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CONCLUSION GENERALE

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Academic year: 2021

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Texte intégral

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«La seule décision possible, c’est la décision impossible. C’est quand il n’est pas possible de savoir ce qu’il faut faire, quand le savoir n’est pas déterminant et n’a pas à l’être, qu’une décision est possible comme telle. Autrement la décision est une application…»

(J. Derrida)

CONCLUSION GENERALE

Le destin d’une œuvre est fonction des ouvertures de lecture et de reprise qu’elle suscite. C’est dans cette perspective que nous avons conçu les chemins de notre dissertation, qui nous ont conduit au seuil de cette conclusion L’œuvre de J. Derrida contraint notre époque à une dette de pensée incommensurable dont les enjeux débordent, quelques fois, les frontières des disciplines scientifiques et philosophiques auxquelles se rattacherait naturellement son auteur. Du coup, toute tentative de son exploration reste condamnée à la modestie. Cette dissertation doctorale n’a pas échappé à cette règle. Aussi a-t-elle limité son ambition à circonscrire quelques enjeux essentiels de la thématique de la différance et de tout ce qui, à travers l’abondante production philosophique de Derrida, pourrait être interprété à sa lumière. La mise en œuvre d’une telle démarche répond non seulement à l’idée qu’elle pouvait être suffisamment féconde pour éclairer les enjeux que nous nous sommes occupé à ressortir, mais aussi au fait qu’elle n’a pas de réel précédent dans les études sur Derrida. Il règne, nous a-t-il semblé, une quasi-absence de thématisation et de problématisation de la différance à travers les études qui lui sont consacrées, dominées essentiellement par le thème de la déconstruction. Cette position d’avant-plan de la ‘’déconstructrion’’ aura contribué à l’occultation de la ‘’différance’’ que nous avons prise pour ‘’le principe des principes’’ de l’œuvre de notre auteur.

En prenant la différance comme pôle d’orientation générale de notre recherche, nous espérons avoir montré que cette thématique n’est pas, comme d’aucuns sont enclins à le penser, une phase épisodique dans la pensée de Derrida. Elle constitue l’axe central et, d’une certaine manière, centralisateur de sa pensée. Aussi, avons-nous supplanté l’autorité de la différance ou, plus précisément, de la logique de la différance comme pilier sur lequel repose tout l’édifice de sa pensée à la déconstruction qui définit, jusqu’ici, aux yeux de plusieurs chercheurs, la spécificité du travail de Derrida. Il y a, dans le mouvement de la

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différance, une force de créativité, une espèce de ce que Derrida lui-même n’hésitait pas à qualifier de ‘’créativité générative’’1 qui féconderait l’ensemble connu de son œuvre.

La méthode thématique qui nous a permis de focaliser l’attention sur des champs bien déterminés supposait, cependant, un regard d’ensemble du corpus à analyser. Par le repérage thématique, en vue de la construction de la logique de la différance et de la mise en rapport de celle-ci, principalement avec la révolution linguistique, nous avons quelque peu déformé, mieux, transformé la logique interne de la pensée de Derrida. Cette déformation transformatrice reste, pourtant, cohérente en fonction de la thématique considérée en vue d’organiser, en une forme d’unité fragmentée, la pensée de notre auteur.

L’exploration des enjeux de la différance s’est élaborée, ici, selon une triple méthode. Il s‘est agi de l’approche thématique, analytique et constructive. Cette méthode consistait à repérer, à travers l’œuvre de Derrida, quelques thématiques prégnantes, à les soumettre à l’analyse afin d’ébaucher une construction de la logique de la différance, prise comme pilier qui sous-tend l’ensemble de l’édifice de sa pensée.

La visée de ce travail est modeste et claire. Elle a l’ambition de dégager les enjeux de la différance qui conduiraient vers une praxis de la responsabilité. Cette visée nous a contraint à un travail embarrassant. La première difficulté à résoudre était celle du commencement. Par où fallait-il commencer ? En d’autres termes, comment résoudre l’aporie de rédiger une thèse sur une pensée dont la visée première est de déconstruire l’idée de thèse ou, plus précisément, l’idée du livre comme corpus dont on pourrait revendiquer la paternité ? Mieux encore, comment rédiger une thèse sur une œuvre dont les interprètes aussi autorisés que S. Kofman et S. Petrosino s’accordent à souligner l’impossibilité de la réduire à quelque forme de thèses ou de thèmes réunificateurs et/ou rassemblants que ce soit ? Il nous a donc fallu décider sur fond d’indécidable. Il nous fallait, plus explicitement, procéder par un certain arbitraire, sans jugement axiologique, mais avec un fil conducteur précis : la différance.

