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Action analgésiante des substances radioactives

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HAL Id: jpa-00242097

https://hal.archives-ouvertes.fr/jpa-00242097

Submitted on 1 Jan 1904

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A. Darier

To cite this version:

A. Darier. Action analgésiante des substances radioactives. Radium (Paris), 1904, 1 (9), pp.77-81.

�10.1051/radium:019040010907701�. �jpa-00242097�

(2)

Le repos à l’obscurité rend à l’0153il sa sensibilité pre- mière. Il y a d’ailleurs avantage au début à opérer le soir.

Ajoutons qu’il faut un temps assez long’ pour s’exer-

cer à voir nettement le phénomène et qu’il est inu-

tile de chercher à faire trop d’essais consécutifs : l’0153il se fatigue vite et on ne voit plus rien. Il est préférable, entre chaque essai, de laisser l’0153il se

reposer pendant quelques instants à l’obscurité. Il est,

je crois, inutile d’ajouter que, pour observer convena- blement les écrans, il est presque nécessaire de s’asseoir le plus commodément possible et dans une tranquillité absolue.

Toutes ces précautions s’appliquent à l’examen des autres détecteurs.

Il est bon de signaler encore que d’autres causes

peuvent agir de la même façon que les rayons N sur

les écrans au sulfure de calcium et en particulier la

chaleur. Il suffit de placer le doigt derrière un écran

sur carton mince pour voir apparaître une tache très

lumineuse, dont l’intensité n’a rien de comparable au

faible accroissement d’éclat que donnent les rayons N.

Cette augmentation d’éclat due à la chaleur se fait d’ailleurs aussi bien sentir tangcntiellement que nor- malement. De plus, si on fait tomber un faisceau de

rayons ?s sur une portion seulement de l’écran, on ne petit distinguer aucune différence d’intensité entre cette portion et le reste de 1 écran sans utiliser un

objet opaque (clef) placé sur ceL écran 1.

Nous sommes maintenant en possession d’un cer-

tain nombre de procèdes d’observation. dont le plus

commode et le plus simple à mettre L’n 0153uvre est le

sulfure de calcium. Malheuresement, ils exigent tous l’emploi de l0153il ; l’enregistrement photographique de

M. Blondlot est reste beaucoup trop délicat, et, pour

régler l’étincelle, il faut voir d’abord a l’0153il ; la mé- thode de M. Rotlie parait cependant devoir donner

des résultat, s’il peut la perfectionner, comme il en

a l’intention. Le 111icux serait évidemment de trouver un appareil qui serait anx rayons N ce que le cohéreur est aux ondes hertziennes. Y arrivera-t-on ? Cela paraît difficile, étant donnée l’extrême petitesse de l’energie transportée par ces radiations. Somme tonte, une

bonne méthode olhjt’ctivt’ reste à découvrir.

Pour le moment, contentons-nous des écrans, et si nous aBons insisté aussi longuement sur ces procédés d’observation, c’est (itte souvent, faute de les coiinaitre, beaucoup se sont trouvés arrêtes.

Voici rapidement résumés les principaux moyens emploies pour déceler les rayons N. Dans un prochain

article nous étudierons les sources est nous tâcherons de nous rendre compte de ce que paraissent être (es

radiations. Enfin nous examinerons leurs principales propriétés.

Marcel MOULIN.

Action analgésiante des substances radioactives.

SOMMAIRE : Considérations générales sur les propriétés physiolo- giques du radium.

-

Son action caustique, sidérante, paraly-

sante, couvulsivante à hautes intensités.

-

Action analgéti-

que et calmante très faible intensité.

-

Action stimulante

ou arrestatrice s ivant lc’s doses et les poses.

-

Action

analgésiante sur certains rhumatismes oculaires, certaines névralgies faciales et sur les crises douloureuses de l’ataxie locomotrice.

-

Action calmante sur les cancers douloureux et sur les douleurs lhoracillues de phtisiques.

