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Article pp.139-152 du Vol.4 n°2 (2012)

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doi:10.3166/r2ie.4.139-152 © 2012 Lavoisier SAS. Tous droits réservés

L’utilisation de l’information brevet au sein des bureaux d’études : du potentiel au réel

Par Pascal Corbel et Sylvain MBongui-Kialo

ISM - Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines

Résumé

Cet article a pour but d’analyser de manière approfondie la façon dont le brevet peut alimenter le processus d’innovation. La manière dont est gérée l’information brevet, souvent laissée en arrière-plan par rapport aux stratégies mises en œuvre via le dépôt de brevets par l’entreprise, est ainsi mise au cœur de l’analyse d’une étude de cas approfondie et menée en deux temps.

Nous avons en effet combiné deux recherches menées à environ trois ans d’intervalle dans la même entreprise, avec des problématiques différentes mais se recoupant en partie, pour en faire une seule étude de cas. Ces deux recherches montrent de manière congruente que les principaux rôles potentiels du brevet comme inputs dans le processus d’innovation sont bien utilisés et nous apportent des précisions sur la manière dont ils le sont. Mais elles montrent aussi que l’on est loin de les utiliser à leur plein potentiel et apporte un certain nombre d’ensei- gnements sur les freins à leur utilisation. Nous montrons qu’il est nécessaire d’adopter une approche globale du système de management des brevets de l’entreprise, lui-même articulé avec son processus d’innovation. © 2012 Lavoisier SAS. All rights reserved

Mots clés : brevet, veille technologique, information, processus d’innovation.

Abstract

Potential and actual use of patent information inside R&D departments. This paper aims at analyzing the way patents can be inputs of the innovation process, and not only outputs. An in-depth case study has been conducted in order to better understand how patent information is managed in the R&D department of a car manufacturer. This case- study combines the results of two different surveys in the same firm conducted within a three year delay with slightly different but overlapping research questions. After having reviewed the main functions of the patent as an input in the innovation process in the literature, we show that all these functions are used and how. But the study also shows that they are far from being used at their full potential, and helps us to identify what

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hampers a larger use of patents in the innovation process. One of the main implications is that firms should adopt a global view of their patent management system, articulated with their innovation process. © 2012 Lavoisier SAS. All rights reserved

Keywords: patent, technology watch, technological information, innovation process.

Introduction

Le brevet est généralement considéré comme l’un des résultats du processus d’inno- vation, dont il est même souvent utilisé pour mesurer les performances, en dépit de ses limites comme instrument de mesure (Griliches, 1990). Son rôle comme source d’infor- mation technologique et stratégique est pourtant largement reconnu depuis longtemps (voir par exemple Grandstrand, 1999 ou Pitkethly, 2001). Parallèlement, les praticiens lui accordent parfois le rôle d’instrument de motivation ou de créativité. Dès lors, il nous a semblé intéressant d’analyser de manière approfondie la façon dont le brevet pouvait également alimenter le processus d’innovation. La manière dont est gérée l’information brevet, souvent laissée en arrière-plan par rapport aux stratégies mises en œuvre via le dépôt de brevets par l’entreprise, est ainsi mise au cœur de l’analyse d’une étude de cas approfondie et menée en deux temps.

Le papier est structuré de la manière suivante. La première partie revient tout d’abord sur les fonctions attribuées aux brevets par la littérature et par les praticiens. Nous extrayons ensuite les rôles qui sont susceptibles d’intervenir comme input plus que comme output du processus d’innovation. En laissant de côté les aspects motivation, qui ont fait l’objet d’analyses spécifiques par ailleurs (Corbel et Chevreuil, 2009), ces fonctions sont toutes liées aux informations contenues dans les brevets : évaluation de la liberté d’exploitation, informations sur les concurrents, outil de veille technologique, repérage de partenaires potentiels, outil de créativité par perfectionnement ou par contournement, repérage des inventeurs à l’extérieur comme à l’intérieur de l’entreprise. Nous revenons ensuite sur les différentes approches du processus d’innovation et plus généralement des processus de conception de nouveaux produits en distinguant les apports potentiels dans les modèles séquentiels linéaires, les modèles interactifs ou « tourbillonnaires » (Akrich et al., 1988) et les modèles ouverts (Chesbrough, 2003).

La deuxième partie présente notre étude de cas. Celle-ci s’est déroulée en deux temps.

