J. F´ejoz
Examen de janvier 2016
Deux heures — Sans document ni appareil ´electronique.
Chaque question num´erot´ee sera not´ee sur environ 4 points.
Les r´eponses doivent ˆetre concises.
1. D´eriv´ee le long d’un chemin. — Soient γ : pR,0q Ñ pR2,0q et f : pR2,0q ÑR de classe C8, tels queγ1 “ pB2f ˝γ,´B1f ˝γq. Montrer que la fonction f ˝γ est localement constante.
2. ´Equation de propagation des ondes. — Trouver les fonctions f :R2 Ñ R, px, tq ÞÑfpx, tq, de classeC2 telles que B2xf “ Bt2f; on pourra utiliser le changement de variables ϕ:px, tq ÞÑ pu, vq “ px`t, x´tq.
3. L’´equation de degr´e trois. — Montrer que le lieu des points, dans le plan despp, qq, o`u l’´equationx3`px`q“0 ne d´etermine pas de fonction implicite xpp, qq, a pour ´equation 4p3`27q2 “0. Dessiner ce lieu.
4. Axes principaux d’un ellipso¨ıde. — Soitq une forme quadratique po- sitive d´efinie sur Rn. Quels sont les extrema de }x} sur l’hypersurface d’´equation q“1 en fonction des sous-espaces propres de q?
5. Param´etrage d’une hypersurface. — Soientϕ :pRn, tq Ñ pRn`1, aqune application de classeC8telle queϕ1ptqsoit de rangn, etθ:pRn, tq ÑRn`1 une application C8 telle que, pour tout u, θpuq soit un vecteur unitaire orthogonal `a Imϕ1puq. Montrer que l’application F : pRn ˆR,pt,0qq Ñ Rn`1,pu, vq ÞÑϕpuq `vθpuqest un diff´eomorphisme local. En d´eduire que l’image locale S de ϕ est une hypersurface dont l’espace tangent en a est Imϕ1ptq, et que l’application pϕ|Sq´1 : pS, aq Ñ pRn, tq en est un syst`eme de coordonn´ees locales.
6. Distance `a une hypersurface. — On reprend les hypoth`eses de la ques- tion 5, en supposant de plus que z est un point fix´e de Rn`1 et que t est un point critique de la fonctionf :pRn, tq ÑR, uÞÑ }ϕpuq ´z}2. Soient Q1 et Q2 les deux formes quadratiques sur Rn d´efinies par
Q1pξq “ }ϕ1ptq ¨ξ}2 et Q2pξq “ pϕ2ptq ¨ξ2q ¨θptq.
Montrer que z´a et θptq sont colin´eaires, et qu’il existe un r´eel α tel que fpt`τq ´fptq “ Q1pτq ´αQ2pτq `op}τ}2q.
En d´eduire une condition n´ecessaire et suffisante sur les valeurs propres de Q´11 Q2 et sur α pour que t soit un minimum local strict de f.
1
Solution. —
1. D´eriv´ee le long d’un chemin. — Notons γ “ px, yq. Par d´erivation d’une fonction compos´ee,
pf˝γq1ptq “f1pγptqq ¨γ1ptq
“`
Bxfpγptqq Bygpγptqq˘
¨
ˆx1ptq y1ptq
˙
“ Bxfpγptqqx1ptq ` Byfpγptqqy1ptq
“ Bxfpγptqq Byfpγptqq ´ Byfpγptqq Bxfpγptqq
“0.
2. ´Equation de propagation des ondes. — Soient f une fonctions v´erifiant l’´equation et F la fonction surR2 d´efinie par ce diagramme:
px, tq
❴
ϕ
✤ f// fpx, tq “ Fpu, vq pu, vq
✴ F
77
♦♦
♦♦
♦♦
♦♦
♦♦
♦♦
Comme fpx, tq “ F ˝ϕpx, tq “Fpx`t, x´tq,
#Bxfpx, tq “ BuFpx`t, x´tq ` BvFpx`t, x´tq Btfpx, tq “ BuFpx`t, x´tq ´ BvFpx`t, x´tq, donc (en omettant les arguments)
#B2xxf “ B2uuF `2B2uvF ` B2vvF B2ttf “ Buu2 F ´2B2uvF ` Bvv2 F, donc
Bxx2 fpx, tq ´ B2ttfpx, tq “ 4Buv2 Fpx`t, x´tq “0 p@x, tq, donc
Buv2 F “0.
