MÉTABOLISME DE L’ACIDE RIBONUCLÉIQUE
ET DES PROTÉINES DANS LES SPERMATOCYTES ET LES SPERMATIDES DU BÉLIER
(OVIS ARIES)
II. — VARIATION DE
L’INCORPORATION
ET DEVENIR DE LA8 H-LYSINE,
DE LA 3H-ARGININE ET DE LA 35S-CYSTINE
M. LOIR
Station de Physiologie de la Reproduction, I. N. R. A.,
3i’ - Nouzilly
RÉSUMÉ
L’analyse
quantitative d’autoradiogrammes
réalisés sur des coupes de matériel fixé par le Bouin, le formol et le Clarke, sur des empreintes et sur des frottis de spermatozoïdes épididymairesentre 2heures et 29jours après injection de 3H-lysine, de 3H-arginine et de a6S-cystine, a permis d’aborder l’étude de la synthèse et du devenir des protéines nucléaires dans les spermatocytes et
les spermatides du Bélier.
La considération du rapport des quantités de lysine et d’arginine incorporée, de la variation
de l’incorporation de 3r>S-cystine et de l’acido-solubilité du marquage confirme l’existence au stade préleptotène d’une synthèse d’histones de type « somatique » simultanée à la réplication de
l’ADN. Elle suggère que de telles
protéines
seraient également synthétisées au début du stade pachytène et pendant laphase d’élongation
du noyau des spermatides.La synthèse des protéines non histones, que reflète l’incorporation de 35S-cystine, ne varie
pas notablement dans les spermatocytes et les spermatides rondes.
L’enrichissement en arginine des DNPs des spermatides allongées, déjà mis en évidence chez
les Rongeurs, est confirmé. Il s’accompagne d’une incorporation importante de cystine.
La chronologie des phénomènes permet d’exclure que l’apparition dans les spermatides allongées des nouvelles protéines, riches en arginine et en cystine, soit responsable du blocage
de l’activité génétique.
L’essentiel de la lysine des nucléoprotéines du gamète provient des spermatocytes en fin de méïose et des spermatides rondes. Une faible proportion de celle incorporée aux stades prélep- totène, pachytène i et spermatides en cours d’allongement participe à la composition du noyau parce que certaines protéines dans lesquelles la lysine a été incorporée sont métabolisées
rapide-
ment, et parce qu’une fraction importante de la lysine restant dans les noyaux des dernièresspermatides rondes est transférée dans le cytoplasme au cours de la phase d’élongation nucléaire.
Cette lysine d’origine nucléaire s’accumule finalement dans les sphères chromatophiles.
Les protéines nucléaires riches en arginine et en cystine apparaissant dans les vieilles sper- matides sont plus stables que celles synthétisées aux autres phases de la méïose et de la spermio- genèse. Ce résultat est en accord avec celui obtenu par cytochimie établissant qu’elles ne subissent
pas de turn-over, au moins jusqu’à la fin du transit épididymaire. Le rôle de la richesse en cystine
de ces protéines dans la stabilisation structurale de la chromatine du spermatozoïde est envisagé.
INTRODUCTION
A la suite des travaux de MI!SCHr~R
( 1 8 97 )
établissant que chez lespoissons
lesprotéines
du noyau duspermatozoïde
étaient dutype protamine,
il futlongtemps
admis
qu’il
en était de même chez les Mammifères. En195 6, A LF E RT
notait que les caractèrescytochimiques
de la DNP duspermatozoïde
de rongeur étaient dutype
histone(insolubilité
dans le TCA 5 p. ioochaud).
Ce résultat était confirmé par MON E
SI
( 19 6 4 )
et par VAUGHN(ig66).
Enfait,
les étudesbiochimiques
des nucléo-protéines
duspermatozoïde qui
ont été réalisées chez le Taureau(BRII,-P!T!RS!N
etW$ST!NBRINIK, =g6 3 ;
CO!I,INGH etR L., 19 6 9 ) et
chez le Verrat(HE NRICKS
etM AY E R , 19
65)
n’ont pas mis en évidence d’histonesclassiques
maisplutôt
desprotéines basiques particulières
très riches enarginine
ainsiqu’en cystine (chez
leTaureau,
la
demi-cystine
constitue 5,7à6, 3
p. 100de lanucléoprotéine
contre environ i p. 100 pour lesprotéines
nucléairessomatiques).
A la suite des travaux de LISON
(zg5g),
de Morr!sl( 19 6 4 , I g65),
deGr,!DHII,r,
et al.
