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La fortune de Le Corbusier urbaniste

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La fortune de Le Corbusier urbaniste

INSOLERA, Italo, VIARO, Mario Alain

INSOLERA, Italo, VIARO, Mario Alain. La fortune de Le Corbusier urbaniste. In: La ville et l'urbanisme après Le Corbusier. La Chaux-de-Fonds : Edition d'En Haut, 1993. p. 63-92

Available at:

http://archive-ouverte.unige.ch/unige:25083

Disclaimer: layout of this document may differ from the published version.

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© 1993 Pour les illustrations de la Fondation Le Corbusier, Paris

© 1993 Auprès des auteurs. Editions d'En Haut SA, La Chaux-de-Fonds

ISBN 2-88251-033-0

Une publication de la Bibliothèque de la Ville de La Chaux-de-Fonds

en collaboration et en diffusion des Editions d'En Haut SA, La Chaux-de-Fonds

avec le soutien du Comité officiel

des manifestations du centenaire de la naissance de Le Corbusier.

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La «fortun e » de L e Corbusier urbaniste

par ltalo Insolera, Rome, et Alain Viaro, Genève

En 1915, Le Corbusier a participé au concours ouvert pour la construction du pont Butin, sur le Rhône, près de Genève. Le projet présenté comportait trois arches.

En voyant le pont construit en 1926, on pourrait croire qu'il s'agit de la réalisation de ce projet, avec quelques modifications. Mais ce n'est pas le cas. Le projet de Le Corbusier fut écarté, car la commission demandait une seule arche. Lors de la réalisation, ce fut pourtant un pont à trois arches qui fut construit.

La morale de cette histoire, c'est que le projet de Le Corbusier a été refusé et que le projet qui a été réalisé reprend sa proposition. Les motivations qui ont porté à l'élimination du projet de Le Corbusier deviendront les motivations du projet final.

Le pont Butin n'est pas un cas isolé dans l'œuvre de Le Corbusier, car la même

«morale» se répète plusieurs fois. C'est cette thèse que nous allons essayer de développer ici. Nous ne traiterons dans ce but que les propositions urbaines de Le Corbusier, et non pas ses projets de bâtiments.

Le Corbusier s'est intéressé aux villes pour des raisons diverses: dans certains cas il a reçu une commande précise d'une autorité publique, dans d'autres cas il a participé à un concours et, enfin, il y a aussi des villes dont il s'est occupé à de nombreuses reprises, sans que qui que ce soit le lui ait demandé. Dans tous les cas, Le Corbusier avait une exigence de vision globale et ses projets étaient toujours intégrés dans des propositions plus larges à l'échelle de l'ensemble du territoire.

Ces propositions ont été refusées en même temps que ses projets, mais quelques décennies plus tard ce sont elles que l'on trouve réalisées, même si c'est par le biais d'une architecture tout à fait différente. C'est donc plutôt son architecture que ses propositions que l'on a voulu refuser, même si c'est en traitant ces dernières d'utopiques que l'on a pris prétexte pour refuser le tout.

Nous allons montrer par quelques exemples comment ses propositions sont à l'arrière-plan de ce qui a été réalisé. Nous parlerons de Genève, de Paris et de Marseille, trois villes sur le destin desquelles Le Corbusier est revenu plusieurs fois dans sa vie, et non pas à une seule occasion.

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forme juridique mise sur pied au début des années 1960 pour gérer les terrains et l'expansion des organisations internationales, la FIPOI (Fondation pour les Organisations Internationales).

Il nous semble voir, dans la vision prémonitoire des potentialités de ce territoire par Le Corbusier, une réelle anticipation de ce qui est aujourd'hui en voie de se réaliser, même si c'est dans des formes et des contenus différents de son projet.

1 ln Une maison, un palais, 1928, p. 92.

2 Idem, p. 150.

3 Idem, p. 92.

4 Nom donné à une zone proche de l'aéroport par le magazine suisse L'Hebdo, 30 avril1987. Fig. 1 Le pont Butin, sur le Rhône, près de Genève. Projet présenté par Le Corbusier au concours de 1915 (O.C. 1910-1929).

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Fig. 2 Le pont réalisé en 1926.

