Richard Osborne
Ce n’est que progressivement que le rond central des disques en vinyle s’est garni d’informations. L’article étudie comment les données publicitaires du producteur ont pu entrer en concurrence avec celles qui concernaient les artistes et les éléments de datation, les caractéristiques techniques et les indexations de catalogage. Il montre également comment les codes graphiques et de couleur ont accompagné les politiques de labellisation et la création de genres musicaux, mais aussi de véritables discriminations.
Richard Osborne montre également comment les collectionneurs se sont emparés de ces aspects dans leur recherche des gravures les plus proches possible de la matrice, le graal étant constitué par une étiquette blanche, signe d’un produit non encore commercialisé.
THE RECORD LABEL Richard Osborne
It was only gradually that the label on vinyl records was used to display information. This article looks at how producers’ advertising data started to rival that pertaining to artists, dates, technical characteristics and catalogue indexing. It also shows how graphic and colour codes were part of labelling policies and the creation of musical genres, as well as very real forms of discrimination. The author explains how collectors used these details in their quest for recordings that were as close to the original as possible – the Grail being a white label, the sign that the product had not been commercialized.
MUSÉOGRAPHIER LES « MUSIQUES ÉLECTROAMPLIFIÉES » Pour une socio-histoire du sonore
Marc Touché
Le Musée national des arts et traditions populaires de Paris devenu le MuCEM prochainement à Marseille et le Musée des musiques populaires de Montluçon ont récemment constitué des collections à partir des travaux de recherche sociologique de terrains inscrits dans la durée. Ces collections traitent des cultures matérielles et immatérielles concernant l’émergence des musiques électroamplifiées dans les modes de vie en France. La question du sonore paroxystique (auditif et vibratoire), de la culture du potentiomètre, du décibélisme et du vibrationnisme sont des dimensions anthropologiques nouvelles en matière de muséologie. Travailler avec des musée permet d’envisager des formes originales de retour du travail de la recherche vers les publics.
MUSEOGRAPHY OF “ELECTRO-AMPLIFIED MUSICS”
For a socio-history of sound Marc Touché
The Musée national des arts et traditions populaires in Paris – now the MuCEM, to open shortly in Marseilles – and the Musée des musiques populaires de Montluçon recently built up collections based on sociological field research over long periods. These collections concern material and immaterial cultures relative to the emergence of electro-amplified musics in French lifestyles. The question of paroxysmal sound (both auditory and vibratory), of the culture of the potentiometer, of decibelism and vibrationism, are new anthropological dimensions in museology. Working with museums enables the researcher to envisage original ways in which research can turn back to publics.
LES TRANSFORMATIONS DE L’INTERMÉDIATION MUSICALE La construction de l’offre commerciale de musique en ligne en France Jean-Samuel Beuscart
La construction de l’offre de musique sur internet est avant tout une renégociation des règles juridiques et commerciales qui structurent le marché. La distribution s’organise autour d’un schéma d’intermédiation proche de celui du disque, dont trois aspects sont particulièrement controversés : l’étendue des catalogues proposés au consommateur, le format des fichiers vendus, et le prix du fichier musical. Les affrontements entre les différents acteurs sur ces trois points ont conduit à l’éviction des start-up de première génération, puis à la construction d’un compromis entre les acteurs de l’industrie informatique et de l’industrie du disque au détriment des distributeurs traditionnels. Le monde alternatif de l’autoproduction de masse reste embryonnaire.
THE TRANSFORMATIONS OF MUSIC INTERMEDIATION Construction of the commercial on-line music offer in France Jean-Samuel Beuscart
Construction of the music offer on the Internet is above all a renegotiation of the legal and commercial rules structuring the market. Distribution is organized around a model of intermediation similar to that of records, three aspects of which are particularly controversial: the scope of the catalogues proposed to consumers, the format of the files sold, and the price of a music file. Conflict between the various actors on these three points resulted in the ousting of first-generation start-ups, followed by a compromise between actors in the information technology and record industries, at the expense of traditional distributors. The parallel world of mass home production is still in an embryonic stage.
LA MUSIQUE LIVE, ÇA COMPTE…
Simon Frith
Les économistes et les sociologues de la musique s’accordent à dire depuis longtemps que le secteur de la musique live ne peut qu’être désavantagé dans la course aux dépenses de loisirs, tandis que les produits musicaux et les expériences musicales obtenus par médiation sont toujours plus variés.