Si nous résumons les effets produits par le radium

sur les êtres animes, nous voyons qu’a des activités très élevées, 100 000 LT. au minimum, on observe une

action locale caustique, destructive, a échéance d’au-

tant plus retardée que l’exposition a été moins longue

et moins directe et que le sujet est arrivé tl un plus complet développement (suivant aussi que le radium est enfermé dans une enveloppe moins perméable.

plus ou moins transparente pour les radiations : plomb,

verre, celluloïds, etc.) 1 :2.

1. H. BLONDLOT. CIL, i. LBBBB1LI. lutlm 1904, p. 663.

-

2. Note du 4 octobre 1903 a l’Academie de médecine.

Avec des activités très fortes (u partir 300 000 1’.),

dans une enveloppe de caoutchouc il peut B avoir réac- tion immédiate de la peau

2013

quelques minutes

-

(Bohn, Mme Curie, Danysz) 1.

Mais, ne l’ouhlions pas, les premiers éléments anato- miques atteint, sont les cellules jeunes, les cellules se

renouvelant périodiquement, lu, épithéiums, les en- dothéliulns, Basculaires ou autres, et à plus forte

raison les cellules des tumeurs néoplastiques à (solu-

tion rapide et imparfaite.

Ce sont la ce que nous pourrions appdt’r les acti-

vités toxiques, caustiques, dangereuses dont l’emploi

en médecine, ou plublt en chirurgie, (loit être réservée al certain" cas spéciaux. Par exemple quand il s’agit de détruire une grosse tumeur inopérable, loin de tout

centre nerveux (tumeur des seins ou de l’abdomen, des membres, etc.), ne serait-il pas logiquesd’essayer de

1. Ou pourrait appler I. marne ou unité d’ action de l’uranium.

Article published online by EDP Sciences and available at http://dx.doi.org/10.1051/radium:019040010907701

(3)

larder la masse néoplastique d’applications répétées et

intensives de radium a haute activité, comme on lar- dait autrefois les tumeurs des seins de flèches de

pâtes arsenicales ou autres? (Un essai de ce genre vient d’être cité par Mac Intire de Glascow : un tube en pla-

tine contenant le radium fut enfoui profondément

dans une tumeur volumineuse.)

Déjà nombre de petites tumeurs cutanées ont été

traitées par de simples applications de courte durée

même sur la face et sur les paupières, sans que, jus- qu’ici, aucune complication ait été relatée ni du côté du système nerveux ni du côté de la vision, et des gué-

risons en nombre respectable déjà ont été rapportées.

Ces mèmes activités de 5 à 500 000 U. et plus ont produit chez les petits aninlaux une action sidérante

profonde sur le système nerveux central, cerveau et

moëlle épinière, probablement par action primaire

sur les endothéliums vasculaires ; car Bohii et Danysz

ont trouvé toujours à l’examen anatomique des lésions cérébrales et médullaires des ruptures vasculaires et

des hémorragies ayant détruit les éléments nerveux.

Il est bien probable aussi que, dans les lésions cu-

tanées produites par le radium, les altérations vascu-

laires sont de la plus haute importance ; mais les extré- mités périphériques des nerfs doivent ètre aussi

atteintes dans lcur fonctionnement. Nous allons en

avoir la preuve en étudiant l’action allalgésiantc du

radium que je crois être le premier à avoir mise hors de doute (note du 4 octobre 1905, à l’Académie de

Médecine).

A côté de son action destructive, sidérante à de

haiites intensités, la radioactivité a des effets tout autres si on sait l’appliquer à faibles doses, à doses proportionnelles, à ce que tel ou tel organisme peut supporter, à ce que j’ai appelé des doses maniables, les doses médicalnenteuses du radium.

Nous avons vu que la même exposition qui peut détruire les poils et le derme d’un cochon d’Inde ne

fait que stimuler la croissance des poils chez le lapin (Danysz).

Les mêmes expositions qui détruisent certaines cellules mal protégées en stimulent d’autres au point

de provoquer l’éclosion d’oeufs non fécondés.

