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LA SYNTAXE MINIMALISTE DE LA PHRASE VERBALE EN ARABE MAROCAIN
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THE MINIMALIST SYNTAX OF THE VERBAL SENTENCE IN MOROCCAN ARABIC
Rachid ISEKSIOUI
FSJES, Université Cadi Ayyad, Maroc [email protected]
Résumé :
Quelques aspects syntaxiques de la phrase verbale en arabe marocain sont présentés dans cet article. Nous avons exposé, dans un premier temps, l’architecture interne de la construction verbale en mettant en relief le lien C-commande entre la sphère fonctionnelle et la sphère lexicale. Dans un deuxième temps, nous avons présenté les propriétés générales des projections fonctionnelles : AspP, TP et CP. Nous avons démontré ensuite que l’AM est une langue V-S- O et qu’une seule entrée lexicale V forme une structure minimale, comme l’amazighe. Nous avons finalement trouvé que les clitiques accusatifs et datifs sont générés en position d’enclise en dépit de la présence des têtes fonctionnelles.
Mots-clés : phrases verbales en arabe marocain, syntaxe minimaliste, ordre V-S-O, clitiques accusatifs et datifs en arabe marocain, programme minimaliste.
Abstract :
Same syntactic aspects of the verbal phrase in Moroccan Arabic (AM) are presented in this paper. We started bay exposition of internal architecture of verbal construction by insisting the C-command rapport between the functional and lexical projection. We also presented the general properties of aspect projection (AspP), temps projection (TP) and CP. We demonstrated that, like amazighe language, AM is V-S-O language and the lexical item V can be a base of the derivation of minimal structure. We concluded that the accusative and dative clitics are generated in the enclitic position in spite of the existence of head functional.
Key-word : Moroccan Arabic verbal phrase, minimalist syntax, S-V-O order, Moroccan Arabic accusative and dative clitics, minimalist program.
Introduction
Dans cette contribution, nous nous proposons d’étudier quelques aspects de la syntaxe minimaliste de la phrase verbale en arabe marocain. Les grammairiens et les syntacticiens qui ont travaillés sur cette langue tels Youssi (1992), Caubet (1993), Ennaji et al. (2004), ont adopté une approche descriptive, ce qui nous a motivé à approfondir sa syntaxe en optant pour un cadre théorique et une approche dont le credo est la comparaison et l’explication. Ce constat légitime le choix de se pencher sur ce sujet, dans une optique comparative, pour en dégager ce que l’AM partage mais aussi ce qui la distingue des autres langues. Notre objet se décline donc sous forme des questions suivantes :
i. Quelle est la structure dérivationnelle des constructions verbales en arabe marocain ? ii. Quelles sont les propriétés de ses projections fonctionnelles ?
iii. Quels sont ses ordres des constituants possibles ?
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Pour répondre à ces interrogations, nous inscrivons cette analyse dans le cadre du Programme Minimaliste1 (désormais PM), élaboré dans Chomsky (1993, 1995). Le PM2 se caractérise par la réduction minimale du rôle de la syntaxe et des opérations syntaxiques dans la dérivation des phrases en vue d’être en conformité avec les principes d’économie. Il détermine également les mécanismes dérivationnels sous-jacents à la bonne formation des structures verbales.
Ce travail est formé de quatre sections. Nous présenterons, dans un premier temps, l’architecture interne de la phrase verbale en arabe marocain ; dans un deuxième temps, nous analyserons quelques projections fonctionnelles, notamment la projection de l’aspect (AspP), la projection de temps (TP) et la projection du complémenteur (CP). Nous déterminerons ensuite l’ordre des constituants dans la phrase verbale et la dernière section sera consacrée à l’étude de la distribution des pronoms clitiques accusatifs et datifs.
1. L’architecture interne de la phrase verbale en AM
Une phrase, en PM, se compose d’une sphère fonctionnelle et d’une autre lexicale (Chomsky (1993, 1995), Boukhris (1998, 2013) et Iseksioui (2019, 2020)). Structuralement, la première sphère gouverne la deuxième ce qui veut dire que les projections fonctionnelles Neg, Asp, COMP, entre autres, deviennent la projection maximale de la phrase. Dans ce sens, deux hypothèses ont été émises ; dans la première la projection d’inflexion (IP) est la projection supérieure, celle-ci suppose que l’argument externe occupe [spec, IP] et l’item V et ses arguments internes occupent la position du complément. En effet, la présence des têtes COMPs parmi les éléments du matériel dérivationnel constitue l’une des limites de cette hypothèse. La CP est proposée comme alternative : elle est alors la tête de la phrase et la IP est son complément. Dans le même sillage, Chomsky (1993) aborde l’éclatement de la flexion, à la suite de Pollock (1989), où les têtes fonctionnelles obéissent ainsi aux postulats de la théorie X-Barre3. La structure interne4 de la phrase est ainsi formée des projections fonctionnelles, à savoir TP et AgrP accueillant les traits-phi. Chomsky (1993) propose les AgrsP et AgroP pour vérifier et éliminer les traits-phi et les cas nominatif et accusatif. Pour l’anglais, Chomsky (1995) propose le schéma suivant :
1. [ Spec CP C [ Spec AgrsP Agrs [TP T [ Spec AgroP Agro [ VP α]]]]]
Dans (1), la CP est en tête de la phrase. Il illustre également que d’autres projections fonctionnelles peuvent occuper la position tête de la structure syntaxique en fonction de son type (Chomsky (ibid), Pollock (1989), Laka (1990), Boukhris (1998, 2013), Iseksioui (2019)).
