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Des simples à la phytothérapie moderne

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Academic year: 2022

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— La station néolithique et protohistorique de « Sur le Grand-Pré » à Saint- Léonard (distr. Sierre, Valais). Note préliminaire. Archives suisses d'Anthropol, génér., XXII, 1957, pp. 136-149.

WYSS, R. Die Frühbronzezeit der Schweiz. Repertorium..., Heft 2, Die Bronzezeit der Schweiz, Zurich, 1956, pp. 5-10.

DES SIMPLES A LA PHYTOTHERAPIE MODERNE

Louis Fauconnet

Lorsque nos grand'mères, il y a un demi-siècle à peine, avaient subi un refroidissement, souff' rient d'un rhume de cerveau, avaient une indigestion ou des coliques, lorsqu'elles s'étaient coupées ou contusion- nées, elles n'allaient pas, comme le font beaucoup de nos contempo- rains, quérir un bulletin de maladie dans un bureau d'assurance, puis montrer leur bobo à un médecin qui, excédé d'avoir à soigner des malaises par dizaines, les traite de la façon la plus uniforme possible.

Il y a cinquante ans, la société humaine était moins organisée qu'aujourd'hui ; les jeunes allaient moins longtemps à l'école, le savoir humain était moins étendu, mais il était plus directement accessible.

On vivait plus près de la nature et peut-être savait-on mettre mieux à profit ses ressources les plus modestes.

. Pour soulager leurs malaises et ceux de leur entourage, nos grand' mères recouraient volontiers aux « simples ». Pour couper un rhume de cerveau, on se frictionnait la nuque avec dé l'eau de vie de lavande;

en cas d'indigestion, on prenait de la gentiane, une infusion de camo-

mille puis du thé de menthe ; contre les coliques, on donnait de la

tisane d'anis ou de mélisse, on appliquait des cataplasmes ; les cou-

pures étaient guéries par des compresses de consoude, de millepertuis

ou de ronce, les contusions par des bains d'arnica. Le tiroir aqx remèdes

de mère-grand contenait encore de l'absinthe, de la tpotentàlle anserine,

de la chicorée sauvage et du romarin contre les troubles digestifs ; du

plantain, de la bourrache, de l'aigremoine et de l'alohemiiLle contre les

miàux de gorge ; du bonhomme, du lierre terrestre, de la germandrée, du

marrube,. de l'hysope, du mélilot, de la bistorte et de la pariétaire,

contre toutes sortes de troubles pas toujours bien définis.

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pour traiter leurs patiente, à des drogues simples et à des préparations qui en dérivent directement, comme les teintures et les extraits ; ils les faisaient entrer dans les pilules, les potions, les liniments et les onguents dont ils prescrivaient la formule. Pourquoi la plupart de ces remèdes naturels ont-ils été ensuite abandonnés ou méconnus ? Comment la méthode de guérir par les simples est-elle tombée en désuétude, alors qu'elle était consacrée par une tradition séculaire ?

On peut y voir plusieurs causes. D'abord un zèle exagéré, des enthousiasmes sans retenue ont fait écrire des récits plus ou moins légendaires sur les vertus guérissantes de certaines plantes. H ne faut pas attendre d'une cure de plantes seules la guérison d'une tuberculose, de maladies vénériennes, de certaines affections du foie ou d'un cancer.

Dans de telles maladies, les plantes médicinales sont capables tout au plus d'aider à la guérison que peuvent éventuellement apporter d'autres remèdes spécifiques. Ne trouvant pas dans les simples la réalisation des promesses de leurs devanciers, les modernes eurent vite fait d'en proclamer l'inanité. Toute exagération suscite une exagération de sens contraire et souvent l'enthousiasme des pères engendre' le scepticisme des enfants. Paraœlse exagérait lorsqu'il faisait de la persicaire une panacée ; nous exagérons lorsque nous la déclarons tout juste bonne à figurer dans les herbiers des botanistes.

