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Academic year: 2021

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Submitted on 2 Dec 2020

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L’objet perdu

Philippe Artières

To cite this version:

Philippe Artières. L’objet perdu. L’Enseigne, Sous la direction d’Anne-Sophie Aguilaret d’Éléonore Challine, Citadelles&Mazenod, 2020. �hal-03035960�

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Postface. L’objet perdu

Philippe Artières

Dans Je me souviens, Georges Pérec ne se souvient d’aucune enseigne ; il se souvient seulement « des publicités peintes sur les maisons » (n° 365) [ill. 1]. De même dans sa

Tentative d’épuisement d’un lieu parisien, il ne dit mot des enseignes de la place

Saint-Sulpice ; le 18 octobre 1974, à 10h30, il dresse une « Esquisse de quelques-unes des choses strictement visibles » ; Pérec relève notamment des symboles conventionnels, des chiffres, des slogans fugitifs, des véhicules, de la terre ; cet inventaire s’ouvre par « des lettres de l’alphabet, des mots : “KLM” (sur la pochette d’un promeneur), un “Hôtel Récamier”, “St-Raphaël”, “l’épargne à la dérive”, “Taxis tête Sulpice”, “P ELF », “Parc Saint-Sulpice” ». Se cache sans doute derrière ces éléments la transcription d’une enseigne mais Pérec ne le précise pas. Il ne mentionne pas plus ces écrits exposés dans la suite de son texte inaugural sur Saint-Sulpice, ou dans les huit autres descriptions qu’il produit du lieu le même jour et le lendemain et le surlendemain. Même lorsque la nuit tombe, il ne fait pas mention d’un néon qui s’illumine ; il indique seulement qu’à 17h10, le 18 octobre, « Le “ P ” du parking et sa flèche s’allument. Dans les étages de l’hôtel des finances, des globes lumineux sont maintenant visibles »1. C’est qu’à ses yeux, cet objet appartient à un autre registre, celui de la mémoire. En effet, lorsqu’en 1969, il entreprend de décrire une rue du XIXe arrondissement de Paris, la rue Vilin [ill. 2], il écrit, après avoir détaillé le début de la voie côté pair :

« Sur la gauche (côté impair), le n° 1 a été ravalé récemment. C’était, m’a-t-on dit, l’immeuble où vivaient les parents de ma mère. Il n’y a pas de boîtes aux lettres dans l’entrée minuscule. Au rez-de-chaussée, un magasin, jadis d’ameublement (la trace des lettres MEUBLES est encore visible), qui se réinstalle peut-être en mercerie à en juger par les articles que l’on voit en devanture. Le magasin est fermé et n’est pas éclairé. Du n° 2 parvient une musique de Jazz, du revival (Sidney Bechet ? ou, plutôt, Maxim Saury) (Yves Belorgey, La rue des Pyrénées) […]. Au 5, une teinturerie “Au Docteur du Vêtement” puis : BESNARD Confection. En face, au 4 : Boutonniériste. Au 7, enseigne de métal découpé : POMPES Couppez et Chapuis : le magasin à l’air fermé depuis longtemps. »

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Plus loin encore dans la rue : « Au 24 (C’est la maison où j’ai vécu) : D’abord un bâtiment à un étage, avec, au rez-de-chaussée, une porte (condamnée) ; tout autour, encore des traces de peinture et au-dessus, pas encore tout à fait effacée, l’inscription COIFFEUR DAMES. »2