( 19 66)
et de VAUGHN(zg66),
nous savons que, chez lesmammifères,
lerempla-
cement des histones
somatiques
par laprotéine basique
propre auspermatozoïde
se fait lors de la
phase d’allongement
desspermatides,
mais nousignorons
àquel
moment a lieu
l’augmentation
de la teneur encystine.
La substitution desprotéines basiques s’accompagnerait
d’undépart
du noyau des histonessomatiques
riches enlysine) synthétisées
au début de laprophase méiotique
etqui
finalement s’accu- muleraient dans lasphère chromatophile
des corps résiduels(V AUGHN , zg66).
Nous avons
repris
chez le Bélier l’étude de cesphénomènes
en tentant de lespréciser.
Pourcela,
nous avons faitappel
à latechnique
del’autoradiographie
quan-titative,
utilisant commeprécurseurs marqués
la3 H-lysine,
la&dquo;H-arginine
et la&dquo;S-cystine
et destemps post-injection
échelonnés entre 2 heures et 29jours.
MATÉRIEL
ETMÉTHODES
A. - Animaux et traitements r
7
béliers de race Ile-de-Fvance âgés de i8 mois à 4 ans ont été utilisés au cours de la saison sexuelle et dans quelques cas au cours de la première saison transitoire (janvier-février).
Les précurseurs ont été injectés dans les conditions décrites précédemment (LOIR, 1972 a).
Les castrations ont été effectuées aux temps suivants :
- 9H-lys. : 2heures, 4 heures, i, 6, rg, zo,z3 et 29jours après injection.
- 3H-arg. : 4 heures, l, 5 et 29jours après injection.
- 355-cys. : 5 heures et 5 jours après injection.
B. - Précurseurs marqués
Nous avons utilisé les précurseurs suivants :
-
3 H- 4 L-lysine
(chlorhydrate - CEA ― activité spécifique 4Ci/mM) ; 6 à 9p.Ci
par gramme de testicule.- 3H-4 L-arginine (chlorhydrate - CEA ― activité spécifique : 7 Ci!mM) ; io
,Ci
pargramme de testicule,
- asS DL-cystine
(activité
spécifique : environ 40 mCi/mM) ; 10,Ci
par gramme de testi- cule.La technique autoradiographique utilisée ne révèle les acides aminés marqués que s’ils sont
incorporés dans des protéines ou dans des polypeptides. Par ailleurs quelques coupes de matériel fixé par le formol après injection de
3 H-lysine
ont été traitées par le TCA ehaud ; ce traitementne réduit pas les marquages nucléaires et cytoplasmiques (tableau 3) suggérant ainsi que l’incor-
poration a lieu dans des
protéines.
L’injection de lysine marquée conduit à un marquage spécifique de la lysine liée aux pro- téines (LAURENCEet BUTLER, i96g). Nous manquons de données précises quant au devenir de
l’arginine
injectée ; les auteurs ayant utilisé en autoradiographiel’ 8 H-arginine
admettent impli-citement que ce précurseur permet un marquage spécifique de l’arginine liée aux protéines. Ce
que nous savons du métabolisme des acides aminés soufrés dans l’organisme (RosE, i95! ; LE- BLOND et al ., i9g!) permettrait de supposer que le marquage observé après injection de a5S- cystine correspond à la cystine liée aux
protéines.
Cependant, il n’est pas exclu que cet acide aminé ne soit pas incorporé en tant que tel mais le soit plutôt sous forme de cystéine. Quoi qu’ilen soit, nos observations cytochimiques (LoiR, 1972 b) indiquent que dans le cas des spermatides allongées du Bélier, l’incorporation de
a5 S-cystine
s’accompagne d’une augmentation des groupes SS (cystine) et non des groupes SH (cystéine).Nous ignorons comment évolue la disponibilité des précurseurs marqués au niveau des cellules germinales. Selon certaines observations (LEBLOND et al., 1957; LAURENCE et BUTLER 19
6 5
; Dxoz et BARONDES, ig6g) chez les rongeurs l’incorporation d’acides aminés marqués
dans les protéines continue encore i à 8 heures après
injection
de sorte qu’il est vraisemblable que les variations et les localisations des marquages observées 2, ç ou 5 heures après injectionreflètent la synthèse plutôt que le devenir des protéines.
C. - Préparation des autoradio grammes
Des fragments de testicule ont régulièrement été fixés par le Bouin Hollande (3 jours). Dans quelques cas le formol et le Clarke ont également été utilisés. Le Bouin comme le formol insolu- bilise les
protéines
tissulaires (BLOCHet HEW, i96o ; ALLFREYet al., r968) et les protège contreles traitements solubilisateurs, y compris le TCA chaud (sauf les protamines qui après fixation
y sont solubles - ALFERT et GESCHWIND, i953)! Au contraire le Clarke entraîne une perte d’his-
tones (MoNESi, i965 ; ALLFREYet al., i968 ; DiCK et JOHNS, 1968) et après cette fixation le trai- tement des coupes par le TCA chaud supprime une fraction supplémentaire de protéines, vrai-
semblablement des histones (MONESI, 1965).