Fig. 3 Le projet de Le Corbusier pour le Palais de la SDN sur les bords du lac Léman. Vue du lac (O.C. 1910-1929).

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Fig. 4 Photo actuelle avec le Palais de l'ONU et le BIT, correspondant à la vue du projet de Le Corbusier.

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Fig. 5 Le projet de la Cité Mondiale, près de Genève. Plan général du projet de Le Corbusier (Gresleri, Matteoni, La citta mondiale, Marsilio Venezia, 1982).

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Fig. 5bis Le projet de la Cité Mondiale, près de Genève. Plan général du projet de Le Corbusier (Gresleri, Matteoni, La citta mondiale, Marsilio Venezia, 1982).

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tracés d'une future traversée de la rade réseau routier principal rive droite tours

la «Ville mondiale» (centre d'affaires, organisations internationales) l'aéroport

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Fig. 6 Plan de la situation actuelle, avec indication des œuvres qui correspon- dent au projet de Le Corbusier.

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Fig. 7 Le projet de la Cité Mondiale, près de Genève. Le diorama exposé en 1929 à la Villa Bartholoni, Genève (Gresleri, Matteoni, op. cit.).

Fig. 8 Une carte postale de la situation actuelle, prise du même point de vue que le diorama (sur la verticale de J'aéroport de Cointrin).

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Fig. 9 La rive droite du Léman et les bâtiments de la Cité Mondiale: dessin exécuté en 1929 (Gresleri, Matteoni, op. cit.J.

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Fig. 10 La zone internationale sur la rive droite du Léman. Détail du dessin N° 5.

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Fig. 11 Photo actuelle correspondant au détail précédent.

Paris

Pendant presque un demi-siècle, Le Corbusier se penchera sur Paris, ville aimée et détestée tout à la fois, qu'il veut faire renaître par l'application de ses théories les plus ambitieuses. Il nous faut tout d'abord préciser les moments principaux des projets:

1922 Salon d'Automne: plan d'une ville contemporaine de 3 millions d'habitants, chiffre de population qu'il fixera par la suite pour Paris (O.C. 1910-1929, pp. 34-39).

1925 Pavillon de l'Esprit-Nouveau, Exposition Internationale des Arts Décoratifs: plan «Voisin» de Paris. Il propose la reconstruction de tout le centre ville, Rive droite, selon deux programmes: la cité d'affaires et la cité de résidence. Il publie son ouvrage Urbanisme, dans lequel il développe son projet (Crès, Paris, 1925, pp. 263- 274;

o.c.

1910-1929, pp. 108-117).

1929 «Plan de Paris», développement et précision du plan «Voisin»

(O.C. 1929-1934, pp. 91-93).

1937 Pavillon des Temps-Nouveaux, Exposition Internationale des Arts et Techniques: «Plan de Paris» (O.C. 1934-1938, pp. 46-55, 140-147).

1940 Publication de l'ouvrage Destin de Paris (Ed. F. Sorlot).

1945 «Plan de Paris» (O.C. 1938-1946, pp. 142-144; Propos d'urbanisme, Ed. Bourrelier, Paris).

1961 Projet pour un centre de culture à Orsay (O.C. 1957-1965, pp. 220-229).

Le plan «Voisin», qui se veut une première application sur Paris du concept de

«Ville Radieuse», propose la reconstruction de tout le centre Rive droite de la ville en en multipliant la valeur foncière des terrains à l'infini et en n'y conservant que les principaux monuments. Car, pour Le Corbusier: Urbaniser, c'est valoriser. Urbaniser n'est pas dépenser de l'argent, mais gagner de l'argent, faire de l'argent. Le centre des grandes villes représente une valeur foncière formidable qui peut être décuplée puisque la technique moderne permet de bâtir sur soixante étages et non plus sur six étages. Il y a donc au centre des grandes villes une mine de diamants que l'Etat pourrait exploiter dès maintenant si une législation opportune intervenait, si un programme existait, si une doctrine saine inspirait ce programme. Le centre de Paris actuellement menacé d'exode est en réalité une mine de diamants. Le centre de Paris doit se reconstruire sur lui- même. (O.C. 1910-1929, p. 111.)

