E´DITORIAL
Support, palliation ou les deux ensembles, pour le malade !
M. Aapro
IMO clinique de Genolier, CH-1272 Genolier, Suisse Correspondance :maapro@genolier.net
L’un des progre`s « silencieux » de la cance´rologie est bien celui des soins dits de support.
Nous pourrions aussi parler de soutien ou d’appui. Et, sans vouloir pour rien en cela minimiser l’apport des autres progre`s, on doit bien conside´rer que l’appui que donnent ces moyens est souvent de´terminant dans le succe`s the´rapeutique.
En effet, certains se souviendront encore du calvaire que repre´sentait la the´rapie curative du cancer testiculaire. On se rappelle, sans regret aucun, les couloirs des unite´s, ou` ces jeunes hommes e´taient hospitalise´s, ou` le bruit et l’odeur des vomissements envahissaient le visiteur. Ceux qui ont eu la chance de vivre le de´veloppement des nouveaux antie´me´tiques savent pourquoi il devint rapidement impossible de randomiser les patients entre un antise´rotoninergique et un autre antie´me´tique, et vous, autres jeunes lecteurs, le comprendrez aise´ment.
C’est pour souligner l’apport des traitements dits de soutien dans le succe`s the´rapeutique que la MASCC (Association multinationale pour les traitements de support en cas de cancer ; Multinational Society for Supportive Care in Cancer) a institue´ lors de chaque re´union une se´ance qui, autour d’un cancer, souligne l’apport des progre`s dans ce domaine dit « secondaire ».
Les patients n’ont (sauf exception) plus a` refuser la suite d’un traitement car les nause´es le rendent insupportable. Les patients n’ont plus a` craindre (sauf exception) une neutrope´nie fe´brile et son corte`ge variable de proble`mes potentiels, de´ce`s compris. Les patients savent qu’en cas d’ane´mie symptomatique, il est possible de les traiter. Les patients peuvent espe´rer que leur squelette sera mieux prote´ge´ d’une oste´oporose, et que meˆme en cas de me´tastases osseuses, on peut e´viter beaucoup de fractures. Nous oublions vite la vision des salles d’attente du « sie`cle passe´ » ou` les chaises roulantes e´taient bien plus fre´quentes que de nos jours.
Certes, tout n’est pas parfait. Des difficulte´s importantes persistent, a` commencer par l’alope´cie. Et autre proble`me dermatologique, nous assistons a` l’apparition des proble`mes cutane´s dus aux chimiothe´rapies et a` certaines the´rapies dites cible´es.
Il n’empeˆche, le soutien du malade permet de surmonter bien des obstacles, et si nous avons jusqu’ici parle´ de faits bien concrets, nous n’oublions pas le psychisme du malade.
La` aussi, tant sur le plan me´dicamenteux que sur le plan des approches psychologiques, les psycho-oncologues ont permis au support de gagner des lettres de noblesse et de devenir une discipline a` multiples facettes, qui met en avant la qualite´ de vie du patient, en plus de la quantite´ parfois modeste que les traitements actuels permettent d’offrir.
La palliation des souffrances sans emploi de traitements anticance´reux sera toujours d’actualite´, mais il faut cesser de parler « d’actif » ou « de palliatif ». Les structures de soins ont e´te´ de´veloppe´es dans beaucoup de pays en se´parant, sans que l’on demande au malade son avis, ces deux approches. Cela a cre´e´ indiscutablement des difficulte´s par manque de compre´hension et de collaboration entre les e´quipes. Heureusement, tant du coˆte´ des malades que des professionnels cette se´paration artificielle diminue, laissant place a` une concertation be´ne´fique pour tous.
Notre travail de soignants doit passer par la constante remise en question de nos choix, dans le plus grand respect de celui a` qui notre savoir doit be´ne´ficier : le cance´reux a` tous les stades de sa maladie.
Oncologie (2007) 9: HS4
©Springer 2007
DOI 10.1007/s10269-007-0765-3
ONCOLOGIE
HS4
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