L’un des auteurs, en collaboration avec un autre chercheur1, a mené une première étude sur le brevet comme outil d’animation dans les bureaux d’études, plus particulièrement centrée sur l’impact sur la motivation mais abordant aussi d’une manière plus générale l’utilisation du brevet par les ingénieurs et techniciens des bureaux d’études (étude fondée sur une quin- zaine d’entretiens semi-directifs et 180 réponses à un questionnaire). Le deuxième auteur a mené plus récemment une étude portant directement sur l’utilisation du brevet dans les processus de conception de la même entreprise, fondée sur une vingtaine d’entretiens semi- directifs. Nous présentons ensuite les principaux résultats du croisement de ces deux études,

1 Sébastien Chevreuil, actuellement Maître de conférences en sciences de gestion à l’Université d’Orléans.

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montrant à la fois le potentiel et les freins à ce type d’utilisation du brevet. Ces derniers sont discutés au regard de la littérature existante dans une troisième partie.

1. Brevet et processus d’innovation

Brevet et processus d’innovation sont intimement liés et pourtant rarement étudiés ensemble. Il nous semble que la principale raison est une perception dominante du brevet comme un résultat du processus d’innovation. Sa fonction va pourtant au-delà de la pro- tection des inventions issues de ce processus.

1.1. Les rôles « oubliés » du brevet

Le brevet a fait l’objet d’une attention accrue au cours de ces dernières années, à la fois de la part des chercheurs en économie mais aussi, ce qui est plus nouveau, de la part des chercheurs en management stratégique. Il en a résulté une vision plus complexe, reconnais- sant la multiplicité des rôles du brevet (Grandstrand, 1999 ; Cohen et al., 2002 ; Pénin, 2005 ; Blind et al., 2006). Le brevet devient alors outil de protection certes, mais aussi moyen de se positionner sur les marchés de technologies ou dans les partenariats (en accordant des licences mais aussi en tant que signal de compétences), de blocage des concurrents sur des technologies non utilisées, de prévention contre les attaques en contrefaçon, d’échange pour avoir accès aux technologies de concurrents… Mais parmi les rôles plus secondaires, des références apparaissent aussi sur son rôle d’outil de motivation et bien sûr sur la veille technologique.

Au-delà des rôles situés en aval des processus d’innovation, le brevet apparaît ainsi aussi comme un « input » dans le processus d’innovation :

- Comme c’est reconnu depuis longtemps puisque l’un des buts principaux du système de brevets est de favoriser la diffusion du savoir technologique au sein de la société, le brevet est un moyen d’identifier les voies technologiques émergentes et le positionnement des concurrents (mais également des fournisseurs et clients) par rapport à ces voies technologiques (Jakobiak, 1994 ; Grandstrand, 1999) et parfois même de reconstituer le réseau des coopérations sur un sujet (Leboulanger et Perdrieu-Maudière, 2011) ; - La veille technologique est bien sûr également un moyen d’aide aux décisions

technologiques : elle permet de détecter les voies bloquées par des concurrents et dangereuses sur le plan juridique, mais aussi de détecter des technologies disponibles (par acquisition de licences ou parce qu’elles sont tombées dans le domaine public) ; - Les brevets déposés par d’autres entreprises peuvent ensuite servir de base pour

essayer de trouver des solutions alternatives, dans une optique d’inventing around ; - Ils peuvent également constituer un moyen d’identifier les inventeurs parmi les

salariés d’autres entreprises2 ;

- Les brevets déposés par l’entreprise servent de signaux de compétence qui peuvent en retour lui permettre d’être identifiée comme partenaire potentiel (Pénin, 2005) et renforcer sa position dans des accords de coopération (Mazzoleni et Nelson, 1998) ;

2 Pour une étude empirique à grande échelle sur les inventeurs « prolifiques », on pourra par exemple se reporter à Latham et al. (2012).

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- C’est aussi un instrument de motivation au sein des départements de R&D (Corbel et Chevreuil, 2009).

- Cette approche plus complète et complexe des interactions entre brevet et processus d’innovation rejoint le point de vue de praticiens (Kermadec, 1999). La hiérarchie de ces différentes fonctions peut toutefois varier en fonction de l’approche que l’on a de ce qu’est un processus d’innovation.

1.2. Apports potentiels du brevet en fonction du processus d’innovation

Les premiers modèles concernant le processus d’innovation étaient linéaires. Fortement inspirés des travaux de Schumpeter (1935, 1951), ces derniers partaient de l’invention technique pour arriver au marché. Le nombre d’inventions y est lui-même largement conditionné par les connaissances scientifiques, d’où l’assimilation fréquente des pro- cessus « science-push » et « technology-push ». Schmookler (1966) proposera un modèle alternatif où le point de départ est le besoin des clients, qualifié de « demand-pull ».

