Le secret du parchemin

Texte intégral

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Le secret du parchemin

Le 5è jour,

Ce matin-là, au petit déjeuner, Sofia ressortit de son sac une feuille de papier qu'elle posa sur la table. Nous étions tous intrigués par ce document jauni qui semblait avoir traversé les siècles.

- Un parchemin m'a été personnellement remis par un chercheur français. Il a été découvert par hasard au XIXème siècle lors de la démolition de la Bastille. Voici recopiées, les paroles de Jacques de Vienne lors de son interrogatoire :

« Arrivés tard le soir de la Saint-Jean. Un mois après la défaite. Nous avons perdu la Terre Sainte pour longtemps. Or, nous ne pourrons pas reprendre Jérusalem aux mains des Mamelouks. Restés vingt, embarqués dans une fuste.

Détenteurs du plus grand trésor de l'humanité, nous sommes venus au monastère le mettre à l'abri en attendant de le rapporter en France, guidé par la main de Dieu. Dès que Le Père Supérieur nous aperçut, il fut surpris de voir des chevaliers du Temple venir jusqu'à lui. Enfin, il nous offrit l'hospitalité pour la nuit. Partir fût notre destin le lendemain. Un jour de plus à transporter cette cargaison mystérieuse. Il nous a fallu marcher plus d'une heure avant de trouver une jolie clairière. Sans doute, étions-nous épuisés car personne ne voulait s'occuper des ânes.

Le chemin était difficile et nous l'avions suivi durant une bonne heure. En nous arrêtant pour nous reposer, certains disaient de continuer encore. Par chance, la clairière semblait nous sourire et avoir été créée par Notre Divin Père. Unis vers le même destin, nous avons décidé d'y bivouaquer. Il nous était facile de rester là pour nous reposer. Tous les chevaliers en avaient besoin. Mais le chevalier Guillaume était malade. Il avait attrapé le mal de Jérusalem et il rendit son âme à Dieu dans la nuit. Le lendemain, nous décidâmes de l'inhumer dans une grotte découverte incidemment. Personne n'eut le courage de le laisser partir seul. Aucun de nous n'oublia ce moment de séparation. Son âme est maintenant entre les mains de Dieu.

Le trésor fut caché loin de lui dans un lieu magnifique comme une église mais nous ne pûmes remettre un plan au maître de notre commanderie. Laisse la main de Dieu te guider dans la quête de la Vérité. »

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Tout le monde paraissait décontenancé par ce texte incompréhensible. Je fus surprise par la façon dont les phrases étaient rédigées, semblant être ajoutées les unes après les autres sans aucune logique. Jissey était d'accord avec moi.

Tous les deux, en tant que Français, nous pouvions apprécier la subtilité de notre langue.

Sofia expliqua qu'elle recherchait depuis le début le sens de ce texte. Je suggérai que c'était sans doute un code pour transmettre l'emplacement où avait été cachée cette cargaison si secrète où seuls, quelques initiés pouvaient avoir accès.

Jissey trouva la première phrase très étrange :

« Arrivés tard le soir de la Saint-Jean. Un mois après la défaite. Nous avons perdu la Terre Sainte pour longtemps. »

Pourquoi le rédacteur n'a-t-il pas écrit tout simplement :

« Un mois après la défaite en Terre Sainte, nous sommes arrivés au monastère le soir de la Saint-Jean. »

- Je trouve que cette version, avait-il dit, est plus compréhensible que la première qui ressemble à du charabia ou du mauvais français.

Je lui rappelai que ces termes avaient été obtenus sous la torture. Mais il me contra en affirmant que ce n'était pas possible : l'histoire semblait plutôt avoir été racontée à un interlocuteur autour d'une table.

Sofia étudiait ce parchemin depuis plusieurs années mais n'avait jamais pensé à tel constat. Quant à Jissey, il notait les lettres avec son doigt et s'écria :

- J'ai trouvé ! Regardez, il suffit de lire la première lettre de chaque phrase :

Arrivés tard le soir de la Saint-Jean. Un mois après la défaite. Nous avons perdu la Terre Sainte pour longtemps. Or, nous ne pourrons pas reprendre Jérusalem aux mains des Mamelouks. Restés vingt, embarqués dans une fuste.

