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Sections hyperplanes à singularités simples et exemples de variations de structure de Hodge

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Academic year: 2021

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(1)

HAL Id: hal-00545648

https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00545648

Preprint submitted on 10 Dec 2010

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Sections hyperplanes à singularités simples et exemples de variations de structure de Hodge

Damien Mégy

To cite this version:

Damien Mégy. Sections hyperplanes à singularités simples et exemples de variations de structure de

Hodge. 2010. �hal-00545648�

(2)

Sections hyperplanes ` a singularit´es simples et exemples de variations de structure de Hodge

Damien M´ egy

Institut Fourier, 100 rue des maths BP74, 38402 St Martin d’H` eres Cedex, France [email protected]

R´ esum´ e

On construit des vari´et´es projectives lisses complexes de dimension 3 `a 6 munies de varia- tions de structure de Hodge, en g´en´eralisant une construction que J. Carlson et C. Simpson avaient effectu´ee en dimension 2. Ensuite, on ´etudie quelques unes de leurs propri´et´es, en particulier leurs groupes de cohomologie.

Abstract

We construct smooth complex projective varieties of dimension 3 to 6 with variations of Hodge structure, by generalizing an example of J. Carlson and C. Simpson in dimension 2. Then, we study some of their properties, in particular their cohomology groups.

Mots-cl´ es : variations de structure de Hodge, cohomologie d’intersection, modules de Hodge Classification math´ ematique : 14D05, 14D07, 55N33

1 Introduction

Les exemples de variations de structure de Hodge (VSH) sur des bases compactes sont relativement rares, bien que l’on sache que ces objets sont fondamentaux dans l’´etude des groupes k¨ahl´eriens, depuis les travaux de C. Simpson ([Sim92]). L’objet de cet article est la construction puis l’´etude de VSH sur certaines vari´et´es projectives lisses.

1.1. Soit X une vari´et´e projective lisse sur C de dimension impaire n + 1 ≥ 3 plong´ee dans un espace projectif P , lin´eairement normale, et P

l’espace dual de P , qui param`etre les sections hyperplanes de X . Consid´erons la famille universelle de sections hyperplanes

X := {(x, H) ∈ X × P

|x ∈ H}

et notons π : X → P

et a : X → X les projections sur chacun des deux facteurs. Si s ∈ P

, on note X

s

la section hyperplane de X correspondant ` a s. Soit U l’ouvert de P

qui param`etre les sections hyperplanes lisses, et X

son compl´ementaire, la vari´et´e duale.

Si W est une variation de structure de Hodge rationnelle et polarisable sur X (voir

§2), alors on note

V := Coker

H

n

(X, W )

U

→ (R

n

π

a

W )

|U

le syst`eme local de cohomologie ´evanescente, qui est une VSH sur U . Si W est le syst`eme local trivial C

X

, alors la fibre de V en un point u ∈ U est simplement la cohomologie

(3)

´evanescente H

n

(X

u

, C )

ev

:= Coker (H

n

(X, C ) → H

n

(X

u

, C )) de la section hyperplane.

Dans [Sim93], poursuivant une id´ee de J. Carlson (publi´e dans [CT93]), C. Simpson consid`ere un plan projectif g´en´erique P

2

⊂ P

. Si le plongement X ⊂ P est suffisamment ample (3-jet ample, voir §2), l’intersection X

∩ P

2

est une courbe irr´eductible dont les seules singularit´es sont des nœuds et des cusps. Les groupes de monodromie locaux (voir

§4) de V autour des points de cette courbe sont finis, ce qui permet de construire un revˆe- tement ramifi´e Y de P

2

auquel il est possible d’´etendre V en une VSH V

Y

. Sous certaines conditions sur les donn´ees initiales (X, O

X

(1), W ), la VSH V

Y

a des propri´et´es int´eres- santes : un gros groupe de monodromie et une application des p´eriodes g´en´eriquement immersive (voir [CT93], [CT99]). En application de ses r´esultats sur les images directes sup´erieures de fibr´es harmoniques, Simpson montre ´egalement que la VSH ainsi construite est non rigide si l’on choisit bien X et W ([Sim93], th. 9.2).

Le premier r´esultat de cet article est l’extension de cette construction en dimensions 3 ` a 6.

Th´ eor` eme 1.2. — Soient X et O

X

(1) comme en 1.1, m un entier compris entre 3 et 6, P

m

⊂ P

un sous-espace projectif g´en´erique de dimension m, et U

m

:= U ∩ P

m

l’ouvert param´etrant des sections hyperplanes lisses. La restriction de V ` a U

m

est encore not´ee V . Si O

X

(1) est m-jet ample, il existe une vari´et´e quasiprojective lisse U f

m

, un revˆetement galoisien (fini de groupe G) p : U f

m

→ U

m

, une compactification lisse i : U f

m

֒ → Y , finie sur P

m

, tel que V

Y

:= i

p

V soit une VSH sur Y .

Les variations de structure de Hodge ainsi construites h´eritent des propri´et´es d´emon- tr´ees par Carlson et Simpson en dimension deux, concernant leur rigidit´e, leur groupe de monodromie, ainsi que l’immersivit´e g´en´erique de leur application des p´eriodes. On en d´eduit des r´esultats de non factorisation par des vari´et´es de dimension inf´erieure similaires

`a ceux de [Sim93].

Remarquons que le fait d’´etendre la construction de Carlson en dimension 3 et 5 permet d’it´erer la construction, et d’obtenir beaucoup d’autres exemples de vari´et´es projectives munies de VSH int´eressantes.

La preuve du th´eor`eme 1.2 consiste ` a voir que les conditions sur O

X

(1) et sur m suf- fisent pour que les groupes de monodromie locaux de V au voisinage de P

m

\ U soient des groupes finis. En effet, par le th´eor`eme 3.1, les sections hyperplanes param´etr´ees par s ∈ P

m

n’ont alors que des singularit´es simples (voir §2), et la monodromie locale de V se d´eduit des repr´esentations de monodromie de ces singularit´es. Or, celles-ci ont une image finie. Ceci permet de construire le revˆetement ´etale. La construction d’une compactifica- tion lisse et finie sur P

m

utilise une description locale de la vari´et´e duale donn´ee dans le paragraphe 3.

On ´etudie ensuite le couple (Y, V

Y

) par des m´ethodes cohomologiques. La conjecture de Carlson-Toledo dit que si le groupe fondamental π

1

(Z) d’une vari´et´e k¨ahl´erienne compacte Z n’est pas fini, alors son second nombre de Betti est virtuellement non nul, c’est-`a-dire qu’il existe un sous-groupe Γ ⊂ π

1

(Z) d’indice fini tel que H

2

(Γ, R ) 6= 0.

Il est bien connu (Reznikov) que si V

Z

est un syst`eme local sur Z tel que H

1

(Z, V

Z

) 6=

0, alors H

2

1

(Z), R ) 6= 0.

Reprenons les notations du th´eor`eme 1.2. Dans la suite de l’article, on montre sous cer-

taines hypoth`eses (voir le th´eor`eme 7.1) que la partie G-invariante du groupe H

k

(Y, V

Y

)

est isomorphe au groupe de cohomologie d’intersection IH

k

( P

m

, V ), que l’on sait d´ecrire

(th´eor`eme 5.8). Il s’av`ere en particulier que H

1

(Y, V

Y

)

G

≃ IH

1

( P

m

, V ) ≃ H

n+1

(X, W )

prim

,

(4)

ce qui fournit donc un crit`ere de non annulation de H

2

1

(Y ), R ). De cette fa¸con, on ob- tient beaucoup d’exemples de vari´et´es Y de dimension 2 ` a 6 pour lesquelles la conjecture de Carlson-Toledo est v´erifi´ee. Pour des ´enonc´es pr´ecis et un peu plus g´en´eraux, voir le th´eor`eme 7.1.