Conscients que la réalité se situe entre les deux, les inventions étant réalisées en réponse à des besoins plus ou moins bien identifiés et entraînant des idées de nouvelles applica- tions, plusieurs auteurs vont proposer des processus couplant les deux aspects. Le plus souvent cité est celui de Kline et Rosenberg (1986). Akrich et al. (1988) y ont intégré la nécessité de négocier avec les différentes parties-prenantes d’un projet d’innovation, y compris le cœur technologique de ce dernier, aboutissant à un processus avançant par itérations pour réunir le maximum d’alliés et assurer ainsi une diffusion facilitée à l’innovation. Ce modèle est qualifié de « tourbillonnaire » par opposition au caractère très linéaire de la plupart des modèles alternatifs. Enfin, plus récemment Chesbrough (2003) a proposé une approche plus ouverte du processus d’innovation, où l’entreprise va puiser des connaissances mais aussi des projets déjà avancés et des technologies à l’extérieur de ses départements de R&D et peut les valoriser autrement que par la seule incorporation dans ses produits.

Les rôles du brevet comme input dans le processus d’innovation varient en fonction de la nature de ce dernier (tableau 1).

Tableau 1 : Rôles du brevet et types de processus d’innovation

Type de processus Caractéristiques clés Rôles du brevet (comme input) Technology-push Le point de départ est l’invention

technique, que l’on va ensuite

« pousser » vers le marché.

Le brevet intervient alors en amont du processus, au moment de la définition des choix techniques, à la fois comme outil de créativité et comme élément de décision dans les choix techniques (des brevets de concurrents peuvent bloquer ou rendre plus risquées certaines solutions).

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Demand-pull Le point de départ est constitué des besoins identifiés sur le marché. Les activités de R&D sont donc pilotées par la recherche de solutions à ces besoins.

Les brevets déposés par des concurrents mais aussi par des clients peuvent alors aider à identifier des besoins et les premières voies technologiques mises en œuvre pour y répondre.

Couplés Les deux processus co-existent, les nouveaux produits étant le résultat de la rencontre entre inventions et besoins.

On retrouve alors les rôles précédemment évoqués mais aussi celui de détecter des points de jonction entre inventions et besoins des clients, dans ses propres brevets comme dans ceux d’autres entreprises.

Tourbillonnaires Les caractéristiques du produit sont établies par itérations successives avec des tests terrains permettant d’adapter ces dernières aux demandes des différentes parties-prenantes.

Le brevet peut être un moyen d’intégrer certaines parties pre- nantes, par exemple en intégrant des solutions qui lui permettront de fournir certains composants ou de toucher des royalties.

Ouverts Le processus est ouvert à tous les stades pour intégrer des solutions et connaissances venues de l’extérieur mais aussi en aval pour la valorisation de l’innovation.

La veille technologique joue alors un rôle très important pour repérer des technologies, des inventeurs, des partenaires potentiels. Les brevets déposés par l’entreprise constituent aussi des signaux de compétence à l’égard de ces partenaires poten- tiels et une monnaie d’échange.

Ces différents rôles sont ici obtenus par déduction logique. Par ailleurs, les processus réels dans les entreprises empruntant certaines des caractéristiques de ces différents modèles, il nous semble important d’aller plus loin dans la compréhension de l’intégration concrète du brevet au sein des processus d’innovation. C’est ce que nous avons cherché à faire dans l’étude du cas d’une grande entreprise du secteur automobile : PSA Peugeot-Citroën.

2. Le cas de Peugeot-Citroën Automobiles

Cet article est fondé sur la combinaison de deux études. Nous commençons par exposer de manière synthétique la méthodologie suivie et la manière dont ces deux études ont été combinées, avant d’en présenter les résultats, qui montrent clairement une différence entre un potentiel largement reconnu et une utilisation effective plus en retrait.

2.1. Méthodologie

La première étude avait pour but principal d’analyser les liens entre brevet et motivation, mais aussi plus globalement d’étudier les possibilités d’utilisation du brevet comme moyen d’animation des bureaux d’études. La deuxième a été menée avec une méthodologie très proche, dans la même entreprise, avec pour but d’approfondir l’utilisation du brevet comme input dans le processus d’innovation. Le tableau 2 résume les principales caractéristiques de ces deux études.

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Tableau 2 : Principales données méthodologiques

Étude Collecte des données Analyse des données

Etude de l’effet du dépôt de brevets et du système d’incitation associé sur la motivation dans les bureaux d’études (Corbel et Chevreuil, 2007-2008)

Entretiens semi-directifs auprès d’ingénieurs, d’ETAM et de chefs de services (14, durée moyenne : 55 minutes) à l’origine de dépôts ou de propositions de brevets.

Administration d’un question- naire (181 réponses).

