Des automorphismes continus d’un corps de s´eries de Puiseux.
Bruno DESCHAMPS Universit´e du Maine
R´esum´e.— Dans cet article, nous donnons, pour un corps K de caract´eristique nulle, une description, sous forme d’un produit semi-direct `a quatre facteurs, du groupes des K-automorphismes continus du corps,Puis(K), des s´eries de Puiseux `a coefficients dans la clˆoture alg´ebrique,K, deK. En application de ce r´esultat, nous d´ecrivons certains sous- groupes du groupeAut(C). Nous montrons aussi que, pour un corpsKde caract´eristique 0, il existe une correspondance bi-univoque naturelle entre les classes deK-isomorphisme de sous-corps r´eels clos deKet les classes deK-isomorphisme de sous-corps r´eel clos con- tinus (i.e. provenant deK-involutions continues) du corpsPuis(K) des s´eries de Puiseux.
Abstract.— In this article, we give, for a fieldK of characteristic 0, a description as a semi-direct product of four factors, of the group of continuousK-automorphisms of the field,Puis(K), of Puiseux’s series. As an application, we describe some subgroups of the groupAut(C). Moreover, we show that, for a given characteristic 0 fieldK, there exists a natural one-to-one correspondance between the K-isomorphism classes of real closed subfield ofKand theK-isomorphism classes of real closed continued subfield (i.e. carried by continuedK-involutions) of the Puiseux’s series fieldPuis(K).
1.— Introduction.
SiKd´esigne un corps, le corpsK((T)) des s´eries de Laurent `a coefficients dans K est un corps complet pour la valuation usuelle. Plusieurs travaux ont abord´e l’´etude du groupe desK-automorphismes du corps K((T)). Nous nous int´eressons dans cet article, pour un corps K de caract´eristique 0, `a l’´etude du groupe des K-automorphismes continus du corps,Puis(K), des s´eries de Puiseux `a coefficients dans la clˆoture alg´ebrique,K, deK(la continuit´e ´etant ici consid´er´ee pour la topolo- gie induite par l’unique extension de la valuation deK((T)) au corps des s´eries de Puiseux).
Dans un premier paragraphe, nous nous int´eressons aux automorphismes d’un corps discrˆetement valu´e de caract´eristique et de caract´eristique r´esiduelle ´egales (appel´e ici corps s´eri´e) hens´elien. En particulier, nous d´ecrivons une loi de groupe
∗ sur l’ensemble OK× des unit´es de K((T)) qui fait du groupe (O×K,∗) un groupe isomorphe au groupe, (AutK(K((T))),◦), des K-automorphismes de K((T)) (ap- plication de la proposition 1).
Dans un deuxi`eme paragraphe, nous appliquons ces r´esultats `a l’´etude du groupe AutK(Puis(K)) des K-automorphismes continus du corps Puis(K). Nous mon- trons que ce groupe est isomorphe `a un produit semi-direct `a quatre facteurs d’objets arithm´etiques li´es `aK (th´eor`eme 10).
Un troisi`eme paragraphe est consacr´e `a deux applications que nous faisons de ce r´esultat de structure. La premi`ere application concerne l’´etude de sous-groupes du groupe des automorphismes,Aut(C), du corps des complexes. Nous montrons (th´eor`eme 12) que pour tout corps K de caract´eristique 0 et de cardinal≤2ℵ0, le groupe de Galois absolu, GK =Gal(K/K), deK est un sous-groupe deAut(C).
02000 Mathematics Subject Classification : Primary 12E30, 20E34, 20E45 Secondary 12J10, 12J15, 20E18
La deuxi`eme application corcerne l’´etude des involutions continues dePuis(K).
Nous montrons (th´eor`eme 14) qu’en caract´eristique 0, il existe une correspondance bi-univoque entre l’ensemble des classes de conjugaison d’involutions continues du groupe, AutK(Puis(K)), des K-automorphismes (non n´ecessairement continus) du corpsPuis(K), et l’ensemble des classes de conjugaison d’involutions du groupe AutK(K) = Gal(K/K) (qui est lui-mˆeme en correspondance bi-univoque avec l’ensemble des ordres compatibles sur le corpsK (corollaire 16)). En fin de texte, une s´erie de remarques sur l’existence d’involutions non continues dans et hors de ces classes de conjugaison vient clore cet article.
2.— Les automorphismes d’un corps s´eri´e composable hens´elien.
Dans cet article, on dira d’un corps Ω qu’il est s´eri´es’il est isomorphe `a une extension interm´ediaire d’une extensionK((T))/K(T). De mani`ere ´equivalente un corps Ω est s´eri´e si et seulement s’il existe sur Ω une valuation discr`etevtelle que le corps r´esiduelK= Ω/vsoit de mˆeme caract´eristique que celle de Ω et telle queKse rel`eve en un sous-corps de Ω (cette derni`ere propri´et´e est automatiquement v´erifi´ee si Ω est hens´elien pourv). En effet, si l’on note (bΩ,bv) le compl´et´e de (Ω, v), alors vbest discr`ete et Ω/b bv = K. Il s’ensuit (cf [Ser]) queΩ estb K-isomorphe au corps K((T)) des s´eries de Laurent `a coefficients dansK. Siπd´esigne une uniformisante de Ω, comme K se rel`eve dans Ω, il existe un K-plongement de Ω dans K((T)) qui envoie π sur T et donc Ω est bien s´eri´e. On s’int´eresse ici `a l’´etude des K- automorphismes d’un corps s´eri´e, on peut donc, dans cette perspective, regarder un tel corps directement comme un sous-corps de K((T)) qui contientK(T).
Un corps s´eri´e Ω sera ditcomposablesi la composition laisse stable Ω, c’est-`a-dire si
∀S(T), R(T)∈Ω, v(R(T))>0 =⇒S(R(T))∈Ω
Par exemple, les corps Ω = K(T), K((T)) sont des corps s´eri´es composables.
Tous les corps s´eri´es ne sont pas forc´ement composables (voir plus loin).
Nous allons nous int´eresser ici au groupe desK-automorphisme de Ω lorsque Ω est s´eri´e, composable et hens´elien pourv. Un exemple de tel corps est naturellement le corpsK((T)), car il est complet. Un exemple de corps s´eri´e composable hens´elien non complet est le corps C{{T}} des s´eries de Laurent de rayon de convergence
> 0 (i.e. le corps des germes de fonctions complexes m´eromorphes en 0). Il est visiblement composable et non complet et on pourra trouver dans [Art] une preuve du fait qu’il est hens´elien.
