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Article pp.7-13 du Vol.37 n°217 (2011)

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Texte intégral

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Combat de chefs

É D I T O R I A L

JEAN-MARIE DOUBLET

W

eek-end de la Toussaint 2011. Un moment où les familles se déplacent à travers la France et se regrou- pent. Un moment propice pour certaines organisations syndicales d’Air France de déclencher des mouvements de grève pour faire aboutir diverses revendications. Ce week-end, la grève a été plus ou moins suivie, en raison notamment de l’émiettement syndical et de l’aide des compagnies partenaires. Avec 85 % des vols effectués, il y a donc eu un dommage limité pour les passa- gers. Ce type de conflit chez Air France est banal, direction et syndicats s’y préparent sans l’éviter. Le ministre du Travail a déclaré qu’il faut remettre « ce dossier du service minimum dans les transports aériens sur la table ». À la veille des élections pré- sidentielles, on peut lui souhaiter bien du plaisir.

La ministre de l’Écologie et des Transports, Mme Kosciusko- Morizet, a été un pas plus loin, en déclarant « qu’Air France est dans une situation délicate. Une compagnie aérienne est mortelle »1. La ministre aurait pu généraliser cette proposition. Toute organisation, à plus ou moins long terme est destinée à mourir comme le révèle la crise actuelle et pourraient le montrer les recherches historiques sur la démographie des entreprises. La volonté de durer le plus longtemps possible a un prix. L’entreprise doit se lancer dans une

1. Les Échos, 31 octobre 2011.

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course risquée, dont l’issue n’est pas sûre- ment prévisible, se transformer, innover, changer de méthodes, en évitant les crises qui peuvent être, désastreuses comme on l’a vu récemment. Une erreur pour une direction ou pour le pouvoir politique est de faire croire au personnel que la pérennité de leur entreprise est naturelle et acquise pour toujours.

Pour en revenir à Air France, ses comptes des six premiers mois de l’année 2011 sont dans le rouge et son cours a chuté de 50 % pendant la même période. Les actionnaires deman- dent la mise en œuvre d’un plan de rigueur de 800 millions d’euros. Il est vrai que durant ces vingt dernières années, nombreuses ont été les compagnies aériennes, aux États-Unis et en Europe qui ont disparu purement ou simplement ou qui ont fusionné. Les raisons sont nombreuses : erreurs de management, mauvaise gestion de la logistique, encombre- ments et retards, compétition effrénée sur l’abaissement des prix, service déplorable, conflits sociaux, la liste serait longue…

Constatons toutefois que deux des principaux concurrents d’Air France, British Airways et Lufthansa s’en tirent plutôt bien.

C’est dans ce contexte que l’on a assisté l’été 2011 à un étrange ballet à la tête d’Air France KLM. Rappelons les faits. Au mois de juillet, Monsieur Pierre-Henri Gourgeon est confirmé dans sa double fonction de directeur général de la compagnie Air France et du groupe Air France KLM et le soutien de l’État, actionnaire à hauteur de 15,7 % de la compagnie. Le 17 octobre, le conseil d’administration démettait M. Gourgeon de ses fonctions et M. Jean- Cyril Spinetta président non exécutif du groupe reprenait des fonctions opération- nelles. On parle de trahison M. Spinetta et M. Gourgeon étant liés depuis trente ans.

M. Alexandre de Juniac, qui n’était pas le candidat de M. Spinetta, mais celui de M. Gourgeon devient le président d’Air France. Tout cela au nom de la cohérence et d’une clarification de la direction qui doit devenir pyramidale. Il ne faut surtout pas évoquer un conflit d’égos2. On sait qu’il n’en existe pas dans le monde des affaires.

On peut s’étonner toutefois qu’il ne soit question ni de stratégie ni d’une politique différente. Comprenne qui pourra.

8 Revue française de gestion – N° 217/2011

2. Le Monde, 25 octobre 2011.

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7 Éditorial – Jean-Marie Doublet 11 Ont contribué à ce numéro

15 Valeurs et pratiques de GRH dans l’économie sociale Christophe Everaere

35 Les déterminants de la performance des gouvernances territoriales.

Le cas des stratégies concertées de développement durable des territoires

Valery Michaux

61 Pour ne pas se tromper de gestion de la santé au travail.

Les niveaux d’un management attentif au « métier » Pascal Ughetto

Dossier – Les mouvements sociaux Organisations et stratégies

Sous la direction de Damon Golsorkhi, Henri Bergeron, Patrick Castel, Rodolphe Durand, Bernard Leca

