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incidence sur leur combinatoire
Marie-Sophie Pausé
To cite this version:
Marie-Sophie Pausé. Structure lexico-syntaxique des locutions du français et incidence sur leur com-
binatoire. Linguistique. Université de Lorraine, 2017. Français. �NNT : 2017LORR0185�. �tel-
01689915v2�
des locutions du fran¸ cais
et incidence sur leur combinatoire
TH` ESE
pr´ esent´ ee et soutenue publiquement le 3 novembre 2017 pour l’obtention du
Doctorat de l’Universit´ e de Lorraine
(Sciences du langage)
par
Marie-Sophie Paus´ e
Composition du jury
Pr´esidente : Eva´ Buchi Directrice de recherches, ATILF-CNRS
Rapporteurs : XavierBlanco Catedr`atic d’Universitat, Universitat Aut`onoma de Barcelona ChristianeFellbaum Senior Research Scholar, Princeton University
Examinatrice : AgataSavary Maˆıtre de conf´erences HDR, Universit´e Fran¸cois Rabelais Tours
Directeurs : AlainPolgu`ere Professeur des universit´es, Universit´e de Lorraine SylvainKahane Professeur des universit´es, Universit´e Paris Nanterre
Remerciements
« Un seul mot, usé, mais qui brille comme une vieille pièce de monnaie : merci ! » (Pablo Neruda)
Ce mot, je n’en userai jamais assez à l’encontre de toutes les personnes qui m’ont accompagnée sur le chemin vers cette thèse. Je ne me suis jamais sentie abandonnée, et je le dois à toutes les personnes que je m’apprête à citer, et à beaucoup d’autres que je n’aurai, hélas, pas la place de mentionner.
Je remercie mon directeur, Alain POLGUÈRE, de m’avoir ouvert les portes du laboratoire et de la lexicologie, puis de m’avoir soutenue et aiguillée dans mes projets de recherche : d’abord le mémoire de Master, et ensuite la thèse de Doctorat. Merci pour sa disponibilité, ses nombreux conseils, et sa bonne humeur motrice pendant nos séances de travail. Merci à Sylvain KAHANEd’avoir accepté la co-direction de cette thèse avec intérêt, enthou- siasme et investissement.
Je suis reconnaissante envers l’Université de Lorraine, et en particulier l’École doctorale Stanislas, qui m’a accordé un contrat doctoral, me permettant ainsi de mener mes travaux dans des conditions idéales. Le laboratoire ATILF a également participé à ces conditions en or, par la mise à disposition d’un bureau agréable, et situé à côté d’un lieu incontournable : le centre de documentation. Je tiens à exprimer toute ma gratitude à la directrice du laboratoire, Éva BUCHI, pour sa confiance, sa bonne humeur communicative, et ses nombreux encouragements.
Je remercie les membres du jury, Xavier BLANCO, Éva BUCHI, Christiane FELLBAUM et Agata SAVARY, pour l’intérêt qu’ils ont porté à mon travail.
Un grand merci également à Mohammed KARA, puis à Brigitte WIEDERSPIEL, pour m’avoir permis de faire mes premières armes en tant qu’enseignante au sein du département de Sciences du langage de Metz. Ce fût une expérience très enrichissante, et j’ai pu profiter des conseils bienveillants de tous les membres du département ; merci à chacun d’entre vous.
Dorota, Mi Hyun et Marianna : merci à vous trois, pour nos discussions studieuses, mais aussi pour nos fous rires, et pour l’amitié qui nous unit désormais. Merci aussi aux collègues qui ont pris part aux réunions de l’axe Lexicologie théorique et descriptive, et qui ont, par leur participation aux diverses discussions, sans conteste fait avancer ma réflexion. Merci à Igor MEL’CUKˇ pour sa disponibilité, sa bienveillance, et nos discussions lors de sa venue à Nancy. Merci à Pascale, qui m’a accueillie au laboratoire, et à Brigitte, ma voisine du bureau, qui m’a apporté son soutien.
Je remercie également toutes celles et ceux qui ont fait de ma vie nancéienne un moment très agréable : Jeanne- Marie et Line, merci pour nos soirées hebdomadaires de décompression ; Roger, Janek et Tomek : merci pour les dépannages de la vie courante ! Enfin, un merci tout particulier à ma famille, qui a rendu, à maintes reprises, mon quotidien plus facile et m’a permis de privilégier mon travail de thèse : ma maman, Pia, mon frère, Patrick, et...
comment ne pas mentionner mon fidèle compagnon à quatre pattes, Lully, qui n’a pas hésité à participer à la ré- daction en tapotant, de temps en temps, tout en ronronnant, sur mon clavier !
J’exprime, en dernier lieu, une pensée particulière pour mon papa, Claude, qui est malheureusement parti trop tôt, et à qui je dédie ce travail.
En tant que syntagmes sémantiquement non-compositionnels, les locutions sont des uni- tés lexicales à part entière, qui doivent avoir leur propre entrée dans un modèle du lexique.
Elles doivent donc recevoir une définition lexicographique, ainsi qu’une description de leurs caractéristiques grammaticales. De plus, en vertu de leur signifiant syntagmatique, les locutions témoignent – à des degrés divers – d’une flexibilité formelle (passivation, insertion de modifi- cateurs, substitution de certains constituants, etc.).
Notre thèse défend l’idée selon laquelle une description des locutions combinant à la fois l’identification des unités lexicales qui les composent et l’identification des relations de dé- pendance syntaxique qui unissent les unités constituantes, permettra de prédire leurs différents emplois possibles dans la phrase. Une telle description n’est possible que dans un modèle du lexique décrivant précisément la combinatoire des lexies. Notre recherche, basée sur les prin- cipes de la Lexicologie Explicative et Combinatoire, exploite et enrichit les données du Réseau Lexical du Français (RL-fr), ressource en cours de développement à l’ATILF.
La thèse a deux principaux apports. Le premier est le développement d’un modèle de des- cription lexico-syntaxique relativement fine des locutions du français. Le second est l’identifica- tion et l’étude de différentes variations structurales, syntaxiques et lexicales liées à la flexibilité formelle des locutions. Les variations des locutions sont mises en corrélation avec leurs struc- tures lexico-syntaxiques, mais également avec leurs définitions lexicographiques. Ceci nous conduit à introduire la notion de projection structurale, centrale dans le continuum de la flexibi- lité formelle des locutions.
Mots-clés: locution, lexicologie, phraséologie du français, interface sémantique-syntaxe, Lexi-
cologie Explicative et Combinatoire (LEC), Réseau Lexical du Français (RL-fr)
As semantically non-compositional phrases, idioms are lexical units. Consequently, they must have their own entries in a lexical resource, with a lexicographic definition and grammat- ical characteristics. Furthermore, because of their phrasal signifier, idioms show – to varying degrees – a formal flexibility (passivization, attachment of modifiers, substitution of compo- nents, etc.)
Our thesis defends the view that a description of idioms that combine identification of their lexical components and identification of dependency links between these components will per- mit to predict their formal variations. Such a description is possible only in a model of lexicon that describes precisely combinatorial proprieties of lexical units. Our thesis, based on the Ex- planatory Combinatorial Lexicology’s framework, exploits and enhances the data of the French Lexical Network (fr-LN). This resource is being developed at the laboratory ATILF (Nancy, France).
The thesis makes two principal contributions to the study of phraseology. The first contri- bution is the development of a precise description of idioms’ lexico-syntactic structures. The second contribution is the indentification and the study of structural, syntactic and lexical vari- ations linked to idioms’ formal flexibility. Idioms’ formal variations are correlated with their lexico-syntactic structures, but also with their lexicographic definitions. This work leads us to introduce the notion of structural projection, that plays a central role in the continuum of id- iom’s formal flexibility.