Un exemple de corps s´eri´e hens´elien non composable : Dans le corpsR{{T}}
des s´eries de Laurent r´eelles `a rayon de convergence non nul, on consid`ere la s´erie eT =X
n≥0
Tn n!
et le corps L0 = R(T)(eT) ⊂ R{{T}}. On consid`ere aussi dans R{{T}} la s´erie f(T) =eT eT. La s´erief est transcendante surL0. En effet, supposons au contraire qu’il existe un polynˆome irr´eductible
P(X) =Xn+an−1(T)Xn−1+· · ·+a0(T)∈L0[X]
tel que P(f(T)) = 0. En consid´erant la d´erivation usuelle sur les s´eries de Laurent (qui, sur L0, correspond `a la d´erivation analytique) on a alors
0 = (P(f(T)))0
= a00(T) + (a01(T) +a1(T)(1 +T)eT)f(T) +· · ·
+(a0n−1(T) + (n−1)an−1(T)(1 +T)eT)fn−1(T) +n(1 +T)eTfn(T)
= Q(f(T))
avec
Q(X) =n(1 +T)eTXn+
n−1
X
k=0
(a0k(T) +kak(T)(1 +T)eT)Xk
On en d´eduit donc, par minimalit´e deP, que Qest proportionnel `aP et donc que pour toutk= 0,· · ·, n−1, on a
(Ek) a0k(T) = (n−k)(1 +T)eTak(T)
La r´esolution des ´equations diff´erentielles (Ek) montre que, pour tout k = 0,· · ·, n−1, il existe une constanteCk ∈Rtelle que
ak(T) =Cke(n−k)T eT
On a alors obligatoirement Ck = 0, car si l’on regarde maintenant les s´eries comme des fonctions de la variable r´eelle, un simple argument analytique de passage
`
a la limite montre que l’on ne peut pas ´ecrire e(n−k)xex =
Pp0
p=0Rp(x)epx Pq0
q=0Sq(x)eqx avecp0, q0∈Net R0,· · ·, Rp0, S0,· · ·, Sq0∈R(T).
Ainsi,f(T) est bien transcendante surL0et donc n’est pas ´el´ement de la clˆoture alg´ebrique Lf0 deL0 dans R{{T}}. Le corps Lf0 est visiblement s´eri´e et comme il est alg´ebriquement clos dans R{{T}}qui est hens´elien, il est lui-mˆeme hens´elien.
Par ailleurs, la s´erie compos´eeeT eT n’est pas dans Lf0 comme on vient de le voir, ce qui justifie queLf0ne soit pas un corps composable.
Etant donn´e un corpsK, on consid`ereO×Kl’ensemble des unit´es deK((T)) (i.e.
l’ensemble des s´eries de valuation nulle). SurO×K, on introduit la loi de composition
∗ d´efinie, pourα(T), β(T)∈ OK×, par
(α∗β)(T) =α(T).β(T α(T))
Nous allons voir, dans la preuve de la proposition suivante, que∗conf`ere `aO×K une structure de groupe. Si Ω d´esigne un corps s´eri´e de corps r´esiduel K, alors il est clair que le groupe des unit´es de Ω vautOK×∩Ω.
Proposition 1.— SoitΩ un corps s´eri´e hens´elien de corps r´esiduel K. Il existe une application injective
Θ : AutK(Ω)−→ O×K∩Ω
morphique pour ◦et∗(i.e. Θ(µ◦σ) = Θ(µ)∗Θ(σ)). Si, de plus, Ωest composable, alorsΘest un isomorphisme (en particulier, (OK×∩Ω,∗) est alors un groupe).
Etablissons, pr´ealablement, deux lemmes :
Lemme 2.— Soit(Ω, v)un corps discrˆetement valu´e hens´elien. Siσ est un auto- morphisme de Ω, alorsσ est continu et de plus, siπ d´esigne une uniformisante de Ω, alors σ(π)est aussi une uniformisante.
Preuve : De mani`ere g´en´erale, siv0 est une valuation non-triviale sur Ω et non-
´
equivalente `a v, alors (Ω, v0) n’est pas un corps hens´elien (cf [Rib1, 3.2.W.β]).
Consid´erons alors, sur Ω, la valuation v0 = v◦σ−1. Puisque σ est un automor- phisme de corps, il est clair que la propri´et´e d’Hensel est respect´ee pourv0. On en d´eduit donc que v et v0 sont ´equivalentes et par suite que les anneauxAv et Av0 des valuationsv etv0sont ´egaux. CommeAv0=σ(Av) on en d´eduit bien queσ(π)
est une uniformisante.
Par ailleurs, pour les mˆemes raisons que pr´ec´edement, les valuations v et v◦ σ sont ´equivalentes. Donc, si (xn)n d´esigne une suite convergente vers 0 (i.e.
limnv(xn) = +∞) alors limnv(σ(xn)) = +∞ et donc (σ(xn))n converge aussi vers 0. On en d´eduit queσest continu en 0 et, par suite, partout.
——–
Lemme 3.—SoitΩun corps s´eri´e hens´elien de corps r´esiduel K (Ω⊂K((T))et T ∈Ω) et σun K-automorphisme deΩ. Pour tout
S(T) = X
n≥n0
anTn∈Ω on a
σ(S)(T) = X
n≥n0
anσ(T)n (i.e. σ(S)(T) =S(σ(T)))
Preuve : Dans la preuve du lemme 2, on montre que siσest unK-automorphisme de Ω, alors σ(Av) = Av (Av ´etant l’anneau de la valuation), c’est-`a-dire que la restriction de σ `a Av est unK-automorphisme d’anneau. Il s’ensuit que, puisque les ´el´ements inversibles deAvsont exactement les s´eries de Ω de valuation 0, l’image d’une s´erie de valuation 0, parσ, est de valuation 0.
Toujours d’apr`es le lemme 2, on sait que σ(T) est une uniformisante, donc la valuation de ω =σ(T) est 1 et par suite, la s´erie compos´ee S(ω) a bien un sens dansK((T)). Pour toutm≥n0, on a alors
σ(S)(T)−S(ω) =σ X
n>m
anTn
!
− X
n>m
anωn
!
Commeσest continu et quev(ωn) =n, on en d´eduit que le terme de droite de cette
´
equation vers 0 quandmtend vers +∞et, par suite, queσ(S)(T) =S(σ(T)).
——–
Preuve de la proposition 1. Soitσ ∈AutK(Ω). D’apr`es le lemme 2, il existe un ´el´ementα∈ O×K∩Ω tel queσ(T) =T α(T). Consid´erons alors l’application
Θ : AutK(Ω) −→ OK×∩Ω σ 7−→ α(T) =σ(T)/T
Le lemme 3 assure que σ est enti`erement d´etermin´e par son image enT. On en d´eduit que Θ est injective. Par ailleurs, un rapide calcul montre que Θ(σ◦µ) = Θ(σ)∗Θ(µ).
Si, maintenant, Ω est suppos´e composable, alors si α(T)∈ OK×∩Ω, pour tout S ∈Ω, on aS(T α(T))∈Ω et l’application
σα:S(T)−→S(T α(T))
d´efinit, dansAutK(Ω), un ant´ec´edent, par Θ, de α. Ce qui justifie que, dans ce cas, Θ est bien un isomorphisme.
——–
Remarques : • La loi ∗ peut paraˆıtre un peu compliqu´ee, elle est pourtant
´
equivalente `a une composition. En effet, si on consid´ere l’ensemble E={S∈K((T))/ v(S) = 1}
alors l’application
f : (O×K,∗) −→ (E,◦) α(T) 7−→ T α(T) est un isomorphisme de groupe.