A partir de ce fil conducteur général, nous étions amené à explorer analytiquement, en premier lieu, quelques thèmes de la pensée du philosophe pour retracer la voie qui mènerait de la déconstruction du logocentrisme à la ‘’logique’’ de la différance (première partie), avant de confronter, en second lieu, cette dernière à la révolution linguistique et pragmatique (deuxième partie).

11 JJ.. DDEERRRRIIDDAA,, ‘’’LLaa DDiiffférraannccee’’’’,, ddaannss BBuulllleettiinn ddee llaa SSoocciété ffrraançaaiissee dede PPhhiilloossoopphhiiee,, PPaarriiss,, LLiibbrraaiirriiee AArrmmaanndd C

Coolliinn,, 11996688,, pp..110044..

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Deux préoccupations principales ont constitué la charpente de la première partie.

D’une part, le repérage d’une thématique permettant de montrer que J.-J. Rousseau, F. de Saussure et E. Husserl, malgré la diversité de leurs démarches respectives, partagent une commune appartenance à la métaphysique de la présence, sur fond du privilège haptique de la voix. D’autre part, l’élaboration de l’argument selon lequel, même si ces trois penseurs peuvent être considérés comme des instigateurs de la logique de la différance, le fait qu’ils ne tirent pas les ultimes conséquences de leurs travaux les retient dans l’orbite de la métaphysique de la présence de sorte qu’ils fonctionnent ainsi en-deçà de la logique de la différance. De façons diversifiées, on remarque dans chacun des leurs gestes une excellence réservée à l’écriture au sens étroit, alphabétique et linéaire et une massive secondarisation de l’écriture au profit de la parole comme logos, expression vivante de la présence non médiatisée du sens. A la thèse derridienne selon laquelle cette secondarisation se fait au nom d’une conception vulgaire et étroite de l’écriture, notre dissertation ajoute une précision de taille. Pour nous, en effet, le règne du privilège haptique de la voix et la secondarisation consécutive de l’écriture doivent leur établissement à un oubli fondamental, celui de la logique de la différance. Cet oubli ou, si l’on préfère, cette inattention à la loi de la différance, qui commande la déconstruction de toute opposition dualiste, de tout réductionnisme et de toute dichotomie formant la trame de la métaphysique identitaire de la présence, a conduit la plupart des penseurs, parmi lesquels ceux susmentionnés, en deçà des résultats à escompter de leurs propres recherches.

Le premier chapitre l’a éprouvé en rapport avec la linguistique de Rousseau et le paradoxe saussurien de l’arbitraire du signe linguistique. Il s’est agi de montrer, d’une part, que l’auteur du Contrat social occulterait, entre autres, les ressources déconstructrices du concept de supplément, permettant à Derrida de gagner en profondeur au point de s’imposer comme une logique non exclusive et non oppositionnelle de la supplémentarité.

Dans cette dernière qui n’est, d’une certaine manière, qu’une explicitation de la logique de la différance sur un plan restreint, ‘’le supplément ne se substitue à rien’’. D’autre part, ce même chapitre a montré que le projet saussurien de la constitution d’une linguistique générale ne peut réaliser son ambition aussi longtemps que le motif de l’arbitraire du signe linguistique n’est pas poussé jusqu’à ses ultimes conséquences, pour comprendre le champ du langage en général, écrit ou parlé, et ainsi renoncer à toute forme de secondarisation propre à la métaphysique de la présence, sous la forme de la logique identitaire de ‘’tout ou rien’’.

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Au deuxième chapitre, nous avons tenté une mise en rapport entre Derrida et Husserl. Etant donné le caractère assez académique de sa dissertation de 1953, publiée aux Puf. en 1990, sous le titre Problèmes de la genèse dans la philosophie de Husserl, outre le fait qu’elle ne nous semblait pas suffisamment rendre compte des enjeux de la différance – quand bien même l’articulation de la genèse et de la structure comporte aussi un motif de cette dernière – , nous n’avons pas ici privilégié son analyse. Nous nous sommes plutôt laissé orienter principalement par l’étude de La voix et le phénomène. Schématiquement résumée, cette étude nous a conduit, au travers de l’analyse de la double composante du signe – indice et expression –, dont nous avons montré, du reste, la faible théorisation par Husserl, à l’ébauche d’une théorie de la signification. A ce propos, il nous a semblé que certaines distinctions oppositionnelles opérées par le père de la phénoménologie devenaient impraticables sous l’aura de la différance. Le rapport de la réalité à la représentation nous a livré un exemple privilégié de ces distinctions impraticables. En fait, la thèse derridienne selon laquelle le langage en général est toujours déjà transi de représentation ou, ce qui revient au même, l’argument selon lequel la représentation est constitutive de l’essence du langage, n’autorise plus de considérer – à l’instar des théoriciens du performatif – la représentation comme appartenant au domaine du parasitisme par rapport à la réalité.