79 Mouvements sociaux, organisations et stratégies

Damon Golsorkhi, Henri Bergeron, Patrick Castel, Rodolphe Durand, Bernard Leca

93 Châteaux contre garages. Mouvements sociaux et identités collectives à Saint-Émilion

Grégoire Croidieu, Philippe Monin

117 Organisation frontière et maintien institutionnel. Le cas du Comité permanent amiante en France

Hélène Peton

137 Autopsie d’un mouvement social. La Société générale (1992-1994) Rahma Chekkar-Mansouri, Stéphane Onnée

155 Le travail institutionnel du mouvement des Amap Émilie Lanciano, Séverine Saleilles

173 Summary

numéro 217 octobre 2011

S O M M A I R E

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Henri BERGERON, chercheur au Centre de sociologie des organisations – CNRS à Sciences Po, poursuit ses recherches sur les politiques de santé et les transformations des pratiques et de la profession médicale.

Il mobilise les outils de la sociologie de l’action publique, des mouvements sociaux et de la sociologie des organisations afin de rendre compte des dynamiques à l’œuvre dans l’action publique en santé. Il est parti- culièrement intéressé par les liens entre savoir, expertise et politique, et par le rôle de la connaissance dans l’exercice profes- sionnel et les mécanismes à la formation des croyances collectives. Il a co-coordonné ou co-écrit, Sociologie de la Drogue(Paris, La Découverte, 2010), Regards discipli- naires croisés sur l’obésité (Presses de Sciences Po-Éditions de santé, 2010) ; Drugs and Culture. Knowledge, Consump- tion and Policy(Ashgate, 2011) et a publié dans différentes revues anglophones et francophones.

Patrick CASTELest chercheur à Sciences Po et membre du Centre de sociologie des organisations (UMR 7116 CNRS). Ses recherches portent sur l’organisation du travail médical et sur les politiques de santé. Outre la co-coordination et la co- écriture d’ouvrages, ses travaux ont été publiés dans des revues telles que Organi- zation Science, Social Studies of Science, la Revue française de sociologie, Sociolo- gie du travail et la Revue française de Science Politique.

Rahma CHEKKAR-MANSOURI est maître de conférences en sciences de ges- tion à l’Université de Toulouse (Toulouse 3 Paul Sabatier – IUT de Tarbes) et chercheur au LGC (Laboratoire de gestion et cogni- tion). Ses travaux, principalement consa- crés à la compréhension des pratiques de gestion des sociétés françaises cotées, l’ont amenée à s’intéresser à des aspects histo- riques de l’étude conjointe des pratiques de gestion et des organisations. Au-delà des pratiques de communication financière, elle s’intéresse à d’autres pratiques émergentes de gestion, notamment la gestion des crises contemporaines.

Grégoire CROIDIEU est professeur assistant à Grenoble École de management.

Ses recherches se concentrent principale- ment autour de l’influence du contexte his- torique, institutionnel et sociétal sur le com- portement des organisations, de la diffusion d’innovations culturelles, et de l’évolution des clusters régionaux. Il mène actuelle- ment un projet de recherche sur l’évolution de la région viticole bordelaise. Ses travaux ont été publiés dans Institutions and Entrepreneurship (Research in the Socio - logy of Work, 2010), Negotiating Values in the Creative Industries (Cambridge Univer- sity Press, 2011) et dans The Handbook of Creative Industries (Oxford University Press, à paraître).

Rodolphe DURAND est professeur à HEC Paris. Ses travaux de recherche por-

O N T C O N T R I B U É À C E N U M É R O

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tent sur les origines stratégiques, institu- tionnelles et sociales des avantages concur- rentiels développés par les organisations et entreprises au sein de leur environnement.

Il a reçu le prix du meilleur jeune chercheur (AIMS, 1999), le prix Scott décerné par l’American Sociological Association (2005), et l’Euram/Imagination Lab award for inno- vative scholarship (2010). Il anime le centre de recherche « Society and Organizations » au sein du Laboratoire CNRS Greghec, et est aussi l’auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels le Guide du Management Stratégique (Dunod, 2003), Organizational Evolution and Strategic Management (Sage, 2006), coauteur de Organisation Pirate(Bord de l’eau, 2010), et co-éditeur du Stratégor (Dunod, 2009).

Christophe EVERAEREest professeur des universités à l’IAE de Lyon. Dans la poursuite de sa coopération avec des struc- tures lyonnaises d’économie sociale et solidaire, cette étude s’inscrit dans un pro- jet de recherche qui vise à repérer des pra- tiques alternatives de gestion pour en com- prendre les causes et les effets sur l’efficacité des organisations et les indivi- dus qui y participent.