Chez Pérec, l’enseigne est le plus souvent trace du passé dont l’écrivain se fait le scrupuleux archéologue. Elle a une fonction mémorielle qui renseigne l’auteur non sur la grande histoire, mais sur son propre destin. Il n’en est pas autrement avec beaucoup d’écrivains du vingtième siècle pour qui les enseignes, notamment écrites, sont l’objet d’une épigraphie intime. Patrick Modiano, par exemple, dans Livret de famille, sur les traces de sa grand-mère rue Léon Vaudoyer, mobilise de la même manière ces écritures. « Elle vivait là, peut-être. D’elle, je ne sais presque rien. Je ne connais pas son visage car toutes les photographies — s’il y en avait — ont disparu. […] J’ai suivi, à mon tour, le chemin qu’elle devait prendre pour rentrer chez elle. […] J’ai arpenté toutes les rues avoisinantes : rue César-Frank, rue Albert-de-Lapparent, rue José-Maria-de-Heredia… Dans quels magasins avait-elle ses habitudes ? […] Rue Valentin-Haüy, un vieux restaurant porte encore sur sa vitre l’inscription en arc de cercle : « Vins et liqueurs ». Ses deux fils l’y ont-ils emmenée, un soir ? »3 L’enseigne n’appartient pas au présent ; elle est la fragile preuve qu’hier, des femmes et des hommes ont vécu là ou simplement sont passés par-là [ill. 3]. Il s’agit donc de relever minutieusement ces marques urbaines d’une géographie de l’intime. Elles ne semblent faire sens qu’après-coup comme ce grand corpus des écrits éphémères auquel elles appartiennent et dont l’existence est paradoxale. Ce sont les noms sur les boites aux lettres, sur les interphones, les cartes de visite, les papiers à en-tête …

Elles sont regardées à la loupe quand elles sont nouvelles, puis leur existence est ensuite courte, tant elles sont menacées, mises en concurrence par d’autres écritures avant d’être regrettées une fois qu’elles sont obsolètes, le commerce qu’elles incarnaient fermé, une fois un tube, une lettre ou un morceau de l’installation abimés, ou leur effacement partiel opéré. En un rien de temps, l’enseigne passe de l’objet d’avant-garde à l’objet de nostalgie [ill. 4]. Il n’en est pas autrement au XIXe siècle ; Édouard Fournier, dans son ouvrage posthume paru, grâce à son ami Jacob chez Dentu en 1884, L’histoire des enseignes de Paris4, ne cesse de regretter le « temps des enseignes ». Cet érudit polygraphe s’insurge contre le baron Haussmann et les communards qui, chacun à leurs manières, ont provoqué leur

2 Georges Pérec, « La rue Vilin » in L’infra-ordinaire, Seuil, La librairie du XXe siècle, 1989 : p. 15-18. 3 Patrick Modiano, Livret de famille, Paris, Gallimard, 1977 : p. 36-37.

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Edouard Fournier, Paris par ses enseignes, coll. L’écrivain Voyageur, La Bibliothèque, Paris, 1994. Cette édition ne reprend que dix des trente chapitres de l’ouvrage original d’Ed. Fournier.