Une autre cause est la tendance naturelle à l'homme de dédaigner ce qui lui paraît trop eommun. Pour beaucoup, le mot « simple » est synonyme de tisane, la phytothérapie ne consiste pour eux qu'à adminis- trer de l'eau chaude dont on a altéré la pureté en la salissant avec des herbes plus ou moins inactives.

Les Anciens entendaient par « simples » les médicaments non

composés, que leur origine soit minérale, végétale ou animale. Actuel-

lement nous réservons ce terme aux substances végétales, surtout indi-

gènes, employées sous leur forme intégrale (suc, extrait, teinture),

par opposition aux principes chimiques isolés des plantes à l'état pur

ou préparés par synthèse en laboratoire. Si beaucoup de simples

évoquent l'idée d'herbes inoffensives qu'on peut confier à des mains

profanes, on aurait tort toutefois de se désintéresser des ressources

qu'offrent ces plantes. Il en est d'ailleurs qu'on ne saurait utiliser

sans beaucoup de prudence : la digitale, la belladone, l'ergot de seigle,

l'opium du pavot. Aucun de ces noms de drogues héroïques ne fait

penser à une tisane, et cependant ce sont des « simples ».

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Une troisième cause de discrédit est plus sérieuse parce qu'elle repose non plus sur des considérations sentimentales, mais sur des deductions d'ordre scientifique. Les progrès réalisés par la chimie per- mettent d'isoler des végétaux leurs principes actifs ; on s'est alors habitué à considérer l'emploi de ces derniers comme le seul qui soit rationnel. Or il n'est pas prouvé qu'un principe actif à l'état pur soit le meilleur des médicaments que puisse fournir une drogue déterminée.

En isolant une substance pour la faire cristalliser, on a éliminé toutes celles qui, avec elle, constituaient dans la cellule végétale un tout harmonieux. Si l'action des produits cristallisés est plus facile à étudier et à définir par le pharmacologue, cette action est, quand il s'agit de guérir, plus restreinte, plus brutale, moins riche, moins harmonieuse que l'action de la drogue naturelle ou d'un extrait total, dans lequel les principes actifs connus des chimistes sont accompagnés de substances dites accessoires, mais souvent utiles.

Entre le fatras insensé et sans limite de la thériaque (mélange aussi hétéroclite que possible, dans lequel l'organisme malade était sensé choisir ce qui lui était nécessaire pour guérir) et le produit purifié à l'extrême, la drogue naturelle, avec sa composition chimique complexe, mais toute proche de celle de la matière vivante, ne peut-elle pas offrir les conditions les plus favorables à l'action curative d'un groupe donné de principes actifs ? En répondant par l'affirmative à cette question, je n'énonce pas un dogme, ni une loi, j'émets une hypothèse de travail.

De nombreuses expériences pharmacologiques doivent montrer dans quelle mesure cette hypothèse doit être maintenue, modifiée ou abandonnée.

Soulignons encore que la valeur curative de drogues végétales est sous-estimée du fait que plusieurs drogues mal récoltées ou conservées dans de mauvaises conditions sont inactives, alors que leur action est indéniable quand leur récolte, leur séchage et leur stockage ont été convenables.

La valériane (Valeriana officinalis L.) est à cet égard un exemple

démonstratif. Les organes souterrains, rhizome, racines et stolons,

contiennent à l'état frais des substances sédatives et très peu toxiques

dont la constitution chimique exacte n'a pas encore été déterminée,

malgré de nombreuses et patientes recherches poursuivies aujourd'hui

encore dans plusieurs laboratoires. Les difficultés sont dues précisé-

ment à la fragilité de ces substances douées d'une action calmante. Pour

les conserver intactes, il faut éviter que les enzymes, ou ferments con-

tenus dans les mêmes cellules de la plante, ne les dégradent; c'est

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p o u r q u o i , le plus tôt possible a p r è s la récolte, il faut t r a i t e r la r a c i n e fraîche de valériane p a r l'alcool b o u i l l a n t qui r e n d les enzymes inca- pables de t r a n s f o r m e r les substances intéressantes. C'est ainsi q u e n o t r e p h a r m a c o p é e actuelle fait p r é p a r e r la t e i n t u r e d e valériane, m é d i c a m e n t actif, p e u t o x i q u e , d o n t l ' o d e u r ne r a p p e l l e q u ' à peine celle d ' u n e racine de valériane séchée sans p r é c a u t i o n s . Ainsi, c o n t r a i r e m e n t à ce que plusieurs ont cru p e n d a n t l o n g t e m p s , p l u s u n e p r é p a r a t i o n de valé- r i a n e a u n e valeur forte et désagréable, moins elle a de vertu sédative.