Keywords: idiom, lexicology, phraseology of the French language, semantic-syntax interface,
Explanatory Combinatorial Lexicology (ECL), French Lexical Network (fr-LN)
Remerciements i
Résumé ii
Abstract iii
Table des figures viii
Liste des tableaux xi
Liste des abréviations, symboles et conventions d’écriture xiii
1 Introduction générale 1
1.1 Objet d’étude . . . . 2
1.1.1 Présentation succincte de la notion de locution . . . . 2
1.1.2 Modélisations lexicographiques des locutions françaises . . . . 4
1.2 Objectif de la thèse . . . . 8
1.3 Méthodologie . . . . 9
1.3.1 Source des locutions étudiées . . . . 9
1.3.2 Sources des données linguistiques . . . . 11
1.3.3 Conventions . . . . 12
1.4 Organisation de la thèse . . . . 13
2 Place des locutions dans la phraséologie 14 2.1 Introduction . . . . 15
2.2 Notions de base . . . . 15
2.2.1 Lexie, actants, valence et combinatoire . . . . 15
2.2.2 Phrasème . . . . 18
2.3 (Non-)compositionnalité . . . . 19
2.3.1 (Non-)compositionnalité sémantique . . . . 19
2.3.2 (Non-)compositionnalité appliquée à d’autres niveaux . . . . 27
2.4 Typologie générale des phrasèmes . . . . 30
2.4.1 Phrasèmes principaux . . . . 31
2.4.2 Conception élargie du phrasème . . . . 38
2.5 Phrasèmes dans la Théorie Sens-Texte . . . . 49
2.5.1 Classifications des locutions . . . . 49
2.5.2 Collocation et notion de fonction lexicale . . . . 61
2.5.3 Clichés linguistiques et pragmatèmes . . . . 63
2.5.4 Phrasèmes combinatoires . . . . 64
2.6 Relâchement des contraintes traditionnellement associées aux locutions . . . . 66
2.6.1 Non-actualisation des référents ? . . . . 66
2.6.2 Restriction combinatoire ? . . . . 68
2.6.3 Fixité syntaxique ? . . . . 72
2.7 Défigement et flexibilité formelle . . . . 77
2.7.1 Défigement et jeu de mot . . . . 77
2.7.2 Flexibilité formelle . . . . 85
2.8 Conclusion . . . . 90
3 Fondements de la modélisation lexico-syntaxique des locutions 91 3.1 Introduction . . . . 92
3.2 Réseau Lexical du Français (RL-fr) . . . . 93
3.2.1 Nœuds du réseau . . . . 93
3.2.2 Connexions entre les nœuds du réseau . . . 102
3.2.3 Autres modélisations en réseau . . . 105
3.2.4 Caractéristiques des locutions en tant qu’unités lexicales . . . 108
3.3 Syntaxe de dépendance appliquée à la Théorie Sens-Texte . . . 118
3.3.1 Caractéristiques générales d’une syntaxe de dépendance . . . 118
3.3.2 Dépendances et Théorie Sens-Texte . . . 119
3.3.3 Locutions et syntaxe profonde . . . 126
3.4 Caractéristiques des structures lexico-syntaxiques des locutions . . . 130
3.4.1 Patrons syntaxiques linéarisés . . . 131
3.4.2 Identification des unités lexicales constituantes . . . 145
3.4.3 Limites des structures lexico-syntaxiques linéarisées . . . 166
3.5 Conclusion . . . 170
4 Patrons syntaxiques linéarisés des locutions dans le RL-fr 171
4.1 Introduction . . . 172
4.2 Rappel des principales caractéristiques des patrons linéarisés . . . 174
4.3 Locutions verbales . . . 176
4.4 Locutions nominales, numérales et pronominales . . . 187
4.4.1 Locutions nominales . . . 187
4.4.2 Locutions numérales . . . 192
4.4.3 Locutions pronominales . . . 192
4.5 Locutions adjectivales . . . 192
4.6 Locutions adverbiales . . . 194
4.7 Locutions interjectives . . . 196
4.8 Locutions propositionnelles . . . 197
4.9 Locutions phrastiques . . . 197
4.9.1 Locutions phrastiques à la combinatoire de phrase . . . 197
4.9.2 Locutions phrastiques à la combinatoire autre que celle de la phrase . . 200
4.10 Locutions prépositionnelles . . . 202
4.11 Locutions conjonctives . . . 206
4.11.1 Le statut des collocatifs en comme + syntagme . . . 206
4.11.2 Classification des patrons des locutions conjonctives . . . 212
4.12 Conclusion . . . 214
5 Vers un modèle de la flexibilité formelle des locutions 215 5.1 Introduction . . . 216
5.2 Questions préalables . . . 217
5.2.1 Échantillons pour l’étude de la flexibilité formelle des locutions . . . . 217
5.2.2 Définitions lexicographiques des locutions . . . 218
5.2.3 Typologie de la flexibilité formelle et du défigement . . . 222
5.3 Structure lexico-syntaxique et flexibilité formelle . . . 227
5.3.1 Valence et variation syntagmatique . . . 227
5.3.2 Attachement d’un modificateur adverbial à un constituant adjectival autre que la tête du syntagme locutionnel . . . 248
5.4 Flexibilité formelle des locutions verbales du type V Art NC et projection structurale . . . 265
5.4.1 Projection structurale . . . 265
5.4.2 Passivation . . . 284
5.4.5 Variabilité du déterminant du constituant nominal . . . 306 5.4.6 Attachement d’un dépendant syntaxique à un constituant autre que la
tête de syntagme . . . 314 5.5 Corrélation entre projection structurale et flexibilité des locutions verbales : ré-
capitulatif . . . 331 5.6 Conclusion . . . 335
6 Conclusion générale 336
6.1 Apports théoriques de la thèse . . . 337 6.2 Perspectives et applications . . . 340
Bibliographie 343
Index des notions 359
Index des locutions décrites 362
Annexes 364
A Échantillons de locutions pour l’analyse de la flexibilité formelle 365
B Résultat de l’enquête sur la flexibilité formelle de locutions de notre échantillon 397
1.1
Article du vocableHARICOTdansLe Robert.. . . . 5
1.2
Article du vocableHARICOTdans leDictionnaire des expressions et locutionsde Rey et Chan- treau (2007).. . . . 6
1.3
Extrait d’une table de locutions du lexique-grammaire.. . . . 7
2.1
Schématisation de l’analysibilitépSPILL THE BEANSq.. . . . 23
2.2
Continuum des phrasèmes non compositionnels.. . . . 61
2.3
Continuum des phrasèmes syntagmatiques.. . . . 76
2.4
Schéma du processus impliqué dans le jeu de mots.. . . . 83
2.5
Exemple de jeu de mots avecpTAILLER UN COSTUMEq.. . . . 84
3.1
Extrait de la vue-article deCIGARETTEIdans le RL-fr.. . . . 94
3.2
Dépendances syntaxiques entre les constituants dede le[X].. . . . 98
3.3
Dépendances syntaxiques entre les constituants dene[X]pas.. . . . 99
3.4
Rubriquelocutionsde l’article lexicographique du vocableDEdans Antidote 9.. . . 100
3.5
Extrait de l’article lexicographique du vocableDEdans la version informatisée du TLF (TLFi).101 3.6
Vue-article de la zone de fonction lexicale deVISITEIdans le RL-fr.. . . 103
3.7
Sous-graphe obtenu à partir deVISITEIdans le RL-Fr.. . . 104
3.8
Définition etframe elementsdepSPILL THE BEANSqdans FrameNet.. . . 106
3.9
EntréepSPILL THE BEANSqdans WordNet.. . . 107
3.10
Vue-article partielle de la zone fonctions lexicales depBOÎTE AUX LETTRESq I.adans le RL-fr.111 3.11
Vue-article partielle de la zone fonctions lexicales depBOÎTE AUX LETTRESq I.adans le RL-Fr.111 3.12
Structure polysémique depBOÎTE AUX LETTRESq.. . . 112
3.13
Attribution d’une SLS àpCOQUILLE DE NOIXq.. . . 117
3.14
Niveaux de représentation linguistiques et modules de la théorie Sens-Texte.. . . 120
3.15