Le chapitre trois s’était donné pour objectif la ‘’construction’’ de la logique de la différance. Cette construction a révélé, en fait, que rebelle aux canons de la logique classique, la logique de la différance répondait plutôt à un autre registre du savoir, celui de la fragmentation et de la dissémination. Ce principe de la fragmentation et de la dissémination sans termes, récusant tout renvoi à quelque signifié transcendantal que ce soit, repose sur une loi de l’enchevêtrement des couples conceptuels traditionnellement opposés. Formulée sous forme d’une loi de l’enchevêtrement sans fin, la logique de la différance s’est imposée comme ce en quoi la pensée de Derrida trouve une sorte d’unification. La logique de la différance réaliserait ainsi l’unité en différance et fragmentée de la pensée de notre auteur.

L’économie générale de ce chapitre s’est distribuée en trois sections. La première a tracé le parcours de la différence (avec un e) à la différance (avec un a). L’accent a été placé sur le fait que la pratique derridienne de la différence sous le néologisme

‘’différance’’ ‘’désontologise’’, si nous osons dire, cette pratique. C’est pour cette raison que nous y avions repéré une certaine connexité avec l’hénologie en tant que pratique de

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l’Un sans et/ou au-delà de l’être2. La deuxième section a marqué l’impact de la médiation heideggerienne dans le travail de la différance. Plus que d’une expérience d’héritage, elle s’est efforcée de rendre compte de la démarcation de Derrida envers l’auteur de Etre et temps. Nous avons reconnu qu’après avoir porté la question heideggerienne de l’être et du temps jusqu’à son implosion, c’est-à-dire jusqu’aux limites de sa prétention à dé(cons)truire la métaphysique traditionnelle, Derrida transgresse le geste de Heidegger par la thématique de la trace. A la trace de la différence oubliée, dont ce dernier voulait raviver la mémoire, notre auteur substitue la différance de la trace ou, plus précisément, une pensée de la trace sans trace, c’est-à-dire d’une trace non-présente ou, selon sa propre expression, de la restance de la trace. L’on est ainsi arrivé à poser la différance comme une logique du ‘’rien’’. Une telle logique promeut, on l’a vu dans la dernière section de ce chapitre, une ouverture (à) de l’altérité en général. Elle est, risquerons-nous, l’altérité comme altérabilité même puisqu’elle s’inscrit, face à la logique traditionnelle, comme son

’’autre’’.

La seconde partie de cette thèse a ébauché une transgression du Linguistic-turn par la logique de la différance. Cette investigation était sous-tendue par l’hypothèse selon laquelle le Linguistic-turn, qui se définissait comme un mouvement anti-métaphysique, regorgerait, lui-même, des présuppositions métaphysiques dans sa constitution. De sorte que la ‘’position’’ de la logique de la différance comme axe transversal de la pensée de Derrida, permettait, par de-là la lecture déconstructrice de la pensée de Austin et le dialogue avec Searle, d’entrevoir une transgression du tournant linguistique et pragmatique. Partant de la constatation de l’ambition de la révolution linguistique à dépasser la métaphysique traditionnelle, en substituant l’analyse et l’élucidation de l’usage du langage à des ‘’vielles’’ préoccupations ontologiques, nous avons montré que, pour bien des motifs, cette ambition tourne à l’échec. En fait, non seulement Derrida indique, à partir de son dialogue avec les théoriciens classiques du performatif (Austin et Searle), que la logique oppositionnelle et identitaire de ‘’tout ou rien’’ héritée de la métaphysique traditionnelle règne en maître à travers ce tournant, mais aussi qu’aussi bien la théorie du performatif que la révolution linguistico-pragmatique, dans son ensemble, resteraient en dehors du mouvement ou, plus précisément, de la logique de la différance. Autrement dit, celle-ci comporterait des marques de dépassement du Linguistic-turn, en ses thèses essentielles.