Utilisation de documents secondaires, notamment de documents internes de statistiques sur les dépôts de brevets.

Entretiens pour la plupart enregistrés intégralement.

Analyse de contenu théma- tique fondée sur les thèmes du guide d’entretien complé- tés ensuite de manière plus inductive.

Élaboration du questionnaire à l’issue de la première ana- lyse. Traitement statistique limité du fait de la nature des données récupérées par le logiciel utilisé par l’entreprise.

Triangulation des données.

Les brevets des tiers comme input dans les processus d’innovation et de conception de nouveaux produits (Mbongui-Kialo, 2010-2011)

Entretiens semi-directifs auprès d’ingénieurs (15) et de chefs de services (5) d’une durée moyenne d’une heure.

Guide d’entretien davantage centré sur l’utilisation des brevets des tiers mais compor- tant aussi une partie générale.

Double analyse thématique (horizontale et verticale) intégrant aussi le verbatim des 14 entretiens menés dans le cadre de la première étude.

La première étude avait été menée par l’un des auteurs avec Sébastien Chevreuil. Le deuxième auteur a mené seul la deuxième étude dans le cadre de ses recherches doctorales.

Il a toutefois eu accès à l’ensemble des données primaires recueillies dans le cadre de la première étude dans le cadre de ces mêmes recherches. Il a donc effectué une première intégration de ces données en les traitant de la même manière et en leur conférant le même statut dans son projet de recherche. Le premier auteur a ensuite pu reprendre le travail détaillé d’interprétation réalisé dans le cadre de la thèse et le recombiner à ses propres conclusions sur la première étude menée. Ce papier est donc le fruit d’une double recom- binaison effectuée par chacun des auteurs.

2.2. Un potentiel reconnu

Les deux études convergent pour montrer qu’une partie importante des acteurs est consciente des différents rôles du brevet. Le tableau 3 reprend les rôles identifiés dans la partie théorique et montre de manière synthétique la manière dont ils sont appréhendés par les personnes interrogées. Nous nous limitons ici aux rôles identifiés dans l’utili- sation des brevets des tiers. Mais PCA utilise aussi ses propres brevets pour dissuader ses concurrents de l’attaquer en contrefaçon et ainsi renforcer la sécurité juridique de l’ensemble de son processus.

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Tableau 3 : Rôles du brevet comme input du processus d’innovation chez PCA

Rôle Enseignements du cas PCA Verbatim illustratifs Identifier

des voies technolo- giques émergentes

Ce rôle assez classique de la veille technologique est confirmé par les personnes interrogées même si ce n’est pas l’aspect le plus cité spon- tanément.

« En intelligence technologique, l’essentiel c’est de savoir où il se passe des choses c’est- à-dire savoir repérer les points chauds. Le plus important c’est de détecter (le domaine ou secteur) où il y a une accumulation de demandes de brevets (point chaud) » Repérer les

directions prises par les concurrents au niveau technologique

Les personnes interrogées mentionnent autant les four- nisseurs que les concurrents.

Les relations clients-fournis- seurs jouent en effet un rôle primordial dans cette indus- trie. Il convient donc d’adap- ter le périmètre de la veille technologique à la situation concurrentielle de l’entreprise (concurrents, clients, fournis- seurs, entreprises de secteurs connexes…).

« le brevet permet de voir où est le concurrent ou le fournisseur en termes de développe- ment technique. Une lecture approfondie des brevets des concurrents peut aussi permettre d’identifier les futures voies de développe- ment technologique des concurrents. Le bre- vet permet d’orienter notre innovation »

« Donc j’analyse pas mal pour voir un petit peu ce qui se fait, ce qui est revendiqué et… dans quel sens travaillent les autres constructeurs. Et des fournisseurs aussi »

Évaluer les risques juridiques associés à une solution technologique

Ce point est évoqué spontané- ment par beaucoup des per- sonnes interrogées mais sans que l’on puisse en déduire qu’il existe une démarche systéma- tique de contrôle en amont des choix techniques. Certains mentionnent même explici- tement le fait qu’ils comptent sur les capacités de négocia- tion de l’entreprise pour ne pas se trouver bloqués par le brevet d’un concurrent ou d’un fournisseur.

« Et de notre côté, ça nous permet un peu de savoir aussi si c’est une voie vers laquelle il faut se diriger ; dans ce cas-là, on sait qu’on est soumis à des contraintes puisque c’est quelque chose qui, a priori, est protégé ; ou alors de nous orienter vers des voies un peu alternatives, donc, typiquement, le contour- nement de brevet ou alors des idées qui n’auraient pas été trouvées »

« la troisième façon c’est de tenter de faire un état de lieux brevet sur un projet véhicule complet. C’est-à-dire, qu’on cherche à savoir : quels sont les sujets nouveaux (protégés ou non) ; comment les contourner le cas échéant.

