Les relations d’enquête en contexte de développement ou d’urgence Accès, risques, savoirs, restitutions
Colloque International de l’Association Euro-africaine
pour l’Anthropologie du Changement social et du Développement (APAD) Montpellier, 13-15 juin 2013
Appel à contributions
Les relations d’enquête, au cœur de la démarche anthropologique
Les relations d’enquête, la façon de gérer ses relations avec les multiples acteurs rencontrés au cours d’une recherche, est au cœur de la démarche anthropologique, fondée sur un investisse- ment personnel important dans la production de données et la recherche d’une « rigueur du qualitatif ». Les évolutions des objets de recherche ont à la fois déplacé et renouvelé cette ques- tion, au fur et à mesure que le schéma classique de l’anthropologue étudiant les cultures des peuples lointains et s’installant dans un village sans forcément demander leur avis à ses habi- tants, a été remplacé par celui de chercheurs, prenant pour objet d’étude des enjeux placés au cœur de l’actualité, situés dans des rapports d’altérité variés avec les groupes sociaux qu’il étu- die, et confrontés à une diversité d’acteurs institutionnels, politiques et médiatiques opérant ou enquêtant sur les mêmes terrains. La négociation de l’accès au terrain sur la longue durée, la légitimité du savoir anthropologique, la réflexivité des acteurs locaux sur leur propre situation, les attentes qu’ils placent dans le chercheur, les rapports aux institutions dominantes, sont deve- nues des questions désormais incontournables à la recherche ethnographique et de plus en plus partagé avec d’autres disciplines en sciences sociales pratiquant l’enquête de terrain (sociologie qualitative, géographie sociale,…). Avec le tournant réflexif de la discipline, et plus généralement des sciences sociales, c’est aussi la prise de conscience de la relativité du savoir anthropologique et de son articulation à d’autres savoirs-experts (et politiques) qui s’est posée, et avec elle la question de la restitution et de la mise en débat des résultats de recherche, et celle des usages qu’en font les acteurs étudiés.
Tournant réflexif et nouveaux objets de l’anthropologie du développement
Dans la dernière décennie, divers ouvrages et rencontres ont exploré ces mutations des poli- tiques de l’enquête, en s’intéressant notamment aux implications de terrains dits « sensibles » ou encore à la question de « l’anthropologue en danger ». Dans le champ du développement et de l’aide humanitaire, ce tournant réflexif a aussi été marqué par un renouveau de la réflexion, an- cienne, sur les différents types de rapports entre recherche et action, et une exploration plus systématique de la portée heuristique des diverses postures possibles de l’anthropologue face aux institutions de l’aide et aux populations dites « vulnérables ». Alors que l’anthropologie du développement s’est pendant longtemps polarisée entre critique radicale de l’entreprise déve- loppementaliste ou implication sans réflexivité dans l’action, des travaux novateurs adoptent aussi des postures plus nuancées, que ce soit sous forme d’un retour réflexif sur des expériences d’implication au sein de dispositifs projet ou en prenant pour objet d’études les logiques internes des institutions de l’aide, la production des savoirs-experts et des cadres d’action en leur sein ou encore le travail quotidien et les identités professionnelles des experts qui les constituent.
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Ce renouveau réflexif a été d’autant plus indispensable que de nouveaux champs sont au- jourd’hui explorés par les anthropologues du développement : les zones de conflits et de non droit, les camps de réfugiés et les situations dites d’ « urgence », les situations de violence quoti- dienne ou encore les institutions de l’aide vues de l’intérieur. Avec ces nouveaux objets, on me- sure mieux encore à quel point l’anthropologue est en interactions permanentes avec une gamme élargie d’acteurs investis dans le champ de l’aide, à quel point il doit négocier sa place et ses relations, voire ses objets de recherche. A des degrés variés, la production anthropologique est modelée par ces interactions, et finalement, en partie co-produite par ces acteurs.
C’est en particulier le cas dans les expériences récentes de recherche pluridisciplinaires collabora- tives, mais aussi les recherches menées dans le cadre d’expertises, qui tentent de plus en plus de structurer et d’institutionnaliser les relations entre chercheurs, institutions et enquêtés, ou d’explorer diverses formes de « partenariats épistémiques » avec les experts de l’aide. Ou dans les travaux récents de chercheurs ayant travaillé dans des institutions d’aide, qui ont ouvert des perspectives nouvelles sur la production des savoirs dans les institutions d’aide, sur la pratique du développement.
