ÉVOLUTION DE LA SÉCRÉTION DES ACIDES GRAS DES MATIÈRES GRASSES DU LAIT
AU COURS DE LA LACTATION DE LA VACHE
C. DECAEN J. ADDA
Renée LEFAIVRE B. MARQUIS A. HODEN
*
Station de Recherches sur
l’Élevage
des Ruminants,Centre de Recherches de Clevmont-Feryand, 63 - Saint- Genès-Champanelle
**Station centrale de Recherches laitières et de Technologie des Produits animaux, Centre national de Recherches zootechniques, Î8 - Jouy-en-Josas
Institut national de la Recherche agronomique
RÉSUMÉ
Nous avons observé l’évolution qualitative et quantitative de la sécrétion des principaux
acides gras des triglycérides du lait de y vaches, au cours d’une lactation de 4o semaines. Ces
vaches, alimentées individuellement à l’étable, avec une ration de foin de luzerne distribuée sous
forme longue et condensée, appartenaient à deux lots : les unes vêlant en hiver à Jouy, les autres
en automne à la Minière.
Au cours des deux premiers mois de lactation, la proportion des acides gras courts des trigly-
cérides du lait (C4-Cl4) augmente, celle des acides gras longs (Cl8) diminue et celle de l’acide pal- mitique varie peu (tabl. 2) ; la quantité sécrétée d’acides gras courts augmente de 50 p. 100, celle d’acides gras longs diminue de 40 p. 100et celle d’acide palmitique diminue légèrement (tabl. 3).
Pendant ce temps, la Vache augmente ses quantités d’aliments ingérées, mais perd du poids car
son bilan énergétique est très déficitaire dans les 2 ou 3 semaines qui suivent la mise bas. La baisse du taux butyreux au cours des 2premiers mois de la lactation vient de la diminution de la sécré- tion des acides gras longs du lait, elle-même liée à l’intensité de la mobilisation des réserves corpo- relles.
Après le 3emois de lactation, les quantités sécrétées de lait et de matières grasses diminuent,
mais la composition en acides gras des triglycérides du lait ne varie pas, bien que le taux butyreux augmente.
La production laitière semble plus stimulée en hiver et au printemps, la remontée du taux
butyreux au cours de la 2e moitié de la lactation est surtout marquée à partir du mois d’août,
que les vaches vêlent en novembre ou en mars.
INTRODUCTION
Il est bien établi que la sécrétion de matières grasses du lait de vache varie au cours
de la lactation : le taux
butyreux
diminue au cours des 6 semainesqui
suivent levêlage, puis augmente plus
ou moinsrapidement
par lasuite ;
laquantité
de matièresgrasses sécrétée
augmente
au cours des deuxpremières
semaines de la lactation(JARRIGE
etJOURNET,
i959 ;D>~CA!1V, JOU R NET
etP OU TOUS, 1970 ) puis
diminuerégulièrement jusqu’au
tarissement. Peud’auteurs, néanmoins,
ont étudié l’influence du stade de lactation sur lescaractéristiques chimiques
de ces matières grasses : KuzDZAr,-SavoW( 195 6)
a observé une baisse de l’indiced’iode,
au cours des 4pre- miers mois de lalactation,
BA!,Dmrr et I,oNG!N!Cx>;R( 1944 ),
ArrANTAKRisH!rArr et al.(i946),
HOSOGAI(r96 3 ),
ADDA(i 9 6q)
ont montré que lestriglycérides
du colostrum sontplus
pauvres en acides gras à courte chaîne que ceux dulait; S TULL
et al.( 19 66)
ont
décrit,
au moyen d’une séried’équations,
les variations de lacomposition
enacides gras de la matière grasse du lait de 4 vaches
pendant
toute une lactation.Nous nous sommes attachés pour notre
part
à décrire sous le doubleaspect quantitatif
etqualitatif
l’évolution de la sécrétion des acides gras des matières grasses du lait devache,
au cours des io mois delactation,
en limitant les variationsd’origine
alimentaire par la distribution du même
type
de ration aux animaux durant toute leur lactation. Unepremière partie
des résultats a étépubliée
au XVIIIeCongrès
International de
Laiterie
de Munich(D!cAErr
etA DDA , 19 66).