Les AgrsP et AgroP seront par ailleurs éliminées dans le cadre du PM version (1995) pour léguer le rôle de la AgrsP à TP. Laquelle offre au sujet la possibilité de valider le cas nominatif, dans un rapport [Tête-Spec] avec la tête [V, VP]. Le rôle de l’AgroP, lui, est assigné à [v, vP],
1 Le programme minimaliste est l’une des développements de la grammaire générative. Il vient juste après la théorie Gouvernement et du Liage « Government and Binding ». Celle-ci trouve ces racines dans les travaux de Chomsky (1981, 1982, 1986a, b), Rouveret (1987a, b) et Heagman (1991), entre autres.
2 Les abréviations utilisées sont les suivantes : AgrsP = projection d’accord sujet ; AgroP = projection d’accord objet ; CP = projection de complémenteur ; COMP = complémenteur ; IP = projection d’Inflexion ; NegP = projection de négation ; PSC = proposition subordonnée complétive ; PM = Programme Minimaliste ; PF = projection fonctionnelle; SS = structure de surface ; Spec = spécifieur ; SP = structure profonde ; Spec = spécifieur ; T = temps ; TP = projection de temps ; [uV] ; le trait ininterprétable de la tête V ; V = verbe ; VP = projection du verbe , vP = leight verb « petit verbe » ; ɵ position = thèta-position ; ɵ rôle = thèta-rôle.
3 La théorie X-Barre, nommée également la théorie des catégories syntaxiques, est élaborée dans Chomsky (1970, 1986b). Elle tend à l’homogénéisation de la structure des têtes lexicales et des têtes fonctionnelles.
4 Le concept « structure interne » n’est pas utilisé ici comme niveau d’analyse. Il est exploité uniquement pour faire la différence entre l’input et l’ouput.
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celle-ci s’active dans le cas des constructions transitives ou en présence des pronoms clitiques dans l’opération dérivationnelle. Ces modifications vont donner la structure (2) :
2. [spec CP C [TP T [spec2 spec1 vP v [VP α]]]]
De cette structure deux idées sont à retenir :
a) Les autres projections, comme la NégP, ne seront présentes au niveau de la structure dérivationnelle qu’en cas de besoin.
b) La vP comporte deux specs, ceci est en conformité avec l’hypothèse de la multiplicité des specs de Chomsky (1995). La position syntaxique v est en effet la cible de l’entrée verbale pour vérifier le trait ininterprétable [uV]. Elle porte également le trait [D] qui active le spec2 où la projection de déterminant (DP) se déplace pour vérifier / éliminer le trait [+ Acc]. Le spec1, lui, est la position d’argument externe, sujet.
L’arabe marocain (AM), à l’instar de l’arabe standard (AS) et de l’amazighe, admet la dérivation des phrases verbales et nominales à la fois. En effet, une phrase verbale peut être formée, au minimum, d’une seule entrée verbale conjuguée, comme le montrent les exemples (3a et b) en AM, (4a et b) en AS et (5a et b) en amazighe (variante tachelḥit) 1 :
3 a. qrit.
lire+Passé+inac+1sg « j’ai lu »
b. qrit lktāb.
lire+Passé+inac+1sg livre « J’ai lu un livre »
4 a. laƹibtu.
Jouer+ Pass+inac+1sg « J’ai joué »
b. laƹibtu bi lkurati
Jouer+Pass+inac+1sg avec le ballon
« J’ai joué au ballon »
5 a. cciɣ.
Manger+1ps+acc « J’ai mangé » b. cciɣ imnsi.
Manger+1ps+acc dîner « J’ai mangé le dîner. »
Suivant ce paradigme, l’énoncé minimal, pour ces langues, est dérivé d’un seul verbe, (3a), (4a) et (5a). Cependant les mêmes verbes sélectionnent, dès le lexique, des entrées lexicales Ns lktāb « le livre », lkuratu « le ballon » et imnsi « le dîner » pour être introduites dans le système computationnel, (3b), (4b) et (5b). Force est de constater également que ces exemples affichent l’ordre Verbe-Sujet-Complément. En adoptant la structure (2), une phrase telle que (3b) aura la représentation suivante (6):
1 Pour plus de détail sur la phrase verbale en amazighe, Basset (1929, 1952, 1959), Galand (1957), Harries- Johnson (1966), Prasse (1974), Akouaou (1976), Bentolila (1981), Ennaji (1985), Abdelmassih (1986), Sadiqi (1986a), Ouhalla (1988), Boukhris (1998, 2013), Cadi (1990), Bououd (1990), El Moujahid (1993) et Iseksioui (2019).
