Saourou Sène (SG du Saems) : “On m’a envoyé le sujet d’histo-géo le matin par Sms.
Quand les élèves ont composé dans l’après-midi, j’ai vérifié et c’est la même épreuve”
Ndongo Sarr (Cusems) : “J’ai des messages qui me parviennent de partout et qui parlent
de fuite sur les épreuves d’histo-géo” P. 2,7
SUJETS DU BACCALAURÉAT 2017
MEURTRE, TENTATIVE D’EXTORSION DE FONDS
Le gay français piégé, torturé et étranglé
ITW - THIERNO BOCOUM (MANKO TAXAWU SENEGAAL)
“Cette loi n’est rien d’autre que de la provocation”
DR MAMADOU KA (PDT IOPS) SUR LA MÉDECINE TRADITIONNELLE
“On veut nous retourner à l’âge de la pierre taillée”
P. 5 P. 3
Illustration
Ça fuite de partout
100 F
MERCREDI 5 JUILLET 2017 NUMÉRO 1807
C M J N
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NÉCROLOGIE
Le Général Joseph Louis Tavarez de Souza n’est plus. Il a été chef d'État-Major général des armées (CEMGA) du 1er juillet 1984 au 31 mai 1988, dans une période de grande agitation politique.
D’ailleurs, le Général est largement cité par l’ancien président de la République Abdou Diouf dans ses mémoires. Un extrait : “Je rappelle que Tavarez me fut d’une grande utilité en 1988, alors que Wade était en prison. En effet, il me ren- dait régulièrement compte des dis- cussions qu’il avait avec un Français installé au Sénégal, où il exploitait une droguerie. Cet homme ne cessait de le pousser à fomenter un coup d’Etat. Selon ce Français, la situation insurrection- nelle du pays était tout à fait favo- rable à une telle opération, qui d’ailleurs s’avérait être, à ses yeux, l’unique solution pour sortir le pays de la crise dans laquelle il le voyait.
Après chaque rencontre avec lui, Tavarez informait le ministre des Forces armées, qui à son tour me rendait compte. Nous en arrivâmes ainsi à reconnaître en Tavarez quelqu’un de loyal. Il nous dit aussi avoir mis plusieurs fois à la dispo- sition du Français, qui le lui avait demandé, une voiture de l’armée et un sergent, pour aller voir Abdoulaye Wade en prison. Par la suite, les choses prirent rapide- ment une autre tournure…”. Ces quelques lignes résument pour beaucoup ce que le Général a été
pour le Sénégal… dont le nom résonne dans toutes les casernes du pays. Que la terre lui soit légère.
FRONT DU NON
Le Front du NON ne décolère pas contre la Commission natio- nale électorale autonome (CENA), du fait de la proposition de modifi- cation de l’article L78 du code électoral. Cette entité regroupant des partis et coalitions de partis de l’opposition réclame la tête du pré- sident de la CENA. Il exprime ses plus vives inquiétudes et exige tout bonnement le départ immédiat et sans condition de son président.
Car ces opposants considèrent que le choix de 5 bulletins de vote sur 47 “entache profondément la cré- dibilité et la sincérité du scrutin et fera perdre beaucoup plus de temps à l’électeur”. Réaffirmant
“sa ferme volonté de permettre aux électeurs de voter en toute respon- sabilité”, le Front du NON exige le respect du Protocole additionnel de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance. Qui dispose
“qu’aucune réforme substantielle de la loi électorale ne doit intervenir dans les 6 mois précédant les élec- tions sans le consentement d’une large majorité des acteurs poli- tiques”. En outre, il exige le main- tien de la loi électorale à son état actuel et ne saurait cautionner une modification. Ces opposants trou- vent “étonnant que la CENA, dont la mission fondamentale consiste à veiller au strict respect de la loi électorale, parraine la violation de cette même loi (article L.13 du code électoral)”.
STAF
Le Syndicat des travailleurs de l’administration fiscale (STAF) est dans tous ses états, à cause de l’ar- rêté 10012 du 14 juin 2017 por-
tant organisation de la Direction générale des impôts et des domaines (DGID. Les syndicalistes promettent d’attaquer l’arrêté devant les services et juridictions compétents de l’Etat. Ils considè- rent qu’avec cette mesure prise par le ministre de l’Economie, des Finances et du Plan (MEFP), les métiers non fiscalistes sont exclus de la totalité des grandes directions comme le DGE (Direction des grandes entreprises), les DME (Direction des moyennes entre- prises), la DR (Direction du Recouvrement) etc... “Même à « l’Informatique », pour un poste dévolu aux ingénieurs comme le développement et les réseaux, ils mettent pour le futur occupant
“Inspecteur des impôts ou Ingénieur informaticien.
Décidément l’inspecteur des impôts sait tout faire”, raillent les syndicalistes. Poursuivant ses griefs, le Staf fait remarquer que
“le plus cocasse est qu’à la direc- tion du recouvrement, on lit « les sections du bureau de la centralisa- tion des recettes et des statistiques sont dirigées par des contrôleurs des impôts », au moment où il existe des ingénieurs statisticiens économistes, ingénieurs statisti- ciens et d’autres assimilés (Hiérarchie A) dans la boîte”.
LOCATAIRES
L’Association pour la défense des locataires du Sénégal (ADLS) ne se retrouve pas dans le com- plément du nouveau rapport sur le loyer qui a été déposé auprès du président de la République. Elle s’en démarque, car elle juge que le document “n’est qu’un ramas- sis d’informations biaisées contraires à la réalité des faits”.
Aussi, invite-t-elle le gouverne- ment à impliquer toutes les asso- ciations dans la recherche de
solutions à la question du loyer. A défaut, l’ADLS considère que “les bonnes décisions risquent mal- heureusement de ne pas être prises, car les véritables acteurs ont été volontairement écartés”.
Sur leur lancée, ces défenseurs des locataires rappellent qu’ils avaient, “en son temps, salué la bonne volonté du président de la République de résoudre le pro- blème de l’habitat au Sénégal et particulièrement celui des loca- taires”. Malheureusement, déplo- rent-ils à travers un communiqué reçu à EnQuête, “on note encore une fois de plus que le débat est encore confisqué et détourné”.
CABLO DISTRIBUTEURS
Sale temps pour les cablos dis- tributeurs de Saint-Louis. Trois d’entre eux ont été déclarés coupa- bles de captation frauduleuse d’images par le tribunal de grande instance de la capitale du Nord.
Pour la sanction, Oumar Sow, Bilo Ba, Abdoulaye Diop et Mor Ba ont écopé de 6 mois dont 1 ferme. Les juges ont également ordonné la confiscation de tout le matériel saisi sur les cablos responsables et propriétaires des bases démante- lées, tout en condamnant solidaire- ment aux dépens, tous les préve- nus coupables.
MANKO NGIR SENEGAL
Le bureau exécutif de la coali- tion Manko Ngir Sénégal/Alliance pour le PSE approuve la décision de la Commission électorale natio- nale autonome (Cena) qui, après
“consensus”, laisse le choix à l’électeur de prendre au moins 5 bulletins sur les 47 en lice aux Législatives du 30 juillet prochain.
Dans un communiqué, le leader de ladite coalition membre de la mou- vance présidentielle parle de “solu- tion consensuelle”. Ceci, pour la
tenue des élections dans les “meil- leures conditions” d'organisation et de participation des électeurs. En outre, Cheikh Talibouyah Diop invite les Sénégalais à déjouer le piège de l’opposition “aventu- rière”. Selon lui, elle veut leur faire croire que le rôle d'un député et d'une Assemblée nationale est de s'opposer au président de la République et à son gouverne- ment.
