n°55 - décembre 1959
SITUATION COMMERCIALE
Cette fin d'année se présente sous un jour plus favorable qu'en Décembre 1958, tout au moins pour les petits navires au-dessous de 500 Tx de jauge brute et même pour les tonnages moyens inférieurs à 3.000 t. Par contre la situation reste inchan- gée en ce qui concerne les géants des grands trafics, sans cesse plus nombreux pour des tonnages plus restreints.
Dès fin Octobre, une recrudescence des importations de bois de Scandinavie et une campagne de céréales plus active que celle de 1958, ont contribué au réarme- ment de la plus grande partie des tonnages de petit cabotage et les taux de frêts de cette catégorie se sont sensiblement améliorés.
Pour les pondéreux, nous avons trouvé un aliment plus substantiel en grains pour le cabotage international. Si le trafic minerai a été très faible, par contre, il y a eu plus de demandes en charbons sur le secteur de la Baltique, Pologne et Russie.
A pareille époque, les années précédentes, les exportateurs de minerais auraient dû déjà se manifester pour le renouvellement des contrats 1960. Malheureusement, il n'en est rien et nous avons l'impression que de plus en plus la Sidérurgie se tourne vers les minerais à teneur élevée, transportés par des gros porteurs à des taux inférieurs aux nôtres. Cet ensemble nous fait une concurrence très âpre et les minerais de l’Ouest de la France en supportent les conséquences.
Pour essayer d'atténuer cette crise, les Sociétés Minières se préoccupent de la concentration des minerais, procédé d'enrichissement qui a donné de très bons résultats dans certains cas ; malheureusement le minerai Normand est très siliceux et ce procédé ne lui convient pas. Tous les espoirs sont maintenant dans les procédés nouveaux de réduction de minerai pour obtenir un concentré de fer à 95%, qui permettrait de faire un acier de bonne qualité et de supprimer cette concurrence qu'il y a entre l'acier Martin et l'acier Thomas.
Pour atteindre ce résultat, il faudrait construire de grandes usines de traitement.
Le prix mis en avant serait de 2 milliards d'investissement pour traiter 100.000 t. Il faudra donc pousser les études avec précision pour être certain de la rentabilité.
parisienne et menacent même de la dépasser et enfin la perspective d'alimentation en gaz d'Algérie, font qu'une crise charbonnière se dessine et que là encore L'Armement pondéreux en' supportera le contre-coup.
Quant aux phosphates, nous avons eu une déception. Nous comptions toujours sur les phosphates de Sfax pour assurer les remontées de nos navires, mais le Gouvernement tunisien a exigé d'effectuer 50% des transports par ses soins, Comme il ne possède pas de flotte, il affrète à l'étranger à bas prix et empoche la différence. Le trafic s'étant un peu amélioré dans ce secteur, et quoiqu'on dise, le taux de fret français n’étant pas des meilleurs, le taux international est maintenant supérieur au fret français, les Tunisiens sont les premiers à réclamer une hausse des frêts qui ne convient nullement aux phosphatiers et superphosphatiers de la Métropole qui sont en butte maintenant avec la concurrence étrangère depuis le Marché commun.
Nous avons reçu à Caen trois petits caboteurs de superphosphate belge et hollandais et l’industrie françaises s’en inquiète.
Dans un proche avenir, vraisemblablement l'an prochain les Mines de Phosphates du Togo vont entrer dans la période de production ; ce sera favorable pour l'utilisa- tion des gros porteurs, mais ce sera une concurrence pour nos clients actuels de phosphate, et les Phosphates Chérifiens prévoient déjà une us:ne d'enrichissement pour supporter cette concurrence. Ils envisagent aussi de grands agrandissements dans les stations de chargement pour pouvoir utiliser les gros minéraliers et vendre au Japon et en Chine, ce dernier pays sortant progressivement de sa torpeur économique.
Quant aux marchandises diverses, la situation se maintient favorable. il y a eu une baisse de prix, mais en sortie de Caen nous maintenons nos activités.
A Marseille, nous sommes toujours en bagarre avec la Conférence à laquelle nous n'avons toujours pas adhéré. Nous souhaiterions entretenir avec nos Col- lègues des rapports agréables, mais nous voudrions surtout voir pratiquer des méthodes de compétition plus loyale que celle des ristournes occultes ou des facilités portuaires gratuites.
Deux de nos Collègues ont sorti les premiers minéraliers de 18. 000 t. qui avaient
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été construits pour assurer les enlèvements des minerais de Conakry. Comme ce minerai subit une crise et que sa clientèle est fort rare, ces navires viennent dans le secteur charbonnier enlever le peu de tonnage qui restait aux liberties, ce qui nous a mis dans l'obligation de désarmer une partie de ceux-ci.
Le contrat des liberties entre l'Etat et nous-mêmes se termine en fin 1960. Nous sommes questionnés pour savoir si nous les gardons. ils doivent, à cette époque, supporter la visite de re-classification qui sera cette fois assez onéreuse. L’idéal pour atténuer la crise, ce serait la vente de toute cette flotte à la ferraille, mais comme les prix viennent de remonter sous l'effet d'une spéculation extérieure, il est douteux qu'on adopte cette solution.
SITUATION DE LA FLOTTE
La réalisation de notre programme de reconstruction se poursuit. Le polytherme qui est en réalité un bateau frigorifique à température variable, a été lancé au début de Décembre ; il sera mis en service au début de l1été. Nous pensons, tout au moins pour les premiers voyages lui faire faire la relation Casa/Dieppe pour la campagne des tomates, afin de Ia.ir e connaitre ce type de bateau.