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A partir de (6) nous observons que (3b) est la projection maximale de la TP et que la sphère fonctionnelle c-commande la sphère lexicale. Nous remarquons également que le verbe qrat « lire » est spécifié, à partir de l’input, par le trait ininterprétable [uV]. Celui-ci est fort puisqu’il motive son déplacement, avant Spell out. Les flèches, qui relient les positions syntaxiques, montrent le trajet dérivationnel, par définition explicite, de l’item verbal qrat
« lire » vers à la position syntaxique T pour valider la marque du passé. Il est à noter que les traits-phi (le genre, le nombre et la personne) sont vérifiés dans un rapport de localité stricte avec l’élément pro occupant [spec, VP]. Étant dyadique, le verbe qrat « lire » sélectionne dès l’input l’entrée lexical N lktāb « le livre » générée au niveau de la position d’argument interne [N, NP], complément.
2. Quelques caractéristiques des projections fonctionnelles 2.1 La projection de l’aspect
L’aspect est une propriété associée au prédicat verbal. Comme l’amazighe1, l’aspect en AM peut être soit accompli, soit inaccompli. En outre, en AM la forme particule (ka/ɣadi) + V qui renvoie au présent et au futur présente l’action dans son inachèvement (inaccompli) comme l’illustrent les phrases (7), (8), (9) et (10) alors que le passé indique l’achèvement de l’action (accompli) tel qu’il est montré dans (11) et (12) :
7. ana ɣadi nsafər l agadir.
moi. part+ voyager+fut+inac+1 sg. à Agadir « Moi, je voyagerai à Agadir »
8. nta ɣadi tji.
toi. part+ tji+fut+inac+2 sg « Toi, tu viendras. »
9. ana ka nǝlƹǝb trunbiya.
moi. part+jouer+prés+inac+1 sg. toupie « Moi, je joue à la toupie.»
10. ka nakul.
1 Pour plus de détail sur la morphologie verbale en amazighe, voir es études de Destaing (1919), A. Basset (1929), Marcy (1933a) Dallet (1953), Abdelmassih (1968), Chaker (1973), Galand (1977, 1987a et b), Boukhris (1986), Cadi (1987), Dell & Elmedlaoui (1989, 1991), Kossmann (1989), El Mountassir (1989, 2002), Moktadir (1989), Iazzi (1991, 1995), Jebbour (1992b, 1993), Naït-Zerrad (1994), Bouremdan (1999), Lahrouchi (2001), Brugnatelli (2002), Bensoukas (2004, 2009), Boumalk (2004b, 2005b), Ennaji (2005), Saa (2005), Sadiqi (2005), Lafkioui et Kossmann (2009), Barakate (2012), El Gholb (2011), Labdelaoui et al. (2012), Boukhris (2013), Iseksioui (2019).
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part+ manger+prés+inac+1 sg.
« Je suis en train de manger.»
11. mca lbulisi.
partir+pass+ac+3sg policier « Le policier est parti»
12. ana tfǝrǝjt fǝl lmatc.
moi. regarder+pass+ac+1sg. dans le match « Moi, j’ai regardé le match.»
Nous constatons que les entrées verbales dans les exemples (7), (8), (9) et (10) sont gouvernées structuralement par les particules aspectuelles ɣadi et ka. Or, les verbes en gras en (11) et (12) ne sont c-commandés1 par aucune tête fonctionnelle, réalisée phonologiquement.
En effet, nous supposons que la projection Asp, lors de la dérivation, porte le trait [+/- ac].
Autrement dit, si le verbe est au passée, il sera spécifié par la propriété [+ ac], et s’il est au présent ou au futur, la tête Asp porte le trait [- ac], comme illustré dans les structures suivantes (13) représente (8) et (14) représente (11) :
(13) et (14) montre que les entrées verbales ji « venir » et mci « partir » sont générées dès l’input au niveau de la position syntaxique V. Dans un lien de localité stricte [Spec, V] avec le pronom nta (13) et le nom lbulisi « policier » (14), ces verbes vérifient les traits-phi. Étant donné que ces entrées sont porteuses de traits ininterprétables [uV] et [uAsp], ils se déplacent, en cas d’absence de tête-barrière, vers la position cible adéquate pour les valider. Dans ce sens, les deux verbes se déplacent doublement ; le premier mouvement dont la motivation est le trait [uV] s’effectue de leur position d’origine vers la [I, IP] et le deuxième déplacement s’opère vers la [Asp, AspP] pour vérifier les propriétés relatives à l’aspect. Ainsi nous pouvons dire que Asp est une tête fonctionnelle qui peut être spécifiée négativement ou positivement [+/- ac]. Toutefois, le V vérifie le trait aspectuel après le Spell out en forme logique, comme le veut le principe de procrastination2.
2.2 La projection du temps
La TP permet de situer l’action sur l’axe temporel. Elle est en effet la projection où les entrées verbales vérifient les traits relatifs au temps. Lorsque l’action dont on parle se déroule au moment même où l’on parle, nous nous situons au Présent. Ce dernier est formé en AM par
1 C-commande explique le lien entre les différentes catégories d’une structure dérivationnelle. Pour plus de détail voir Klima (1964), Langacker (1969), Lasnik (1976), Reinhart (1976, 1987), Stowell (1981) et El Moujahid (1993), entre autres.