Après inclusion dans la paraffine, les blocs ont été coupés à 4
sauf
ceux marqués par la$$S-cystine qui ont été coupés à 2!,. Quelques coupes de matériel marqué par la 3H-lysine et fixé
par le formol et le Clarke ont été traitées par le TCA 8 p, i oo pendant 17 min à 90°C.
Nous avons également réalisé des empreintes testiculaires qui ont été fixées par le formol
pendant 2heures et des frottis de spermatozoïdes des différentes régions de l’épididyme de tous
les béliers castrés plus d’un jour après injection ; ils ont été fixés par les vapeurs de formol pen- dant 15 min.
Toutes les lames ont été passées dans le TCA 5 p. 100à 40C pendant 5 min et lavées 2heures à l’eau courante.
Les coupes ont été colorées par la méthode du PAS pour faciliter l’identification des stades des
spermatides en se référant au développement du système acrosomique. Selon SAWICKI et Ro-
wiNsKi (1969), cette coloration effectuée avant autoradiographie entraîne une légère diminution
du marquage par un effet de chémographie négative et non par une action au niveau des subs- tances marquées.
Nous avons régulièrement utilisé l’émulsion coulable Ilford K 5 et dans quelques cas pour augmenter légèrement le pouvoir de résolution l’émulsion Ilford L 4. La pose des émulsions et les traitements autoradiographiques ultérieurs ont été précédemment décrits (LoiR, 1972 a).
D. - Analyse quantitative des autoradiogrammes
et représentation des courbes de marquage
Les méthodes employées pour mesurer sur coupes les marquages nucléaires et cytoplas-
miques
et pour représenter les courbes de marquage ont été décrites précédemment (LoiR, i9!2 a).Lorsque le marquage nucléaire des vieilles spermatides a été mesuré sur des empreintes, les comptages ont été faits visuellement sur le noyau entier.
Le noyau des vieilles spermatides n’étant pas sphérique mais de forme variable, l’établisse- ment de la courbe de variation de la radioactivité du noyau entier, tel
qu’il
a été proposé pour les cellules rondes (LOIR, 1972 a), n’est pas possible. Ceci rend non seulement impossible la comp- raison avec legénôme
haploïde des spermatocytes et des spermatides rondes mais constitueégalement une difficulté majeure dans l’interprétation des données autoradiographiques relatives
aux spermatides S 9à S r r. La condensation progressive du noyau de ces spermatides entraîne,
pour une même quantité de précurseur présente dans le noyau entier, une densité de marquage nucléaire d’autant plus forte que la condensation du contenu nucléaire est plus avancée. Nous
ne pouvons donc pas assimiler les variations de densité de marquage à des variations de quantité
de précurseur.
D’autre part, nous ignorons comment varie la concentration nucléaire en matière sèche des
spermatides S 9-S II. Toutefois, le fait que le spermatozoïde contienne 50 p. 1 oo de matière sèche contre 10à 20p. 100dans les cellules somatiques (Baxax et ad., 1953) permet de supposer que la concentration augmente alors fortement et
qu’il
en est de même pour l’auto-absorption.De ce fait le marquage donne une indication de la
quantité
de précurseur présente, d’autant plussous-estimée que la condensation progresse. Du fait que les effets de la concentration progressive
des protéines et de l’auto-absorption croissante sont
oppposés,
ils s’annulent partiellement l’unl’autre.
Un troisième facteur affecte le marquage nucléaire des vieilles spermatides, sur coupes mais
non sur empreintes.
L’épaisseur
des noyaux devenant petite en comparaison de celle des coupes, la probabilité qu’ils ne soient pas en contact avec l’émulsion devient élevée. Le marquage cyto- plasmique interfère alors avec celui des noyaux. De ce fait, le marquage nucléaire doit être consi- déré comme étant en réalité plus élevé lorsqu’il est supérieur au marquagecytoplasmique
et plusbas lorsqu’il lui est inférieur. Des comptages faits sur empreintes confirment qu’il en est bien
ainsi.
RÉSULTATS
A. - Localisation et caractères du marquage 2 à 4 heures
après injection
de8 H-Lysine et de 3 H-arginine
2 et 4 heures
après injection
des acides aminéstritiés,
le marquage est à la fois nucléaire etcytoplasmique
à tous les stades de la méiose et de laspermiogenèse.