L
e gouvernement et certains syndicats étaient déjà en conflit à propos de fuite aux épreuves anticipés de philosophie.Mais apparemment, le trou ne s’est pas limité à une matière. Si les infor- mations qui circulent actuellement se confirment, plus qu’une fuite, ce serait alors une pluie d’épreuves.
Des informations font en tout cas état de fuite dans certaines matières. L’histoire-géographie est la plus citée parmi les disciplines. Des élèves étaient en possession des épreuves le matin, alors que l’exa- men pour cette matière s’est déroulé dans l’après-midi. “J’ai un collègue d’histoire-géo qui m’a montré un Sms (Short Message Service) dans lequel un candidat lui demande une explication sur un sujet. Quand les épreuves sont sorties, il s’est trouvé
que c’étaient les mêmes questions, les mêmes libellés”, indique un enseignant. Un autre enseignant soutient lui aussi que son collègue prof d’histo-géo a vu un de ses élèves lui demander ce que le mot intra- régional voulait dire. Il se trouve que ce vocable figure sur le libellé.
Il s’y ajoute que, selon certaines indiscrétions, les épreuves du fran- çais prévues ce matin connaîtraient également des fuites. Une source indique que pour le commentaire, il portera sur “La centaine d’amour”
de Pablo Neruda publiée en 1995.
S’agissant de la dissertation, elle porte sur une affirmation de Jean Paul Sartre dans son essai : “Qu’est- ce que la littérature ?” Pour les maths, il y a une copie d’une épreuve qui circule déjà et dont le code est : 17 G22 A01. L’exercice
numéro 1 vaut 4,5 points. Il com- mence par : “En l’an 2010, une entreprise a décidé de verser une prime annuelle à chacun de ses employés.”
EnQuête a contacté trois leaders syndicaux qui ont tous confirmé avoir reçu les informations à ce pro- pos. Saourou Sène, le Secrétaire général du Saems, lui, ne se fait pas dans la langue de bois. “On m’a envoyé le sujet d’histo-géo le matin par Sms. Quand les élèves ont com- posé dans l’après-midi, j’ai vérifié et c’est la même épreuve. J’ai fait exprès d’ailleurs de garder le mes- sage. Actuellement, on parle des épreuves de français de demain (aujourd’hui). Ça fuite de partout et ce n’est pas sérieux”, s’indigne-t-il.
Son prédécesseur à la tête du syndi- cat, Mamadou Lamine Dianté, lui auss,i est au courant. “Les informa- tions qui nous parviennent de diffé- rents examinateurs de différents jury font état de fuite. Ça concerne sur- tout les épreuves d’histo-géo. Il paraît que ça circulait sur WhatsApp depuis hier (avant-hier) à 23h. C’est donc le même modus operandi. Ça arrive de façon séquentielle et les candidats cherchent à trouver des solutions avec les enseignants.
Les propos sont les mêmes chez Ndongo Sarr du Cusems. “J’ai des messages qui me parviennent de partout et qui parlent de fuite sur les épreuves d’histo-géo. Je n’ai pas eu le temps de vérifier. Pour le moment je reste circonspect”, dit-il.
BAC GÉNÉRAL 2017
Sur un parfum de fuite
EN COULISSES
numéro 1807 • mercredi 5 juillet 2017 www.enqueteplus.com
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L
e service de l’Information, de la Communication et des Relations publiques du minis- tère des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur veut mettre fin à la rumeur qui court. Hier, il a publié un communiqué signalant qu’aucune passe d’armes n’a opposé le ministre Mankeur Ndiaye au Président guinéen Alpha Condé. Ils prenaient part au 29ème sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine (UA) tenu à Addis- Abeba, en Ethiopie. Selon la source, lors de l’examen des projets de résolu- tions et de décisions, soumis pour adoption au sommet de l’Union afri- caine hier, le chef de la délégation sénégalaise, M. Ndiaye, a fait remar- quer ceci : “Parmi les projets de déci- sions soumis, il y en avait un qui por- tait sur la dissolution du Comité d’orientation du Nepad dirigé par le Président Macky Sall. Cette question n’a fait l’objet d’aucune délibération ni au Comité des représentants perma- nents (COREP), ni au Conseil exécu- tif (Conseil des ministres), encore moins durant les travaux du Sommet.”Il a donc, lit-on, demandé le retrait du projet en question, tout en précisant que le Président Macky Sall a été élu à la tête du Comité d’orientation du Nepad en 2013 et réélu pour un
deuxième mandat en 2015.
Le chef de la délégation sénéga- laise, poursuit le communiqué, a par la suite informé le sommet que, étant par principe contre un troisième mandat, le Président Macky Sall n’était pas can- didat pour un autre mandat. “Voilà en substance ce que le ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur a dit. Il s’est donc agi de troisième mandat à la tête du Comité d’orientation du Nepad et non d’un troisième mandat d’un chef d’Etat. Et à aucun moment les mots “chef d’Etat” n’ont été prononcés par le ministre dans son intervention. Il est resté dans la salle jusqu’à la fin de la séance. Toute autre interprétation ou utilisation à des fins inavouées de la déclaration du chef de la délégation sénégalaise relève de la manipulation et de l’intoxication”, balaie le service de la diplomatie sénégalaise.
Des médias, avance-t-on, rappor- tent que le ministre des Affaires étran- gères du Sénégal aurait déclaré, lors des travaux du Comité d’orientation du Nepad, que “le Sénégal s’érigerait contre les Présidents qui cherchent un troisième mandat”. Selon eux, cette déclaration n’aurait pas été bien accueillie par Alpha Condé, le Président en exercice de l’UA.
PAPE NOUHA SOUANÉ
PRÉTENDUE PASSE D’ARMES ENTRE MANKEUR NDIAYE ET ALPHA CONDÉ
Le “profond” démenti du ministre sénégalais
Le service de l’Information, de la Communication et des Relations publiques du ministère des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur renseigne qu’il n’y a “jamais” eu de passe d’armes entre le Président Alpha Condé et le ministre Mankeur Ndiaye. Ils se sont rencontrés hier, à Addis-Abeba, en Ethiopie, lors du 29ème sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine (UA).
PAR MOR AMAR
L’Assemblée nationale va examiner aujourd’hui le projet de loi portant modification de l’article L 78 du code électoral. Allez-vous voter cette loi ? Pourquoi ?
D’abord, il faut préciser que nous allons vers une session extraordi- naire. Cela signifie qu’il faudra d’abord ouvrir la session et constater le quorum représentant la moitié plus un des membres composant l'Assemblée nationale. Ensuite, il faudra que le bureau de l’Assemblée se réunisse, puis la conférence des présidents qui doit établir le calen- drier des travaux en commission et en plénière. Le projet de loi ne peut donc pas être examiné aujourd’hui. Il faudra patienter pour connaître la date de l’examen de la loi modifiant le code électoral en son article L 78.
D’autant plus que l’ordre du jour de cette session extraordinaire prévoit l’examen de deux autres projets de loi qui concernent le ministère des Forces armées. Ainsi, tout porte à croire que l’examen de la loi risque de se faire en pleine campagne élec- torale. En réalité, cette loi n’est rien d’autre que de la provocation. Elle symbolise une constance dans le for- cing de la part du gouvernement en ce qui concerne le processus électo- ral. Cette loi, nous la rejetterons fer- mement. Ce n’est pas une loi électo- rale car par essence, une loi électorale devrait respecter un mini- mum de consensus. On ne peut pas avoir l’écrasante majorité de l’opposi- tion contre cette loi et vouloir la faire passer vaille que vaille. Nous avons l’impression que le régime du Président Macky Sall a décidé d’as- sumer une politique de forcing qui se manifeste par de simples formalités sans aucune incidence sur les déci- sions qu’ils arrêtent à l’avance.
