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LIBRE DE SUITE: situation exception¬ nelle centre-ville

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Academic year: 2021

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PRO FRIBOURG mats-avril 1978 INFORMATIONS Trimestriel N° 36

A LOUER:

A SAISIR, dans quartier tranquille.

Ancienne fortification (boulevard) du 15e siècle, unique en son genre.

Splendide espace intérieur, usages multiples - A arranger avec goût.

Rens. : Intendance des bâtiments.

LIBRE DE SUITE: situation exception¬

nelle centre-ville. Nombreux locaux dans bâtiment historique (classé) du 17e siècle, chapelle attenante (bonne acoustique). Utilisation polyvalente souhaitée. Rens. : Maison de Ville.

À

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URGENT. Grande halle, solide bâti¬

ment de caractère se prêtant admi¬

rablement pour des expositions.

Endommagée suite incendie, toiture à refaire. Plans à disposition.

Renseignements : Jours pairs, Etat de Fribourg. Jours impairs, Admi¬

nistration communale. Visite : s'a¬

dresser Musée d'Art et d'Histoire.

UN TERRAIN LIBRE, bien ombragé par immeuble-tour, vue sur la Vieille Ville, parking à proximité. Dispo¬

nible pour jardin d'enfants ou mini golf. Possibilité de monter cantine ou chapiteau pour manifestations folkloriques (Fêtes 5e centenaire) Renseignements : Office du Tourisme.

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ment de la Vieille-Ville et construc¬

tion prochaine d'une nouvelle pati¬

noire, couverture démontable et ignifuge cédée à bas prix. Rensei¬

gnements : J.-P. Dorthe, conseiller général, Stalden l6 à Fribourg.

OCCASION. Bâtiment d'époque, ancien hôtel de réputation internationale, clientèle choisie, superbe terrasse bien ensoleillée, vue sur la Vieille Ville. Disponible pour tous autres usages que celui d'origine. Travaux importants. Renseignements : Préfec¬

ture de Fribourg.

CAUSE DEPART : Bâtiment bientôt dé¬

saffecté, volume spacieux, à aména¬

ger. Proximité grandes écoles. Vue imprenable. Renseignements: Evêché.

PRO FRIBOURG Secrétariat: Stalden 14, 1700 Fribourg Cotisation :

(donnant droit à l'envoi du bulletin)

Ordinaire, 15 fr.; de soutien, 30 fr.

Etudiants, habitants des quartiers anciens (Auge - Neuveville - Bourg): 50% de réduction.

C.C.P. 17-6883 1700 Fribourg RAPPEL DE COTISATION : Si vous n'avez pas encore payé votre cotisation-abonnement pour 1978, un bulletin vert est joint à ce cahier. Nous vous prions de bien vouloir l'utiliser et

éviter ainsi des frais de rappel. D'AVANCE MERCI !

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Elections communales 1978 :

RENOUVELLEMENT SANS RENOUVEAU

En ville de Fribourg, les droits politiques sont plus restreints que dans n'importe quelle autre ville suisse de même importance : ils se li¬

mitent à élire tous les quatre ans un Conseil général qui n'a pas grand chose à faire et encore moins à dire et un Conseil Communal pléthorique dont seuls trois membres permanents participent réellement au pouvoir.

Il en restera ainsi jusqu'à la prochaine loi sur les communes et parois¬

ses - impatiemment attendue - qui mettra fin à un système désuet et au¬

tocratique en séparant clairement, ainsi qu'il se doit, le législatif de l'exécutif, en faisant du Conseil général un véritable parlement munici¬

pal et en introduisant un contrôle plus strict de la part des citoyens, avec le droit de referendum.

Les changements en profondeur qui se dessinent restent donc encore sans grand effet. Pour l'essentiel, le pouvoir sera dans les mêmes mains et les apparences seront sauves. Mais l'avenir ne laisse aucune illusion Nous assistons à la fin d'une ère : celle d'un "paternalisme éclairé"

dont les représentants sont sortis amoindris de ces élections.

Pour la première fois en un siècle, le parti démocrate-chrétien cesse d'être le leader en ville de Fribourg. Il cède cette place au parti so¬

cialiste qui tire avantage autant du renouvellement de l'électorat que de sa responsabilité restreinte dans le système actuel.