22 CCff.. LL.. COCOUULLOOUUBBAARRIITTSSIISS,, ‘’’SSoouurrcceess etet enenjjeeuuxx pphhiilloossoopphhiiqquueess ddee lala prpraattiiqquuee ddee didiffférreennccee’’’’,, dadannss P

Phhiilloossoopphheerr eenn ffrraançaaiiss,, ((SSoouuss llaa ddiirreeccttiioonn ddee JJeeaann--FFrraançooiiss MMaatttéii)),, PPaarriiss,, PPuuff,, 22000011,, pp..226611--227799..

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Ces marques, dont les unes traceraient plus spécifiquement la voie vers une praxis de la responsabilité, sont identifiables à travers plusieurs thématiques de la pensée de notre auteur. De façon non limitative, cette thèse les a repérées dans le schème du jeu, le

‘’concept’’ d’écriture, les structures de la trace et de l’itérabilité, l’ouverture sans fin du contexte, la conceptualisation du statut des exclusions (opérées dans la théorie des actes du langage), dans quelques pratiques (langagières) qui seraient ‘’impraticables’’ selon la rationalité qui gouverne la révolution linguistique et pragmatique, etc.

Il s’est agi donc, dans la deuxième partie de notre travail de délimiter la révolution linguistique et pragmatique sur trois fronts. Cet effort a consisté, d’abord (Chapitre I), à monter que, malgré que Derrida ne soit pas généralement considéré comme un penseur du jeu, sa déconstruction de la métaphysique traditionnelle implique une articulation manifeste et décisive de ce schème. Cette articulation n’a rien en commun, même si elle s’en inspire de quelque façon, avec les pratiques du jeu qu’offre l’histoire de la philosophie, aussi bien chez Nietzsche et Heidegger que chez Wittgenstein. Lié à l’écriture, dont il transforme, radicalise et généralise le champ, le schème de jeu serait chez notre auteur aux commandes de ce que nous appellerions la révolution grammatologique. Il s’ordonne à une espèce d’‘’aventure séminale de la trace’’ et joue à une sorte de stratégie déjouant tout archè, tout fondement et toute téléologie conçus sous le signe de la présence pleine et hors jeu. Cette difficile problématique de jeu, que nous n’avons fait qu’ébaucher au chapitre introductif de la deuxième partie, rivalise d’envergure avec celle de la différance, qui a constitué le noyau dur de notre étude. Elle mériterait de faire l’objet d’une recherche beaucoup plus détaillée et documentée.

A la lumière de la radicalisation derridienne de l’écriture comme jeu de la trace dans l’optique grammatologique, le deuxième chapitre, s’est donné pour but de marquer les marques du dépassement du Linguistic-turn. Il s’était focalisé sur l’idée selon laquelle, par le déploiement de ses propres thèses, ce tournant porte en lui-même les mobiles de son dépassement. Ces ‘’limites internes’’ font de cette révolution un tournant philosophique manqué. En fait, même si Austin inaugure une pragmatique langagière spécifique qui rompt avec la pratique traditionnelle de la communication, en insistant sur la valeur de la force actionnelle et transformatrice des situations et si Wittgenstein rompt, pour sa part, avec le paradigme référentiel de la signification au moyen de la position des jeux du langage qui ne livrent leur intelligibilité que dans un contexte d’emploi surveillé par les règles d’usage, nous avons élucidé le fait que Derrida réussit un décloisonnement remaquable du langage. Non seulement il pose, contre la conception austino-searlienne du

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contexte total exhaustivement déterminable, la loi de l’itérabilité et l’ouverture infinie du contexte (interprétatif), mais aussi le langage en général ne se laisse plus soumettre, dans le champ de la logique de la différance, à la catégorie normative, de même qu’il ne se subordonne plus aux visées épistémiques. C’est, au demeurant, à cause de l’autorité de la catégorie normative et de ses visées épistémiques, héritées d’ailleurs de la métaphysique traditionnelle, que les partisans du Linguistic-turn se permettent de reléguer dans l’empire obscur du parasitisme tout acte de langage qui désobéit aux canons qu’ils se sont fixés pour juger du sérieux ou de la pertinence de leur objet.

Les mises entre parenthèses et les réductions (epochai) prétendument méthodologiques, sur lesquelles insiste Searle à la suite de Austin, se sont révélées impraticables, à la lumière de la logique de la différance et de la loi de l’itérabilité comme altérabilité – c’est-à-dire comme appel et ouverture (à) de l’altérité en général. Aussi le Linguistic-turn nous est-il apparu incapable de réaliser cela même qu’il s’était donné pour but, à savoir les actes de langage qui rendent compte de la portée performative ou, plutôt, pragmatique du langage : le don, le pardon, l’hospitalité, la promesse, la prière, la décision.