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disparition. Les rues de Paris apparaissent à ses yeux défigurées sans ces ornements. Quelques enseignes de l’ancien ordre visuel de la cité demeurent, mais si elles n’ont pas été enlevées pour éviter la vindicte des révolutionnaires, elles sont passées de mode, et, quand elles survivent, ne constituent plus que des objets d’un monde disparu. Naguère les enseignes matérielles et décoratives, accessoires obligés des boutiques sont remplacées par des écritures peintes, sans charmes, cousines de la terrible affiche illustrée, enseignes mobiles qui, « multiplient à l’infini et s’étalent à la fois sur tous les murs de Paris.5» Il faut donc tout relever, tout décrire avant que l’objet soit perdu à jamais. Walter Benjamin n’échappe pas à cette crainte de la « déchéance » des signes qui va de pair avec la disparition du « flâneur »6. Le phénoménologue Bruce Bégout, dans ses travaux sur l’ordinaire du paysage américain et ses « nomades modernes », ne semble pas dire autre chose. L’enseigne à l’heure de gloire du motel, entre les années 1950 et 1980, redonne droit de cité « à l’orgie décorative si suspect dans le bâtiment ». « Tout se passe comme si la profusion du sens, réprimé dans l’édifice le plus souvent pour des raisons de rentabilité à court terme, se condensait de manière consolatrice dans le panneau lumineux du motel. 7» Mais cette culture de la route est en voie de disparition et les enseignes rouillent, s’éteignent, font ruines. Bégout consacre ainsi quelques pages à l’artiste John Register, « l’Edward Hopper de la côte Ouest » qui a peint à partir de 1978 quelques toiles consacrées aux instants précédents la fin de ce monde. « La dernière représentation d’un motel est la plus inquiétante. Register peint Vacancy en octobre 1994. A la même époque, son médecin lui apprend que son cancer de la peau a métastasé […]. Il ne lui donne que quelques mois à vivre. » Le peintre hyperréaliste représente un motel de Wells dans le Nevada, mais, au dessus de lui, il n’y a plus d’enseigne géante et colorée qui le surplombe. Le lieu est à l’abandon, dépeuplé, le ciel annonce un orage et « couvrant le tiers droit du tableau, écrit Bégout, un téléphone mural sans clavier occupe le premier plan. » Peint schématiquement, le combiné semble lui aussi appartenir au passé ; aux yeux du philosophe, ce n’est plus une nature morte, mais une culture morte que représente Register, inventoriste méticuleux de « la civilisation américaine au cours de ses temporaires cessations d’activité. 8 » La nostalgie des monumentales enseignes [ill. 5] qui venaient concurrencer l’immensité des grands espaces naturels affleure dans cette peinture. Là aussi, le témoin se métamorphose en archéologue amateur. Car en ville comme dans le désert, les enseignes incarnent un moment de l’histoire collective à jamais passé. Celles qui ont résisté, celles qui font encore traces,

5 E. Fournier, op. cit., p. 166

6 Walter Benjamin, Paris, Capitale du XIXe siècle, Le Livre des passages, Paris, Cerf, 1982. 7

Bruce Bégout, Lieu commun, Paris, Allia, 2003 : p. 61-62.

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aussi infimes soit-elles, ont la faculté de faire ressurgir, suivant qu’elles sont sculptures, peintures, lettres, néons ou encore caissons lumineux un fragment de l’histoire visuelle. À bien y réfléchir, il n’est pas d’objet équivalent doué de cette force de rémanence.

Rémanence, disons-nous car les quelques lettres à moitié effacées, la carotte dont la couleur a perdu son éclat, le néon qui reste gris, ne ressuscitent aucun monde. Ils témoignent. Ils sont semblables aux miroirs qui, aime-t-on à penser, gardent en eux tous les regards qui s’y sont plongés : quand soudain dans une rue, nos yeux viennent à croiser l’un de ces objets perdus dans notre monde contemporain, chacune des cultures visuelles disparues à laquelle ils appartiennent ressurgit. Le pouvoir de rémanence que détiennent ces quelques objets est plus puissant, quoiqu’en pensent les promoteurs du « rétro », que les enseignes refaites « à l’ancienne ». Cette poétique dont était porteuse l’original ne peut être reconstituée. Le commerçant peut y investir de fortes sommes, les municipalités peuvent adopter les règlements les plus respectueux du « patrimoine », la ville n’aura jamais plus une gueule « d’atmosphère », pour reprendre le mot d’Arletty. L’enseigne est vivante. Il n’y a aucun moyen d’en figer l’existence. Non seulement elle est déterminée à disparaître, mais sa fonction même indique qu’elle a vocation à être remplacée. Il s’agit d’étiqueter un paysage urbain. Nommer in vivo, pour concurrencer les plaques de rue qui veulent inscrire l’espace dans le temps. Cet étiquetage n’a pu se limiter, au fur et à mesure du développement de la société capitaliste depuis le XIXe siècle, à nommer l’objet du commerce (chaussures, chapeaux, vêtements pour homme, primeurs, cavistes…), il a fallu se distinguer des concurrents, s’inventer une identité visuelle qui tient à l’enseigne mais aussi à la vitrine ; si les enseignes des pharmacies, coiffeurs, tabacs semblent presque stables dans le temps, ce paysage urbain est en outre en perpétuel changement. Un cinéma pornographique devient une librairie qui devient quelques années plus tard une salle de sport. Reproduire des enseignes passées, ce serait comme arrêter toutes les pendules d’une ville à la même heure. Refuser le présent.