Le FOC a pâti d'une publicité douteuse. La crise qu'il traverse dans la capitale est un fait alarmant pour un parti majoritaire au plan can¬

tonal s un vide se crée au centre. Seul un assainissement du parti en ville peut rendre confiance à ses électeurs traditionnels. Mais comment se libérera-t'il de ses coteries routinières, électoralistes et politi¬

cardes qui bloquent l'accès des femmes et des jeunes aux responsabilités politiques ?

Le parti radical, bien que plus discrètement, a perdu en proportion plus de terrain que le PDC. Les qualités personnelles du Syndic n'ont pas compensé aux yeux des électeurs le penchant à l'autoritarisme, le manque de dialogue et les contradictions de sa campagne électorale.

Après le "Fribourg, ville en bonne santé", le slogan "ville vivante"

n'était pas plus en accord avec une politique qui favorise les transfor¬

mations d'un centre-ville voué à l'argent, à la bagnole et vidé de ses habitants (à commencer, selon leur propre aveu, par les électeurs radi¬

caux...). Que dire aussi des attaques maladroites contre des groupements qualifiés d'"éphémères" alors que leur principal "défaut" est de mener une action civique pour une démocratie de participation ?

Aussi présentons-nous dans ce cahier ces groupements qui abordent franchement des questions telles que celles du théâtre, de l'urbanisme démocratique et apportent une chance de renouveau.

Ils contribuent aussi, avec nous il est vrai, à mettre en lumière des zones d'ombre telles que ce catalogue de "bâtiments à louer" que nous présentons en couverture et qui sont le scandale que les grands projets de nos édiles ne parviennent pas à masquer.

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Centre-Ville pour un.Urbanisme dé¬

mocratique est né du congrès de Civitas Nostra les 28 et 29 juin 1975 à Fribourg. Ce congrès avait pour thème "Démocratiser l'urbanis¬

me des centre-villes" et est arrivé à la conclusion que la seule solu¬

tion pour arrêter la destruction des centre-villes accaparés par des groupes financiers et sociaux res¬

treints était de faire participer l'ensemble de la population concer¬

née (usagers, propriétaires, em¬

ployés, etc..) à l'élaboration du centre-ville.

Le constat en ville de Fribourg révèle les mêmes problèmes, les mêmes mécanismes que dans la plu¬

part des villes. Non seulement le changement tel qu'il s'opère n'est pas souhaitable, mais il se fait à une vitesse que plus personne ne contrôle et avec des conséquences que personne n'analyse vraiment.

Pour illustrer cette évolution rapide, non-coordonnée, on peut ci¬

ter en ville la Tour Henri perdue et non pas mise en valeur par 1'ar¬

chitecture environnante, la Poste, l'Eurotel, la Placette, l'UBS, la BEF, les atermoiements autour de la place de la Gare, atermoiements dûs à des raisons financières et non d'urbanisme; la disparition de

surfaces de vie s place G. Python, Grand'Places.

Si le centre-ville est devenu un lieu qui concerne toute la popula¬

tion (tout le monde l'utilise), il est devenu la propriété de quelques- uns seulement, qui décident sur des seuls critères quantitatifs et in¬

complets. Les pouvoirs publics ne font que sanctionner ces décisions,

Le législateur s'est rendu compte de ce phénomène et exige des plans d'aménagement, c'est-à-dire qu'il demande aux villes de formuler des désirs et de les fixer dans des plans pour enfin les concrétiser.

Il faut donc créer un flux d'in¬

formations, il faut que tous puis¬

sent exprimer leurs besoins, en connaissant ceux des autres. Les problèmes se situent à trois ni¬

veaux.

Au niveau de la connaissance : comprendre les mécanismes, le pro¬

cessus de transformation, bref l'explication de ce qui se passe ;

Au niveau de la morale s définir ce qui est bon pour l'homme, pour chaque catégorie, vieux, jeunes, mères, enfants, etc..

Au niveau de la création : la ville est le fruit de la fécondité de la capacité d'imaginer le futur de le créer.

En bref, il S'agit d'imaginer les possibles, de vouloir le sou¬

haitable.

Buts de l'intergroupe

Cet intergroupe fribourgeois s'est constitué en vue de faire prendre conscience de la nécessité de la démocratisation, c'est-à- dire de la participation de tous, et de mettre en route un processus menant à une véritable démocrati¬

sation .

