GUIDE TÊTU+ 2008-2009
Le guide gratuit d’information sur Le ViH édition 2008-2009
TÊTU +
te tu .c o m
têtu +
Directeur Pierre Bergé
Directeur De la publication Olivier Ségot
Directeur exécutif Norbert Pochon réDacteur en chef Gilles Wullus
réDacteur en chef Du GuiDe têtu + Luc Biecq
Directeur artistique Marc-Antoine Serra réDacteur Graphiste Rudy Augustin-Lucile
assistant Maquettiste Yann Razavet
iconoGraphie, proDuction photo Alexandre Roche
preMier secrétaire De réDaction François Couzinié
secrétaires De réDaction Frédéric Vazquez, Christophe Constantin assistants De la réDaction Bertrand Regnaud et Ludovic Gay ont collaboré à ce nuMéro
Dr François Bourdillon, Émile Charmand, Dr Jean-Michel Cohen, Emmanuelle Cosse, Marie-Catherine de la Roche, Laurence Grézaud, Stéphane Gobel, Oscar Héliani, Catherine Kapusta-Palmer, Renaud Persiaux, Dr Brigitte Reboulot, Isabelle Yaouanc
photoGraphes
Julie Ansiau, Emmanuelle Barbaras, Baudouin, Will Baxter, Mathias Casado-Castro, Jean-Luc Guérin, Alfredo Piola, Elisabeth Rule, Romain Saada
réDaction
6 bis, rue Campagne-Première, 75014 Paris.
Tél. : 01 56 80 20 80. Fax : 01 56 80 20 65.
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Le guide Têtu + est édité par CPPD SAS 6 bis, rue Campagne-Première, 75014 Paris.
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iMpression
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Malgré toute notre vigilance dans la rédaction de ce guide, des erreurs ou des omissions ont pu être commises. Merci de nous les signaler.
le guide TêTu + a bénéficié du soutien des laboratoires pharmaceutiques suivants : ABBOTT FRANCE
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Conformément à la législation en vigueur, les articles du guide TêTu + n’ont été ni rédigés ni relus par les laboratoires pharmaceutiques.
Illustration de couverture : Steven Burke
* Une promesse pour la vie.
le guide TêTu + a également bénéficié du soutien de :
La direction générale de la Santé (dgS, division sida), l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes) et la mairie de paris participent à la diffusion gratuite du guide TêTu + hors du magazine TêTu.
Merci à AAP, Agora presse et cætera, Alliance Routage, AMP, Insert urban Régie, LMPI, Median Impressions, MLP, Promap, Relay, SEGO, Stamp.
Réf. Inpes 3112-08370-L
portraits
Paroles autour du virus p. 4
prévention
Abécédaire, les mots clés pour se repérer p. 14
Tribune libre p. 16
Tout savoir sur les IST p. 18
mieux vivre
Les thérapies alternatives p. 20
Sexo, destination plaisir p. 21
Nutrition, le régime du docteur Cohen p. 24 mouvement
Comment se remettre à bouger p. 31
associations
Le CISS p. 32
Le Kiosque p. 34
Autres regards p. 35
Marie-Madeleine p. 36
Café lunettes rouges p. 37
Le Tipi et Nova p. 38
Frisse et Africagay p. 39
Seronet p. 40
Pari-T et Cocq-sida p. 41
emploi
Conseils de pros pour le garder ou le retrouver p. 42 reportage
L’Association marocaine de lutte contre le sida p. 46 droits sociaux
Les réponses à 17 questions clés p. 50 reportage
Le paradoxe thaïlandais p. 56
traitements
L’atout de l’observance p. 62
Rapport Yeni : l’essentiel des recommandations p. 64
Les molécules du futur p. 65
Addictions et VIH p. 66
Les traitements au féminin p. 68
Hépatites et VIH p. 70
Co-infection, les traitements p. 72
Le bon usage des thérapies p. 77
cahier pratique
Introduction sur les antirétroviraux p. 78 31 fiches sur les combinaisons les plus prescrites p. 79
adresses utiles p. 108
comité scientifique p. 110
Le Guide Têtu + est gratuit. Il est destiné aux personnes atteintes du VIH, à leur entourage et à tous ceux qui souhaitent s’informer sur le sida. Il vous est offert par le magazine Têtu.
Sommaire Le risque
de l’oubli
I l aura fallu vingt-cinq ans pour que les séropositifs passent du statut de condamnés à celui de « victimes », pour frôler, en ce début de XXI
esiècle, la triste position d’oubliés. Celles et ceux – témoins, militants, experts – qui ont pris la parole dans ce guide refusent tous ce silence et disent à leur façon que les acteurs de la lutte contre le sida sont pleins de vie et d’idées. Niés, congédiés, invisibles, voire même fichés, comme le souhaitait le gouvernement français, les séropositifs ne veulent plus devenir à nouveau des citoyens de quatrième zone, sans accès à l’emploi, privés de ressources, restreints dans leur accès aux soins.
Est-il possible aujourd’hui de vivre avec le VIH, en France ? Chacun de nous aimerait évidemment dire que oui. Mais les personnes, séropositives ou non, qui luttent contre le sida savent combien ce combat quotidien est fragilisé, malgré les avancées thérapeutiques. La politique de santé publique menace ceux qui ont besoin d’un traitement au long cours. Les petites associations de terrain luttent pour la survie.
Les soutiens, les militants, l’équipe qui ont permis au Guide Têtu + d’exister méritent notre gratitude. C’est grâce à eux que de nouvelles thématiques sur la qualité de vie sont apparues dans ces pages. Ces femmes et ces hommes ne baissent pas les bras. Car, si la durée de vie s’allonge dans les pays riches, l’indifférence et le déni gagnent sournoisement du terrain partout.
La honte et l’exclusion, associées aux années 1980, n’ont décidément plus leur place en 2008.
Luc BiecqCe guide est dédié à la mémoire d’Hervé Gauchet, illustrateur des précédents Têtu +, mort du sida en 2008.
la vie en +
le vih a bouleversé leur existence…
mais le soutien des autres et les trithérapies leur ont redonné l’espoir. témoignages.
TexTes Luc Biecq eT emmanueLLe cosse PhoTos Jean-Luc Guérin
PORTRAITS
il y a trois ans, césar, congolais de 55 ans, fait escale à paris lors d’un voyage professionnel. et la vie de cet homme d’affaires bascule. « J’ai été hospitalisé après un malaise.
On m’a alors appris que j’étais séropo. Je ne comprends toujours pas comment j’ai été contaminé », raconte-t-il la voix affaiblie par ce souvenir douloureux. le choc est énorme, le retour au pays, inenvisageable, car césar veut se soigner. « Heureusement que je suis tombé malade ici. Au Congo, les séropositifs n’ont rien.
Zéro suivi, aucun médicament. C’est la mort. » il est d’abord hébergé par sa fille, mais elle le met rapidement à la porte lorsqu’elle apprend sa séropositivité. ce rejet, c’est sa déchirure.
« Je l’ai emmenée au centre Arc-en-Ciel * où on lui a expliqué les modes de contamination du VIH. Mais elle ne veut toujours pas me voir. » avec ses autres enfants, le contact est meilleur.
le plus jeune des huit, encore scolarisé, vit désormais avec lui.
dans la communauté africaine française, le tabou autour du sida est une réalité.
n’en parler à personne, rester silencieux : césar ne supportait plus cette règle non dite. en septembre 2007, un ami le conduit à l’association la résilience où il rencontre de nombreux migrants séropositifs. ils viennent participer à des groupes de parole, pour un soutien thérapeutique ou un conseil administratif, ou simplement pour prendre
un repas. « Ici, je peux parler, résume simplement césar. Ce sont mes amis, ils me soutiennent, ils me conseillent. » césar n’a donc aucun souci pour témoigner de son quotidien à visage découvert. « Je vis avec cela. Comment je peux me rejeter ? J’ai droit à la vie, comme tout le monde ! » c’est ce qu’il dit à celles et ceux qui arrivent, très déprimés, à la résilience. « Nous sommes séropositifs mais pas malades, nous pouvons travailler.