MATÉRIEL
ETMÉTHODES
Animaux
L’étude a porté sur 2lots de vaches du troupeau du C. N. R. Z. L’un comprend 9 animaux qui ont vêlé en hiver (février-mars 1964) à l’étable de Jouy-en-Josas, l’autre, 8 animaux qui ont
vêlé à l’automne (octobre à décembre i9G4) à l’étable de la Minière.
Le tableau i donne les caractéristiques des animaux (race, âge, numéro de lactation, date du vêlage) et met en regard les résultats de la lactation expérimentale (quantité de lait, taux buty-
reux, taux de matière azotée) de ceux de la lactation précédente.
Condition de vie et alimentation
Les animaux ont été maintenus en stabulation entravée et ont reçu individuellement et à
volonté, le matin, du foin de luzerne sous forme longue et le soir, du foin de luzerne condensé
(broyé à la grille de 3 mm et aggloméré en bouchons de 10 mm de diamètre). Cette ration fut
complémentée par un aliment concentré comprenant 85p. 100de céréales dont 60p. 100 d’orge,
distribué en quantité suffisante pour que soient couverts les besoins nutritifs évalués chaque
semaine pour chaque animal, compte tenu de son poids et de sa production laitière.
Sur le plan sanitaire, nous avons observé quelques cas de perturbations métaboliques au
cours des i5premiers jours de la lactation surtout à l’étable de Jouy où les animaux furent moins bien préparés au nouveau régime à base de foin condensé qu’à la Minière.
Échantillonnage
et analyseLes quantités individuelles et journalières d’aliment ingérées, exprimées en kilogrammes de
matière sèche ont été estimées par pesées des quantités offertes et refusées. A partir de ces résultats,
connaissant la valeur nutritive des aliments distribués et les besoins théoriques des vaches, nous
avons estimé le bilan énergétique de chaque animal, chaque semaine, en considérant la différence de l’énergie ingérée et de l’énergie excrétée. Par ailleurs, nous avons mesuré le poids vif des ani-
maux par une pesée hebdomadaire.
La quantité individuelle de lait a été pesée à chacune des deux traites ; la teneur en matières grasses a été mesurée chaque jour, par la méthode Gerber, sur un échantillon de lait représentatif
des deux traites, et la quantité de matière grasse sécrétée par jour en a été déduite.
La teneur en matières azotées a été également mesurée, une fois par semaine pour chaque animal, sur un échantillon individuel pondéré sur 4 traites consécutives, par la méthode colori-
métrique au Noir amido (PosTxutvtus, 1959).
En vue du dosage des acides gras des triglycérides du lait, nous avons prélevé un échantillon
pondéré de 2à 3kg de lait, sur traites consécutives, une fois par semaine, au cours des six pre- mières semaines après le vêlage, puis toutes les deux semaines pendant le reste de la lactation.
Après écrèmage du lait, la crème refroidie a été transformée en beurre qui a été conservé à― i5oC.
Au moment de l’analyse, l’huile de beurre est séparée par centrifugation du beurre fondu à 70°C (
3ooo t/mn pendant 5mn). La composition en acides gras des triglycérides du lait est déterminée
en 2étapes, par chromatographie en phase gazeuse des esters méthyliques et butyliques, préparés
par transestérification de l’huile de beurre (CLÉMENTet BEZARD, 1961).
Nous avons utilisé un appareil Aerograph, modèle A 350, muni d’un détecteur à catharo- mètre dont le signal est transmis à un enregistreur Honeywell équipé d’un intégrateur à disque.
Pour les esters méthyliques, on a utilisé des colonnes de 3 mètres, remplies de Chromosorb W
(6 0/
8
0mesh) chargées à 20p. 100de succinate de diéthylène glycol et maintenues à une tempéra-
ture constante de i850C. Les esters butyliques ont été séparés sur des colonnes de 1,5 mètre char-
gées d’Apiezon L et chauffées à 2ro!C. Le gaz vecteur dont le débit était d’environ 3 litres par heure a été l’hélium dans les deux cas.