Les cellules jeunes, iiéoplastiques sont détruites

avant les tissus sains bien organisés, les insectes ou leurs larves sont tués ou arrêtés dans leur développe-

ment, d’autres au contraire se développent mon-

strueuselnent. Affaire de doses et d’opportunité.

Nous avous vu quelle action violente et profonde le

radium à haute intensité exerce sur le (’erBeau et la moelle des petites souris, surtout quand elles sont très jeunes ; or sur le lapin, pour obtenir le même résultat,

il faut trépaner préalablement la boite crânienne et la colonne vertébrale.

.

Chez le chien4 après trépanation, l’action est encore

moins marquée.

Chez l’homme on n’a encore note aucun accident

paralytique ou tétaniforme consécutif à des applica-

tions de radium. Jamais du reste aucune tentative n’avait été faite, que je sache, sur l’action médicale du radium avant la première note que j’ai publiée; et quand je fis part à 31. le professeur Becquerel des

résultats thérapeutiques que j’avais obtenus dans les

névralgies oculaires et certaines migraines, il ne put s’enlpècher de s’exclalner que c’était chose bien dan- gereuse que d’appliquer tout près d’un organe aussi sensible que le cerveau un agent aussi violemment destructeur que le radium. Mais ne sommes-nous pas habitués en médecine à administrer avec succès des médicaments bien plus dangereux ; l’arsenic, la strych- nine, l’atropine, la digitaline, etc., et 11. Becquerel

lui-même n’a-t-il pas été le premier à recommander

l’emploi du radium dans le lupus qui siège le plus

souvent à la face.

Or depuis un an passé que j’cnlploie le radium en

applications sur les yeux, le front, les tempes et la

face je n’ai encore observé aucune complication quelconque. Dans deux cas oil les applications à 1000

et à 10 000 U. avaient été faites sur la nuque, les ma-

lades se plaignirent d’une sensation de vertige très marquée. Il faut donc néanmoins être prudént dans l’emploi d’activités un peu élevées au niveau des cen- tres coordinateurs et la moelle allongée.

En revanche il m’a été donné d’observer des effets des plus favorables et des plus curieux par des appli-

cations de ces doses médicamenteuses de sels radio- actifs faibles mais en surface un peu étendue et en

applications d’autant plus prolongées que la substance était moins active.

Le premier phénomène qui me frappa le plus fut

l’action inhibitrice puissante et non cherchée sur l’élé-

ment douleur, action analgésiante que j’ai pu ensuite

reproduire pour ainsi dire a volonté chez le même

individu, quand, après 2 ou 5 jours, la douleur repa- raissait, puis ce fut l’action inhibitrice sur certaines névroses convulsives épileptiforu1es, ainsi que dans la neurasthénie.

Mais n’anticipons pas.

Partant de l’idée que les rayons de Becquerel

comnle les rayons X avaient une action puissante sur

les néo-cellules et sur les tissus imparfaitement orga-

nisés, j’eus l’idée de chercher à faire retondre, à faire fondre, résorber une hémorragie intra-oculaire trau-

11latique par des applications de substances radio- actives sur le globe oculaire et la tempe. Un paquet de

sel de radium à 240 U. simplement plié dans du pa-

pier mince fut appliqué sur l’0153il protégé par une très mince couche d’ouate et un autre paquet fut appliqué

sur la partie latérale externe de l’orbite; le tout fut

maintenu en place, pendant vingt-quatre heures par

un pansement fait d’un peu d’ouate et d’une bande de

gaze. Cette hémorragie n’était pas due à une maladie

(4)

des vaisseaux, elle était simplement due à une blessure

de l’0153il et elle avait résisté à toutes nos tentatives

thérapeutiques. Dès les premières applications du ra-

dium la vue s’améliora rapidement, le sang se résorba et la crainte de la lumière de même que la douleur que le malade éprouvait dans cet 0153il disparurent;

mais je n’attachai tout d’abord que peu d’importance

à la disparition de l’élément douleur, toute mon atten-

tion s’étant portée sur l’éclaircissement de la vision que je tendais à attribuer à l’action résolutive des rayons de Becquerel sur le sang épanché dans le corps vitré.