Il faut se battre. »
aujourd’hui, outre le manque de ressources, ce qui le mine le plus, c’est que la femme qu’il aime est restée au pays. après trente-deux ans de mariage, il aimerait qu’elle le rejoigne.
le coût du billet d’avion l’en empêche. le simple fait d’évoquer leur séparation lui fait venir les larmes aux yeux.
suivi également pour des troubles cardiaques, césar ne prend pas encore de trithérapie.
son docteur lui a dit attendre le moment opportun. « Il est comme un frère », dit de lui césar, qui loue sa capacité à répondre à chaque question, à tout expliquer, et regrette que ce style d’échanges soit si difficile dans sa communauté. « Les gens doivent se faire dépister. Car, explique-t-il avec philosophie, mieux vaut connaître sa maladie pour prendre les médicaments tôt que de tomber gravement malade dans l’ignorance. » EC
* Arc-en-Ciel est la délégation d’Aides pour l’Ile-de-France.
« Il faut se faire dépister pour prendre les médicaments tôt »
César
la vie en +
« Je ne suis pas très religieuse, mais j’ai voulu prier. J’aurais voulu mourir à la place de mon fils. » À 68 ans, marie-christine se souvient de l’année où elle apprend que son aîné est contaminé par le virus du sida. c’était un sale mois de janvier 1990, cinq ans après une opération de l’appendicite où une transfusion avait été jugée nécessaire. Jusque-là, son turbulent rejeton, « hémophile léger » comme le dit la maman, n’avait porté en bannière que quelques bleus douloureux de gosse cascadeur. depuis l’intervention, en 1985, il semblait vivre avec une fatigue persistante.
À l’annonce de sa séropositivité, terrorisé, il passe un coup de fil à sa mère. marie-christine perd connaissance. « Rien que d’y penser, ça me tord encore le ventre », dit-elle avec pudeur. « Je me répétais alors que c’était impossible, qu’un autre test allait révéler une erreur. » autour
d’elle, c’est l’hébétement. l’ignorance sur la question est totale. marie- christine endosse le rôle de mère poule qui couve son petit. « Mais très vite, il a essayé de faire avec cette nouvelle, en m’incitant à ne pas le voir comme un mourant », raconte-t-elle. avec habileté, le fiston surfe sur le déni et s’impose le silence. de son côté, sa mère lit les infos médicales compilées par son mari. elle craint que son fils ne puisse connaître de vie amoureuse. la « petite-bourgeoise un peu coincée », comme elle se définit elle-même, rejoint l’association aides où elle croise des homos « combatifs, informés, professionnels ». l’arrivée des trithérapies sonne le glas des années noires, la mort paraît moins imminente. marie-christine voit son fils entamer une psychanalyse et le laisse vivre sa vie. « Il me laisse béate d’admiration. Tout jeune adulte, il a reçu un coup de massue. C’est maintenant un adulte serein. » il a 40 ans, il est amoureux, il va se marier.
Quel conseil donnerait-elle, aujourd’hui, à une maman qui apprend que son enfant est séropo ? « Je lui dirais que c’est une maladie avec laquelle on peut vivre. Mais je lui conseillerais de ne pas trop l’ébruiter, pour ne pas s’exposer aux âneries que les gens vous renvoient encore sur le VIH. Dire qu’on a un enfant séropo ou dire qu’il ou elle est diabétique, ça n’est pas pareil. » LuC BiECq
« J’aurais voulu mourir à la place de mon fils »
Marie-Christine
PORTRAITS
tout de suite, il a décidé de se battre.
dès 1996, quand un médecin détecte des taches suspectes au fond de sa gorge. très vite, une prise de sang confirme à olivier qu’il est atteint du sarcome de Kaposi. il sait qu’il a été contaminé par voie sexuelle et ne cache pas avoir occulté certains risques.
sa première visite à l’hôpital ? un mauvais scénario : le médecin hospitalier qui le reçoit lui parle paperasses et droits sociaux. olivier, sonné mais pas à terre, lui avait pourtant dit son envie de le voir comme un partenaire à long terme. dès le soir même, il rappelle le secrétariat pour exiger un rendez-vous le lendemain. comme on le lui refuse, le frondeur joue l’activiste tout seul et débarque à 8 heures du matin : « Je lui ai fait remarquer qu’il ne m’avait même pas ausculté ! » l’homme en blouse blanche s’exécute enfin et découvre une tache de Kaposi sur le dos d’olivier.
il diagnostique un « stade sida ».
immédiatement, olivier entame une thérapie lourde pour remettre à flot une courbe de t4 proche du degré zéro. depuis, son immunité a retrouvé sa vigueur. mais l’année 1997 résonne encore comme un cauchemar : « Je devais prendre 6 gélules le matin et 6 autres le soir, je posais des verres d’eau de façon aléatoire dans l’appartement en me promettant de les avaler à chaque fois que j’en croisais un. » sa vie lui échappe.
« J’étais prostré, courbé, perclus de douleurs pendant presque deux mois. » son compagnon d’alors le soutient, comme un amoureux.
« Il a été formidable, il a continué à me regarder normalement. » aujourd’hui, il craint encore chaque changement de traitement. depuis douze ans, il n’a pas passé une journée sans prendre une gélule. « On m’a dit que j’avais eu de la chance. Pour tous ceux que j’ai vu mourir trop tôt et qui n’ont pas eu ce traitement, je me devais de me battre. » olivier s’est toujours refusé à dire qu’il avait mal. À aucun moment, il ne s’est perçu comme malade. Quand la vie a repris son cours, il a retrouvé son poste de chef de cabine à air France. là, personne ne l’a stigmatisé, au contraire : « Le service médical de mon entreprise m’a soutenu. Jamais il n’a été question de me virer. » cette possibilité de poursuivre sa carrière professionnelle a été, selon lui, « primordiale ».
aujourd’hui, il monte à cheval et enfourche sa moto – un gros cube – dès qu’il peut. et, bien dans son corps, cet homme de plaisirs déguste avec délectation l’infini bonheur d’une nouvelle passion amoureuse. Fougueuse, comme il aime. LB
« Pour tous ceux qui
n’ont pas eu ce traitement, je devais me battre »
Olivier
la veille, il est allé à sa consultation, comme tous les quatre mois. la médecin lui a demandé de freiner sur la gastronomie normande. les triglycérides s’affolent un peu, ça ne l’inquiète pas outre mesure. « Je suis un
bon vivant. Au niveau physique, je vais bien, sur le plan psychique, je n’ai rien qui puisse me rendre malheureux. » À 57 ans, ce militaire retraité et haut gradé a connu les fêtes de david girard au megatown, et les débuts de la démence, à bruxelles. aujourd’hui, non loin des lieux qui ont inspiré à Flaubert son Madame Bovary, il parle d’une vie au ralenti. « Je ne suis pas speed, je me sens dégagé de certaines contraintes. » la veille encore, à l’hôpital, il a commencé à lire un article sur la probabilité pour les séropositifs de développer certains cancers. il a reposé la revue sur la table. « Je ne fais pas semblant d’oublier que je vis avec un virus. Mais je ne cherche pas d’infos supplémentaires. Le résultat de mes bilans, ça me suffit. »
sur l’origine de sa contamination, il n’a pas de certitudes. dès les années 1990, il multiplie grippes et infections, attribuées au paludisme par les médecins. l’idée de faire un test lui passe-t-elle alors par la tête ? « Je ne me suis jamais senti dans la catégorie des gens ayant des comportements à risques. » le sexe, ça n’a jamais été son truc. l’athlète au corps râblé est amateur de câlins. aurait-il surfé, à sa manière, sur le déni ? « J’étais davantage dans l’ignorance. Aucun docteur ne m’a jamais suggéré de faire le test. » après une sérieuse perte de poids, ajoutée à un état grippal, il décide de consulter, début 2001, un service des maladies infectieuses. on lui annonce sa séropositivité au vih. dès le lendemain, tout bascule : il perd l’usage de ses jambes et tombe dans le coma. il pèse 40 kg, pour un poids habituel de 80 kg. ce n’est qu’en mai de la même année qu’il sort la tête de l’eau pour réapprendre à lire, à écrire, à marcher.