•Dans le cas de Ω =K((T)), on trouve donc que (AutK(K((T))),◦) est isomorphe
`a (O×K,∗). Consid´erons, dansO×K, l’ensemble des unit´es principales 1 +M: 1 +M=
α∈ O×K/ α(0) = 1
On remarque que, muni de la loi ∗, cet ensemble devient un sous-groupe de OK×. Par ailleurs, on remarque aussi que K∗ ⊂ O×K est aussi, pour la loi ∗, un sous-groupe de OK× et qu’en fait, sur ce sous-groupe, la loi∗ n’est rien d’autre que la mutiplication dansK∗. Le sous-groupe (K∗, .) agit alors sur un ´el´ementα∈ O×K par conjugaison : si a∈K
αa(T) = (a∗α(T)∗a−1)(T) =α(aT)
Il est alors `a noter que le groupe (OK×,∗) est le produit semi-direct des sous- groupes (1 +M,∗) et (K∗, .).
En effet, il est clair que (1 +M)∩K∗ ={1} et que (1 +M) et K∗ engendre (OK×,∗) puisque pour toutα∈(OK×,∗), on a
α= α
α(0)
∗α(0)
Par ailleurs, 1 +Mest bien distingu´e dansO×K.
3.— Les K-automorphismes continus de Puis(K).
Rappelons que, siKd´esigne un corps, le corps des s´eries de Puiseux `a coefficients dans K est le corps lim
−→ K((T1/n)) o`u K((T1/n)) d´esigne le corps de rupture sur K((T)) du polynˆomeXn−T (les fl`eches du syst`eme inductif s’entendant d’elles- mˆeme).
On notera, dans la suite de ce texte,Puis(K) ce corps. Il est c´el`ebre que si K est un corps alg´ebriquement clos de caract´eristique 0, alorsPuis(K) est un corps alg´ebriquement clos (c’est une clˆoture alg´ebrique du corps K((T))). Par ailleurs, il existe sur Puis(K) une valuation ν naturelle (celle qui ´etend la valuation v de K((T))), d´efinie pour S(T) = X
k≥k0
akTk/n∈Puis(K) (ak0 6= 0), par
ν(S) =k0 n
C’est muni de cette valuation que l’on consid´erera le corps Puis(K) dans ce paragraphe, qui d´efinit alors une topologie sur Puis(K). On s’int´eresse aux auto- morphismes continus, plus pr´ecis´ement, pour un corps K de caract´eristique 0, on
´
etudie dans ce paragraphe le groupe
Π =AutK(Puis(K)) desK-automorphismes continus dePuis(K).
Remarquons, pour commencer, qu’au contraire du cas du corps des s´eries de Laurent, il existe des K-automorphismes non continus. En effet, la variable T est transcendante surK. Si l’on consid`ere une extension transcendante pure maximale
deKdansPuis(K),L=K(Xi)i∈I, telle queXi0 =T pour un certain indicei0∈I, alors l’application
Xi 7→ Xi pouri6=i0
T 7→ 1/T
d´efinit un K-automorphisme σ de L. Par hypoth`ese de maximalit´e, l’extension Puis(K)/Lest alg´ebrique et comme Puis(K) est alg´ebriquement clos, d’apr`es le th´eor`eme de Steiniz,σ se rel`eve en un K-automorphisme dePuis(K). Ce dernier ne peut ˆetre continu (comme le montrera le lemme suivant) puisqueσ(T) =T−1.
Dans la suite, on noteraPuis[K] l’anneau des s´eries enti`eres de Puiseux, c’est-
`
a-dire le sous-anneau dePuis(K) compos´e des s´eries de valuation≥0 (i.e. l’anneau de la valuationν). Caract´erisons les ´el´ements de Π :
Lemme 4.—SoitσunK-automorphisme dePuis(K). Les propositions suivantes sont ´equivalentes :
i)σ est continu,
ii) la restriction de σ`aPuis[K] est un automorphisme dePuis[K], iii) ν(σ(T))>0 etν(σ(S)) = 0pour toutes s´eriesS de valuation 0.
En cons´equence de quoi, siσ∈Πalors pour tout X
k≥k0
akTk/n∈Puis(K)on a
σ
X
k≥k0
akTk/n
= X
k≥k0
σ(ak)σ(T1/n)k
Preuve : • i)⇒ii) Prenons unS dansPuis[K], posonsr=ν(S) et consid´erons deux cas :
• r >0. Commeσ est continu et que (Sn)n converge vers 0, on a limnν(σ(Sn)) = limnnν(σ(S)) = +∞et ainsiν(σ(S))>0.
• ν(S) = 0. Posons alors S0 =S−S(0), on a donc ν(S0) >0 et, d’apr`es ce qui pr´ec`ede, on a alorsν(σ(S0)) =ν(σ(S)−σ(S(0))>0. Mais commeS(0)∈Ket que σest unK-automorphisme, on a doncσ(S(0))∈K et doncν(σ(S))≥0.
Ainsiσenvoie injectivementPuis[K] sur lui-mˆeme. En appliquant ce r´esultat
`
a σ−1, on voit aussi que cette application est surjective.
ii)⇒iii) Commeσest un morphisme d’anneau, il envoit le groupe des inversibles de Puis[K] sur lui-mˆeme, de mˆeme pour son compl´ementaire. On a doncν(σ(T))>0 et ν(σ(S)) = 0 pour toutes s´eriesS de valuation nulle.
iii)⇒i) Par hypoth`ese, il existe un rationnel r0 >0 tel que σ(T) =Tr0α1 o`u α1
est une s´erie de valuation nulle. On en d´eduit que pour tout entiern≥1, il existe une s´erieα1/n de valuation nulle telle que
σ(T1/n) =Tr0/nα1/n
la s´erie α1/n ´etant une des racines n-i`eme de la s´erie α1, ces racines existant bien puisque K est un corps alg´ebriquement clos de caract´eristique 0 (une s´erie S ∈ L((T)) de valuation nulle poss`ede une racine n-i`eme dansL((T)), avecL de caract´eristique 0, si et seulement si S(0) en poss`ede une dans L). Ainsi, sir > 0 d´esigne un rationnel, alors il existe une s´erieαrde valuation nulle telle que
σ(Tr) =Trr0αr
Consid´erons maintenant une suite (Sk)k≥1 de s´eries convergente vers 0 (i.e.
limkν(Sk) = +∞). Pour toutk≥1, posons rk=ν(Sk). On a a donc Sk =Trkωk
o`uωk est une s´erie de valuation nulle. On en d´eduit que σ(Sk) =Trkr0αrkσ(ωk)
mais comme σ(ωk) est de valuation nulle, onν(σ(Sk)) =rkr0 et comme limkrk = +∞, on a bien
lim
k ν(σ(Sk)) = +∞
c’est-`a-dire que la suite (σ(Sk))k converge vers 0. Ainsi σest continu en 0 et, par suite, continu partout.