2 Ce principe appartient aux principes de timing. Cette catégorie de principe vise la fixation temporelle du moment où le mouvement implicite ou le mouvement explicite doivent et peuvent être appliqués. Pour plus de détail, voir Chomsky (1993, 1995), Boukhris (1998, 2013), Iseksioui (2019).
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le biais de la sélection de la particule ka, laquelle se présente avec le verbe sous la forme suivante : « ka+ V » où T porte par le trait [+ Pres] :
15 a. ka nakul lɣda.
part+manger+prés+inac+1 sg. le déjeuner
« Je mange le déjeuner.»
b. ka nfkkar fin nmci.
part+penser+prés+inac+1 sg. Où partir « Je pense où partir. »
La dérivation de ces exemples converge vers la F-L et la F-Ph. Ils affichent la particule ka en tête de la phrase, c’est-à-dire qu’il gouverne structuralement les verbes akal « manger » et fakkara « penser ». Se servir d’une particule pour exprimer une action au présent est un principe que partage AM avec l’amazighe1. Considérons les structures infra :
16 a. ar taqra i gwmas.
part+appeler+prés+inac+3sg. à frère+son.
« Elle appelle son frère. »
b. da sawalɣ i ynna.
part+parler+prés+inac+1 sg. à mère « Je parle à ma mère. »
La structure superficielle en (16) présente des similitudes avec celle en (15) d’une part pour ce qui est de la position qu’occupe la particule par rapport au verbe et, d’autre part, ces phrases sont la projection maximale de la TP. Bien que les particules aspectuelles ar, da et ka, illustrées en (15) et (16), soient phonologiquement réalisées, les items verbaux kul « manger », fkkar « penser », ɣr « appeler » et sawl « parler » ne se déplacent pas pour vérifier et interpréter le trait [+Pres]. Ceci dit que la présence d’une tête-barrière, comme ces particules, rend le mouvement optionnel et la validation des [uF] du présent se s’opère à distance. Dans d’autres situations de communication, l’action peut être située dans le Passé. Dans ce cas, la position syntaxique T de la TP se caractérise par le trait [+Passé] :
17 a. klit kika.
1sg. manger+Passé+ac+cake « J’ai mangé un cake » b. mcit l sinima.
1sg. partir+Passé+ac+ à cinéma « Je suis parti au cinéma. »
18 a. gnɣ ɣ 20h.
Dormir+acc+1ps à 20h « J’ai dormi à 20h. » b. tmmagart ɛli.
Rencontrer+acc+2ps Ali « Tu as rencontré Ali. »
La dérivation de ces phrases ci-dessus converge vers les deux niveaux d’interfaces.
Constatons que le passé est dérivé sans la présence d’un morphème aspectuel, par opposition au présent. Ces exemples affichent les verbes kul « manger », mca « partir », gn « dormir » et mmaggar « rencontrer » en tête, ce qui implique qu’ils sont la projection supérieure de la IP.
Ce paradigme d’exemples montre également que les deux langues manifestent des ressemblances. En guise d’exemple, les verbes kul « manger » (17a) et gn « dormir » sont généré au niveau de la position syntaxique [V, VP]. Puisqu’ils portent dès le lexique le trait ininterprétable [uV], ils doivent d’emblée vérifier dans un rapport de localité stricte les traits- phi et se déplacer vers la position [I, IP] pour valider la propriété ininterprétable [uV], principe qu’imposent les conditions de la bonne formation. Dans d’autres contextes, la position [T, TP]
peut porter le trait [+Fut] qui contextualise l’action véhiculée par le verbe dans le futur. Voyons les exemples suivants :
19 a. ɣadi nnƹǝs f lwaqt.
part+dormir+Fut+inac+1 sg à temps « Je dormirai à temps.»
1 Pour plus de détails, voir Boukhris (1998, 2013), Iseksioui (2019).
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b. ɣadi nji ɣdda.
part+venir+Fut demain « Je viendrai demain. » 20 a. ra n munaɣ d ɛmmik.
part.asp part.orient venir+Fut+1ps avec oncle+ton « Je viendrai avec ton oncle. »
b. qnna ad iddu ɣurnɣ.
part.asp part.orient 3ps+venir+Fut chez+nous « Il viendra chez nous. »
Comme constaté, les verbes présentés en (19) et (20) sont c-commandés structuralement par les particules ɣadi, ra et qnna. Ces exemples montrent également que l’expression d’une action dans le futur ne s’effectue que par la présence des particules dont le trait est [+fut], ceci se traduit sous la forme suivante : particule [+fut]+ verbe. À titre illustratif, le verbe nƹǝs
« dormir » de la phrase (19a) est généré au niveau de [V, VP]. Cette position est directement contrôlée par la AspP portant le trait [-acc] et la particule ɣadi, elle, sera générée au niveau de [T, TP]. Dans ce cas, nƹǝs « dormir » vérifie dans un rapport [spec, Tête], sans déplacement, les traits-phi. Puis, il se déplace vers la position [Asp, AspP] pour prendre le trait [-acc].
Toutefois, le V nƹǝs est motivé morphologiquement ce qui demande une vérification explicite avant le Spell out au niveau de la syntaxe.