Ces dix dernières années pourtant, la musique live au Royaume-Uni s’affiche comme l’une des parts les plus actives de l’économie de la musique. L’auteur explique de quelle manière la musique live demeure une part essentielle des stratégies commerciales de l’industrie de la musique. Il réfléchit ensuite sur les fonctions sociales du spectacle à l’aide de trois exemples de représentation exécutée dans un contexte récréatif : le karaoke, les Tribute Bands et le phénomène Nouvelle Star1. Il émet l’hypothèse que ces trois exemples sont des représentations secondaires, qui mettent en évidence le rôle social qu’a le chanteur dans notre société.
LIVE MUSIC MATTERS...
Simon Frith
Economists and sociologists of music have long argued that the live music sector must lose out in the competition for leisure expenditure with the ever increasing variety of mediated musical goods and experiences. In the last decade, though, there is evidence that live music in the UK is one of the most buoyant parts of the music economy. The author explains in what way live music remains an essential part of the commercial strategies in the music industry. He then speculates about the social functions of performance by examining three examples of performance as entertainment: karaoke, tribute bands and the Pop Idol phenomenon. These are, he suggests, examples of secondary performance, which illuminate the social role of the musical performer in contemporary society.
MUSIQUE, ÉMOTION ET INDIVIDUALISATION David Hesmondhalgh
Il existe une constante en sociologie de la musique, selon laquelle cette dernière constitue une ressource positive dans la construction active de soi.
Bien que l’auteur reconnaisse que la musique véhicule de nombreuses dimensions positives dans les sociétés modernes, il s’interroge sur la vision de soi qui sous-tend cette compréhension, et insiste sur l’importance d’une approche critique et historique de la musique, mais aussi sur l’importance de la subjectivité, qui concède une signification à l’expérience émotionnelle des individus. Il invite ainsi à penser de manière plus critique le rôle de la musique dans les sociétés modernes, en empruntant à Axel Honneth le concept de « prise de conscience structurée de soi » comme une caractéristique déterminant le processus d’individualisation dans nos sociétés. Parce que la musique est censé avoir des liens particuliers avec le monde de la subjectivité et de l’émotion, mais également avec une socialité très agréable, elle pourrait représenter un lieu singulièrement puissant où l’obligation, dans notre société, d’être un individu sensible, sociable et capable de ressentir du plaisir est mise à l’épreuve.
MUSIC, EMOTION AND INDIVIDUALIZATION David Hesmondhalgh
A dominant strand in the sociology of music understands music to be a positive resource in active self-making. While accepting that music has many positive dimensions in modern societies, the author questions the view of the self underlying this understanding, and argues for the importance of a critical and historical approach to music and subjectivity which recognizes the significance of people’s emotional experience. He then offers a more critical way of thinking about the role of music in modern societies, using Axel Honneth’s notion of “organized self-realization” as a defining feature of the process of individualization in contemporary societies. Because music is held to have particular links both to the realms of subjectivity and emotion, and also to pleasurable sociality, it may represent a particularly powerful site where the obligation to be a sensitive and pleasure-feeling sociable individual in modern society is tested out.
AIMER L’EUROVISION, UNE FAUTE DE GOÛT ?
Une approche sociologique du fan club français de l’Eurovision Philippe Le Guern
Dans cet article, nous nous intéresserons à une des mises en scène les plus emblématiques de la variété, le Concours de l’Eurovision de la Chanson, concours réputé kitsch. En menant une enquête par observation auprès du fan club français de l’Eurovision, nous nous interrogerons sur la sur- représentation d’homosexuels masculins parmi ses membres. En nous centrant sur l’analyse de la trajectoire sociale des fans, nous tenterons d’expliquer leur attachement au Concours. Nous montrerons du même coup les limites des interprétations culturalistes, qui font du goût pour le kitsch un des éléments centraux du style de vie homosexuel.
IS LIKING EUROVISION BAD TASTE?
A sociological approach to the French fan club of Eurovision Philippe Le Guern
In this article the author examines one of the most emblematic presentations of variety music, the reputedly kitsch Eurovision song contest. Based on an observation survey on the French fan club of Eurovision, he considers the over-representation of male homosexuals among the members. By focusing on the analysis of fans’ social trajectory, he proposes an explanation for their keen interest in the contest and thus shows the limits of culturalist interpretations in which the taste for kitsch is purported to be one of the key elements in homosexuals’ lifestyle.