Dans les
spermatocytes
le marquage concerne leschromosomes, qu’ils
soient dis-persés
ou non ; lenucléoplasme
est très peumarqué.
Dans lesspermatocytes
II et lesspermatides rondes,
le marquage est distribuérégulièrement
sur tout le noyau.Il en est de même pour les vieilles
spermatides
et cecisuggère
que le marquage observé concerneplutôt
le noyau que l’acrosomequi
couvre sapartie
antérieure.Le marquage des nucléoles n’a pas été
précisé
du faitqu’ils
sontpetits
etqu’il n’y
a pas de zones nucléaires
plus marquées
que d’autres.Les
spermatocytes
en division ont un marquage chromosomalplus
bas et unmarquage
cytoplasmique plus
élevéqu’avant
ouaprès
division. Les corpsd’Ebner
et les
sphères chromatophiles
ne sontjamais marqués,
bien quequelques grains
d’ar-gent
soient observés sur lecytoplasme
les entourant.Après injection d&dquo; , H-lysine,
le
rapport
des marquagescytoplasmique
et nucléaire(C/N)
ne varie pas defaçon
significative
entre 2 et 4heures.Deux heures
après injection d’ 3 H-Iysine,
la réduction de marquage nucléaire entraînée par le Clarkedépend
du stade cellulaire(tabl. i).
Le traitement par le TCA chauddes
coupes de matériel fixé par le Clarkesupprime
une fractionsupplé-
mentaire de marquage selon une relation
identique
avec lesstades
cellulaires(tabl. 2 ).
B. - Localisation du marquage dans les vieilles
spermatides
5 heures
après injection
de35 S-cystine
Dans les vieilles
spermatides,
lesgrains d’argent
sont nombreuxau-dessus
etautour des noyaux. Du fait du faible
pouvoir
de résolution obtenu avec le35 S,
ilne
peut
être exclu que ce marquage ait aussi uneorigine extranuc1éaire.
C. -
Variation
desincorporations 2,
4 et 5 heuresaprès injection
Elle
estreprésentée
pourles
3 acides aminés sur lesfigures
1-4.Il est à noter que :
-
les incorporations
de3 H-lysine
et de3 H-arginine
par les noyaux des sperma-tocytes
et desspermatides
rondes évoluent defaçon
sensiblementidentique,
tandisque celle de
!5S-cystine
diffèrebeaucoup d’elles,
- dans les vieilles
spermatides l’incorporation
nucléaire de3 H-arginine
estparallèle
à celle de85 S-cystine
mais non à celle de3 H-lysine qui
passe par un maximumdans les
spermatides s’allongeant,
-
malgré
leurcomportement
peu différent dans lesspermatocytes
et les sper- matidesrondes,
les deux acides aminésbasiques
ne sont pasincorporés
par les noyaux dans unrapport constant ; l’incorporation
de lalysine prévaut
dans les noyauxpré- leptotènes
et finzygotènes-pachytènes (fig. 4 ).
Les
incorporations
des acides aminés tritiés par lecytoplasme
des cellulesconsi-
dérées varient moins que pourles
noyaux.L’augmentation
du marquagecytoplas- mique
dans les vieillesspermatides après injection
de35 S-cystine pourrait
refléter enpartie
celle du marquage nucléaire.D. -
Évolution
des marquages entre un et 29jours après injection
1
.
8 H-lysine.
24
heures
après injection,
les marquages nucléaires etcytoplasmiques
desspermatocytes
et desspermatides
diffèrent peu de ceux observés à 2 ou 4 heures.Ceci est vrai
également
pour leurrapport (C/N)
sauf dans lesspermatides
rondes oùil montre une tendance à diminuer
(fig. r 3 ).
Cinq jours plus
tard(fig. 5 )
lesdifférences
entre les marquages nucléaires desdiverses catégories
despermatocytes
et despermatides
sont fortementatténuées
par
rapport à
cequ’elles
étaient 2 ou 4 heuresaprès injection (fig. i).
Parmi les sper-matozoïdes épididymaires,
seuls ceux de la tête sontmarqués.
A 15
,
20, 23et 29jours après injection (fig.
6 à9 )
les marquages résultant d’in-corporations
aux stadespréleptotène, pachytène
i etspermatides s’allongeant
neprésentent plus
de réduction aussiimportante
quependant
les sixpremiers jours.