Les questions de confidentialité, d’anonymat, de risque que le chercheur fait prendre à ses in- formateurs, et d’engagement citoyen se posent aussi de façon nouvelle : obtenir le consente- ment des acteurs n’est pas suffisant, il faut aussi anticiper les conséquences de l’enquête afin de les protéger des répercussions potentiellement compromettantes voire dangereuses de leur par- ticipation.
Pistes de réflexion pour des communications
Pour son colloque de 2013, l’Association Euro-Africaine pour l’anthropologie du changement social et du développement (APAD)1 propose d’approfondir les questions méthodologiques, épis- témologiques et éthiques inhérentes à la relation d’enquête dans des situations humanitaires ou de développement, caractérisées par des contextes de pauvreté, de détresse ou de violence plus ou moins marquées, et par l’intervention d’institutions, nationales ou internationales, qui cher- chent à les gérer. La multiplicité des acteurs (groupes stratégiques locaux, administration, ONG, projets, consultants, etc.) y est la règle, l’accès au terrain ou à l’information peut être plus ou moins difficile, en particulier en situation de conflits ou de camps de réfugiés, mais aussi lorsque les institutions et acteurs politiques locaux produisent leur propre discours sur les réalités étu- diées et s’érigent en « gardiens de la vérité ». De plus, le rapport aux institutions de l’aide, qui financent parfois les études, y est plus que jamais ambivalent. La relation que l’anthropologue et, plus généralement, le chercheur en sciences sociale pratiquant l’enquête de terrain, entretient aux labels, catégories d’intervention et cadres cognitifs produits par ces dernières y est particu- lièrement problématique. Les institutions d’aide elles-mêmes sont devenues un objet de re-
1L’APAD est un réseau promouvant le dialogue entre chercheurs européens et africains en sciences sociales, d’une part, et entre chercheurs et praticiens du développement, d’autre part. Centrée initialement sur des études empiriques des interactions autour du développement, l’approche de l’APAD a évolué vers des recherches sur le changement social au sens large, sur le continent africain. Site : http://www.association-apad.org/
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cherche, particulièrement riche, où les questions d’accès au terrain et de confrontations aux dis- cours et connaissances produites par l’institution sont cruciales.
Les communications pourront ainsi explorer les enjeux éthiques et épistémologiques posés par la relation d’enquête dans le champ de l’aide, et les diverses postures que l’anthropologue peut adopter dans des situations variées (plus ou moins conflictuelles ou sujettes à des interventions externes), de l’observateur distant à la participation observante, des recherches externes aux recherches en partenariat avec des institutions d’aide, de la distanciation à l’implication. Un inté- rêt particulier sera porté aux expériences de recherche collaborative avec des institutions d’aide et des praticiens.
Dans une démarche réflexive, les communications pourront analyser le contexte de la recherche ; la façon de négocier son accès au terrain ; les difficultés d’accès à l’information ou les stratégies d’encliquage ou d’instrumentalisation ; les risques que prend parfois le chercheur et ceux qu’il peut faire prendre à ses différents interlocuteurs ; les questions de protection des informations et des informateurs et de propriété des données ; la confrontation des discours et des savoirs sur l’objet ; la façon dont l’anthropologue influe sur son objet et dont, en retour, il est lui-même in- fluencé par son positionnement particulier ; la manière dont ces relations d’enquête influent sur les stratégies d’écriture et de publication, en termes de confidentialité, protection des sources, etc.
Les communications pourront aussi émaner d’acteurs du développement ou de l’humanitaire, et décrire et analyser la façon dont se sont déroulées et dont ils ont vécu des recherches anthropo- logiques sur leur institution ou les terrains où ils interviennent, qu’elles aient été indépendantes ou sous des formes diverses de contractualisation ou de négociation, et analyser, du point de vue de praticiens, les questions de pratiques de recherche et de confrontations de savoirs.
En d’autres termes, il s’agira de mettre en exergue, dans le champ du développement, de l’urgence ou de l’humanitaire, l’influence de la relation d’enquête et du type de posture adoptée sur la nature de données produites et sur les stratégies de restitution et de publication, de mon- trer en quoi le savoir anthropologique dans le champ de l’aide est co-produit par les rapports entretenus avec une multiplicité d’autres acteurs, et de poser la question des instrumentalisa- tions possibles de ce savoir et in fine de la responsabilité de l’anthropologue.