• Consid´erons X
k≥k0
akTk/n ∈ Puis(K) et σ ∈ Π. D’apr`es ce qui pr´ec`ede, ω = σ(T1/n) est de valuation r >0. Pour tout entierl≥k0, on a donc
σ
X
k≥k0
akTk/n
− X
k≥k0
σ(ak)σ(T1/n)k
= σ
X
k≥l
akTk/n
−X
k≥l
σ(ak)ωk/n
= ωl/n
σ
X
k≥l
akT(k−l)/n
−X
k≥l
σ(ak)ω(k−l)/n
ce qui montre que cette s´erie est de valuation≥lr/npour toutl, donc de valuation infinie, d’o`u l’´egalit´e.
——–
3.1.— Une d´ecomposition du groupe Π. Notons GK =Gal(K/K) le groupe de Galois absolu du corpsK. Remarquons que GKpeut ˆetre vu comme sous-groupe de Π. En effet, si σ∈GK, alors l’´el´ement eσd´efini par
eσ
X
k≥k0
akTk/n
= X
k≥k0
σ(ak)Tk/n
est clairement un ´el´ement de Π et la correspondance σ 7→ σe est visiblement un morphisme injectif de groupe. C’estviace morphisme que l’on consid`ere maintenant GK comme sous-groupe de Π. Consid´erons aussi le sous-groupe de Π :
∆ =AutK(Puis(K))
compos´e desK-automorphismes de Puis(K) continus. On a alors Proposition 5.— Le sous-groupe∆ est distingu´e dans Πet l’on a
Π = GKn∆
Preuve : Un calcul rapide assure que ∆ est bien distingu´e dans Π. Il est clair que
∆∩GK ={Id}. Consid´eronsσ∈Π et d´efinissonseσpar
eσ
X
k≥k0
akTk/n
= X
k≥k0
σ(ak)Tk/n
C’est un ´el´ement de GK et l’on aeσ−1◦σ∈∆. Ainsi,σ∈GK.∆.
——–
3.2.— Une d´ecomposition du groupe∆. Pour tout rationnelr >0, on d´efinit σr par
σr
X
k≥k0
akTk/n
= X
k≥k0
akTr(k/n)
Par le lemme 4, σr est bien un ´el´ement de Π. Il est aussi clairement dans ∆.
Consid´erons les deux sous-groupes de ∆ :
Γ = {σ∈∆/ ν◦σ=ν}
Λ = {σr/ r∈Q+∗}
Proposition 6.— Le sous-groupeΓ est distingu´e dans Π(donc dans∆) et l’on a
∆ = ΛnΓ
Preuve : Soitσ∈Π, µ∈Γ etS∈Puis(K) non nulle. On ´ecrit S=Trα
avec α une s´erie de valuation 0 et r ∈ Q. On pose σ(Tr) = Tr
0
α0 o`u α0 est de valuation nulle. On a alors
σ(S) =Tr
0
α0σ(α) et donc
(µ◦σ)(S) =Tr
0
α0σ(α)γ
o`uγ=µ(Tr
0
)
Tr0 .µ(α0)(µ◦σ)(α)
α0σ(α) est une s´erie de valuation nulle. On en d´eduit donc que
(σ−1◦µ◦σ)(S) =Trδ
avecδ=σ−1(γ) de valuation nulle. Ainsiν((σ−1◦µ◦σ)(S)) =ν(S) et donc Γ est distingu´e dans Π.
Il est clair que Γ∩Λ ={Id}. Consid´erons maintenant un ´el´ement σ∈∆, il existe un rationnelr0>0 tel que
σ(T) =Tr0α(T1/n)
o`uαest une s´erie de valuation nulle etn≥1 un entier. On a donc (σr−1
0 ◦σ)(T) =T α(Tr−10 /n) ce qui implique que pour tout entierh≥1, on a
(σr−1
0 ◦σ)(T1/h) =T1/hα1/h(Tr0−1/n)
o`uα1/hd´esigne une des racinesh-i`emes (qui existent bien) deα. On en d´eduit donc que pour tout rationnelr≥0, on a
(σr−1
0 ◦σ)(Tr) =Trβr
o`u βr d´esigne une s´erie de valuation nulle. Ceci montre que σr−1◦σ ∈ Γ et par suite queσ∈Λ.Γ.
——–
Remarque : Il est clair que le groupe Λ est isomorphe au groupe (Q+∗, .). On trouve donc pour Π une d´ecomposition de la forme
Π'GKn(Q+∗nΓ)
mais l’action de GK surQ+∗ est triviale et comme Γ est distingu´e dans tout Π on en d´eduit qu’en fait
Π'(GK×Q+∗)nΓ
3.3.— Une d´ecomposition du groupeΓ. Les ´el´ementsσde Γ sont caract´eris´es (en utilisant le lemme 4) par le fait que pour tout entiern≥1, la s´erie σ(T1/n)
T1/n est de valuation 0. On consid`ere alors les sous-groupes
H =
σ∈Γ/ σ(T1/n)
T1/n (0) = 1 pour toutn≥1
M =
σ∈Γ/ σ(T1/n)
T1/n ∈K∗ pour toutn≥1
On a alors
Proposition 7.— Le sous-groupeH est distingu´e dansΓ et on a Γ =MnH
Preuve : Consid´eronsσ∈Γ etµ∈H. Fixons un entiern≥1, il existe une s´erie α∈K((T)) de valuation nulle telle que
σ(T1/n) =T1/nα(T1/k)
pour un certain entier k ≥ 1. Par hypoth`ese, il existe deux s´eries β, γ ∈ K((T)) telle que β(0) =γ(0) = 1 et deux entiersk0, k00≥1 tels que
µ(T1/n) =T1/nβ(T1/k
0
) µ(T1/k) =T1/kγ(T1/k
00
) On a donc, par application du lemme 4,
(µ◦σ)(T1/n) = T1/nβ(T1/k
0
)α(T1/kγ(T1/k
00
))
= T1/nα(T1/k)β(T1/k
0
)α(T1/kγ(T1/k
00
)) α(T1/k)
et ainsi
(σ−1◦µ◦σ)(T1/n) =T1/nσ−1 β(T1/k
0
)α(T1/kγ(T1/k
00
)) α(T1/k)
!
Par continuit´e deσ, on a donc (σ−1◦µ◦σ)(T1/n)
T1/n (0) =σ−1
β(0).α(0) α(0)
=σ−1(1) = 1 et par suiteH est bien distingu´e dans Γ.
Il est clair queM∩H={Id}. Consid´eronsσ∈Γ et pour toutn≥1, posons αn= σ(T1/n)
T1/n (0)
et d´efinissons une applicationµde la mani`ere suivante : µ
X
k≥k0
akTk/n
= X
k≥k0
akαn−kTk/n
Montrons que la d´efinition deµne d´epend pas du choix den. Sin|m, disonsm=ln, on a T1/n=Tl/m et par suite
αn= σ(T1/n)
T1/n (0) = σ(Tl/m) Tl/m (0) =
σ(T1/n) T1/n
l
(0) =αlm
ce qui justifie bien que la d´efinition deµen un ´el´ementS∈Puis(K) ne d´epend pas du choix du repr´esentant de S. Il est clair queµest un ´el´ement deM et que pour tout entier n≥1 on a
(σ◦µ)(T1/n) T1/n (0) = 1 Ainsiσ∈H.M.