Pour cela, il entend, suivant les conclusions de Civitas Nostras - démontrer en termes clairs et

accessibles que l'urbanisme n'est pas seulement l'affaire

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des techniciens et des élus, mais celle de tous,

- utiliser à fond les structures, les législations et les procédu¬

res existantes,

- distribuer des informations fran¬

ches et non tronquées permettant, avant la décision, d'établir les véritables choix,

- fournir des propositions appuyées à la fois sur une argumentation technique et sur la réalité des besoins et des usagers,

- établir un libre dialogue et une franche collaboration ou, à dé¬

faut de pouvoir ouvrir le débat, ouvrir le conflit.

L'intergroupe intervient

Il est important de le rappeler, l'Intergroupe "pour un Urbanisme démocratique" n'est pas une organi¬

sation politique et il faut le si¬

tuer au même plan que les organisa¬

tions culturelles ou sociales. Mais il est un fait que l'Intergroupe intervient dans la vie politique de Fribourg tant il est vrai que notre démocratie sollicite des pri¬

ses de position de la part de cha¬

cun d'entre nous.

Démocratiser l'urbanisme ne peut se faire en un jour, et nos activi¬

tés tendent à solliciter la popula¬

tion afin qu'elle ait les possibi¬

lités de s'exprimer en donnant son avis sur tous les sujets traitant de l'aménagement de la ville de Fribourg et plus particulièrement le Centre-Ville. C'est dans cette perspective et dans le contexte' des élections communales que l'In¬

tergroupe a établi un questionnaire à l'intention des électeurs et qui a été distribué à 8'000 exemplaires.

Ce questionnaire avait un double aspect, premièrement permettre à chaque électeur de répondre à qua¬

tre questions traitant de l'aména¬

gement de la ville, deuxièmement,

permettre aux électeurs participant aux réunions électorales de poser cinq questions aux candidats au Conseil Communal; par ailleurs,, ces cinq questions ont été envoyées à chaque candidat.

Environ 200 questionnaires ont été remplis et renvoyés à l'Inter¬

groupe, ce qui, à notre avis, re¬

présente un certain succès et tend à prouver que la population de Fribourg n'est pas indifférente aux problèmes posés par 1'aménagement du territoire et à sa gestion.

Nous n'avons pas la prétention de dresser un bilan statistique des réponses car il est bien évi¬

dent que la proportion des réponses n'est pas suffisante pour s'aventu¬

rer à telle ou telle interprétation.

Toutefois, il nous paraît possible de dégager certaines tendances au vu des opinions exprimées.

Les réponses au questionnaire A la première question, qui de¬

mandait si les promesses électora¬

les formulées par les partis lors des précédentes élections communa¬

les de 1974 avaient été tenues par eux, une très large majorité des personnes estiment que ce n'est plutôt pas le cas.

A la deuxième question, qui deman¬

dait : "Pensez-vous que les Autori¬

tés ont respecté vos désirs lors¬

qu'elles ont pris des décisions im¬

portantes notamment pour la maison des jeunes, 1'aménagement du réseau routier et des carrefours, la des¬

truction du Livio, la destruction du Gambrinus ?", la quasi totalité des réponses est négative.

A la troisième question, qui de¬

mandait si les Autorités avaient bien défendu l'intérêt public en autorisant la construction de ban¬

ques, d'hôtels, de grands magasins' et de studios dans le Centre-Ville, la totalité des réponses sont néga¬

tives.

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sultation populaire - par exemple, avant la mise en vigueur du plan d'urbanisme actuellement à l'étude - la totalité des réponses ont été positives.

En résumé, on constate que les personnes ayant répondu au question¬

naire sont plutôt insatisfaites de la manière dont certaines décisions sont prises dans le cadre de 1'amé¬

nagement de leur ville ; elles pen¬

sent que, par ailleurs, le principe d'une consultation populaire avant chaque décision importante serait un bon moyen pour les Autorités de mieux tenir compte de l'avis de la population.

Les candidats et les partis qui ont répondu à nos questions ont les mêmes préoccupations que la popula¬

tion au sujet des grands problèmes d'aménagement qui se posent en ville de Fribourg ; ceci est récon¬

fortant dans la mesure où ceux qui viennent d'être élus auront certai¬

nement à coeur de répondre concrè¬

tement à tous les problèmes posés.

sous forme d'une exposition qui pré¬

sente dans un langage simple et de façon synthétique le travail effec¬

tué dans le cadre de l'étude du plan d'urbanisme en cours d'étude en ville de Fribourg. Ce matériel, qui a été déjà présenté avec succès dans certains quartiers est à la disposition de toutes les associa¬

tions qui sont préoccupées par les décisions à prendre touchant l'amé¬

nagement de la ville.