Le charbonnier gros porteur de 13.500 t. est maintenant sur cale, assez avancé.
Suivant les circonstances, nous pousserons ou non sa finition. En réalité, il ne devrait pas être terminé avant le premier trimestre 1961.
Le deuxième polytherme va très probablement être transformé en deux navires fruitiers rapides pour la Méditerranée. En effet, des propositions intéressantes nous ayant été faites par la Marine de Guerre Allemande, nous avons vendu le l’
« HEBE » et le « BORÉE » et nous devons pour maintenir notre situation commer- ciale dans le secteur méditerranéen, avoir des bateaux sans cesse mieux adaptés.
Certes, « HEBE », « BORÉE » qui étaient les premiers de ces prototypes se sont révélés excellents, mais d’un cubique insuffisant ; les deux qui les remplaceront sans être d »un tonnage plus élevé, auront un cubique meilleur et plus de vitesse.
Ils devraient donc surclasser tous les navires existant actuellement. C’est cette politique qui a fait le succès de la S. N. C. dans le secteur Sud et nous désirons la continuer.
Cette transformation des commandes va, en outre, nous permettre de reprendre dès l'an prochain avec les deux navires « CIRCÉ » et « NÉLÉE », les transports de
RÉGION DE CAEN
Les Autorités locales et l'Administration se préoccupent de l’avenir de la région Caennaise et des conséquences du développement de la population. La Norman- die était, dans le passé, caractérisée par le principe des familles à enfant unique:
Le sens terrien, les impératifs des successions, avaient contribué à limiter le nombre des naissances. Par contre et c’est sans doute le résultat des avantages qu'ont donnés les Allocations Familiales et la Sécurité Sociale, la Normandie a été sensible à cet appel et est devenue très prolifique.
C'est dans notre région et en raison justement du retard qu'elle avait p:ds autre- fois, que l'augmentation des naissances est la plus accentuée; mais si pour l'instant les problèmes ne se posent que pour des questions d'écoles, dans quelques années et très rapidement. on atteindra l'âge de l'utilisation de ce supplément de la main-d’oeuvre et cela donne beaucoup de préoccupations car la région n’est guère industrielle et l'agriculture, par auite de la mécanisation. a besoin de moins en moins de bras.
Déjà pour l’agriculture les jeunes ne trouvent pas de fermes et l’on a dû procéder à des déracinements de Normands dans les régions du Centre et de la Garonne.
C’est pour attirer cette industrie tant désirée que depuis longtemps on se préoc- cupe à Caen de la création d'une zone industrielle et il faut reconnaitre que dans ce domaine rien n’a été fait. Un projet avait pris corps autrefois, mais devant le peu d'enthousiasme, il n'a pas démarré. D'autres solutions ont été prises, aussi mau- vaises les unes que les autres et pratiquement offert à l'industriel qui voudrait venir dans notre zone.
Nous restons donc toujours avec les seules grandes industries locales qui sont : La Métallurgique de Normandie en tout premier Heu, et les Mines de fer régionales.
Nous souffrons du manque d'industries moyennes de transformation. Pompey et Uframec avaient bien fondé une Société dans les anciennes Cartoucheries, mais elle fut sans lendemain et ces deux usines sont pratiquement fermées.
Les Chantiers Navals n'ont pas résisté à l'attaque collective des autres Chantiers qui voulaient sa fermeture et il faut reconnaitre que dans la période actuelle leur
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présence ne s'imposerait pas. Cependant. si l’on avait suivi nos conseils, si l'on avait doté ces Chantiers Navals d'un dock flottant ou d'un slip pour les réparations, étant donné que notre propre Compagnie commande deux bateaux par an, et pouvait réparer ici environ 50 % de sa flotte par carénage et grosses réparations, il y avait déjà une grande partie de la vie des Chantiers qui aurait pu être assurée. Si nous avions eu les moyens financiers à l'époque pour le faire, nous l'aurions certainement réalisé mais malheureusement nous avions d'autres préoccupations beaucoup plus impérieuses.
Toujours est-il que le bruit court que l'on va combler le Bassin des Chantiers Navals. Ceci nous attriste car ce fut le berceau de beaucoup de bateaux de la Navale Caennaise et c1est sur ces cales de lancement que prit naissance le torpilleur "LE TERRIBLE" qui détient toujours le record de vitesse.
A la place est venue s'installer une Usine fort importante par le Groupe puissant qu'elle représente : la SAVIEM, union de Renault-Latil-Somua. Il y a de grands projets, nous souhaitons qu'ils se réalisent, bien que la France ne soit pas tellement bien placée pour l'exportation de camions. Il est vrai que le succès remporté dans le domaine de l'auto de tourisme devrait répondre de l’avenir.
Une usine importante est venue également s'installer : la Radiotechnique qui utilise surtout la main-d’oeuvre féminine qui manquait d'emploi dans notre région.
C’est une fort belle réalisation. L'importance de la maitrise et des Cadres, la qualité technique du travail, ont incité les dirigeants à venir à côté de l'Université de Caen qui a été le pôle d'attraction. il s'agissait là d'un Groupe puissant qui pouvait acquérir les terrains ; mais rien dans notre région n'attire l'industrie moyenne qui devrait trouver le lotissement préparé pour son installation.
Et puis il faut bien reconnaitre que l'inertie naturelle et l'indolence, résultat d’une vie facile, ne créent pas une ambiance de dynamisme.
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