On m’objectera qu’il en va des enseignes comme de tout le mobilier urbain : elles participent de l’identité d’une ville, d’un quartier. On ne peut laisser proliférer dans les centres historiques des inscriptions trop ordinaires, ou bien composées de LEDs qui viennent « taper dans l’œil ». Mais, c’est là ignorer l’histoire de ces objets. Les enseignes ne sont jamais harmonieuses, elles ne l’ont jamais été. Elles participent, on l’a dit, d’une lutte visuelle. A peine accrochés, ces écrits exposés sont en concurrence avec ceux qui sont déjà-là, ceux de la boutique d’en face, avec d’autres qui apparaissent avec le changement de propriétaire du local voisin, avec les affiches qui sont collées sur la palissade des travaux, avec le panneau

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publicitaire sur le haut du mur aveugle de l’immeuble qui fait le coin mais aussi avec la manifestation qui occupera le boulevard le lendemain matin. Les enseignes sont des acteurs d’une histoire d’un certain rapport à l’écrit et aux images. Victor Fournel dans Ce qu’on voit

des rues de Paris, paru en 1858 écrit ainsi : « Je passais sans cesse et précipitamment d’un

côté de la voiture à l’autre pour ne perdre aucun détail des belles devantures qui bordaient les deux rives de la rue ; je lisais chaque enseigne comme un bourgeois de petite ville lit son journal depuis le titre jusqu’à la signature de l’imprimeur9. » Fournel n’indique pas seulement ici la durée très brève de l’existence des enseignes, « véritables brèves de la vie de la cité », mais souligne en mobilisant la métaphore du journal combien ces écritures commerciales participent d’un monde de l’écrit qui va de la presse quotidienne, aux affichettes, aux panneaux administratifs jusqu’aux plaques commémoratives sans oublier les graffitis. Dans l’objet perdu qu’est l’enseigne, sont présentes toutes ces inscriptions licites ou illicites, gravées, imprimées ou peintes, à la craie ou à la peinture, en creux ou en relief, sur un drap, des pavés de céramiques ou sur une planche de bois. Elle les contient tout en s’en distinguant. Là est sans doute la raison pour laquelle les enseignes ne sont pas un objet visuel anodin. Elles ne sont pas porteuses de leur seule histoire — contrairement par exemple aux bancs publics —, elles ne participent pas seulement de l’histoire de l’écrit dans nos sociétés — comme l’affiche —, mais elles la ponctuent. Elles témoignent de sa discontinuité.

Bien sûr, l’enseigne est le lieu d’innovation et peut même dans certains cas, comme avec le néon, se constituer en alliée des avant-gardes artistiques. Brassaï photographie certes les graffitis sur les murailles de Paris, mais il saisit aussi la nuit les boulevards de Montparnasse et leurs écritures de feu [ill. 6]. Quoi de plus captivant pour le héros de Céline, Bardamu quand il arrive à New York que sur Broadway « les lumières suspendues dans la nuit au loin, serpents agités et multicolores.10 » Surréalistes, lettristes, situationnistes… sont saisis par les enseignes qu’elles soient lumineuses ou non. Nul besoin ici d’évoquer la présence des enseignes dans le cinéma, celui de la Nouvelle vague, à commencer par Godard qui en fait un texte dans l’image, celui de William Klein qui y voit une manière de filmer au présent.