——–
3.4.— Etude des groupes H et M. Le groupe M =
σ∈Π/∀n∈N∗, σ(T1/n) T1/n ∈K∗
est visiblement ab´elien. Pour tout couple d’entiers (n, m) non nuls tel que n|m (disonsm=kn), consid´erons le morphisme :
ϕm,n: K∗ −→ K∗ x 7−→ xk
Il est clair que le syst`eme (ϕm,n, K∗)n est projectif, la limite projective lim
←−K∗ a donc une structure de groupe.
Proposition 8.— On a
M 'lim
←−K∗ Preuve : On regarde lim
←−K∗ comme sous-groupe du groupe produitQ
N∗K∗ et on consid`ere l’application
Ψ :M −→Y
N∗
K∗ d´efinie par
Ψ(σ) =
σ(T1/n) T1/n
n
Cette application est visiblement un morphisme et, en application du lemme 4, comme σest enti`erement d´etermin´e par ses valeurs en les T1/n, on en d´eduit que Ψ est injective. Consid´erons (an)n = Ψ(σ). Pour toutm=knon a
an=σ(T1/n)
T1/n = σ(Tk/m) Tk/m =
σ(T1/m) T1/m
k
=akm il s’ensuit que Ψ(σ) ∈lim
←−K∗. Reste `a montrer la surjectivit´e de Ψ. Consid´erons (an)n∈lim
←−K∗, alors siS=P
k≥k0λkTk/n l’applicationσd´efinie par σ(S) = X
k≥k0
λkaknTk/n
(cette d´efinition ne d´epend pas du choix den, `a cause de la compatibilit´e des an) est visiblement un ´el´ement deM qui v´erifie Ψ(σ) = (an)n. D’o`u la surjectivit´e.
——–
Remarque.—Pour toutn≥1, on consid`ere le sous-groupeUndes racinesn-i`emes de l’unit´e dans K∗. Le groupe lim
←−Un est donc un sous-groupe de lim
←−K∗. Il est classique qu’il est isomorphe au groupe profiniZb. En effet, la donn´ee d’un syst`eme coh´erent de racines primitivesn-i`emes de l’unit´e (ξn)n permet de d´efinir, pour tout n∈N∗, des isomorphismes
fn:Un −→Z/nZ
(en posantfn(ξn) = 1) qui v´erifie que, pour toutn|m, le diagramme
Um fm
−−−−−→ Z/mZ
y
ϕm,n
y Un
fn
−−−−−→ Z/nZ
est commutatif. D’o`u l’isomorphisme.
Maintenant, si l’on consid`ere la premi`ere projectionM →K∗, celle qui `a (an)n
associea1, on voit que ce morphisme est surjectif. En effet, ´etant donn´ea∈K∗, si pour un entier n≥1, on noteRn(a) l’ensemble des racines n-i`emes dea dansK∗, alors on voit que l’ensemble lim
←−Rn(a)⊂lim
←−K∗constitue l’ensemble des ant´ec´edents de a par la premi`ere projection. Or les ensembles Rn(a) ´etant finis et non vide, l’ordre n|m surN´etant filtrant `a droite, on en d´eduit que lim
←−Rn(a) est non vide, d’o`u la surjectivit´e.
Le noyau du morphismeM →K∗ est pr´ecis´ement lim
←−Un, c’est-`a-dire que l’on a la suite exacte
1−→bZ−→M −→K∗−→1
Cette suite n’est pas scind´ee. En effet, si elle l’´etait on auraitM 'Zb×K∗ et par suite il y a aurait de la torsion dans M ce qui est impossible, puisqu’alors il existerait des sous-corps stricts d’indice fini dePuis(K) contenantK(donc√
−1) ce qui est absurde d’apr`es la th´eorie d’Artin-Schreier des corps r´eels clos.
Il n’est pas anodin de trouver ce facteurZb dansM. Une fois choisi un syst`eme coh´erent de racines de l’unit´e (ξn)n, un ´el´ement (an)n∈Zbcorrespond dansM `a un automorphismeσ∈M v´erifiant pour toutn∈N∗
σ(T1/n) =ξnanT1/n
c’est-`a-dire `a unK((T))-automorphisme dePuis(K). On voit alors que ce facteur Zb correspond pr´ecis´ement au groupe de GaloisGal(Puis(K)/K((T)).
Int´eressons-nous maintenant au groupe H =
σ∈Γ/ σ(T1/n)
T1/n (0) = 1 pour toutn≥1
Pour ´etudierH, consid´erons pour tout entiern≥1, le groupe πn =
σ∈AutK(K((T1/n)))/ σ(T1/n) T1/n (0) = 1
Comme les corps K((T1/n)) et K((T)), sont K-isomorphes, on en d´eduit que les groupes AutK(K((T1/n))) et (O×
K,∗) sont isomorphes. Le sous-groupeπn cor- respond alors dans ce groupe au sous-groupe (1 +M,∗), un isomorphisme ´etant
fn : πn −→ 1 +M σ 7−→ σ(T1/n)
T1/n Pourm=kn, d´efinissons le morphisme
ϕn,m : (1 +M,∗) −→ (1 +M,∗) α(T) 7−→ α1/k(Tk)
o`u α1/k d´esigne l’unique racine k-i`eme de αdans 1 +M. L’application ϕn,m est bien un morphisme (injectif) puisque
ϕn,m(α∗β)(T) = (α∗β)1/k(Tk) = (α(T)β(T α(T)))1/k(Tk)
= (α1/k(T).β1/k(T α(T)))(Tk)
(car dans 1 +M, on a (α.β)1/k =α1/k.β1/k)
= (α1/k(Tk).β1/k(Tkα(Tk))
= (ϕn,m(α)∗ϕn,m(β))(T)
Il est alors clair que le syst`eme (1 +M, ϕn,m)n est inductif (l’ensemble ordonn´e (N∗,|) est filtrant `a droite). On posant, pour toutn|m,
θn,m=fm−1◦ϕn,m◦fn
on obtient alors un diagramme
πn −−−−−→fn 1 +M
y
θn,m
y
ϕn,m
πm fm
−−−−−→ 1 +M
commutatif. Il s’ensuit que le syst`eme (πn, θn,m)n est inductif et que lim−→ πn = lim
−→ (1 +M) On a alors
Proposition 9.— On a un isomorphisme H 'lim
−→ (1 +M)
Preuve : On va montrer queH satisfait la propri´et´e universelle qui d´efinit lim
−→ πn. Pour cela, on doit commencer par expliciter, pour tous les entiers n6= 0, des mor- phismes
hn:πn−→H
qui font commuter les diagrammes (i.e. pour tout n|m,hn=hm◦θn,m).