L’article est organis´e comme suit. Quelques d´efinitions et notations sont rappel´ees au paragraphe 2. Au paragraphe 3, on d´emontre quelques propri´et´es de la vari´et´e duale X

. Au paragraphe 4, on ´etudie la monodromie locale de V au voisinage des sections hyper- planes ` a singularit´es simples, puis, en utilisant les r´esultats du paragraphe 3, on d´emontre le th´eor`eme 1.2. Dans le paragraphe 5, on ´etudie la d´ecomposition de Saito de la famille d’hypersurfaces (th´eor`eme 5.1) et on prouve le th´eor`eme 5.8 qui d´ecrit la cohomologie d’intersection de V . Dans le paragraphe 6, on donne une condition suffisante pour qu’une extension interm´ediaire de syst`eme local co¨ıncide avec son extension au sens des faisceaux (proposition 6.1), puis on prouve un th´eor`eme de d´ecomposition pour les familles g´en´e- riques de petite dimension (th´eor`eme 6.2). Enfin, au paragraphe 7, on applique tous ces r´esultats ` a l’´etude de la cohomologie invariante H

(Y, V

Y

)

G

et on prouve le th´eor`eme 7.1.

Remarquons que dans le th´eor`eme 1.2, on pourrait remplacer le sous-espace g´en´erique P

m

par n’importe quelle sous-vari´et´e projective lisse de P

, g´en´erique et de dimension m.

De plus le th´eor`eme 1.2 reste valide mˆeme si W est une variation de structure de Hodge polaris´ee complexe (non n´ecessairement rationnelle).

Cet article est issu de la th`ese [M´eg10a], pr´epar´ee ` a l’Institut Fourier sous la direc- tion de Philippe Eyssidieux. Je suis extrˆemement reconnaissant ` a Philippe Eyssidieux, ainsi qu’`a St´ephane Guillermou et Chris Peters, pour de nombreuses conversations ma- th´ematiques. Je remercie ´egalement le rapporteur pour m’avoir aid´e ` a rendre le texte plus lisible.

2 Notations et rappels

2.1. Un syst`eme local en espaces vectoriels complexes V sur une vari´et´e X est (sous- jacent `a) une variation de structure de Hodge complexe polaris´ee de poids w s’il existe une filtration d´ecroissante F

de V ⊗ O

X

par sous-fibr´es holomorphes et une forme hermitienne S non d´eg´en´er´ee plate telles que

(i) le fibr´e diff´erentiel V sous-jacent ` a V se d´ecompose en une somme directe de sous- fibr´es V = ⊕

p+q=w

V

p,q

v´erifiant F

p

= ⊕

p≥p

V

p,q

;

(ii) la d´ecomposition de V en somme directe soit S-orthogonale, et (−1)

p

S soit d´efinie positive sur V

p,q

;

(iii) la transversalit´e de Griffiths soit v´erifi´ee : DF

p

⊂ F

p−1

⊗ Ω

1X

.

Une VSH complexe est dite rationnelle si V a une structure rationnelle plate V

Q

⊂ V telle que V

p,q

= V

q,p

. Une polarisation rationnelle est une forme V

Q

× V

Q

→ V

Q

bilin´eaire, (−1)

w

-sym´etrique, telle que S(·, ·) (ou i.S(·, ·)) soit une polarisation complexe. Dans toute la suite, les VSH seront toujours polaris´ees.

2.2. Soit f ∈ C {x

0

, ...x

n

} un germe de singularit´e d’hypersurface. On note T ju(f ) son id´eal de Tjurina, c’est-` a-dire l’id´eal engendr´e par f et ses d´eriv´ees partielles, et, si la singularit´e est isol´ee, on appelle nombre de Tjurina et on note τ la codimension (finie) de l’id´eal de Tjurina. Comme base d’une d´eformation miniverselle de la singularit´e f , on peut prendre un voisinage de l’origine dans un suppl´ementaire C

τ

de l’id´eal de Tjurina.

On note alors Σ ⊂ C

τ

le diagramme de bifurcation de f , et ρ

f

: π

1

( C

τ

\ Σ) → GL(E) la

repr´esentation de monodromie de f (voir [AVG], tome II, §3).

(5)

Si de plus f est une singularit´e simple (c’est-` a-dire de type ADE par [Arn], th. 2.10) et de dimension paire, la repr´esentation de monodromie de f se factorise par le groupe de Coxeter W de mˆeme type ([Bou]) et par sa repr´esentation comme groupe fini de r´eflexions (voir [AVG], tome II). Le sous-groupe distingu´e Ker ρ

f

⊳ π

1

( C

τ

\ Σ) d´efinit un revˆetement

´etale galoisien p de C

τ

\ Σ qui peut alors ˆetre compl´et´e en un revˆetement galoisien ramifi´e e

p : C

τ

→ C

τ

. Essentiellement, le π

1

co¨ıncide avec le groupe de tresses B(W ) associ´e `a W , le noyau de ρ

f

est exactement le groupe des tresses pures, et p e est le quotient sous l’action de W comme groupe de r´eflexions, voir par exemple [AVG] ou [M´eg10a] p. 35-36.

2.3. Enfin, si L est un faisceau inversible sur X , et m est un entier, on dit que L est m-jet ample ([BS93]) si pour l-uplet d’entiers naturels (m

i

)

1≤i≤l

tels que P

m

i

= m + 1 et tout l-uplet (x

i

) de points distincts de X, l’´evaluation des multijets

H

0

(X, L ) → M

l i=1

O

X,x

i

m

mxii

est surjective.

3 Propri´ et´ es de la vari´ et´ e duale

Th´ eor` eme 3.1. — Soit (X, O

X

(1)) comme en 1.1, et m un entier compris entre 2 et 6.

Supposons que O

X

(1) soit max(3, m)-jet-ample. Alors, il existe un sous-ensemble ferm´e Z

m

de X

de codimension au moins m + 1 dans P

tel que pour tout v ∈ X

\ Z

m

, les singularit´es de la section hyperplane X

v

soient isol´ees, simples, et la somme de leurs nombres de Tjurina soit inf´erieure ou ´egale ` a m.

D´ emonstration. — ´ Ecrivons P

comme l’union disjointe : P

= X

ni

⊔ X

ns

⊔ X

s,Pτi>m

| {z }

Zm

⊔V

m

,

o` u l’on a not´e X

ni

l’ensemble des sections hyperplanes avec singularit´es non isol´ees, X

ns

l’ensemble des sections hyperplanes ` a singularit´es isol´ees mais dont certaines ne sont pas simples, X

s,Pτi>m

l’ensemble des sections hyperplanes n’ayant que des singulari- t´es simples et dont la somme des nombres de Tjurina est sup´erieure `a m + 1, et enfin V

m

l’ouvert compl´ementaire des trois premiers sous-ensembles. Montrons que Z

m

est de codimension au moins m + 1.

Etape 1 : ´ codim X

ni

≥ m + 1.

Ce r´esultat est connu, voir par exemple [Sch08], lemme 6.5.2.

Etape 2 : ´ codim(X

ns

) = 7.

Il suffit de d´emontrer que le cˆ one C

.X

ns

est de codimension 7 dans H

0

(X, O

X

(1)).

Soit σ une section globale de O

X

(1) dont les points singuliers (x

i

)

i∈I

sont isol´es, et qui a l singularit´es non simples, aux points x

1

, ..., x

l

. Soient U

i

des petites boules de X centr´ees aux points x

i

et disjointes. Soit B une boule de H

0

(X, O

X

(1)) centr´ee en σ telle que si ν ∈ B, alors les singularit´es de ν sont toutes isol´ees et dans les ouverts U

i

.

Ecrivons ´ B ∩ C

.X

ns

= S

l

i=1

N S

i

, o` u N S

i

est l’ensemble des ´el´ements de B ayant une singularit´e non simple dans U

i

, et montrons que N S

i

est un sous-ensemble de codimension 7 de B.