La g r a n d e gentiane ( G e n t i a n a l u t e a L . ) , cette belle p l a n t e de nos p â t u r a g e s m o n t a g n a r d s , est r é p u t é e depuis l ' a n t i q u i t é p o u r son g r a n d p o u v o i r s t i m u l a n t des fonctions digestives. On a t t r i b u e avec raison ce p o u v o i r à l ' a m e r t u m e forte e t p u r e d e la racine, q u i , d é p o u r v u e d'astringence, tonifie sans irriter. La r a c i n e fraîche, dont la p u l p e est b l a n c h â t r e alors que la racine fermentée est j a u n e , r e n f e r m e des hétëé- rosides que les p h a r m a c i e n s s'efforcent de conserver intacts grâce à u n séchage a p p r o p r i é q u i e m p ê c h e t o u t e f e r m e n t a t i o n . L ' a m e r t u m e de la p l a n t e est due aux gentioside, g e n t i a m a r i n e , gentiopicroside, g e n t i a n i n e et autres substances q u ' o n t isolées les c h e r c h e u r s p h y t o c h i m i s t e s . L ' o d e u r si caractéristique d e la racine se d é v e l o p p e surtout au cours de la f e r m e n t a t i o n . C'est cet a r ô m e que les liquoristes r e c h e r c h e n t p o u r o b t e n i r u n e l i q u e u r p a r f u m é e . P a r ses amers, la gentiane favorise et p r o v o q u e les sécrétions digestives, stimule les m o u v e m e n t s péristaltiques.

Elle a de plus u n effet leucocytogène, sorte de c h i m i o t a c t i s m e qu'elle exerce vis-à-vis des globules blancs, effet c o m p a r a b l e à celui d ' u n e r i c h e a l i m e n t a t i o n c a r n é e . Cette m ê m e p r o p r i é t é la r e n d a p t e à favoriser la défense de l'organisme contre les m a l a d i e s infectieuses, p l u s ou moins c h r o n i q u e s , chez les convalescents, les a n é m i q u e s , les serofu- leux. Certains médecins c o n t e m p o r a i n s a t t r i b u e n t encore à la gentiane des p r o p r i é t é s fébrifuges et a n t i m a l a r i q u e s , mais sur ce d e r n i e r p o i n t , les r e c h e r c h e s se p o u r s u i v e n t et le cas n'est p a s élucidé.

Le v a r a i r e , ou e l l é b o r e b l a n c ( V e r a t r u m a l b u m L . ) , est r é p a n d u dans les p â t u r a g e s à côté d e la g r a n d e g e n t i a n e j a u n e , de p o r t s e m b l a b l e . Cette p l a n t e , et s u r t o u t ses racines, r e n f e r m e n t des alcaloïdes n o m b r e u x , dont la constitution c h i m i q u e c o m p l i q u é e et délicate a fait l'objet de recherches récentes : J e r v i n e , p r o t o v é r a t r i n e s A et B n o t a m m e n t , q u ' i l ne faut pas confondre avec la v é r a t r i n e du commerce, m é l a n g e d'alca- loïdes e x t r a i t s de la cévadille, p l a n t e t o x i q u e d u M e x i q u e . L o r s q u e le lièvre de l a fable conseillait à sa c o m m è r e la t o r t u e de se p u r g e r

« avec q u a t r e grains d'ellébore », il se faisait l'écho d'un credo t h é r a - p e u t i q u e vieux c o m m e le m o n d e . L ' e m p l o i de la p l a n t e contre l'aliéna-