Comment jugez-vous la sortie du président de la Cena disant qu’il y a eu un large consensus ?
Peut-être qu’il voulait parler de consentement d’une large majorité.
C’est l’expression consacrée à l’arti- cle 2 du Protocole additionnel de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance. Quant au consensus, il ne faut vraiment pas en parler puisqu’il n’a jamais été recher- ché. Ni par le gouvernement ni par la CENA qui a laissé pourrir la situation jusqu’à ce que le président de la République l’interpelle. C’est une forme d’injonction contraire à la loi qui a conduit la CENA à convoquer une concertation. Maintenant, le fait
de vouloir jouer sur les termes du pro- tocole additionnel pour parler de res- pect de la loi est très désolant et triste de la part du régime. Il ne s’agit que de vouloir justifier une forfaiture.
Le protocole de la CEDEAO ne s’ar- rête pas à l’expression “consente- ment d’une large majorité”. Il y a un élément important qui est délibéré- ment ignoré, c’est l’expression
“Acteur politique”. Ce protocole parle de “consentement d’une large majorité des acteurs politiques”.
Comment quelqu’un qui maîtrise l’échiquier politique sénégalais peut parler de consentement d’une large majorité des acteurs politiques tout en sachant qu’aucun parti de l’oppo- sition significative n’est d’accord. Ce n’est pas en faisant le cumul des coalitions qu’on a aidé à monter qu’on va faire croire à une majorité des acteurs politiques. Le Sénégal a une histoire électorale. Les acteurs politiques on ne les crée pas, on constate leur présence et ils sont connus de tous.
Pensez-vous que des élections libres, démocratiques et transparentes peuvent être tenues dans ces conditions ?
Nous avons bien entendu des craintes et nous les avons exprimées clairement durant tout le processus électoral. Nous avons des craintes sur la distribution des cartes. Les Sénégalais réclament leurs cartes. Le niveau de distribution est très lent et nous avons le sentiment que la distri- bution se fait d’une manière sélec- tive. Il faudra que le régime fasse le nécessaire pour que les Sénégalais aient leurs cartes puisqu’il est res- ponsable de cette situation. Le régime du Président Macky Sall n’a pas le droit de priver de vote un seul Sénégalais. Nous ne sommes pas satisfaits de la gestion de la période
contentieuse avec des situations créées par l’Etat et qui n’ont pas per- mis une bonne vérification des listes avec des noms sans adresse et sans filiation. Nous ne sommes pas satis- faits de la gestion des commissions d’inscriptions qui se ferment et s’ou- vrent sans aucune concertation avec l’opposition. Nous avons été durant le processus particulièrement surpris des décisions unilatérales de la part du gouvernement jusqu’au vote du code électoral qui a abouti à une rup- ture d’un consensus de plusieurs décennies en prenant référence au code consensuel de 1992.
Aujourd’hui, vu toutes ces difficultés (pléthore de listes, divergence avec la Cena, hivernage…) qui se présentent, ne pensez vous pas que le report du scrutin est la solution la plus sage ?
Nous sommes par principe pour le res- pect du calendrier républicain et pour le respect de la loi. D’ailleurs le protocole additionnel de la Cedeao précité dit clai- rement en son article 2 alinéas 2 que “les élections à tous les niveaux doivent avoir lieu aux dates ou périodes fixées par la Constitution ou les lois électorales”. Il faut quand même dire que cette situation a été créée par l’Etat à travers le parrainage et le financement de listes que je peux qualifier de fictives vu le défaut de représentativité. Et vous verrez que la plupart de ces listes n’auront pas un seul député. Le but était de semer la zizanie et la confusion à laquelle nous assistons aujourd’hui.
Quelle est la stratégie de campagne mise en place par votre coalition ? Peut-on savoir où vous allez lancer vos activités et dans quelle localité allez-vous la clôturer ?
Vous avez-vous-même parlé de straté- gie. Vous pouvez donc comprendre que nous n’allons pas la dévoiler à nos adver-
saires. Par contre, je peux vous dire que nos stratégie et programme de campagne sont prêts et l’électeur est au cœur de notre préoccupation. Nous comptons donner les raisons aux Séné- galais de choisir la liste de Mankoo Taxawu Sénégal.
Votre tête de liste est en prison.
N’est-ce pas un handicap ? Le maire Khalifa Sall est effective- ment en prison. Il faut d’abord dire qu’à travers cet emprisonnement, le régime en place a décidé de faire du Sénégal un pays où on se glorifie d’avoir des prisonniers politiques. La récente déclaration du Président Macky Sall rapportée par la presse face à des militants de Dakar est un aveu de taille sur la nature politi- cienne de cet emprisonnement. Je pense que les Sénégalais ont une occasion de refuser l’arbitraire en soutenant celui à qui on veut priver ses droits civiques et politiques.
Nous n’avons pas de handicap avec son emprisonnement mais un com- bat à mener pour refuser l’injustice et l’instrumentalisation de la justice à des fins politiques. Nous avons confiance dans la capacité de révolte des Sénégalais et surtout de la jeu- nesse. C’est une erreur de croire qu’on peut faire tout ce qu’on veut dans nos pays africains. Ce temps est révolu.
Comme vous avez pu le constater : votre non-investiture a été presque un tsunami car la plupart des Sénégalais pensaient que vous alliez être reconduit grâce à votre comportement à la dernière législature. Pouvez-vous nous révéler à quel moment vous avez appris votre absence des listes ? Comment ? Et par qui ?
L’histoire de ma non-investiture, c’était le jour de mon anniversaire. Je me souviens donc des moindres détails mais c’est une affaire qui, comme j’ai déjà eu à le dire, est der- rière moi. Aujourd’hui, je me bats pour la victoire de la coalition Mankoo Taxawu Sénégal dont mon parti est membre. Je milite pour une nouvelle majorité à l’Assemblée nationale même si je ne ferai pas par- tie des députés qui la composeront.
Le seul tsunami qui m’intéresse, c’est celui de voir la majorité actuelle céder la place à des patriotes sou- cieux des préoccupations des Sénégalais et capables d’apporter de vraies ruptures.
Honnêtement, quel était votre sentiment ?
J’ai le sentiment du devoir accom- pli et c’est pour moi le plus impor- tant. En dehors de l’Assemblée natio- nale, je continuerai le combat pour la défense des intérêts majeurs du peu- ple sénégalais car je suis foncière- ment patriote. J’ai été très ému par l’élan de solidarité et de soutien des Sénégalais dans leur diversité et je les en remercie sincèrement.
La cohabitation est-elle envisageable si les élections se tiennent à date échue ?
Non seulement elle est envisageable mais elle est surtout souhaitable. Nous nous battrons pour une nouvelle majorité à l’Assemblée nationale. Il faut quand même dire que la majorité actuelle n’a pas de bilan. Elle doit par conséquent
être sanctionnée. Il faut une nouvelle démarche qui prend en compte les aspi- rations des populations. Nous ne pouvons plus accepter que l’Assemblée nationale soit une caisse de résonance au service de l’Exécutif. Il faut de pro- fondes réformes et au sein de la coalition Mankoo Taxawu Sénégal, nous avons beaucoup réfléchi sur ces aspects et avons un programme clair qui permettra à l’Assemblée nationale de jouer pleine- ment son rôle de représentation du peuple sénégalais et de jouir de ses pré- rogatives constitutionnelles.