Soit j

xi

: H

0

(X, O

X

(1)) → O

X,x

i

l’´evaluation des jets en x

i

, et H son image. On

note B

l’image de B, et C l’image de N S

i

. Rappelons que O

X

(1) engendre ses

3-jets. Par [Arn], th. 2.11, C est de codimension 7 dans B

, et comme j

xi

est un

(6)

isomorphisme sur son image, N S

i

est de codimension 7 dans B. Ainsi, B ∩ C

.X

ns

est une union finie de sous-ensembles de codimension 7 de B, donc il est de codi- mension 7.

Etape 3 : codimension des strates restantes. ´

Soient f

1

, ...f

k

des germes de singularit´es isol´ees (´eventuellement les mˆemes) et τ

1

, ..., τ

k

leurs nombres de Tjurina, avec P

k

i=1

τ

i

> m. On note S(f

1

, .., f

k

) ou sim- plement S l’ensemble des sections globales de O

X

(1) dont les singularit´es sont exac- tement les (f

i

). Montrons que

codim S ≥ m + 1. (3.0.1)

Soient a

1

, ..., a

k

des entiers naturels tels que a

i

≤ τ

i

et P

k

i=1

a

i

= m + 1. Alors, comme O

X

(1) est m-jet ample, le morphisme d’´evaluation des multijets ci-dessous est surjectif

H

0

(X, O

X

(1)) −−−→

⊕jxi

M

1≤i≤k

O

X,x

i

→ M

1≤i≤k

O

X,x

i

m

axii

.

On en d´eduit que codim

\

k i=1

j

x−1i

(T ju(f

i

) + m

ai

xi

)

!

= X

k i=1

codim j

x−1i

(T ju(f

i

) + m

ai

xi

) .

Or, puisque a

i

≤ τ

i

, on a la minoration

codim(T ju(f

i

) + m

ai

xi

) ≥ a

i

.

En effet, l’id´eal T ju(f

i

) est de codimension finie τ

i

, donc la suite d’entiers codim(T ju(f

i

) + m

l

xi

)

l∈N

est strictement croissante jusqu’` a atteindre τ

i

, puis elle est constante. Finalement, codim

\

k i=1

j

x−1i

(T ju(f

i

) + m

ai

xi

)

!

≥ X

k i=1

a

i

= m + 1

Revenons maintenant ` a l’ensemble S, que l’on suppose non vide. Soit f ∈ S. Au voisinage de f , l’ensemble S est l’intersection d’ensembles analytiques S

i

form´es des sections globales de O

X

(1) proches de f qui ont exactement une singularit´e f

i

au voisinage de x

i

. L’ espace tangent de Zariski T

Si,f

de S

i

en f s’envoie dans T ju(f

i

) par l’application j

xi

de jet en x

i

(voir [AVG] ou [Dim87], 6.52 p. 92). On en d´eduit

\

k i=1

T

Si,f

\

k i=1

j

x−1i

(T ju(f

i

) + m

ai

xi

).

En prenant la codimension des deux termes, on a bien codim S ≥ m + 1.

Derni`ere ´etape.

Il existe une collection finie de singularit´es simples ` a laquelle appartiennent toutes

les singularit´es des sections hyperplanes X

p

pour tout p ∈ X

s,Pτi>m

. En effet, par

[Dim86], la somme des nombres de Milnor des singularit´es de X

p

est ´egale `a la

(7)

multiplicit´e de X

en p. On en d´eduit qu’il existe µ

max

tel que pour tout p ∈ X

s

, les singularit´es aient toutes un nombre de Milnor inf´erieur ` a µ

max

. Or, il n’y a qu’un nombre fini de telles singularit´es simples. Ceci montre aussi que le nombre de singularit´es d’une section hyperplane X

p

avec p ∈ X

s

est born´e ind´ependamment de p.

On en d´eduit que X

s,Pτi>m

est une union finie d’ensembles de la forme de la forme S(f

1

, ...f

k

), o` u les germes de singularit´es simples f

i

ont des nombres de Tjurina v´e- rifiant l’in´egalit´e P

τ

i

≥ m + 1. Or on a vu que les S(f

1

, ...f

k

) sont de codimension au moins m + 1. Finalement, Z

m

est bien de codimension au moins m + 1.

3.2. Soit s ∈ X

, tel que les points singuliers de la section hyperplane X

s

soient isol´es.

On les note x

1

, ..., x

k

, et on note f

1

, ..., f

k

les germes de singularit´es correspondants. On note enfin τ

1

, ..., τ

k

les nombres de Tjurina de ces singularit´es.

Le germe de P

au point s est la base d’une d´eformation de la vari´et´e singuli`ere X

s

. Cette d´eformation induit une d´eformation de chaque singularit´e de X

s

. Par la propri´et´e universelle des d´eploiements miniversels de singularit´es ([Loo84], p. 101), il existe des morphismes de germes d’espaces analytiques de ( P

, s) vers les bases des d´eploiements miniversels des singularit´es f

i

, c’est-` a-dire, quitte ` a choisir une base de O

X,x

i

/T ju(f

i

) : ( P

, s) −→

gi

( C

τi

, 0).

Les diff´erentielles en s de ces morphismes de germes sont d´etermin´ees de mani`ere unique. Ainsi, il existe un morphisme

g : ( P

, s) → Y

k i=1

( C

τi

, 0)

dont la diff´erentielle en s est d´et´ermin´ee de mani`ere unique (et non nulle car O

X

(1) est tr`es ample).

Notons Σ

i

⊂ C

τi

les diagrammes de bifurcation des singularit´es, U

i

les ouverts com- pl´ementaires, U = Q

U

i

et Σ le compl´ementaire de U dans Q

k

i=1

C

τi

, autrement dit Σ :=

( (t

i

) ∈

Y

k i=1

C

τi

, ∃i, t

i

∈ Σ

i

) .

Le r´esultat qui suit d´ecrit la vari´et´e duale au point s.

Proposition 3.3. — Le germe de X

en s est exactement le germe de g

−1

(Σ).

D´ emonstration. — Si s

est assez proche de s, les singularit´es de X

s

proviennent toutes par d´eformation des singularit´es de X

s

. Ainsi, les s

proches de s qui appartiennent `a la vari´et´e duale sont dans l’image r´eciproque par g d’au moins un diagramme de bifurcation Σ

i

.

Proposition 3.4. — Si le faisceau O

X

(1) est (( P

τ

i

) − 1)-jet ample, alors le morphisme g est lisse.

D´ emonstration. — La condition de positivit´e sur O

X

(1) implique que H

0

(X, O

X

(1)) → L

OX,xi

mτixi

est surjective, et d’autre part, L

OX,xi

mτixi

→ L

OX,xi

T ju(fi)

est ´egalement surjective car m

τi

xi

⊂ T ju(f

i

). La surjectivit´e de dg en s en r´esulte.

Des deux propositions pr´ec´edentes on tire le

(8)

Corollaire 3.5. — Soit B

s

une petite boule centr´ee en s et U

s

:= U ∩ B

s

. Sous les hypoth`eses de 3.4, le morphisme

g

: π

1

(U

s

) → Y

k i=1

π

1

( C

τi

\ Σ

i

) est un isomorphisme.

4 G´ en´ eralisation d’une construction de Carlson et Simp- son

Soit (X, O

X

(1), W ) comme en 1.1, et u ∈ U . La repr´esentation de monodromie de V est not´ee ρ : π

1

(U, u) → GL( V

u

). Pour s ∈ X

, on note B

s

une petite boule de P

centr´ee en s et U

s

:= U ∩ B

s

. Si u ∈ U

s

, on note ρ

s

: π

1

(U

s

, u) → GL( V

u

) la repr´esentation de monodromie locale de V au voisinage de s, c’est-` a-dire la repr´esentations de monodromie de V restreint ` a U

s

. Son image est le groupe de monodromie local.