Structure sémantique associée à la représentation sémantique dePatrick ronfle fort.. . . 121
3.16
Représentation sémantique dePatrick ronfle comme un sonneur.. . . 122
3.17
Représentation sémantique deLes ronflements de Patrick sont sonores.. . . 122
3.18
Structure syntaxique profonde exprimant la représentation sémantique de la figure 3.16.. . . 124
3.19
Structure syntaxique de surface exprimant la structure syntaxique profonde de la figure 3.18.. 126
3.20
Structure syntaxique profonde deOn a jeté l’éponge.. . . 127
3.21
Structure sémantique deL’expert examine le dossier.. . . 127
3.22
Structure syntaxique profonde à l’actif (haut) et au passif (bas).. . . 128
3.23
Structure syntaxique de surface à l’actif (haut) et au passif (bas).. . . 128
3.24
Association d’une structure syntaxique profonde àpJETER L’ÉPONGEq.. . . 129
3.25
Application d’une règle de passivation àpJETER L’ÉPONGEq.. . . 130
3.26
Structure syntaxique de surface deX pédale dans le yaourt.. . . 138
3.27
Structure syntaxique de surface deX va aux fraises.. . . 138
3.28
Structure syntaxique de surface deX bat de l’aile.. . . 139
3.29
Annotation en dépendances syntaxiques sous le format CoNLL depMETTRE LA PÉDALE DOUCEq.141 3.30
Structures polysémiques des vocablesSKIetpSKI NAUTIQUEqdans le Rl-fr.. . . 144
3.31
Dessin de Philippe Geluck dansLe quatrième chat, 1991, p. 44, cité par Van Dommelen (2007).149 3.32
Dessin de Philippe Geluck dansLe quatrième chat, 1991, p. 73, cité par Van Dommelen (2007).149 3.33
Vue-article de la lexie inactive obsolèteHARICOTIIdans le RL-fr.. . . 152
3.34
Vue-article deCHANTEURdans le RL-fr.. . . 153
3.35
Structure syntaxique de surface depFEUILLE DE MATCHq.. . . 156
3.36
Structure syntaxique de surface depCAP DES TEMPÊTESq.. . . 157
3.37
Structure syntaxique de surface depJOLI CŒURq.. . . 157
3.38
Structure syntaxique de surface qui correspond au patron linéariséV Art LocN.. . . 158
3.39
Association d’une SLS au phrasème non connexede le[X].. . . 158
3.40
Arbre de dépendance associé au phrasème non connexede le[X].. . . 158
3.41
Attribution d’une SLS àpBROYER DU NOIRq.. . . 159
3.42
Arbre de dépendance de transition depBROYER DU NOIRq.. . . 159
3.43
Structure syntaxique de surface depBROYER DU NOIRq.. . . 160
3.44
Structure syntaxique de surface correspondant au patron linéaireV Prép.Circ Art NC.. 167
4.1
Structure Syntaxique de Surface depSANS COUP FÉRIRq.. . . 205
5.1
Réseau sémantique de la paraphrase définitionnelle depALLONGER LA SAUCEq.. . . 222
5.2
Transposition du régime deTÊTEI.1aàpMARCHER SUR LA TÊTEq2.. . . 240
5.3
Structures syntaxiques de surface deDupont cloue le bec à Dupond(haut) et deDupond cloue le bec de Dupont(bas).. . . 247
5.4
Structure sémantique et structure syntaxique de surface deX ne fait pas très long feu.. . . 255
5.5
Réseau d’intégration conceptuelle de la locutionpALLONGER LA SAUCEqet de la collocation allonger la sauce.. . . 268
5.6
Correspondances entre des sémantèmes de la collocationallonger la sauceet des sémantèmes de la locutionpALLONGER LA SAUCEq.. . . 269
5.7
Établissement d’une structure syntaxique profonde pourpALLONGER LA SAUCEq.. . . 269
5.8
Projection structurale entre la SLS depCLOUER LE BECqaet le réseau sémantique deLiqu1Fact0(becII) = (clouer1).. . . 276
5.9
Projection structurale entrepGAGNER SA CROÛTEqetgagner sa croûte.. . . 283
5.10
Représentation sémantique deLe poisson a été noyé.. . . 294
5.11
Représentation sémantique (structures sémantique et communicative) de la réponse àQui ronfle comme un sonneur ?. . . 300
5.12
Représentation sémantique de la réponse àQui ronfle comme un sonneur ?; le rhème est focalisé.300 5.13
Modélisation de la productionCe sont les meubles qu’il faut sauver.. . . 302
5.14
Réseau sémantique de la paraphrase définitionnelle depALLONGER LA SAUCEq.. . . 305
5.15
Représentation sémantique deÇa sentla sauce qu’on allonge.. . . 305
5.16
Représentation sémantique deSimon a cloué un bec avec son discours.. . . 308
5.17
Intensification d’un sémantème de la définition depCASSER LA CROÛTEq.. . . 316
5.18
Modification dePOISSONI.aparÉCONOMIQUEdanspNOYER LE POISSONq.. . . 322
5.19
Ajout d’un complément nominallong formatàsaucedansallonger la sauce.. . . 325
2.1
Récapitulatif illustré des dichotomiestransparence/opacitéetanalysibilité/inanalysibilité.. . 27
2.2
Classification des locutions prépositionnelles et lexèmes construits sur des syntagmes préposi- tionnels.. . . . 59
3.1
Liste élémentaire de relations syntaxiques de surface pour le français.. . . 126
3.2
Patrons syntaxiques du typeV + Prép + Art + NC.. . . 139
3.3
Différents patrons syntaxiques associés à des locutions verbales de typeV + Art + NC.. . 142
3.4
Différents patrons syntaxiques associés à des locutions prépositionnelles de typePrép + NC.142 3.5
Substitution deMANGERI.1aparBOUFFERI.1adans des locutions verbales.. . . 161
3.6
Substitution deMANGERI.1aparAVALERI.1dans des locutions verbales.. . . 164
3.7
Locutions nominales construites surTÊTEI.5aet variations paradigmatiques.. . . 165
3.8
Locutions construites surTÊTEI.1aet variations paradigmatiques.. . . 165
4.1
Classement des patrons linéarisés des locutions verbales qui ne contrôlent pas de position ac- tancielle.. . . 177
4.2
Classement des patrons linéarisés des locutions verbales qui contrôlent une/des position(s) ac- tancielle(s).. . . 184
4.3
Classement des patrons linéarisés des locutions nominales.. . . 188
4.4
Classement des patrons linéarisés des locutions adjectivales.. . . 193
4.5
Classement des patrons linéarisés des locutions adverbiales.. . . 195
4.6
Classement des patrons linéarisés de locutions phrastiques à la combinatoire de phrase.. . . . 199
4.7
Classement des patrons linéarisés des locutions prépositionnelles.. . . 202
4.8
Acceptions provisoires deCOMME.. . . 208
4.9
Acceptions deCOMMEI.1etI.2.. . . 209
4.10
PDD des acceptions deCOMMEautres que celles regroupées enI.1etI.2.. . . 210
4.11
PDD des acceptions deCOMME.. . . 212
4.12
Classement des patrons linéarisés de locutions conjonctives formée sur une lexieCOMME.. . 213
5.1
Classification des types de variations formelles des locutions.. . . 226
5.2
Possibilité de pronominaliser le complément génitif d’une locution.. . . 228
5.3
Locutions à complément génitif pronominalisable enson.. . . 241
5.4
Locutions verbales à complément datif ou génitif pronominalisable ensonoului.. . . 243
5.5
Locutions verbales à complément génitif, pronominalisable ensonoului.. . . 244
5.6
Locutions mono-actancielles avec possibilité d’instancier, avec un pronom déterminatif, l’actant sémantique de la lexie dénotant un élément du corps.. . . 245
5.7
Locutions dont l’article qui détermine le nom d’élément du corps ne peut pas commuter avecun pronom déterminatif.