Pour conclure, nous pensons que nos interventions dans le débat sur l'urbanisme ont été utiles, elles ont permis à tous ceux que préoccupe l'aménagement de la ville de Fribourg de s'exprimer. Il faut souhaiter que le dialogue qui s'est amorcé grâce à nous, puisse se pour¬

suivre à tous les niveaux de notre organisation urbaine (Autorités, Associations de quartiers, groupe¬

ments professionnels et culturels, etc...).

URBANISME ET DEMOCRATIE, Stalden 8, 1700 FRIBOURG

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PRO THEATRE

17 janvier 1978 : le "Comité Pro Théâtre" se manifeste pour la première fois, il lance un appel en prenant pour préambule le mot d'Alain "Rien n'est plus dangereux qu'une idée, quand on n'a qu'une idée". Evidemment, cette citation s'applique au projet de Théâtre - Maison des Congrès. Sans s'opposer à l'idée même d'une telle réalisation, Pro Théâtre se pose des . questions quant à son utilisation future, sps frais d'exploitation et sa direction et constate de graves lacunes : l'analyse fondamentale des be¬

soins culturels fribourgeois. n'a pas été faite, personne ne peut dire comment et par qui ce Palais de la culture de 20 millions pourra être ani¬

mé. Pro Théâtre demande une période de réflexion, car il semble peu démo¬

cratique de donner trois semaines au Conseil général pour réfléchir à une telle dépense et à toutes ses implications, alors qu'elle engage la poli¬

tique culturelle fribourgeoise pour les 30 à 50 prochaines années. Enfin, on se trouve à la veille des élections communales et nul ne peut supputer que les initiateurs du projet en seront encore les réalisateurs après cette échéance.

Pro Fribourg répond favorablement à cet appel : il rejoint ses propres objections et propositions formulées dans son cahier de mars 1977 sur la culture et précisées lors de la table ronde de la "Liberté" le 14 janvier.

Il n'est d'ailleurs pas seul.

L'appel de Pro Théâtre est en effet largement entendu : la pre¬

mière prise de contact compte 25 présents sur 30 invités. Les grou¬

pements culturels fribourgeois tant francophones qu'alémaniques se trou¬

vent réunis. Seules les fanfares manquent à l'appel : elles font il est vrai figure d'enfants gâtés dans le système actuel et sont donc peu tentées de le mettre en ques¬

tion .

Les associations culturelles adop¬

tent une résolution invitant le Con¬

seil général à renvoyer la décision

"en raison des insuffisances mani¬

festes quant à l'étude des coûts d'exploitation d'un tel complexe polyvalent et de leur retentisse¬

ment sur les subsides accordés par la Commune aux sociétés artistiques et culturelles locales. Le renvoi, pour un délai de réflexion limité dans le temps, devrait permettre une étude plus approfondie de tous les aspects et questions que soulè¬

ve le projet."

L'argumentation de Pro Théâtre Lors d'une conférence de presse, Pro Théâtre précise sa position î Le comité affirme la nécessité im- pérative d'üne nouvelle Salle de concerts et de théâtre à Fribourg.

Mais cela présuppose qu' il y ait concordance entre le bâtiment à construire et les options de ses utilisateurs-animateurs.

A la salle de concerts mise à disposition par la ville doit cor¬

respondre un Orchestre de la ville, subventionné par elle, complément et débouché indispensable de notre Conservatoire.

De même, le théâtre ne peut vi¬

vre et.élargir son audience sans une aide prioritaire à la création et à l'animation existantes, tant sur le.plan local que régional, dans sa diversité linguistique.

Pro Théâtre demande par consé¬

quent qu'un équilibre soit trouvé entre l'aide aux artistes et l'ai¬

de aux équipements.

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Dès lors, les besoins existants de la vie culturelle doivent être considérés pour l'élaboration, d'une vraie politique de la cultu¬

re fribourgeoise, favorisant au¬

tant que possible la création plutôt que la consommation, défi¬

nissant les priorités locales et régionales - car une telle réali¬

sation devrait servir au district, voire à toute la région.

Critique du projet actuel

Ces principes posés, Pro Théâtre passe à l'examen critique du pro¬

jet ;

Objectif 1981 : Ce sont les besoins quotidiens des habitants de la ville qui sont déterminants et non les exigences de festivités éphé¬

mères, au service d'une politique de prestige.

