Il était une fois
16 avril 1850 : le pont
de la Basse Chaîne s’effondre
La pluie et le vent se déchaînent ce matin-là sur la ville d’Angers.
Les rafales tordent les arbres et soulèvent les eaux de la Maine en vagues sombres et puissantes.
L e t r o i s i è m e b a t a i l l o n d u 11e léger, en partance pour l’Al- gérie, se présente aux portes de la ville. Les 730 hommes font route à pied, de Rennes à Marseille, où ils doivent s’embarquer. En tête viennent les sapeurs, les tam-
bours et la musique, encadrés par une section de voltigeurs ; puis les cantinières et le com-
mandement, que suivent une compagnie de carabiniers, et quatre compagnies de
chasseurs.
De nombreuses gravures témoignent de cet événement tragique qui coûta la vie à 223 soldats
Franchir la Maine
À l’approche de la rivière, la colonne se res- serre. La traversée doit s’effectuer par le pont suspendu de la Basse Chaîne, qui a été préféré au vieux pont de Verdun, situé dans le quartier populaire de la Doutre. Il vient de faire l’objet d’une rénovation hardie : n’est-ce pas l’un des premiers ouvrages utilisant le fer dans le mor- tier, technique qui préfigure ce qui deviendra plus tard le béton armé ?
Il est 11 h 30. Malgré les assauts de la pluie bat- tante et du vent furieux, voltigeurs, sapeurs et musiciens ont pu atteindre le sol de la rive gauche et reformer les rangs. Ils se hâtent vers la place de l’Académie où doit avoir lieu la revue des troupes. “Tout à coup, un craquement sinistre se fait entendre ; une immense clameur lui répond. Le câble d’amont se rompt et le tablier fléchit de ce côté ; les soldats, en se rejetant sur l’autre côté, font rompre l’autre câble, et le tablier est précipité dans la rivière. Cinq cents soldats sont alors en mouvement. Les hommes tentent de s’agripper. Gênés par leur harnache- ment, blessés par leurs baïonnettes, jetés les uns contre les autres par des masses d’eau qui les submergent, ils ne sont pas en état de lutter.
Chaque pli de la vague était comme un linceul, qui ensevelissait, homme à homme, le nombre décroissant des soldats entraînés.”
Un bilan épouvantable
Malgré les efforts des Angevins accourus en masse, malgré les nombreux actes de bravoure (barques des mariniers jetées dans le flot, cordes et bâtons tendus), 223 soldats périssent noyés ainsi que deux officiers de police et un employé de l’octroi.
Le drame frappe profondément les esprits.
Récits, gravures et même tableaux donnent à voir les images de ce soudain et terrible événement. Une souscription est lancée pour venir en aide aux familles des victimes, issues pour beaucoup des milieux ouvriers.
l’Anjou
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Conseil général de Maine-et-Loire