Expression des résultats
La volatilité des esters méthyliques est une source d’erreur importante pour la détermination
quantitative des acides dont le nombre d’atomes de carbone est inférieur à 10. C’est pourquoi
nous avons procédé en deux étapes, retenant les résultats de l’analyse des esters butyliques pour
ces acides courts et les résultats de l’analyse des esters méthyliques pour ceux dont la chaîne con-
tient plus de 10atomes de carbone. Le pic correspondant à l’acide caprylique, qui figure sur les
deux chromatogrammes, nous a permis d’exprimer ensuite tous les résultats en pourcentages pon- déraux d’esters méthyliques. Nous n’avons pas utilisé de coefficients de correction.
Les matières grasses du lait étant pour 98 p. 100constituées de triglycérides (YIn2sso:s, 1962)
et le poids moléculaire d’un triglycéride égal à 4 g près à la somme des poids moléculaires des 3
esters méthyliques correspondants, le poids de matières grasses sécrétées a été assimilé au poids
du mélange d’esters méthyliques qui leur correspondent. Ainsi, on a obtenu une estimation de la
production journalière d’un acide gras en multipliant le poids de matières grasses sécrétées par le pourcentage pondéral de l’ester méthylique correspondant à cet acide gras.
Pour faciliter l’exploitation des résultats, les acides gras ont été regroupés de façon un peu
arbitraire, en 4 fractions, à savoir :
i° les acides gras courts : (en C6, C8, Cl°, CI2et C14) qui seraient synthétisés en majeure partie
à partir de l’acétate et du p-hydroxybutyrate circulant dans le sang ; 2
° les acides gras longs : stéarique et oléique dont l’origine principale serait les acides gras
préformés dans le sang ; nous n’avons pas dans ce groupe les acides gras polyinsaturés, vu la pré-
cision assez médiocre de leur détermination.
3
° l’acide palmitique, constituant principal qui semble être issu des 2sources à la fois ; 4
° les acides gras mineurs des groupes C14 - 1 -Cl 5 : 1 dont les pics sur le chromatogramme appa- raissent entre ceux des acides myristique et
palmitique.
RÉSULTATS
Évolution
moyenne au cours de la lactation Consommation d’aliments - Production laitière.Au cours des 40 semaines de la
lactation,
laquantité journalière
moyenne de matière sècheingérée augmente d’abord, passant
de12 ,6 kg
àplus
de 2okg
au coursdes
sept premières semaines, puis
se stabilise etenfin,
àpartir
du 3e mois diminuelégèrement jusqu’au
tarissement où elle atteint y,5kg :
la consommation d’aliment concentréaugmente passant
de2 ,6
à 7,okg
durant les deuxpremiers mois, puis
diminue
régulièrement
pour être nulle en35 e semaine,
celle de foin condensé croît durant toute la lactation de 6kg
à 12,5kg
de même que celle de foinlong qui
passe de 3,5 à 7,okg.
Durant les i5jours qui
suivent levêlage,
alors que les besoinsénergé- tiques
sontmaximum,
lesquantités ingérées
sont faibles : il en résulte une sous-ali-mentation
qui
va en diminuant au cours des 7premières
semaines delactation ;
ensuite le bilanénergétique
moyen des animaux est sensiblementéquilibré.
Durantles 5
premières semaines,
les vachesperdent
30kg
depoids
vif en moyenne ; maiselles
regagnent
18kg
dans les deux moisqui suivent, puis
30kg
en fin de lactation.Sur l’ensemble des 40 semaines de la lactation
expérimentale,
les vaches ontproduit
en moyenne 30okg
d’un lait à 35,2g/kg
de matières grasses et à 33,7g/kg
de matières azotées : par
rapport
à la lactationprécédente,
les résultats moyens dequantité
de lait et de teneur en matières azotées sont sensiblement lesmêmes,
sinonlégèrement supérieurs,
mais le tauxbutyreux
est inférieur de 39/ kg (tabl. I ).
Laquantité journalière
delait,
maximum 4 semainesaprès
levêlage,
diminue ensuiteassez
régulièrement
tout aulong
de lalactation ;
le tauxbutyreux
diminuerapide-
ment de 47,0à 32,5
g/kg
au cours des 7premières
semaines de lalactation, puis
sestabilise
jusqu’à
la 2oe et enfinaugmente régulièrement
pour atteindre 3g9/ kg
enqo
e
semaine ;
laquantité
de matières grassessécrétée,
maximum( 940 g)
dès la2
e
semaine,
diminue assezrapidement
au cours des 3premiers
mois(-
390g)
etensuite
plus
lentement(- 3 8 0
g au cours des 7 derniersmois).