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Cette doctrine anticipe celle qui, sous le gouvernement Pompidou, dans les années 1960, incitera au lancement d'un vaste programme de rénovation de quartiers entiers de Paris, assurant le décollage de l'industrie de la construction et de la promotion privée. Les grandes opérations de cette première phase de rénovation de Paris auront lieu dans les XIW et XIVe arrondissements, sur le front de Seine puis dans les arrondissements de l'est parisien. De l'ensemble des propositions du plan «Voisin», seul le secteur des Halles sera reconstruit. Dans les années 1960, l'un des projets reprendra l'idée d'une cité financière, qui ne verra jamais le jour.

Le «Plan de Paris» de 1937 intervient globalement sur plusieurs points de Paris avec des programmes diversifiés qui s'insèrent dans le tissu existant. Il propose:

- Une cité gouvernementale au bord de la Seine (quai Anatole-France, entre les rues de Solferino et des Saints-Pères, soit la gare d'Orsay et les îlots voisins).

- Une cité administrative, ou centre d'affaires de Paris, sur la Rive droite et au cœur du centre commercial de la ville, avec une gare centrale située approxima- tivement à l'emplacement des Halles.

- La masse des gratte-ciel du plan «Voisin» de 1925 est, dans cette version, réduite à quatre grandes tours situées entre les boulevards Montmartre, Poissonnière, Bonne-Nouvelle et la rue Réaumur.

- Un quartier de type «Ville Radieuse» sur l'Ilot insalubre N° 6 (délimité par l'avenue Daumesnil, le boulevard Diderot, l'avenue Ledru-Rollin, les rues Sedaine et de La Roquette).

- Une série d'interventions sur les îlots insalubres de Belleville, Couronnes et Ménilmontant, soit dans le XIXe et le xxe arrondissement.

Et, de fait, dans les années 1970-1980, les principales actions publiques de rénovation sont en partie situées sur les secteurs proposés dans le plan de 1937.

Ainsi, la restructuration du quartier des Halles (13 ha) a vu la réalisation d'un programme de logements, de commerces et d'équipements, dont une gare centrale pour le RER. La reconstruction de l'îlot Saint-Eloi, dans le XXIIe arron- dissement (8,3 ha), a recouvert partiellement l'Ilot insalubre N° 6. Enfin, de nombreuses opérations ont été réalisées dans les XIXe et xxe arrondissements.

On peut citer: Riquet (6,5 ha), place des Fêtes (24,3 ha), Hauts-de-Belleville (30 ha), Belleville-Rebeval (9 ha), Belleville-Couronnes (2,7 ha), Ménilmontant (27 ha), Saint-Blaise (19 ha), Amandiers (18,4 ha).

Toutes ces opérations sont localisées dans le plan de 1937, même si Le Corbu- sier se borne à inscrire sur ces zones des morceaux de «Ville Radieuse» sans entrer dans le moindre détail.

En 1945, Le Corbusier précise certains points du plan de 1937:

... les quatre édifices de bureaux se dresseront à l'entrée de la vallée entre Mont- martre et les Buttes Chaumont. [ ... ] Dans cette plaine ridée de bâtisses sans signification qui s'étend vers Saint-Denis, loin des témoins du passé rassemblés 80

sur les bords du fleuve, quatre grands événements architecturaux occuperont un large espace ... (0. C. 1938-1946, pp. 142-143.)

11 dessine alors un nouveau croquis dans lequel les quatre tours sont clairement repoussées plus loin, entre Montmartre et les Buttes-Chaumont.

C'est bien à cet emplacement, dans les XIX9 et XXe arrondissements, que se sont réalisées les opérations que nous avons déjà évoquées.

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Fig. 12 Le Corbusier: plan de Paris 1937 (Casabella N° 531-2, 1987).

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Fig. 12bis Le Corbusier: plan de Paris 1937 (Casabella No 531-2, 1987).

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Fig. 13 Les quatre

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de Paris. Selon le dessin de 1937, entre les grands boulevards et la rue Reaumur (frontispice de Les Plans Le Corbusier de Paris

1956-1922, Ed. de Minuit, 1956).

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Fig. 14 Selon le dessin de 1945, dans la «vallée» entre Montmartre et les Buttes- Chaumont (O.C. 1938-1945).