Donc BvF est une fonction de v (de classe C1), donc F est de la forme Fpu, vq “ϕpuq `ψpvq,
o`u ϕ etψ sont des fonctions de classe C2 sur R2. En cons´equence, fpx, tq “ ϕpx`tq `ψpx´tq.
R´eciproquement, comme une double d´erivation le montre, les fonctions de cette forme sont bien des solutions.
3. L’´equation de degr´e trois. — Soit f :R3 ÑR, px, p, qq ÞÑx3`px`q.
L`a o`u Bxfpx, p, qq ‰ 0, soit 3x2 `p ‰ 0, on peut r´esoudre implicitement l’´equationf “0 par rapport `ax, d’apr`es le th´eor`eme des fonctions impli- cites.
R´eciproquement, si
(1) fpx, p, qq “0 et Bxfpx, p, qq “ 0,
x est une racine double du polynˆome x3 `px `q, puisque, d’apr`es la formule de Taylor `a l’ordre 3,
fpx`ξ, p, qq “3x ξ2`ξ3 “ξ2p3x`ξq;
le reste est nul parce que f est de degr´e 3 en x. L’ensemble de ces points s’appelle le contour apparent de f “ 0 dans la direction de x, et sa pro- jection sur le plan pp, qq est la courbe discriminante de f. L’´equation de la courbe discriminante s’obtient en ´elminant x des ´equations 1 (on peut
´elever la premi`ere ´equation au carr´e et la seconde au cube):
4p3`27q2 “0.
Cette courbe est situ´ee enti`erement dans le demi-planpď0, est sym´etrique par rapport `a l’axe des p, et poss`ede un point de rebroussement en 0. Elle est trac´ee figure 1.
p
q
Figure 1. Courbe discriminante
4. Axes principaux d’un ellipso¨ıde. — Posons fpxq “ }x}2 sur Rn (ses extremums sont les mˆemes que ceux de }x}, et en plus f est de classe C8). La forme quadratique q est homog`ene de degr´e 2: qpλxq “ λ2qpxq, donc, en d´erivant par rapport `a λ enλ“0 on voit (formule d’Euler):
q1pxq ¨x“2qpxq.
Commeq est d´efinie, la forme lin´eaireq1pxqest non nulle six‰0. Doncq est une submersion en dehors de l’origine. Donc l’ensemble S d’´equation q “1, qui ne contient pas l’origine, est une hypersurface de Rn.
D’apr`es le th´eor`eme des extremums li´es, si f poss`ede un extremum en un point x de S, il existe λP LpR,Rq ” Rtel que
f1pxq “ λq1pxq, soit
x“λQ¨x,
o`u Qest la matrice de q dans la base canonique. Autrement dit, x est un vecteur propre de Qassoci´e `a la valeur propre 1{λ.
En multipliant `a gauche scalairement par tx, on voit en particulier que }x}2 “λQpxq “λ,
mais peu nous importe ici.
Quitte `a faire un changement de bases orthogonal, on peut supposer que
#Qpxq “ř
1ďiďnλix2i, 0ăλ1 ď ¨ ¨ ¨ ďλn fpxq “ř
1ďiďnx2i,
Remarquons que S est donc diff´eomorphe `a la sph`ere de dimensionn´1.
De plus,
λ1}x}2 “λ1fpxq ď Qpxq ďλn}x}2 “λnfpxq.
En restriction `a S,
1 λn
ďfpxq ď 1 λ1
.
Le minimum 1{λn est atteint en tout point de S situ´e sur l’espace propre associ´e `a λn (il y en a au moins deux), et uniquement en ces points, et le maximum 1{λ1 est atteint en tout point de S situ´e sur l’espace propre associ´e `a λ1 (il y en a au moins deux aussi), et uniquement en ces points.