Et ce pour la simple raison que la réalisation de ces actes de langage est toujours subordonnée, chez Austin et Searle notamment, au respect des règles, à l’autorité de la catégorie normative. En un mot, incapable de rendre compte d’une véritable pratique de l’événement sous les formes précitées, la révolution linguistico-pragmatique sombrerait dans le calcul et le programme. Il lui sera impossible, donc, dans ces conditions, de s’ouvrir véritablement la voie d’une praxis de la responsabilité qui présuppose une absolue singularité et une rupture radicale avec le possible, le programmable, le calculable.

Nous avons là pointé du doigt la voie qui mènerait l’élaboration d’une logique de la différance vers un champ des questions pratiques, marquant ainsi une ouverture décisive dans la pensée de Derrida. L’on pourrait toujours se demander si cette perspective praxique n’est pas déjà en œuvre dans la révolution pragmatique, notamment chez Karl Otto Appel, à travers son Ethique de la discussion3. Mais, comme la catégorie normative et la rationalité épistémique y conservent toute leur autorité, l’optique de la logique de la différance s’en démarquerait nettement. Avant de nous orienter vers les perspectives pratiques ou, si nous osons dire, praxiques, auxquelles conduit cette élaboration de la logique de la différance, relevons en grandes lignes quelques-uns de ses résultats.

33 KK..--OO.. AAPPEELL,, EEtthhiiqquuee ddee llaa ddiissccuussssiioonn,, ((TTrraadduuccttiioonn ddee ll’’aalllleemmaanndd ppaarr MMaarrkk HHuunnyyaaddii)),, PPaarriiss,, EEddiittiioonn dduu CCeerrff,, 1

1999944..

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En opérant le déplacement de regards de la thématique de ‘’déconstruction’’, qui définit, selon l’avis général des derridiens, la penseé de notre auteur vers celle de la différance et, en faisant de celle-ci, pour utiliser cette terminologie kantienne, la condition de possibilité de celle-là, nous pensons avoir opéré une transformation fondamentale dans l’approche philosophique de sa pensée. En fait, à la thèse de l’éclatement sans reste rendant impossible toute éventualité d’une lecture thématique ordonnée (S. Kofman et S.

Petrosino), nous confrontons la possibilité d’une lecture de l’œuvre de Derrida sous un angle continu, celui de la différance comme grille interprétative réunifiante, quoique toujours sous le mode de la fragmentation de l’ensemble de son œuvre.

En plaçant la différance aux commandes de la déconstruction et non l’inverse, l’on parvient ainsi à un renversement de la tendance générale. Ce renversement produit au moins un double effet. D’une part, il remet en honneur une thématique philosophique fort peu questionnée depuis son lancement et, d’autre part, il éclaire comment ladite thématique peut être mise à contribution pour générer beaucoup de problématiques philosophiques fécondes qui questionnent, chacune de leur côté, le rapport à l’altérité aussi bien au sens de l’autre (en général) qu’au sens du fait de devenir autre et de se laisser hanter et/ou solliciter par l’autre et, plus concrètement, de devenir altérable, transformable. En un mot, tous les

‘’sujets’’ – les rapports intersubjectifs, les rapports de l’homme aux choses ou à la nature en général, les rapports des choses entre elles, les rapports entre les disciplines du savoir, les rapports entre les sciences, les rapports interhumains, les rapports interculturels, les rapports entre les peuples, les rapports idéologiques ou politiques, etc. – de la logique de la différance se laissent entraîner dans la dynamique transformatrice de l’autre en général, quel qu’il soit.

De ce point de vue, cette recherche parvient à infirmer la thèse de Silvano Petrosino qui pense opérer « un certain ‘’déplacement’’ du centre de l’œuvre du thème de la différance et de la déconstruction vers celui de la destination »4, en posant ainsi le thème de la destination au centre de l’œuvre de Derrida. Nous pensons avoir montré que la différance, la logique de la différance, qui dicte la loi de l’itérabilité comme alterabilité, structure d’appel et/ou ouverture à l’altérité en général, ‘’oui’ inconditionnel avant toute question, enjoint de tenir compte et/ou de tenir le compte de l’autre en général en respect.

La destination est pour nous comprise et reste à comprendre, toujours déjà, comme un effet de la logique de la différance.

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4 SS..PPEETTRROOSSIINNOO,, JJaaccqquueess DDeerrrriiddaa eett llaa llooii dduu ppoossssiibbllee,, pp..221133--221144..