. . . 246
5.8
Possibilité d’attacher un modificateur adverbial à un constituant adjectival d’une locution ana- logue àpMAIN VERTEq.. . . 252
5.9
Possibilité d’attacher un modificateur adverbial à un constituant adjectival d’une locution dont un constituant sémantique est activé directement ou indirectement.. . . 258
5.10
Possibilité d’attacher un modificateur adverbial à un constituant adjectival d’une locution pour intensifier un sémantème de sa définition.. . . 260
5.11
Locutions de typeV Art NCliées métaphoriquement à une collocation, qui activent la pro- jection structurale.. . . 273
5.12
Locutions de typeV Art NCliées métaphoriquement à une pseudo-collocation qui activent la projection structurale.. . . 277
5.13
Locutions de typeV Art NCattestées au passif périphrastique.. . . 290
5.14
Locutions du typeV Art NCcompatibles avec une construction pronominale.. . . 298
5.15
Remplacement du déterminant défini par un indéfini dans des locutionsV Art NCà complé- ment datif ou génitif.. . . 309
5.16
Remplacement du déterminant défini par un déterminant indéfini dans des locutions verbales du typeV Art NCpour indiquer la non-connaissance d’un participant.. . . 311
5.17
Projection structurale et ajout d’un modificateur adjectival non usuel.. . . 320
5.18
Ajout d’un complément du nom non prévu par le régime de la locution.. . . 326
A.1
Locutions prépositionnelles pour l’étude de la transposition de régime.. . . 366
A.2
Locutions verbales pour l’étude de la transposition de régime.. . . 368
A.3
Locutions prépositionnelles pour l’étude de l’impact des noms d’éléments du corps sur le ré- gime des locutions.. . . 375
A.4
Locutions verbales pour l’étude de l’impact des noms d’éléments du corps sur le régime des locutions.. . . 376
A.5
Locutions nominales pour l’étude de l’attachement d’un modificateur adverbial à un constituant adjectival autre que la tête de syntagmes.. . . 384
A.6
Locutions verbales pour l’étude de l’attachement d’un modificateur adverbial à un constituant adjectival autre que la tête de syntagmes.. . . 388
A.7
Locutions verbales pour l’étude de la flexibilité formelle des locutions du typeV Art NC.. . 390
B.1
Réponses des locuteurs interrogés sur l’acceptabilité de formes de locutions que nous n’avons pas trouvées suffisamment attestéees.. . . 398
conventions d’écriture
Abréviations
PDD : Partie du discours
RL-fr : Réseau Lexical du Français SLS : Structure Lexico-Syntaxique SSyntS : Structure Syntaxique de Surface
Symboles et conventions d’écriture
X, Y, etc. : position actancielle
∼ : lexie-vedette ;X∼Y à Z
⊕ : union linguistique
VOCABLEPDDnode vocable : VOLERV1
LEXIEPDDnode vocable node lexie : VOLERV1 I.1
‘signifié’ : ‘prendre Z à Y sans la permission de Y’
pLOCUTIONq : pVOLER DANS LES PLUMESq
[illustration de sens]
:[Elle lui vole constamment dans les plumes]
fonction lexicale : Magn
patron syntaxique linéarisé : V Art NC
Introduction générale
Sommaire
1.1 Objet d’étude . . . . 2
1.1.1 Présentation succincte de la notion de locution . . . . 2
1.1.2 Modélisations lexicographiques des locutions françaises . . . . 4
1.2 Objectif de la thèse . . . . 8
1.3 Méthodologie . . . . 9
1.3.1 Source des locutions étudiées . . . . 9
1.3.2 Sources des données linguistiques . . . . 11
1.3.3 Conventions . . . . 12
1.4 Organisation de la thèse . . . . 13
1.1 Objet d’étude
Cette thèse porte sur les locutions françaises. Nous définissons la notion de locution de fa- çon succincte dans la section 1.1, avant d’exposer plus précisément ses caractéristiques au cha- pitre 2 : sa définition et ses caractéristiques principales seront données dans la section 2.4.1.1, ses classifications sémantique et grammaticale seront présentées dans la section 2.5.1, et ses caractéristiques seront rediscutées dans la section 2.6.
Nos recherches ont été effectuées dans une perspective lexicographique. Nous présente- rons donc les modélisations lexicographiques des locutions qui ont été proposées dans d’autres approches (1.1.2), afin de pouvoir ensuite nous positionner par rapport à elles en présentant l’objectif de nos recherches dans la section 1.2.
1.1.1 Présentation succincte de la notion de locution
Bally (1909, p. 66) fait état de groupements d’unités lexicales qui, « à force d’être répétés, [. . . ] arrivent à recevoir un caractère usuel et à former [. . . ] des unités indissolubles ». Il nomme ces groupements des locutions phraséologiques (ibid., p. 68). Le terme idiom est l’équivalent anglais des locutions phraséologiques de Bally (1909), communément appelées aujourd’hui lo- cutions. Les locutions vont très vite devenir l’unité phraséologique par excellence.
Les locutions sont formées de façon analogue à des syntagmes – un syntagme étant une combinaison d’unités lexicales liées par des dépendances syntaxiques – mais leur sens ne peut pas être prédit à partir des sens de leurs constituants, comme illustré par p
MANGER LES PIS-
SENLITS PAR LA RACINE
q dans l’exemple (1).
(1) Amédée (pâle, enfermé dans un manteau long et sombre) était déjà un grand journaliste, Gédéon (qu’une doudoune faisait ressembler à un point sur un i), rabbin à Montluçon, toi (duffle-coat), homme de lettres, Foster (manteau, gants de laine) ambitionnait de mourir préfet. Treize mangeait depuis quelques années les pissenlits par la racine. [Frantext ; R
OLINOlivier, Tigre en papier, 2002, p. 102]
Dans cet exemple, il n’est pas question de quelqu’un qui se nourrit de pissenlits en commençant par ingérer la racine – pratique qui pourrait paraître étrange à un non initié – mais de quel- qu’un qui est mort et enterré. On reconnaît les unités lexicales
MANGER,
LE(X2),
PISSENLIT, et
RACINE, mais les sens de celles-ci ne sont pas activés dans celui de p
MANGER LES PISSEN-
LITS PAR LA RACINE
q . On dit que le sens de p
MANGER LES PISSENLITS PAR LA RACINEq est
non compositionnel (voir chapitre 2, section 2.3). Il y a même incompatibilité entre la situa- tion décrite par le sens littéral du syntagme et la situation décrite par le sens de la locution : en dehors de ce qui se passe dans certaines fictions littéraires et cinématographiques, l’état de mort empêche, en principe, de manger. Si l’on remplace pissenlit par une autre plante, comme le coquelicot, nous n’utilisons plus la locution p
MANGER LES PISSENLITS PAR LA RACINEq , mais un syntagme libre manger les coquelicots par la racine. Une locution a donc visiblement une fixité lexicale.