ses collègues de travail le soutiennent et lui amènent des petits plats. tout juste remis, il passe à nouveau quatre mois à l’hosto pour endiguer une tuberculose. « J’ai passé presque une année entière à l’hôpital. »
sept ans après, cet homme qui dit avoir eu plusieurs vies pour n’en garder qu’une seule a choisi une abstinence qui ne lui pèse pas le moins du monde. les neuropathies lui ont enlevé toute sensation au niveau des pieds. alors il s’interdit l’ascenseur.
il aide les nuls en informatique, il s’occupe de sa famille et s’essaie au dressage d’un solide griffon Korthals. sa vie lui va et, si la nostalgie fait quelques apparitions, elle n’est jamais amère. LB
« Je ne fais pas semblant d’oublier que je vis avec un virus »
Philippe
PORTRAITS
À presque 40 ans, christine a accepté de parler à visage découvert le jour où un copain lui a proposé de témoigner dans les écoles. pourquoi ? « J’étais un visage différent, ni homo, ni toxico, ni prostituée. Je suis une hétéro contaminée lors de mon premier rapport sexuel », résume-t-elle. ancienne sportive de haut niveau, elle a joué dans la première division du paris saint-germain. son tout premier amant, sportif comme elle, ignore qu’il est séropositif. « J’étais complètement dans le foot, je ne pensais qu’à la compétition.
La prévention ne m’atteignait pas. » christine apprend sa contamination alors qu’elle vit encore chez ses parents. bien sûr, le choc est rude. « Je ne voyais plus de vie possible, je me suis laissée dégringoler », se souvient-elle. il lui faudra quelques années pour retaper dans un ballon, par envie et parce que le sport peut diminuer les neuropathies provoquées par l’aZt. sur le terrain, christine ne fait aucune annonce générale, mais elle prévient les coachs. Faire chaque exercice à fond, ce n’est plus possible. « J’ai quand même réussi à re- jouer en troisième division », dit-elle, satisfaite.
elle est aujourd’hui entraîneuse bénévole dans une association et milite à sa façon.
si elle parvient à vivre avec ce virus sans trop se laisser bousiller, elle entend bien être une personne écoutée et entendue, pas une patiente de plus. par le passé, pour parvenir à manifester sa réprobation quand un traitement ne lui convenait pas, elle a parfois décidé seule de l’arrêter. et elle ouvre sa gueule. « Un jour où je prenais la parole à une conférence au sujet des effets secondaires chez les femmes, un célèbre médecin a dit publiquement que nous devrions être contentes d’avoir les jambes affinées. » en 2002, christine apprend qu’elle est également atteinte d’une hyperplasie nodulaire régénérative, une maladie rare, potentiellement induite par le vih et la prise de videx. en décembre 2007, une équipe de l’hôpital paul brousse, pro et humaine, lui transplante un foie. vingt et une heures d’intervention, des semaines de convalescence ne lui font pas perdre confiance :
« Je n’ai jamais rejeté personne, alors je ne vais certainement pas rejeter mon foie. » les mots neutres, ce n’est toujours pas son truc : « Ce virus a déformé mon corps et m’a donné des complexes. Dans les publications professionnelles, on ne montre jamais de corps féminins abîmés par le VIH », constate-t-elle avec un calme où affleure la rage contenue.
la mobilisation sur la reconstruction de l’abdomen et des fesses est pourtant capitale.
« Parce que les discours du style “faites pas ci, faites pas ça” ou “forcez sur les abdos”, on n’en peut plus… » LB
« Le VIH a déformé mon corps »
Christine
PORTRAITS
« Les séropos doivent revenir à l’activisme »
Marjolaine
ex-bourgeoise anarchiste, comme elle se définit elle-même, marjolaine degremont se partage entre deux vies : artiste, avec un travail sans thématique politique, et coprésidente d’act up-paris. depuis le 29 mars 2008, elle est la première femme séropositive à occuper cette fonction bénévole. « Je suis coprésidente avec Rachel Easterman-Ulmann, une figure historique. C’est très bien ainsi, on se complète. »
en 1990, le premier test de séropositivité au vih que fait marjolaine se révèle positif.
« Je plaisais beaucoup et j’ai bien profité des années Palace », dit-elle avec naturel. À cette époque, marjolaine suit à la télé les actions d’act up-paris, créé l’année précédente, dans le sillage de l’association new-yorkaise de lutte contre le sida. en 1995, elle tombe malade, une méningite. elle maigrit, elle va mal, une rumeur la dit mourante. « Je me suis auto-exclue du monde de l’art, parfois artificiel et insupportable et, surtout, j’avais la peur panique d’avoir contaminé quelqu’un.
J’espère que ce n’est pas le cas. » ulcérée par les femmes qui se présentent comme victimes, elle se rend à une première « répi », une réunion publique d’information d’act up, en 1996. le sérieux des interventions la laisse baba. en rejoignant la commission Femmes, un an après, elle trouve sa place : « Je crois que j’étais la première du groupe à me dire séropo. C’était là où je devais être. » nulle envie chez elle de jouer les théoriciennes.
« Je n’avais pas une analyse intello, c’était du vécu, du sensible. » ses phrases partent comme des fusées de feu d’artifice, sans qu’elle cherche à les guider.
avec le recul, plus de dix ans après, elle juge que d’autres militantes, qu’adolescente, elle idolâtrait, n’ont rien compris au sida :
« Le féminisme blanc, dominant, bien-pensant a gardé un silence coupable. À l’exception du planning familial, les combattantes du droit à l’avortement et à la contraception ne comprennent pas que notre combat est commun. » aujourd’hui, elle espère que les séropos vont revenir à l’activisme.
depuis que les hétéros séropos portent plainte les uns contre les autres, elle juge que ça devient urgent : « On recommence comme il y a vingt-cinq ans, les gens font des hiérarchies entre les bons séropos victimes et les autres, qui l’auraient bien cherché. » À 50 ans, marjolaine ne s’accommode pas trop mal de ce virus qui fait vieillir plus vite. « Le corps change, c’est sûr. Le problème majeur n’est pas l’accès au sexe mais le rapport amoureux à long terme. Il est bien plus difficile pour une femme séropositive que pour une séronégative. Les mecs hétéros séropos se trouvent souvent une séroneg’ prête à faire l’infirmière… » LB
tout a commencé par une annonce délicate comme un char d’assaut, après un don de sang fait lors du service national. le médecin militaire le convoque à l’infirmerie pour lui annoncer qu’il est séropositif. « Vous avez peu de temps à vivre, annonce-t-il à Frédéric, alors profitez-en. » il n’ajoute pas un mot. le tout jeune homme se retrouve du même coup exclu du groupe : « J’ai été parqué, sans activité, avant d’être réformé. »
plus de dix ans après, il se souvient de sa contamination, en 1993, lors de son premier rapport sexuel. son partenaire se savait porteur du virus et avait des rapports non protégés. « Il m’a gâché la vie », commente sobrement Frédéric. Jeune, gay et provincial, il parle du manque d’information et surtout d’un vieux cliché : « Dans ma tête, à l’époque, un séropo était quelqu’un qui allait très mal.
