INTERDIT RUE DE CONDÉ, XXVI M CM LVI

Texte intégral

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L E S E U I L INTERDIT

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DU M Ê M E A U T E U R

DÉRAISONS D'ÊTRE (poèmes). Éd. José Corti, 1938.

UN TEMPS DE PETITE FILLE. Les Éditions de Minuit, 1947.

L'INCOMPATIBLE (poèmes). Éd. « La Part du Sable», Le Caire, 1950.

DEUX EFFIGIES (essais). Éd. « La Part du Sable », Le Caire, 1954.

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G E O R G E S H E N E I N

L E S E U I L

I N T E R D I T

P A R I S

M E R C V R E D E F R A N C E X X V I , R U E D E C O N D É , X X V I

M C M L V I

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I L A ÉTÉ T I R É 25 EXEMPLAIRES SUR V É L I N PUR F I L DE RIVES N U M É R O T É S D E I A 2 5 E T 5 0 0 EXEMPLAIRES SUR V É L I N H É L I O BLANC NUMÉROTÉS DE 2 6 A 5 2 5 , PLUS 5 0 EXEMPLAIRES HORS COMMERCE. CE T I R A G E CONSTITUE L ' É D I T I O N O R I G I N A L E

E X E M P L A I R E N °

Copyright 1956 by MERCVRE DE FRANCE.

Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation réservés pour tous les pays.

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LE PACTE NOIR

Q

U'ARRIVE-T-IL quand le fond de l'être n'est plus qu'une peau à repousser ? L'on croit aborder quelqu'un mais celui que l'on aborde porte sa limite au devant de soi, comme une visière horrible, comme un signe tombal.

Pour deux pièces de monnaie, la grande porte s'écarte avec un craquement millénaire. L'effroi endormi s'étire et se voudrait de nouveau agissant.

On se dit que l'on enjambe un secret puissamment gardé, — mais voilà, il y a les heures de faiblesse, il y a l'affaiblissement graduel de la race, car, en somme, deux pièces de monnaie ne pèsent pas lourd dans une main de bronze, avec leurs effigies malsaines où achève de se brouiller la grimace d'un souverain dément.

Entre gravats et crachats, une rue s'humilie à mort, se terre, demande à disparaître, là où jadis

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tremblaient les plus chétifs des croyants. Il est un moment où la curiosité s'amenuise et s'inverse tout élancement de vie plausible. On atteint alors l'envers du sang. La pierre ne respire plus et la créature épouse son lent recroquevillement.

En un lieu ingrat, un escalier un jour a posé sa courbe, tendu ses marches comme un piège. Mais il ne parvient pas à susciter l'équivoque tant il est entendu qu'il mène au pire. Chaque marche est un tour de vis, un déclic rouillé dans l'horloge- rie de la patience humaine. L'on aboutit à une sorte d'étage, puis à une esplanade où des êtres stationnent dans une immobilité telle, qu'à deux mètres de vous, on jurerait qu'ils désespèrent encore d'être vus.

Ces êtres, ces femmes, semblent liés par un pacte noir dont on ne peut s'expliquer l'origine.

Le recueillement n'est pas leur fait mais plutôt l'attente indéfinie du délaissement intérieur. Se sentir délaissé du dedans. Se sentir déserté et non reconstituable. Le désir vous vient de jouer une dernière fois à « pur ou impur ». Mais l'on est surpris de ne réagir que par un haussement d'épaules.

Formes pourtant intactes accroupies sur un banc de bois, le banc de bois peut se rompre et

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les cribler d'écharpes, ces femmes reprendront leur posture, cette fois au milieu d'une petite flaque de sang, prouvant à l'inconnu qui les observe, qu'elles sont capables, elles aussi, de se déranger et de saigner comme de vraies personnes, elles qui sont désertées de l'intérieur et qui n'ont aucun reflet nulle part. Et les oiseaux ralentissent en passant devant elles, car leur regard ne tourne pas.

Il y a au sujet de leur présence sur cette espla- nade, un arrêt qu'elles nous en voudraient de discuter. Un arrêt au sens littéral également, un arrêt de la boursouflure humaine. En elles éclate l'évidence sans cesse répudiée; dès que s'inter- rompt notre boursouflure, dès que s'éteint notre manie du geste, nous ne sommes rien, et les oiseaux pourraient aussi bien ralentir devant nous, venir nous taquiner de leur aile, demain peut- être, demain s'enhardissant, nous déchirer du bec, nous resterions ployés sous le pacte noir de l'avarice métaphysique, nous n'allongerions pas le bras pour les saisir.

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ACHEVÉ D'IMPRIMER SUR LES PRESSES DE L'IMPRIMERIE DARANTIERE A DIJON, LE VINGT JANVIER M. CM. LVI

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