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PRINCIPALES ZONES D'ACTION PUBLIQUE ENGAGÉES OU A L'ÉTUDE· 1981

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Zones de rénovation urbaine en cours d'achèvement

Zones d'aménagement concerté (ZAC) Zones d'aménagement concerté on cours de création ou à l'étude

Autres opérations d'aménagement engagées Autres opérations d'aménagement à l'étude

Zones de restauration immobilière Opérations programmées d'amélioration de l'habitat

Périmètres du secteur Seine Sud·Est et du secteur Italie

Plan de sauvegarde et de mise en valeur (P.S.M.V.)

Plan du vieux village de Montmartre

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Marseille

A Marseille, tout comme à Paris, Le Corbusier n'a jamais été sollicité pour inter- venir sur l'avenir de la ville. Il propose néanmoins, de son propre chef, des projets urbains, car il voyait en cette ville une capitale méditerranéenne faisant le pendant d'Alger sur l'autre rive de la mer.

De 1943 à 1951, outre deux projets d'Unités d'Habitation (La Madrague, 1945, et celle du boulevard Michelet, seule réalisation de Le Corbusier à Marseille, terminée en 1952), Le Corbusier avance une série de propositions:

1947 1951

Proposition pour l'urbanisme du Vieux-Port et de Marseille-Veyre (0. C. 1946-1952, pp. 85-89).

Projet d'urbanisation de Marseille-Sud (0. C. 1946-1952, pp. 99- 101).

Sur le secteur du Vieux-Port, à la place de la Bourse, il implante son gratte-ciel de la cité d'affaires (proposition du même type que celles faites pour Le Havre, Paris, Lyon et Alger). A l'autre bout du territoire de la ville, à l'extrême sud, au pied des collines qui marquent la limite naturelle de l'urbanisation future, il propose son projet de «Marseille-Veyre», offrant la possibilité de loger dans vingt-trois Unités d'Habitation 40000 habitants, dans des conditions semblables à celles qu'on trouve dans l'Unité d'Habitation du boulevard Michelet. Les deux projets sont reliés entre eux par l'axe du boulevard Michelet, qui traverse toute la plaine du nord au sud.

Son dernier projet consistera en l'urbanisation de «Marseille-Sud», région comprise entre les limites extérieures de la ville et les monts au pied desquels s'installe le projet «Marseille-Veyre» et formant l'entourage de l'Unité d'Habita- tion du boulevard Michelet. Sur un carré de 4 kilomètres de côté, il applique son principe des «sept voies» et propose trois Unités supplémentaires, ainsi que deux tours cylindriques destinées au logement des célibataires. Le tout est accompagné de maisons familiales qui rejoignent les villages existants.

Conçu à partir du bâtiment de l'Unité d'Habitation alors en construction, le plan- masse s'organise de part et d'autre du boulevard Michelet. Ce projet de 1951 sera le dernier pour Marseille.

Le secteur de Marseille-Sud a commencé à être urbanisé dans les années 1960 selon un vaste lotissement de petits immeubles, le «Roi d'Espagne». Le~

environs de l'Unité du boulevard Michelet sont occupés par des tissus urbains hétéroclites de villas, de bâtiments industriels et commerciaux qui s'étendent jusqu'au pied des collines, là où Le Corbusier avait placé les tours de Marseille- Veyre et où, aujourd'hui, on peut voir effectivement une rangée de tours.

88

Au vu des considérations ci-dessus, plutôt que de conclure on peut se poser une série de questions:

1. Le Corbusier n'a pas fait des .an~~yses ri~oureuses e~ s~ienti~iq~~s, pour les villes sur lesquelles il proposait d mterven1r. Souvent, 11 s.est lim1te a des croquis qui, évidemment, avaient pour lui u.ne valeur _d~ synthes~, dans un but d'information de ses interlocuteurs. Ceux-c1 ont en general refuse les offres de Le Corbusier comme étant utopiques. Au vu des réalisations actue!les, o~ ~e~t

se demander si ce n'est pas seulement l'architecture proposee qu1 eta1t utopique.

2. Le Corbusier connaît Paris, donc il connaît Haussmann. Il sait que la vil~e.est

une industrie, c'est-à-dire une machine à produire de la rente. s.on plan ••VOISin», c'est la rente foncière poussée à des niveaux gigantesques. S1 Haussmann, .au XIXe siècle détruisait deux étages pour en faire cinq, plus mansarde, Le Corbusier, au

xxe

siè,cle, démolit six étages pour en faire soixante.