Ça permet de cartographier la situation des brevets sur un projet de véhicule donné. C’est un point d’entrée possible dans les phases amont….. »

« Quand on utilise le brevet comme input, on n’a pas de choix si ce n’est chercher les failles dans les brevets des tiers. L’identification et l’exploitation de ces failles peuvent effectivement générer des nouvelles idées, qui seront à l’origine d’une invention brevetable.

Car il est essentiel de voir ce qui se fait dans la concurrence. Cela permet de se positionner par rapport à ce que font les autres » Source

d’idées pour de nouvelles inventions (créativité et inventing around)

La démarche de ce point de vue peut être volontariste.

Quelques services organisent ainsi des séances de créativité en utilisant les brevets comme point de départ.

Mais l’accès à l’information brevet peut également se faire dans le cadre d’une pro- cédure de dépôt de brevet, via le retour du département brevets. Cela peut amener à retravailler l’idée initiale en fonction de l’état de l’art.

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Repérer des technologies disponibles à l’extérieur

D’une manière générale, la simple reproduction de solutions disponibles à l’extérieur ne semble pas être dans la culture des bureaux d’études de PCA. L’idée d’aller repérer des idées est pratique- ment toujours associée à celle de perfectionnement ou de contournement.

« Déjà, pour ne pas perdre son temps, non plus, sur une solution. Passer 3, 4 mois à

développer une solution et s’apercevoir que le concurrent l’a développée. Donc, moi ce que j’essaye au plus tôt, c’est de regarder ce qui a été déposé ailleurs. Soit le contourner si vraiment on a une idée bien précise et qu’on veut y aller quand même, aller dans ce domaine et essayer de ne pas aller dans le domaine du copain et de contourner. Oui, ça, c’est typiquement le cas »

« Enfin, à la base, nos travaux, on ne va pas forcément se restreindre parce qu’un brevet existe déjà. Chez PSA Peugeot Citroën, il y a des spécialistes qui sont là pour contourner des brevets ou pour trouver des accords financiers avec les gens qui ont posé ces brevets. Donc, on ne va pas se limiter dans une innovation parce qu’un brevet existe déjà. Par contre, c’est vrai que ça nous permet éventuellement de travailler l’innovation en plusieurs déclinaisons »

« Enfin on passe pas notre temps à ça non plus, mais si leur solution semble nous donner totale satisfaction, de manière à [ne] pas payer les royalties, bien on essaye de contourner d’une manière ou d’une autre le brevet par une autre solution dérivée […] »

Identifier des inventeurs à l’extérieur

Ce thème n’a pas été évo- qué par nos interlocuteurs.

Il est vrai que le repérage d’inventeurs à l’extérieur ne fait pas a priori partie de leurs attributions. Néanmoins, les responsables PI et brevets, interrogés par ailleurs, ne l’ont pas évoqué non plus. Cela ne semble donc pas faire partie des pratiques de PCA.

-

Identifier des partenaires potentiels

L’identification de partenaires en tant que telle n’a pas été mentionnée, sans doute parce que PCA s’appuie sur un réseau de fournisseurs bien connus.

En revanche, le rôle de signal de compétences du brevet a été cité par certaines des per- sonnes interrogées.

« Et puis le fait de déposer des brevets, déjà ça nous permet d’avoir une certaine légitimité, de valoriser un petit peu le sujet concerné »

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Dès lors qu’il s’agit de l’utilisation toutefois, on perçoit un décalage. Le fait que les brevets des tiers soient finalement assez peu utilisés par les personnes interrogées est probablement l’indice d’une sous-utilisation encore plus prononcée dans l’ensemble de la population des bureaux d’études. Les personnes ayant déjà été à l’origine de dépôts de brevets et les chefs de services identifiés comme ayant des pratiques intéressantes en la matière constituent un échantillon biaisé3.

2.3. Mais de réels freins à l’utilisation

Les deux études convergent également pour montrer que les brevets, en particulier les brevets des tiers, sont relativement peu utilisés en pratique comme input dans le processus d’innovation.

