Sans miel sans fiel
Couverture : illustration de l’auteure
© Éditions des Sables Genève, 2019
Chemin des Mollex 1, CH-1258 Perly [email protected]
www.ed-des-sables.ch ISBN 978-2-940530-70-0
Gabriella Baggiolini
Sans miel sans fiel
Poèmes
Éditions des Sables
Avec le soutien de la Société des Écrivains Valaisans
Le pas ailé
Glaneuse au panier percé Je sais le point de fuite Son liseré d’ombre En creux
La nuée de mes fables Les paumes ouvertes En vain
Est-ce tard ? Ou trop tôt ?
Inlassablement pourtant
Je sillonne le champ des utopies Jusqu’aux confins
Le cœur léger
Au murmure du destin Je me laisse porter Le pas ailé
Tenant le fil ténu de l’inattendu Le présent mon âge d’or
8
Nomade
À la maraude je suis partie vers un conte à ciel ouvert
de petites fugues en chemins de traverse exploratrice sans boussole ni bagage d’un royaume inconnu
J’improvise mes pas
Je m’accorde un désordre nomade et aussi l’attente
ces ferments créateurs
Dans les limbes de l’imaginaire des pulsions primitives
des geysers des volcans
Quelle jubilation à fouiller mon verger astre dédié à des pépites inédites !
Terre brûlée
Coup de lune songe creux La nuit fracasse mes remparts Curieux des mondes invisibles l’œil se veut lynx
s’égare et grave un halo d’argent alentour Je souscris à la raison des dieux
jeteurs de sorts et de grêle dans les broussailles du cœur Terre brûlée à la divine comédie des baisers et des larmes
ma demeure étincelle réduite à rien ouverte offerte
à d’autres abîmes
10
Epiphanie
Moucheron épinglé sur la trame des jours Le pouvoir d’illusion parti à la dérive
Entr’ouvert le leporello de ma vie Il en est tombé
poussière de rêves fariboles et chimères
Mais qu’importe le tohu-bohu des chants ravagés ?
Déjà je m’affaire à produire rimes et traînées de joie À réenchanter ce monde où tous les rois sont nus qui attendent une épiphanie
Belle endormie
Aridité – léthargie ? Où sont mes ailes ? La source peut-être tarie ? Blanc vertige
« Plonge à cœur Creuse plus à vif »
Répond le souffle de mes déserts L’œuvre est sous-jacente
Emblème de renouveau
Gelée royale qui fermente dans mes déchirures Belle endormie d’où jaillira le Verbe
Mon eau vive
12
Force brute
Onde de choc Errance souterraine La poussée de la sève fébrile impérieuse
Force brute à fleur de peau
Longtemps abandonnée à ses mutilations la croûte terrestre se fissure
s’écartèle implose
Fragile liturgie de germes offerts sans retenue aux frimas aux corneilles
Le printemps
on le pressent on le respire Triomphe et verve
Colin-maillard
Que sont mes fortins mes remparts devenus ? Fétus de paille
Litière de feuilles mortes
rongée par la mélancolie du vieillir Au seuil du crépuscule
de l’outre-noir
je renâcle pourtant aux inventaires ce fourre-tout hérissé de regrets
À d’autres la terre infertile des renoncements Je veux retomber en enfance
Repartir à sauts et à gambades Vers l’aube de l’insouciance À colin-maillard
Je veux jouer avec les tourments Jusqu’à en perdre le fil
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Dégel
En mal de primevères le regard supplie les champs ces morts-vivants
Sous ma botte impatiente
une musique d’éponge salie au dégel Le tourbillon des passereaux
sonne l’alerte
La nature est en quête de truculence de brises sensuelles
Et l’œil d’imaginer déjà le saule pleureur
m’éclabousser de son or
De grâce
Donnez-moi des creux et des bosses des hauteurs béantes
des mirages
Racontez-moi les mille et une folies qu’il me reste à accomplir
Prêtez-moi des plumes de canard pour migrer au bout de l’empyrée Que le poivre de l’inconnu Le miel des secrets bien gardés exaltent mes sens
Que mes victoires intimes se tressent de lauriers roses De grâce ensoleillez mes chagrins Suie de l’âme
Que tout mon être
se couvre du plumetis des myosotis Inventez-moi des pourquoi
Je les laisserai sans parce que
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Nudité
Broderies en rose et blanc au bal des débutantes les fleurs de cerisier
Le nez en l’air au cœur du verger
je respire le murmure des mille et un pétales au teint de porcelaine
Tendresse téméraire offerte à tout vent leur nudité embaume mes peurs allume mes sens
Je danse avec les cieux
Contre-feu
Dans le filet de l’oiseleur Emprisonner les mots de fiel Les mots scorpions
Ces poisons majuscules
Les noyer dans mes eaux souterraines Bulles de savons