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Notre élucidation de la différance culmine dans sa formalisation en tant que logique du rien. Il s’agit en fait d’une logique non-logique de la béance ou du fond sans fond, une logique de ‘’il y a’’ qui n’est rien, en tout cas rien qui ressorte du domaine ontologique, comme le ‘’il y a là cendres’’5 qui ne se prête à aucune objectivation empirique. Y a-t-il là un geste nihiliste ? Nous ne le pensons pas, car, c’est précisément, de ce fond sans fond, de cette ‘’texture du rien qu’il y a’’, de cette béance, de ce puits nocturne6 que se dessine un passage sinueux vers une philosophie de l’action. En fait, subvertissant les questions morales, politiques, sociales et juridiques traditionnelles, la logique de la différance qui travaille de façon transversale la pensée de Derrida, ouvre à une praxis nouvelle, que nous résumons sous le concept de la responsabilité.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est donc vers une philosophie pratique que mène cette articulation de la logique de la différance. Elle (s’) ouvre à une nouvelle praxis donc qui nous révèle au grand jour le mariage originairement indissoluble entre la théorie et la pratique, puisque, comme le souligne Derrida à la suite de Heidegger, « le travail de la pensée est un travail de la main, une Handlung, une ‘’action’’, avant toute opposition entre pratique et théorie »7.

Il serait ainsi utile de creuser, entre autres perspectives, celle à travers laquelle la logique de la différance permettrait d’infléchir ou de ‘’réfléchir’’ la démocratie moderne dans son lien au politique et au calcul, selon le nombre. Avec l’éclairage de la différance, on approcherait mieux l’idée déconstructrice et, somme toute, troublante, selon laquelle la démocratie moderne ne peut vivre et survivre que sous le régime de l’aporie et de l’antinomie. Elle enjoint de calculer avec l’incalculable, elle « n’est ce qu’elle est que dans la différance par laquelle elle se diffère et diffère d’elle-même », c’est-à-dire en s’espaçant au-delà de l’être et de toute réappropriation ontologique8. Elle reste de part et d’autre inégale à la justice quand bien même elle est, oserions-nous dire, condamnée à chercher son ‘’lieu’’ sans lieu dans la frontière instable et introuvable entre le droit et la justice.

Sur cette nouvelle voie de la praxis de la responsabilité, la démocratie, s’il en est une, contraint de déterminer l’espacement de la liberté, par nature, pré-subjective, inappropriable, incommensurable et incalculable en le rapportant au droit, au difficile

‘’calcul’’ de l’égalité qui résiste, on le sait, à toute forme de géométrisation. L’on comprend ainsi mieux, comme Derrida le rappelle lui-même, que ‘’liberté et égalité’’

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5 CCff.. JJ.. DDEERRRRIIDDAA,, FFeeuu llaa cceennddrree..

66 IIdd..,, ‘’’LLee ppuuiittss eett llaa ppyyrraammiiddee’’’’,, ddaannss MMaarrggeess ddee llaa pphhiilloossoopphhiiee,, pp..7788--112277,, vvooiirr sspécciiaalleemmeenntt pp..8888ssss..

77 JJ.. DDEERRRRIIDDAA,, ‘’’LLaa mmaacchhiinnee àà ttrraaiitteemmeenntt ddee tteexxttee’’’’,, ddaannss PPaappiieerr MMaacchhiinnee,, pp..115533..

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8 IIdd..,, VVooyyoouu,, PPaarriiss GGaalliiléee,, 22000033,, pp..6633..

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forment un couple ‘’constitutif et diabolique ‘’de la démocratie. L’aporie de la démocratie consiste donc à calculer avec l’incalculable, à réaliser le partage sans partage entre la liberté dont, à la suite de Jean Luc Nancy, Derrida dit qu’elle ne se mesure à rien, puisque précisément elle se mesure au rien9 et l’impératif égalitaire de la mesure, fût-ce sous le mode de la proportionnalité. Que Derrida l’affirme ou pas, sa problématisation de la démocratie constitue une perspective ouverte par la logique de la différance.