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t i o n m e n t a l e r e m o n t a i t en effet a u x t e m p s mythologiques, e t a d o n n é Heu dans la p r a t i q u e de l'«elléborisme» à des excès j u s q u ' a u X V I I e siècle. De nos j o u r s , à la suite des succès récents des chimistes q u i o n t précisé l ' i d e n t i t é et la constitution, d'alcaloïdes isolés grâce à la c h r o m a t o g r a p h i c , les p r o p r i é t é s p h a r m a c o d y n a m i q u e s d e ces substances nouvelles ont été précisées aussi, ce qui a c o n d u i t à d e s a p p l i c a t i o n s t h é r a p e u t i q u e s nouvelles, n o t a m m e n t contre l ' h y p e r t e n s i o n artérielle.

Ici toutefois, c o m m e avec les alcaloïdes de l'ergot d e seigle, i l est p l u s avantageux et p l u s sûr d ' e m p l o y e r comme m é d i c a m e n t s les alcaloïdes purifiés et dosés avec précision, car la m a r g e t h é r a p e u t i q u e e n t r e la dose u t i l e et la dose dangereuse est très étroite, et le m é d e c i n doit a d a p t e r les doses à la sensibilité de c h a q u e p a t i e n t .

Les exemples de ces trois p l a n t e s médicinales indigènes, q u i o n t g a r d é ou acquis à n o u v e a u u n e place a p p r é c i a b l e dans l a t h é r a p e u t i q u e c o n t e m p o r a i n e , m o n t r e n t quelles o r i e n t a t i o n s diverses p e u v e n t p r e n d r e les recherohes dans le d o m a i n e des m é d i c a m e n t s d'origine végétale. La m é d e c i n e c o n t e m p o r a i n e se sent assez forte p o u r p r a t i q u e r dans ses moyens de guérison u n éclectisme souvent très l i b r e . P o u r essayer de guérir, la m é d e c i n e p e u t a u j o u r d ' h u i puiser à toutes les sources, u n i r a u x données de la science celles de l ' e m p i r i s m e et réaliser ainsi u n t o u t q u ' o n p e u t a p p e l e r e m p i r i s m e scientifique. A côté des conquêtes les p l u s récentes d e la bactériologie, de la c h i m i e et des sciences p h y s i q u e s , la science médicale fait siennes de n o m b r e u s e s découvertes des vieux

« simplistes ». E l l e scrute les drogues avec soin, les analyse, dose leuirs p r i n c i p a u x constituants, m e s u r e l e u r activité physiologique sur des a n i m a u x de l a b o r a t o i r e . E l l e m e t ainsi en évidence la valeuT de m é d i c a m e n t s de composition c h i m i q u e c o m p l e x e , m a i s h a r m o n i e u s e , q u e fournissent les plantes. Les « s i m p l e s », t r o p complexes p o u r les chimistes, ne le sont pas forcément p o u r -un organisme souffrant. De m ê m e q u e nous ne pouvons guère satisfaire n o t r e 'appétit p a r des ali- m e n t s q u i seraient des mélanges de substances purifiées, m ê m e si, a u x glucides, a u x graisses, a u x p r o t i d e s p u r s et e n p r o p o r t i o n s convenables, nous ajoutions des vitamines e n q u a n t i t é s suffisantes, d e m ê m e nous pouvons a d m e t t r e q u ' u n o r g a n i s m e m a l a d e est m i e u x aidé p a r u n m é d i c a m e n t où l ' h a r m o n i e q u i caractérise la vie a é t é réalisée p a r la n a t u r e et respectée p a r le p h a r m a c i e n a u t a n t qu'il l'a p u .

A p r è s avoir r e c o n n u et sondé l a complexité des drogues naturelles, l ' h o m m e de science d ' a u j o u r d ' h u i se sent à n o u v e a u c a p a b l e de les m e t t r e à profit. P o u r b i e n m a r q u e r l ' é t a p e franchie, il ne d i t p l u s

« g u é r i r p a r les simples », il p a r l e de « p h y t o t h é r a p i e ».

Références

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