Cette action résoluthe que j’étais enclin à attribuer

au radium me parut comporter des indications inté- ressantes.

Dans un cas d’iritis rhumatismale très violente avec

exsudat inflammatoirc dans l’orifice pupillaire et dans

la chambre antérieure, j’eus aussi l’idée que des

applications radioactivcs pourraient activer la résorp-

tion des exsudats.

Le résultat fut nul en ce qui concerne la résorption

de ces exsudats, mais très surprenant en ce qui con-

cerne la douleur très vive dont souflrait le malade dans son oeil et dans tout ce côté de la tête. A peine

une heure après l’application d’un paquet de 1 gramme de sel de radium 240 U. snr l’oeil et le sourcil, le

malade éprouva une sorte d’engourdissement de sa

douleur qui au bout de deux heures avait complète-

ment disparu. Je laissai le pansement en place jus- qu’au lendemain et je fus alors très agréablement sur- pris d’apprendre que le malade avait très bien dormi

et n’avait plus éprouvé la moindre douleur, cependant

que depuis plusieurs jours toutes les médications cal- mantcs classiques avaiént épuisé leur effet. L’oeil était un peu moins rouge, mais la pupille présen-

tait les mêmes exsudats que la veille. Ici encore l’action du radium avait porté surtout sur l’élément

douleur.

Voilà encore un de ces cas où l’expérimentation cli- nique nous a mis sur la voie de la découverte des

propriétés analgésiantes des rayons de Becquerel alors

que nous cherchions tout autre chose. C’est d’autant

plus intéressant qu’en pareil cas la cessation de la douleur ne pouvait pas être mise sur le compte de la trop fréquente suggestion; tout au plus pourrait-on invoquer ici une action de pur hasard, un synchro-

nisme heureux entre l’application du radium et la ces-

sation des douleurs. Or au troisième jour, les douleurs oculaires ayant reparu chez notre malade, une nouvelle

application de radium les fit de même disparaître en

moins d’une heure. L’expérience fut ainsi répétée à quatre ou cinq reprises différentes au cours de ce

traitelnent sans qu’il soit possible de dire positivement

si le radium a eu une influence favorable sur r évolu- tion du processus morbide lui-même : le traitement

général ne pouvait être llli::- ull cause, puisqu’il était

resté le même avant et après les applications radio-

active.

On pourrait dire encore avec assez de raison que

l’application seule d’un bandeau protégeant l’0153il

contre là lumière et les intempéries atmosphériques

suturait à expliquer la cessation des douleurs; mais outre que dans certains cas la chaleur du bandeau ne

fait qu’exaspérer les douleurs, il était facile de faire

une contre-épreuve concluante :

Je traitais justement à cette époque une femme

atteinte de choroïdite spécifique anec névralgie orl)i-

taire qui résistait depuis six mois al toutes nos tenta- tives thérapeutiques. Je la soumis immédiatement à des

applications de radium (un paquet, 1 gr. à 210 U.) et le

lendemain elle revint me disant qu’elle ne souffrait plus. Ne pouvant croire à une action si rapide et si puissante je pensai naturellement à un de ces lnl- racles que la suggestion nous présente si souvent et

qui rend le jugement du vrai clinicien si difficile et si sujet à caution. Sans rien dire a la malade je lui réap- pliquai le même pansement mais sans radium . Le lendemain la malade se plaignait que la névralgie

n’avait pas été aussi bien calmée; son faciès tiré, sou- cieux, déçu, trahissait sa souffrallce et contrastait avec son air heureux et satisfait de la veille.

Je refis pour la troisième nuit un nouveau panse-

ment au radium et la névralgie disparut complète-

ment. Ce n’est que cinq mois plus tard que je reBis la

maladc parce que sa névralgie était revenue. Cette fois

encore elle céda de nouveau à trois applications de

radium.