Lorsque
les cellulesqui
étaient aux deuxpremiers
de ces stades lors desinjections
parviennent
aux stadesspermatides s’allongeant
etjeunes spermatides allongées, le
rapport C/N prend
une valeur trèssupérieure
à cequ’il
était àl’origine ;
il semblequ’il
en soit de même pour la9 H-lysine incorporée
par lesgonies.
Aucontraire, lorsque
Le marquage des
spermatozoïdes épididymaires
varie selon lesrégions
del’épi- didyme
et lestemps post-injection (fig. 5 - 9
et14 ) ;
il passe par un maximum corres-pondant
à uneincorporation
dans lesspermatides
rondes et par deux minimumscorrespondant
aux stadeszygotène-pachytène
i et aux vieillesspermatides (fig. i 4 ).
2
.
3 H-arginine.
Les
marquagescytoplasmiques
et nucléaires ainsi que leurrapport (fig. 13 )
nediffèrent pas sensiblement 24 heures
après injection
de ceux observés 20 heuresplus
tôt.Cinq jours après injection d’ 3 H-arginine (fig. 10 ),
les marquages résultantd’incorporations
aux stadespréleptotène
etpachytène
sont peu différents de ceuxobservés pour la
e H-lysine ;
ils ont subi une réductionidentique.
Les marquagescorrespondant
à uneincorporation
par les vieillesspermatides
ne semblent pas avoir subi de réduction. Les noyaux desspermatozoïdes
testiculaires etépididymaires
sont
marqués
sur toute leursurface ;
leurpartie
antérieure oupostérieure
n’est paspréférentiellement marquée (comptages portant
sur, en moyenne, i2ospermato-
zoïdes du stadeVIII,
de la tête et du corps del’épididyme).
29
jours après injection d’ s h-arginine (fig. 11 ),
les marquages des cellulesayant incorporé
aux stadesgonies A!-B!
etpréleptotène
sont peu différents de ceux observés au mêmetemps
avec la3 H-lysine ;
toutefois le marquage dessphères chromatophiles
est moins élevé. Les marquages diffèrent par contre pour les cellulesayant incorporé
au stadepachytène.
3.
35 S-cystine.
5
jours après injection (fig. 7 ),
le marquage nucléaire desspermatides
et desspermatozoïdes épididymaires correspondant
à uneincorporation
par les vieillesspermatides présente
unpic
net,plus marqué
que 5 heuresaprès injection.
DISCUSSION
A. -
Synthèses Protéiques
nucléaires dans lesspermatocytes
et les
spermatides
Sans démonstration d’une
production
de nouvelles moléculesprotéiques,
l’incorporation
d’acides aminés nepeut
être considérée comme une preuve suffisante desynthèse
deprotéines (A!,r,!x!Y et al., 1957 ).
Nous n’avons pas utilisé dans nosexpériences
d’inhibiteurs dessynthèses protéiques
de sorte que nous ne pouvons exclure que certainesincorporations
ne résultent d’une conversion deprotéines pré-existantes
parremplacement
de certains acides aminés. Notonscependant qu’il
a été établi que :
- lors du turnover des histones
somatiques
leremplacement progressif
desmolécules en
place correspond
à unesynthèse
vraie(Cxn!,g!!Y
etM AUR E R , 19 65),
-
l’apparition
de l’histone très riche enarginine
dans lesspermatides
de Dro-sophile correspond
à unesynthèse (Des et al., ig6 4 ),
- la
protamine remplaçant
dans lesspermatides
de Salmonides les histonessomatiques
estsynthétisée
de novo(I N G LE S
etD IXON , 19 67).
- lors de
l’apparition
des histones riches enarginine
chez la Souris(M
ONESI
, 19 65),
au moins six acides aminés sontincorporés
en mêmetemps
quel’arginine.
i.
Spermatocytes
I etspermatides
rondes.Dans les
spermatocytes I,
le marquage nucléaire estprincipalement
chromo-somal et de ce fait il concerne essentiellement les
protéines
associées à l’ADN : pro- téinesacides, protéines
résiduelles et histones. Cette observation est en accord avecl’idée selon
laquelle
lesprotéines chromosomales,
acides ethistones,
sontbeaucoup plus
activesmétaboliquement
que toutes les autresprotéines
nucléaires(ST!!!,!
etBUSC
H
, 1 9 6 3 ; HNIL I CA, 1 9 67).
Dans lesspermatocytes
II et lesspermatides rondes,
il est
permis
de supposer que le marquage concerne les mêmes classes deprotéines
nucléaires. Les
protéines
acides et résiduelles sont acido-insolubles et contiennent de lacystine ;
leurrapport
molairelys./arg.
est de 1-1,25(HNI!.ICA, 1967 ; WA
N
G, 19 6 7 ).