Proposition 4.1. — Soit s ∈ X

tel que la section hyperplane correspondante X

s

⊂ X n’ait que des singularit´es simples. Soit m un entier sup´erieur ` a la somme des nombres de Tjurina des singularit´es de X

s

. Si O

X

(1) est m-jet ample, la repr´esentation de mo- nodromie locale de V au voisinage de s est isomorphe au produit des repr´esentations de monodromie des singularit´es de X

s

.

D´ emonstration. — Donnons la preuve dans le cas de la repr´esentation de monodro- mie locale sur le groupe d’homologie

H

n

(X

u

, W )

ev

:= Ker(H

n

(X

u

, W ) → H

n

(X, W )).

Soient x

1

, ...x

l

les points singuliers de X

s

, f

i

les germes de singularit´e correspondants et (B

i

) une famille de petites boules disjointes centr´ees en x

i

. Soit i un entier compris entre 1 et l. Alors F

i

:= X

u

∩ B

i

s’identifie ` a (( la )) fibre de Milnor de la singularit´e de X

s

en x

i

. L’ inclusion j

i

: F

i

֒ → X

u

induit une fl`eche en homologie :

j

i∗

: H

n

(F

i

, W ) → H

n

(X

u

, W ).

La fl`eche compos´ee

H

n

(F

i

, W ) −−→

ji

H

n

(X

u

, W ) → H

n

(X, W )

est nulle ; en effet, elle se factorise par H

n

(B

i

, W ), qui est trivial car la boule B

i

est contrac- tile. On en d´eduit que l’image de j

i∗

est incluse dans l’homologie ´evanescente H

n

(X

u

, W )

ev

. Les espaces vectoriels H

n

(F

i

, W ) et H

n

(X

u

, W )

ev

sont munis de formes hermitiennes obtenues en combinant la forme d’intersection sur les cycles topologiques et la polarisa- tion de W sur les sections de W . Ces formes hermitiennes seront not´ees h , i. La forme hermitienne correspondante sur H

n

(F

i

, W ) ≃ H

n

(F

i

, C ) ⊗ W

x

i

est le produit de la forme d’intersection et de la forme hermitienne S sur la fibre W

x

i

. La forme S est par hypoth`ese non d´eg´en´er´ee sur W

x

i

. De plus, la forme d’intersection sur l’homologie de la fibre de Milnor F

i

est non d´eg´en´er´ee. Alors, la forme hermitienne h , i sur H

n

(F

i

, W ) est non d´eg´en´er´ee. D’autre part, le morphisme j

i∗

est compatible aux deux formes hermitiennes ci-dessus ; il est donc injectif.

Soient i et k deux entiers diff´erents compris entre 1 et l, α ∈ Im (j

i∗

) et β ∈ Im (j

k∗

) ;

ce sont des cycles de X

u

` a valeurs dans W sont le support est disjoint, puisque F

i

et

F

k

sont disjoints. Donc hα, βi = 0. On en d´eduit que les images des morphismes j

i∗

et

j

k∗

sont orthogonales pour la forme h , i sur H

n

(X

u

, W ). D’autre part ces images sont

(9)

non d´eg´en´er´ees. Elles sont donc d’intersection triviale. Autrement dit, on a une injection compatible aux structures hermitiennes

M

⊥ i

H

n

(F

i

, W ) ֒ → H

n

(X

u

, W ).

Dans la suite on ´ecrira par abus de langage les espaces H

n

(F

i

, W ) comme des sous-espaces de H

n

(X

u

, W )

ev

.

Revenons ` a la repr´esentation de monodromie locale ρ

s

: π

1

(U

s

, u) → GL(H

n

(X

u

, W )

ev

).

Le groupe π

1

(U, u) est engendr´e par des lacets tournant autour des points du lieu lisse de X

. Ces lacets agissent sur H

n

(X

u

, W )

ev

par des r´eflexions de Picard-Lefschetz. Parmi ces lacets, ceux qui sont homotopes ` a des lacets inclus dans U

s

engendrent π

1

(U

s

, u) et agissent par des transformations de Picard-Lefschetz de la forme

γ · α = α ± hα, δiδ,

o` u δ est la sph`ere ´evanescente correspondant au lacet γ (situ´ee dans une des fibres de Milnor F

i

), et l’´ecriture hα, δi d´esigne l’intersection du W -cycle α avec la sph`ere δ, c’est-

`

a-dire la section de W sur Supp α ∩ δ suivante : hSupp α, δi.α

. Avec ces notations, hα, δiδ est bien un n-cycle ` a valeurs dans W .

La formule de Picard-Lefschetz montre que π

1

(U

s

, u) stabilise H

n

(F

i

, W ) dans H

n

(X

u

, W )

ev

, ce qui donne des sous-repr´esentations que l’on note

ρ

s,i

: π

1

(U

s

, u) → H

n

(F

i

, W )).

Par construction, la repr´esentation ρ

s,i

provient de la repr´esentation de monodromie ρ

fi

de la singularit´e f

i

, au sens o` u le diagramme ci-dessous est commutatif (avec les notations de 3.2 - 3.4) :

π

1

(U

s

, u)

gi

//

ρs,i

π

1

( C

τi

\ Σ

i

, g

i

(u))

ρfi

GL(H

n

(F

i

, C ) ⊗ W

x

i

)

−⊗Id

oo GL(H

n

(F

i

, C )) Par ailleurs la repr´esentation quotient

ρ

s

: π

1

(U

s

, u) → GL(H

n

(X

u

, W )

ev

/(⊕

i

H

n

(F

i

, W )))

est triviale, ´egalement par la formule de Picard-Lefschetz. La repr´esentation ρ

s

est donc isomorphe au produit des ρ

s,i

.

Enfin, comme O

X

(1) est m-jet ample, le morphisme g

= Y

g

i∗

: π

1

(U

s

, u) → Y

π

1

( C

τi

\ Σ

i

, g

i

(u))

est un isomorphisme (corollaire 3.5). Les repr´esentations ρ

s,i

sont donc isomorphes aux repr´esentations de monodromie des singularit´es de X

s

en x

i

.

4.2. Soit U f

s

→ U

s

le revˆetement galoisien ´etale de U

s

associ´e au sous-groupe distingu´e

Ker ρ

s

de π

1

(U

s

), et p

i

: C ^

τi

\ Σ

i

→ C

τi

\ Σ

i

celui associ´e au sous-groupe Ker ρ

fi

.

(10)

Sous les hypoth`eses de la proposition 4.1, l’isomorphisme g

identifie donc Ker ρ

s

`a Q (Ker ρ

fi

). Le revˆetement U f

s

→ U

s

est exactement donn´e par le produit fibr´e

U f

s

//

Q ( C ^

τi

\ Σ

i

)

Q

ipi

U

s

g

// Q

i

( C

τi

\ Σ

i

)

Th´ eor` eme 4.3. (th´eor`eme 1.2 de l’introduction) — Soit (X, O

X

(1), W ) comme en 1.1, et m un entier compris entre 3 et 6. Soit P

m

⊂ P

un sous-espace projectif g´en´erique de dimension m et U

m

:= U ∩ P

m

. La restriction de V ` a U

m

est encore not´ee V . Si O

X

(1) est m-jet ample, il existe une vari´et´e quasiprojective lisse U f

m

, un revˆetement ´etale galoisien p : U f

m

→ U

m

, une compl´etion projective lisse i : U f

m

֒ → Y , et un revˆetement (ramifi´e)

ˆ

p : Y → P

2

qui compl`ete le pr´ec´edent, de telle sorte que V

Y

:= i

p

V soit un syst`eme local sur Y .

D´ emonstration. — On proc`ede en deux ´etapes : dans un premier temps, on construit le revˆetement ´etale p : U f

m

→ U

m

, puis on montre qu’il existe une vari´et´e projective lisse Y , finie sur P

m

, qui compl`ete ce revˆetement. Le principe de la construction du revˆetement

´etale p : U f

m

→ U

m

est d´ej` a pr´esent dans [CT93], dans le cas o` u m = 2, et repose sur le fait que les monodromies locales de V sont finies ` a l’infini (th´eor`eme 4.1). La d´emonstration du deuxi`eme point est diff´erente, et utilise la comparaison entre singularit´es simples et groupes de Coxeter de type ADE (§2).