Détenteurs du plus grand trésor de l'humanité et nous sommes venus au monastère le mettre à l'abri en attendant de le rapporter en France, guidé par la main de Dieu. Dès que Le Père Supérieur nous aperçut, il fut surpris de voir des chevaliers du Temple venir jusqu'à lui. Enfin, il nous a offert l'hospitalité pour la nuit. Partir fût notre destin le lendemain. Un jour de plus à transporter cette cargaison mystérieuse. Il nous a fallu marcher plus d'une heure avant de trouver une jolie clairière. Sans doute, étions-nous épuisés car personne ne voulait s'occuper des ânes.

Le chemin était difficile et nous l'avions suivi durant une bonne heure. En nous arrêtant pour nous reposer, certains

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disaient de continuer encore. Par chance, la clairière semblait nous sourire et avoir été créée pour nous. Unis vers le même destin, nous avons décidé d'y bivouaquer. Il nous était facile de rester là pour nous reposer. Tous les chevaliers en avaient besoin. Mais le chevalier Guillaume était malade. Il avait attrapé le mal de Jérusalem et il rendit son âme dans la nuit. Le lendemain, nous décidâmes de l'inhumer dans une grotte découverte incidemment. Personne n'eut le courage de le laisser partir seul. Aucun de nous n'oublia ce moment de séparation. Son âme était maintenant entre les mains de Dieu.

Le trésor fut caché loin de lui dans un lieu magnifique comme une église mais nous ne pûmes remettre un plan au maître de notre commanderie. Et laisse la main de Dieu te guider dans la quête de la Vérité. Attends patiemment le moment de la voir. Un jour, ce sera ton tour.»

Sofia recopia chaque lettre en majuscule sur la feuille : A U N O R D D E P U I S L E P U I T M I L P A S L E A U Ce qu'elle traduisit par :

AU NORD DEPUIS LE PUITS MILLE PAS L'EAU

- C'est fantastique, s'exclama Sofia ! C'était devant nos yeux depuis le début et personne n'y avait songé.

Jissey a remarqué que le S du mot puits n'était pas écrit et pensa à un oubli du rédacteur, à moins que cet orthographe n'était pas usité au Moyen-Age ? Je notai que le message se terminait par le mot « L'EAU » et demandai s'il existait une rivière ou un lac au nord. Jasen affirma qu'une mare était située juste dans cette direction et qu'il fallait s'en approcher pour vérifier la véracité du texte.

Sofia étala la carte du secteur sur la table et proposa de tracer une ligne droite dans la direction du nord pour savoir où était situé ce temple maudit.

Après une démonstration de vingt pas, Jasen mesura la distance parcourue et multiplia le résultat par cinquante. Ce qui donna sept cents mètres comme étant la distance à parcourir.

Sofia qui avait déjà tracé une ligne sur la carte en direction du nord, prit un compas pour calculer exactement la bonne mesure. Elle avait réduit le cercle de la recherche à une largeur de trente mètres au point d'arrivée, précisant que nous devions franchir la voie romaine construite pour traverser l'île du nord au sud. Elle était facile à trouver car elle était surélevée de plus d'un mètre. Ensuite, les cents derniers mètres seraient les plus délicats à franchir au milieu d'une végétation digne de la forêt amazonienne.

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Jissey pensa que les Templiers avaient dû rencontrer des difficultés pour accéder jusqu'à cette partie du secteur avec des ânes portant une lourde cargaison sur leur dos et d'avoir réussi à passer la voie romaine. Chacun approuva et cette idée découragea tout le monde. Tout pouvait être remis en cause à partir d'une simple question de logique. Effectivement, les Templiers n'avaient pas pu franchir la surélévation de la route.