Dans chaque champ de pratique politique, juridique ou éthique, la logique de la différance contraint à une expérience de scission, de division du même ou de sa hantise et sa disruption continue par l’autre, son autre. Constamment, l’on se heurte à une expérience ou, plutôt, à une injonction à répondre d’une expérience de l’impossible comme fondement de toute responsabilité. En effet, lorsqu’une responsabilité s’exerce dans le champ de la philosophie pratique selon l’ordre du possible, elle suit une pente et déroule un programme. Par ce fait même, elle commencerait à être irresponsable puisque, dès lors, elle ferait de la morale et de la politique une technologie et ne relèverait plus de la pratique ou de la décision10. Il en va de même de la pratique de la responsabilité, du don, du pardon ou de l’hospitalité. Il serait superfétatoire de développer ici toutes les perspectives de recherche qu’ouvre cette articulation de la logique de la différance . Contentons-nous d’indiquer quelques directions vers ce qui nous semble annoncer des grands enjeux de la philosophie pratique en gestation dans le travail philosophique de Derrida qui semble noyée dans l’étiquette commune de la déconstruction, alors que ‘’le principe’’, ou plutôt la logique non-logique de la différance en commande au mieux l’économie.

Au nom donc de la logique de la différance et de la loi de l’enchevêtrement sans fin, ne devient-il pas possible d’engager une problématisation du droit international, en ce qui concerne la libre circulation des personnes ou le difficile problème de l’immigration, qui met aux prises la souveraineté de l’ état-nation à l’être-chez-soi, et le droit ou le devoir de l’hospitalité, mieux, l’exigence d’ouverture envers l’étranger ? La question peut se poser et, du même coup, peut être mieux discernée l’ampleur de la pensée de Derrida. Il nous semble, en effet, que la difficile politique d’immigration peut trouver dans l’explicitation de la logique de la différance une ouverture infinie, dans un monde où les disparités socio-économiques et où les différences des coutumes et mœurs politiques et juridiques restent de plus en plus croissantes. Un monde qui, paradoxalement, se détermine à s’engager dans une dynamique de la mondialisation, de la culture dans tous ses états,

99 CCff.. IIbbiidd,, pp..7733--7744..

1

100 IIdd..,, LL’’aauuttrree ccaapp.. SSuuiivvii ddee LLaa démmooccrraattiiee aajjoouurrnéee,, PPaarriiss,, LLeess EEddiittiioonnss ddee MMiinnuuiitt,, 11999911,, pp..4466..

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c’est-à-dire sur les plans social, politique, économie, juridique, etc. Et ce, aussi bien du point de vue du droit que du devoir de l’hospitalité à recevoir ou à accorder à l’arrivant en général, par-delà tout droit et toute loi. Car, « La loi de l’hospitalité, la loi formelle qui gouverne le concept général d’hospitalité, apparaît comme une loi paradoxale , perversissable ou pervertissante. Elle semble dicter que l’hospitalité absolue rompe avec la loi de l’hospitalité comme droit et devoir, avec le pacte de l’hospitalité »11. Une telle loi de l’hospitalité qui serait très porteuse dans les débats actuels sur l’immigration, ne donnerait pas moins à penser dans les efforts de mobilisation pour une lutte contre le terrorisme ; en tout cas, elle inviterait à repenser les nouvelles responsabilités qui incombent aux politiques d’Etats à l’état actuel du monde. La loi de l’hospitalité absolue et inconditionnelle s’impose comme une sorte d’impératif catégorique, ″une loi sans loi″ ou comme ″la loi des lois″ qui, paradoxalement, tout en se tenant au-dessus des lois, requiert celles-ci pour être ce qu’elle est12.

Autant Dire qu’une telle loi contraint de réflechir aux modalités des nouvelles solidarité et des nouvelles politiques à venir et pour l’avenir d’autres types d’amité dans les rapports interhumains. L’en jeu véritable consistera à penser, comme le suggère Derrida,

« l’amitié pour soi, pour l’ami et pour l’ennemi »13, c’est-à-dire en fait ‘’l’événement’’

d’une amitié « sans proxiité, sans présence, donc, sans ressemblance, sans attraction, peut- être même sans préférence signifiante et raisonnable »14. Il en va de même de l’expérience du pardon. Articulée avec l’horizon de la logique de la différance, cette expérience ouvre vers une transgression du droit pénal. Elle permettrait même d’interroger le droit pénal international en raison de son affirmation de l’imprescriptibilité des ‘’crimes contre l’humanité’’qui, selon Derrida, restent à l’horizon de toute géopolitique du pardon15.

