CONCLUSION GENERALE
En abordant cette étude sur la céramique ancienne et actuelle de la République du Congo, notre objectif était de contribuer à une meilleure connaissance de l'histoire des populations de cette région, qui constitue le foyer de l'une des plus importantes formations politiques de l'Afrique centrale.
Notre démarche, ethnoarchéologique est basée sur l'observation de chaînes opératoires des céramiques Kongos, mais également sur des prospections et recherches archéologiques sur une grande partie du territoire national.
On a mis en évidence les divergences et convergences techniques et stylistiques au sein de la céramique Kongo. On observe, par exemple, une grande homogénéité en ce qui concerne les techniques de façonnage au colombin et l'usage du Bridelia Ferruginea et une grande diversité en ce qui concerne les formes et les décors. Il est apparu que les deux principaux ensembles de céramiques auraient pour origine commune le royaume Kongo.
Dans cette conclusion, notre réflexion portera sur deux aspects : 1- Facteurs d'identification et de sédentarisation.
2- Facteurs d'unité culturelle des populations Kongo-Congolaises.
Notre réflexion sur les facteurs d'identification et de sédentarisation des
Kongo-Congolais se base sur les prospections, les sondages et les fouilles
archéologiques, ainsi que sur la collecte et l'observation des données
ethnoarchéologiques. Ces dernières proviennent, on l’a vu, de recherches précédentes et de recherches que nous avions faites nous mêmes sur les ¾ du territoire national, Mpika (1996).
Quant à notre réflexion sur les facteurs d'unité culturelle des populations Kongo-Congolaises elle se focalise sur les identités culturelles communes qui se distinguent d'un centre de façonnage des poteries à un autre.
1) Des facteurs d'identification et de sédentarisation des Kongo- Congolais:
Plusieurs chercheurs, qui se basent sur des données archéologiques, ethno-archéologiques, anthropologiques et historiques, émettent l'hypothèse selon laquelle : "Le centre des hauts plateaux du Nord-Ouest du Cameroun appelé Grass Fields, semble être le point de départ des migrations bantoues".
Nous pensons qu’il n'est pas impossible qu'au premier millénaire avant
notre ère, les populations Bantoues, Kongo y compris, aient maîtrisés les
techniques de façonnage des poteries traditionnelles. Il est vraisemblable
qu'avant leurs migrations de l'ancien royaume de Kongo, migrations dues aux
calamités naturelles et aux batailles d'Ambwila entre Kongo et Yaga qui
éclatent au 18 e siècle, les Kongo (Manyanga, Sundi, Dondo, Kamba, etc.)
aient maîtrisés les procédés des techniques d'ébauchage et de préformage des
poteries traditionnelles que nous venons d'observer dans les chaînes
opératoires.
En effet, c'est au cours des migrations bantoues sans nulle doute qui s'échelonnent vers l'Est entre -1000 et 400 avant notre ère et vers le sud entre 1000 et 200 avant notre ère selon Philipson W. (1980), que les proto-bantous, y compris ceux du Congo des deux rives, aient peuplés les anciennes régions de l'Afrique Centrale.
Ainsi les Bantu congolais multiethniques auraient peuplé à des périodes très lointaines les 342.000 km².
Ces mouvements migratoires déjà richement et récemment étudiés par les ethnographes, les anthropologues, les linguistes et les historiens : Vansina 1976, Goïe-Ngalla (1978), Ndinga-Mbo (1984) pour ne citer que ceux là, restent encore problématiques.
Des infimes recherches archéologiques faites en Afrique Centrale et au Congo révèlent la présence de plusieurs sites anthropiques riches en tessons de céramiques anciennes et des poteries traditionnelles qui se recoupent par les formes et les décors. Les recherches sur les technologies des céramiques anciennes sont inépuisées.
Toutes les recherches déjà publiées nous permettent de développer les
facteurs de sédentarisation. Parmi les travaux déjà réalisés, ceux de Coart et
Haulleville (1907 : pp.1-194), montrent l'histoire d'une céramique qui se
développe avant le 19 ème siècle au Congo Démocratique.
Déjà en 1980, Philipson parle de l'apparition d'un type de poteries en Afrique Orientale et méridionale datées entre 300 avant J.C. et 600 après J.C.
Deux importantes séries de découvertes des récipients en Argile cuite furent localisées : l'une par Nenquin en 1959 Tsikapa entre la frontière de l'Angola et de la province congolaise du Kassaï, et l'autre à Mbanza Ngungu au Bas Congo par Mortelmans en 1962.
Dans les mêmes zones, de Maret découvre en 1975 des haches en pierre polie associées à de la poterie.
Buisson signale en 1930 le montage de la poterie au Colombin par les Bamilékés du Cameroun.
Récemment certains travaux de recherche en ethnoarchéologie ont été faites par Gosselain en 1995, par Livingstone Smith en 2001 et les fouilles archéologiques faites par Mbida en 1995. Tous ces travaux traduisent et signalent une richesse immense des céramiques sub actuelles dont les analyses des techniques s'apparentent à celles des poteries montées par les potières Kongo.
En effet, au Congo Brazzaville, nos recherches sporadiques en archéologie nous ont permis jusqu'à ce jour d'identifier plusieurs sites archéologiques d'habitats ruraux. Les sondages de ces sites révèlent incontestablement la présence d'une céramique ancienne.
Déjà des principaux sites riches en céramiques anciennes ont été
repérés ici et là dans tout le Congo, parmi les sites qui traduisent la présence
d'un peuple sédentaire, nous relevons :
au Bas-Kouilou particulièrement à Tchissanga en allant vers le Gabon un site riche en céramique datée 4 e S. av. J.C. découvert par Denbow en 1990;
dans les régions de la Sangha 1 et de la Ngoko, Eggert et de Maret y ont localisé des sites riches en céramiques. Dans la même région en allant au Cameroun sur l'axe du fleuve Ngoko et en passant par Tala-Tala, Mokoundou-Yokadouma jusqu'à Yaoude, nous avons localisé à Tala- Tala, à Zengouaga puis à Bolozo au bord de la Sangha, des sites riches en céramique.
le long de la Likouala aux herbes, et de l'Oubangui, nous avons aussi identifié en 1995, une céramique ancienne sur les sites de Djemba Rivière et de Mabongo;
le long du fleuve Congo au Nord de Brazzaville particulièrement à Makotipoko, la céramique Moye a été identifiée par l'anthropologue Delobeau, le Professeur Ndinga-Mbo puis par Pinçon;
dans les zones de la rivière Lifoula, plusieurs tessons de céramique ancienne d'allure Téké ont été identifiés (Pinçon 1984 ; Mpika 1986).
Autour de Brazzaville, des sites archéologiques ont été localisés. Les fouilles systématiques de l'Orstom ont permis de découvrir des céramiques anciennes à un niveau situé au-dessus de l'alios. Ils ont été découverts en 1982 par Lanfranchi et une équipe d'étudiants archéologues dont Charles Louzolo et moi.
L'ouverture de la route de la corniche de Brazzaville nous a permis de localiser des fosses dépotoirs. Les objets archéologiques qui proviennent de
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