Sécrétion des acides gras des matières grasses du tait.
La
composition
en acides gras des matières grasses du laitprésente
une évolutionimportante
au cours des deuxpremiers
mois de lalactati b n, puis demeure relative-
ment stable par la suite (tabl. 2 ).
La
proportion
d’acidebutyrique (C,)
et celle ducomposant
indéterminé(I) qui apparaît
en tête dechromatogramme,
sont maximum dès lapremière
semaine delactation et diminuent
régulièrement
tout aulong
de la lactation.La
proportion
des acides gras courts dont les chaînes saturéescomprennent
6 à 14atomes decarbone, augmente
au cours des deuxpremiers
moispuis, après
unephase
maximale assezstable,
diminue trèslégèrement
au cours de la 2e moitié de lalactation.
L’amplitude
et la durée de l’accroissement sont d’autantplus grandes
que la chaîne carbonée estplus longue (+ 0 ,6 point
et 4 semaines pour les acidescaproïque (C.)
etcaprylique (C 8 ),
-!-1 ,8 points
et 8 semaines pour lecaprique (Ci,,),
+
2,6 points
et -! 6points
et 14 semaines pour lelaurique (C l2 )
et lemyristique (C 14 ) respectivement).
Lerapport laurique
surcaprique (C l2/ C lo ) augmente
durant la lacta- tionpassant
de 1,22enpremière
semaine à 1,37auq e mois, puis
àr,q8
aug e
mois.La
proportion
des acides graslongs (stéarique, oléique, linoléique, linolénique)
diminue brutalement au cours de la
première partie
de lalactation, puis augmente
très
légèrement
par la suite. On observe la valeur minimum pour l’acidestéarique
à la
34!
semaine et pour l’acideoléique
à lar 4 e
semaine.La
proportion
d’acidepalmitique,
constituant leplus important, présente
uneévolution de moindre
amplitude :
minimumaprès
levêlage,
elleaugmente
lentement maisrégulièrement
au cours de lapremière
moitié de la lactation(-!-
6points) puis
se stabilise par la suite.
Les
proportions
d’acides gras mineurs à chaîne ramifiée ou non à 14ou i5 atomes de carbone ne cessentd’augmenter
durant toute lalactation,
leurs valeurstriplant environ ;
celles des acides gras mineurs à chaîne saturée ou non, ramifiée ou non à 16 ou 17 atomes de carbone diminuent au début de la
lactation, puis augmentent
pour atteindre leur
maximum
au tarissement.D’une manière
générale,
laproportion
des acides gras insaturés diminue au coursdes 3 mois
qui
suivent levêlage
et varie peu ensuite.Si on
exprime
les résultats en grammes d’acides gras parkilogramme
delait,
on remarque que les teneurs en acides gras courts sont sensiblement constantes au
cours de la
lactation,
variant depart
et d’autre de 10g/kg ;
les teneurs en acides graslongs
sont maximumaprès
levêlage ( 20 g/kg)
et diminuent au cours des i5premières semaines, passent
par un minimum(g g/kg), puis augmentent jusqu’au
tarissement( 12
g/kg) ;
les teneurs en acidepalmitique présentent
une évolutioncomparable,
maximum
après vêlage ( 12 g/kg),
elles sont minimales( 9 g/kg)
à la 2e semaine etremontent à 12
g/kg
à la fin de la lactation.Les
quantités
d’acides gras sécrétées varient différemment en fonction du stade delactation,
selon la nature de ces acides(tabl. 3 ).
La
quantité
d’acides gras courtsaugmente
dans lespremières
semainesqui
suivent la mise bas.
L’augmentation
est d’autantplus longue
etimportante
que la chaîne carbonée estplus longue :
2 semaines et !- 75 p. 100pour l’acidebutyrique,
3 semaines et q o, 45
et
60 p. 100respectivement
pour lecaproïque,
lecaprique
et lecaprylique,
6 semaines et 35 p. 100 pour lelaurique
et lemyristique.