Le Corbusier sait qu'il lui faut des milliards, mais il sait aussi que ces milliar~s

sont dans la ville: qu'îlot après îlot, opération apr~~ ~pér~tion, p_romote~r ?pres promoteur, les milliards sont mis en œuvre, rentabilises, .d1spers~s, gaspilles. Le Corbusier propose une utilisation unitaire selon un proJet urbam et pas seule- ment immobilier. Pourquoi cette vision est-elle refusée?

3. Les propositions refusées ont été réalisées dans .une autr~ forme, comme

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l'a vu précédemment. Ces réalisations ont-elles vu ~e JOUr du f~1t que Le Corbus1er s'était simplement implanté sur des sect~u~s q.u1 dem~nda1ent de .t~ute façon des interventions ou bien parce que les generations su1vantes de decideurs ont récupéré ses idées?

Nous pouvons prolonger l'interrogation si, pour terminer, nous prenons comme exemple l'opération de la gare d'Orsay.

En 1961, Le Corbusier projette, pour un promoteur privé, sur 1~ sit? de 1~ .gare d'Orsay destinée à être démolie, un centre de cult~ re, de congre_s, d. expos1t1ons, de musique, de spectacles, de conférences, mun1 de tous les eqw~ements les plus modernes, avec un hôtel. "· s'a~.i~ d'une t~ur au bord d~ la Se1~e, face au Louvre là où Le Corbusier avait deja propose, en 1937, d mterven1r. avec un progra:nme de cité gouvernementale, projet qui n'avait pas eu .de su1te.s. Il fut décidé en fait de conserver le bâtiment et de le garder en domame public.

En 1986, c'est l'inauguration du Musée d'Orsay: c'~st-à-dire l'ouverture d_'u~

centre de culture, d'expositions, muni de tous les equipements les plus S?Ph_'Stl- qués. A l'exception de l'hôtel, c'est donc un programme semblable.a _celui ~re~o~

nisé par Le Corbusier, dans une opération publique et non plus pnvee, qw a ete réalisé.

(17)

Orsay est-il l'expression de la «fortune» de Le Corbusier, ou bien le contraire?

Le Corbusier proposait une tour, mais c'est le bâtiment existant qui est resté.

Le Corbusier proposait un programme d'activités qui ont en grande partie trouvé leur place dans l'enveloppe de l'ancienne gare. Le Corbusier proposait que cette localisation devienne un point fort dans la ville. Elle l'est effectivement devenue, sans changer l'aspect physique du lieu.

Par l'implantation d'un point fort en ce lieu, c'est la réussite de Le Corbusier. Par le choix du maintien de l'enveloppe existante, c'est son échec.

90

Fig. 16 Marseille: l'extension de la ville vers le sud. Le projet de Le Corbusier pour Marseille-Veyre, 1951 (OC. 1946-1952).

(18)

Postface

Les années qui nous séparent du colloque tenu en 19871ors des manifestations du cente- naire de Le Corbusier n'ont, en rien, effacé l'intérêt manifesté par celles et ceux qui cher- chent à travers l'œuvre de Le Corbusier une source d'inspiration à des projets nouveaux ou un aboutissement à leur quête inlassable d'une nouvelle piste de recherche.

La Bibliothèque de la Ville de La Chaux-de-Fonds a su régulièrement enregistrer, et iden- tifer comme telle, la réelle motivation des chercheurs à approfondir tel ou tel thème abordé lors de ce colloque. Certaines de ces recherches pouvaient ainsi devenir, pour la communauté scientifique, autant de sources d'information et de documentation, et nous restons convaincus que certaines communications peuvent apporter un éclairage nou- veau et original tant sur la période de sa jeunesse que sur les chemins de traverses qui ont amené Charles-Edouard Jeanneret à réaliser une œuvre architecturale dont la portée universelle ne cesse d'être reconnue, malgré que plusieurs de ses projets n'ont jamais été réalisés.