Doux éclats de sourire La force du verbe
Je la voudrais soleil levant Valse à dix mille temps Joyeux contre-feu La force du verbe
Pour magnifier le pain quotidien nos plaisirs minuscules
nos métamorphoses La force du verbe À voix basse À voix haute
Quand il se fait caresse Par la magie du verbe…
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Enfance
Un goût de nèfles chair moelleuse
et peau craquante à la dent Goutte de miel sous la figue Pétoles de chèvre sur le chemin mon Eden
en socquettes blanches et tresses au vent Diamant brut des rémanences
à tailler et retailler quand vivifier l’héritage L’indocilité
la sensualité primordiale ces grâces de l’enfance
à défroisser avant la glaciation
Paresse
Senteur soleil L’ego a perdu le cap Disloqué dispersé Sous l’étouffoir de l’été Un fleuve impalpable sinue dans mes pensées Doux murmure fantomatique La raison aux oubliettes La paresse en ses méandres Voyage au creux du moi Volupté régressive Légèreté dansante La paresse
Milieu de nulle part d’où essaimer la magie de l’invisible qui chante
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Hors-jeu
Douce amère
une bisbille d’ailes froissées entre les joncs nouveau-nés Le pas ralentit
les pensées hors-jeu
le regard libellule ne se pose pas À mes pieds nus
la douce morsure d’une eau vive sa charge incantatoire
Le sous-bois ma cathédrale
Bulle de savon
Mes îles de brume implacables geôlières de mon île de lumière Je le sais
J’y vais sans clé En file d’attente
Encore perdue dans mes méandres Je m’offre au chant des pinsons Le choral de leurs roulades boute la joie à mon élan Des oiseaux
enfants du paradis
j’apprends l’art de la fugue le bonheur bulle de savon la clé des champs
En contrepoint
Vers la lumière de mon île
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Frère d’âme
Entre velours et soie un froufrou paresseux
Le fleuve n’est plus qu’un ruisseau son chant un murmure
Sous son manteau de plomb fondu le roi est presque nu
la sécheresse a dépecé sa superbe ses eaux cache-misère
en glissade vers leur bercail Le Rhône mon frère d’âme Contempler sa disgrâce sa beauté défaite
Voie royale de mon déclin
Prêtresse derviche
Tempête dans ma tête Comme une ombre qui passe Et s’incruste
Un ancien chagrin s’est rouvert Boomerang indésirable
de mes brasiers intimes Y plonger à fond de cale Touiller jusqu’à la lie
les questions les réponses du mal d’amour ce bel aveuglement
L’âme en rase-mottes
guette le moindre signe qui l’affranchira Prêtresse derviche
À nouveau maîtresse d’elle-même Un coquelicot
Un pépiement
La course des nuages…
La nature seule a ce pouvoir : réenchanter l’horizon
dégoupiller la joie en ma demeure rapiécée
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Grêle
De glaives et d’épines la grêle
bûcher maudit où l’été vient mourir avant d’avoir vécu
Le ciel s’est brisé a caillassé mon jardin consumé ses fruits Silence ahuri de la nature sidérée Mon cœur en apnée
Odeur de faux qu’on aiguise
Adagio cantabile
Incursion en terre promise où vagabonde un faune aux courbes serpentines
Je le devine à son adagio cantabile à la fraîcheur soudain dispersée à ses parfums cristallins
Sous la futaie
Un ruisseau m’envoûte Lenteur et majesté
Ses frémissements imposent l’immobilité Les pensées font silence
Espiègle et libre d’attaches
L’eau vive me susurre sa noble vérité : l’impermanence
Une pause tendresse en offrande
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Vif argent
Des oiseaux migrateurs la caravane passe
privant de ses éclats la moire des feuillages En un lieu très profond
la ronde des saisons m’électrise Ce matin déjà une écharpe de brume sa clarté ébouriffée
sa cadence fantomatique Alentour la sève s’ensommeille quand en moi s’ébrouent des lutins qui exigent du péril
Leur donnerai carte blanche pour enflammer mes crépuscules
rythmer mes pas sous le ciel de septembre ce vif argent
Cœur décousu
Les arbres en dentelles Noir contre-jour
Corps à corps avec le ciel de novembre taraudent la tristesse
tout au fond Un jour un matin
je saurai y planter les crocs l’exploser
l’évaporer
Volutes de liberté
dans le silence des oiseaux partis à jamais vers des contrées éblouissantes
me laissant esseulée cœur décousu éperdu de promesses
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Fou du roi
Plus verte plus loin l’herbe d’ailleurs ?