Les histones sontacido-solubles ;
elles contiennent unequantité négligeable
decystine (H NI r,ICA, ig6 7 ;
S!rrsxU etIwAi, 1970 ) ;
leurrapport
molairelys./arg.
est de i,g-z,g pour l’histone totale(H N iriCA, 19 6 7 ).
Après injection
de3 H-lysine,
le marquage des noyauxpréleptotènes
est réduitpar la fixation au Clarke et par le traitement au 2CA chaud. Le
rapport
desquantités
de
8 H-lysine
et de3 H-arginine incorporées
par ces noyaux(rapport L/A)
est élevé.Pànfin, l’incorporation
de36 S-cystine
n’est pasplus
élevée dans cesspermatocytes
que dans ceux en méiose. Ces observationssuggèrent
que lespics
de marquage observés au stadepréleptotène après injection
des deux acides aminésbasiques
reflètent une
synthèse d’histones, laquelle
coincide avec lasynthèse
del’ADN,
tandis que le marquage observé
après injection
de85 5-cystine
concerne lasynthèse
des
protéines
nonhistones, qui
estindépendante
de lareplication
de l’ADN(CAVE, 19
68). L’existence
d’unesynthèse
d’histones a étéprésumée
dans lesjeunes
sperma-tocytes
I du Rat(V AUGHN , 19 66)
mais non chez la Souris(M ON ES I , ig65).
Pendant le stade
pachytène,
le marquage nucléairepossède
les mêmes carac-téristiques
quependant
le stadepréleptotène.
Cecisuggère
à nouveau l’existence d’unesynthèse d’histones ;
elleserait,
parrapport
aux autressynthèses
deprotéines nucléaires, quantitativement
moinsimportante (tabl.
i et2 )
que laprécédente.
Dans tous les cas où un turnover des histones a été mis en évidence en dehors des
phases
dereplication
del’ADN,
lasynthèse
est peuimportante (S PALDING et al., 19 66 ; G
URI ,$
Y
etM ARDIN , 19 68). Cependant,
dans lesspermatocytes
ilpourrait
y avoirune
synthèse
tardive d’histonesqui prendrait
fin au début du stadediplotène (BoG-
nnNOV et
al., ig68 ;
ANTROPOVAetBoGnArrov, I g 7 o).
Dans le casprésent,
il est pos- siblequ’une
fraction du marquage par les acidesaminés
tritiéscorresponde
à untel
phénomène.
2
. Vieilles
spermatides.
Après injection
de3 H-lysine,
le marquage nucléaireprésente
unpic
dans lesspermatides
S9 -S
11.D’après
ce que nous avons ditquant
àl’interprétation
dumarquage de ces
cellules,
il nepeut
êtretotalement
exclu que la variation de laquantité
delysine incorporée
parles
noyaux entiers neprésente
pas cepic.
Néan-moins,
il y a une forteprésomption
que les noyaux de cesspermatides incorporent plus
delysine
que ceux desspermatides
rondes et il reste que lerapport L/A
est élevéet que
le
marquage est fortement réduit par le Clarke et par le TCA chaud. Ces faits conduisent à émettrel’hypothèse
que lesspermatides
S9 -S
IIsynthétisent
des histones detype somatique (riches
enlysine). Iiexistence
d’une tellesynthèse pré-
cédant dans les
spermatides
celles des nouvelles histones riches enarginine,
n’a pas étérapportée
chez les Mammifères. Uneaugmentation
de laquantité
d’histonesde
type somatique
desspermatides
a été démontrée chez la truite(MARUSxrG!
etDixoN, 19 6 9 ).
Chez la Sauterellel’hypothèse
de l’existence d’un telphénomène
aété
proposée
parC L A YP OO L
et BLOCH(ig67).
Dans les
spermatides
S 12 et dans les suivantesl’incorporation
nucléaire de lalysine
est basse tandis que celle del’arginine
est trèsélevée.
Le noyau de ces cellulesne se condensant
plus,
l’existence dupic d’incorporation
de ce dernier acide aminé n’est pas douteuse. Selon les données obtenues parcytochimie (LOIR,
1972b)
ilcorrespond
essentiellement à unesynthèse
d’histones. Ce résultat est en accordavec ce que l’on
sait
de laspermiogenèse. I,’apparition
de nouvelles histones carac-térisées par un contenu très élevé en
arginine
etremplaçant
les histones dites soma-tiques
est unphénomène général
en fin despermatogenèse.
Chez lesMammifères,
il a été démontré chez la Souris
(M ON E SI , 19 64, 19 65)
chez le Rat(LISON, 1955 ; VA
U
Gxrr, 19 66)
et chez le Taureau(Gr,!EDxrr,r,
etal., i 9 66).