Soitσn∈πn, on d´efinitσ(=hn(σn)) pour tout entierh∈N∗ et toutS =Sh∈ K((T1/h)) par
σ(S) =θn,nh(σn)(Sh)
c’est-`a-dire queσest d´efini sur K((T1/h)) par
σ(T1/h) =T1/hαn/hn (T1/n)
avecαn=fn(σn) et o`u α1/hn d´esigne l’unique racineh-i`eme deαn dans 1 +M.
Cette d´efinition ne d´epend pas du choix de l’entierh. En effet, sih0 =sh, alors on a :
θn,nh0(σn)(T1/h) =
θn,nh0(σn)(T1/h
0
)s
=
T1/h
0
αn/h
0
n (T1/n)) s
= T1/hαn/hn (T1/n) =θn,nh(σn)(T1/h)
L’applicationσest unK-automorphisme. En effet, siSh, Sh0 sont deux ´el´ements dePuis(K), alorsSh−Sh0 et Sh.S−1
h0 sont dansK((T1/hh
0
)) et donc σ(Sh−Sh0) =θn,nhh0(σn)(Sh−Sh0) =σ(Sh)−σ(Sh0) et
σ(Sh.Sh−10 ) =θn,nhh0(σn)(ShSh−10 ) =σ(Sh).σ(Sh0)−1
c’est-`a-dire que σ est un morphisme de corps. Il est visiblement surjectif, car σ|K((T1/m))∈πmpour toutn|mce qui assure aussi, pour finir, queσ∈H.
Il est alors clair que l’applicationhnainsi obtenue est un morphisme de groupes qui satisfait, pour tout n|m,
hn=hm◦θn,m
Ce morphisme est visiblement injectif, car hn(σn)|K((T1/n))=σn.
Consid´erons maintenant un groupeH0 et pour toutn∈N∗ des morphismes h0n:πn−→H0
qui font commuter les diagrammes. Prenons un ´el´ement σ∈H. Il existe un entier n6= 0 tel que
σ(T) =T.α(T1/n) avecα(0) = 1. Par suite, on a
σ(T1/n) =T1/n.α1/n(T1/n)
o`u α1/n d´esigne l’unique racine n-i`eme deα v´erifiant α1/n(0) = 1. On en d´eduit donc que pour cet entier n ≥1, la restriction σ|K((T1/n)) est un ´el´ement σn ∈ πn. On pose alors
Ξ(σ) =h0n(σn)
Puisque le syst`eme est inductif, on voit bien que la valeur deh0n(σn) ne d´epend pas du choix de net donc cela permet de d´efinir une application
Ξ :H −→H0
qui fait commuter les diagrammes (i.e. pour toutn6= 0, on ah0n = Ξ◦hn). On voit aussi que Ξ est unique pour cette propri´et´e. Il s’ensuit queH statisfait la propri´et´e universelle qui d´efinit lim
−→ πn.
——–
On d´eduit donc de ce qui pr´ec`ede le
Th´eor`eme 10.— SiK d´esigne un corps de caract´eristique 0, alors le groupe des K-automorphismes continus du corpsPuis(K)est isomorphe `a
AutK(Puis(K))'(GK×Q∗+)n(lim
←−K∗nlim
−→1 +M) De mani`ere pratique on retiendra que, siτ∈ AutK(Puis(K)), on a
τ
X
k≥k0
akTk/n
= X
k≥k0
τ(ak)τ T1/nk
(τ est enti`erement d´etermin´e par son action sur K et sur les T1/n) et si on ´ecrit τ = grσµ avec g ∈ GK, r = p/q ∈ Q+∗, σ ∈ M et µ ∈ H, il existe une suite (ξn)n≥1 ∈K∗N
∗
v´erifiant pour tout n, m≥1,ξmnm=ξn, un ´el´ement α∈1 +MK et un entierN ≥1 tel que pour touta∈K
g(a) = g(a) r(a) = a σ(a) = a µ(a) = a et toutn∈N∗
g(T1/n) = T1/n
r(T1/n) = Tr/n= T1/qnp σ(T1/n) = ξnT1/n
µ(T1/n) = T1/nαN/n(T1/N)
o`u α1/n d´esigne l’unique racinen-i`eme de αdans 1 +MK. On notera alors µ = (α, N) etσ= (ξn)n.
4.— Applications.
4.1. Des sous-groupes de Aut(C). On peut appliquer ce que nous venons de faire `a la description de certains sous-groupes de Aut(C). En effet, on a la proposition suivante
Proposition 11.— Soit Ω1 et Ω2 deux corps alg´ebriquement clos de mˆeme car- act´eristique et de mˆeme cardinal ind´enombrable. Les corps Ω1 et Ω2 sont alors isomorphes.
Preuve : Les corps Ω1 et Ω2 ´etant de mˆeme caract´eristique ont des sous-corps premiers F1 et F2 isomorphes. Consid´erons des extensions transcendantes pures maximales, F1(Xi)i∈I et F2(Yj)j∈J, de F1 et F2 dans Ω1 et Ω2. Pour des raisons
´
evidentes de cardinalit´e, on a
]I=]Ω1=]Ω2=]J
on en d´eduit donc queF1(Xi)i∈I etF2(Yj)j∈J sont isomorphes et, par application du th´eor`eme de Steiniz, que Ω1 et Ω2 le sont aussi.
——–
On en d´eduit donc que, par exemple, les corps C,Cp,Qp,Puis(C) sont tous isomorphes. On en d´eduit aussi que si K est un corps de cardinal ≤ 2ℵ0 et de caract´eristique nulle, alorsCetPuis(K) sont isomorphes. Par suite, en appliquant le th´eor`eme 10, on trouve que
Th´eor`eme 12.—SiK d´esigne un corps de caract´eristique0 et de cardinal≤2ℵ0, alors le groupe de Galois absolu, GK = Gal(K/K), de K est un sous-groupe de Aut(C).
En particulier, GQ est un sous-groupe. De mˆeme, les groupesFbℵ0 et Fb2ℵ0 (les groupes prolibres `a, respectivement, ℵ0 et 2ℵ0 g´en´erateurs) sont des sous-groupes deAut(C). En effet, consid´erons un ´el´ementx∈Ctranscendant surQ(resp. une famille d’´el´ements deC, (xi)i∈2ℵ0,Q-alg´ebriquement ind´ependants) et le corps
K=Q(x) (resp. K=Q(xi)i6=i0(xi0))
alors, en cons´equence du th´eor`eme d’Harbater (voir [Har]), on sait que GK 'Fbℵ0 (resp. GK 'Fb2ℵ0).