Misère et splendeur de mes leurres Quand l’ennui me prend
des eaux tranquilles Quatre à quatre
grimper l’escalier à vis sans fin des désirs
Candide en mes vertiges Me percher au plus haut Cartographier l’horizon Là où les jeux ne sont pas faits Où l’écho du chaos scande l’urgence de donner sa chance au fou du roi en moi Où – infante du paradis –
Butiner des chefs-d’œuvre
Goulûment
Sans miel sans fiel Cœur empierré
dans le vacarme ambiant Ce n’est pas vivre
Au feu les peurs les regrets Ces bottes de plomb À moi les failles les accrocs Les fulgurances les bombances Goulûment
Capturer la couleur du ciel Ses pépites
Escalader le temps suspendu de la fange à l’azur
Je veux et j’exige
des fleurs aux balcons de nos prisons Cultiver le goût de la fable
de l’inachevé
Dessiner des envies – ces joyaux – Croquer le fiel comme le miel Rester vivante
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Chant exorciste
Sous les feuilles mortes de mon roman noir
une cueillette sauvage en germination Puissance invaincue
de qui sait voir dans le brouillard une voie lactée
De fêlures en craquelures L’esprit fermente
Entonne un chant exorciste Part à la chasse au chagrin Et désentrave l’oiseau de liberté
L’absence
Rock ou baroque
Un cœur de chat sauvage Au bois dormant
Prisonnier volontaire Offert au chant des sirènes Mer déserte ciel étale L’absence
Pure présence en silence
Tour d’ivoire constellée d’attentes Dense pénombre
où l’imagination galope à contrevent Et tisonne la tendresse
En secret
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Sans balisage
Quand implosent les pivoines Et que mûrissent les cerises L’heure est venue
d’ajouter une pierre à ma couronne
Guerre et paix gravées au poinçon du destin sur la mosaïque des ans
Chef-d’œuvre en devenir d’un cœur béant rétif à se laisser dompter
Ma vie sans balisage
Insatiable naïve en mon cocon de lune À saute-mouton vers l’inconnu
Paroles et prunelles au vent
Je lance ma couronne sans royaume aux nuages en cavale
Princesse rebelle
Champ contre-champ
Le cerveau funambule s’éparpille Voile ferlée devant une églantine Tendresse sainte-nitouche Aujourd’hui frêle broderie
Demain ronce toutes canines dehors À contempler sa fragilité
Mon trop-plein s’enfuit Songe d’hirondelle
Une petite fugue en apesanteur
Où toiser de très haut le manège des servitudes Où m’inventer – princesse rebelle –
un cœur de louve
34
S’arrimer au vent
Sur une ligne de faille Tracer sa piste aux étoiles Sans viatique
Impavide
Capturer l’instant-clé de l’oiseau quittant le nid sa vaillance
sa constance aussi
pour conjurer l’épouvante Et s’arrimer au vent
complice des buissons ardents
Châteaux de sable
En eaux profondes Un fado erratique
Ronde sans épicentre de la mélancolie À l’étroit dans la partition
Toujours ce goût d’inachevé Ce corps-à-corps avec la Beauté Inaccessible
Nos ailes et nos carcans
Recto verso signent nos mises en scène Châteaux de sable déracinés
L’âge d’or en lambeaux
Quand bien même : la gourmandise la curiosité
la bravoure
l’émerveillement comme un appel d’air De la vie l’incessant surgissement
36
Un âge de perles
Sur la crête en solitaire
Humer la rumeur de la vie en soi Entre vagues et ressacs
S’aimer soi-même S’aimer quand même
Troquer son âge de plomb pour un âge de perles À d’autres abandonner la quête éperdue de l’équilibre ce non-sens
Sans domicile fixe dans les vents du large débander son cœur
L’incandescence en bandoulière La vie en roue libre
Colère
Nuit sans lune la colère
Galops tenus en laisse
d’un pur sang venu du fond des âges cliqueter sa rage
Sainte colère qui porte en creux des rêves piétinés Mêlant le feu et la glace Expulsion jubilatoire Gestes et cris d’insoumise Saine colère
38
Collier sans fil
Exsangues et vaporeuses Les chimères
Exil dans la nuit
Cœur blessé dans l’attente L’aube poindra
Blanche et molle Jour somnambule Gestes automates Collier sans fil qui roule ses perles à sens unique
vers un ailleurs improbable
Débandade
Comme au ralenti capturer l’abandon