2.3 La projection du complémenteur
La CP, telles les autres projections fonctionnelles et lexicales, n’est légitimée d’exister au niveau de la structure dérivationnelle que si elle est motivée par un trait morphologique, ou par une tête fonctionnelle portant le trait catégoriel [C] appartient au matériel dérivationnel, (Iseksioui, 2019). L’AM dispose de plusieurs entrées fonctionnelles dont le trait catégoriel est [C], notamment les complémenteurs kifac « comment », wǝqtac « quand », ƹlac « pourquoi », wac « est-ce-que » pour exprimer l’interrogation. L’exclamation, quant à elle, est exprimée par l’exploitation de cǝḥal : cǝḥal zwin had drri « Qu’il est beau ce garçon » ; et dans une proposition relative, nous nous servons du pronom relatif lli « qui » :
21 a. wac mciti l ddar ?
est-ce-que + partir+ Pass+inac+3sg+ à la maison « Est-ce-que tu es parti à la maison ? »
b. ƹlac hrǝbti ?
Pourquoi + s’enfuir+ Pass+inac+3sg « Pourquoi tu t’es enfui ? »
22. ƹǝjbatni lḥalwa lli sawǝbti.
aimer+Pass+inac+1sg+ le gâteau qui préparer+Pass+inac+3sg « J’ai aimé le gâteau que tu as préparé. »
La formation dérivationnelle des exemples en (21) et (22) converge vers la F-L et la F- Ph. La surface des structures (21a et b) montre que les COMPs interrogatifs wac « est-ce que » et ƹlac « pourquoi » sont placés en tête. Au niveau de l’architecture interne, ces COMPs sont générés en [C, CP] vu que la compatibilité entre le trait [+C] des COMPs et celui de la position syntaxique C. Les verbes mca « partir » et hrab « s’enfuir » vont vérifier les traits-mineurs dans un rapport de localité stricte avec [spec, VP] et se déplacent vers [I, IP] pour valider le trait [uV]. En revanche, le COMP relatif lli « que » dans la proposition subordonnée relative (22) n’occupe pas la position de tête. Il est accueilli en [C, CP] et il est structuralement placé entre la proposition principale ɛǝjbatni lḥalwa « j’aime le gâteau » et la proposition subordonnée
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relative lli sawǝbti « que tu as préparé ». Il est à signaler d’une part que le COMP relatif lli
« Que » (22) se diffère du COMP interrogatif wac « est-ce que » (21a) par le fait qu’il remplit une fonction syntaxique. Celle-ci lui est assignée par le verbe sawǝbti. D’autre part, lli entretient une chaine de type anaphorique avec la position d’argument interne du verbe swǝb
« préparer », présupposée être occupée par lḥalwa « le gâteau ». Nous disons donc que la CP est activée à cause de la présence des têtes complémenteurs au niveau de l’arsenal dérivationnel.
Notons que la CP peut-être déclenchée dans des structures impératives1 malgré la non- présence des têtes dont la propriété catégorielle est [C]. En effet, les linguistes d’obédience générative admettent la CP comme projection maximale des impératives. Elle est marquée au niveau de la [C, CP] par un Opérateur-Impératif2 (Rooryck (1992) ; Rivero et Terzi (1995) ; Zeijlstra (2006) ; Zanuttini, (2008), Iseksioui (2019, 2020)). Cet opérateur attire le verbe vers [C, CP] pour vérifier le trait [uImp] de l’impératif, (Rooryck (1992) ; Zejilstra (2006), Iseksioui (2019, 2020)). Il explique également la modalité de la position syntaxique C car les impératives ont une force illocutoire directive Han (2001). Voyons les structures impératives suivantes : 23 a. kul lxubz !
Manger+2ps+Imp pain.
« Mange le pain ! » b. siru l xdma !
partir+2ps+Imp à le+travail « Pars au travail ! »
24 a. awi asgrs s tgmmi ! (Iseksioui, 2019, 108)
Emmener+2ps+Imp EL le+panier à EA la+maison « Emmène le panier à la maison ! »
b. ɛayn taddart s azal ! (Iseksioui, 2020, 150) Aller+2ps+Imp EL la+maison à EL journée « Vas à la maison pendant la journée ! » 25 a. Prends tes affaires !
b. Quitte ma maison !
Dans ces exemples, les verbes en gras sont à l’impératif et occupent, au niveau de la structure de surface, la position de tête. En dépit de la différence entre le français, qui est une langue [-pro-drop], et AM et l’amazighe qui appartiennent aux langues [+pro-drop], les phrases impératives partagent les mêmes propriétés syntaxico-énonciatives. Autrement dit, les structures sont formées syntaxiquement sans sujet lexical ou grammatical. Mais de point de vue énonciatif, l’argument externe est sous-entendu. La CP, comme projection supérieure, est aussi un élément qui rapproche entre ces langues : la tête de la sphère fonctionnelle des impératives présentées en (23), (24) et (25) est la CP. Cette dernière portant l’opérateur- impératif héberge l’item verbal pour valider le trait ininterprétable [uImpératif] afin de ne pas violer les conditions sur la lisibilité qui ne tolèrent par la présence des traits [uF] vers les interfaces dérivationnelles. Ainsi, une impérative comme (23a) aura le schéma dérivationnel suivant :
25.