Mais Talia trouva la solution : ils n'étaient pas passés au-dessus de la voie romaine mais l'avait simplement empruntée depuis le monastère de Kykkos puisqu'elle suivait une courbe avant de se diriger vers l'ouest. Ensuite, lorsqu'ils furent arrivés à proximité de la cachette choisie par leur chef, ils déposèrent les charges et transportèrent leur cargaison à pied. A cette distance, ils ne leur restaient qu'une centaine de mètres à parcourir. Ce n'était pas facile mais c'était faisable.

Cette nouvelle idée réjouit tout le monde et nous partîmes sur le champ à la découverte du temple maudit. Jissey marchait près de moi tandis que ma sœur était en tête avec Jasen. Par moment, je les voyais échanger des regards amoureux. Je questionnai Jissey sur le trésor qui avait été rapporté d'Éphèse.

Était-ce de l'or, des diamants, le Saint Graal, le Saint Suaire ? Il s'étonna que je pense au Saint Suaire, sachant qu'il avait été découvert au quatorzième siècle et était conservé dans la cathédrale de Turin, ce que j'ignorais.

Une agréable odeur de sauge parfumait la balade. Je me sentais mieux après les nausées du matin. J'avais passé une nuit affreuse où des démons semblaient vouloir posséder mon corps. Je m'étais réveillée en pleine nuit pour voir Sofia pencher au-dessus de Barbara. J'ai cru qu'elles discutaient mais ma sœur semblait endormie. Je n'ai pu résister longtemps avant de sombrer à nouveau dans le sommeil. Mais tout cela était à classer avec les cauchemars, ceux qu'on tente oublier car ils n'ont aucun intérêt.

Le paysage était étonnant : des genêts occupaient une grande partie du terrain. On devinait quelques oliviers décharnés plantés là depuis une centaine d'années dont la culture avait été abandonnée. Bizarre cette terre de couleur noire se mélangeant aux herbes folles ! C'était à la fois agréable à regarder et angoissant.

Jissey semblait concentré par la marche. Je ne voulais rien dire au sujet de la relation entre Barbara et Jasen, car j'avais promis de me taire. Il me demanda pourquoi je ne parlais pas.

Je ne sais pas ce que je lui ai répondu. Mais il avait raison, je donnai l'impression d'être de mauvaise humeur.

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Le soleil commençait à chauffer lorsque nous arrivâmes devant l'élévation de la voie romaine. Derrière, s'étendait une forêt de pins magnifiques, élançant leur frondaison vers un ciel toujours bleu.

Escaladant le mur, nous nous regroupâmes sur les pavés vieux de deux mille ans qui avaient certainement rencontré le pas des légions romaines et le transport en carriole des armes et des vivres. Autour de nous, la végétation s'était beaucoup développée et paraissait plus dense, bénéficiant vraisemblablement de l'humidité d'un ruisseau qui courait juste derrière. En effet, Talia avait noté sa présence lors de ses premières recherches. Elle pensait qu'il restait une centaine de mètres à parcourir et que cette partie-là serait la plus difficile à traverser. Barbara suggéra que ce serait plus judicieux de suivre le ruisseau pour ne pas être ralentis par la végétation.

Ce que tout le monde approuva.

Nous redescendîmes de la surélévation formée par la voie romaine pour rejoindre le cours d'eau vingt mètres plus à l'est.

Nous marchions doucement tant le terrain était glissant. L'eau passait au-dessous d'un pont en arc de cercle rappelant celui d'une église du XIe siècle. Talia s'engagea la première et j'entends encore le cri qu'elle a poussé.

Nous la rejoignîmes sur la rive pour la voir montrer du doigt à Sofia, arrivée la première, une croix peinte en rouge sur la pierre, surmontant un texte écrit sur le mur du pont.

Je me souviens de ces mots :

« QUOD TRANSIT PER VOLUNTATEM AD DEI » ce qu'elle a traduit par :

“CELUI QUI PASSE ICI VA VERS DIEU”

Pour Sofia, qui venait de le déchiffrer en grattant la pierre en partie recouverte de mousse, c'était l'évidence d'une indication laissée par les Templiers pour faire connaître la bonne direction.

Elle ne s'était pas trompée. Nous avions eu la même idée qu'eux en empruntant le lit de la rivière au lieu de nous engager à travers la végétation.