Dans cette perspective, publier les actes du colloque était avant tout une manière de saluer les nombreux travaux des chercheurs, qui contribuent à perpétuer son œuvre, mais également, et surtout, une volonté très ferme de finaliser concrètement les objectifs du colloque.

Cette publication a été réalisée grâce, d'une part, au concours de la Bibliothèque de la Ville de La Chaux-de-Fonds, qui a pris l'initiative d'entreprendre un travail délicat qui était de rassembler les textes et les illustrations des communications avec toutes les procé- dures que cela implique, et, d'autre part, au financement apporté par le Comité officiel des manifestations du centenaire de Le Corbusier.

Il est important de souligner que tous les textes présentés lors du colloque et qui font l'objet de cette publication ont été soigneusement envoyés, sans exception, à leurs auteurs pour relecture.

Dès lors, plusieurs d'entre eux ont pris l'initiative, de manière judicieuse, d'y apporter les modifications de forme qu'ils jugeaient nécessaires. Par conséquent, cette publication reflète le plus fidèlement possible le contenu des textes qui nous ont été transmis et présente de manière exhaustive toutes les illustrations apportées par les auteurs dans un souci de meilleure compréhension.

Enfin, il nous appartient de remercier un certain nombre de personnes et d'organismes qui ont spontanément contribué aux travaux d'édition de cette publication.

- Mme Françoise Frey, conservatrice des fonds spéciaux à la Bibliothèque de la Ville, et M. Nicolas Babey, du Service de l'urbanisme de la Ville, pour la relecture des textes.

- Mme Yolande Cattin, de l'Imprimerie Typoffset, pour la mise en forme des textes et la maquette de ce document.

- La Fondation Le Corbusier, à Paris, qui a aimablement accordé à la Bibliothèque de la Ville l'autorisation de reproduire toutes les illustrations.

- Le Comité officiel des manifestations du centenaire de Le Corbusier pour le finance- ment par son président M. Edgar Tripet.

- Les Editions d'En Haut, par M. J.-P. Brossard, qui ont accepté de collaborer à la réali- sation de cette publication.

Jacques-André Humair Directeur de la Bibliothèque de la Ville

Table des matières

Introduction par Edgar Tripet . . . g Ouverture du colloque par Jean Guinand . . . 11 H. Allen Brooks: L'évolution de la conception de l'espace au cours

des années d'apprentissage de Charles-Edouard Jeanneret

à La Chaux-de-Fonds . . . 13 Gilles Barbey: La perspective cellulaire dans l'habitat social

chez Le Corbusier et Pierre Jeanneret . . . 33 Ron Ken ley: La Tourette: intégrité du projet, modernité du bâtiment. . . 39 Paul-Henry Chombart de Lauwe: Le Corbusier, provocateur,

expérimentateur et créateur. . . . 51 Roger-Henri Guerrand: L'habitant ••satisfait»? . . . 59 ltalo Insolera-Alain Viaro: La •<fortune» de Le Corbusier urbaniste 63 Marc Solitaire: Le Corbusier et l'urbain: la rectification

du damier frœbelien . . . 93 Patricia Sekler: Le Corbusier, Jeanneret, Patented ldeas

and the Urbanistic Cell . . . 119 Jean-Pierre Giordani: Ville, territoire et paysage dans le plan ••Obus»

pour Alger (1931-1932) . . . 139 Jean-Louis Cohen: Le Corbusier observateur des politiques urbaines

parisiennes . . . 157 Joseph Hanimann: Le sort du flâneur après Le Corbusier . . . 163 J.-L. Herbert - Y. Perret: Unité d'habitation . . . 169 Paola Somma: La contradiction entre la théorie et la pratique au travers

des projets urbains non réalisés . . . 179 Marc Emery: La Chaux-de-Fonds et Jean neret après Le Corbusier. . . . 189 Karen Michels: Du graveur de montres à l'architecte:

premières expériences à La Chaux-de-Fonds comme point de départ de l'organisation de l'atelier à Paris . . . 195 Judi Loach: L'atelier d'architecte devenu laboratoire . . . 199 Franco Berlanda: La nécessité de l'adaptation de l'enseignement

aux nouvelles conditions de la vie urbaine ... ... . .... ... 205 Résolutions . . . 213 Postface par Jacques-André Humair ... . .. ... 220

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