Etape 1 : construction du revˆetement ´etale. ´

L’image Γ de la repr´esentation de monodromie ρ : π

1

(U

m

, u) → GL(V ) contient par le th´eor`eme de Selberg un sous-groupe distingu´e G

d’indice fini sans torsion. Soit G = ρ

−1

(G

). Soit p : U f

m

→ U

m

le revˆetement galoisien ´etale associ´e sous-groupe distingu´e G de π

1

(U

m

, u).

Soit s ∈ X

∩ P

m

, B

s

une petite boule de P

centr´ee en s, B

m,s

son intersection avec P

m

, U

m,s

= B

s

∩ U

m

, U ]

m,s

une composante connexe de p

−1

(U

m,s

) et u e un point de U ]

m,s

se projetant sur u. Par la proposition 4.1, la restriction de V `a U

m,s

a une monodromie finie. Ceci, joint au fait que G

est sans torsion, montre que le revˆetement U ]

m,s

→ U

m,s

est donn´e par le sous-groupe distingu´e

Ker(ρ

s

: π

1

(U

m,s

, u) → GL( V

u

)).

Le syst`eme local p

V restreint ` a l’ouvert U ]

m,s

est donc trivial. On en d´eduit que pour toute compl´etion projective Y de U f

m

, le faisceau V

Y

:= i

p

V est un syst`eme local sur Y .

Etape 2 : construction de la compl´etion lisse. ´

Soit Y la compl´etion de Grauert-Remmert du revˆetement U f

m

(voir [SGA1], th´eor`eme 5.4 p. 254). Alors, Y est une vari´et´e normale, finie sur P

m

, qui compl`ete le revˆetement U f

m

→ U

m

, et c’est la seule ` a isomorphisme pr`es.

Pour montrer que Y est lisse, il suffit de construire, pour tout s comme ci-dessus, une

vari´et´e lisse B ]

m,s

et un revˆetement ramifi´e fini B ]

m,s

→ B

m,s

qui compl`ete le revˆe-

tement ´etale U ]

m,s

→ U

m,s

. En effet, toujours par le th´eor`eme de Grauert-Remmert,

une telle compl´etion locale B ]

m,s

est unique ` a isomorphisme pr`es, et provient par

restriction de Y .

(11)

La section hyperplane X

s

a l singularit´es, de type ADE. On note encore τ

i

leurs nombres de Tjurina, C

τi

des bases de d´eploiements miniversels, Σ

i

⊂ C

τi

les dia- grammes de bifurcation.

Par la propri´et´e universelle des d´eformations miniverselles, on a un morphisme g

: ( P

m

, s) →

Y

l i=1

( C

τi

, 0) qui se factorise en

( P

m

, s) ֒ → ( P

, s) − →

g

Y

l i=1

( C

τi

, 0),

o` u g a ´et´e ´etudi´e en 3.2. Quitte ` a r´etr´ecir la boule B

s

, on peut supposer que le germe g est d´efini sur B

s

.

Comme O

X

(1) est suppos´e m-jet ample et P

m

⊂ P

est g´en´erique, on a des analogues de 3.4, 3.5, et de 4.2 : g

est submersif, le morphisme induit g

: π

1

(U

m,s

, u) → Q π

1

( C

τi

\ Σ

i

) est un isomorphisme, et le revˆetement U ]

m,s

→ U

m,s

est obtenu comme produit fibr´e :

U ]

m,s

//

Q ( C ^

τi

\ Σ

i

)

p

U

m,s

g

// Q

( C

τi

\ Σ

i

)

Par 2.2, chaque revˆetement ´etale p

i

de C

τi

\ Σ

i

d´etermin´e par le noyau de la re- pr´esentation de monodromie de f

i

peut ˆetre compl´et´e en un revˆetement ramifi´e

e

p

i

: C

τi

→ C

τi

. On note p e := Q

i

p e

i

: Q

i

C

τi

→ Q

i

C

τi

. On d´efinit alors la compl´e- tion B ]

m,s

par le produit fibr´e :

B ]

m,s

//

Q C

τi

e p

B

m,s

g

// Q C

τi

Alors, B ]

m,s

est lisse et B ]

m,s

→ B

m,s

est un revˆetement fini qui compl`ete U ]

m,s

→ U

m,s

.

4.4. Les propri´et´es suivantes de V

Y

sont connues pour m = 2 et leur d´emonstration en dimension ≤ 6 est la mˆeme, mutatis mutandis.

(i) Si W est sous-jacent ` a une VSH sur X , alors le syst`eme local V

Y

est sous-jacent `a une variation de structure de Hodge sur Y ([Gri70]).

(ii) Si W = C et O

X

(1) est assez ample, alors, l’application des p´eriodes de V

Y

est g´en´eriquement de rang maximal. En particulier la repr´esentation de monodromie ne se factorise pas par le groupe fondamental d’une vari´et´e de dimension inf´erieure ([Sim93], prop. 8.2, voir aussi [CT93]).

(iii) Si O

X

(1) est assez ample et W = C

X

, le groupe de monodromie de V

Y

est d’indice fini dans le groupe orthogonal Aut(H

n

(X

u

, Z )

ev

, h, i) (une section hyperplane a une singularit´e U

12

, on applique ensuite [Ebe84] puis [Bea86], voir aussi [CT99], th´eor`eme 9.1).

(iv) Si W fait partie d’une famille non stationnaire de repr´esentations de π

1

(X ), para-

m´etr´ee par une vari´et´e irr´eductible T , alors V

Y

fait ´egalement partie d’une famille

non stationnaire de repr´esentations de π

1

(Y ) ([Sim93], lemme 1.5, et th´eor`eme 5.1

(12)

p. 386). Ceci entraˆıne que la conjecture de Carlson-Toledo est vraie pour π

1

(Y ) (voir par exemple [Rez98], proposition 8.1).

L’extension du deuxi`eme point au cas W 6= C

X

fait l’objet de la note [M´eg10b]. Le r´esultat obtenu est le suivant :

Th´ eor` eme 4.5. — Si W est une VSH de poids w avec W

w,0

6= 0 et O

X

(1) est assez ample, alors, l’application des p´eriodes de V

Y

est g´en´eriquement de rang maximal.

On peut interpr´eter le couple (Y, V

Y

) en termes de syst`emes locaux ou de VSH sur des champs de Deligne-Mumford : la VSH V se prolonge en une VSH V e sur le champ de Deligne-Mumford [Y /G], dont l’espace grossier est P

m

. En un sens, l’objet principal dans cette construction est ([Y /G], V e ) et non (Y, V

Y

). Nous reviendrons bri`evement sur cette interpr´etation dans les sections suivantes, o` u apparaissent les groupes de cohomologie H

l

([Y /G], V e ). Cependant nous n’´etudieront pas directement [Y /G].

5 D´ ecomposition de Saito sur des sous-familles g´ en´ e- riques

5.1 D´ ecomposition de Saito sur la famille compl` ete d’hypersur- faces

Soit (X, O

X

(1), W ) comme en 1.1. On note N la dimension de P

et d

X

celle de X . La vari´et´e d’incidence X est lisse et le morphisme a : X → X ´egalement, donc le tir´e en arri`ere W

X

:= a

W est un syst`eme local sur X et W

X

[d

X

] est un faisceau pervers sur X , sous-jacent `a un module de Hodge (polarisable) sur X , de poids ω := w + n + N . On note j : U ֒ → P

l’inclusion dans P

de l’ouvert U , compl´ementaire dans P

de la vari´et´e duale.