Tout d’abord, le travail de recherche dans les bases de données est long et délicat. Un travail réalisé rapidement à partir du premier mot clé venant à l’esprit risque d’amener des résultats partiels, voire trompeurs : « quand on n’a pas de noms d’inventeurs ni de société, et qu’on travaille sur des mots clés thématiques. Et là, il faut se méfier parce qu’il y a plusieurs synonymes. Certaines personnes en charge de rédiger les brevets vont utiliser par exemple le terme « numérique », alors que d’autres utiliseront les termes « digital et électronique » pour exprimer la même chose ». Ce d’autant que certains rédacteurs de bre- vets peuvent mettre en œuvre sciemment des tactiques destinées à rendre leur brevet plus difficile à détecter : « C’est la même chose pour le terme « moteur », un malin qui rédige la demande de brevet d’une société peut bien utiliser le mot « convertisseur d’énergie thermo- mécanique » pour dire moteur. Il peut le faire pour que le mot moteur n’apparaisse pas dans les résultats de recherche dans les bases brevets ». D’une manière générale, le style spécifique de rédaction d’un brevet – notamment dans sa deuxième partie, les revendica- tions, au style très juridique – rend plus difficile l’utilisation de l’information : « Ce n’est pas toujours facile car le vocabulaire utilisé n’est pas facile à comprendre. Lorsqu’on lit un brevet, il faut bien comprendre ce qui est protégé, or ce n’est pas toujours évident ».

L’outil de recherche mis à disposition dans les bureaux d’études de PCA est par ailleurs parfois jugé assez difficile d’utilisation, quand son existence même est connue : « si j’avais à ma disposition des outils simples, quand j’ai un peu du temps libre je chercherais à savoir ce qui a été déposé et/ou ce qui ne l’a pas été dans un domaine technique précis, c’est vrai que ça pourrait m’aider ».

Mais les deux études montrent qu’il existe un frein que l’on pourrait qualifier de « cultu- rel », plus profond à l’utilisation des brevets des tiers comme outils de créativité, mais aussi à la recherche de solutions mises au point ailleurs : les ingénieurs et techniciens des bureaux d’études, surtout dans leur partie amont (la direction de l’innovation), se vivent pour beaucoup comme des inventeurs. Leur rôle est de mettre au point des solutions, pas d’aller chercher des solutions existantes ou de les contourner : « Je dirais qu’on a la chance dans l’automobile d’être entouré des passionnés donc c’est plutôt une problématique qui n’est pas de trouver des solutions en regardant un tout petit peu ce que les autres font,

3 Volontairement puisque le temps et les ressources disponibles pour mener ces études nécessitaient d’être sélectifs dans les personnes interrogées. Or, dans les deux cas, les chercheurs recherchaient davantage la compréhension en profondeur que la capacité à généraliser.

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mais plutôt en partant de nos besoins identifiés. À partir de ce moment, on voit si on peut breveter l’idée ». De ce point de vue, certains jugent la lecture de brevets déposés par des tiers plutôt inhibitrice : « la lecture d’un brevet des tiers donne forcément des idées, après, il est toujours délicat de l’utiliser au risque de ne pas reproduire la même chose » ; « Pour moi c’est pas un générateur d’idées. On passe un temps fabuleux à les exploiter, enfin à les dépouiller, et essayer de comprendre comment ça marche, donc c’est pas comme ça qu’on trouve nos idées aujourd’hui. C’est pas comme ça que je fonctionne. C’est surtout une contrainte, le brevet ».

3. Discussion

Ces deux études combinées nous semblent intéressantes en ce qu’elles révèlent globale- ment un écart important entre le potentiel assez largement reconnu de l’utilisation des brevets comme input dans le processus d’innovation et leur utilisation effective. Elles permettent de donner un certain nombre d’explications à cet écart. Mais la prise en compte des diffé- rents types de processus d’innovation permet selon nous d’aller plus loin dans l’analyse.

3.1. Le brevet comme input dans le processus d’innovation : entre potentiel et pratiques Les résultats combinés de ces deux recherches confirment donc le potentiel du brevet comme input dans le processus d’innovation, rejoignant en cela la littérature sur la veille technologique. Les brevets des tiers sont effectivement utilisés pour identifier des techno- logies mises au point à l’extérieur et reconstituer les voies technologiques suivies par les concurrents et les fournisseurs (ils peuvent à cette fin être combinés avec les informations issues de l’ingénierie inversée, pratique très courante dans ce secteur). Ils sont aussi utilisés comme source de créativité, en particulier via la pratique de l’inventing around. Le rôle de « signal de compétences » (Pénin, 2005) semble lui aussi reconnu par les ingénieurs interrogés. En revanche, le repérage d’inventeurs dans d’autres entreprises n’est absolument pas mentionné. Par ailleurs, l’identification de technologies disponibles à l’extérieur ne l’est qu’indirectement, certains ingénieurs mentionnant à la fois la nécessité de contrôler la liberté d’exploitation au cours d’un projet et la possibilité pour PCA de négocier l’accès aux inventions protégées. La pratique d’aller systématiquement chercher des idées à l’extérieur semble en pratique peu répandue.