1 Pour plus de détails sur les phrases impératives voir Platzack et Rosengren (1998), Zanuttini (2008), Rivero
&Terzi (1995), Zejilstra (2006), Iseksioui (2019 et 2020).
2 Cet opérateur a le même fonctionnement que l’Opérateur-Interrogatif (Wh-Criteriom, Rizzi 1994).
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Constatons que la matrice syntaxique de l’item V kul « manger » comprend deux traits [uF] : [uV] et [uImp]. Ces traits exigent et légitiment son déplacement à double reprises ; kul se déplace, dans un premier temps, vers [I, IP] pour valider le trait [uV] et il continue, dans un deuxième temps, son mouvement vers [C, CP] afin de vérifier et interpréter la propriété [uImp].
Le dernier mouvement s’explique par l’attraction qu’exerce [Op-Imp] de la position syntaxique C sur l’entrée lexicale kul. Il est à noter d’un côté que la force illocutoire directive associée à l’impérative est exprimée au niveau de la [C, CP] et, de l’autre côté, les traits-phi sont vérifiés avant le déplacement dans un lien de localité stricte en [spec, VP] et le trait [+trans] légitime l’activation d’une position d’argument interne pour accueillir l’entrée N lxubz « le pain ».
3. L’ordre des constituants en AM
L’arabe marocain tel qu’il a été exposé dans les analyses précédentes est une langue Verbe-Sujet-Objet. Nous décrirons l’ordre des mots en AM en remontant à J, Greenberg (1963), lequel a appuyé 45 universaux de la grammaire ainsi qu’une distribution typologique des ordres fondamentaux. Dans le sixième universel, il signale que : « All languages with dominant VSO order have SVO as an alternative or as the only alternative basic order»1. À partir de cette citation, nous retenons deux idées majeures : l’utilisation du terme « alternative » soulève l’aspect dérivationnel caractérisant le passage d’un ordre à un autre et la possibilité que l’ordre S-V-O soit celui de base. Dans un autre contexte, David Cohen2, lors du séminaire de l’EPHE 84-85 souligne que: « La phrase verbale (en sémitique) indique deux fois le sujet : en le posant, et par la trace qu’il a dans la forme verbale. » :
26 a. V+Agr(NP)+NP b. crit ṭṭamubil.
ai acheté-je voiture
« J’ai acheté une voiture. » c. klit ṭajin.
ai mangé-je tajine « J’ai mangé le tajine.»
27 a. NP+V+NP b. ana crit tlfaza.
moi ai acheté-je télévision « Moi, j’ai acheté la télévision. » c. nta kliti sksu.
toi as mangé+tu couscous
« Toi, tu as mangé le couscous. »
1 La traduction de la citation en français est la suivante: « toutes les langues où l’ordre dominant est de type VSO ont l’ordre SVO comme alternative ou comme seule alternative. ».
2 Cité dans D.Caubet (1993, 2).
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Comme illustré en (26), la fonction sujet est assurée par l’indice de personne –t « je » qui est en position finale des suites phonologiques : cri « acheter » et kul « manger ». Les items lexicaux Ns ḍaṛ « la maison » et lxubz « le pain » sont générés, dès le lexique, en position d’argument interne, qui est une position de complément. Par contre, les phrases présentées en (27) montrent que la valeur du sujet est doublement exprimée ou bien par l’indice de personne –t qui est un sujet grammatical, ou bien par le pronom personnel tonique ana « moi », généré, par le biais d’un mouvement syntaxique, en tête de la phrase. Il est à noter également que les langues à ordre V-S-O comme l’AM, l’AS et l’amazighe sont généralement caractérisées par le sujet nul1. C’est ainsi que El Moujahid (1997,46) affirme que : « Cette caractéristique se traduit par le fait que l’énoncé minimal se présente sous forme de constituant complexe V-AGR (combinaison du V et du sujet AGR) qui est un énoncé autonome pouvant se passer éventuellement du sujet NP sous sa forme lexicale. ». La forme verbale en AM est en effet toujours accompagnée d’un indice de personne et contient en son sein les traces d’une relation prédicative. Précisons qu’une forme verbal forme un énoncé toute seule sans violer aucune contrainte d’ordre syntaxique, comme l’explique D.Caubet (1993, 3). Nous illustrons ce phénomène en AM, AS, et en amazighe par les structures suivantes :
28 a. nəԐsa-t.
a dormi-elle « Elle a dormi. »
b. na:ma-t.
a dormi-elle « Elle a dormi. »
c. t-cca.
elle-a mangé « Elle a mangé. »
Ces exemples mettent en relief la combinaison complexe dont parlent El Moujahid (1997), Boukhris (1998), Iseksioui (2019) pour la structure syntaxique minimale. Leur combinaison est ainsi formée : V+ Agr (3f .sing). Elle se manifeste dans les suffixes : nəԐsa-t et na:ma-t « Elle a dormi » et t-cca « Elle a mangé ». D’autres langues comme le français et l’anglais n’acceptent pas la non-réalisation phonologique de l’argument interne (sujet) que ce soit lexical ou grammatical :
29 a. Kamal a mangé la pomme.
b. * a mangé la pomme
30 a. I slept.
b. * slept
L’échec de la dérivation des phrases (29b) et (30b) n’est pas due à la violation d’une contrainte syntaxique mais il se justifie par la non-réalisation, en output, de l’argument externe.