Dans ce paragraphe, on applique le th´eor`eme de d´ecomposition de Saito ([Sai88], corollaire 5.4.8 p. 992) ` a l’image directe d´eriv´ee Rπ

W

X

[d

X

]. Contrairement `a l’article [BFNP09], l’objectif n’est pas d’´etudier la famille universelle toute enti`ere, mais surtout certaines sous-familles. Il n’est donc pas n´ecessaire d’expliciter tous les modules de Hodge irr´eductibles dans la d´ecomposition de Saito, seulement ceux dont le support est de petite codimension. Ceci permet d’affaiblir les hypoth`eses sur O

X

(1).

Th´ eor` eme 5.1. — Soit (X, O

X

(1), W ) comme en 1.1, et m > 1 un entier. Si O

X

(1) est m-jet ample, alors on a la d´ecomposition de Saito suivante :

W

X

[d

X

] = M

−1 i=−n

H

n+i

(X, W )[N − i]

!

⊕ j

!∗

V [N] ⊕ H

n

(X, W )[N ] ⊕ R

⊕ M

n

i=1

H

n−i

(X, W )[N − i]

! ,

o` u R est un faisceau pervers dont le support est de codimension au moins m + 1.

D´ emonstration. — Le morphisme π est propre de dimension relative n. Le th´eor`eme de d´ecomposition de Saito pour l’image directe d´eriv´ee de W

X

s’´ecrit :

W

X

[d

X

] ≃ M

n i=−n

E

i

[−i], (5.1.2)

(13)

o` u les E

i

sont des modules de Hodge de poids ω +i, dont les faisceaux pervers sous-jacents sont

p

H

i

(Rπ

W

X

[d

X

]).

Etape 1 : calcul des ´ E

i

pour i 6= 0

Si i < 0, alors E

i

= H

n+i

(X, W )[N ] et E

−i

= H

n+i

(X, W )[N ](i). Le premier point d´ecoule du th´eor`eme de Lefschetz faible relatif, qui r´esulte de [BBD82], th. 4.1.1 (l’image directe d´eriv´ee par un morphisme affine est t-exacte `a droite). Il est d´e- montr´e explicitement pour les modules de Hodge dans [BFNP09] pour W = C

X

. Le second point est une cons´equence du premier par l’interm´ediaire du th´eor`eme de Lefschetz difficile de Saito ([Sai88], th. 5.3.1 p. 977). Le seul module de Hodge qu’il reste donc ` a calculer est E

0

.

Etape 2 : les facteurs directs de ´ E

0

de codimension 0 sont j

!∗

V [N ] et H

n

(X, W )[N ].

Restreignons E

0

` a l’ouvert U , compl´ementaire de la vari´et´e duale. Comme π est lisse au-dessus de U, E

0

|

U

est ` a d´ecalage pr`es un syst`eme local. Soit u un point de U , X

u

la section hyperplane associ´ee et notons toujours W la restriction de W `a X

u

. Alors, on a H

n

(X

u

, W ) ≃ H

n

(X

u

, W )

ev

⊕ H

n

(X, W ). De l`a, on tire l’isomorphisme de faisceaux pervers

E

0

|

U

≃ V [N] ⊕ H

n

(X, W )

U

[N].

Donc, E

0

contient les extensions interm´ediaires j

!∗

( V [N ]) et j

!∗

H

n

(X, W )

U

[N]

= H

n

(X, W )[N ] en facteurs directs, et les autres facteurs directs sont support´es hors de l’ouvert U , c’est-` a-dire dans la vari´et´e duale.

Etape 3 : facteurs directs de ´ E

0

de codimension 1.

L’entier n ´etant pair, il n’y a pas de facteur irr´eductible non trivial de E

0

support´e en codimension 1.

Ce r´esultat est connu, voir par exemple [BFNP09] lorsque W = C

X

. La preuve, qui ne n´ecessite pas de consid´erer les structures de Hodge port´ees par les diff´erents objets, est la suivante. Soit p un point g´en´eral (lisse) de la vari´et´e duale X

. Consid´e- rons un pinceau de Lefschetz P

1

⊂ P

passant par p. C’est une droite projective qui intersecte transversalement X

en son lieu lisse. Notons j

1

l’inclusion P

1

\ X

⊂ P

1

, et π

1

: X

P1

→ P

1

la restriction de π : X → P

au-dessus de P

1

. Par [SGA7], XVIII, 6.3, si n est pair, on a la propri´et´e suivante (not´ee (( (A) )) dans [SGA7] XVIII, 5.3.2) : le morphisme d’adjonction

R

l

π

1∗

W

X

−→ j

1∗

j

1∗

R

l

π

1∗

W

X

est un isomorphisme de faisceaux, pour tout entier l. En particulier, si l = n + 1, on obtient, en prenant la tige au point p, l’isomorphisme

H

n+1

(X

p

, W ) ≃ H

n+1

(X

u

, W )

γ

,

o` u u ∈ P

1

\ X

est une valeur r´eguli`ere de π proche de p, et γ est la monodromie autour de p, agissant sur H

n+1

(X

u

, W ). En appliquant le th´eor`eme de Lefschetz difficile `a coefficients semisimples, on obtient finalement l’isomorphisme d’espaces vectoriels

H

n+1

(X

p

, W ) ≃ H

n−1

(X, W ). (5.1.3) D’autre part, par le th´eor`eme de changement de base propre, H

n+1

(X

p

, W ) est isomorphe ` a la tige en p du faisceau H

−N+1

(Rπ

W

X

[d

X

]). La d´ecomposition 5.1.2 donne alors

H

−N+1

(Rπ

W

X

[d

X

]) ≃ H

−N+1

M

n i=−n

E

i

[−i]

!

= M

n i=−n

H

−N+1−i

(E

i

) .

(14)

Pour i diff´erent de 0, on a vu que E

i

, en tant que complexe de faisceaux, est un syst`eme local constant plac´e en degr´e −N . Il n’a donc de faisceau de cohomologie qu’en degr´e −N . Il y a par cons´equent au plus deux termes non nuls dans la somme directe pr´ec´edente :

H

−N+1

(Rπ

W

X

[d

X

]) ≃ H

−N

(E

1

) ⊕ H

−N+1

(E

0

).

Le premier terme est isomorphe au faisceau constant de tige H

n−1

(X, W ) en vertu de la premi`ere ´etape. En prenant la tige au point p, l’isomorphisme 5.1.3 donne donc

H

−N+1

(E

0

)

p

= 0. (5.1.4)

Supposons maintenant qu’il existe un facteur irr´eductible E non trivial de E

0

sup- port´e en codimension un. Son support est donc dense dans la vari´et´e duale X

. Soit p un point g´en´eral de son support. Alors, H

−N+1

(E)

p

est non trivial, donc H

−N+1

(E

0

)

p

non plus, ce qui contredit 5.1.4.

Etape 4 : facteurs directs de ´ E

0

de codimension > 1

Si E est un module de Hodge irr´eductible facteur direct de E

0

tel que codim Supp E >

1, alors son support est contenu dans le lieu des sections hyperplanes `a singularit´es non isol´ees.

Ce r´esultat est dˆ u ` a Fakhruddin si W = C

X

(voir [BFNP09], remarque 5.12 et th´eor`eme A.1). La preuve dans le cas d’une VSH W non triviale est la mˆeme (et c’est essentiellement le mˆeme raisonnement qu’`a l’´etape pr´ec´edente), `a un d´etail pr`es.

Soit S le support de E, c > 1 la codimension de S, et p un point g´en´eral de S. Alors la tige de E en p est un espace vectoriel non nul plac´e en degr´e −N + c. Calculons H

−N+c

(Rπ

W

X

[d

X

]) de la mˆeme fa¸con qu’`a l’´etape pr´ec´edente. Le th´eor`eme de d´ecomposition donne, apr`es oubli des structures de Hodge :

H

−N+c

(Rπ

W [d

X

]) ≃ H

−N+c

M

E

i

[−i]

≃ H

−N+c

(E

0

) ⊕

 M

i6=0

H

−N+c−i

(E

i

)

 Pour la mˆeme raison qu’`a l’´etape pr´ec´edente, la somme L

i6=0

H

−N+c−i

(E

i

) ne contient qu’un seul terme non nul, lorsque i = c. On en d´eduit

H

−N+c

(Rπ

W [d

X

]) ≃ H

−N+c

(E

0

) ⊕ H

−N

(E

c

)

≃ H

−N+c

(E

0

) ⊕ H

n−c

(X, W ).