Du fait de leur non-compositionnalité sémantique et de leur fixité lexicale, on peut émettre l’hypothèse selon laquelle les locutions seraient stockées dans la mémoire du locuteur comme un tout :
« Idioms are believed to be stored in the mental lexicon as ‘single lexical units’. » (Kavka et Zybert 2004, note 11, p. 64).
« Les expressions figées fonctionnent [. . . ] en quelque sorte comme les mots simples dont le sens est conventionnel et préconstruit » (Lamiroy 2003, p. 5)
Cette conception rapproche les locutions des lexèmes, et constitue un argument pour les considérer comme des unités lexicales à part entière :
« [. . . ] [S]i l’on dit : “La mauvaise foi embrouille les affaires les plus simples”, non seulement le sens des deux mots mauvaise et foi est différent de ce qu’il était dans [une foi qui se montre trop est une mauvaise foi], mais surtout ils expriment une seule idée, un seul concept : “mauvaise foi” est synonyme de “malhonnêteté, déloyauté”. Psychologiquement, c’est un mot, une unité lexicologique (qu’on peut appeler, si l’on veut, unité composée). » (Bally 1909, p. 69)
Bien que les locutions ne soient pas encore décrites de manière systématique dans le cadre de la lexicographie française classique (voir section 1.1.2.1 infra), leur statut d’unités lexicales est admis par les lexicographes, qui lui consacrent d’ailleurs des dictionnaires spécialisés :
« [. . . ] [U]n lexique ne se définit pas seulement par des éléments minimaux, ni par des mots, simples et complexes, mais aussi par des suites de mots convenues, fixées, dont le sens n’est guère prévisible [. . . ]. Ces séquences, on les appelle en général des locutions ou des expressions. Définir ces unités, qu’il faut apprendre comme un apprend la forme et le sens de tout signe est une tâche difficile. » (Rey et Chantreau 2007, p. V)
.
Nous allons dresser un rapide portrait des modélisations des locutions qui ont été faites dans
la lexicographie française.
1.1.2 Modélisations lexicographiques des locutions françaises
Nous aborderons les descriptions des locutions dans les dictionnaires (1.1.2.1), puis dans le Lexique-Grammaire (1.1.2.2).
1.1.2.1 Dictionnaires
Les dictionnaires de langue français accordent une place assez restreinte aux locutions.
Celles-ci n’ont en effet pas leurs entrées propres, mais figurent dans celle(s) d’un ou plusieurs de leurs constituants lexicaux.
Par exemple, nous trouvons dans Le Robert, p
COURIR SUR LE HARICOTq ‘ennuyer, impor- tuner’ sous le vocable
HARICOT, sens
II.3(figure 1.1).
Un vocable est un « regroupement [d’unités lexicales (lexies)] qui ont les deux proprié- tés suivantes :
1. elles sont associées aux mêmes signifiants [forme graphique et sonore] ; 2. elles présentent un lien sémantique évident.
[...] Les lexies d’un vocables sont appelées acceptions de ce vocable. » (Polguère 2016, p. 70)
L’exemple de p
COURIR SUR LE HARICOTq est d’autant plus intéressant qu’il témoigne d’une incohérence de description entre le dictionnaire de langue de Robert et le Dictionnaire des expressions et locutions du même éditeur (Rey et Chantreau 2007), dont l’article consacré aux locutions construites sur
HARICOTse trouve en figure 1.2.
Le dictionnaire de langue semble rattacher la locution à un sens de
HARICOTsynonyme d’une acception de
TÊTE. Le dictionnaire spécialisé, à l’inverse, rend compte d’un sens argo- tique de
HARICOT, synonyme d’une acception de
ORTEIL, par ailleurs attestée dans des occur- rences telles qu’en (2).
(2) René et Marmouset avançaient péniblement dans la cohue et déjà le petit protestait :
– J’commence à en avoir marre de me faire trépigner sur les haricots. [M
ARMOUSET,
Au lion tranquille, 1922]
F
IGURE1.1 –
Article du vocableHARICOTdansLe Robert.D’autres dictionnaires, comme le Trésor de la Langue Française (TLF), ne prennent pas de risques et font figurer cette même locution à la fin du vocable
HARICOT, sans la rattacher à une acception particulière.
Concernant la description lexicographique à proprement parler, les dictionnaires de langue ne sont guère plus précis, définition et caractéristiques grammaticales n’étant pas systéma- tiques ; y compris dans les ouvrages consacrés aux expressions comme celui de Rey et Chan- treau (2007). Prenons à titre d’illustration le cas de p
AVOIR LES CHEVILLES QUI ENFLENTq . Nous retranscrivons ci-dessous le passage qui lui est consacré chez Rey et Chantreau (ibid.) :
Avoir les chevilles qui enflent « devenir prétentieux ». Métonymie possible de la tête (→
AVOIR LA GROSSE TÊTE*).
La description minimale et quelque peu énigmatique de la lexie ne nous convenant pas, nous
suivons le renvoi à l’entrée
TÊTE, dans l’espoir d’en apprendre un peu plus. Voici ce que nous
y trouvons :
F
IGURE1.2 –
Article du vocableHARICOTdans leDictionnaire des expressions et locutionsde Rey et Chantreau (2007).Avoir la grosse tête « être vaniteux ». L’enflure, ici appliquée à la tête, symbo- lise traditionnellement la vanité (cf. La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Bœuf [La Fontaine]). À ne pas confondre avec une grosse tête « un esprit très cultivé, savant ».
Nous notons une définition sommaire et des explications quelque peu lacunaires, que nous imputons à la limite de place qu’offre un support papier.
Pour d’autres éléments sur la description des locutions dans la lexicographie française, on pourra consulter Pruvost (2011). Nous allons à présent nous intéresser au modèle du Lexique- Grammaire, qui a été développé grâce à l’outil informatique.
1.1.2.2 Tables du Lexique-Grammaire
Nous pouvons considérer le Lexique-Grammaire comme une des, si ce n’est la première, ressource lexicale informatisée pour le français. Cette ressource est issue des travaux de M.
Gross (Gross 1975), qui a entrepris dans les années 80 de recenser toutes les constructions
verbales du français, en se fondant sur la théorie transformationnelle de Harris (1968 ; 1976).
Le Lexique-Grammaire consiste en une description systématique du lexique, avec comme unité minimale de sens la phrase simple. L’idée qui y est associée est qu’une unité lexicale n’acquiert de sens que dans un contexte phrastique.
« [. . . ] [C]’est une triple erreur théorique, méthodologique et pratique d’avoir des niveaux d’analyse distincts, pour ne pas dire indépendants, du lexique, de la syntaxe et de la sémantique. Ainsi ne peut-on rien dire de consistant sur le lexique sans avoir exploré la grammaire de chaque mot et il n’existe pas de règles gramma- ticales totalement indépendantes des particularités lexicales des unités auxquelles elles s’appliquent. Le lexique-grammaire recouvre donc à la fois une conception de la langue et un programme pour l’analyser. » (Ibrahim 2003, p. 102)
Les études effectuées dans ce cadre théorique sont concentrées sur le verbe, en tant qu’il constitue le noyau de la phrase. L’objectif est de regrouper les éléments ayant un fonctionnement syntaxique identique. M. Gross se heurte rapidement au problème des phrases figées, en tant que phrases dont un ou plusieurs actants du verbe sont lexicalement contraints.