Apartir
du2
e mois de lactation les
quantités
sécrétées diminuent de 15 à 10 p. 100 parmois,
selon lalongueur
de la chaîne et le mois delactation ;
inversement lesquantités
sécrétées d’acides
stéarique
etoléique, qui
sont maximum dès la semaine duvêlage,
diminuent très
rapidement
au cours des 8premières
semaines(- 3 o
p. ioo parmois), puis beaucoup plus
lentement(-
m p. 100parmois) .
La
quantité
d’acidepalmitique,
maximale dès la 2esemaine,
diminue ensuiterégulièrement
de m p. 100par mois tout aulong
de la lactation.Les
quantités journalières
d’acides gras mineurs enC l4
etC, 1
varient peu aucours de la
lactation,
mais elles ont tendance à diminuer trèslégèrement.
Comparaison
entre les deux lots -Différences
individuellesSur l’ensemble de la
lactation,
les vaches du lot I(Jouy) produisent significati-
vement
plus
de lait et de matières grasses(P
<0 , 05 )
que celles du lot II(La Minière) ;
mais ce lait
présente
un tauxbutyreux plus
faible et ces matières grasses sontlégè-
rement
plus
riches en acides gras courts(de C 4
àC 12 )
et en acides graslongs (C l .
saturéset
insaturés),
maisplus
pauvres en acides gras moyens(C n
etC l6 ). Ainsi,
en moyenne, les vaches du lot Iqui produisent plus
de matières grasses sécrètent autant d’acidepalmitique
que celles du lot II, un peuplus
demyristique
etbeaucoup plus
d’acidesstéarique
etoléique
et d’acides gras courts(tabl. 4 ).
Parailleurs,
on remarque que les animaux du lot I ont consommé moins de foinlong ( 1 , 1
tonne au lieu dei, 7 ),
unpeu
plus
de foin condensé( 2 ,g 5
tonnes au lieu de2 ,6 5 )
etbeaucoup plus
de concentré(
970 kg
au lieu de 515kg).
Si le sens et
l’amplitude
des variations de chacune des variables étudiées sont engénéral
semblables dans les deuxlots,
on remarquecependant
certaines différences(fig. i).
Laquantité
de matière sècheingérée
maximum est du même ordre(ig kg),
mais les animaux du lot II ayant reçu leur foin condensé en
quantité
limitée àpartir
de la
I g e
semaine en moyenne,présentent
en fin de lactation un niveaud’ingestion
moins élevé.
Les vaches du lot I, vêlant en
février-mars,
ont uneproduction
laitière mieux soutenue au cours des 3premiers
mois de la lactation que celles du lot II vêlant ennovembre : accroissement initial de la
quantité
de laitplus élevé,
durée de laphase
ascendante
plus longue,
tauxbutyreux après vêlage plus
élevé. Enrevanche,
àpartir
du 3e mois de la
lactation,
laproduction
laitière des vaches se maintient mieux chez les vaches du lot II. Les vaches du lot I ontprésenté
un bilanénergétique plus
désé-quilibré après vêlage
et despertes
depoids
vifplus importantes (-
40kg
au lieu de- 22
kg).
Apartir
du3 e
mois delactation,
laproduction
laitière se maintient mieuxchez les vaches du lot
II,
bienqu’elles
aient reçu leur foin condensé enquantité
limitéeà
partir
de laI g e
semaine en moyenne. La remontée simultanée des teneurs du laiten matières grasses et en matières azotées est surtout nette à
partir
du moisd’août,
c’est-à-dire à
partir
de la 2oesemaine pour le lot I et de la35 e
semaine pour le lotII,
alors que lacomposition
en acides gras destriglycérides
ne semble pas varier.D’une manière
générale
onpeut
remarquer, dans chacun deslots,
des variations simultanées du bilanénergétique,
du tauxbutyreux
et de lacomposition
en acidesgras des
glycérides
du lait. A des bilansénergétiques négatifs correspondent
desvaleurs
plus
élevées du tauxbutyreux (relativement
à celle de la teneur en matièresazotées, notamment)
et de laproportion
d’acides graslongs,
et des valeursplus
faibles des
proportions
d’acides gras courts et d’acidepalmitique.
On observe cesvariations
plus particulièrement
au cours des deuxpremiers
mois de lalactation,
maisaussi,
defaçon
moinsmarquée,
entre la 16e et la 28e semaine dans le lot I et entre la 2oe et la35 e
semaine dans le lot II.Dans le cadre de cette
expérience,
à l’échelon de la lactationentière,
les relations sont peumarquées
entre les résultats deproduction
laitière et lacomposition
en acidesgras des
triglycérides ( 17 données).
