1 24
Elisabeth Bursaux
médecine/sciences 1 995 ; 1 1: 124-5
1 . Doll R, Peto R, H al l E , Wheatley K, Gray R. Morta l i ty in relation to consu m p tion of alcohol : 1 3 years'
observatwns o n male doc tors. Br Med J 1 994 ; 309 : 9 1 1-8.
Boire un petit coup, c'est doux !
P
rofitons de cette période de fêtes pour rapporter une très agréable étude de nos voisins britanniques qui montre que boire un petit coup non seulement ne fait pas de mal, mais prolonge la vie : chez les Britanniques d'âge moyen ou âgés, boire un verre ou deux par jour diminue la mortalité de façon significative par rapport à ceux qui ne boivent pas du tout [ 1 ] .Cette étude a été mêlée, à partir de 1 978, à la grande enquête prospecti
ve sur les effets du tabac commencée en 1 95 1 , que médecine/sciences a com
mentée le mois dernier. Elle a donc été e ffectuée sur d e s m é d e c i n s anglais de sexe masculin, enrôlés e n 1 95 1 après u n questio n naire sur leurs habitudes concernant le tabac.
Ils é taie n t 1 2 3 2 1 survivants, nés entre 1 900 et 1 930, à répondre à un nouveau questionnaire et à entrer dans cette nouvelle étude prospec
tive.
L'idée initiale était de vérifier que la c o n s o m m a t i o n d ' al c o o l pouvait réduire la mortalité liée à la maladie cardiaque ischém i q u e . I l fau t d'emblée souligner que l a popula
tion étudiée est très particulière, et que les résultats rapportés ne s'appli
quent sans doute pas exactement à l a p o p u l ation g é n é r a l e . T o u t d ' abord, seuls l e s h o m m e s s o n t représentés e t les causes de mortalité féminine sont différentes des causes de mortalité masculine. Il faut noter aussi que l'étude concerne, d ' une part, des personnes âgées de 50 à 90 ans, la moitié des morts surve
nant autour de 80 ans et, d'autre part, des médecins qui peuvent diffé
rer assez largement de la population tout-venant.
La force de cette étude est d'être très bien documentée sur la consom
mation de tabac et de pouvoir, de ce fait, corréler les habitudes de tabac et d'alcool et isoler l'effet de la bois
son en considérant six catégories de fum e u rs ( no n-fu me u rs , fu meurs habituels de cigarettes, fumant 1 à 1 4 cigarettes par jour, 1 5 à 25, plus de 25, fumeurs habituels de cigares ou de pipe, anciens fumeurs) . Enfin, sont pris en compte les antécédents médicaux importants. Les buveurs furent aussi distribués en six catégo
ries selon la consommation hebdo
madaire de boisson s alcoolisées, l'unité étant le verre de vin (sachant q u ' u n e b o u te i l le c o n t i e n t sept verres) : les non-buveurs, les buveurs de quantité indéfinie, les buveurs de 1 à 7 verres par semaine, 8 à 15, 1 5 à 2 1 , 22 à 28, 29 à 42, et plus de 43.
La catégorie indéfinie comprend des suj e ts q u i boive n t parfois, mais moins d'une fois par semaine, des sujets qui boivent de l 'alcool mais n'ont pas voulu dire quelle quantité, des sujets qui ont arrêté de boire.
Parmi les suj ets totalemen t absti
nents pour l'alcool, il y a six fois plus de sujets qui n 'ont jamais fumé que parmi la population qui boit plus de 42 verres par semaine et trois fois moins de gros fumeurs.
Les causes de mortalité ont été grou
pées e n trois catégories : ( 1 ) les maladies aggravées par l ' alcoo l , comptant pour 6 % d e l'ensemble ; il s ' agit de cancers ( d u foie, du larynx, de l'œsophage, de la gorge etc.), de cirrhose du foie, de démen
ce alcoolique ; (2) la seconde caté
gorie comporte les maladies liées à l ' ischémie cardiaque et représente 33 % du total ; (3) la troisième caté-
m/s n • 1 vol. I l, janvier 95
gori est formée de l'ensemble des autres causes de mort connues.