Dans les
spermatides allongées, l’incorporation
de85 5-cystine
atteint une valeurélevée,
simultanément à celled’ a H-arginine.
Cerésultat,
confirmé par des observationscytochimiques (LOIR,
1972b)
met en évidence que c’est lors de lasynthèse
des nou-velles histones que le contenu nucléaire en
cystine
des cellulesgerminales augmente.
Chez la Souris MONESI
( 19 6 5 )
a conclu que les vieillesspermatides incorporaient
faiblement ou pas du tout les acides aminés autres que
l’arginine,
mais il n’a pas utilisé lacystine marquée.
Or nous avonsinjecté
2 Souris mâles parvoie intrapéri-
tonéale avec de la
35 S-cystine (5!, Ci/g) ;
elles furent sacrifiées 8 heuresaprès injection.
Il est apparu que la
85 5-cystine
est activementincorporée
par les noyaux des sperma- tidesSm-Si S .
Le métabolisme desprotéines
nucléaires dans lesspermatides
allon-gées
semble donc similaire chezles Rongeurs
etles
Ovins.B. -
Synthèses protéiques et
métabolisme de l’ARN dans lesspermatides
Les
données obtenues ne fournissentguère
d’indications sur le rôle éventuel du métabolisme desprotéïnes
dans la réduction de lasynthèse
d’ARN par la chro- matine desspermatides S 3 -S8a.
Dans lesspermatides S8b,
l’initiation de la syn-thèse de
protéines
riches enlysine,
vraisemblablement dutype
histonessomatiques, pourrait
êtreresponsable
de la chute accélérée del’incorporation
d’8H-uridine et dublocage
final de lasynthèse
d’ARN. Il a en effet été démontré que l’activité de la chromatine est réduite par laprésence
d’histones(BO NN E R et al., i 9 68 ;
MARU-SHIG! et
Dixorr, i 9 6 9 ).
Chez le Bélier comme chez laSouris,
les nouvelles histones riches enarginine
nepeuvent
être àl’origine
dublocage
de l’activitégénétique puis- qu’elles apparaissent après
que lasynthèse ribonucléique
ait cessé. Sur cepoint
les Poissons diffèrent des
Mammifères ;
eneffet,
dans lesspermatides
deTruite,
l’activité de la chromatine est réduite aussi en deux
étapes
et la seconde est simul- tanée auremplacement
des histonespar la protamine (MARUSHIG!
etD IXON , 19 6 0 ).
C. - Devenir de la
lysine incorporée par
les noyaux desspermatocytes et
desspermatides
Les noyaux des
spermatozoïdes
de Bélier comme ceux desspermatides S I3 -S IS
contiennent très peu de
lysine (I,orx,
1972b).
Les valeurs de marquage des sperma- tozoïdesépididymaires
à destemps
variablesaprès injection d’ S H-lysine permettent
de conclure que c’est surtout celle
incorporée
par les derniersspermatocytes I,
parles
spermatocytes
II et par lesspermatides
rondesqui
constitue l’essentiel de lalysine
nucléaire duspermatozoïde
tandis que celleincorporée
par les noyauxprélep- totènes, pachytènes
i et ceux desspermatides s’allongeant,
entre très peu dans lacomposition
de ses DNPs.Les données obtenues 6
jours après injection
de3 H-lysine
et 5jours après injec-
tion
d’ 3 H-arginine
mettent en évidence quependant
lesjours
suivant leursynthèse
une fraction
importante
desprotéines
nucléaires apparues aux stadespréleptotène
et
pachytène
i a été métabolisée et ceci à une vitesseplus
élevée que lesprotéines synthétisées
aux autres stades.D’après
le marquage observé i5jours après injection
de
8 H-lysine,
lesprotéines
des stadespréleptotène
etpachytène
i ne sedégraderaient plus
ensuite aussirapidement.
Le
rapport C/N
reste constant ou diminuelorsque
les cellulesqui
étaient auxstades
leptotène,
fin deprophase
etspermatides
rondes - ce sontprécisément
lesstades dont
provient
l’essentiel de lalysine
duspermatozoïde
- deviennent desspermatides s’allongeant.
Ce fait rendimprobable
quel’augmentation
de cerapport
pour les anciensspermatocytes préleptotènes
etpachytènes
i, ainsi d’ailleurs que pour lesgonies,
soit due à des facteurs autrequ’une augmentation
de laquantité
de
lysine cytoplasmique
parrapport
à celle delysine
nucléaire.Lorsque
ces mêmesspermatocytes préleptotènes
etpachytènes
i arrivent en fin despermiogenèse,
les
sphères chromatophiles
deviennent fortementmarquées,
alorsqu’elles
ne lesont pas pour les
spermatocytes
II parexemple.