Par exemple, l’absence de l’expression référentielle Karim et du pronom personnel sujet I « je » est la cause de l’échec de sa dérivation. De surcroît, cette non-réalisation n’est pas tolérée pour ces deux langues en ce sens qu’elles sont des langues spécifiées par la propriété [-pro-drop].
4. La distribution des clitiques accusatifs et datifs en AM
Comme les autres langues naturelles, le lexique de l’AM contient un appareil des pronoms. Ils sont des fonctionnels qui manifestent des propriétés morphologiques telles que le genre, le nombre, la personne et le cas (Boškovič, 2013). En tant que catégorie majeure, les pronoms clitiques accusatifs et datifs ne représentent qu’un sous-ensemble. Ces derniers n’intègrent pas le système computationnel à cause de la substitution des entrées lexicales Ns ayant le même rôle syntaxique mais ils y sont introduits dès le lexique. Autrement dit, lesdits pronoms sont directement choisis de la Numération, à la base du principe de la compatibilité (Iseksioui, 2019), pour faire partie du matériel dérivationnel. En effet, ces clitiques sont générés au niveau de la position syntaxique D de la DP, suivant l’hypothèse de DP (Belletti (1993, 1995), Boukhris (1998, 2013)). Cette dernière considère les pronoms clitiques comme des
1 Les langues à sujet-nul sont nommées également des langues pro-drop. Pour plus de détail voir Chomsky (1981), Kayne (1984), EL Moujahid (1997) et Andam (2011), Iseksioui (2019).
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catégories fonctionnelles qui ne sélectionnent pas un NP tel un argument interne1. Considérons les exemples suivants :
31 a. kla-h Moḥammed.
Manger+ac+3ps cl.ac Moḥammed « Moḥammed l’a mangé. »
b. tfrrajt f ih lbarḥ.
regarder+ac+1ps prépo cl.ac hier « Je l’ai vu hier. »
c. hdart mɛa ha bac tfham.
Parler+ac+1ps prép cl.dat COMP 3ps+ac+comprendre
« J’ai parlé avec elle pour que elle comprenne.»
32 a. ɣriɣ as s imnsi.
Inviter+ac+1ps cl.dat prépo dîner « Je l’ai invité au dîner. »
b. iẓṛa t ɣ ssuq.
3ps+voir+ac cl.ac prépo souk « Il l’a vue au souk. »
33 a. Je l’ai rencontré au café.
b. Il lui a parlé pendant des heures.
Les exemples en (31), qui relèvent de l’AM, illustrent que les accusatifs h « le » et ih
« le » et le datif ha « elle » sont en position d’enclise. Ces clitiques sont générés, au niveau de la structure dérivationnelle, en [D, DP], qui est une position d’argument interne des verbes kla
« manger », tfrraj « regarder » et hdar « parler ». Le clitique accusatif t « le » et as « lui » en (32) sont également en position d’enclise par rapport aux items verbaux ɣri « inviter » et ẓṛ
« voir » ce qui signifie que la position d’enclise, pour les phrases déclaratives affirmatives, est un principe régissant la distribution des ces pronoms en amazighe (32) et en AM (31). En revanche, les constructions phrastiques présentées en (33) affichent l’accusatif « le » et le datif
« lui » en position de proclise, c’est-à-dire qu’ils sont dans une position postverbale. Cette différenciation distributionnelle s’explique par le fait que l’AM (31) et l’amazighe (32) sont des langues [+pro-drop], tandis que le français (33) est une langue [-pro-drop]. Autrement dit, le trait [-pro-drop] transforme la réalisation du sujet grammatical ou lexical en français en condition sine qua non pour la réussite de la dérivation et sa présence en formation impose le déplacement des clitiques accusatifs et datifs en position préverbale, comme dans (33). Dans un autre sens, d’autres têtes fonctionnelles telles le morphème d’interrogation wac « est-ce que » et ac « que » et le morphème discontinu de négation ma…c « ne…pas » participent, au côté des pronoms clitiques dans la dérivation d’une phrase :
34 a. ma ḍrəb-ha c blɛani.
Neg frapper+ac+3ps cl.ac Neg « Il ne l’a pas frappée exprès. » b. ma jbət-ha c kamla.
Neg apporter+ac+1ps cl.ac Nag toute « Je ne l’ai pas toute apportée. » 35 a. ur as nniɣ walu.
Neg cl.dat dire+ac+1ps rien « Je ne lui ai rien dit. » b. ur t immaggar ɣ ssuq.
Neg cl.ac 3ps+rencontrer+ac prépo souk « Il ne l’a pas rencontré. »
36 a. lam yasˀal-hu fi lwaqti ˀalmunasibi.
Neg 3ps+poser+ac question cl.dat prépo le+temps convenable « Il ne lui a pas posé la question au temps convenable. »
1 Cardinaletti (1993), Uriagereka (1995) soutiennent que le D clitique a un complément comme les vrais déterminants : il s’agit de pro.
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b. lan ansaḥa-ka mujaddadan.
