CLINIQUE /CLINICS
Étude épidémioclinique et thérapeutique des condylomes vénériens dans un service de dermatovénéréologie (CHU Treichville, Abidjan, Côte d ’ Ivoire, 2013-2016)
Epidemioclinical and Therapeutic Study of Condylomas (Genital Warts) in Dermato-Venereology Department (CHU Treichville, Abidjan, Côte d
’Ivoire, 2013-2016)
S. Kourouma Hamdan · I. Kouassi Yao · A. Diabaté · J. Ecra Elidje · M. Kaloga · C. Ahogo Kouadio · P. Gbery Ildevert · A. Kouassi Kouamé · S. Allou Sylvain · K. Kassi · K. Kanga · A. Sangare
Reçu le 19 mai 2017 ; accepté le 4 décembre 2017
© Société de pathologie exotique et Lavoisier SAS 2018
RésuméNous avons réalisé une étude rétrospective au sein du service de dermatologie du CHU de Treichville d’Abid- jan pendant quatre ans. Trois cent cinquante cas de condylo- mes vénériens ont été recensés (1,5 % des hospitalisations en dermatologie) ; une moyenne d’âge de 29,37 ans ; une pré- dominance féminine (51,3 %) et un sexe-ratio (H/F) de 0,94.
Nous avons observé un condylome géant dans 0,9 %, une localisation à la vulve (47,7 %) et aux organes génitaux externes masculins (34,6 %). Le dépistage du VIH-1, réalisé dans 60,8 % des cas, s’est avéré positif dans 80,7 % des cas, toujours avec VIH-1. L’électrocoagulation a été le traitement de choix (93,1 %), suivie de la cryothérapie (15 cas), la chi- miothérapie (6 cas) et la chirurgie (3 cas). Des récidives ont été relevées dans neuf cas (2,6 %), dont plus de la moitié avant un mois.
Mots clésCondylome · Épidémiologie · Peau noire · Traitement · Hôpital · Abidjan · Afrique intertropicale
SummaryWe have conducted a retrospective study in the dermatology department of the CHU Treichville in Abidjan during 4 years. Three hundred and fifty cases of venereal warts were recorded with a hospital frequency of 1.5%, an average age of 29.37, a female predominance (51.3%), and a
sex ratio (M/F) of 0.94. We have observed a giant condy- loma in 0.9%, a main localization to the vulva (47.7%) and male genitalia (34.6%); HIV testing carried out in 60.8% of patients was positive in 80.7% of cases, all HIV1. Electro- coagulation was the mean treatment (93.1%), followed by cryotherapy (15 cases), chemotherapy (6 cases), and surgery (3 cases). Recurrences were reported in 9 cases (2.6%) of which more than half has occurred within a month.
Keywords Condyloma · Epidemiology · Black skin · Treatment · Hospital · Abidjan · Sub-Saharan Africa
Introduction
Les condylomes vénériens sont des infections sexuelle- ment transmissibles (IST) dues aux papillomavirus humains (PVH), associées dans près de 90 % aux géno- types 6 et 11 [2,3]. Leur prévalence est de l’ordre de 1 000/100 000 habitants dans les pays industrialisés [5] et leur incidence ne fait qu’augmenter partout dans le monde [10,12]. En Afrique subsaharienne et du Nord, l’incidence dans la population n’est pas connue. Cependant au Burkina Faso et au Togo, ils sont les plus fréquents des IST [1,9].
En Côte d’Ivoire, il n’existe que des données parcellaires, d’où le but de cette étude de décrire les caractéristiques épidémiocliniques et thérapeutiques des condylomes traités dans le service de dermatologie du CHU de Treichville d’Abidjan.
Matériel et méthode
Nous avons mené une étude rétrospective descriptive, pen- dant quatre ans (1erjanvier 2013 au 31 décembre 2016) au
S. Kourouma Hamdan (*) · I. Kouassi Yao · J. Ecra Elidje · M. Kaloga · C. Ahogo Kouadio · P. Gbery Ildevert ·
A. Kouassi Kouamé · S. Allou Sylvain · K. Kassi · K. Kanga · A. Sangare
Service dermatologie CHU de Treichville,
université Félix Houphouët Boigny, Abidjan, Côte-d’Ivoire e-mail : [email protected]
A. Diabaté
Service de dermatologie CHU de Bouaké,
université Alassane Ouattara, Bouaké, Côte d’Ivoire Bull. Soc. Pathol. Exot. (2018) 111:1-4
DOI 10.3166/bspe-2018-0003
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sein du service de dermatologie–vénérologie du CHU de Treichville, un des centres de référence en Côte d’Ivoire.
Ont été inclus tous les patients, sexe et âge confondus, vus en consultation et en hospitalisation, dont le diagnostic de condylome vénérien a été retenu cliniquement et/ou histolo- giquement. Les fiches d’enquêtes comportaient des informa- tions sur les données sociodémographiques, cliniques, théra- peutiques et évolutives.