Depuis j’ai eu l’occasion de répéter nombre de l’ois

cette expérience chez des malades qui soufl’raient de douleurs oculaires de causes très variées. Chce les uns

la douleur cessait, pour ne plus revenir, après une seule application. Chez d’autres, la douleur reparaissant au

bout de deux ou trois jours était de nouveau calmée

pour un laps de temps plus ou moins long. J’ai Bu

des ouvriers qui, à la suite d’une blessure à l’0153il, con-

servaient une céphalalgie, une névralgie oculaire ou telnporale qui les empêchait de reprendre leur travail.

Dans ces cas une seule application de radium à 240 L.

pendant une heure ou deux faisant disparaître les

maux de tête. Chez dus personnes atteintes de do- lentes attaques de migraine j ,j’ai pu eu maints cir- constances, mais pas tojours, faire (disparaître les attaques pour un temps assez long. Dans certains cas,

chez des gens atteinte de violents douleurs clc tête

catisées pai’ des décharges électriques (le courts cir- cuits, j’ai réussi par ces mêmes applications a dissiper

le mal de tête pour Hll temps plus ou moins long.

Mais voici llll cas qui mérite d être relaté en détails parce du’il est des plus curieux et des plus typiqyues :

Je soignais depuis 1111 mois un confrère, homme très

au courant de tous les. progrès de la science: il était

atteint d’une de ces LI, rhum atisme oculaire

(5)

qui font le désespoir du malade et du médecin. Le salicylate de soude, l’aspériiie, la quinine, le rhus-

toxicodendron de même que les applications locales

les plus actives et les plus variées, Y compris la drô-

nine et l’adrénaline, derniers venus en thérapeutique,

mais qui ont à leur actif des succès déjà nombreux,

étaient rester dans ce malheureux cas u peu près sans

effet. Les douleurs étaient toujours plus Biolentes et la scléroticlue toujours plus infiltrée; a un monlent

même la cornée commença à perdre sa transparence

dans un bon tiers de sa surface.

J’eus l’idée de proposer u notre confrère des appli-

cations radioactivcs. Il lnc rit au nez, lnc disant :

Non, pas à moi!.. je ne suis pas suggestionnable.

Enfin, comme son travail commençait à SOLlffl’lr,

qu’il ne pouvait plus se linrer a ses occupations habi-

tuelles et qu’avec raison il ne voulait pas s’habituer a la morphine (son Cstolllac commençait aussi n être repu d’aspérine, d’antipyrine etc.... ) notre confrère

finit par demander lui-même à essayer du radium. Je lui fis séance tenante une application de deux heures

sur le bord externe de l’orbite, d"tu1 tube de verre contenant 0,/10 de bromure de radium à 7000 U. Au bout d’une heure le soulagement était déja évident et

toute la soirée notre confrère put travailler sans souf- frir. Au bout de deux jours, les douleurs étant revue-

nues, je réussis encore a les faire disparaître par le même moyen, et ainsi de suite a plusieurs reprises. Ce

que voyant, je finis par prêter à notre confrère un

assez volumineux radioplasme rempli de radium à 240 U. pour qu’il l’appliquât toutcs les nuits sur son

oeil.

Au bout de quelques jours les douleurs avaient

définitivemeni disparu, mais l’épisclérite n’était pas

guérie; elle allait pourtant s’atténuant progressive-

ment et en tout cas n’était plus douloureuse. J’ai revu

dernièrement notre confrère qui me montra ses yeux

complètement guéris. L’action des rayons de Bec-

querel a-t-elle été pour quelque chose dans la résolu- tion du processus 1110rhide? Il est impossible de l’affirmer; mais il est tout aussi impossible, dans ce

cas, de nier l’action puissante du radium sur l’élément

douleur. Mais il ne faut pas s’attendre à réussir tou-

jours ct, je dois l’avouer, les applications de radium

m ont déçu dans bien des circonstances.