Je croyais que ça se voyait forcément. » À la recherche de soutien, il pousse la porte de l’antenne locale d’aides, à bourges. les luttes internes de pouvoir le désolent. heureusement, sa route croise rapidement celle d’une
bénévole au grand cœur, marie-France.
« Je lui dois d’être encore en vie. Je m’enfonçais dans la dépression par paliers. Cette femme m’a aidé à sortir d’une spirale de souffrance. » son engagement associatif l’emmène vers le difficile accompagnement hospitalier, où des gens meurent dans une solitude extrême.
côté vie perso, Frédéric a vécu deux belles histoires de couple. son célibat actuel lui pèse :
« Je crois qu’être séropo en 2008, c’est hélas
“rater” des histoires d’amour. Les mecs veulent abandonner la capote et moi je ne peux pas. » parfois, il se dit que ce serait plus simple de rencontrer un séropo. « Peut-être cela éviterait-il bien des désillusions… » côté santé, tout va bien. il entretient une relation de confiance et de qualité avec ses deux médecins, un généraliste en ville,
un autre à l’hôpital. il se sent en forme, il fait de la muscu, du cardio, du stretching.
pourquoi témoigner ? « Parce que je parle ouvertement. Je dis ce que je suis, je ne veux rien cacher à un amoureux éventuel, par exemple. » l’idée que les séropos soient à nouveau obligés de se planquer ne lui plaît pas beaucoup. Frédéric veut que sa prise de parole aide les plus jeunes : « Je veux dire qu’il est possible de vivre avec le VIH. J’aurais aimé lire un témoignage comme le mien à l’époque de ma contamination. » il voulait être utile, c’est chose faite. LB
« Il est possible aujourd’hui de vivre avec le VIH »
Frédéric
« Les séropos doivent revenir à l’activisme »
Marjolaine
drôle d’anniversaire… Quinze jours avant ses 25 ans, nicolas apprend, lors d’un examen médical, qu’il a été contaminé par le vih. lors d’un banal accident de capote, en octobre 2004, alors qu’il faisait l’amour avec un partenaire régulier ignorant sa séropositivité. sans rancœur, il dit que c’est la faute à pas de chance. « Je ne peux pas lui en vouloir. C’est moi qui ai dû lui annoncer qu’il n’était pas séronégatif. » comme beaucoup d’autres, nicolas a d’abord porté sur ses jeunes épaules le poids de la culpabilité : « Je voyais ça comme une punition. » ce jeune homme a perdu sa maman d’une leucémie alors qu’il avait 16 seize ans. la même année, son père mourrait d’un cancer. l’une a combattu, l’autre pas. « Moi, je voyais dans ma séropositivité l’annonce de ma mort, comme une réponse à la mélancolie que je porte en moi depuis toujours. » ses années d’engagement dans la lutte contre le sida ne l’aident pas du tout : « Même quand j’étais séronégatif, je voyais comment on disait aux séropos “t’as fait le con, alors assume”. » une fois séropositif, il comprend encore mieux que l’important, c’est de trouver les clés pour vivre avec le virus. catholique pratiquant et gay assumé, il fait le choix d’en parler, à sa famille, à ses amis, à ses collaborateurs.
les soutiens attendus sont là. mais c’est lors d’une consultation que sa perception de la maladie change. il est face à un médecin de renom. « Je l’appelle “mon professeur”, c’est un expert, un chercheur reconnu par ses pairs et un clinicien. J’ai avec lui un lien d’attachement complice. » Face à nicolas qui refuse d’entamer un traitement, ce soignant habile lui suggère de se rendre à une réunion des Jeunes séropotes, une association qui se définit comme non militante, uniquement composée de séropositifs. la rencontre avec ces garçons qui respirent la joie de vivre est un vrai choc. lors d’un groupe de dialogue, nicolas entend des garçons dire combien les médocs ont changé leur vie. lassé de vivre épuisé, il passe le cap et se dit aujourd’hui ravi. l’énergie retrouvée lui sert à multiplier les engagements associatifs, à jouer les fans aux concerts de céline dion ou de mylène Farmer. sa foi l’aide aussi : « Pour moi, elle implique l’obligation de partager, de témoigner, de soutenir l’autre. » trois ans après sa contamination, il parle de maladie sans se sentir malade. le moment le plus âpre, c’est quand il visualise ses médicaments : « Là, d’un coup, je réalise que ça me fait vivre. Et, sans cesse, je me rappelle combien le niveau de la recherche, sur le plan mondial, reste ridiculement bas. » LB
« Partager, témoigner, soutenir l’autre »
Nicolas
PORTRAITS
« Une charge virale indétectable ! J’étais redevenue moi-même… »
Marie
si marie * cache son visage, c’est à regret.
« Le problème, explique cette superbe africaine d’une quarantaine d’années, ne vient pas de moi mais des autres. Ils ne peuvent pas m’accepter en tant que séropositive. C’est pour cela que je
ne peux pas montrer mon visage. » cette idée lui déplaît, mais la crainte d’être à nouveau rejetée l’y a contrainte. il y a quatre ans, marie a choisi de rester en France « à l’improviste ».
militante contre le sida dans son pays, elle était venue à paris pour un échange associatif.
tombée gravement malade, en « échappement thérapeutique », elle est hospitalisée et n’a pas d’autre choix que de se soigner sur place pour éviter une mort certaine. il lui a alors fallu vivre séparée de son enfant, resté au pays, et reconstruire sa vie. au foyer, où elle ne pouvait rester que trois mois, marie exige un hébergement plus long. « J’ai mis une pression épouvantable », se souvient-elle avec malice. « Je leur ai dit : “Vous devez me garder.
Je suis malade, je dois mettre mes médicaments au frigo, j’ai des neuropathies, je ne peux pas aller au Samu social.” »
elle cherche elle-même un logement, poussant la porte de toutes les associations, act up-paris, apa (africain positive association) et basiliade, ainsi qu’actions
traitements pour les questions
thérapeutiques. un an après son arrivée, marie parvient à régulariser sa
situation. son credo ? ne jamais céder, ne jamais donner le pouvoir au sida.
« Depuis le jour de 1987, où j’ai appris ma contamination, je me suis engagée
à rester vivante tant que mon enfant ne serait pas autonome. C’est ce
qui m’a poussée à rester en vie, même loin de lui. » son enfant est séronégatif, il va bien. marie rêve
du jour où leurs vies se rejoindront.
dans sa vie en France, c’est la souffrance au travail qui
l’aura le plus marquée. « Trouver un boulot, pour un séropo, c’est
très dur. Quand j’ai obtenu un CDD dans une structure d’hébergement thérapeutique, j’ai caché mon état de santé. » mais ses absences pour raison de santé font tiquer son employeur, qui accueille pourtant des séropositifs ! la peur de perdre son emploi la contraint à faire profil bas. bien sûr, elle n’a pas pardonné.
aujourd’hui, marie ne s’est jamais sentie aussi bien. elle cherche activement un emploi stable. au bout de quatre ans de traitements, soutenue par son médecin et un psychologue, marie a eu une très bonne surprise : « Une charge virale indétectable ! J’ai trouvé ça complètement fou : j’étais redevenue moi-même… » EC
* Le prénom a été changé.