Genèse du projet : Le Syndic, Me Nussbaumer, a déclaré : "Il s'est trouvé qu'une idée nous a été sou¬

mise, idée qui nous a paru valable et nous sommes partis de cette idée-là..." D'où l'absence de con¬

cours architectural au départ. La forme ("l'idée" architecturale) ne peut pourtant pas servir d'alibi à l'insuffisance de l'étude des be¬

soins.

Polyvalence : Une salle prétendue à-tout-faire n'est qu'un compromis souvent boiteux, dont le coût est démesuré par rapport aux services rendus.

La Salle de congrès : Pro Théâtre conteste la fonction complémentaire à l'Eurotel dévolue au projet de Salle de musique-théâtre. La hiérar¬

chie des valeurs impose que les besoins réels et immédiats des ha¬

bitants passent avant la fonction présumée de Fribourg, ville de tou¬

risme et de congrès. Sans oublier les autres utilisations anecdoti- ques proposées : banquets, défilés de mode, salle pour TV locale en gestation, etc...

lacunes, on pourrait au moins s'at¬

tendre à ce que la facture soit éta¬

blie de façon précise et réaliste.

Et cette charge pour les contribua¬

bles devrait être mise en regard des autres échéances prévisibles à court et moyen terme (sans parler des imprévus !).

Or si des questions se posent dé¬

jà quant au coût global de l'opéra¬

tion, la charge annuelle supputée paraît d'emblée contestable. Le dé¬

ficit annuel d'exploitation chiffré à 500'000 Fr. ne repose sur aucune étude sérieuse. Le montant des re¬

cettes, évalué à 170'000 Fr. est repris de l'estimation faite pour un théâtre en construction à Zoug, alors que la liste établie des 150 manifestations annuelles fait mon¬

tre d'un bel optimisme.

De plus, les intérêts de l'em¬

prunt envisagé ne sont pas compris dans les frais d'exploitation, ce qui les double pourtant. De même,

les amortissements prévus ne figu¬

rent pas dans l'estimation des coûts réels. En résumé, l'engagement an¬

nuel dépasserait le million.

Pro Théâtre constatait enfin que notre cité est le cadre privilégié de la vie culturelle et que la ville entière devrait en rester le support.

De nombreux édifices importants sont mal ou non employés et l'effort doit porter vers leur utilisation optima¬

le et éventuellement reprendre l'une des fonctions dévolues au projet.

Après un renvoi

L'assise même du projet venant à vaciller, il.ne restait bientôt plus à l'autorité communale qu'à le ren¬

voyer et décommander la séance du Conseil général. Un Conseil qui se trouve maintenant profondément modi¬

fié.

Pro Théâtre entreprendra prochai¬

nement une consultation approfondie des groupements culturels locaux.

Le temps gagné doit l'être au profit de la réflexion.

La facture à payer : Si les objec¬

tifs et le programme présentent des COMITE PRO THEATRE, 9 route des Acacias, 1700 Fribourg.

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LE THEATRE DES HABITANTS

Chacun peut s'informer, compren¬

dre et donc, décider. Pour décider, faire un choix, il ne faut pas être spécialiste. Cette qualification est nécessaire au stade de la présenta¬

tion des problèmes et à celui de l'exécution, non à celui du choix.

Entre ceux qui exécutent une déci¬

sion et ceux qui choisissent, il y aura toujours un décalage de connais¬

sances, comme il y en a un entre 1'architecte qui construit une habi¬

tation et ses occupants. Ce qu'il faut, c'est que le choix incombe aux derniers - à ceux que la décision concerne.

Pour nous, aujourd'hui, le choix d'un service culturel doit apparte¬

nir à l'ensemble de la population, aux usagers. Que les spécialistes, metteurs en scène, animateurs, comé¬

diens, préparent les projets, est indispensable, ils ne sauraient en décider seuls, car c'est l'ensemble des spectateurs, et non les autori¬

tés culturelles, qui en supportent les conséquences. Arguer de l'apa¬

thie du public, de sa lassitude à Stre trop concerné, c'est oublier qu'on provoque cette apathie en ne lui proposant jamais de vrais choix.

Tout au plus demande-t'on au public de choisir entre des façades, desti¬

nées à masquer les structures, aux¬

quelles on se garde bien de toucher.