Dans un ces de plus graves de névralgie faciale, rnévralgie du trijumeau torlurallt depuis seize ans

ce pauBre malade, malgré trois opérations terribles (arrachement du nerf sous-orbitaire, de la branche

qui va au maxillaire inférieur et résection dl’ tout le bord de l’os mmillairu et de toutes ses dents), j’aBais

réussi tout d’abord par quatre applications de deux à

trois heures chaque jour. a permettre au lllaiade de

de manger et de reprendre un peu goût ;1 la

vie.

Deux mois plus tard, les douleurs étant revenues,

le malade llle demanda si par des applications de

radium à plus haute activité on ne pourrait pans arriver à un résultat plus durable. Je Us une première application de B ingt minutes sur lc point d’irradiation des plus violentes douleurs (élllergence du nerf men-

tonnier de 0,01, bromure de radium à 500 000 U.

enveloppage appareil de J)anne). Les douleurs ne

furent nullement calmées. Au bout de huit jours, une

seconde application d’une demi-heure; non seulement

les douleurs ne s’atténuèrent pas, mais le malade eut des crises plus fréquentes et plus douloureuses. Une

légère rougeur de la peau se montra au point d’appli-

cation du radium.

Je revins alors à des applications beaucoup moins énergiques et les résultats furent l11eilleurs, le malade

non guéri est encore en traitement.

Le Dr Foveau de Gourmelles cite un cas de né-

vralgie faciale grave opérée d’abord par élongation, puis par section du nerf; chaque opération amena

d’abord quelques mois de répit; mais les souffrances avaient reparu depuis 6 ans. Une application continue pendant 4 jours de radium à 240 U. (quelle quantité

et dans quel enycloppage?) amena une guérison com- plète qui s’est l11aintenue depuis octobre 1905.

Ce même auteur cite un cas de cancer du rectum

qui cessa d’être douloureux dès qu’on introduisit dans l’orifice anal un tube de radium (à 10 000 U.?) un quart d’heure par jour. Au bout de 15 séances le llla-

lade put supprimer ses injections de morphine.

J’ai eu deux cas du même genre, cancer du rectUl11,

qui tous deux furent très soulagés par des tubes radioactifs faibles (240 U. environ) introduits de la même façon. Dans un cas de cystite tuberculeuse avec

pollakisurie très douloureuse, j’ai réussi à calmer les

douleurs et à diminuer le nombre des mictions par l’introduction dans le canal de l’urètre d’un tube mince

rempli de radium a 240 U. Mais ce traitenlent n’em-

pêcha pas la maladie de suivre son cours, de même que dans les deux cas de cancers du rectum.

Il était intéressant de sav oir si la même action

analgésiantes pourrait être observée dans des douleurs

d’une intensité et d’une durée plus grande. A priori j’ai pensé que par l’application de quantités suffi-

santcs de radium il serait possible de calmer les dou-

leurs fulgurantes, parfois si terribles de l’ataxie loco- motricc.

Je n’ai eu, nlalheureusement, qu’une seule fois l’occasion de faire l’essai du radium dans ces condi- tions. Il s’agissait d’un ataxique ayant des douleurs

très B iolentes dans les jambes ; mais ces douleurs changeant continuellement de place, je fis appliquer

sur la colonne vertébrale dix petites pastilles de cel-

hlloïcle contenant du bromure de radiuni a 1000 7000 et 1 0 000 U. Trois applications seulement furent 7000 et 10 000 les Trois applications seulement furent

faites : une fois les douleurs se calmèrent, les deux

autres fois elles ne furent nullement influencées.

(6)

Ce premier essai négatif prouverait tout au plus

que de faibles doses de radium appliquées sur la

colonne vertébrale n’ont pas d’action sur les douleurs

fulgurantes des ataxiques.