libérer le silence du conte à ciel ouvert L’arrière-automne aux yeux bandés sa musique rapiécée
ses icônes dénudées
débandade à l’appel des couvre-feux Du paysage quelque chose échappe un soupir
un sortilège
De l’âge d’or à l’âge de glace la beauté chahute ses codes consent à l’austérité
offerte au baiser morsure du vent Et déjà ce parfum de brumes
40
Le vif de la chair
J’irai chanter sur vos tombes mes papillons noirs
J’en ferai des confettis des bulles de savon
des bouquets de printemps pour l’automne J’irai danser en silence
sur l’aile des libellules sur les tapis volants Mes chaînes ? Poussière de néant
J’irai lacérer la nuit de ma joie si neuve d’avoir ressurgi du puits des disgrâces J’irai planter des mots doux sur le terreau de mes vertiges J’irai vendanger les feux de l’amour Y mordrai le vif de la chair
jusqu’à plus soif ni faim Et rejaillira mon rire d’enfant
Parler aux pierres
Un rire de cendres au pied de la falaise Marbre des angoisses
Du cœur fermé chercher la faille Libérer le souffle
Ignorer la plainte des orages en puissance Ruser avec l’écho des soupirs échoués au plus près du chaos
Brûler les attaches
Dans la lumière du vivant enraciner la fleur à venir
Comme un enfant qui joue aux billes parler aux pierres
les entendre chanter Ferveur indomptée
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Ébranlement
Sur la corde floche du subconscient des velléités tissées d’augures Distraitement l’air de rien dans le bac des souvenirs je farfouille
Tutus nez rouges et déguisements en surgissent
et le goût de la scène ce lieu d’ébranlement entre cour et jardin
À cœur joie renouer avec le théâtre Consentir à l’inconfort
à l’outrance
au caillou dans la chaussure Débusquer du tréfonds
les monstres les anges les démons ces autres moi-même
Jusqu’au point de bascule
Feu l’oiseau
Vert bleu noir l’œil voilé Une mésange morte sur le pas de ma porte Du bout du doigt
une caresse au froid velours et la morsure des questions
Feu l’oiseau quel est ton message ?
« Croquer la vie immédiate même abîmée désolée…
mais la vie ! » Feu l’oiseau
Ton silence étranglé dynamite ma peur Chant de métamorphose
Source d’une force insoupçonnée sur le chemin de crête
Une mésange bleue morte à mes pieds Lever de rideau sur une saison inconnue L’amour à son apogée
44
Ma couronne
Le divin enfant, c’est moi, là au sortir d’un noir solstice un raid en territoire ennemi entre les pinces d’un crabe brûleur de frontières
Sa défaite éclair a restitué ma couronne oubliée dans les plis du mal
Et me voit libre en mon royaume Dans mon berceau nouveau Retrouver le goût de l’instant l’impétuosité
la gourmandise la joie contagieuse En habit de lumière Retailler la robe des jours
Dans la friche
Au satin de ses lèvres un léger parfum dans le jardin d’hiver
l’orchidée mon maître à penser Fleur de cire candide
son immobilité carnassière sonne la charge :
« Dépose ton armure lâche le volant
perds-toi dans la friche Acquiesce enfin !
tourne-toi vers la lumière sens sourdre la sève joue, chante, danse, ris ! À ta part d’enfance renoue le fil
au baluchon de la tendresse »
46
À cloche-pied
En cavalcade dans les sous-bois de la conscience Un froufrou une éruption
Ni modèle ni soumise
La petite fille en moi défroisse sa voilure comme nouvelle
Jouer à la vie à cloche-pied par pur plaisir de puiser dans mon sac à malices
Sentir vaciller le socle des certitudes M’offrir l’anarchie
son ampleur romanesque Inspiration improvisation mes mantras pour une vie libre Un conte à ciel ouvert
Au bout des cils
De partout de nulle part
Les sentiers duveteux du voyage immobile La bride sur le cou
un vaisseau imaginaire chevauche les plus hautes cimes Éblouissantes caresses
Accrochés au mât
rubans et amulettes disloquent la peur Ni Bali ni Pérou au pays de mes merveilles La splendeur au bout des cils
le féérique esquif file au bout du monde À sens unique
il franchit le seuil de l’inconcevable jusqu’à la source de l’innocence contrée sans naufrages
48
Coup de grisou
La fièvre d’un regard
incendie les vieilles dentelles de la sérénité
Où l’ivraie ? Où le grain ?