Par ailleurs, même pour les rôles confirmés par les personnes interrogées, leur utilisation est loin d’être généralisée. Ainsi, d’après l’enquête par questionnaire menée au sein de la direction de l’innovation, avec un échantillon portant biaisé en faveur des salariés bien infor- més sur le brevet (plus des ¾ avaient déjà fait une proposition en vue d’un dépôt de brevet), seuls 41,4 % des répondants disaient consulter régulièrement des bases de données de brevets.

L’une des raisons provient sans doute de l’échelle de valeur des ingénieurs, l’invention étant davantage valorisante que le simple fait de repérer des idées à l’extérieur. Mais tout ne s’explique par une « culture » de l’invention interne chez les ingénieurs. Ainsi l’un des ingénieurs interrogés lors de la première recherche indiquait : « Après si on veut aller plus loin, c’est vraiment avoir un bon réflexe brevets, et utiliser les brevets, suivre tous leurs aspects et tous les angles, notamment l’angle que de tout à l’heure, comme une donnée

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d’entrée, et puis une source d’idées, une source de benchmark, en dehors de l’axe pro- tection et puis enfin bon de l’axe dépôt » et il ajoutait : « Parce que les gens sont encore peu sensibilisés, et puis même, et puis même, enfin…, et puis sensibilisé c’est pas suffisant quoi, il faut accompagner la démarche […] ». C’est donc bien une démarche managériale qu’il s’agit de mettre en place. L’idée est d’instiller peu à peu une « culture brevet » dans la lignée de ce que préconise Grandstrand (1999). Et dans une profession où l’invention est valorisée et où le brevet est l’une des incarnations possibles de l’invention, un recours accru aux brevets des tiers peut passer par le développement d’une culture du dépôt interne, culture poussée depuis plusieurs années chez PCA.

En effet, l’activité de dépôt de brevets semble favoriser la diffusion d’autres utilisa- tions de ce dernier. Lorsqu’un mémoire d’invention est rédigé, une étude d’antériorité est systématiquement réalisée. C’est souvent à travers celle-ci que les ingénieurs ont leurs premiers contacts avec les brevets : « Donc le seul contact qu’on ait avec les brevets c’est les retours d’antériorité. Donc tant qu’on n’a pas fait la démarche de proposer un brevet et qu’on n’a pas eu le retour d’antériorité, on n’a pas de contact avec les brevets ». Ainsi, si nous avons vu qu’un peu moins de la moitié des répondants à l’enquête par questionnaire consultaient régulièrement des bases de données de brevets, on tombe à 23,7 % pour ceux qui n’avaient jamais fait de propositions.

C’est donc bien une approche globale et systémique qu’il faut favoriser même si des actions ponctuelles (certains ingénieurs et chefs de service ont mentionné l’organisation de séances de créativité autour de brevets) peuvent avoir un effet à court terme. Cela rejoint les conclusions d’Ayerbe et Mitkova (2005) fondées sur l’analyse de la mise en place d’un système d’information brevet chez Air Liquide.

3.2. À mettre en perspective en fonction de l’approche que l’on a du processus d’innovation On voit par ailleurs que l’utilisation qui est faite des brevets des tiers se situe plutôt dans une logique technology-push. Cette impression peut, il est vrai, être accentuée par la composition des échantillons des deux études, où les salariés de la direction de l’inno- vation, en amont des projets d’organes et de véhicules sont prédominants. Mais l’analyse laissait aussi paraître une moindre utilisation du brevet au niveau des projets, notamment du fait de la pression des délais. Les clients et les parties-prenantes externes (à l’exception de l’influence des brevets sur le rapport de dépendance envers les fournisseurs) sont peu présents dans les discours. Il est vrai que l’utilisation des brevets pour anticiper les besoins des clients est davantage adaptée à une relation de type business-to-business (encore que les inventeurs individuels soient relativement actifs dans le secteur de l’automobile).

Ces résultats sont aussi à mettre en perspective par rapport au type de processus de conception pratiqué par l’entreprise étudiée. Le processus de conception de cette entreprise se caractérise en effet par une certaine linéarité (fondée sur un cycle en V) et un fort recours à une logique d’ingénierie modulaire et à des technologies développées par ses fournisseurs.

La recherche de solutions réellement innovantes se traduit par l’existence d’une direction de l’innovation qui essaye actuellement de s’ouvrir mais essentiellement sur la partie amont.