Nous avançâmes, bien décidés à connaître le secret du temple maudit. Sofia était étonnée qu'il puisse y avoir tant d'eau en juillet car il ne pleuvait sur l'île qu'environ un mois par an et il était habituel de voir certains ruisseaux taris pendant la période estivale. Mes vêtements et mes chaussures étaient trempés mais le soleil brillait si violemment que je ne ressentais pas une once de fraîcheur. Le paysage était magnifique. On devinait que la forêt où nous nous trouvions était restée sauvage. Les fleurs étaient chatoyantes. Je reconnus des strelitzias rouges,

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des cannas jaunes et orangés, des lys blancs, des lauriers- roses multicolores, le tout mélangé aux différents tons de vert de la futaie.

Soudain, devant nous, un énorme bloc de roche formait une barrière naturelle. L'eau tombait depuis le sommet dans un étang noirâtre en créant une chute d'eau. Nous nous sommes arrêtés pour admirer ce travail de la nature. Les arbres entourant le bassin semblaient danser au gré du vent en se miroitant sur la surface de l'eau.

Sofia se demanda comment continuer d'avancer car il semblait que cette « barrière » était infranchissable.

Jasen posa une question logique :

- Les Templiers ont dû avoir le même problème que nous.

En amenant les ânes jusqu'ici, ils ont déchargé leur cargaison sur la voie romaine et l'ont transportée à dos d'homme.

Barbara a proposé de contourner le monticule pour comprendre comment les chevaliers avaient pu progresser.

- Sans doute avaient-ils réussi à trouver une entrée, dit-elle, ou un passage par lequel ils auraient résolu leur problème ?

Elle posa les mains sur ses hanches :

- Ils ont de lourds objets, sans doute des caisses, qu'ils viennent de poser à terre. Ils regardent la cascade et là, à quoi peuvent-ils penser ?

Elle s'adressait à nous tous comme une institutrice qui pose un problème à résoudre à ses élèves. Jasen avança une hypothèse :

- L'un d'eux a dû contourner l'obstacle pour savoir si un sentier existait.

- C'est ça, s'exclama Barbara, heureuse de la bonne réponse d'un de ses écoliers ! Mais, ils n'ont pas pu en faire le tour. Ils ont cherché l'entrée d'une grotte.

- Une grotte, s'écria Sofia ? Mais comment pouvaient-ils le savoir ?

- Parce qu'il était impossible de contourner l'obstacle, continua Jasen qui semblait connaître le sujet. Alors, ils ont cherché la possibilité de passer par l'intérieur. Dans toutes les cascades, l'eau s'infiltre à travers la roche et, à la longue, détruit le calcaire en formant des cavités plus ou moins importantes.

- Maintenant, dit Sofia, la difficulté va être de trouver l'entrée qui nous conduira au fameux temple maudit. S'il existe !

Avant de s'avouer vaincue devant ce mur d'eau

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infranchissable, Barbara avait envisagé de mettre en pratique son entraînement sur le mur d'escalade réalisé la semaine précédente. Je savais qu'elle ne voulait pas paraître une « sur- femme » devant Jasen. Il l'admirait en douce comme s'il devinait qu'elle pouvait trouver une solution à ce problème.

Soudain, elle s'élança d'un bond et s'accrocha à une fissure dans la muraille. Elle passa la main par une ouverture et lança une forme ronde à Sofia qui la reçut dans les bras, digne d'un joueur de rugby. Aussitôt une controverse s'installa au sujet de ce crâne que Barbara venait de découvrir. Talia pensait qu'il n'avait qu'une centaine d'années tandis que Vasilis était certain qu'il datait de plus de trois cents ans. Comment les départager ? Par contre, chacun était d'accord pour affirmer que c'était celle d'un homme d'une trentaine d'années. Sofia émit l'idée que la tête avait été transportée dans cette niche par un gros oiseau. Jasen suggéra un aigle de Bonelli mais Sofia n'était pas d'accord car ce rapace pesant à peine deux kilos ne pouvait soulever le poids d'une tête. La question de la position à trois mètres du sol intrigua encore longtemps nos archéologues.