A des tauxbutyreux
moyens élevés correspon- draient desproportions
d’acidepalmitique
élevées(r
= !--0 , 49 )
et desproportions
d’acides gras
longs
faibles(r
= -o, 3 g) ; plus
les vaches ont consommé deconcentré, plus
elles ontproduit
de lait(r
= !-0 , 7 6)
et de matières grasses(r
=-+- 0 , 7 8)
etplus
lestriglycérides
de leur lait ont été riches en acides graslongs (r
= -f-0 ,5 0 )
etpauvres en acide
palmitique (r = - o,q. 3 )
et en acides gras mineurs enC l ,
etC 1 . (r
= -0,83).
Par
ailleurs,
au cours de la lactation d’unevache,
le tauxbutyreux
varie commela teneur du lait en acides gras
longs (r
= -!-0 , 7 6
sur 391 donnéesindividuelles,
valeurs individuelles de + 0,40 à-!- 0 , 9 8) (fig. 2 ).
Enfin,
au cours des sixpremières
semaines de lalactation,
les variations de laproportion
d’acides graslongs
destriglycérides
du lait sontstatistiquement
liées àcelles du déficit
énergétique
de la vache (y = + 0,71, sur Io2 donnéesélémentaires).
DISCUSSION
Critique
des conditionsexpérimentales
En
dépit
de notre volontéinitiale,
la ration que nous avons distribuée n’a pas été de nature constante sur toute la lactation : lesquantités ingérées
deconcentré,
maximum en 8esemaine,
sont nulles avant la fin de lalactation,
celles de foin condenséaugmentent davantage
que celles du foinlong.
Cerégime
riche en élémentsbroyés
et
agglomérés
aprovoqué
certainesperturbations digestives
oumétaboliques
audébut de la lactation
( 3
dans le lotI,
I dans le lotII) qui
se sont traduites par des baissespassagères d’appétit
et deproduction laitière ;
certaines vaches( 2 principa- lement)
ontproduit
moins de laitqu’on pouvait
leprévoir. Enfin,
cetype
deration, qui
est connu pour son effetdépressif
sur le tauxbutyreux (cf.
revue de VANS OEST , 19
6 3
),
est certainementresponsable
des teneurs en matières grasses relativement faibles que nous observons.Cependant,
lacomposition
en acides gras destriglycérides
du lait n’est pas sensiblement différente de celles observées sur des
régimes
hivernauxà base de foin
long, d’ensilage,
de betteraves et de concentré(cf.
DECAENetJ OURN TT, Ig67 ;
DECAEN etGHAnAI!I, I g 7 o).
Dansl’ensemble,
la lactation s’est déroulée nor-malement : les niveaux moyens de
production
laitière et de teneur du lait en matièresazotées ne sont pas inférieurs à ceux que l’on
pouvait prévoir ;
en fonction du stadede
lactation,
lesquantités journalières
de lait et de matières grasses, ainsi que les teneurs du lait en matières grasses et en matières azotées ont varié selon l’évolution habituellementdécrite,
notamment dans les deux moisqui
suivent laparturition
(JO UR
NET
etJARRIG!, I g 6 0 ; DEC A E N , JOURN!T
et POUTOUS,I g 7 o).
Il semble doncque nos conditions
expérimentales peuvent
êtrejugées,
somme toute, suffisammentnormales,
pourpermettre
de proposerquelques
conclusionsgénéralisables.
Influence
du stade de lactationNos résultats mettent en évidence deux
phases
dans l’évolution de la sécrétion des acides gras des matières grasses du lait au cours de la lactation.1
° Au cours des 6 à 14
premières
semainesqui
suivent la misebas,
la sécrétion des acides gras variequalitativement
etquantitativement :
lesquantités
d’acidesgras courts
augmentent,
celles d’acides graslongs
diminuentrapidement ;
la compo- sition en acides gras destriglycérides
varie.2
° Ensuite et
jusqu’au tarissement,
lacomposition
en acides gras reste stable et seule laquantité
de chacun des acides gras diminuerégulièrement.