4.2. Des involutions continues de Puiseux. Le r´esultat arithm´etique fonda- mental de la th´eorie d’Artin-Schreier (dont le lecteur pourra trouver un expos´e dans [Rib2]) ´etablit la correspondance qui existe entre les ´el´ements de torsion du groupe Aut(A) des automorphismes du corps alg´ebriquement closAet certains sous-corps ordonnables de A. Plus pr´ecis´ement si A est de caract´eristique non nulle alors Aut(A) est sans torsion etA ne contient aucun sous-corps ordonnables. Si main- tenantAest de caract´eristique nulle alorsAut(A) contient de la torsion et tous les
´
el´ements de torsion sont des involutions. Sic∈Aut(A) est une involution, alors le corps Rc =A<c> des ´el´ements de Ainvariants par l’action de c est un corps r´eel clos (i.e. un corps ordonn´e qui ne poss`ede aucune extension ordonn´ee alg´ebrique stricte, un tel corps poss`ede un unique ordre compatible). R´eciproquement, si R d´esigne un sous-corps r´eel clos1 de A, alors [A : R] = 2 et A = R(√
−1). En particulierGal(A/R) permet de d´efinir une involution deAut(A). Un calcul assez simple montre alors que siRetR0 sont deux sous-corps r´eels clos deAetc, c0 sont les deux involutions deAut(A) associ´ee respectivement `a Ret R0, alors pour tout corpsK contenu dansR∩R0, les corpsR etR0 sontK-isomorphes si et seulement sicetc0 sontK-conjugu´es (i.e. conjugu´es dans leAutK(A) desK-automorphismes de A). Plus exactement, siσ∈AutK(A) est tel queσ(R) =R0 alorsc0 =σcσ−1 et r´eciproquement. Ainsi, il existe une correspondance bi-univoque entre les classes de conjugaison des involutions dans AutK(A) et les classes deK-isomorphisme de sous-corps r´eels clos deA.
Une question l´egitime d’arithm´etique des corps consiste alors `a s’interroger sur la possibilit´e d’une ´eventuelle ”description”, pour un corps alg´ebriquement closA de caract´eristique 0 donn´e et un sous-corps K de A fix´e, de certaines classes de conjugaison des involutions dans AutK(A). Par exemple, dans le cas o`u A= K est la clˆoture alg´ebrique du corps K, la th´eorie des corps ordonn´es permet une description en terme d’ordres compatibles de toutes les classes de conjugaison des involutions dans AutK(A) = Gal(K/K). Plus pr´ecis´ement, il existe une corre- spondance bi-univoque entre l’ensemble des classes de conjugaison des involutions deGal(K/K) et l’ensemble des ordres compatibles surK(i.e. les relations d’ordres qui font de K un corps ordonn´e). Cette correspondance est ´etablie de la mani`ere suivante : `a un ordre compatible≤surK, on associe l’ensembleC(≤) des involutions c∈Gal(K/K) telles que le corps r´eel closRc=K<c> soit une extension ordonn´ee de (K,≤) (i.e. une extension dont l’ordre prolonge ≤). L’ensemble C(≤) est non vide, car on sait (cf [Rib2, Ch. IX 3.h)]) qu’il existe toujours un corps ordonn´e maximal R, extension alg´ebrique ordonn´ee de (K,≤). Si c, c0 sont deux ´el´ements de C(≤), les corps Rc et Rc0 sont alors deux extensions ordonn´ees alg´ebriques de
1Dans ce texte la terminologie de sous-corps r´eel clos d’un corps alg´ebriquement clos A d´esignera un sous-corps R de A tel que A/R soit une extension alg´ebrique et tel que R soit un corps r´eel clos
(K,≤) et un corollaire du th´eor`eme de Sturm affirme alors qu’il existe un (unique) K-isomorphismeσentreR etR0 (cf [Rib2, Ch. IX 5,Th. 9]). Un relev´e deσdans Gal(K/K) conjugue alors c et c0. R´eciproquement, si c est un ´el´ement de C(≤), c0 ∈Gal(K/K) est une involution etσ∈Gal(K/K) unK-automorphisme tel que c0 =σcσ−1, alors σ(Rc) = Rc0. Comme l’unique ordre existant sur un corps r´eel clos est d´efini par ses carr´es, l’isomorphismeσpr´eserve donc l’ordre et, par suite, le corps Rc0 est lui aussi une extension ordonn´ee de (K,≤). Il s’ensuit que C(≤) est, en fait, une classe de conjugaison dansGal(K/K) d’involutions.
La correspondance ≤7−→ C(≤) est bien sur surjective car si c est une involu- tion de Gal(K/K), l’ordre du corps r´eel clos Rc induit, par restriction, un ordre compatible sur K qui est un ant´ec´edent pour notre correspondance de la classe de conjugaison dec. Cette correspondance est, par ailleurs, bien injective puisque deux ordres compatibles sur K qui ont mˆeme images par la correspondance sont tout deux restriction `a Kde l’ordre unique d’un sous-corps r´eel clos deK et sont, par suite, ´egaux.
On d´eduit de ce r´esultat que, par exemple, dans le cas deK=Q, il n’y a qu’une seule classe de conjugaison d’involutions dansGal(Q/Q), dans le cas deK=Q(√
2) il y a deux classes dansGal(Q/Q(√
2)) et dans le casK=Q(T) il y a une infinit´e de classe dansGal(Q(T)/Q(T)).
La question de la description des classes de conjugaison d’involutions se pr´ecise par exemple lorsque le corps A est un corps topologique et que l’on veut regarder les classes de conjugaison des involutions continues. Par exemple si l’on consid`ere A = C muni de la topologie usuelle, il n’y a qu’une seule telle classe (celle de la conjugaison complexe, qui consitue le seul automorphisme non-trivial deCcontinu).
On s’int´eresse dans cette partie `a cette question dans le cas d’un corps de s´eries de Puiseux muni de sa topologie naturelle.
Consid´erons une involutionc∈GK. S’il n’y a pas d’ambiguit´e, poura∈K, on noteraa`a la place dec(a). Siα(T) = 1 +a1T+a2T2+· · · ∈1 +MK, on notera
α(T) = 1 +a1T+a2T2+· · ·
On remarque que pour toutα, β∈1 +MK, on aα∗β =α∗β et donc qu’en particulier on a α(−1)=α(−1) (nous noterons dans ce texte α(−1) l’inverse pour∗ de α afin de ne pas confondre avec l’inverse pour le produit au sens de Cauchy).
On consid`ere l’ensemble
U(c) ={a∈K/ a.a= 1}
qui est visiblement un sous-groupe de K∗. Ce groupe a la propri´et´e suivante : si x∈U(c),y ∈K et n∈N∗ sont tels quex=yn alorsy ∈U(c). En effet, le corps Rc est corps r´eel clos et comme, par hypoth`eses, on a (yy)n = 1 etyy∈Rc, on en d´eduit que l’´el´ement yy est une racine de l’unit´e d’un corps r´eel clos. On a donc yy =±1. Par ailleurs, comme K=Rc(√
−1), siy=y0+√
−1y1avecy0, y1∈Rc, on a yy=y20+y12≥0. Ainsi on ayy= 1, c’est-`a-dire y∈U(c).