Une histoire discontinue, écrivions-nous, car si l’enseigne côtoie les avant-gardes, elle peut être aussi fille de son temps [ill. 7]. On peut s’émerveiller de sa capacité à innover, il arrive aussi qu’elle soit soumise, voire docile à son temps. Pendant la Grande Guerre, les néons à peine inventés sont éteints pour éviter les frappes. Surtout, elle résiste mal à l’ordre graphique. Elle se fond alors dans l’histoire : si le pouvoir devient autoritaire, elle adopte les

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Cité par Farid Chenoune, « Le spleen du flâneur savant », Ed. Fournier, op. cit., p. 12.

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caractères les plus conformes au pouvoir. Elle, dont on a dit sa capacité à sans cesse se renouveler, la voilà soudain très conservatrice. Elle sait se faire aimer, et ne pas contrarier ceux qui gouvernent. Elle peut se censurer. Fournier insiste sur sa « sagesse » croissante tout au long du XIXe siècle. On pourrait le montrer pour le XXe siècle : si le jeu de mots demeure, l’enseigne devient sage, comme la rue dans laquelle elle prend place se pacifie, comme le monde de l’écrit auquel elle appartient se lisse et s’uniformise.

L’histoire de la police de l’écriture croise l’histoire de l’affichage et de la publicité mais aussi l’histoire sociale et politique des cités. Les premières tentatives de gouvernance de l’affichage

sont menées au début du vingtième siècle. Le cas de Montréal est exemplaire de ce point de vue où après des réglementations établies en 1925, la loi 101, au début des années 1980, obligea en peu de temps à une mise en conformité de la taille et de la saillance des enseignes commerciales bilingues11. Outre des questions de morale publique — certains écrits et images étant jugés « licencieux » —, surviennent dans le discours sur l’affichage des préoccupations esthétiques : des enseignes sont qualifiées de « disgracieuses ». On ne s’attaque pas seulement à la nature des objets et aux messages qu’ils véhiculent, mais on tente désormais de contrôler à la fois leur emplacement dans l’environnement immédiat et leur localisation dans l’espace urbain. Dans toutes les grandes villes occidentales, la police de l’écriture s’appuie sur ces mêmes arguments esthétiques, politiques, écologiques et linguistiques pour dompter l’enseigne.

Pourtant même lorsque sa présence semble marquer le pas – avec ces pratiques d’uniformisation et de standardisation –, il suffit que la police de l’écriture12 et la politique de la maintenance13 soient défaillantes pour que l’enseigne retrouve sa force poétique.

On croyait leur force de rémanence à jamais neutralisée, et voilà qu’une chaine de magasins ferme pour que son enseigne entre dans le champ de l’archéologie urbaine ; alors des restes d’enseigne survivront, quelques lettres sur un mur [ill. 8], un sigle sur le haut d’une devanture, et redonneront à l’objet son pouvoir de rémanence.

Il en va de même lorsque nos banques contemporaines lors des grandes manifestations dans nos villes, préfèrent cacher leurs enseignes derrière de larges palissades de bois ; bientôt ces murs de bois sont recouverts de graffitis tels que « tout est vivant ». Alors qu’en 1968, les contestataires laissèrent en paix ces écrits, les militants d’aujourd’hui y voient une cible.

11 Voir Philippe Artières, Les écrits urbains sous contrôle. L’exemple de Montréal, Rennes, PUR, 2014. 12 Philippe Artières, La police de l’écriture, Paris, La Découverte, 2013.

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Voir Jérôme Denis, David Pontille, « Performativité de l'écrit et travail de maintenance », Réseaux, 2010/5 (n° 163), p. 105-130.

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Certains y voient un changement de paradigme : à leurs yeux, ce ne serait plus « L’imagination au pouvoir », mais désormais une politique du « No logo »14 [ill. 9]. L’enseigne même cachée produit une poétique. Perdu, l’objet retrouve sa puissance d’attraction car l’étiquetage auquel il participe est soudain remis en cause et avec lui toutes les autres écritures exposées.

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