THIERNO BOCOUM (PDT DE LA COMMISSION CAMPAGNE DE LA COALITION MANKOO TAXAWU SENEGAL)
“La loi ne peut pas être examinée aujourd’hui”
Thierno Bocoum ne lâche pas prise. Malgré sa non-investiture sur les listes électorales, il compte combattre la majorité jusque dans ses derniers retranchements. En attendant l’ouverture officielle de la campagne, il va larguer ses missiles dès aujourd’hui à l’Assemblée nationale où il attend de pied ferme Abdoulaye Daouda Diallo, Doudou Ndir et tous ceux qui soutiennent la modification de la loi électorale. Report du scrutin, son absence des listes, procédure de révision…,
Bocoum ne laisse rien passer. Il crache du feu sur la copie du ministre de l’Intérieur.
MODIFICATION DU CODE ÉLECTORAL
La Ld refuse de parler d’un 23 juin bis
La Ligue démocratique (Ld) a tenu hier une conférence de presse pour se prononcer sur les prochaines échéances électorales.
Les camarades de Nicolas Ndiaye sont également revenus sur la modification du code électoral.
L
a Ligue démocratique (Ld) refuse toute ressemblance entre la loi portant sur la modification du code électoral et celle de Me Wade en 2011. Selon le Secrétaire général de cette formation politique, il n’y a pas une répétition de l’histoire. D’après Nicolas Ndiaye, les modifications apportées ne sont pas les mêmes : “demander aux électeurs que le président de la République ne soit élu seulement que par un quart des suffrages exprimés, mettre un ticket président, vice-président, constituent un recul de notre démo- cratie. Ce n’est pas un simple change- ment de loi électorale mais une remise en cause fondamentale de la démocrate de notre pays”, a fait savoir M. Ndiaye. Ce qui explique, selon lui, la mobilisation populaire le 23 juin 2011 pour empêcher, dit-il, à Me Wade de commettre cette forfaiture.S’agissant de la présente modifica- tion, Nicolas Ndiaye précise que la Cedeao a parlé d’une large majorité.
“D’après les informations que nous avons reçues, c’est une large majorité qui s’est dégagée lors de rencontre avec la Cena. Un nombre important de coalitions a voté pour la modifica- tion de l’article L 78 du code électo- ral”, a relaté M. Ndiaye. Ce dernier souligne néanmoins qu’il est impossi- ble de définir l’opposition la plus représentative car, selon lui, il n’y a pas encore eu d’élections. A ses yeux, la classe politique a choisi un chemin raisonnable pour simplifier la procé- dure de vote et modifier la loi électo- rale en ne choisissant que 5 bulletins au moins.
Par ailleurs Nicolas Ndiaye pense qu’on ne peut pas qualifier cette 12ème législature de nulle. Il explique à ce propos qu’on ne peut évaluer la pertinence d’une Assemblée natio- nale à travers des propositions de loi.
“Que cet hémicycle soit nul ou fort, on ne peut pas l’accuser de trahison vis-à-vis du peuple comme la 11ème législature”, rappelle le Secrétaire général de la Ld. Il considère que quels que soient les défauts de la légis- lature sortante, on ne peut pas la com- parer à la précédente.
Les membres de la Ligue démocra- tique ont en outre rappelé leur volonté de cheminer avec la coalition Bby pour les prochaines Législatives.
“Nous avons six candidats investis à ces échéances. Il est vrai que c’est peu mais ce n’est pas rien au regard surtout de la taille de la coalition Bby”, a sou- tenu Nicolas Ndiaye.
HABIBATOU TRAORÉ
POLITIQUE 3
www.enqueteplus.com numéro 1807 • mercredi 5 juillet 2017
POLITIQUE 4
GAUSTIN DIATTA (THIÈS)
I
nformer juste et vrai ! C’est ce que recommande la Convention des jeunes reporters du Sénégal (Cjrs) aux journalistes qui, dans le cadre la couverture des élections législatives qui se profilent, a initié avant-hier un séminaire de mise à niveau destiné aux journalistes de la région de Thiès. Cet atelier qui réunit toutes les organisations des médias au Sénégal, ainsi que la Direction générale des élections (Dge), s’étale sur deux jours et vise à outiller les journalistes afin qu’ils puissent s’ac- quitter de leurs rôles.Selon le président de la Cjrs, les médias doivent “maintenir un niveau élevé de professionnalisme, d’exacti-
tude et d’impartialité” dans leur cou- verture. Pape Thioro Ndiaye trouve que dans le contexte actuel où le nombre de députés passe de 150 à 165, les médias se doivent de fournir aux citoyens, des informations “com- plètes et exactes”. “La presse doit veiller à ce que les citoyens aient des informations vraies et utiles et faire en sorte que la vérité des urnes triomphe au soir du 30 juillet pro- chain. Le Sénégal peut se réjouir d’avoir une presse républicaine. En revanche, celle-ci doit par ailleurs relever le défi de l’équité et de la transparence”, préconise le chef du desk Actualité du journal Walf Quotidien. Se prononçant sur le choix porté sur la région de Thiès, le successeur d’El Hadji Thierno Dramé
estime qu’elle présente un caractère spécifique sur le plan politique et concentre en même temps le plus grand nombre de journalistes après la région de Dakar.
“Pour un rien, le journaliste peut brûler le pays…”
Pour sa part, le représentant du Conseil national de régulation de l’audiovisuel (Cnra), Ibrahima Bakhoum, soutient que c’est “toute la responsabilité du journaliste” qui est engagée lors des échéances légis- latives du 30 juillet. “La période comme celle-ci est extrêmement sensible. Les journalistes doivent faire leur travail avec expérience et impartialité. Pour un rien, le journa- liste, en cherchant à être partisan,
peut brûler tout un pays”, prévient le journaliste-formateur. Qui ajoute que dans ces cas précis, les journalistes doivent “mettre en avant leur éthique et déontologie”.
De son côté, le maire de la ville de Thiès, Talla Sylla, appelle également au respect des règles d’éthique et de déontologie. D’après le président du mouvement Fal Askan wi (élire le peuple), cela relève “même de la sacralité”. Il invite tout de même les journalistes à “participer à l’apaise- ment du climat social et à aider les citoyens à prendre les bonnes déci- sions”. Car, dit-il, beaucoup d’incer- titudes planent encore à quelques semaines de la tenue du scrutin. Le point de vue de l’édile de la ville de
Thiès est corroboré par le représen- tant de l’Ambassade des États-Unis.
Pour Era Williams, le journaliste doit
“apporter la lumière là où il y a confusion” en se basant uniquement sur les faits. “Lorsque les popula- tions n’ont pas les faits, elles les cherchent. Vous avez un lourd far- deau, celui d’informer juste et vrai pendant toute la campagne électo- rale”, conclut-il.
Une vingtaine de journalistes des départements de Thiès, Tivaouane et Mbour ont pris part à ce séminaire de mise à niveau, organisé par la Cjrs en partenariat avec l’Ambassade des États-Unis au Sénégal, à une semaine de l’ouverture de la cam- pagne électorale.
G. DIATTA (THIÈS)
C
e n’est pas encore le grand rush au niveau des com- missions de distribution des cartes d’électeur dans le département de Thiès, à quelques semaines des élections législa- tives. Même si les opérations de distribution se déroulent “très bien”, le préfet du département estime que le lot de cartes qu’il a reçu avant-hier n’est pas encore distribué. Cependant, précise Alioune Badara Sambe, les gens travaillent d’arrache-pied pour per- mettre à tout citoyen d’avoir sa nouvelle pièce d’identité biomé- trique avant le jour du scrutin.“Nous avons reçu avant-hier (dimanche) 19 595 cartes. Et au
moment où je vous parle, le tri a déjà été effectué. Les cartes seront acheminées dans les différentes commissions du département de Thiès. Mais pour l’instant, les opé- rations de retrait se déroulent très bien. Il faut que les populations aillent chercher leurs cartes d’élec- teur au niveau des commissions nouvellement installées”, a recom- mandé le préfet du département.