Pour toutλ∈K∗, on note
Ω(c, λ) ={α∈1 +MK/ α(λT)∗α(T) = 1}
On a alors :
Proposition 13.—Un ´el´ementτ ∈ AutK(Puis(K))est une involution si et seule- ment si τ =cσµo`uc∈GK,σ= (ξn)n ∈M et µ= (α, N)∈Ωsont des ´el´ements v´erifiant :
• c est une involution deGK,
• ξN ∈U(c),
• α∈Ω(c, ξN).
Preuve : Supposons que l’´el´ement τ = grσµ soit une involution avec g ∈ GK, r=p/q∈Q+∗,σ= (ξn)n∈M et µ= (α, N)∈Ω. CommeAutK(Puis(K)) est un produit semi-direct (GK×Q+∗)n(MnΩ), l’´el´ementgrsatisfait (gr)2=Idet, par suite, on a r= 1 et g =Idou g involution. Supposons que g=Id, la restriction de τ `a K ´etantg, on en d´eduit que K est contenu dans le sous-corps de Puis(K) laiss´e fixe parτ. Ceci est impossible car ce sous-corps est ordonnable et√
−1∈K.
Ainsig=cest une involution deGK.
Fixons un entier n∈ N∗ et regardons maintenant l’action deτ2 = (cσµ)2 sur l’´el´ement T1/n. On a
τ2(T1/n) = cσµcσ T1/nαN/n(T1/N)
=cσµc ξnT1/nαN/n(ξNT1/N)
= cσµ ξnT1/nαN/n(ξNT1/N)
= cσ ξnT1/nαN/n(T1/N)αN/n(ξNT1/Nα(T1/N))
= c ξnξnT1/nαN/n(ξNT1/N)αN/n(ξNξNT1/Nα(ξNT1/N))
= ξnξnT1/nαN/n(ξNT1/N)αN/n(ξNξNT1/Nα(ξNT1/N))
= T1/n
Le terme constant de αN/n(ξNT1/N)αN/n(ξNξNT1/Nα(ξNT1/N)) ´etant 1, on en d´eduit queξnξn = 1 pour toutn∈N∗, donc en particulierξN ∈U(c). Il s’ensuit, en prenant n=N et en appliquant `a nouveau c`a l’´egalit´e, que
α(ξNT1/N)α(T1/Nα(ξNT1/N)) = 1 c’est-`a-dire queα(ξNT)∗α(T) = 1 (i.e. α∈Ω(c, ξN)).
R´eciproquement, siξN ∈U(c), la remarque pr´ec´edent l’´enonc´e de la proposition 13 assure alors que pour toutn≥1,ξnN ∈U(c) et, par suite, queξn=ξnNN ∈U(c).
Le calcul pr´ec´edent montre alors que, sous les hypoth`eses, τ =cσµ est bien une involution.
——–
On s’int´eresse maintenant aux classes de conjugaisons dansAutK(Puis(K)) des involutions continues ainsi qu’aux classes de K-isomorphismes de sous-corps r´eels clos (contenant K) de Puis(K) associ´ees. On dira dans la suite qu’un sous-corps r´eel clos (contenantK) dePuis(K) est continu si l’involution deAutK(Puis(K)) qui le d´efinit est elle-mˆeme continue.
Th´eor`eme 14.— Soit τ = cσµ et τ0 = c0σ0µ0 deux involutions continues de Puis(K). Les propri´et´es suivantes sont ´equivalentes :
i)τ etτ0 sont continˆument conjugu´ees (i.e. conjugu´ees dansAutK(Puis(K))), ii) τ etτ0 sont conjugu´ees dans AutK(Puis(K)),
iii) τ|K=c etτ0
|K =c0 sont conjugu´ees dans GK.
En particulier, il existe une correspondance bi-univoque entre les classes deK- isomorphisme de sous-corps r´eels clos continus de Puis(K) et les classes de K- isomorphisme de sous-corps r´eels clos de K, cette correpondance est celle qui `a un repr´esentantRd’une classe d’isomorphisme deK associe la classe d’isomorphisme dePuis(R).
Preuve : ii)⇒iii) Siπ∈AutK(Puis(K)) conjugueτ et τ0, alors π|K conjugue c etc0.
iii)⇒i) Soientτ0 =c0σ0µ0 une involution continue dePuis(K),c∈GK une invo- lution etg∈GK telle quec=g−1c0g. Nous allons montrer queτ0 est continˆument
conjugu´ee `ac(vu comme ´el´ement deAutK(Puis(K))), ce qui prouvera le th´eor`eme.
Posonsσ0 = (ξn)n et µ0 = (α, N) et conjugonsτ0 parg, on a : g−1τ0g= (g−1c0g)(g−1σ0g)(g−1µ0g) =cσ00µ00
avec σ00 = (un)n ∈M o`u un = g−1(ξn) pour tout n ≥1 et µ00 = (β, N)∈ Ω o`u β =αg−1 d´esigne l’´el´ement de 1 +MK dont les coefficients sont obtenus `a partir de ceux de αpar application deg−1. En effet, pourn≥1 on a
g−1σ0g(T1/n) =g−1σ0(T1/n) =g−1(ξnT1/n) =g−1(ξn)T1/n=unT1/n et
g−1µ0g(T1/n) =g−1(T1/nαN/n(T1/N)) =T1/nαg−1N/n(T1/N)
Consid´erons maintenant l’´el´ement s = (sn)n ∈ M d´efini par sn = u−12n pour tout n≥1, et conjuguonscσ00µ00 pars, on a :
s−1(cσ00µ00)s=cµ000
o`uµ000 = (β(s−1N T), N) = (γ, N). En effet, pourn≥1 on a un ∈U(c) et, par suite, sn ∈U(c). On a doncs−1n unsn =u2nu−1n u2n=u22nu−1n =unu−1n = 1 et ainsi
s−1σ00s(T1/n) =s−1n unsnT1/n=T1/n Par ailleurs, on a
s−1µ00s(T1/n) =s−1n snT1/nβN/n(s−1N T1/N)
Pour finir la preuve du th´eor`eme, nous avons besoin du lemme suivant : Lemme 15.— Soitc ∈GK une involution etα∈Ω(c,1). Il existeβ ∈1 +MK tel que β(−1)∗α∗β= 1.
Preuve du lemme : La conditionα∈Ω(c,1) est ´equivalente `a α∗α= 1. Etant donn´eα, β∈1 +MK, disons
α(T) = a0+a1T+a2T2+· · · (a0= 1) β(T) = b0+b1T+b2T2+· · · (b0= 1) on a
β(T α(T)) = 1 +X
n≥1
bnTn
X
k≥0
akTk
n
= 1 +X
n≥1
bnTn
X
k≥0
X
i1+···+in=k
ai1· · ·aik
! Tk
= 1 +X
n≥1
X
k≥0
bn
X
i1+···+in=k
ai1· · ·aik
! Tn+k
= 1 + X
m≥1
m−1
X
k=0
bm−k X
i1+···+im−k=k
ai1· · ·aim−k
Tm
= X
m≥0
λmTm (λ0= 1) et, compte tenu du fait que
α(T).β(T α(T)) =X
n≥0 n
X
m=0
λman−m
! Tn