5. Param´etrage d’une surface. — SoientV un suppl´ementaire de Imϕ1ptq dans Rn`1. L’application
F :pRnˆV,pt,0qq ÑRn`1, pu, vq ÞÑ pϕpuq, vq est un diff´eomorphisme local en pt,0q parce que sa d´eriv´ee
F1pt,0q “ ϕ1ptqdu`dv θptq
est de rang n `1. Le diff´eomorphisme F´1 redresse S puisque F´1pSq a pour ´equation pr2pu, vq “ v “ 0. Donc S est une surface de Rn`1, de dimension n, soit une hypersurface. De plus, la bijection pr1 ˝F´1|S “ pϕ|Sq´1 est un syst`eme de coordonn´ees locales. Enfin, on a l’inclusion
Imϕ1ptq ĂTaS.
Mais comme ces deux sous-espaces vectoriels ont mˆeme dimension, ils sont
´egaux.
6. Distance `a une hypersurface. — Comme t est un point critique de f, pour tout τ P Rn,
0“f1ptq ¨τ “2pa´zq ¨ pϕ1ptq ¨τq,
donc, comme TaS “Imϕ1ptq,a´z est orthogonal TaS, donc parall`ele au vecteur normal θ: il existe αPR tel que
z´a“αθ.
Cherchons maintenant le d´eveloppement limit´e de f au second ordre, au point t (comme t est critique, la partie lin´eaire est nulle). Notonsx1 la projection orthogonale dex“ϕpt`τqsur le plan passant paraet parall`ele
`a TaS, et x2 la projection orthogonale de x sur la droite orthogonale, passant par a et dirig´ee par θptq(voir la figure 2). D’apr`es le th´eor`eme de Pythagore, on peut d´ecomposer fpt`τqen
fpt`τq “ }x´z}2 “ }x1´a}2` }x2´z}2. z
a
S
x∈S TaS
ν
x1
x2
Figure 2. Distance `a une hypersurface Or,
x“ϕpt`τq “ a`ϕ1ptq ¨τ `opτq, donc
x1 “a`ϕ1ptq ¨τ `opτq et le premier terme vaut donc
}x1´a}2 “ }ϕ1ptq ¨τ}2 “Q1pτq.
Evaluons le second terme. Comme´ x2, a et z sont align´es sur une droite dirig´ee par le vecteur θptq,
}x2´z}2 “ ppz´x2q ¨θq2
“ ppz´aq ¨θptq ´ px2´aq ¨θptqq2. Or,
px2´aq ¨θptq “ px´aq ¨θptq
“ ˆ
ϕ1ptq ¨τ `1
2ϕ2ptq ¨τ2`opτ2q
˙
¨θptq
“ 1
2pϕ2ptq ¨τ2q ¨θptq `opτ2q
“ 1
2Q2pτq `opτ2q,
donc
}x2´z}2 “ ˆ
α´ 1
2Q2pτq `opτ2q
˙
“α2´αQ2pτq `opτ2q. Finalement,
fpt`τq ´fptq “ Q1pτq ´αQ2pτq `opτ2q.
Commeϕ1ptqest injective,Q1est d´efinie positive et l’on peut donc diagona- liser la forme quadratiqueQ2 dans une baseQ1-orthogonale: siτ1, ..., τn´1
sont les composantes de τ dans cette base, et si λ1 ď ¨ ¨ ¨ ď λn´1 sont les valeurs propres ordonn´ees de la matrice diagonale de Q2 (i.e. ce sont les valeurs propres de Q´11 Q2), la fonction
Q2pτq Q1pτq “
řλiτi2 řτi2
prend toutes les valeurs de l’intervalle rλ1, λn´1s. En cons´equence, d’apr`es le lemme de Morse, t est un minimum local strict de
fpuq “ fptq ` ˆ
1´αQ2pu´tq Q1pu´tq
˙
Q1ptq `opτ2q
si et seulement si 1´αλn´1 ą0. Les valeurs propresλ1, ..., λn´1 s’appellent les rayons de courbure principaux deS; leur somme est lacourbure moyenne et leur produite la courbure de Gauss. La surface S ´etant fix´ee, quand z varie le long de la droite a`Rθptq, on voit que t est un minimum local strict si et seulement si z est assez proche de a (αă λ1
n´1).