Pour ce qui concerne la nouvelle carte électorale du département, Alioune Badara Sambe soutient qu’il est “en train de faire le point avec les plénipotentiaires des différentes coalitions” pour avoir la circonscription électorale
“exacte”. De son côté, le président de la commission de distribution sise à Agora indique que les
citoyens “viennent rarement” récu- pérer leurs cartes. Ismaïla Diallo invite tous les Thiessois à s’acquit- ter de leurs devoirs. “Il faut que les populations viennent vers nous.
Nous sommes là tous les jours, mais ils viennent au compte- gouttes. Les élections s’appro- chent à grands pas. Nous voulons que chacun puisse disposer de sa carte d’électeur. C’est à eux de venir vers nous. Si les gens ne tra- vaillent pas, ils seront les premiers à crier. Il faut que les inscrits nous facilitent le travail”, a déploré M.
Diallo. Qui rappelle que la commis- sion qu’il dirige a tout simplement distribué 3 705 cartes d’électeur depuis sa date d’installation le 9 juin 2017.
Pour faciliter la tâche aux Thiessois, le préfet du départe- ment Alioune Badara Sambe a pro- cédé, le 28 juin dernier, à la multi- plication des commissions de distribution des cartes en vue de permettre à tous les citoyens de la capitale du Rail, inscrits sur le nouveau fichier électoral, de dispo- ser de leurs cartes avant le jour du scrutin législatif. Il a mis en place 30 commissions (17 dans la ville et 13 autres répandues à travers le département). Les 17 commis- sions polarisent les communes de Thiès-Est, Ouest et Nord et les 13 autres, les communes de Keur Moussa, Notto Diobass, Thiénaba et Khombole.
COUVERTURE MÉDIATIQUE DES LÉGISLATIVES
Les défis du professionnalisme et de l’objectivité
Le président de la Convention des jeunes reporters du Sénégal (Cjrs) Pape Thioro Ndiaye a appelé, avant-hier à Thiès, la presse à faire preuve de professionnalisme et d’objectivé en vue de garantir la transparence du scrutin législatif du 30 juillet prochain.
Ç
a boitille partout. En ce qui concerne le retrait des cartes biométriques Cedeao, Kolda ne fait guère mieux que les autres localités du pays. Le rythme inquiète les autorités départementales. Le préfet du département Mactar Diop décrit la situation : “La distribution des cartes a démarré depuis plus d’un mois. A ce jour, nous avons reçu 44 420 cartes biométriques. Nous en avons distribué 22 931. Les 21 489 restants sont encore entre nos mains.”Dégageant toute sa responsabilité dans cette situation, Mactar Diop indexe d’un doigt accusateur les populations qui rechignent encore à passer devant les commissions pour retirer leurs cartes. A Kolda, explique-t-il, il y a une bonne planification pour les opérations de retrait. A l’heure actuelle, il existe 12 commissions de distribution, dont huit mobiles. Toutes ces mesures ont été prises pour faciliter la tâche aux bénéfi- ciaires, selon lui. Malgré tout, les cartes pullulent encore dans les différentes commissions électorales. Une situation qui est loin de plaire à M. Diop. Ainsi appelle-t-il les ayants droit à se mobiliser pour le retrait de leurs cartes. “Les popu- lations doivent comprendre que de la même manière qu’elles se sont mobili- sées pour s’inscrire, elles doivent aussi le faire pour le retrait des cartes. Le ministère de l’Intérieur a même mis en place un serveur avec un numéro pour que chaque citoyen puisse vérifier si sa carte a été produite et disponible au niveau des commissions. Nous faisons donc tous les efforts nécessaires pour les inciter à venir récupérer leurs papiers.
Mais ces derniers ne suivent toujours pas”, informe le préfet.
Ainsi, si dans certaines contrées, des gens se plaignent de la non- disponibilité de leur carte d’identité bio- métrique, à Kolda, plusieurs cartes sont en souffrance au niveau des services de l’Etat. C’est du moins ce qui ressort des affirmations de l’autorité déconcentrée qui explique cela par la paresse des citoyens. Il déclare : “Ils ne veulent pas prendre la peine de se déplacer au niveau des organes habilités pour se renseigner. Ils restent à la maison et ils disent que leurs cartes ne sont pas sor- ties. S’ils ne viennent pas, ils ne vont jamais savoir.” Si la situation qui prévaut est compréhensible dans les arrondissements où les habitations peu- vent être éloignées des commissions, elle l’est moins dans la commune où il n’existe pas de grande distance. En plus, indique-t-il, cette carte est indis- pensable. Car même si le vote n’est pas obligatoire, la pièce d’identité, elle, est obligatoire.
Mais les autorités ne comptent pas se décourager dans leur souci de se débarrasser des colis. La préfecture mène des stratégies pour pousser les populations à la mobilisation. Ainsi, l’administration locale travaille avec des groupements citoyens pour booster le taux de retrait. “Ces derniers qui font des descentes sur le terrain nous infor- ment des endroits où il y a le plus de problèmes. Immédiatement, nous nous y déployons grâce aux commissions mobiles”, explique le chef de l’Exécutif local.
EMMANUEL BOUBA YANGA (KOLDA)
ALIOUNE BADARA SAMBE (PRÉFET DU DÉPARTEMENT DE THIÈS)
“19 595 cartes attendent
d’être distribuées aux électeurs”
Le préfet du département de Thiès, Alioune Badara Sambe, a confié hier à EnQuête que le stock de 19 595 cartes d’électeur reçues ce dimanche, attend encore leurs propriétaires au niveau des différentes commissions installées dans le département de Thiès.
RETRAIT DES CARTES BIOMÉTRIQUES À KOLDA
Plus de 21 000 coupons en
souffrance dans les commissions
Le retrait des cartes biométriques dans le département de Kolda se déroule à un rythme très lent. A la date du 03 juillet, seul 22 931 cartes ont été retirées sur plus de 44 420 disponibles. Presque la moitié des cartes sont en souffrance dans les commissions, selon le préfet Mactar Diop
Alioune Badara Sambe
Illustration
FATOU SY
A
lors qu’ils étaient venus au Sénégal pour y retrouver la paix, le séjour de Himie Stemn alias Williams, Junior Denis et Salomon Davis s’est transformé en cauchemar, puisqu’ils sont en prison depuis huit ans. Pire, le premier nommé risque de finir sa vie en pri- son car hier, le parquet a requis contre lui les travaux forcés à la per- pétuité pour les faits d’association de malfaiteurs, de meurtre avec actes de torture et de barbarie et tentative d’extorsion de fonds. Le maître des poursuites a requis une peine de trois ans ferme assortie d’une amende de 1 million de francs CFA contre ses deux co-accusés inculpés pour non- dénonciation de crime, recel de mal- faiteurs et séjour irrégulier. Le trio qui sera édifié sur son sort le 18 juillet prochain, comparaissait hier devant la Chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Dakar, sur la mort d’un homosexuel français du nom de Nappey Thierry Oscar Jean.Le corps de la victime avait été découvert le soir du 23 avril 2011, dans son appartement à Yoff Apecsy, par son ami Jean François Ndiaye.