En abordant la manière dont chacun a bricolé, de façon plus ou moins pensée et structurée, son rapport aux autres et sa méthodologie face aux enjeux de sa recherche, aux problèmes éthiques et épistémologiques qu’elle pose, aux contraintes et difficultés rencontrées, les contributions pourront concerner l’un ou plusieurs des axes de réflexion / ou situations suivants :
- les situations de violence quotidienne ou de pauvreté extrême, où la confrontation à la souffrance de l’autre se double parfois de prises de risques, pour l’anthropologue ou ses informateurs ;
- les situations d’urgence humanitaire, de guerre civile et de post-conflit, où la violence, actuelle ou passée, se couple à l’intervention militaire et/ou humanitaire ;
- les situations d’enquête au sein des institutions d’aide, qu’elles soient centrées sur ces institutions elles-mêmes, sur leur personnel, ou sur leurs interventions, qu’elles soient réalisées de façon autonome ou à leur demande.
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4 Informations pratiques
• Les langues de travail du colloque sont le français et l’anglais. Il n’y aura pas de traduction simultanée.
• Les résumés, d’une longueur maximale de 500 mots, doivent être envoyés avant le 15 octobre 2012 à l’adresse suivante : [email protected] NB. Veuillez écrire ”APAD Colloque 2013” comme objet dans votre courriel (email), ainsi que votre nom et prénoms, affiliation institutionnelle et information de contact dans le texte de votre courriel.
• Les auteurs dont les résumés auront été retenus seront informés avant fin décembre 2012.
• Les textes complets des communications (7000 mots ou 40 000 signes espace compris, maximum) sont à envoyer avant le 31 mars 2013, pour permettre d’organiser les séances.
• Un nombre très limité de prises en charge sera possible. Les participants sont invités à rechercher par eux-mêmes les moyens nécessaires pour couvrir le coût de leur participation au Colloque.
• Les participants étrangers, en particulier Africains, sont invités à entamer suffisamment à l’avance les formalités de demande de visa. L’APAD fournira une attestation aux participants dont les contributions auront été acceptées.
• Tous les participants à faire une communication doivent être membres de l’APAD. Les cotisations peuvent être payées à la présidence de l’APAD en Suède, ou au secrétariat général, basé au LASDEL au Niger. Elles donnent droit à la lettre d’information et aux bulletins.
• Les cotisations annuelles sont les suivantes:
o revenu mensuel moyen supérieur à 800 € : 39 € o revenu mensuel moyen inférieur à 800 € : 19 €
• Les frais d’inscription au Colloque lui-même sont fixés à 40 €
Les paiements seront faits obligatoirement par virement bancaire, sur le compte de l’APAD.
Compte n° 6501-424 473 178
IBAN no SE67 6000 0000 0004 2447 3178 BIC-code/Swift Address HANDSESS
Titulaire du compte : Euro-African Association for the Anthropology of Social Change and Development (APAD) Handelsbanken Uppsala City
Vaksalagatan 8 PO Box 45 75103 Uppsala Suède
Clearingnr: 6501, BIC/SWIFT: HANDSESS Phone +46 18 655800 – Fax +46 18 108255 Email: [email protected]
Veuillez bien assurer que votre nom figure sur le paiement. Nous n’acceptons pas de paiement par chèque ! Les paie- ments pourront être reçus en liquide le jour de l’inscription.
Les informations sur le colloque seront disponibles sur le site de l’APAD (http://www.association-apad.org/) à partir d’octobre 2012.
Comité scientifique et d’organisation
Ann CASSIMAN (Katholieke Universiteit Leuven, Belgique) Laurence BOUTINOT (Cirad, Montpellier, France)
Jacky BOUJU (Université de Marseille, Aix-en-Provence, France) Marion FRESIA (Université de Neuchâtel, Suisse)
Marc-Eric GRUENAIS (Université de Bordeaux, France) Sten HAGBERG (Université d’Upsala, Suède)
Ludovic KIBORA (Institut nationale des sciences des sociétés/CNRST, Ouagadougou, Burkina Faso) Philippe LAVIGNE DELVILLE (Institut de Recherche pour le Développement/ Lasdel, Montpellier, France) Pascale MOITY MAIZI (Institut des Régions Chaudes/Supagro, Montpellier, France)
Fatoumata OUATTARA (Institut de Recherche pour le Développement, Marseille, France) Hamani OUMAROU (Lasdel, Niamey, Niger)
Denis PESCHE (Cirad, Montpellier, France)
Laurent VIDAL (Institut de Recherche pour le Développement, Marseille, France)