G u i d e T ê T u + 2 0 0 8 - 2 0 0 9 14
P
C I d
C
a Le CaPotes et geL
accessoires de prévention fonctionnant en duo jusqu’ici inégalés. Rien de plus facile que de varier les plaisirs : nervurées, perlées, striées, spiralées, king size, extra-fines, à effet retard pour l’éjaculation, le choix est vaste dans la gamme des préservatifs. Idem pour le gel : à base d’eau, à effet chauffant ou frissons, ou encore à la silicone (pour une glisse maximale). Évitez la vaseline et les corps gras qui rendent le latex poreux. Pour de nouvelles sensations, vous pouvez aussi opter pour le préservatif féminin (Fémidon). Lors de rapports hétéros, il diffuse particulièrement bien la chaleur et permet d’éviter les problèmes d’érection. Être circoncis ne protège pas de la contamination, la capote reste indispensable.Cd4
Le nombre de lymphocytes t4 (ou Cd4) par millilitre de sang, caractérise l’état immunitaire de la personne. C’est l’une des deux mesures clés pour suivre l’évolution du virus. Les Cd4, cellules chefs d’orchestre du système immunitaire, sont la cible principale du virus.ChaRge vIRaLe
C’est l’autre mesure clé du bilan sanguin. elle correspond au nombre de particules de vIh contenues dans un millilitre de sang. Les traitements visent à la rendre indétectable (en dessous de 40 copies/ml avec les techniques actuellement disponibles). Mais, même alors, le virus reste caché dans plusieurs parties de notre corps, comme la rate, les ganglions lymphatiques ou l’intestin – on parle de « réservoirs ». entre 2 et 6 semaines après la contamination (primo-infection), la charge virale est extrêmement forte – souvent plus d’un million de copies/ml : c’est un des moments où l’on est le plus à même de transmettre le virus.
d’où l’importance de se faire dépister après toute prise de risque : les tests couramment utilisés détectent la présence du virus et permettent de savoir très tôt si l’on s’est contaminé (parfois dès 15 jours). après la primo-infection, la charge virale diminue puis remonte progressivement.
dÉsIR
La découverte de séropositivité s’accompagne parfois d’une baisse du désir sexuel. si c’est le cas, parlez-en à votre médecin, lors d’une consultation d’observance ou d’un groupe de parole thématique.
Être séropositif n’est nullement un obstacle à une sexualité épanouie.
Ist
Chlamydiae, syphilis, gonococcies… Les infections sexuellement transmissibles sont aussi nombreuses que diverses. Mieux vaut les éviter en se protégeant lors des rapports sexuels. heureusement, elles se soignent plutôt facilement si l’on prend le traitement adapté. encore faut-il les dépister ! attention, certaines passent parfois inaperçues.dans tous les cas, il est déconseillé d’« enchaîner » les Ist : elles fatiguent notre corps et nos réserves de Cd4. surtout quand on est séropositif.
B BILans
dès la découverte de la séropositivité, un suivi médical ou bilan – observation de signes cliniques et mesures biologiques – est mis en place. sa fréquence et sa teneur varient, mais souvent, il n’est pas si envahissant que ça. Par exemple, on fait un bilan tous les trois mois au début. si les résultats sont bons, on passe à six mois.BÉBÉ (envIe d’un…)
Que ce soit par les techniques de lavage de sperme ou la prise d’un traitement antirétroviral (aRv), en avoir lorsqu’on est séropositif est de plus en plus simple et accessible.
abécédaire
aMouR
L’amour n’a rien à voir avec le statut sérologique. de nombreux couples,
séropositifs ou sérodifférents (une personne est séropositive au vIh, l’autre ne l’est pas) sont parfaitement solides et heureux.
L’utilisation de capotes, combinée à la prise d’un traitement rendant la charge virale indétectable, rend les risques de transmission presque nuls. oui, il y a une vie amoureuse après la découverte de sa séropositivité !
en 18 Mots CLÉs
PaR renaud persiaux
vIh
G u i d e T ê T u + 2 0 0 8 - 2 0 0 9 15
o
v t
R s
P RÉguLaRItÉ des PRIses
Meilleure elle est et… meilleurs seront les résultats. suivre la prescription est crucial pour l’efficacité du traitement. Parlez-en à votre médecin ou en consultation d’observance si vous n’y parvenez pas. une mauvaise observance peut favoriser l’apparition de souches de vIh résistantes, c’est-à-dire contre lesquelles le traitement sera inefficace.
ReCoMMandatIons
en France, les recommandations officielles pour la « prise en charge médicale de personnes infectées par le vIh » sont rédigées par un groupe d’experts – composé de médecins, de chercheurs et de représentants associatifs –, actuellement dirigé par le Pr Patrick Yeni.
elles sont mises à jour tous les deux ans. Les dernières ont été publiées en juillet 2008.
ReMBouRseMent
dès la découverte de votre séropositivité, vous pouvez signer un protocole de soins (le formulaire est violet). Il permet une prise en charge à 100 % (hors franchises médicales) pour tous les soins et examens liés au vIh, même si vous n’avez pas de mutuelle.
sÉRoConveRsIon
La séroconversion est la période (de 3 à 4 semaines) à l’issue de laquelle la personne devient séropositive.
tPe
après un accident de capote ou une prise de risques, le traitement postexposition permet de réduire très fortement le risque de contamination. Il s’agit le plus souvent d’une combinaison d’antirétroviraux prescrite pendant quatre semaines. Il doit être prescrit et débuter au maximum 48 heures après l’exposition éventuelle.Plus tôt il est pris, plus il est efficace. attention, il ne peut s’agir que d’une solution d’urgence, pas d’une méthode de prévention. Les effets indésirables sont souvent nombreux et relativement pénibles.
tRaIteMents
Les antirétroviraux luttent contre le vIh. Leur but ? Contrôler la charge virale et la rendre indétectable. Il en existe plusieurs classes dont les modes d’action sont différents. Plus de vingt molécules sont actuellement disponibles. Les traitements actuels en combinent plusieurs. Il s’agit, dans la plupart des cas, de multithérapies.
Leurs effets indésirables (maux de têtes, diarrhées, insomnies…) sont variables. dans tous les cas, parlez-en à votre médecin car il existe souvent des moyens pour les atténuer.
sIda
Le syndrome d’immunodéficience acquise est causé par le vIh.L’immunodéficience est la diminution et, parfois, la disparition des défenses immunitaires de l’organisme. on parle de sida lorsque sont apparus certains signes cliniques (maladies opportunistes) et/ou que le nombre de Cd4 est en dessous de 200/ml. si la mortalité a fortement diminué dans les pays où les traitements sont accessibles, le sida reste mortel.
PRogRès
au fil des ans, les traitements sont devenus plus simples à prendre et plus efficaces.