Traditionnellement, la fonction du droit pénal qui consistait à punir ou à châtier le coupable, ce qui lui a valu le qualificatif de droit ″odieux″, s’est transformée pour tenir compte de l’évolution des mœurs et des cultures afin de viser non pas la correction par le châtiment mais plutôt l’éducation du délinquant en vue de sa réinsertion sociale. Dans le fond, le but ou la fonction pénale est restée la même : la transformation du délinquant, de la même manière que la fonction de du pardon et de la confession dans la tradition abrahamique (judéo-chrétienne) d’où provient le droit pénal occidental, est la

1111 JJ.. DDEERRRRIIDDAA,, ‘’’QQuueessttiioonn dd’’ééttrraannggeerr :: vveennuuee ddee ll’’ééttrraannggeerr’’'',, ddaannss AAnnnnee DDuuffoouurrmmaanntteellllee iinnvviittee JJaaccqquueess DDeerrrriiddaa à

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122 IIdd..,, PPaass dd’’hhoossppiittaalliité,, pp..7711ssss..

1313 IIdd..,, PPoolliittiiqquuee ddee ll’’aammiittié,, pp..5511..

1414 IIbbiidd..,, pp..5533..

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transformation du pécheur, sa conversion. Dans l’optique de la logique de la différance, ni l’amendement du coupable, ni sa correction, ni sa conversion, ni même sa bonne foi ou encore sa transformation ne sont requises en vue du pardon. Car, il y va comme d’une injonction à pardonner au délinquant en tant que tel, dans sa singularité absolue, sans qu’il ne le demande – « celui qui demande pardon est déjà, dans une certaine mesure, un autre »16 – , sans repentir ni amendement de sa part et en ayant la mémoire vive de la faute, de l’ineffaçable, au-delà de tout travail de deuil, de réconciliation ou de restauration17. Un tel pardon constitue un événement digne de ce nom, il explique pourquoi « le seul pardon possible est donc bien le pardon impossible »18. Autrement dit, pour citer à nouveau Derrida, « pour qu’il y ait pardon ne faut-il pas pardonner et la faute et le coupable en tant que tels, là où l’un et l’autre demeurent, aussi irréversiblement que le mal, comme le mal même, et seraient capables de se répéter, impardonnables, sans transformation, sans amélioration, sans repentir ni promesse ? »19 Il devient incommensurable par rapport au droit, au droit pénal international et même à toute éthique judéo-chrérienne, parce qu’il transcende leur orbite, il commande en silence le pardon de l’impardonnable, du péché mortel comme du crime odieux, du crime de sang comme du crime contre l’esprit, voire des crimes contre l’humanité frappés d’imprescriptibilité.

La praxis de la responsabilité, qui s’annonce à travers les pratiques de l’hospitalité et du pardon, répond aussi à la pratique du don. Toutes ces pratiques se font l’écho de la logique de la différance. Le don ne vit que dans le registre de la folie ou de l’impossible, car il n’y a de don qu’à la condition « d’″être ″ un don sans donné et sans donner, sans chose et sans acte présentable » ; le don ne peut avoir lieu qu’à condition de ne pas avoir lieu et de rester impossible, sans relève dialectique de la contradiction, sans échange et donc sans commerce20. Qu’il s’agisse donc du droit, de la politique, du don ou du pardon, l’enjeu de la praxis de la responsabilité avenir consisterait à trouver le jeu, oserions-nous dire, la modalité adéquate d’intervention sur les plans nationaux ou internationaux dans tous ces champs. Ce ‘’jeu’’, pour le dire avec Derrida, « est le lieu de la responsabilité », c’est le lieu où « l’invention politique, la décision et la responsabilité politique consistent à trouver la meilleure ou la moins mauvaise législation ; c’est cela l’événement qui reste à

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166 JJ.. DDEERRRRIIDDAA && AA.. SSPPIIRREE,, AAuu--ddeelà ddeess aappppaarreenncceess,, pp..6600..

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177 IIbbiidd..,, pp..6611..

1818 IIbbiidd..,, pp..6622..

1919 JJ.. DDEERRRRIIDDAA,, ‘’’LLee SSièccllee eett llee PPaarrddoonn’’’’,, ddaannss FFooii eett SSaavvooiirr,, PPaarriiss,, EEddiittiioonnss dduu SSeeuuiill,, 22000000,, pp..111144..

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200 JJ.. DDEERRRRIIDDAA,, DDoonnnnee llee tteemmppss,, 11.. LLaa ffaauussssee mmoonnnnaaiiee,, PPaarriiss,, GGaalliiléee,, 11999911,,pp5522--5533..

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inventer chaque fois »21. De cette incessante invention, la logique de la différance ne servirait-elle pas de moteur ? Cette dissertation aura montré qu’elle en prescrit le champ.

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211 IIddeemm,, SSuurr ppaarroollee.. IInnssttaannttaanéss pphhiilloossoopphhiiqquueess,, PPaarriiss,, EEddiittiioonnss ddee LL’’aauubbee,, 11999999,, pp..7711..

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