IMBROGLIO DALMATE
DU MEME AUTEUR Dans la collection « Espionnage » :
L'espion malade.
Le commando.
Toi, l'espion.
Comment le descendre ? Le vent de l'Est.
Dans la collection « Spécial-Police » : Les frelons.
Notre abonné de Hong-Kong.
L'heure noire.
Marjorie cruelle.
AUX « PRESSES DE LA CITE » Dans la collection « Jean Bruce » :
Un certain Coronella.
La fille de l'ombre.
Le Caire a ses raisons.
(en collaboration avec Marc Hillel) : Opération Adolf.
(en collaboration avec Pierre Andro) : Santa Furia.
Castro suractivé.
Mais qui a tué Monsieur H?
RICHARD CARON
IMBROGLIO DALMATE
ROMAN D'ESPIONNAGE
EDITIONS FLEUVE NOIR 69, Boulevard Saint-Marcel - PARIS-XIIIe
© 1965 « Editions Fleuve Noir », Paris. Reproduction et traduction, même partielles, interdites. Tous droits réservés pour tous pays, y compris l'U.R.S.S. et les pays scandinaves.
Il va de soi que l'œuvre qui suit est de pure imagination.
Sauf le « MIS Aleksa Santic » (prononcez Santitch) qui existe bel et bien.
Je remercie M. Luc Pépin, direc- teur de « Transports et Voyages » de me l'avoir fait connaître.
Bien amicalement, R.C.
PROLOGUE
L'Aleksa-Santic s'éloignait du quai. Un groupe d'une demi-douzaine de personnes agita des mouchoirs comme c'est l'usage. Trois sol- dats yougoslaves, particulièrement désœuvrés, qui déambulaient par-là dans leur espèce de treillis verdâtre sale, se joignirent à eux et firent de grands gestes de la main.
Petit à petit, le port d'Opatija, si clinquant, se réduisait aux proportions d'un jouet, d'un paysage pour train électrique.
Quelques passagers sur le promenade dek discutaient bruyamment, en allemand. Fedric de Garbo se tourna de l'autre côté.
La mer, à l'horizon, s'estompait dans une bru- me blanchâtre, comme de la vapeur.
Le bateau longeait maintenant la côte.
Cette côte dalmate sauvage et belle, découpée en dentelle étonnante.
« Trois jours de détente avant l'action », compta Fedric.
Il redescendit sur le pont supérieur à l'arrière du bateau. Deux rangées de chaises longues s'y tournaient le dos. D'autres touristes, également allemands, s'interpellaient en re- gardant le paysage. Fedric nota la présence, accoudé seul au bastingage, d'un passager soit anglais, soit français. Un homme à la soixantaine alerte, cheveux blancs, vêtu en yachtman, pantalon clair et blazer bleu ma- rine croisé.
Fedric poussa la porte du bar avec l'inten- tion de l'étrenner. Il alla s'installer au comptoir.
— Whisky !
Le barman en veste blanche ressemblait à Donald le canard, mobilité des yeux y comprise. — Francése ? fit-il en versant le scotch et en pointant son doigt vers Fedric qui hocha la tête.
Le bar ne comportait pas de tabouret, ce qui était bien dommage. Des petites tables de bois blanc vernis avec dessus de verre et des banquettes de cuir marron et capitonné, qui donnaient sur la mer par des baies vitrées, en- touraient une piste de danse. Quatre maigres plantes vertes en attendaient une cinquième pour jouer aux quatre coins. Dans un angle, un pianiste aux cheveux noirs et luisants tirés en arrière.
« L'image même de la tristesse » égrenait quelques notes.
L'Aleksa Santic passait entre des îles qui
paraissaient inhabitées. De loin, la végétation ressemblait à de la mousse, à des lichens. Elle tentait de monter à l'assaut des rochers cou- leur de craie.
— Mangare peanuts, bitte ? fit le barman en proposant des cacahuètes dans une soucoupe.