M. le professeur Raymond, chargé de faire un rap-

port sur une note présentée par moi à l’Acadén1ie de médecinc sur les propriétés analgésiantes du radium, entreprit des expériences de contrôle pour vérifier les faits avancés dans cette note. C’est à la suite de ces

expériences qu’il put se convaincre que le radium pur appliqué loco dolenti calme presque instantané- ment les douleurs fulgurantes des ataxiques. Voici du

reste ses propres paroles :

« Frappé de l’actloll sjdativc et analgésiante du

radium sur l’élément douleur que vous a signalée ici

même le Dr A. Darier, nous avons conçu l’idée de rechercher l’influence du radium sur les phénomènes

douloureux des ataxiques.

« Je dois dire à la vérité que nous avons été

quelque peu surpris du résultat obtenu, les phéno-

mènes douloureux avant, chez les maladcs que nous

avons slicis, cédé colnme par enchantement. Je

m’empresse d’opposer à l’hypothèse d’une action sug-

gestive, les précautions de technique que nous avons

prises à cet égard. Nous avons en effet utilisé des tubes absolument pareils, l’un ne contenant aucun produit, l’autre contenant le sel radique.

« Toutes les fois qu’une amélioration se produisait

dans l’état de nos malades, c’était à la suite de séances faites avec le tube contenant du radium. Il ne

nous a jamais été donné d’en observer la moindre

lorsqu’à l’insu du nlaladc nous substituions pour la séance le tube vide au tube radifère.

« Les applications ont été faites aux points indi- ques par les malades comme centres des radiations des phénomènes douloureux et chaque fois une seule application de quatre minutes a suffi pour les anni- hiler.

« Les observations (quatre’ en toiit) sont encore

insuffisantes quant à leur nombre pour que nous puis-

sions en tirer, relativement auB effects (lit radium, des conclusions nettes et précises: mais il est

dores et déjà intéressant de mettre a l’actif du corps découvert par M. Curie une propriété physiologique

nouvelle dont les effets paraissent démontrés par la

clinique. »

Nous ne saurions 11lieux terminer cette première

étude sur les applications médicales du radium (pu’

par ces conclusions magistrales de M. le professeur Raymond qui viennent confirmer d’une façon absolue

nos premières observations sur l’action analgésiante

des rayons de Becquerel.

Prochainement nous étudierons l’action inhibitrice du radium sur certaines névroses et son action stimu- lante dans les paralysies; puis nous donnerons le résultat d’une série d’ obscrvat. ons intéressantes sur

l’action de l’émanation radioactive sur certaines tuberculoses pulmonaires. Dans ces derniers cas l’ac-

tion analgésiante des rayons de Becquerel s’est tra-

duite par une cessation rapide de tous les phéno-

mènes douloureux. : points de coté, douleurs tho-

raciques., etc.

Dr A. DARIER,

Ancien president de la Société d’ophtalmologie de Paris.

REVUE DES TRAVAUX

Radioactivité

La radioactivité de la matière en géné-

ral.

-

Dans une communication sur la radíoactivité de la matiere, à l’Association britannique de Cam- bridge, J.-J. Thomson a présenté divers arguments

en faveur de la radioactivité générale de tous les corps.

Toute substance peut provoquer la conductibilite élec-

trique d’un gaz ; ce phénomène se produit au travers

d’un écran absolument impenetrable a la matière solide ou gazeuse. Malgre les nnthodeá précises dont

on dispose pour mesurer la conductibilité électrique

des gaz, l’étude de cette question est des plus délicates,

étant donné la présence à peu près générale du radium

ou de ses produits de transformation dans la terre, l’air et l’eau. J.-J. Thomson s’est d’abord proposé de

rechercher si toutes les susbstances ordinaires étaient rradioactives par elles-mêmes, puis d’ uns ce cas de cpm-

parer entre eux les rayonnement des différents corps.

Des expériences analogues ont été effectuées par Mc Clellan. R,-I. Strutt et Rutherford.

Une première série d’expériences a montré qu’il

était possible d’arrèter toutes les radiations exterieures, terrestres ou solaires, par l’inerposition d’ un ran

de plomb de o centimètres d’épaisseur. I

deuxième série d’expériences, un électroscop placé dans des récipients métalliques de natures diffé-

rente:. mais de même volume il a été prouvé préala-

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