Nos résultats
complets,
en accord avec nos observationspartielles présentées précédemment (D ECAEN
etA DDA , 19 66),
confirment enpartie
ceux de STUI,I, et al.( I
g66), qui, rappelons-le,
travaillèrent sur des vachesHolstein,
vêlant enjuillet,
sousle climat chaud de l’Arizona et consommant du foin de luzerne
long
et un alimentconcentré à base de tourteau de coton. Dans des conditions différentes des
nôtres,
ces auteurs trouvent que les
proportions
d’acides gras courtsaugmentent
avec le stade de lactation et celles d’acides graslongs diminuent, cependant,
les matières grasses du lait obtenu dans les semainesqui
suivent levêlage
sontplus
pauvres en acides gras courts etplus
riches en acides graslongs
que les nôtres et l’évolution de lacomposition
estplus
étalée dans letemps
que celle que nous obs2rvons.Nos résultats comme ceux de Srur.L et al.
( 19 55)
sdnt en accord avec les obser-vations
qui
montrent que le colostrum et les laits despremiers jours
de la lactationont des matières grasses
plus
pauvres en acides gras courts etplus
riches en acidesgras
longs (Bnr,DmN
etLorrG!rr!cK!x,
1944;A NANTAKRISHNAN ,
BHALE R:!o etPAUL, 194 6 ; HOSOGA I , 19 6 3
etA DDA , 19 6 4 ).
Contrairement à celles de S’rut,t, et al.( 19
66),
nos observations confirment celles de Kuxt,MnN etGALLUP ( 1939 )
et KUZDZAL-S A
voiF,
( 195 6) qui rapportent
une diminution de l’indice d’iode des matières grasses du lait au cours despremiers
mois de la lactation.Enfin,
nous mettons clairementen évidence que les modifications de la
composition
en acides gras, notamment au début de lalactation,
sont liées à la diminution de la sécrétion de chacun des acides graslongs,
mais aussi àl’augmentation
desquantités
sécrétées des acides gras courts.Nos observations viennent à
l’appui
de la théorieproposée
parPoP J nCK et
al.(rg 5 i)
et
exposée plus tard,
entre autres, par GARTON( 19 6 0 - 19 6 3 )
ouJO N ES (ig6g)
selonlaquelle l’origine
des acides gras du lait est au moinsdouble ;
d’unepart
les acidescourts
(C 4
àC 16 )
sontsynthétisés
par le tissu mammaire àpartir
de l’acétate et dup-hydroxybutyrate
circulant dans le sang, d’autrepart
les acides graslongs (à partir
de
C l6
etpeut-être C n )
seraientprélevés
de formescirculant, préformées,
dans lesang.
L’évolution de la sécrétion des acides gras des
triglycérides
du lait au cours dupremier quart
de la lactation est unphénomène général.
Si la nature de la rationagit
sur lacomposition
en acides gras des matières grasses(B ROWN ,
Srur,t, etST O TT, 196
2
;
DEGAGE etF EHR , 19 6 7 ),
nosrésultats,
ceux deS TULL et
al.(rg55)
et de DECAENet
JO URN ET ( 19 6 7 )
montrent que cette évolution alieu,
d’une manièregénérale,
surdes rations hivernales de différents
types.
I«’un d’entre nous a montré(D ECAEN
etJouRrr!2, 19 6 7 )
que cette évolution de lacomposition
en acides gras des matières grasses du lait et celle du tauxbutyreux,
au cours des 6premières
semiines de lalactation, peuvent s’expliquer,
enpartie,
par la mobilisation des réserveslipidiques, provoquée
par un bilanénergétique négatif
et libérant des acides gras libres dans le sang. Dans les semainesqui
suivent la misebas,
l’activité mammaire se met en route ; lesquantités
sécrétées delait,
delactose,
de matières azotées(c3s!ine, surtout)
aug- mentent, mais aussi celles d’acides gras courts. Cephénomène
estprogressif,
commeen
témoigne
le fait que laquantité
maximumjournalière
d’acides gras courts sécrétée est atteinte d’autantplus
tard que la chaîne carbonée estplus longue.