Ces observationssuggèrent qu’une partie
de lalysine incorporée
par les noyauxpréleptotènes, pachytènes
i et ceuxdes
gonies
lesquitte
et passe dans lecytoplasme lorsqu’ils
arrivent au stade sperma-tides
s’allongeant,
pour finalement s’accumuler dans lessphères chromatophiles.
Dans le cas de la
lysine incorporée
par les noyaux de cesspermatides,
l’évolution du marquage 6jours après injection indique
que lephénomène
de métabolisation desprotéines jouerait
un rôleplus important
que le passage aucytoplasme
car lemarquage de ce dernier
augmente
peu et lessphères chromatophiles
sont peu mar-quées.
C’est donc parce
qu’elle
estincorporée
dansdes protéines rapidement
méta-bolisées ou parce
qu’elle
est éliminée des noyaux desspermatides
que lalysine
desstades
préleptotène, pachytène
I etspermatides s’allongeant, participe
peu à lacomposition
des DNPs duspermatozoïde.
A ces troisstades,
les cellulesgerminales synthétisent
des histones et desprotéines,
nonhistones ;
il reste à savoirlesquelles
sont concernées par ces
phénomènes
dedégradation rapide
et d’élimination.Le transfert dans le
cytoplasme
de lalysine
nucléaireincorporée
au début dela
prophase méiotique
est simultané à celui de l’ARN(LOIR,
1972a) synthétisé
en même
temps
etqui
seulpersiste jusqu’à
la fin de laspermiogenèse ;
tous les deuxse retrouvent finalement réunis dans les
sphères chromatophiles.
Lasignification
de ces faits reste
hypothétique.
Ellepourrait
se situer au niveau de la stabilisation desARNs,
dans le noyaupuis
dans lecytoplasme.
Dans le cas desspermatocytes
deDrosophile (H ENNIG , 19 68),
desovocytes d’Astérie (G E uSKENS, 19 65)
et descellules Hela
(H ARRIS , 19 6 4 )
il a étéproposé
que les ARNs nucléaires associés à desprotéines
seraient stables et que ceuxn’y
étant pas sedégraderaient rapidement.
Dans le
cytoplasme des
cellulessomatiques
l’ARN chromosomal serait lié à desprotéines (C ART ouzou et al., 10 6 0 ;
HENSKAWetIro!B!NST!IN, I g7o).
D. - Devenir de
l’a y ginine et de
lacystine incorporées par
les vieillesspermatides
5
jours après injection d’ 3 H-arginine
et de’SS-cystine
lesvariations
du mar-quage nucléaire des dernières
spermatides
et desspermatozoïdes épididymaires présentent
unpic correspondant
à uneincorporation dans
lesspermatides allongées.
Le marquage
correspondant
à cettepériode
semble devenuproportionnellement plus
élevé parrapport
à celui des cellulesqui
étaient au stadespermatides
rondeslors des
injections.
Ces observationssuggèrent
que lesprotéines
nucléairessynthé-
tisées par les
spermatides allongées
sontplus
stables quecelles apparaissant
auxautres
phases
de la méiose et de laspermiogenèse.
Il est vraisemblable que la teneur élevée en
cystine
de cesprotéines
est associéeavec la stabilisation structurale de la chromatine ainsi que l’ont discuté ORD et S
TOKEN
(ig6g)
dans le cas des cellulessomatiques
pour le passage à la forme disul- fure des groupes soufrés des histones riches enarginine (F 3 ).
Il a en effet été mis enévidence que c’est sa richesse en
cystine qui
donne au noyau duspermatozoïde
deMammifère sa structure kératinoïde et sa résistance
particulière
auxagents physiques
et
chimiques (BOR!N!R!UND 2t l lt., I g6 I ;
BRIL-PETERSEN etW>~STBN BRINIK ; I g63 ;
1CHAMB!RI,AIN et
WAI,K!R, Ig65 ;
HENRICKS etMAYER, 1965).
Il est entre autrerésistant à la
DNase ;
c’est dans lesspermatides
S 12 que ce caractèreapparaît (L<oi
R
,
1972a) ; l’incorporation
decystine
est alors maximum.Reçxs pour publication en octobre 1971.
REMERCIEMENTS
Nous remercions le Professeur
J.
BRACHET et le Docteur B. L. Gr.EDxILL dont les critiquesnous ont été précieuses pour la préparation du manuscrit.