La saisie, le traitement et l’analyse des données ont été effectués par les logiciels ACCESS 2010 et EPI INFO 5.3.1
Résultats
Nous avons recensé 350 cas sur 23 333 patients, soit une fréquence hospitalière de 1,5 %. La moyenne d’âge était de 29,3 ans [1–74 ans]. On notait une prédominance féminine (51,3 %) et un sexe-ratio (H/F) de 0,94. Chez la femme, l’infection débutait dans la tranche d’âge de 10 à 20 ans pour atteindre un pic à 20 à 30 ans (Fig. 1). Chez les hommes, elle survenait chez les 20 à 30 ans pour atteindre un pic en pla- teau dans les tranches d’âge de 30 à 40 ans et 40 à 50 ans (Fig. 1). Soixante-cinq patients (18,5 %) utilisaient réguliè- rement le préservatif. Les hommes avaient eu deux ou trois partenaires sexuels les trois derniers mois dans 42,1 % des cas. Les femmes avaient eu un seul partenaire sexuel les trois derniers mois dans 82,1 % des cas. Une tumeur de Buschke a été retrouvée dans trois cas (0,9 %).
Les lésions siégeaient chez la femme dans 47,7 % des cas au niveau de la vulve uniquement (Fig. 2). Chez les hommes, les condylomes étaient surtout localisés sur les organes géni- taux externes (34,6 %). Les autres localisations observées : plis interfessier, inguinal, méat urinaire, anus, bouche (Fig. 3).
La sérologie VIH a été réalisée chez 213 patients, soit une fréquence de dépistage de 60,8 %. Elle était positive chez 172 patients (80,7 %) et il s’agissait du VIH-1 chez tous.
La moyenne d’âge des patients séropositifs était de 28,7 ans [15–68 ans]. Il y avait une prédominance féminine chez les VIH positifs (52,3 %) et un sexe-ratio (H/F) de 0,91.
Chez les femmes séropositives, les lésions siégeaient au niveau de la vulve et du vagin dans 31 cas (44,3 %). Chez les hommes, les lésions étaient plus souvent observées sur les organes génitaux externes (67,4 %). L’électrocoagulation a été le traitement de choix dans 326 cas (93,1 %), plus rare- ment la cryothérapie (15 cas), la chimiothérapie avec la podophyllotoxine (4 cas) et le 5 fluorouracile topique (2 cas). L’exérèse chirurgicale complète de la tumeur a été pratiquée dans trois cas. Des récidives ont été relevées chez neuf patients (2,6 %), dont 5/9 avant un mois.
Discussion
La fréquence hospitalière des condylomes vénériens de notre étude (1,5 %) est superposable à celles du Burkina Faso (1,1 %) [1] et des pays industrialisés (1 %) [5,10].
La moyenne d’âge (29,37 ans) est proche de la France (31,2 ans) [4]. Plusieurs études ont noté une prédomi- nance des 15 à 35 ans avec des fréquences de 300 à 800/100 000 habitants [6–8,11]. Les jeunes femmes (20– 30 ans) semblent plus précocement atteintes que les hom- mes (30-40 ans), cela s’expliquant par une sexualité plus précoce avec des hommes plus âgés. Les lésions étaient surtout vulvaires (47,7 %) concordant avec d’autres études européennes (fréquences de 40 à 76 %) [4,10]. Ce siège avec lésions visibles les pousserait plus souvent à consulter que les localisations au vagin et au col, découverts surtout
Fig. 1 Courbe d’évolution du nombre de cas de condylome selon la tranche d’âge / Evolution curve of the number of cases of warts according to age group
2 Bull. Soc. Pathol. Exot. (2018) 111:1-4
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par le gynécologue. Les hommes semblent consulter plus tardivement lorsque les lésions sont étendues. Ce constat souligne l’importance du dépistage systématique des parte- naires sexuels des femmes atteintes. Deux tiers des patients ont été systématiquement dépistés. Ce taux demeure bas pour un centre de référence et selon les recommandations nationales. Cela semble démontrer la non-adhésion ou la
mauvaise application de celles-ci par les praticiens dans leur pratique. La prévalence du VIH est très élevée dans notre étude (80,7 %, car les patients hospitalisés sont plus souvent atteints de pathologies sévères, en particulier infection par le VIH ; seules les lésions les plus importantes et profuses, plus fréquentes chez les patients immunodé- primés, sont dépistées), contrairement à celle de la France (0,99 %) avec une moyenne d’âge de 20,7 ans [4] ; diffé- rence déjà rapportée en Afrique subsaharienne et en Côte d’Ivoire où elle atteint surtout des jeunes adultes. Le traite- ment est largement dominé par l’électrocoagulation, tou- jours disponible dans nos hôpitaux publics. Cette réalité diffère de la France où la cryothérapie représente l’arme thérapeutique majeure [4].
Conclusion
Les condylomes sont peu fréquents et touchent surtout les jeunes femmes au sein du service de dermatologie–vénéro- logie du CHU Treichville d’Abidjan. Ils sont associés à une forte séroprévalence VIH (80,7 %). L’électrocoagulation est le traitement de choix.
Liens d’intérêt :Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêt
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Fig. 2 Condylomes de la vulve chez une jeune femme / Vulvar warts in a young woman
Fig. 3 Condylomes des organes génitaux externes chez un homme / External genital warts in a man
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