Ma sœur me raconta plus tard qu'à ce moment-là, elle se sentit vidée de toute substance, comme si ses muscles ne répondaient plus. Cet état dura quelques secondes et revint aussi rapidement qu'il s'était produit. Elle pensait ne pas avoir suffisamment de fer ou de magnésium dans son organisme, sans doute à cause du climat et de l'hygiène douteux du camp.

Elle appela Jasen pour l'accompagner dans sa recherche. Il n'hésita pas et la suivit sans discuter. Je les vis disparaître derrière le rideau d'eau. Elle m'avoua qu'elle avait eu le souffle coupé par la froid et la force de la chute. Franchie cette muraille, ils s'étaient retrouvés à l'air libre entre l'eau et le rocher. Le bruit de la chute était violent. Et devant eux, apparût une fente qui pourrait être un passage pour traverser la roche.

Haute de plus de deux mètres sur une quarantaine de centimètres, elle paraissait suffisamment large pour une stature de femme. C'était comme une coupure dans la pierre faite de manière naturelle. Sans réfléchir, elle se contorsionna dans ce passage qui formait un léger coude. Elle était heureuse de ne pas avoir grossi ou ne pas être enceinte car l'endroit était si fin qu'elle y serait restée coincée. A cause du bruit de la cascade, Jasen fut obligé de crier qu'il ne pouvait pas franchir cette faille car elle était trop étroite pour lui. Elle lui dit d'attendre sur place au cas où elle aurait besoin d'aide.

Elle m'avoua plus tard qu'elle avait appréhendé de se

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retrouver dans ce lieu étrange. Le tunnel mesurait environ un mètre cinquante. Arrivée à son extrémité, elle avait dû reprendre son souffle pendant une minute, le temps pour ses yeux de s'habituer à l'obscurité. Elle était trempée et même sous ce chaud climat méditerranéen, elle sentait le froid la saisir. De la lumière, provenant d'une minuscule ouverture, apportait un éclairage insolite à cette grotte. En s'avançant, elle découvrit que la caverne avait la forme d'une arche dont une partie s'était effondrée en laissant un immense tas de gravats.

Instinctivement, elle avait sorti son couteau de combat, comme si des fantômes allaient surgir subitement.

Par sa forme, elle avait comparé l'endroit à une église.

Aucun signe quelconque de trésor. Par contre, elle venait d'associer sa découverte au récit des Templiers qui racontaient avoir trouvé un temple maudit. Était-ce ce lieu insolite ?

Elle revint jusqu'au passage pour demander aux archéologues de se joindre à elle. Deux minutes plus tard, Sofia, Talia et moi franchîmes le conduit. Toutes les quatre nous étions en admiration devant la beauté du lieu qui nous fit penser à un temple à cause de la forme du plafond arrondi.

Talia avait apporté une lampe qui donna un autre aspect à notre découverte.

En s'avançant encore, nous remarquâmes deux niches sur la partie gauche, deux renfoncements qui, d'après l'éclairage de la lampe, devaient mesurer à peine cinq mètres de profondeur.

Nous sursautâmes en voyant plusieurs formes assises contre la muraille. Des hommes, en tenue de croisés, étaient couchés, comme fatigués ou dans l'attente de la mort.

On ne pouvait dire s'ils avaient été blessés car il ne restait de leur dépouille que leurs vêtements déchirés par le temps.

Les squelettes s'étaient affaissés, entraînés par la gravité. Ils avaient la tête nue puisqu'aucun casque ne se trouvait à proximité ; par contre leur magnifique épée était posée près d'eux comme un dernier recours pour se protéger.

Impossible de savoir pourquoi ces Templiers étaient restés assis dans cette position. Plus loin, Sofia aperçut des rouleaux de papyrus. Elle ne tenta pas de les ouvrir car elle risquait de les abîmer à jamais mais en enfouit cinq pour les étudier tranquillement au camp.