Ami intime du défunt, celui-ci dispo- sait du double des clés de l’apparte- ment où il passait tous ses week- ends. Le cadavre couvert par un drap rouge était sur un brancard. La vic- time ne portait qu’un caleçon noir comme habit avec une couleur verdâ- tre au ventre. Toujours d’après le constat des gendarmes, la victime portait plusieurs contusions et des blessures multiples qui laissent croire qu’elles ont été occasionnées à l’aide d’une arme blanche. Des traces de strangulation apparentes étaient également visibles au cou.
Les enquêteurs ont mentionné dans le préambule du procès-verbal le penchant homosexuel de la vic- time qui souffrait d’une maladie sexuellement transmissible, suite à l’exploitation de ses effets person- nels dont une clé USB avec un carnet d’adresses de gays. En poussant les investigations, les pandores ont découvert sous le drap de la victime du fil en nylon, sans doute utilisé pour étrangler la victime, ainsi qu’une seringue ayant servi à la consommation de doses de stupé- fiants et un préservatif utilisé dans la poubelle. L’assistante sociale au ser- vice social du consulat de France
confirmait le statut sérologique et d’homosexuel de la victime et les menaces dont il faisait l’objet de la part d’un jeune Sénégalais. Le Français aurait rencontré ce dernier qui répond au nom d’Ousmane par le biais d’un site gay.
Ces éléments et l’enquête de voisi- nage, ainsi que les recoupements, avaient déjà convaincu les gen- darmes qu’il s’agissait d’une mort suspecte. En effet, les voisins de palier de la victime ont témoigné avoir entendu des bruits et gémissements inquiétants. L’enquête a révélé que les mis en cause étaient en train de torturer le Français pour le contrain- dre à leur remettre les codes de ses cartes. Ainsi, ils avaient mis la musique à fond pour dissimuler les cris de la victime et lorsque les voisins ont voulu s’enquérir de la situation, des individus s’exprimant en anglais les avaient engueulés sur un ton menaçant. Les témoins ont ajouté que les visiteurs n’ont daigné ouvrir la porte qu’à 3 heures du matin.
Les accusés perdus par le téléphone de la victime
N’eût été le téléphone portable de la victime, les accusés allaient fondre
dans la nature, à l’image de leurs compatriotes cités dans cette affaire.
Les enquêteurs de la section de recherches ayant hérité du dossier de leurs collègues de la brigade de la Foire ont découvert le numéro de Himie Stemn alias Williams dans le journal d’appel de Nappey Thierry Oscar Jean. Les réquisitoires télé- phoniques ont permis d’arrêter les mis en cause qui auraient fait des aveux à l’enquête. Williams aurait reconnu avoir recommandé à Patrick (il a fui) d’utiliser de la drogue dite
“Diocéphane” pour pouvoir soutirer les biens et numéraires de son amant riche et avare qui n’était personne d’autre que la victime. Après le for- fait, Patrick l’a contacté, ainsi que leurs acolytes Aaron, G-unit, Arthur et Scare (ils ont aussi tous fui).
L’idée était de se retrouver pour récupérer le matériel soustrait et procéder au retrait des fonds avec les cartes visa de la victime.
Salomon, codétenu, avait déclaré avoir suggéré à Williams de quitter le pays, à l’image de ses acolytes.
Junior Denis, également appré- hendé, avait soutenu à l’enquête n’avoir pas dénoncé le meurtre, parce qu’il n’en avait pas la confir- mation. Cependant, hier à la barre, ils ont changé de fusil d’épaule, en contestant ces aveux mentionnés dans le procès-verbal. Les accusés ont laissé entendre qu’ils ne se connaissent pas et ont été appré- hendés à des endroits différents. Le parquet s’est indigné de la cruauté avec laquelle la victime a été tuée, avant de demander la condamna- tion des accusés. Mais les avocats des accusés ont plaidé l’acquitte- ment pour absence de preuves.
À
deux reprises, le procès de Baye Modou Fall alias Boy Djinné a été renvoyé pour citation des parties civiles. Hier, il l’a été pour une toute autre raison.En effet, bien que deux d’entre elles, Alassane Demba Ba et Mbaye Gningue, se soient présen- tées à la barre de la Chambre cri- minelle du Tribunal de grande ins- tance de Dakar, l’affaire n’a pas été jugée. Du moins, le fond n’a pas été abordé, car les avocats de la défense ont soulevé des exceptions de nullité sur lesquelles les juges donneront leur avis, le 18 juillet prochain. La première exception est liée à la violation de l’article 101 du Code de procédure pénale qui exige la présence de l’avocat au moment de l’audience de première comparution.
D’après Mes Abdoulaye Babou, Souleymane Diagne et Abdoulaye Tall, cette disposition légale n’a pas été respectée, car le conseil de leur client n’avait pas été convo-
qué. Pour convaincre les juges, Me Babou a même brandi une juris- prudence de la Chambre criminelle de Diourbel qui a eu à annuler une procédure contre une dame pour ce même grief. Outre la violation des droits de la défense, Me Babou a évoqué l’autorité de la chose jugée. Avec un plumitif en main, il a fait savoir que Baye Modou Fall a été déjà jugé pour les faits pour lesquels il est renvoyé en juge- ment. “Lorsque je lui ai rendu visite en prison, il m’a dit qu’il a déjà été jugé pour les faits de Savana et Lagon. Alors, j’ai cher- ché le jugement sans succès, mais j’ai pu retrouver le plumitif”, s’est réjouie la robe, avant de parcourir le document qui mentionne que l’accusé a été jugé, le 8 octobre 2010, par le tribunal des mineurs.
Dans sa décision, celui-ci a relaxé Boy Djinné pour association et disqualifié les faits aggravés en vol simple et condamné le prévenu à 6 mois ferme. “Je loue la
prouesse de mon confrère qui a pu retrouver le plumitif. Mais c’est moi qui ai plaidé cette affaire et elle a été jugée par le juge Ibrahima Seck”, a renchéri son confrère Souleymane Diagne. Ces révélations faites, le conseil a transmis le registre en question aux juges et au parquet, avant d’embrayer sur la troisième excep-
tion liée à la compétence de la chambre criminelle de Dakar. Vu que les cambriolages de Savana et Lagon ont été déjà jugés et que les autres faits se sont déroulés à Mbour, le conseil estime que c’est la Chambre criminelle de Thiès qui est compétente. Pour Me Tall, les exceptions soulevées constituent une question préjudicielle, donc, elles ne doivent pas êtres jointes au fond.
Ce n’est pas l’avis du parquet qui considère qu’elles doivent être rejetées, tout bonnement. Sur l’in- compétence évoquée par la défense, le maître des poursuites a rétorqué que le CCP prévoit la pro- rogation de compétences, lorsqu’il y a connexité. Par ailleurs, il a sou- tenu que rien ne prouve que Boy Djinné ait déjà été condamné pour les mêmes faits. “C’est une per- sonne qui vole tout le temps et qui est condamné chaque fois”, a lancé le parquetier qui a également rejeté l’argument de la violation des droits de la défense. La preuve, a-t-il argué, “il a constamment bénéficié d’une assistance, car il est en liberté provisoire pour cette affaire”.
Dans cette affaire, Boy Djinné est attrait pour association de malfai- teurs, vol en réunion commis la nuit avec escalade, effraction, et usage d’arme et de véhicule, évasion et usurpation d’identité. Les faits remontent entre 2008-2009.
F. SY
ASSOCIATION DE MALFAITEURS, TENTATIVE D’EXTORSION DE FONDS, MEURTRE…
L’homosexuel français torturé, étranglé et dépouillé
Le parquet a requis, hier, les travaux forcés à perpétuité contre un réfugié libérien accusé d’avoir commandité le meurtre d’un homosexuel français.