LE « SECTEUR » DES MUSIQUES ACTUELLES De l’innovation à la normalisation… et retour ? Philippe Teillet
Cet article fait le point sur l’intégration des musiques actuelles au domaine des politiques publiques de la culture. La première partie s’intéresse au rapport entre les modalités d’intervention en faveur de ces musiques et les instruments d’action habituellement déployés pour le spectacle vivant. La tendance observable étant plutôt celle de la normalisation, la second partie s’attache à suggérer des pistes pour retrouver la force innovante de ce secteur à partir de deux de ses caractéristiques : une approche démocratique des politiques culturelles et le souci de la diversité culturelle.
THE “SECTOR” OF CURRENT MUSICS
From innovation to normalization… and back again?
Philippe Teillet
This article reviews the inclusion of current musics into the scope of public policies on culture. The first part examines the relationship between the modalities of intervention in favour of these musics and the instruments of action usually deployed for live shows. Since the observed tendency is towards normalization, the second part suggests ways to revive the innovative strength of this sector, based on two of its characteristics: a democratic approach to cultural policies and the concern for cultural diversity.
LES MUSIQUES AMPLIFIÉES EN FRANCE Phénomènes de surfaces et dynamiques invisibles Gerôme Guibert
A partir de la notion de scène locale, ce texte explicite comment des passionnés vivent et produisent la musique au sein d’un territoire en intégrant, au gré de leurs parcours, des communautés affinitaires. Pour mieux cerner le rôle des scènes locales, facteur d’émergence des dynamiques musicales, l’auteur articule son propos en deux parties. Il cherche d’abord à mettre à jour les changements induits par l’investissement des politiques publiques de la culture au sein du monde des musiques amplifiées. Puis il détaille le fonctionnement de ces pratiques locales qu’il qualifie
« d’invisibles » à partir des résultats d’une enquête de terrain.
AMPLIFIED MUSICS IN FRANCE
Superficial phenomena and invisible dynamics Gerôme Guibert
Based on the notion of local scenes, this article explains how individuals who have a passion for music, live and produce it within a territory by incorporating similar communities as they go along. To define the role of local scenes, a factor of emergence of musical dynamics, the author first highlights the changes induced by the investment of public policies on culture in the world of amplified musics. He then details the functioning of these local practices which, based on the results of a field survey, he qualifies as “invisible”.
QU’EST-CE QUE RÉPONDRE AU TÉLÉPHONE ? Une sociologie des sonneries téléphoniques (musicales) Christian Licoppe
A travers une étude empirique des usages des sonneries musicales, l’article montre : a) comment les préférences musicales personnelles se conjuguent aux enjeux de la présentation de soi dans l’espace public pour orienter les choix vers des musiques connues, prises dans les référentiels partagés de la culture de masse ; b) comment les utilisateurs exploitent les ressources des sonneries musicales à des fins de personnalisation des correspondants et d’allégement cognitif de la décision de décrocher (ou non) ; c) un déplacement normatif dans lequel la sonnerie-musique (qui invite à l’écoute) est traitée comme une contrepartie à la sonnerie-sommation qui enjoint de répondre. Le développement des sonneries musicales nourrit et renforce l’intensification de la charge cognitive et normative qui pèse sur l’appelé dans un monde qui valorise de plus en plus la disponibilité à la connexion.
WHAT DOES ANSWERING THE PHONE MEAN?
A sociology of musical ringtones Christian Licoppe
Based on an empirical study of the uses of musical ringtones, the paper shows: a) how personal musical tastes combine with the requirements of the presentation of self in public spaces to orient choices towards well-known musical excerpts, taken from the repertoire of mass consumption; b) how users exploit the resources of ringtones to personalize the ring with respect to callers and to alleviate the cognitive burden of the decision to answer the phone (or not); c) a normative shift in which the “ring-as-music” (which invites listening) is treated as a pleasant counterpart to the ‘ring-as- summons’ (which projects an answer as a relevant next action). The diffusion of mobile ringtones is supported by, and reinforces, the increase of the cognitive and normative pressures exerted on call takers in a world in which availability to connexion is valued more and more.