Il correspon- drait moins à un accroissement du nombre de cellulessécrétrices, qui
serait fixé dans lesjours qui
suivent la mise bas(D!rrnMUx, rg6g) qu’à
uneaugmentation
de l’activité sécrétrice de cescellules, qui
est, engrande partie bloquée jusqu’à
la mise bas etpourrait
êtrelimitée,
durant lespremières
semaines delactation,
par des mécanismes derégulation métabolique (B.!t,Dwm, 19 6 9 ). Juste après
levêlage,
le déclenchement delactation, provoquant
une élévation brutale desbesoins, place
l’animal en bilanénergétique
déficitaire et celui-ciréagit
en mobilisant ses réservescorporelles :
lavache sécrète alors des matières grasses de même
composition,
c’est-à-dire pauvresen acides gras courts et riches en acides gras
longs,
que si elle était sous-alimentéeexpérimentalement (S MI T H
et DASTUR,193 8 ;
LuicK etS MI T H , rg6 3 ;
D!c!9rr etA
DD
.x, ig!o).
Au cours des deuxpremiers
mois de lalactation,
la vacheaugmente
son niveau de consommation et atteint son
équilibre énergétique :
l’accroissement desapports
desprécurseurs sanguins (acétate, p-hydroxybutyrate) pourrait
être engrande partie responsable
del’augmentation
de la sécrétion des acides gras courts, la baisse de l’intensité de mobilisation des réservescorporelles
entraînant la diminu- tion de la sécrétion des acides graslongs.
Parailleurs,
la même évolution a été observée chez laTruie,
la mobilisation des réservescorporelles
se faisant auprofit
de la sécrétion des acides gras des matières grasses du
lait,
defaçon
décroissante etpréférentiellement
àpartir
des acides graslongs (SALMON-LEGAGNEUR, 19 6 3 , zg6q., z
9 65).
Au cours des trois derniers
quarts
de lalactation,
bien que le tauxbutyreux augmente
très nettement, lacomposition
des matières grasses du lait restestable ;
la sécrétion du lait et du lactose diminueraitplus rapidement
que celles des matières grasses et des matièresazotées,
d’où l’élévation des teneurs du lait en ces constituants.Au cours de la lactation nous observons une élévation continue des
proportions
d’acides gras mineurs en
C 14
enC 15 .
Ces acides grasmineurs,
dont la chaîne carbonéecompte
un nombreimpair
d’atomes de carbone ou bien estramifiée,
seraientsynthé-
tisés par l’intermédiaire des
microorganismes
du rumen àpartir
d’acides gras volatils issus de ladigestion,
notamment de la désamination des matières azotées des aliments(E
L S H azr,v,
ig52 ;ArrNrsorr, ig5 4 ).
Il estpossible
quel’augmentation
desquantités
consommées de foin de luzerne entraîne un
apport important
deprotéines
alimentaires dont l’excès serait àl’origine
desproduits
de désamination. Lapart
des acides gras mineursaugmenterait
au cours de lalactation,
alors que lesquantités
totales d’acidesgras sécrétées diminuent.
D’une manière
générale,
la d.iminution du tauxbutyreux
au début de la lacta-tion,
seraitprovoquée
par une baisse de sécrétion mammaire des acides graslongs, qui
seraitliée, semble-t-il,
à une baisse d’intensité de la mobilisation des réservescorporelles ;
enrevanche, l’augmentation
du tauxbutyreux,
en fin delactation,
n’estpas associée à une variation de la
composition
des acides gras destriglycérides
dulait,
maisproviendrait plutôt
d’une diminution de la sécrétion des matières grasses moinsrapide
que celle du lait et du lactose.Influence
de la saison devêlage
Afin d’étudier l’influence du mois de
vêlage,
nous avions constitué deux lots de vaches(I
etII). Cependant
les différences entre ces deux lotsportent
non seulementsur les dates de
vêlage,
maiségalement
sur d’autrespoints :
niveau moyen deproduc-
tion laitière et de taux
butyreux, troupeaux,
races, rationnement(les quantités
defoin condensé furent limitées pour des raisons
matérielles,
à 12kg
par vache àpartir
du mois de mars dans le lot
II).
Ces différences rendent difficilel’interprétation
desrésultats et la mise en évidence de l’influence de la saison de
vêlage.
Onpeut
toutefois proposer les remarques suivantes :1
0
Après
lesvêlages
defévrier-mars,
au début de lalactation,
la sécrétion du lait engénéral
et celle des acides gras destriglycérides
enparticulier
semblentplus
stimulées