IYANE THIAM RECTIFIE MANSOUR SAMB
“Personne n’a vu la lune au Sénégal, le samedi 24”
P
rolongations dans la double célébration de la fête de Korité.La commission nationale diri- gée par Mourchid Iyane Thiam s’est lavée à grande eau, après la sortie médiatique de Mansour Samb, mem- bre de la structure, qui a pris le contre- pied de la Commission en appelant à célébrer l’Aid-el-fitr dimanche au lieu de lundi. “Mansour Samb a déclaré que la lune est apparue, selon un de ses amis. Il a pourtant assisté à la séance de la Conacoc et personne n’a téléphoné, en sa présence. C’est le lendemain qu’on a appris qu’il a parlé dans les médias pour appeler à la prière le dimanche, contrairement à notre posi- tion”, s’est défendu Iyane Thiam.
Avant d’ajouter : “Quand bien même il nous en aurait parlé, nous ne l’au- rions pas accepté, car la personne qui a téléphoné à Mansour Samb n’a donné aucune identification, aucune réfé- rence claire sur sa personne et sur les informations qu’il a données. C’était une erreur. Personne n’a vu la lune au Sénégal, le 24 juin 2017”, a-t-il déclaré hier, lors d’un point de presse à l’insti- tut islamique de Dakar.
Le principal intéressé, qui est un membre représentant l’association religieuse Jama’atu Ibaadu Rahmaan, avait déclaré à la radio, ultérieurement à la réunion d’observation du samedi 24, que la lune était apparue à Fora à Dakar, à Ndoffane et dans une autre localité et qu’il ne pouvait joindre les membres de la Commission, après que la séance a déjà été levée. Une informa- tion que les membres de la Conacoc disent avoir reçue le dimanche même.
Le président de la structure évite de parler de sanction contre le dissident.
Il regrette par ailleurs le fait que la polé- mique enfle, à chaque période de début et de fin de ramadan, alors que sa Commission fait des rapports men- suels sur les lunaisons du calendrier musulman, depuis 1996. Iyane Thiam estime, d’après l’interprétation des textes, que “toute cette polémique n’en valait pas la peine”, puisqu’ils laissent le choix d’opter entre un consensus de toute la Umma islamique autour d’une autorité centrale pour les célébrations, ou que chaque pays prenne l’initiative de faire l’observation à l’intérieur de ses frontières. Ce qui est le cas le plus répandu. “Si la lune apparaît au Nigeria, au Gabon…, la Mecque ne va pas célébrer les fêtes avec ces capitales.”
La science au secours
Un autre membre de la Commission, Abdoulaye Gaye, également membre du Comité des données pour la science et la technique en Afrique, est d’un avis plus catégorique. “Il était impossible de voir la lune le samedi 24 juin 2017”, a-t- il défendu avec une projection power- point sur la phase de lunaison concer- née et force arguments scientifiques.Pour lui, “trois critères irréfutables” ont fait que 1% de la surface de la lune ne pouvait pas être perçue, ce jour-là, à savoir : “L’âge de la lune inférieur à 14h 35 minutes, un délai inférieur à 22 minutes entre les couchers de la lune et du soleil, et la distance angulaire de 7°
lune-soleil”, démontre-t-il. “Vous n’avez pas fait de fausses déclarations, alors ne faites pas profil bas, au point que des gens qui se sont trompés semblent avoir raison”, a-t-il lancé au président Iyane Thiam. Pour lui, l’argument en faveur du calcul scientifique de la lune n’est plus à démontrer, car si le roi Salomon était notre contemporain, “il aurait cer- tainement recouru au test ADN plutôt que son fameux jugement concernant la maternité douteuse des deux femmes qui réclamaient chacun le même bébé”.
Visiblement excédé, il conclut. “Si nous en avons marre de la science, essayons l’ignorance.”
OUSMANE LAYE DIOP
SOCIÉTÉ 5
DEMANDE D’ANNULATION DE PROCÉDURE POUR BOY DJINNÉ
La défense évoque des faits déjà jugés par le tribunal pour mineurs
Après deux renvois, Baye Modou Fall alias Boy Djinné a été attrait, hier, devant la chambre criminelle
du Tribunal de grande instance de Dakar. Pour la troisième fois, il n’a pu être jugé. Ses avocats ont
soulevé des exceptions de nullité. Les juges ont mis en délibéré l’affaire au 18 juillet prochain.
ÉCO-SOCIAL 6
numéro 1807 • mercredi 5 juillet 2017 www.enqueteplus.com
C M J N
PAR VIVIANE DIATTA
Vous avez tenu récemment une conférence de presse pour demander le retrait du projet de loi sur la médecine traditionnelle du circuit. En quoi l’exercice de cette médecine vous gêne-t-il ?
L’exercice de la médecine tradi- tionnelle ne nous gêne pas. Nous ne sommes pas des concurrents. Nous voulons attirer l’attention des pou- voirs publics et des populations sur des conséquences graves que la léga- lisation de cette médecine tradition- nelle pourrait engendrer. Ses dérives et ses conséquences sont des choses qui peuvent être très dangereuses.
C’est une médecine qu’on peut tolé- rer mais qui, comme toutes celles qui ne sont pas basées sur des fonde- ments scientifiques, va disparaître tôt ou tard, surtout avec tout ce qui se passe dans l’évolution scientifique et technique de la médecine moderne. On peut essayer de tolérer cette médecine moyenâgeuse, mais pas la légiférer. Parce que si on le fait, on ne pourra rien contre cette médecine et cela pose des pro- blèmes. Quand quelqu’un peut poser sa plaque en mettant “soigne le Sida, le diabète etc.,” c’est grave.
Celui qui peut aujourd’hui traiter et soigner le diabète aura un prix Nobel de médecine. Absolument ! Jusqu’à l’extinction du soleil, il sera à l’abri du besoin. Ce sera une célébrité mondiale. Comment peut-on légali- ser une telle chose ? C’est grave ! C’est la raison pour laquelle nous nous dressons pour dire non à la léga- lisation. Mais, c’est une chose qu’on peut réglementer. Nous sommes contre la légalisation de cette méde- cine moyenâgeuse où l’on soigne tout. Alors que moi, dans mon domaine, j’ai appris la médecine, je me suis spécialisé et suis dentiste. Je ne sais pas traiter une maladie autre que là où je me suis spécialisé. Je n’ose même pas le faire. Mais ici, c’est celui qui a le peu de savoir qui ose le plus. On craint surtout les conséquences que cela peut engen- drer, mais pas autre chose.
Comment se fait-il que l’IOPS n’ait pas été consulté dans l’élaboration de ce projet de loi, jusqu’à ce qu’il arrive en Conseil des ministres ?
C’est parce que les pouvoirs publics, ou plutôt notre ministère de tutelle ne donne pas la possibilité aux Ordres d’exercer toutes les préro- gatives telles que définies par la loi.
C’est là où se pose le problème. Le projet provient du ministère de la Santé. Celui-ci n’a jamais consulté un quelconque Ordre pour qu’il puisse donner son avis, en ce qui concerne un projet de loi. Nous
n’avons été au courant de rien. C’est par voie de presse qu’on a su qu’un projet de loi sur la médecine tradi- tionnelle a été étudié en conseil des ministres et doit passer à l’Assemblée nationale. On s’est débrouillé pour avoir le document et en connaître les tenants et les abou- tissants.
Cela n’est-il pas un manque de considération à l’égard des Ordres ?