Ils ont aussi moins d’effets secondaires.
tous les espoirs sont donc permis pour l’avenir. n’oublions pas que certaines personnes contaminées il y a vingt-cinq ans se sentent toujours en bonne santé. Plusieurs études ont montré que l’espérance de vie de séropositifs sous traitement efficace était quasiment identique à celle des séronégatifs.
une surveillance médicale régulière est toutefois indispensable.
vIh
Le virus de l’immunodéficience humaine s’attaque aux cellules, en particulier aux lymphocytes Cd4, qu’il contamine pour se reproduire. C’est un rétrovirus : il est constitué d’aRn (acide ribonucléique) qu’il doit transformer, grâce à une enzyme (la transcriptase inverse), en adn avant de pouvoir l’intégrer au génome de la cellule humaine.oBseRvanCe
L’observance correspond au strict respect des prescriptions et des recommandations données par le médecin. elle est
indispensable lors d’un traitement, et lui donne toutes les chances de réussite.
vIh
plus ou mieux ?
l
es débuts de la lutte contre le sida ont été marqués par l’implication des populations concernées à tra- vers la création des associations qui ont toutes contribué à donner une visibilité sociale au sida et participé à la prévention. les homosexuels, sur un mode souvent identitaire, ont joué un rôle de premier plan, artisans de leur propre préven- tion. la peur et la solidarité face au sida ont entraîné une mobilisation des gays qui ont pro- mu la prévention comme une valeur d’identifi- cation protégeant la communauté. le lien entre la revendication de l’identité homosexuelle et la prévention du sida est resté, jusqu’à une époque récente, très fort.La transmission est
majoritairement hétérosexueLLe Aujourd’hui, en France, la transmission du ViH est majoritairement liée à des relations hétérosexuelles. les régions les plus touchées sont la Guyane, les Antilles, l’ile-de-France et pACA. en région francilienne, 40 % des diagnostics de séropositivité réalisés chaque année concernent les étrangers résidant en France, alors qu’ils ne représentent sur le plan national que 5 % à 6 % de la population. Cepen- dant, la prévalence reste très importante par- mi les homosexuels masculins. les épidémiolo- gistes considèrent que plus de 10 % d’entre eux sont contaminés par le ViH. et le nombre des nouvelles contaminations par relations homo- sexuelles augmente réguliè rement : il est passé de 26 % des nou velles contaminations en 2003 à 37 % en 2006.
Le reLâchement de La prévention chez Les homosexueLs est réeL l’accroissement des prises de risque concerne l’ensemble des hommes ayant des relations avec
pAr le doCteur François BourdiLLon, ViCe-président du Conseil nAtionAl du sidA et le doCteur Brigitte reBouLot, direCteur du Crips-pACA.
des hommes, touchant toutes les régions, toutes les tranches d’âge, les séropositifs comme les sé- ronégatifs. la dernière enquête « presse gay », en 2004, a montré qu’un tiers des répondants déclaraient au moins une pénétration anale non protégée avec un partenaire occasionnel au cours de l’année. ils étaient 19 % en 1997. Avec le partenaire stable, 69 % des répondants décla- raient avoir eu au moins une pénétration anale non protégée au cours de l’année ; mais aussi 65 % de ceux qui ont des relations hors couple.
enfin, la recrudescence des ist, notamment de la syphilis, chez les homosexuels, y compris chez les séropositifs, témoigne de la réalité des rapports non protégés. incontestablement, les homosexuels manifestent leur lassitude vis-à-vis de la prévention alors qu’ils sont en- core aujourd’hui très exposés au ViH. les nor- mes et les valeurs de la communauté ont chan- gé. les rencontres multiples et brèves, souvent anonymes, par le biais d’internet et des lieux de rencontres et de consommation de sexe sont des rencontres à très haut risque lorsqu’elles ne sont pas protégées.
certaines stratégies de réduction des risques sont ineFFicaces
il convient de rappeler que le concept de res- ponsabilité partagée reste d’actualité : chacun se protège. le préservatif est le seul moyen de prévention qui permet de supprimer le risque de contamination et les campagnes de préven- tion doivent encourager à se protéger en res- ponsabilisant de nouveau séropositifs comme séronégatifs.
il n’existe pas de relations sexuelles non protégées sans risque. même s’il est très faible, le risque de contamination de l’infection par le ViH par fellation n’est pas nul, l’existence de lésions buccales peut ouvrir la voie de la trans- mission du virus. les pénétrations anales non
tribune libre
FAut-il FAire
préVen tion
protégées sont considérées comme à haut risque de transmission compte tenu de la fragilité de la muqueuse anale.
Certaines campagnes de prévention encou- ragent directement les séropositifs à porter des préservatifs, d’abord pour leur propre san- té, et pour la protection de leurs par tenaires.
la crainte de stigmatiser les séropositifs a longtemps limité les actions orientées vers les personnes infectées par le ViH. Certaines asso- ciations trouvent, néanmoins, intéressant de s’adresser aussi aux séropositifs pour les réen- gager dans la prévention.
dans le contexte actuel de relâchement des comportements de prévention, certaines per- sonnes, essentiellement au sein de la commu- nauté homosexuelle masculine, ont développé une autre pratique de réduction des risques sexuels : le serosorting, ou « sérotriage », qui consiste à choisir son partenaire sexuel en fonc- tion de son statut sérologique. les individus y ayant recours ne se protègent pas systéma- tiquement et entendent minimiser les risques en choisissant leur(s) partenaire(s) en fonction de leur séroconcordance. les personnes séro- négatives pratiquant le sérotriage ont recours au test de dépistage de manière régulière. le risque majeur de ces pratiques est de transfor- mer le sérotriage en « sérodevinette » compte tenu du décalage entre la contamination et la séroconversion (test « faussement négatif » fait pendant le laps de la séroconversion).
devant la réalité des prises de risque dans la population homosexuelle, de nombreux ac- teurs ont décliné des propositions autour d’une réduction des risques sexuels, comme cela a été fait chez les usagers de drogue à la fin des années 1990. la réduction des risques apporte une information individuelle du type « tels ac- tes non protégés sont plus dangereux que tels autres ». Ces stratégies de réduction des risques ne constituent pas un moyen de prévention ef- ficace contre le ViH et requièrent un accompa- gnement individuel des personnes.
La charge viraLe indétectaBLe
« qui ne transmet pas »…
les multithérapies antirétrovirales ont un impact sur la transmission du ViH. plus la charge virale est élevée, plus le risque de trans- mission est grand. la commission fédérale suisse relayant, en 2008, les déclarations du pr Hirschel, a estimé qu’une personne séroposi- tive ne souffrant d’aucune ist, avec une charge
virale indétectable depuis six mois et suivant à la lettre son traitement antirétroviral ne trans- met pas le virus par le biais de rapports hétéro- sexuels non protégés. Cet avis a fait grand bruit car il ouvre le débat sur une nouvelle politique de réduction des risques sexuels basée sur le traitement antirétroviral. il a pour intérêt de rappeler que le risque de transmission est élevé avec une charge virale détectable et il incite à une bonne observance du traitement antirétro- viral. il pousse à renforcer les messages de pré- vention chez les patients en échec virologique, chez les séropositifs non traités même sans symptôme et au cours de la primo-infection, où le risque est majeur. il souligne aussi le besoin de dépistage des ist, encore loin d’être satisfai- sant dans le suivi des personnes séropositives au ViH.
l’avis suisse remet également en cause les stratégies de prévention actuelles basées sur la protection de chacun. il faut prendre en compte l’aspect éthique de ce positionnement sur autrui. C’est une réduction des risques in- versée : « Je te fais courir un risque (éventuel- lement sans te le dire) mais moins important que si je n’étais pas traité. » mais cette étude permet aussi d’atténuer l’angoisse, d’un grand nombre de séropositifs traités, de contaminer l’autre lors d’un rapport sexuel protégé, et cela malgré le préservatif… se savoir moins conta- minant a sans doute son importance, y compris dans des situations de prise de faible risque comme la fellation.
Actuellement, tout oppose les campagnes de promotion du préservatif auprès des personnes séropositives et les stratégies de réduction des risques. en matière de sida, le maintien d’une politique de prévention efficace basée sur la res- ponsabilisation des comportements (la suppres- sion du risque par l’utilisation du préservatif) apparaît fondamental avec une forte exigence de soins et de traitements ayant pour objectifs que les patients soient en succès virologique et pris en charge pour leurs ist. Ceci implique des efforts pour l’accès aux soins pour tous, en particulier les personnes les plus vulnérables et les plus précaires, ainsi qu’une vigilance accrue dans la lutte contre les discriminations dont les personnes séropositives sont victimes. mais il est important également d’entendre les difficultés qu’elles rencontrent dans le maintien d’un com- portement de prévention tout au long de la vie et de les accompagner à travers des dispositifs de soutien et de consultations de prévention.
préVen tion
sinon
sYPHiLis
Agent Une bactérie, treponema pallidum.