Au fond de la seconde niche, je venais de découvrir une malle. Grâce à la lampe torche de Talia, nous pûmes contempler l'objet en question : une modeste caisse composée de planches anciennes. La couleur du bois était grise et les morceaux étaient joints par des chevilles. Aucune vis ne

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maintenait l'ensemble. Sofia la data rapidement de plus de cinq cents ans. Talia fut d'accord avec son estimation, parcourant l'objet avec la lampe. Jissey cria soudain qu'une inscription était gravée dans le mur. Nous nous approchâmes, intrigués, tandis que Talia passait son doigt sur les entailles et réussit à lire, comme une écriture en braille, la gravure formée par les lettres :

- Il est écrit : fille d'Imran et Hannah

Je me souviens avoir haussé les épaules devant ce texte d'un temps ancien. J'attendais que Talia m'apporte des explications. Rien qu'à voir la tête de Barbara, j'ai su qu'elle n'avait rien compris, elle aussi.

Je sentais l'excitation de Sofia rien qu'à la voir admirer cette modeste caisse de planches. Elle nous informa qu'il s'agissait d'un cercueil, celui d'une personne de haut rang, sans doute une princesse. Elle souhaitait revenir ici avec du matériel adapté pour le transporter au musée pour expertise.

En quittant l'endroit, Barbara se rendit vers la fissure de sortie lorsqu'elle remarqua un tas de vêtements tombé à terre un peu plus loin, juste en dessous de l'ouverture où elle avait découvert le crâne. Un des Templiers avait réussi à monter jusqu'à cette fente. Sofia émit l'hypothèse qu'en tentant de franchir cette espace pour fuir, l'homme avait dû rester coincé et son crâne fut bloqué par la roche, laissant le malheureux suspendu dans le vide sans que ses compagnons ne puissent le sauver. Puis, peu après sa mort, la tête s'était détachée et son corps était tombé.

Talia voulait faire des vérifications avant de se prononcer avec certitude sur l'origine du cercueil. Elle pensait détenir une incroyable nouvelle qui allait bouleverser le monde de la chrétienté. Nous ne savions pas, à ce moment-là, de quoi elle voulait parler.

Nous reprîmes le même chemin, mais lors du passage à travers le mur d'eau, nous vîmes Barbara faire demi-tour et longer la partie droite de la cascade jusqu'à son extrémité.

Dans cette partie-là, la végétation avait repris le dessus depuis longtemps et elle découvrit, enfouie dans d'épais taillis, l'entrée de la caverne que les Templiers avaient utilisée pour cacher leur cargaison. A l'origine, c'était un passage, de deux mètres de large sur trois de hauteur. On ne pouvait plus pénétrer par cet endroit, car un amas de débris de pierres en avait bouché l'accès.

En revenant vers nous, Barbara donna sa version des faits tels qu'ils avaient pu se dérouler au quatorzième siècle : les

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Templiers avaient bien caché le cercueil et les rouleaux de papyrus mais lorsqu'ils avaient voulu quitter les lieux, quatre hommes restèrent bloqués à l'intérieur de la grotte d'où ils ne purent ressortir. Le travail de déblaiement était colossal et les deux autres accès ne pouvaient permettre la sortie des hommes, trop costauds pour l'étroitesse du passage. Ceux de l'extérieur partirent chercher du secours mais il est probable que l'arrestation des Templiers coïncida avec ce drame. C'est sans doute pourquoi ce lieu fut appelé : « Le Temple Maudit ».

Nous fûmes étonnés par son histoire mais Sofia, plus fine et érudite que les autres, approuva la justesse de son raisonnement.

En rentrant au camp, je marchai près de Barbara qui semblait absente depuis notre retour, comme épuisée par la randonnée. Elle me dit qu'elle s'était sentie mal avant d'entrer dans la grotte puis lorsqu'elle en était ressortie. Je lui indiquai que j'avais éprouvé les mêmes sensations de vide et de manque de force.

En arrivant à proximité des tentes, Talia perdit connaissance. Ce n'est que plusieurs semaines plus tard que nous comprîmes ce qui s'était passé ici.

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