Bien sûr ! Nous ne demandons abso- lument rien. C’est la loi qui définit le fait qu’un Ordre doit être consulté et donner son avis en matière de politique gouver- nementale sur la santé. C’est l’article 17 de la loi 81-70 qui le dit. Nous ne l’avons pas inventé. Mais, on ne nous donne pas la possibilité d’exercer cette
prérogative. Comment est-ce qu’on peut traiter aujourd’hui sur des sujets qui concernent la médecine, la phar- macie, entre autres, sans que nous soyons au courant. C’est inadmissible.
Nous avons même demandé des audiences au ministère, mais il ne nous a même pas répondu. C’est à l’intérieur de leurs bureaux qu’ils élaborent des textes sur la base de je ne sais quoi, et ensuite les déposent, sans nos avis.
C’est extrêmement grave ! C’est un manque de considération, un manque de savoir ce que les Ordres peuvent jouer en matière de santé au Sénégal.
Le ministère de la Santé ne joue pas son rôle. Il ne prend en considération que ceux qui tapent sur la table. Nous n’avons pas les mêmes orientations.
Nous ne sommes pas un syndicat, et
nous ne sommes pas association non plus. Nous sommes une institution ordinale, parce que votée à l’Assemblée nationale. Dans les préambules, toute personne qui exerce a l’obligation de s’inscrire à l’Ordre. Alors qu’une asso- ciation ou un syndicat, c’est un choix d’y adhérer. A l’Ordre, pour pouvoir tou- cher un malade, on a l’obligation de s’inscrire.
Dans ce cas, quels sont les relations que vous entretenez avec la ministère de la Santé ?
Franchement, je ne vois pas de rela- tion. En dehors des autorisations d’ins- tallation que la ministre signe, après avis du conseil national de l’Ordre, il n’ y a aucun rapport. Aucune considération.
Quelquefois, c’est une petite information
en ce qui concerne certains ateliers, les Ordres ne sont avisés que 24 heures avant. Parfois, ils ne reçoivent même pas les documents pour s’informer de ce qui se passe. C’est extrêmement grave. Si le ministère veut que nous donnions des avis éclairés sur ce qui se passe, il doit nous imprégner de tout, mais il ne le fait pas. En dehors des demandes d’autori- sation qu’on envoie, et on ne reçoit même pas en retour parfois les récépissés, on a aucune relation avec le ministère. Avec l’Ordre que je dirige, je n’en veux pas. Ce qu’on peut faire, c’est de travailler, discuter sur les problèmes.
Cela ne peut qu’être bénéfique pour le ministère et pour la politique de santé du Sénégal. Mais quand on leur adresse une correspondance pour une audience, on ne reçoit même pas de réponse. Il devrait
y avoir des voies de transmission perma- nentes entre le ministère et les Ordres.
De sorte qu’on puisse échanger sur les politiques de santé, sur ce qui va ou ce qui ne va pas. Beaucoup de choses auraient changé. Mais tel n’est pas le cas.
Qu’est-ce qui est contenu dans la loi qui puisse valoir son retrait ?
Déjà dans l’exposé des motifs, pour- quoi la médecine traditionnelle ? On nous dit que les statistiques de l’Organi- sation mondiale de la Santé ont montré un pourcentage très élevé qui fréquente la médecine traditionnelle. Ce n’est pas une raison. Au contraire, c’est un échec de la politique gouvernementale en matière de santé. Je n’oppose pas la médecine moderne à la médecine tradi- tionnelle, parce qu’il n’y a pas de paral-
lélisme. C’est un échec. C’est comme qui dirait, il n’y a pas suffisamment d’infra- structures, de plateau technique, d’offre de paquet de soins, maintenant l’alter- native, c’est la médecine traditionnelle.
C’est ça une des motivations de la création de ce projet et c’est très grave.
L’autre motif est qu’il y a des centres de référence. Or, ces centres ont été mis en place pour servir de cadre d’étude d’une médecine traditionnelle qui obéit à cer- taines règles et rigueurs scientifiques pour pouvoir donner des résultats en santé publique. Mais, pour que cela puisse arriver, il n’y a jamais eu d’évalua- tion de ces centres. En lieu et place, on voit que c’est le mysticisme, le charlata- nisme, le ritualisme qui ont pris le pas sur la vérité scientifique attendue. Voilà les deux critères sur lesquelles ils se sont
basés pour sortir ce projet de loi. Cela ne tient à absolument rien du tout. Quand on regarde le problème de façon plus pro- fonde, on se demande qui est praticien.
On ne sait pas. C’est un fourre-tout et c’est très dangereux. Celui qui fait des incantations, des talismans est tradipra- ticien. Tout cela est dans la définition glo- bale. Quand on va arriver jusqu’à celui qui “khoy” prétend guérir, c’est grave et ce n’est basé sur aucune médecine. Ils veulent nous retourner à l’âge de la pierre taillée.
C’est vrai, aujourd’hui, même la médecine moderne s’appuie sur certaines plantes, mais c’est étudié de façon très scientifique jusqu’à l’obtention de nos brevets avec une autorisation de sortie du médicament. C’est très bien étudié. On n’est pas contre la méthode phyto-thérapeutique, mais il faut l’étudier, l’encadrer, l’analyser, la sou- mettre à des études scientifiques pour arriver à des résultats escomptés. Mais tel n’est pas le cas. On met du tout dans une bouteille, on mélange et le donne à boire aux gens sans connaître les consé- quences. C’est ce méli-mélo de choses qu’ils ont mises dans la médecine dite traditionnelle qu’ils veulent autoriser et officialiser sous forme de loi. Cela, on ne peut pas l’accepter. Maintenant, ils l’ont dit avec un code de déontologie qui n’est rien d’autre qu’un plagiat de nos textes.
C’est-à-dire le texte qui régit la loi, qui parle de déontologie de la médecine.
C’est du n’importe quoi ! Pis, ce qui est totalement inadmissible, c’est, au lieu que la recherche sur la médecine tradi- tionnelle soit basée sur des fondements logiques et scientifiques, ils disent que quand quelqu’un invente quelque chose, cela ressort du domaine de la propriété intellectuelle. Dans l’article 15, on dit que le praticien de la médecine tradi- tionnelle peut obtenir la protection de ses recettes et de ses formules, conformé- ment à la législation sur la propriété intel- lectuelle. Ce n’est pas possible. Sur quelle planète sommes-nous ? Je ne sais pas qui a produit le document, mais c’est une pâle copie, en ce qui concerne la déontologie et le texte de loi ; et c’est du n’importe quoi dans le fond. C’est la raison pour laquelle nous voulons d’abord que ce projet de loi soit retiré, parce qu’il n’obéit à aucun des critères d’une loi. Ce n’est pas une question de faire reculer et l’abandonner, parce qu’il gêne, non. Ce n’est pas comparable à la médecine moderne qui a fait ses preuves dans le monde.
Vous avez adressé des correspondances au président de la République, à celui de l’Assemblée nationale et au ministre de la Justice et à votre tutelle. Est-ce que vous avez obtenu des réponses ?
Jusqu’à ce jour, nous n’avons pas reçu de réactions. Un élu du peuple s’est autosaisi et est venu nous voir.
Nous lui avons expliqué tout ce qui se passe. En dehors de cela, nous attendons. Parce que, ce que nous voulons, c’est qu’on retire ce projet de loi et ensuite qu’on ouvre des concertations beaucoup plus larges avec tous les acteurs de la santé pour qu’on essaie de trouver une mouture qui puisse être légalisée. Nous vou- lons la concertation, c’est la raison pour laquelle nous avons envoyé ces correspondances. Il faut que tous les acteurs de la Santé se réunissent, qu’on décortique le projet pour sortir l’essentiel.