Transmission Fellation ou pénétration non protégée.
Comment la repérer ? A priori, par un chancre (une petite plaie indolore) sur la peau ou les muqueuses, qui apparaît transitoirement deux à quatre semaines (ou plus) après la contamination. Attention, il n’est pas systématique et passe souvent inaperçu. Quelques mois plus tard, la maladie évolue à un niveau secondaire (avec, parfois, petites tâches rosées – roséole –, fièvres, douleurs articulaires, ganglions multiples) et, plus tard, vers des atteintes cérébrales.
il y a trois types de lésions cutanées à la phase secondaire :
– une éruption précoce (la roséole), surtout sur le tronc, non contagieuse ; – une éruption intermédiaire (syphilides, rouge foncé) caractéristique sur la paume des mains et la plante des pieds, contagieuses quand elles sont ouvertes, périnéales ou génitales ;
– enfin, des plaques rouges dans la bouche ou génitales, hautement contagieuses.
Dépistage Par prise de sang (TPHA et VDRL).
Comment la soigner ? L’antibiotique en comprimé n’est pas le plus efficace. Le plus souvent, il faut de la pénicilline – une à trois énormes piqûres, dans la fesse, pas vraiment indolore, mais indispensable ! En cas d’examens positifs, pensez aussi à garder vos résultats. Lors d’un nouveau contrôle, il faudra comparer les nouveaux résultats aux anciens pour détecter une nouvelle infection.
À l’exception des hépatites et du ViH, les infections sexuellement transmissibles (isT) se soignent plutôt facilement avec un
traitement adapté et ne laissent pas de séquelles. Encore faut-il les dépister à temps…
PAR RenAuD PeRSIAuXBLEnnoRAGiE
(CHAUDE-PissE) Agent Une bactérie, appelée gonocoque.Transmission Fellation ou pénétration non protégée.
Comment la repérer ? il est impossible de la rater : dans la semaine suivant la contamination, survient un écoulement jaune par la verge ou l’anus, souvent accompagné de sensation de brûlures (d’où le nom
« chaude-pisse »). Plus rarement, fièvre et douleurs dans le bas-ventre. En cas d’inflammation du rectum ou d’hémorroïdes, consultez toujours un médecin pour un éventuel prélèvement.
Dépistage Par prélèvement urétral.
Comment la soigner ? La prise d’un antibiotique approprié (piqûre ou comprimé) suffit généralement.
Alors, autant consulter et se faire traiter dès les premiers signes. L’automédication est formellement déconseillée car le gonocoque devient facilement résistant.
ConDYLoMEs
(CRêTEs DE CoQ) Agent Un virus, les papillomavirus humains, ou human papilloma virus (HPV), dont il existe plus de deux cents types.Transmission Par simple contact avec les
« verrues ».
Comment les repérer ? Ces petites verrues sur les organes génitaux ou l’anus apparaissent une à huit semaines après la contamination. non soignées, elles peuvent évoluer en cancer.
Dépistage Par examen médical chez le gynécologue ou le proctologue.
Comment les soigner ? Une visite chez le proctologue ou chez le gynécologue s’impose pour l’extraction locale des verrues.
CHLAMYDiAE
Agent Une bactérie, chlamydiae trachomatis.
Transmission Lors des rapports sexuels.
Comment la repérer ? C’est difficile : 50 à 90 % des hommes et 90 % des femmes ne présentent pas les symptômes (écoulement clair par la verge ou l’anus, deux à quatre semaines après la contamination et, plus rarement, rougeur des muqueuses). Attention aux complications infections génitales graves, grossesses extra-utérines, stérilité. Dépistage : par prélèvement urinaire, vaginal ou anal.
Comment la soigner ? Traitement par antibiotique (comprimés).
LGV RECTALE
(LYMPHoGRAnULoMATosE VénéRiEnnE) Agent Certaines souches de chlamydiae trachomatis.
Transmission Pénétration anale non protégée.
Comment la repérer ? inflammation du rectum, constipation, saignements et douleurs intestinales doivent vous alerter. Attention La LGV est en augmentation, notamment chez les gays.
Dépistage Prise de sang.
Comment la soigner ? Traitement antibiotique pendant trois semaines.
prévention
isT éViTEz-LEs
DéPisTEz-LEs
sinon TraiTemenT posT- exposiTion : ça urGe !
Une prise de risque, un accident de capote ? Ce n’est pas le moment de paniquer mais d’agir ! Un traitement d’urgence, le traitement post-exposition au VIH (TPE), permet de réduire les risques de contamination. Rendez-vous le plus vite possible (le plus tôt est le mieux et, au plus tard, dans les 48 heures) au centre de dépistage anonyme et gratuit (CDAG) ou aux urgences de l’hôpital le plus proche. Le TPE vise à détruire le VIH avant qu’il ne se développe dans l’organisme.
Il s’agit d’un traitement de deux à trois antirétroviraux, à prendre pendant un mois. Il est nécessaire de le suivre à la lettre. Attention : le TPE est tout sauf une méthode de prévention. Il provoque souvent d’importants effets indésirables et n’est pas toujours efficace à 100 %.
Si c’est possible, allez aux urgences avec votre partenaire (avec bilans et ordonnances, si l’un de vous est séropositif). Ceci permettra au médecin de mieux évaluer le risque et de donner, le cas échéant, le traitement le mieux adapté.
Attention : il arrive que, aux urgences, certains médecins soient mal informés ou refusent de le prescrire, apparemment sans raison.
Dans ce cas, demandez l’avis d’un deuxième médecin. Le TPE est remboursé à 100 % par la Sécurité sociale. Pour vous orienter vers un service d’urgences, appelez Sida info service, au 0 800 840 800 (24 heures sur 24, 7 jours sur 7, gratuit depuis un poste fixe).
san Francisco : un sTaphylocoque doré résisTanT
Selon un chercheur américain, une souche de staphylocoque doré résistant à plusieurs antibiotiques – et ultra-complexe à soigner –, la USA 300, semble se propager chez les gays de San Francisco.
Il peut se transmettre par simple contact cutané ou via des surfaces contaminées. La France semble peu touchée (environ deux cas par an, contre 3 800 à San Francisco !).
La recommandation actuelle est simple : des mesures d’hygiène scrupuleuses, c’est-à-dire un bon savonnage après tout rapport sexuel sans toutefois irriter peau et muqueuses.
capoTe : on n’a pas Trouvé mieux
Le seul et unique moyen de se protéger des IST reste… le préservatif, même pour la fellation, beaucoup pouvant se transmettre même sans éjaculation dans la bouche. Si vous avez une IST, pensez à protéger vos partenaires pendant toute la durée du traitement. Informez aussi, le cas échéant, les partenaires concernés qui pourront, eux aussi, se dépister.
dépisTaGe, mode d’emploi
Un bilan annuel, au minimum, des IST est recommandé, surtout si on pratique la fellation non protégée, et même en l’absence de symptômes.
Pour cela, vous pouvez vous rendre anonymement, gratuitement et sans ordonnance dans un CDAG ou en CIDDIST, ou dans un laboratoire de ville avec une ordonnance (c’est remboursé).
quaTre bonnes raisons de se Faire dépisTer :
1. Certaines infections sexuellement transmissibles passent inaperçues, d’autres ont des symptômes qui disparaissent avant de réapparaître sous forme de complications plus graves. 2. Attention, même si on peut les soigner, il est fortement déconseillé d’« enchaîner » les IST quand on est séropositif : elles épuisent les réserves de CD4.