De ce fait, l’une des problématiques importantes pour les acteurs de la direction de l’innovation est de faire adopter leurs solutions innovantes. Or, dans un contexte de pression sur les coûts et les délais, les responsables de projets peuvent avoir tendance à favoriser les

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solutions déjà validées sur d’autres véhicules : « Donc, ils ont un projet véhicule à dévelop- per, qu’est-ce qu’ils font ? Ils reprennent la solution de la veille qui fonctionne ». Le brevet est alors utilisé de deux manières par certains ingénieurs. Soit ils permettent d’impliquer un fournisseur tout en s’assurant la paternité de l’innovation : « Donc maintenant je sais que je fais un brevet, une idée PSA. Je contacte un fournisseur. Alors maintenant, avant de contacter le fournisseur, maintenant je vais contacter tout ce qui est propriété intellectuelle […] avant d’engager quoi que ce soit. Je choisis un fournisseur. On développe avec lui […]

soit en libre exploitation ou [qu’il] y ait des royalties de versées. C’est comme ça qu’on arrive après. On a tout validé avec le fournisseur. On peut l’amener au projet avec même un fournisseur série, c’est plus crédible ». Soit il peut permettre d’associer directement des collègues du développement : « Alors c’est là où je veux en arriver, c’est qu’il y a une stratégie, c’est de dire : « Bon bien écoute, celui-là, […] c’en est un qui va être gagnant », et au lieu de le poser tout seul, je veux bien inviter mon petit collègue de développement.

Je mets son nom dessus. Ok ? Et au moins comme ça, il partagera. Et si on fait le calcul, l’inventeur il y gagne quand même. Même si on partage tout ».

On voit que, dans sa configuration actuelle, le système d’incitation à l’utilisation des brevets reste centré d’une part sur les inventions internes et d’autre part sur la capacité de l’entreprise à mettre en œuvre (sans trop dépendre d’un fournisseur en particulier) les solutions techniques de son choix. Une impulsion ayant été donnée vers une plus grande ouverture du processus d’innovation, au moins en amont (notamment avec la mise en place d’un réseau d’open labs sur des campus universitaires), il est probable que ce système devrait être amené à évoluer pour aller davantage vers l’identification de solu- tions à l’extérieur de l’entreprise, aspect présent mais pas systématique, et l’association de parties-prenantes externes, qui deviendra sans doute de plus en plus nécessaire avec l’orientation vers des véhicules fortement informatisés et communicants, ce qui rappro- chera les constructeurs automobiles des problématiques des entreprises de l’électronique et des technologies de l’information.

Conclusion

Nous avons combiné deux recherches menées à environ trois ans d’intervalle dans la même entreprise, avec des problématiques différentes mais se recoupant en partie, pour en faire une seule étude de cas.

Ces deux recherches montrent de manière congruente que les principaux rôles potentiels mis en exergue dans la première partie sont bien utilisés et nous apportent des précisions sur la manière dont ils le sont. Mais elles montrent aussi que l’on est loin de les utiliser à leur plein potentiel et apporte également un certain nombre d’enseignements sur les freins à l’utilisation des brevets comme inputs dans le processus d’innovation. Les brevets sont en effet perçus comme des documents complexes et difficiles à lire, beaucoup d’ingénieurs préfèrent considérer ce domaine comme celui des spécialistes du département ad-hoc. Par ailleurs, l’idéal de beaucoup d’ingénieurs semble toujours être celui de l’invention « pure » plus que le contournement ou le perfectionnement d’inventions faites par d’autres. Mais la sensibilisation aux différentes possibilités du brevet peut passer par le processus de dépôt. Il est donc nécessaire d’analyser l’ensemble du système constitué par les actions de formation

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et de sensibilisation, les incitations (comme les systèmes de primes), le processus de dépôt, les outils mis à disposition des salariés des départements de R&D autour des brevets plutôt que d’analyser les différents éléments du système séparément. Par ailleurs, ce système doit être mis en cohérence avec le système d’innovation recherché par l’entreprise. Ainsi, un mouvement comme on ne voit dans beaucoup d’entreprises vers des processus plus ouverts implique une utilisation différente des brevets et c’est l’ensemble du système qui doit être repensé autour de cette orientation.

Du point de vue de l’intelligence économique, cette étude permet de rentrer un peu plus dans la « boîte noire » de l’utilisation effective du brevet comme outil d’information et plus généralement de gestion des connaissances, confirmant ses potentialités mais permettant aussi d’avancer des explications à sa relativement faible utilisation effective. Alors que l’information brevet est souvent analysée dans la littérature du point de vue de son utilisa- tion potentielle, le croisement des résultats de ces deux études permet d’aller plus loin dans la connaissance de leur utilisation effective. Il le fait avec les avantages mais également les limites d’une étude de cas unique, qu’il serait donc intéressant de répliquer dans des entreprises ayant des processus d’innovation et de conception différents.

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