Fedric accepta et se mit à grignoter tout en sirotant son whisky à l'eau plate.
Comme Fedric était son seul client pour le moment, le barman lui fit la conversation.
Conversation « bateau » bien entendu. Beau temps, bonnes vacances, des poissons, le ciel est bleu, la mer est verte. Pas de Gitanes ni de Gauloises à bord, seulement des cigarettes you- goslaves et des américaines. Le scotch à trois cent soixante-dix dinars, ce qui équivalait à peu près à deux francs. Le barman s'appelait Pepi. En plus d'un étonnant répertoire de gri- maces, il utilisait un sabir compliqué, fait d'un mélange d'allemand, d'anglais et d'italien, avec, très rarement, quelques mots de français.
Fedric quitta le bar pour rejoindre sa cabine. Les premières classes se trouvaient sous le bar et le restaurant, les secondes encore en dessous. Il fallait descendre un escalier et pas- ser devant le moteur qui grondait en cadence et qui dégageait une chaleur d'huile étouffante.
A mi-coursive des premières, Fedric occupait la cabine 14, située à tribord.
Elle n'était pas grande, mais confortable.
Un lavabo, une armoire de toilette, une pen- derie, un bureau et une chaise. Deux cou- chettes superposées pour lui tout seul. Fedric dormirait sur celle du haut, toujours plus agréable, au niveau de l'unique hublot. Une porte communiquait avec la douche et les waters. Fedric défit sa valise et rangea ses affaires. La climatisation était un peu trop efficace : il faisait un peu frais.
Vers seize heures trente, le soleil qui n'avait travaillé ce jour-là que d'une façon très moyen- ne se mit à décliner. Crikvenica constituait la première escale de la croisière. Un petit port, une petite plage au pied des contreforts de la montagne Kapela.
Fedric se changea. Pull-over léger, par- dessus son polo, pantalon de toile gris et espa- drilles à semelle de corde et dessus de cuir achetées en Italie. Il descendit sur le quai, heureux de se retrouver solitaire dans un pays, dans une ville étrangère.
Une esplanade le long de la mer — allées et massifs — aboutissait à un jardin public assez grand et à une plage. Des cabines pour se déshabiller et des casiers à clé pour entre- poser les vêtements. C'était un dimanche. Quel- ques baigneurs remontaient de l'eau. Des en- fants jouaient sur le sable. Des couples et des groupes se promenaient dans les allées. Une impression de calme et de bonheur simple.
Le cocktail de bienvenue eut lieu à dix-neuf heures environ dans le bar du bateau. Le capi- taine déclina son identité, Ivancic Paolo, et prononça son petit discours dans sa langue.
Tous les passagers, au total une trentaine de personnes, se trouvaient là, verre en main.
Vingt-six Allemands et quatre Français. Les Allemands étaient des directeurs d'agence de voyage venus essayer la croisière.
Un jeune homme blond, très aryen, prit à son tour la parole. Il se prénommait Karl. Il représentait la direction du pool des agences Touropa. Karl parlait parfaitement le yougo- slave. Il traduisit le speech du capitaine en allemand et, par égard pour la minorité, le ré- suma en français.
Aleksa Santic était le nom d'un poète na- tional yougoslave, mort, dont la Jadrolinija, la compagnie nationale de plaisance, avait tenu à honorer la mémoire. Le bateau était un ancien day boat de cinquante-cinq mètres transformé en yacht. Vingt-trois cabines dou- bles. L'équipage comportait vingt-huit hom- mes dont la moitié aux machines, deux offi- ciers de pont et deux officiers mécaniciens.
Plus, quatorze camériers. Nous étions en dé- but d'octobre et l' Aleksa Santic effectuait sa dernière rotation de l'année. Il y aurait possi- bilité de faire du ski nautique et de la pêche sous-marine.