« [Les phrases figées] ont toujours été considérées comme des exceptions. Au- cune règle n’a donc été envisagée pour elles. Les exemples ont été confinés dans des glossaires spécialisés où des anecdotes leur sont attachées. » (Gross 1982, p. 151)
La figure 1.3 ci-dessous contient un extrait d’une table emprunté à Tolone (2011, p. 43), qui illustre la description des locutions p
AVOIR SUR LE CŒURq ‘avoir quelque chose de douloureux en mémoire et éprouver le besoin d’en parler’ et p
N’
EN PENSER PAS MOINSq ‘être mécontent à propos de quelque chose, sans exprimer son sentiment’.
F
IGURE1.3 –
Extrait d’une table de locutions du lexique-grammaire.La première locution doit être employée avec un sujet syntaxique et un complément – X a
Y sur le cœur – tandis que la seconde doit juste avoir un sujet – X n’en pense pas moins. La
balise <ENT> apparaît devant les constituants qui font partie de la forme de nommage de la locution et sont, par définition, figés. La table apporte deux types d’informations : des informa- tions purement syntaxiques, et des informations sémantiques. Elle identifie les actants du verbe (N0, N1, etc), leur nature syntaxique et sémantique (animé ou inanimé). Ensuite, elle indique quelles transformations le syntagme verbal est susceptible d’admettre, ou non. Le signe « = » signifie « transformationnellement lié à ». Lorsqu’il est suivi de « : », il signifie « se spécifie ou se développe en ».
Le Lexique-Grammaire apparaît comme un inventaire de patrons syntaxiques linéarisés. Il ne pose pas la question du lien entre la combinatoire des unités constituantes et celle de la locution elle-même.
La combinatoire d’une unité lexicale indique la manière dont elle se combine à d’autres lexies.
1.2 Objectif de la thèse
La non-activation du sens des constituants de la locution a pour conséquence un blocage de leurs propriétés combinatoires (Savary 2008 ; Grali´nski et al. 2010). On ne peut, par exemple, pas passiver la locution p
MANGER LES PISSENLITS PAR LA RACINEq ‘être mort et enterré’ :
*les pissenlits sont mangés par la racine par Jean depuis pas loin de 10 ans.
Il existe pourtant des occurrences dans lesquelles une locution est passivée. C’est le cas de p
TOURNER LA PAGEq ‘faire en sorte qu’un événement négatif n’ait plus d’effet sur soi’ dans l’exemple (3a) ou bien p
ALLONGER LA SAUCEq ‘ajouter de façon superflu des éléments au contenu informationnel d’une entité’ dans l’exemple (3b).
(3) a. Les partisans de St-Gabriel ont perdu leur divertissement du Samedi soir parce qu’un gars, j’ai bien dit UN gars, a fait le fou. Heureusement, la page a été tournée et on n’en parle plus. [Web, enprolongation.com]
b. La romance naissante et les relations entre le policier et son frère chef d’orchestre
ne dépassent pas le stade des poncifs : on voit finalement que le film est tiré d’un
court métrage réalisé par les deux auteurs. La sauce a été allongée. Le spectacle
n’est pourtant pas au final désagréable, et voir un film suédois par ce froid glacial,
c’est de saison. [Web, christoblog.net]
Ces réalisations formelles de p
TOURNER LA PAGEq et p
ALLONGER LA SAUCEq ne sont pas prises en compte dans des ressources lexicographiques telles que celles que nous venons de présenter dans la section 1.1.2.
L’objectif de cette thèse est d’établir une modélisation lexicographique des locutions, qui permet de prédire leurs différentes réalisations formelles. Ces réalisations formelles peuvent être, comme nous venons de le voir, liées au passif, mais également à :
— la commutation d’un déterminant : tourner une page ;
— le clivage : C’est une page qu’il a tournée ;
— la relativation : La page qu’il a tournée a fait plus de dégats qu’il ne le pensait ;
— l’attachement d’un dépendant syntaxique à un constituant autre que la tête syntaxique de la locution : Il faut tourner la page de cette affaire judiciaire.
Étant donné que les locutions ont souvent un lien de nature métaphorique – et donc ana- logique – avec les syntagmes littéraux sur lesquels elles sont construites, nous émettons l’hy- pothèse selon laquelle les différentes formes que peut prendre une locution sont prédictibles à l’aide d’une description lexico-syntaxique fine, alliant identification des constituants lexicaux et des patrons syntaxiques sur lesquelles elles sont construites. Une telle description ne peut être opérée que dans un modèle du lexique centré sur la combinatoire des unités lexicales, et proposant une caractérisation systématique du sens des unités lexicales. Ceci nécessite de consi- dérer que, même si les sens des constituants lexicaux d’une locution ne sont pas activés dans sa définition lexicographique, leurs propriétés combinatoires peuvent l’être dans certains cas qu’il nous appartient de déterminer.
1.3 Méthodologie
Notre recherche est fondée sur une approche lexicographique formelle, suivant les principes de la Lexicologie Explicative et Combinatoire (Mel’ˇcuk et al. 1995), ainsi que sur l’usage de corpus
1. La source des locutions que nous avons étudiées est introduite en 1.3.1, et les sources des données linguistiques que nous avons exploitées sont énumérées en 1.3.2.
1.3.1 Source des locutions étudiées
Pour poursuivre notre objectif, nous enrichissons et étudions les données du Réseau Lexical du Français, ressource lexicale qui est en cours de développement au laboratoire Analyse et
1. Sur l’usage des corpus pour le développement des ressources lexicales, en particulier concernant les locu- tions, on pourra consulter notamment Fellbaum et Geyken (2005) ; Fellbaum et al. (2006).
Traitement Informatique de la Langue Française
2, sous la direction d’Alain Polguère, et qui fait suite au développement du Dictionnaire Explicatif et Combinatoire (Mel’ˇcuk et al. 1984 ; 1988 ; 1992 ; 1999), du Lexique Actif du Français (Mel’ˇcuk et Polguère 2007) et du DicOuèbe
3. La ressource est présentée au chapitre 3.
Les locutions encodées dans le Rl-fr sont, à ce jour, au nombre de 3 224
4, et se répartissent comme suit :
— 700 locutions verbales ;
— 1 752 locutions nominales ;
— 5 locutions numérales ;
— 2 locutions pronominales ;
— 43 locutions adjectivales
5;
— 24 locutions adverbiales ;
— 4 locutions interjectives ;
— 7 locutions propositionnelles ;
— 44 locutions phrastiques ;
— 714 locutions prépositionnelles ;
— 92 locutions conjonctives ;
Cette classification grammaticale est détaillée au chapitre 2, dans la section 2.5.1.2. Lorsque nous avons encodé les locutions, nous avons également tenu compte de leur éventuelle poly- sémie ou homonymie, tel qu’expliqué en 3.2.4.2. De plus, pour les besoins de nos différentes études, certaines locutions ont reçu une définition lexicographique.
Chacune des locutions a été liée à ce que nous appelons une structure lexico-syntaxique linéarisée. Il s’agit de l’association d’un patron syntaxique linéarisé à des unités lexicales. Ces structures lexico-syntaxiques linéarisées sont fondées sur la syntaxe de dépendance et doivent correspondre à un arbre de dépendance. Les raisons de l’étape d’encodage linéarisé sont expli- quées au chapitre 3, qui détaille également toute la procédure de description lexico-syntaxique.
2. ATILF (CNRS & Université de Lorraine), UMR 7118.
3. http://olst.ling.umontreal.ca/dicouebe/index.php 4. Au 14 juin 2017.
5. Une locutfion adjectivale est une locution à tête adjectivale. Nous reviendrons là-dessus au chapitre 2, dans la section 2.5.1.2.
Le résultat de cette description est présenté au chapitre 4. Une partie des structures lexico- syntaxiques est ensuite exploitée au chapitre 5, pour l’étude des variations formelles de plu- sieurs échantillons de locutions. Ce travail s’appuie sur des exemples attestés, trouvés principa- lement sur la toile, mais également dans des bases textuelles ayant trait aux domaines littéraire et journalistique.