Toutes causes confondues (figure lA) la mortalité exprimée en fonction des habitudes de boisson s'inscrit sur une courbe en U : la mortalité mini
male s'observe chez les individus qui boivent un verre à deux par jour.
Au-delà de 28 verres par semaine, la mortalité s'élève de manière signifi
cative. Les maladies aggravées par l'alcool sont peu représentées dans cette p o p u l a t i o n de m é d e c i n s (figure lB) ; mais l e risque s'accroît lorsq ue la consommation d ' alcool dépasse 14 verres par semaine. En ce q u i c o n c e r n e les m a l a d i e s car
di aques ischémiques (figure l C) ,
40
20
0 1 5
1 0
5
0
Mortalité annuelle (pour 1 000)
• 1 486
1 e1 413
1
e1 413
1
A. Toutes causes e
1
11o1
• 1 2061 L3sl 1
1 e12sj 111
1
e
1
1211 •
1
871
C. Ischémie cardiaque
0 21 42 63
Consommation d'alcool hebdomadaire (verres)
aucune tendance n'est significative, mais la forme en U de la courbe mon tre une mortal i té minimale pour les buveurs modérés ( 1 4-2 1 verres par semaine) . Enfi n , pour l'ensemble des autres causes de mort connues (figure lD), on retrouve la courbe en U avec le risque minimal pour les buveurs modérés. Souli
gnons que, d'une part, seule la caté
gorie des malades avec ischémie car
d i aq u e n e voit pas sa morta l i té s'élever avec l'augmentation d'alcool ingéré : l ' abus d ' alcool est nocif dans tous les autres cas, y compris les maladies cérébrovasculaires et les cardiomyopathies ; mais que, d'autre part, la consommation modérée
6
4
2
0 30
20
1 0
0
Mortalité annuelle (pour 1 000)
1
11
• 1� 1 • 32 • 26
1 e24e3s 1 1
•
1
381 r
1 1 B. Maladies
aggravées par l'alcool
e1 290
1 � 1 344 ' • 1 272• 1 1 237 T 1 241
'3871
e
1
2111
D. Autres causes
0 21 42 63
Consommation d'alcool hebdomadaire (verres)
Fig ure 1 . Mortalité annuelle (pour 1 000 hommes). A. To u tes causes confondues (même les causes inconnues). B. Maladies aggravées par l'alcool (cancers du foie, du larynx, de l'œsophage, de la gorge etc. ; cirrhose ; alcoo lism e). C. Maladies cardia q ues isc h é m iques. D. A u tres causes (connues). Les points et les barres représentent le risque absolu et l'espace de confiance (95 %), standardisé pour l'âge, la consommation de tabac et les antécédents médicaux. Les valeurs sont le nombre de morts annuelles. En abscisse, la cons o m m a tion a lcooliq ue h e b do m a da ire est é valuée en équivalents de verres de vin (considérant qu'une bouteille de vin de 75 cl contient 7 verres).
m/!-. 11° I voi. 1 l, januin· 95
d'alcool n 'entraîne dans aucun cas de surmortalité et, dans la plupart des cas, s'accompagne d'une réduc
tion de la mortalité.
Les conclusions à tirer de ce travail doivent être tempérées par le fait que la population étudiée est parti
culière : pour la plus grande partie âgée de plus de 50 ans, masculine, exerçant un métier à forte responsa
bilité, où la maladie cardiovasculaire est cause de 33 % de la mortalité. Il n 'en demeure pas m o i n s que l a consommation m odérée d ' alcool diminue la mortalité due à toutes les autres causes connues de façon ex
trêmement significative : p < 0,001 •
1 25