Puis ce fut le premier dîner à bord. Fedric se changea de nouveau. Un costume en alpaga foncé, genre petit smoking, ce qui était ample- ment suffisant. Il s'aperçut en définitive qu'il était un des plus habillés. Chacun avait passé un complet, mais on voyait des teintes claires. Le maître d'hôtel l'accueillit à l'entrée de la salle à manger et le conduisit à sa table.
Les quatre Français seraient ensemble. Ils se présentèrent. L'homme aux cheveux blancs et à l'allure d'ancien sportif dont Fedric avait remarqué la présence sur le pont supérieur lors du départ dit son nom : André Chaville.
Les deux autres aussi se présentèrent. Fe- dric possédait sur eux un sacré avantage. Il les reconnaissait parfaitement. M Ange Par- doni, avocat à la cour d'appel de Paris, et sa jeune maîtresse, Irène Chaptal. Ils ressem- blaient exactement aux photos qu'on lui avait montrées au service.
Pardoni avait l'âge de Chaville, la cinquan- taine passée, mais en plus adipeux, le teint couperosé et le cheveu clairsemé. Il faisait de longues phrases d'une voix grave et émue.
Même lorsqu'il demandait le sel, on avait l'im- pression qu'il plaidait une cause désespérée.
Son amie était blonde, pas très grande et plutôt grassouillette, complètement myope et très reposante. Elle n'abordait que des sujets
du genre : sa position par rapport aux crèmes solaires, ses craintes métaphysiques face aux colorants artificiels pour les teintures de che- veux, sa philosophie des bains de mer et ses thèses concernant le monokini.
Leur conversation à table n'était plus un dialogue, mais une addition de deux monolo- gues. Elle prenait cette allure :
— C'est un produit idéal pour les points noirs, disait Irène Chaptal. Ils disparaissent en un rien de temps. C'est américain, je crois.
— Un procès politique, certes, mais aussi et c'est certain, le procès, je le répète, d'un homme que des circonstances, avant tout quo- tidiennes..., disait M Pardoni en tapotant la main de sa maîtresse.
— Ah vraiment? disait poliment Chaville en répondant aux deux.
La nourriture était copieuse et lourde, pour tout dire assez allemande. Fedric se demanda s'il s'agissait du goût du pays ou si c'était pour flatter la clientèle majoritaire. Au cours du repas, Fedric parla peu, ne s'adressant pratiquement qu'aux deux hommes, n'ayant à l'égard d'Irène Chaptal qu'une atti- tude courtoise et lointaine.
Après le dîner, il déclina l'offre de Pardoni d'aller prendre un alcool au bar. Il préférait une petite promenade digestive sur le quai.
Il dirigea ses pas vers une grande façade
illuminée qui portait le nom d'Hôtel Interna- tional et d'où provenaient les accents d'une musique. Une construction de béton, carrée et moderne. Il y pénétra, pour voir. Une immense salle au rez-de-chaussée. Le premier étage : une galerie qui faisait le tour et donnait sur la salle du bas au centre de laquelle était une grande piste de danse. Mais cette piste, pour le moment, était encombrée de tables, de chaises et de clients. Fedric par- vint à déchiffrer une affichette sur un pilier.
Il comprit qu'on avait le droit en Yougoslavie de danser tous les jours lors de la saison d'été, mais, passée celle-ci, seulement le lundi soir.
Du reste, un concours de twist était prévu pour le lendemain à Crikvenica.
Fedric savait que le bateau partait à minuit en direction de sa seconde escale, l'île de Losinj. Il n'était guère que dix heures du soir, mais il se sentait un peu fatigué.
En regagnant l' Aleksa Santic, Fedric croisa Irène Chaptal, seule, qui se promenait sur le quai. Elle aurait sans doute voulu engager la conversation. Il la découragea par un sourire tout juste poli et s'engagea sur la passerelle.
Avant de s'endormir, Fedric dressa un bi- lan. Il revit en songe la succession des événe- ments qui l'avait conduit jusqu'ici, depuis l'af- faire de la rue Bayard.