1.3.2 Sources des données linguistiques
Nous avons exploité les bases textuelles mises à disposition par l’ATILF, à savoir la base lit- téraire Frantext
6, et la base journalistique Est Républicain. La base Frantext offre une interface de requêtes, moyennant l’utilisation d’expressions de séquence
7. Elle permet alors de faire des recherches contextuelles et lemmatisées. Une partie de la base a en outre été annotée en parties du discours.
Nous avons également consulté la base Europress, à laquelle l’Université de Lorraine est abonnée, qui donne accès au texte intégral des numéros de 250 magazines et journaux français
8. Concernant nos recherches sur la toile, elles ont été effectuées, autant que faire se peut, à l’aide de l’interface du FrWac (Baroni et al. 2009)
9, qui compte au total environ 1,6 milliards de mots lemmatisés. L’avantage de cette interface est qu’elle permet de chercher, tout comme dans Frantext, plusieurs unités non contigües, sous toutes leurs formes.
Malheureusement, pour l’objet qui nous intéresse ici, la taille du FrWac s’est révélée trop limitée, et nous avons dû faire appel aux moteurs de recherche grand public. Pour effectuer des requêtes linguistiques, ces derniers sont beaucoup moins souples que les interfaces comme celle du FrWac. De façon plus générale, les recherches sur la toile offrent le désavantage des sources trop hétéroclites, parfois inexploitables et éphémères. Notons toutefois que les résultats web menant vers la base google books nous ont permis d’élargir notre horizon, en nous donnant accès à plus de genres d’écrits, notamment les guides touristiques, ainsi que des romans plus récents que ceux figurant dans Frantext.
6. http//www.frantext.fr
7. http://www.frantext.fr/scripts/regular/7fmr.exe?CRITERE=AIDE_
EXPRESSIONS_SEQUENCE;ISIS=isis_bbibftx.txt;MENU=menu_documentation;OUVRIR_
MENU=1;FERMER
8. http://www.europresse.com/fr
9. http://nl.ijs.si/noske/wacs.cgi/first_form
1.3.3 Conventions
Les exemples apparaissent en italique seulement lorsqu’ils sont cités dans le texte. Dans le cas contraire, ils apparaissent en romain dans un paragraphe à part, précédé d’un numéro entre parenthèses. Lorsque nos attestations proviennent de bases de données, nous indiquons les noms des bases entre crochets. Les exemples provenant de la toile
10sont indiqués par web, suivi du nom de domaine et de l’extension. Lorsqu’aucune source n’est indiquée, les exemples sont inventés par nous. Nous recourons à des exemples inventés seulement lorsqu’une locution n’est pas suffisamment attestée dans nos bases d’exemples.
Nous utilisons des conventions d’écriture précises, détaillées p. xiii. Les notions importantes apparaissent en police sans sérif et sont indexées. Les définitions de ces notions sont transcrites dans un paragraphe marqué par une barre latérale, tel que dans l’exemple suivant :
Une locution est un syntagme dont le sens est non compositionnel.
Lorsque nous référons à une unité lexicale, inscrite en petites majuscules, nous identifions son sens de deux façons principales :
1. par un exemple en italique entre crochets ;
2. à l’aide de la numérotation lexicographique du Trésor de la Langue Française (TLF) et sa version informatisée (TLFi)
11, ou du Robert.
Dans certains cas, notamment dans les structures lexico-syntaxiques, nous devons recourir à la numérotation du RL-fr. Par exemple, les sens de
VOITUREinstanciés dans [Nous avons acheté une nouvelle voiture hier] et [Nous avons fait beaucoup de voiture hier] correspondent à deux unités lexicales distinctes notées dans le RL-fr
VOITUREI.1et
VOITUREI.2. Lorsque nous ne men- tionnons pas de source après la numérotation, c’est qu’il s’agit de celle du RL-fr. Nous serons notamment obligée de l’utiliser pour les locutions polysémiques, étant donné que la polysé- mie de ces unités lexicales n’est pas systématiquement décrite dans les dictionnaires de langue.
Nous attirons l’attention du lecteur sur le fait que, le RL-fr étant toujours en cours d’élaboration, cette numérotation est susceptible de changer en fonction du travail des lexicographes.
10. Le moteur de recherche utilisé est Google.
11. http://atilf.atilf.fr/
1.4 Organisation de la thèse
La thèse est structurée en 6 chapitres, dont une introduction et une conclusion générales.
Elle comporte également deux index et des annexes.
Le second chapitre est centré autour de la notion de locution, comparativement aux autres unités phraséologiques. Un portrait global de la phraséologie est brossé, en soulevant les ques- tions non résolues. La locution est ensuite définie par rapport aux autres types de phrasèmes dénombrés. Ses principales caractéristiques sont introduites, parmi lesquelles deux notions im- portantes pour cette recherche : la flexibilité formelle et le défigement. La discussion autour des caractéristiques des locutions mène à la proposition d’un modèle de description lexico- syntaxique.
Ce modèle est détaillé au troisième chapitre, centré autour de la notion de structure lexico- syntaxique. Avant la présentation du modèle, la ressource dans laquelle il est developpé, le Réseau lexical du français, est introduite. La structure lexico-syntaxique des locutions est en- suite décrite.
Les patrons syntaxiques sur lesquels sont formées les structures lexico-syntaxiques linéari- sées élaborées dans le cadre de cette recherche sont classés et commentés au sein du chapitre 4.
Ce chapitre est structuré en fonction des différents types de locutions (nominale, verbale, etc.) dénombrés.
Les structures lexico-syntaxiques sont ensuite mises en corrélation avec les variations for- melles de plusieurs échantillons de locutions au chapitre 5. Ce chapitre contient une analyse des résultats obtenus après avoir recherché les réalisations formelles de nos échantillons de locu- tions en corpus. Cette analyse est effectuée dans une visée de généralisation et systématisation applicables notamment à la production d’énoncés.
Les notions importantes, ainsi que les locutions qui ont fait l’objet d’une description parti- culière dans la thèse sont listées dans des indexes.
Les annexes sont structurées en deux parties. La première contient la liste des locutions
sélectionnées pour l’étude de la flexibilité formelle au chapitre 5. La seconde retranscrit les
résultats d’une enquête menée sur l’acceptabilité de phrases contenant certaines des locutions
étudiées.
Place des locutions dans la phraséologie
Sommaire
2.1 Introduction . . . . 15
2.2 Notions de base . . . . 15
2.2.1 Lexie, actants, valence et combinatoire . . . . 15
2.2.2 Phrasème . . . . 18
2.3 (Non-)compositionnalité . . . . 19
2.3.1 (Non-)compositionnalité sémantique . . . . 19
2.3.2 (Non-)compositionnalité appliquée à d’autres niveaux . . . . 27
2.4 Typologie générale des phrasèmes . . . . 30
2.4.1 Phrasèmes principaux . . . . 31
2.4.2 Conception élargie du phrasème . . . . 38
2.5 Phrasèmes dans la Théorie Sens-Texte . . . . 49
2.5.1 Classifications des locutions . . . . 49
2.5.2 Collocation et notion de fonction lexicale . . . . 61
2.5.3 Clichés linguistiques et pragmatèmes . . . . 63
2.5.4 Phrasèmes combinatoires . . . . 64
2.6 Relâchement des contraintes traditionnellement associées aux locutions . 66
2.6.1 Non-actualisation des référents ? . . . . 66
2.6.2 Restriction combinatoire ? . . . . 68
2.6.3 Fixité syntaxique ? . . . . 72
2.7 Défigement et flexibilité formelle . . . . 77
2.7.1 Défigement et jeu de mot . . . . 77
2.7.2 Flexibilité formelle . . . . 85
2.8 Conclusion . . . . 90
« Je n’avais aucune idée de ce qu’il pouvait bien y avoir dans un garde-meubles, car le mot « meubles » disparaissait dans ce composé, et perdait son sens pourtant concret et connu de moi. » Sylvie Weil, Chez les Weil : André et Simone, 2009, p. 174
2.1 Introduction
Le présent chapitre a pour finalité de définir la locution, unité phraséologique par excel- lence. Après avoir introduit quelques notions de base (section 2.2), puis défini le concept de non-compositionnalité sémantique, central lorsque l’on aborde la question des locutions (sec- tion 2.3), nous énumérerons les principales unités phraséologiques (désormais phrasèmes) consi- dérées par divers courants linguistiques (section 2.4). Nous présenterons ensuite la description des phrasèmes dans le cadre de la Théorie Sens-Texte (section 2.5). Puis, nous approfondi- rons les caractéristiques définitoires des locutions (section 2.6), à savoir, en plus de la non- compositionnalité, la non-actualisation des référents, ainsi que les contraintes lexicales et syn- taxiques. La discussion autour de ces caractéristiques définitoires nous amènera à introduire les notions de flexibilité formelle et défigement.