Ainsi, la tige en p de H

−N+c

(Rπ

W

X

[d

X

]) contient en facteur direct l’espace vec- toriel H

n−c

(X, W ), ainsi que la tige de E en p, qui est un espace vectoriel non trivial. D’autre part, par le changement de base propre pour l’inclusion p ֒ → P

, la tige en p de H

−N+c

(Rπ

W

X

[d

X

]) est isomorphe ` a H

n+c

(X

p

, W ). On en d´eduit que H

n+c

(X

p

, W ) n’est pas isomorphe ` a H

n−c

(X, W ).

Ceci n’est possible que si X

p

est ` a singularit´es non isol´ees. En effet, on a le lemme suivant :

Lemme 5.2. — Si X

p

est une section hyperplane irr´eductible ` a singularit´es isol´ees

de X et c un entier strictement sup´erieur ` a 1, alors H

n+c

(X

p

, W ) ≃ H

n−c

(X

p

, W ).

(15)

Ce r´esultat vient remplacer le th´eor`eme de dualit´e de Kaup invoqu´e par Fakhruddin.

Il est certainement bien connu, au moins dans le cas W = C

X

. La preuve dans le cas g´en´eral en est une simple adaptation ; on a notamment les isomorphismes suivants : – si k < n, alors IH

k

(X

p

, W ) ≃ H

k

(X

plisse

, W ) ;

– si k > n, alors IH

k

(X

p

, W ) ≃ H

ck

(X

plisse

, W ) ≃ H

k

(X

p

, W ) ; – si k < n − 1, alors H

k

(X

plisse

, W ) ≃ H

k

(X

p

, W ).

Les deux premiers points sont dus ` a Goresky et MacPherson [GM80] dans le cas de l’homologie d’intersection ` a coefficients constants (voir aussi l’introduction de [Dur95], et [Dim04] pour une d´emonstration utilisant le langage des faisceaux per- vers). Le troisi`eme point remonte ´egalement aux travaux de Goresky et MacPherson, et r´esulte, apr`es excision, de la (n−2) connexit´e du link d’une singularit´e isol´ee d’hy- persurface (Milnor). Finalement, pour 1 < c < n, on a la chaˆıne d’isomorphismes

H

n−c

(X

p

, W ) ≃ IH

n−c

(X

p

, W ) ≃ IH

n+c

(X

p

, W ) ≃ H

n+c

(X

p

, W ),

o` u le second isomorphisme est obtenu par le th´eor`eme de Lefschetz difficile de Saito sur la cohomologie d’intersection ` a coefficients dans une VSH.

Fin de la d´emonstration

Supposons qu’il y ait un facteur direct E non trivial dans E

0

, support´e en codimen- sion strictement positive. Le support d’un tel facteur direct est inclus dans le lieu des sections hyperplanes ` a singularit´es non isol´ees. Comme O

X

(1) est m-jet ample, ce lieu est de codimension au moins m + 1 (voir l’´etape 1 de la d´emonstration du th´eor`eme 3.1).

Remarque 5.3. — Si de plus O

X

(1) est n-jet ample, alors le th´eor`eme 5.1 implique R = 0. La raison en est la suivante. Soit

W

X

[d

X

] ≃ M

n i=−n

E

i

[−i]

la d´ecomposition de Saito. Si un module de Hodge irr´eductible non trivial E est facteur direct dans un des E

i

, alors par [Ngo08] th´eor`eme 2 p. 188, on a codim Supp E ≤ n − |i|

(Ngo attribue l’argument ` a Goresky et MacPherson). En particulier, si R n’est pas tri- vial, son support doit ˆetre de codimension inf´erieure `a n. Mais ceci est impossible d’apr`es le th´eor`eme. Cette remarque, dans le cas W = C

X

et avec une condition plus forte sur O

X

(1), est exactement la remarque 5.12 de [BFNP09].

5.2 Calculs de cohomologie d’intersection

Dans ce paragraphe, on munit la cohomologie d’intersection IH

k

( P

m

, V ) d’une fil- tration et on calcule ses gradu´es en fonction de diff´erentes structures de Hodge sur la cohomologie de X . Le r´esultat principal est la preuve du th´eor`eme 5.8. On commence par d´emontrer plusieurs r´esultats interm´ediaires.

Le lemme ´el´ementaire suivant permettra de munir la cohomologie d’intersection de V de filtrations et de calculer les gradu´es.

Lemme 5.4. — Soit E et H deux espaces vectoriels de dimension finie, et F

E, F

H des filtrations d´ecroissantes ind´ex´ees par N , bir´eguli`eres

1

. Soit r : E → H un morphisme compatible aux filtrations. On note r

i

: F

i

E → F

i

H et q

i

: Gr

i

E → Gr

i

H les morphismes induits.

1. c’est-` a-dire v´ erifiant S

i

F

i

E = E et T

i

F

i

E = {0}, S

i

F

i

H = H et T

i

F

i

H = {0}

(16)

Supposons que r soit injectif, et qu’il existe i

0

tel que q

i

soit bijectif si i > i

0

, injectif si i = i

0

, et surjectif si i < i

0

. Alors Coker q

i0

porte une filtration dont les gradu´es sont Coker r et Ker q

i

, pour 0 ≤ j ≤ i

0

− 1.

Remarque 5.5. — Le mˆeme ´enonc´e est vrai dans la cat´egorie des structures de Hodge.

D´ emonstration. du lemme 5.4 — On consid`ere le morphisme de suites exactes courtes :

0 // F

i+1

H // F

i

H // Gr

i

H // 0

0 // F

i+1

E //

ri+1

OO

F

i

E //

ri

OO

Gr

i

E //

qi

OO

0

Les fl`eches r

i

sont toutes injectives, donc le lemme du serpent donne une suite exacte : 0 → Ker q

i

→ Coker r

i+1

→ Coker r

i

→ Coker q

i

→ 0.

Si i > i

0

, q

i

est par hypoth`ese un isomorphisme et donc Coker r

i+1

≃ Coker r

i

. Pour i assez grand, on a Coker r

i

= 0 donc par r´ecurrence descendante, on obtient :

∀i > i

0

, Coker r

i

= 0.

Si i = i

0

, on obtient

Coker r

i0

≃ Coker q

i0

. Si i < i

0

, q

i

est surjectif et on a la suite exacte courte :

0 → Ker q

i

→ Coker r

i+1

→ Coker r

i

→ 0.

On d´efinit alors une filtration de K := Coker r

i0

par F

−1

K := K et : F

j

K := Ker(Coker r

i0

−→

Id

Coker r

i0

→ Coker r

i0−1

→ ... → Coker r

j

), 0 ≤ j ≤ i

0

, (en particulier, F

i0

K = {0}). Alors, on a Gr

−1

K ≃ Coker r

0

et, pour 0 ≤ j ≤ i

0

− 1,

Gr

j

K = Ker(Coker r

i0

→ ... → Coker r

j

) Ker(Coker r

i0

→ ... → Coker r

j+1

)

≃ Ker(Coker r

j+1

→ Coker r

j

)

≃ Ker q

j

.

Lemme 5.6. — L’image directe d´eriv´ee Ra

m∗

a

m∗

W est d´ecomposable, et on a, dans la cat´egorie d´eriv´ee D

cb

(X ), la d´ecomposition

Ra

m∗

a

m∗

W ≃

 M

0≤i≤2m−2

H

i

( P

m

, C ) ⊗ W [−i]

 ⊕ H

2m

( P

m

, C ) ⊗ W

|B

[−2m].