Une félicité inconnue déploie ses ailes légère et court vêtue
Coup de grisou dans le ciel trop bleu de la tranquillité
Sens dessus dessous l’humus de la mémoire dynamite ses fossiles Une fois encore le printemps en hiver Coup de foudre
Au creuset de l’encens
Surgie de l’oubli Une joie m’étreint
par surprise au seuil d’une église Un goût de renouveau
infuse le capharnaüm de la mémoire Au creuset de l’encens un cocon se tisse en quête d’avenir
Et je me sens libre
d’enjamber les jardins des jours et des nuits d’avant les meurtrissures
Le corset des regrets se desserre la grappe des souvenirs se sublime Je suis neuve
50
Hydromel
Sous mes lèvres closes
son regard plantera des tournesols Ailleurs très loin
j’irai au fond des gouffres chanter son prénom de légende et célébrer ses pensées mauves J’emprisonnerai ses mains ailées dans la spirale de d’infini jusqu’au faîte du désir
À l’hydromel de nos échappées belles je m’enivrerai beauté nue
Dans le poids du secret
j’arrimerai mon âme à la sienne Et fleuriront nos tournesols
L’attente
Galops dans ma tête l’inquiétude me déchire l’espoir me recoud Silence de glace sur mes élans perdus Une si longue attente
comme une sève qui redescend qui se terre
tigresse à l’affût
52
Velours
Parties les oies sauvages vers une aube pourpre la saveur du ciel
s’effarouche encore de leurs ailes Quand la mémoire s’effrite au-dessus de la mêlée
je tends mes lèvres au regard velours miellée angélique enrobant de lumière mon endroit
mon envers
Haut vol
Jeu d’esquive Salut par l’exil
Hors de nos empires écroulés l’imaginaire sculpte sa voie jusqu’aux fissures du rêve D’un battement de cils
Incarner le songe d’une hirondelle Caresser des pelages nouveau-nés Attiser mille feux
Faire corps avec les temps les plus infimes les silences de haut vol
le parfum des nuées Perdre le cap S’enivrer de rien Une fois encore à l’impatience de vivre se laisser prendre
54
Sans retour
Dansez pavanes Chantez chaconnes Dans mon jardin endormi comme une jubilation d’eau vive éprise d’amour
Tant pis si les scénarios ralentissent et que s’éteignent les lanternes magiques la vie est là
qui n’attend pas D’écluse en écluse la rivière sans retour
me dévoile le pouvoir cosmique de la joie mon port d’attache
Sans foi ni loi
Les mots – mes mots J’irai les pêcher
dans les puits sans fond J’irai les cuisiner à grand feu avec des riens des plus ou moins J’irai les chanter sous la braise du gel nocturne et souverain
J’irai les plaquer à la falaise des sinécures avant qu’ils imposent
une logique sans foi ni loi Les mots – quels mots ? Du vent
56
Sang d’encre
Irréversible irrépressible
une voie où les mots vont à l’instinct dévoiler les naufrages de mes eaux douces les promesses de mes eaux troubles À la pêche aux perles
florilèges et imbroglios surnagent sans fard
Pris dans mes filets impérieux les mots pêle-mêle s’acoquinent en vers volatils
Œuvre au noir ou chant d’allégresse
L’écriture mon sang d’encre
Table des matières
Le pas ailé 7
Nomade 8
Terre brûlée 9
Epiphanie 10
Belle endormie 11
Force brute 12
Colin-maillard 13
Dégel 14
De grâce 15
Nudité 16
Contre-feu 17
Enfance 18
Paresse 19
Hors-jeu 20
Bulle de savon 21
Frère d’âme 22
Prêtresse derviche 23
Grêle 24
Adagio cantabile 25
Vif argent 26
Cœur décousu 27
Fou du roi 28
Goulûment 29
Chant exorciste 30
L’absence 31
Sans balisage 32
Princesse rebelle 33
S’arrimer au vent 34
Châteaux de sable 35
Un âge de perles 36
Colère 37
Collier sans fil 38
Débandade 39
Le vif de la chair 40
Parler aux pierres 41
Ébranlement 42
Feu l’oiseau 43
Ma couronne 44
Dans la friche 45
À cloche-pied 46
Au bout des cils 47
Coup de grisou 48
Au creuset de l’encens 49
Hydromel 50
L’attente 51
Velours 52
Haut vol 53
Sans retour 54
Sans foi ni loi 55
Sang d’encre 56
De la même auteure
Le loup qui aimait trop les moutons..., contes pour enfants, Éditions Amalthée, Nantes, 2017.
Dans l’escarcelle du vent, Éditions des Sables, Genève, 2018.
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en octobre 2019