PREMIÈRE PARTIE
CHAPITRE PREMIER
Jacques Martin racontait une histoire drôle à Michel Cogoni en buvant un verre de rhum (V'lan, passe-moi les punches !) lorsque la fem- me pénétra en coup de vent dans le bar-res- taurant, après avoir malmené une porte, il est vrai parfois dure à ouvrir. A première vue, elle ressemblait à Sophia Loren — le nez et les yeux, surtout —, mais elle était plus petite que la célèbre actrice italienne.
La femme ne s'arrêta pas aux porteman- teaux en file indienne sur sa gauche, le long d'une glace murale, pour déposer son imper- méable mouillé — du nylon imprimé à la ma- nière d'une peau de léopard, très cintré à la taille. Le bar, assez étroit dans le sens de la largeur, était bourré de clients. Une forte majorité de gens de Radio-Luxembourg, la sta-
tion de radio qui a ses studios juste en face.
Pour se frayer un chemin à travers tout ce monde, la femme heurta des dos et des épaules au passage. Elle ne s'excusait pas. Elle avait une façon de se déplacer comparable à un cyclone tropical.
Savy, le patron du bistrot, derrière son bar, assis à la caisse et qui faisait ses comptes, re- leva la tête et pensa à ce moment précis que cette femme avait l'air d'une folle.
Par exemple, elle était un peu dépeignée.
Plus exactement, son chignon tenait mal. Il était mal équilibré. Ce n'était d'ailleurs pas tant ce détail d'un négligé apparent, mais plutôt cette lueur farouche qui dansait dans ses yeux qui faisait penser qu'elle était folle...
Dès cet instant, Savy eut le pressentiment que quelque chose allait se passer et il sauta de son tabouret. Il était de taille moyenne, il avait la figure ronde et il portait un gilet de laine tricoté par sa femme. D'ordinaire, on le voyait souriant et rouge de teint. Là son sourire s'était figé, et il était devenu pâle.
L'établissement comporte deux salles dis- tinctes. La première, avec le bar et, lui faisant suite deux rangées de tables absolument symé- triques, divisées par une allée centrale. Chaque table était séparée de la suivante par de hautes banquettes. On se croirait dans un Wagon-
restaurant, la trépidation en moins. La seconde salle, uniquement restaurant, en enfilade de la première, est nettement plus large.
La femme qui ressemblait à Sophia Loren fonça directement vers la salle du fond. André Bourillon qui déjeunait en compagnie de Chris- tine Fabrega et du dessinateur humoriste Tro- py interrompirent leur conversation, interlo- qués, pour la regarder passer.
Entre la première et la seconde salles, il y a, chez Savy, une sorte de petit vestibule qui donne accès aux toilettes. La pseudo Sophia Loren stoppa là, et son regard, de l'entrée, balaya la salle bruyante qu'elle découvrait.
Manifestement, elle cherchait quelqu'un.
Soudain, ses yeux se fixèrent. Pendant deux ou trois secondes, elle regarda intensément les occupants d'une petite table qui se trouvait juste dans le fond. Un homme et une jeune femme sans grande particularité. Ils en étaient au dessert. Ils souriaient tous les deux en se tenant la main par-dessus les assiettes. L'hom- me était large d'épaules et devait être assez grand. La jeune personne qui lui faisait face, vêtue d'un tailleur rouille, était très brune.
Savy s'était, machinalement, lui aussi, frayé un chemin à travers la foule de ses clients et il avait suivi la femme à l'air de folle.
Brusquement, comme si un ressort long- temps retenu se détendait enfin, elle se dirigea
à grandes enjambées droit vers la table du couple qui déjeunait dans le fond de la salle.