2.2 Notions de base
Les notions de base seront introduites en deux temps. Dans un premier temps (2.2.1), nous présenterons les notions de lexie, actant, valence et combinatoire. Dans un second temps (2.2.2), nous présenterons la notion de phrasème.
2.2.1 Lexie, actants, valence et combinatoire
La Théorie Sens-Texte vise à modéliser la manière dont un locuteur transforme un message à exprimer en énoncé ; autrement dit, comment ce locuteur arrive à passer d’un contenu abstrait à un Texte destiné à exprimer auprès d’un interlocuteur ce contenu de la manière la plus fidèle possible. Au début de la chaîne se trouve alors la représentation sémantique (voir chapitre 3, section 3.3.2.2) du contenu à exprimer, et au bout se trouve un Texte au sens large, à savoir le résultat de l’acte de parole. La Théorie Sens-Texte postule plusieurs étapes entre les deux extrémités de la chaîne, dont :
1. le choix des unités lexicales permettant d’exprimer un sens donné ;
2. la combinaison hiérarchisée de ces unités lexicales ;
3. l’agencement des unités lexicales sur la chaîne parlée, en utilisant les formes correctes.
Pour construire ses messages, le locuteur combine des signes linguistiques. Le signe lin- guistique est défini par Saussure comme l’association d’un signifé – le sens qu’il permet de transmettre – et d’un signifiant – la forme utilisée pour transmettre le sens en question. Les signes linguistiques lexicaux sont des mots-formes, qui sont les réalisations d’unités lexicales ou lexies.
Une lexie est soit un lexème, soit une locution. Il s’agit d’une unité du lexique, carac- térisée par le fait qu’elle a un signifiant, un signifié, et une combinatoire, et qu’elle est exprimable par un ensemble de formes.
MALADEAdjI.A.1. [TLF]
est une lexie dont le signifié est ‘atteint d’une maladie’, et dont les signifiants graphique et sonore sont respectivement malade et /malad/.
Le sens d’une lexie peut être caractérisé selon qu’il dénote une entité (quelque chose qui existe), ou un fait (quelque chose qui a lieu) (Mel’ˇcuk et Polguère 2008 ; Polguère 2012) :
‘soleil’ et ‘oncle’ dénotent des entités, tandis que ‘acheter’ dénote un fait. On peut ensuite dis- tinguer les sémantèmes – ou sens lexicaux – suivant le nombre de participants impliqués dans la situation qu’ils dénotent. Par exemple, pour qu’une situation d’achat ait lieu, il faut qu’il y ait un acheteur, un vendeur, une marchandise et une somme d’argent. En somme, quatre parti- cipants sont nécessaires. Ces derniers – appelés actants sémantiques – se réalisent sous forme de dépendants syntaxiques – actants syntaxiques – des lexèmes
ACHETER, illustré en (1a), et
ACHAT
, illustré en (1b), associés au sémantème ‘achat’.
(1) a. Jean achète une voiture à un particulier pour 300 euros.
b. l’achat par Jean de la voiture à un particulier pour 300 euros
Précisons toutefois que les positions actancielles ne sont pas toujours obligatoirement instan- ciées : Paul a acheté une voiture.
On note ‘X’, ‘Y’, ‘Z’, etc. les variables qui correspondent à des participants à la situa- tion dénotée par la lexie et qui s’expriment auprès de cette lexie de façon privilégiée.
Ces variables indiquent les positions actancielles sémantiques que contrôle la lexie (voir Mel’ˇcuk 2004a ; b). La formule qui associe une lexie à ces variables est appelée forme propositionnelle (voir Mel’ˇcuk et Polguère 2016).
La forme propositionnelle de
ACHETERest X achète Y à Z pour W.
On note X, Y, Z, etc. les variables qui correspondent à des dépendants syntaxiques de cette lexie. Ces variables indiquent les positions actancielles syntaxiques que contrôle cette lexie.
De même que pour ‘achat’, pour qu’un individu X puisse être qualifié de neveu, il faut qu’il existe un individu Y avec lequel il entretient ce lien familial : X, neveu de Y. Lorsqu’un sens nécessite des participants, il est qualifié de sens liant ; ‘achat’ et ‘neveu’ sont des sens liants.
Dans le cas contraire, les sens sont dits non liants ; c’est le cas de ‘soleil’, par exemple. Les sens qui dénotent des faits sont, a priori
12, toujours des sens liants. Ils appartiennent à la classe des prédicats sémantiques. Les sens qui dénotent des entités et sont liants sont des quasi-prédicats.
Quant à ceux qui dénotent des entités et sont non liants, ils sont qualifiés de noms sémantiques (Mel’ˇcuk et Polguère 2008).
Les lexies ont une valence.
La valence active d’une lexie est la partie de la valence qui contrôle sa capacité à se combiner avec d’autres lexies en tant que gouverneur syntaxique de celles-ci. La valence active s’oppose à la valence passive, qui correspond à la partie de la valence qui contrôle la capacité d’une unité lexicale à se combiner à d’autres lexies en tant que dépendant syntaxique de celles-ci (Iordanskaja et Mel’ˇcuk 2009, p. 151).
Par exemple, la lexie
CHEZ[Je suis restée chez moi ce matin] gouverne un actant : chez moi.
Cet actant fait partie de la valence active de la lexie. En plus de cet actant, pour être employé dans une phrase,
CHEZdoit dépendre syntaxiquement d’une autre unité lexicale – rester chez soi. Cette unité lexicale fait partie de la valence passive de la lexie. On notera la valence globale de
CHEZde la façon suivante : [X] chez Y. La valence est directement héritée du sens d’une lexie et fait partie, à ce titre, de sa combinatoire libre. Les éléments qui limitent la capacité d’une lexie à se combiner avec d’autres lexies, mais qui ne sont pas hérités du signifié – comme les cas de collocations (voir 2.4.1.2 et 2.5.2) – font partie de sa combinatoire restreinte.
La combinatoire d’une unité lexicale indique la manière dont elle se combine à d’autres lexies.
La façon dont un actant syntaxique d’une lexie lui est lié en tant que dépendant syntaxique est indiquée dans le tableau de régime de cette lexie. Par exemple, le premier actant sémantique de
ACHETERest son sujet, et le second est son complément d’objet direct. Tous deux sont
12. Notons le cas particulier des lexies verbales dénotant des phénomènes météorologiques, commePLEUVOIR
(Mel’ˇcuk et Polguère 2008, p. 103).