3. Globalement, elles ont aussi une évolution plus défavorable que chez les séronégatifs. 4. Elles augmentent aussi les risques de transmission du VIH (le taux de VIH dans le sperme et les sécrétions vaginales est plus élevé), elles fragilisent les muqueuses sexuelles (des hommes et des femmes) ainsi que celles des partenaires.
HéPATiTEs A, B ET C
Agents Virus hépatiques.
Transmission L’hépatite A se transmet par contact bouche/anus ; la B par le sang, les secrétions sexuelles voire la salive ; la C par le sang, donc par contact sanguin lors d’une sodomie ou d’un fist-fucking.
Comment les repérer ? Fièvre, fatigue, jaunisse, entre deux et huit semaines après la contamination.
L’hépatite A, causant une grande fatigue, reste souvent bénigne et guérit spontanément au bout de quelques semaines (sauf exception). En revanche, les hépatites B et C sont des maladies graves qui peuvent être mortelles. Dépistage par prise de sang.
Comment les soigner ? Hépatite A : pas de traitement ; vaccination recommandée chez les gays.
Hépatite B : elle guérit rarement mais les traitements (longs et lourds) peuvent stopper l’évolution de la maladie. La vaccination est vivement recommandée.
Hépatite C : traitements longs et lourds à l’efficacité variable. Pas de vaccin.
HERPès GéniTAL
Agents Un virus, herpès virus simplex de type 2 (l’herpès labial est plutôt dû à un herpès de type 1).
Transmission Par contact entre les vésicules (boutons « remplis » de virus) et les muqueuses. Les doigts peuvent transmettre le virus. il est possible d’être porteur du virus de l’herpès sans symptôme visible, notamment lors de la primo-infection (période de forte contagiosité). Pour s’en prémunir totalement, il faut donc mettre une capote dès les préliminaires et pas seulement pour la pénétration.
Comment le repérer ? Cinq à sept jours après le contact, des petits boutons groupés en bouquets – des vésicules remplies de virus, douloureuses et inflammatoires – apparaissent souvent, mais pas systématiquement. Elles disparaissent spontanément en 10 à 15 jours. Mais le virus reste présent dans l’organisme et des « crises » peuvent se manifester à nouveau, généralement précédées de démangeaisons et de sensations de brûlures. Chez les séropositifs, ces crises sont souvent plus fréquentes et plus fortes. En cas de crises répétées et non traitées, possibilité de complications parfois graves. Les femmes enceintes doivent être suivies (possibilité d’herpès néonatal).
Dépistage Diagnostic des signes cliniques par le médecin ; prélèvement possible pour mise en culture, ou prise de sang pour sérologie spécifique du HVs 2.
Comment le soigner ? Le traitement (par Aciclovir) ne guérit pas mais diminue l’intensité des symptômes. Les cures durent le temps des crises (5 à 10 jours). En cas de crises répétées, des cures continues de 6 à 12 mois peuvent être envisagées.
Le charme discret des
ancien chirurgien, thierry Janssen est depuis dix ans psychothérapeute spécialisé dans l’accompagnement des malades. il guide les lecteurs de « têtu + » à travers les thérapies complémentaires et alternatives.
Comment faire le tri
parmi les deux Cents teChniques ?
il existe des approches thérapeutiques basées sur l’écoute et la parole (psychothérapies, psychanalyse…). d’autres font appel à des techniques et des manipulations corporelles afin de détendre le corps et stimuler ses ressources (massages, ostéopathie, sophrologie, yoga, taï chi ou qi gong, acupuncture…). d’autres proposent un régime alimentaire particulier, des remèdes naturels ou des médicaments homéopathiques. Quelle que soit l’approche, il faut se méfier des praticiens qui prétendent détenir une vérité absolue, affirment pouvoir obtenir la guérison de manière assurée et exigent l’abandon des traitements conventionnels.
quel est l’abus le plus Courant ?
certains thérapeutes vont jusqu’à prétendre que le sida est une ma- ladie psychosomatique que l’on peut guérir par la résolution de certains conflits internes (praticiens adeptes du « décodage biologique », de la mé- decine nouvelle ou de la Biologie totale). d’autres proposent d’adhérer à une association ou un groupement. tout cela peut faire suspecter des pratiques sectaires.
le prix paraît souvent élevé, est-Ce normal ?
Quelle que soit la méthode thérapeutique, les honoraires réclamés doivent rester raisonnables. il existe de très bons psychothé rapeutes, masseurs, ostéopathes, acupuncteurs ou homéo pathes qui pratiquent des prix abordables et acceptent de travailler « en équipe » avec les spécia- listes hospitaliers, intégrant le meilleur de leurs approches au service des patients. Le mieux est de demander qu’ils entrent en contact avec le(s) médecin(s) traitant(s), en espérant que ceux-ci acceptent le dialogue.
N’hésitez pas à poser des questions et à exiger une trans parence dans l’information.
que peuvent apporter
des thérapies par la parole ?
Nous sommes des êtres de parole. il est important de pouvoir exprimer à l’aide de mots nos sensations physiques et nos ressentis émotionnels.
surtout lorsque nos sensations sont désagréables et nos sentiments dou- loureux. cela nous libère d’un poids psychologique et, automatiquement, cela nous délivre d’une tension physique, que l’on qualifie de « stress ».
ce stress nous affaiblit et des études ont montré qu’il fragilise le système immunitaire. Pouvoir se confier, prendre du recul et apprendre à mieux se connaître est important.
que diriez-vous
à une personne séropositive ? La séropositivité est un problème au long cours, une situation chronique qu’il faut pouvoir apprendre à apprivoiser. de ce point de vue, le travail que l’on peut faire avec un psychologue ou un psychothérapeute est essentiel. certains patients en témoignent : parler de soi et de son problème peut aider à assumer l’annonce de la séropositivité, à éviter de tomber dans le piège de la honte ou de la culpabilité, afin de conti- nuer à réaliser des projets qui tiennent à cœur, à vivre intensément. toute épreuve invite à comprendre un peu plus de soi et de la vie. cela rend la situation moins pénible, moins absurde.
et les émotions positives qui en découlent sont bonnes pour le corps et pour l’esprit.
que pensez-vous du groupe de parole ?
du bien ! On n’a pas forcément appris ou eu le droit de parler de soi. Écouter les autres, partager leurs ressentis peut aider à trouver plus facilement les mots pour parler de soi.
entendre les doutes et les souffrances d’autres personnes permet de se rendre compte que l’on n’est pas seul à éprouver cela. cela évite l’isolement qui menace certains séropositifs. il existe suffisamment de possibilités auprès des associations contre le sida (souvent gratuites) ou de professionnels patentés pour échapper à certaines dérives manipulatrices et sectaires.
Face à un souci de santé, il n’y a pas une recette magique qui convient à tout le monde. car nous ne sommes pas que des corps-machines. Nous avons aussi des pensées et des croyances, des rêves et des espoirs, des émotions et, bien sûr, des sentiments. ProPosrecueillisPar luc Biecq
bien-être
thÉraPies
aLterNatives
en savoir +
Plusieurs associations organisent des groupes de parole sur la sexualité, le VIH au quotidien, les traitements, etc. L’accès à certains groupes est restreint (selon le sexe, l’orientation sexuelle), d’autres sont ouverts aux proches des séropositifs : contactez notamment Aides/Arc-En-Ciel, les comités Aides, Arcat, Envie, Association LFMR, Frisse, La Résilience, ALS, Le Kiosque Info Sida, Cabiria.