D´ emonstration. — La fibre du morphisme a

m

au-dessus de x ∈ X est : – l’espace projectif P

m

si x ∈ B ;

– un hyperplan projectif de P

m

sinon.

Consid´erons la restriction de a

m

: X

Pm

→ X au-dessus de X \ B. C’est un sous-fibr´e

projectif du fibr´e trivial X × P

m

. En particulier, a

m

: a

m−1

(X \ B) → X \ B est projectif

lisse. D’apr`es le crit`ere de d´eg´en´erescence de Deligne ([Del68]), on a une d´ecomposition

(17)

Ra

m∗

a

m∗

W ≃

2m−2

M

i=0

(R

i

a

m∗

a

m∗

W )[−i]

Dans D

b

(X \ B). Calculons ces images directes sup´erieures. Pour 0 ≤ i ≤ 2m − 2 et x ∈ X \ B, l’inclusion a

m−1

(x) ֒ → P

m

induit des isomorphismes en cohomologie :

H

i

(a

m−1

(x), a

m∗

W ) ←

− H

i

( P

m

, C ) ⊗ W

x

.

Finalement, on a, sur X \ B, l’isomorphisme R

i

a

m∗

a

m∗

W ≃ H

i

( P

m

, C ) ⊗ W pour 0 ≤ i ≤ 2m − 2. Si B est vide (c’est-` a-dire si m > n), ceci termine la d´emonstration.

Sinon, le th´eor`eme de d´ecomposition pour a

m

: X

Pm

→ X dit que l’image directe d´eri- v´ee se d´ecompose en somme directe de faisceaux pervers sur X d´ecal´es convenablement.

La restriction ` a X \ B de cette d´ecomposition est exactement celle obtenue par le crit`ere de d´eg´en´erescence Deligne, ´ecrite ci-dessus. On en d´eduit que les complexes H

i

( P

m

, C ) ⊗ W pour 0 ≤ i ≤ 2m − 2, sont facteurs directs de Ra

m∗

a

m∗

W , et que les autres termes apparaissant dans la d´ecomposition de Beilinson-Bernstein-Deligne pour a

m∗

a

m∗

W sont support´es dans B.

Consid´erons donc maintenant la restriction de a

m

: X

Pm

→ X au-dessus de B. C’est le fibr´e trivial B × P

m

. On en d´eduit la d´ecomposition

Ra

m∗

a

m∗

W = M

2m

i=0

(R

i

a

m∗

a

m∗

W )[−i] = M

0≤i≤2m

H

i

( P

m

, C ) ⊗ W

|B

[−i].

Finalement, l’image directe d´eriv´ee Ra

m∗

W sur X admet la d´ecomposition suivante :

Ra

m∗

a

m∗

W ≃

 M

0≤i≤2m−2,ipair

H

i

( P

m

, C ) ⊗ W [−i]

 ⊕ H

2m

( P

m

, C ) ⊗ W

|B

[−2m].

Corollaire 5.7. — Soit l un entier positif strictement inf´erieur ` a m. Alors, le morphisme de restriction

H

n+l

( P

m

× X, pr

2

W ) → H

n+l

( X

Pm

, a

m∗

W ) est un isomorphisme, et le morphisme

H

n+m

( P

m

× X, pr

2

W ) → H

n+m

( X

Pm

, a

m∗

W )

est injectif de conoyau isomorphe ` a H

n−m

(B, W )

ev

:= Coker(H

n−m

(X, W ) → H

n−m

(B, W )) si m ≤ n, bijectif sinon.

D´ emonstration. — On consid`ere la d´ecomposition du lemme 5.6, ainsi que la d´e- composition pour la projection pr

2

: P

m

× X → X, qui est un fibr´e projectif :

Rpr

2∗

pr

2

W ≃

 M

0≤i≤2m

H

i

( P

m

, C ) ⊗ W [−i]

 .

Le morphisme de restriction en cohomologie est compatible avec ces deux d´ecompositions.

Si m > n, le lieu de base est vide, et donc pour tout l ≤ m, le morphisme de restriction H

n+l

( P

m

× X, pr

2

W ) → H

n+l

( X

Pm

, a

m∗

W )

est un isomorphisme.

(18)

Si m ≤ n, le lieu de base est non vide et pour tout l on a

Ker(H

n+l

( P

m

× X, pr

2

W ) → H

n+l

( X

Pm

, a

m∗

W ))

= Ker(H

n+l−2m

(X, W ) → H

n+l−2m

(B, W )), et

Coker(H

n+l

( P

m

× X, pr

2

W ) → H

n+l

( X

Pm

, a

m∗

W ))

= Coker(H

n+l−2m

(X, W ) → H

n+l−2m

(B, W )).

Par le th´eor`eme de Lefschetz faible pour l’inclusion de B dans X , on en d´eduit que H

n+l

( P

m

×X, pr

2

W ) → H

n+l

( X

Pm

, a

m∗

W ) est un isomorphisme pour l < m et est injectif pour l = m.

Th´ eor` eme 5.8. — Soit (X, O

X

(1), W ) comme en 1.1. Soit m un entier compris entre 2 et 6. Supposons que O

X

(1) soit m-jet ample. Soit P

m

un sous-espace projectif g´en´erique de P

, B ⊂ X son lieu de base et X ←−−

am

X

Pm πm

−−→ P

m

la famille correspondante de sections hyperplanes. La restriction de V ` a U ∩ P

m

est toujours not´ee V .

Soit l un entier. Si l < m, ou si l = m et m > n, la structure de Hodge sur IH

l

( P

m

, V ) porte une filtration dont les gradu´es successifs sont isomorphes ` a

H

i

( P

m

) ⊗ H

n+i−l+2

(X, W )

prim

(i − l + 1),

pour i variant entre 0 et l − 1. Si l = m et que m ≤ n, la filtration a un cran de plus et le gradu´e suppl´ementaire est isomorphe ` a H

n−m

(B, W )

ev

(−m).

D´ emonstration. — On cherche ` a appliquer le lemme 5.4. Notons pr

2

: P

m

× X → X la deuxi`eme projection et a

m

: X

Pm

→ X sa restriction ` a X

Pm

.

Les morphismes π : X

Pm

→ P

m

et pr

1

: P

m

× X → P

m

donnent des suites spectrales de Leray perverses

p

E

2p,q

(π) ⇒ H

p+q

( X

Pm

, a

m∗

W ),

p

E

2p,q

(pr

1

) ⇒ H

p+q

( P

m

× X, pr

2

W ), qui d´eg´en`erent en E

2

.

Le morphisme pr

1

: P

m

× X → P

m

est projectif lisse, donc la suite spectrale de Leray perverse co¨ıncide avec la suite spectrale de Leray classique et on a :

p

E

2p,q

(pr

1

) ≃ E

2p,q

(pr

1

) = H

p

( P

m

, C ) ⊗ H

q

(X, W ).

D’autre part, la d´ecomposition du th´eor`eme 5.1 peut ˆetre restreinte de P

`a P

m

, et on a :

p

E

2p,q

(π) ≃ H

p−N

( P

m

, (E

q−n

)

|Pm

).

Utilisons maintenant la fonctorialit´e de la suite spectrale de Leray perverse. On note E = H

n+l

( P

m

× X, pr

2

W ), H = H

n+l

( X

Pm

, a

m

W ), r : E → H le morphisme de restric- tion, F

E et F

H les filtrations de Leray perverses sur E et H. Ce sont des filtrations d´ecroissantes index´ees par l’indice i, avec 0 ≤ i ≤ n + l. La suite de Leray perverse est fonctorielle en structures de Hodge, ce qui implique que r est compatible aux filtrations de Leray perverses sur E et sur H. Ceci se traduit par des diagrammes commutatifs `a lignes exactes :

0 // F

i+1

H // F

i

H // Gr

i

H // 0

0 // F

i+1

E //

ri+1

OO

F

i

E //

ri

OO

Gr

i

E //

qi

OO

0

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