Au passage, elle bouscula Pierre, le serveur auvergnat, qui arrivait dans l'autre sens avec deux plats de spaghetti. L'un des plats se fra- cassa par terre, et l'autre atterrit sur une nappe où il fit voler un verre en éclats. Dont le conte- nu, mêlé à quelques nouilles à la sauce tomate, éclaboussa Jean-Pierre Farkas, le rédacteur en chef de « Dix millions d'auditeurs » qui parta- geait son repas avec Jean-Claude Massoulier et Anne Gacoin. Massoulier rigola de bon cœur.
Pas longtemps.
La femme qui ressemblait à Sophia Loren, pas plus que dans le bar, ne s'excusa. On au- rait dit qu'elle ne se rendait pas compte des remous et des dégâts qu'elle causait.
Vingt personnes levèrent la tête et suivirent la femme des yeux. Y compris Roger, le se- cond serveur auvergnat. Chez Savy cohabitent deux mondes bien distincts. D'une part, l'Au- vergne — Savy, son épouse, ses deux ser- veurs — et, de l'autre, la cohorte des indi- gènes de cette terre inculte appelée Paris et que les premiers nommés sont venus coloni- ser... Pour le moment, Roger, aussi blême que sa veste, jura instinctivement entre ses dents et il pensa, lui aussi, qu'il allait se passer quel- que chose.
Il ne restait plus à la femme aux yeux
farouches que trois mètres à peine à franchir pour parvenir à hauteur de la table qu'elle fixait toujours intensément — et dont les oc- cupants ne s'étaient aperçus de rien. Comme ces cocus de vaudeville, ils étaient bien les seuls à n'avoir rien remarqué. Toute la salle était maintenant suspendue aux gestes de cette femme.
Savy hésita. Pour la forme. Car il était dé- sormais trop tard pour empêcher quoi que ce soit. C'est embêtant, les scènes de ménage en public. Les cris, les pleurs, le scandale, ça don- ne toujours une mauvaise impression. Pas bon pour la clientèle.
La femme aux yeux fous s'arrêta pile de- vant la table,
L'homme qui était assis leva la tête. Il avait les yeux clairs, un complet sombre, des che- veux châtains ondulés et une mâchoire carrée.
Il parut étonné et incrédule à la fois. Il se rendit compte subitement qu'ils monopolisaient l'attention générale — lui, la jeune femme qui l'accompagnait et celle qui était debout devant eux, menaçante. Il allait ouvrir la bouche pour parler...
La femme qui paraissait folle ne lui en laissa pas le temps.
Elle plongea la main dans son sac — mar- ron et très grand. La main reparut avec un pistolet. Un petit calibre.
Un bruit sec.
La femme dont la ressemblance avec So- phia Loren était assez frappante... La femme avait tiré.
Quelques clients se levèrent, éjectés de leur siège par un réflexe de frayeur.
Pourtant, ça n'avait pas fait tellement de boucan. Pas plus qu'un bouchon de champa- gne qu'un maître d'hôtel adroit fait sauter pour la galerie... Mais ce bruit-là avait une autre densité. Celle du drame.
L'homme au complet sombre s'écroula dou- cement, avec cette même lueur de surprise dans les yeux qu'il aurait à garder pour l'éter- nité. Son buste, puis son front heurtèrent d'abord le rebord de la table. Le tronc pivota sur lui-même — un quart de tour — la chaise bascula et lui avec...
La jeune femme assise en face de lui poussa un cri perçant qui troua le silence qui avait succédé à la chute du corps. Elle porta une main à sa bouche et elle se mordit les doigts.
La peur la plus intense se lisait sur ses traits.
D'autres femmes, dans la salle, poussèrent des cris...
Savy se précipita.
On aurait dit que le sosie de Sophia Loren était touché par la foudre. Elle restait là, les bras ballants, le regard fixé sur l'homme éten-
VOLUME RÉALISÉ PAR P. I. E.
Palais de la Scala MONTE-CARLO Principauté de MONACO
Imprimerie Artistique Publication mensuelle
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