Damon GOLSORKHI est professeur assistant à Grenoble École de Management et chercheur associé au Centre de sociologie des organisations, Institut d’études politiques de Paris. Ses recherches se concentrent principa- lement autour de la fabrique de la stratégie, le pouvoir dans et autour des organisations et le changement social. Entre autres publications, il a co-coordonné plusieurs livres dont The Cambridge Handbook of Strategy as Practice (Cambridge University Press, 2010) et Forms

of Power in Organizations, Institutions and Markets (Research in Sociology of Orga - nizations Series, Emerald, 2012).

Blog : http://www.sciences-organisations- strategie.com

Émilie LANCIANOest maître de confé- rences à l’Université de Lyon (Université Jean Monnet de Saint-Étienne) et membre du COACTIS (EA 41 61). Ses recherches se concentrent sur la problématique du travail et des relations sociales dans les organisations en mutation : les nouvelles organisations issues des circuits courts alimentaires, mais également les organisations plus tradition- nelles du secteur de l’industrie (sidérurgie).

Bernard LECAest professeur à l’IAE de Lille – LEM, UMR 8179 – et à Rouen Busi- ness School. Ses recherches portent sur les processus institutionnels et la manière dont les acteurs peuvent initier et mettre en œuvre des changements institutionnels. Ses articles les plus récents ont été publiés dans Organization, M@n@gement, Journal of Management Inquiry et Management &

Avenir. Dernier ouvrage paru (co-coordina- tion) : Institutional Work : Actors and Agency in Institutional Studies of Organiza- tion(Cambridge University Press, 2009).

Valery MICHAUX, docteur en sciences de gestion (prix de these Fnege-AIM 2003) et HDR (2010), est professeur à Reims Management School et chercheur associé au sein du Laboratoire économie – gestion de l’Université de Reims Champagne-Ardenne.

Ses activités de recherche se sont dévelop- pées dans deux directions principales : 1) les déterminants de la performance col- lective et les transformations socio-organi- 12 Revue française de gestion – N° 217/2011

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sationnelles dans les environnements à fort contenu technologique ; 2) les déterminants de la performance collective et les transfor- mations dans le contexte des démarches ter- ritoriales concertées et des territoires. Elle a publié des articles dans des revues acadé- miques françaises et internationales et a contribué aussi à de nombreux ouvrages collectifs.

Philippe MONIN est professeur de management stratégique, titulaire de la chaire Toupargel « Entreprendre dans la dis- tribution à domicile », et doyen associé à la recherche à EMLyon Business School. Ses recherches en cours portent, dans le champ du management stratégique, sur le rôle de la justice dans le management des fusions et acquisitions, et dans le champ de la sociolo- gie des organisations, sur la concurrence entre critiques dans les marchés médiatisés.

Stéphane ONNÉEprofesseur des Uni- versités, est doyen honoraire de la faculté de droit, économie et gestion de l’Univer- sité d’Orléans. Rattaché au LOG (Labora- toire orléanais de gestion), ses publications nationales et internationales se concentrent principalement autour des thématiques sui- vantes : gouvernance des organisations marchandes et non-marchandes, émergence et diffusion des normes, communication financière et communication de crise, nota- tion sociétale. Il a également contribué à plusieurs ouvrages dont : A Handbook of Corporate Governance and Social Respon-

sibility (Gower, 2010), La force normative (LGDJ, 2009), Évaluation d’entreprises (Pearson, 2009).

Hélène PETON est doctorante en sciences de gestion et ATER à l’Université Paris-Dauphine. Elle travaille sous la direc- tion de Isabelle Huault au sein de l’équipe de recherche MOST (Marchés, organisa- tions, société et technologies). Ses travaux portent principalement sur les théories néo- institutionnelles et les mouvements sociaux. En particulier, à travers le cas de l’amiante en France, elle étudie le rôle des mouvements sociaux dans le processus de désinstitutionalisation.

Séverine SALEILLES est maître de conférences à l’Université de Lyon (Univer- sité Jean Monnet de Saint-Étienne) et membre du COACTIS (EA 41 61). Ses recherches portent principalement sur l’en- trepreneuriat en milieu rural et les circuits alimentaires courts.

Pascal UGHETTO, maître de confé- rences en sociologie à l’université Paris-Est Marne-la-Vallée, conduit ses recherches au sein du laboratoire techniques, territoires et sociétés (Latts). Il s’intéresse aux transfor- mations du travail, de l’organisation et des méthodes et instruments de gestion. Il a notamment publié Faire face aux exigences du travail contemporain : conditions du tra- vail et management aux Éditions de l’ANACT (2007).

Ont contribué à ce numéro 13

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