Neg 1ps+conseiller+fut cl.ac encore une fois « Je ne te conseillerai plus encore une fois. »
Le processus dérivationnel des exemples ci-dessus converge vers la F-L et la F-Ph. En effet, la structure de surface des structures en (34), de l’AM, et en (36), de l’AS, affiche une ressemblance par rapport à la distribution des clitiques accusatifs et datifs. Autrement dit, en dépit de la présence des morphèmes de négation ma….c « ne….pas » et lan et lam « ne…pas », qui sont, par définition, des têtes fonctionnelles qui sont hébergées en [Neg, NegP] porteuse l’opérateur négatif1 (Haegeman, 1995), les clitiques ha « la » (34) et hu « lui » et ka « te » (36) sont générés, dès la numération, en [D, DP], qui est une position d’enclise. Notons que l’AM se distingue de l’AS (36), en ce sens que la négation est doublement exprimée : elle est dérivée par le biais de l’unité préverbal ma et de c qui est postverbal. Sans c la dérivation d’une phrase à la forme négative capote, comme en témoigne (37), la correspondante malformée de (34b) : 37. * ma jbət-ha kamla. Par contre, l’accusatif t « le » et le datif as « lui » de l’amazighe illustrés en (35) sont générés en D de la DP, qui est la position d’argument interne des items verbaux ini « dire » et mmaggar « rencontrer ». Puis, ils se déplacent au niveau de la F-L, en fonction du mouvement implicite2, vers [v, vP], qui est une position de proclise. Ce mouvement est motivé par la présence du morphème de négation ur « ne…..pas » en tête de la phrase, lequel exerce une attraction. Le ur « ne…pas » de l’amazighe se distingue donc de ma….c
« ne…pas » de l’AM et lan et lam « ne…pas » de l’AS par le fait d’attirer les pronoms clitiques.
Le déplacement ou non de ces derniers est un paramètre dérivationnel, c’est-dire que son mouvement, par exemple pour AM, est la cause de l’échec de la dérivation alors qu’il est une condition majeure pour la réussite de la formation en amazighe, comme en témoigne les exemples suivants :
37 a. * ma ha t ḍrəb [t] c blɛani.
b. * ma ha t jbət [t] c kamla.
38 a. * ur nniɣ as walu.
b. * ur immaggar t ɣ ssuq.
Pour l’AM, illustrée par (37), l’agrammaticalité s’explique par le déplacement du clitique accusatif ha en position de proclise. Cependant, l’échec de la dérivation des exemples en (38) présentant l’amazighe est dû au non-déplacement de l’accusatif t « le » et du datif as « lui » en position de proclise. Nous disons donc que la distribution des clitiques accusatifs et datifs est un paramètre faisant la différence entre l’AM et l’amazighe.
Conclusion
Expliquer quelques aspects relatifs à la dérivation de la phrase verbale en arabe marocain est l’objet de cette étude. Pour l’atteindre, nous avons opté pour le programme minimaliste, Chomsky (1993, 1995), comme cadre théorique et la comparaison de la langue objet d’étude avec d’autres langues naturelles, notamment l’amazighe, l’arabe standard, le français, l’anglais, comme démarche. Comparaison-Explication nous permettra donc de mettre en exergue les
1 Pour plus de détail, de point de vue de la grammaire générative, sur la projection de négation, voir Kitagawa (1986), Kayne (1989a), Pollock (1990), Zanuttini (1989), Haegeman (1995), Benmamoun (1990), Fassi Fehri (1993), Souali (1996), Ouhalla (1988), Boukhris (1998, 2013), Ouhalla (1988), Boumalk (1996), Chaker (1996), Lafkioui (1996), Boukhris (1998, 2013), Omari (2001, 2009), Ouali (2003, 2005), Bensoukas (2009), Iseksioui (2019).
2 Le principe de procrastination, qui est un des principes d’économie, favorise l’application du mouvement implicite au détriment du mouvement explicite puisqu’il est moins couteux. Pour assez de détail, consulter Chomsky (1995), Culicover (1997), Boukhris (1998, 2013), Razaghi et all (2015), Iseksioui (2019).
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principes et les paramètres régissant la dérivation des structures verbales dans ladite langue. À partir de notre analyse, nous avons déduit les conclusions suivantes :
i. L’arabe marocain appartient à la catégorie des langues à ordre VSO, comme la langue amazighe. Il fait également partie des langues à sujet nul ou ce qu’on qualifie de langue pro-drop.
ii. La projection maximale des structures verbales en AM est la CP, comme c’est le cas d’ailleurs pour les autres langues à savoir l’arabe standard, l’amazighe, le français et l’anglais.
iii. Le complexe [T-Asp-V] constitue le moule dérivationnel minimal d’une structure syntaxique verbale en AM.
iv. La projection Asp, elle est spécifiée par son trait [+/-ac], tandis que la projection C est caractérisé par le trait [+/- wh] qui se réalise positivement lors de la présence d’un élément wh, alors que le trait de la projection T dépend du temps conjugué dans la phrase.
v. La distribution des clitiques accusatifs et datifs est un paramètre faisant la différence entre l’AM et l’amazighe.
vi. L’AM est marqué par la force du trait [V] qui est vérifié explicitement au niveau de la syntaxe, avant le Spell out.
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