group, and
during
the first 6 months oflaying,
the percentage of eggsweighing
morethan 5°g varies in the same direction as the adult
weight
of the birds in the same groups.The amount of
double-yolked
eggs, thin-shelled eggs and eggs without shell membranes isdirectly
related to sexualmaturity.
The earlier the sexualmaturity,
thehigher
is the amount ofabnormal eggs.
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