La coopérative, elle, assure à l'individu, quel que soit son rSle ou sa taille, l'initiative, et par cela, augmente l'efficacité commune.

En outre, elle répond à un besoin humain, que l'entreprise théâtrale traditionnelle refuse à son public : le choix.

Définir les buts, choisir les moyens, contrôler l'exécution, ré¬

partir les investissements, sont autant de décisions que chaque être désire pouvoir prendre, lorsque son propre effort et son propre plaisir en dépendent.

Il s'agit pour nous, travailleurs du théâtre, de vivre notre travail et non de le vendre comme marchandi¬

se.

Il s'agit aussi d'entreprendre - chacun et ensemble pour réaliser une oeuvre - et non de l'hypothéti¬

que "chance d'arriver", isolement au détriment des autres, au prix donc d'une trahison humaine envers soi et les autres - "chance" bien réduite aujourd'hui et qui mène à quoi ?... Au bien-être ?

Il faut remplacer le concept de l'institution à l'égard de laquelle l'on décharge sa responsabilité par celui de l'action dans laquelle on l'assume. La coopérative en est le moyen.

Les Fribourgeois ont à définir eux-mêmes la part de la représenta¬

tion théâtrale dans la culture fri- bourgeoise. Dans la situation ac¬

tuelle, à eux de choisir entre une structure de fonctionnement qui peut aller de la simple culture importée (théâtre de répertoire ou de boule¬

vard) à un théâtre de création, théâtre vivant, puisant ses thèmes dans la réalité fribourgeoise - une structure de fonctionnement basée sur la consommation d'un produit, ou une expérience de participation garantissant leur indépendance cul¬

turelle et le fonctionnement démo¬

cratique de celle-ci.

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Ce choix est d'ores et déjà possible :

Le 3 mars 1978, s'est constituée à Fribourg, la COOPERATIVE DU THEATRE DES HABITANTS.

Ses fondateurs en ont défini les buts :

La Coopérative a pour but de promouvoir les intérêts économiques, sociaux et culturels des ses membres en tant qu'usagers de théâtre, d'ateliers, etc.

Elle favorise l'accès à toute culture, l'organisation de spectacles et d'animations.

La société atteint ce but principalement en mettant à la disposition de ses membres et du public en général, à des conditions avantageuses, des services d'animation théâtrale et culturelle, (art. 2 des statuts)

POUR QUE CES BUTS DEVIENNENT UNE REALITE, DEVENEZ MEMBRES DE LA COOPERATIVE DU THEATRE DES HABITANTS

Pour la Coopérative : Jacques Roman

Pour tous renseignements : Coopérative du Théâtre des Habitants

Case Postale 1700 Fribourg 1

Les parts sociales sont "individuelles" (20 Fr.),

"familiales" (50 Fr.) et "collectives" (lOO Fr.).

CCP No 17-49 en faveur de 01.10.055513-09

ASSEMBLEE D'INFORMATION : Mardi 11 avril 1978 à 20 h 15 Hôtel de la Tête Noire

rue de Lausanne à Fribourg.

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Inventaire photographique

2. Stalden et Samaritaine

Ces deux rues en enfilade forment avec la rue d'Or l'ensemble le mieux préservé du quartier de l'Auge. Elles sont sur la voie ancienne reliant le gué sur la Sarine à l'éperon fortifié du

"Bourg" qui est à l'origine de la ville.

La rue étroite, sinueuse et escarpée du Stalden se prolonge en s'élargissant vers le bas en forme de placette triangulaire, anciennement dite place de la Danse, avec la fontaine de la Samaritaine à son sommet.

Les deux maisons fermant la perspective au bas de la Samari¬

taine ont été inconsidérément détruites en juin 1907 > à la suite de l'incendie partiel de la maison dite "Au Soleil", le 13 mai 1906. La photo ci-contre a été prise au lendemain de ce sinistre.

La démolition de ce bel immeuble du l6 e s. et de son voisin de droite a détruit l'échelle de la Samaritaine en la reliant de manière intempestive à la place du Petit-Saint-Jean.

Pour les autres aspects de ces maisons disparues, voir "l'in¬

ventaire de la rue d'Or" dans notre cahier No 20 de décembre 1973 (disponible sur simple demande).

Les photos des pages suivantes montrent la lente évolution des deux rues depuis le début du siècle : intactes en apparence, elles ont été altérées par des surélévations, défigurées par des crépissages abusifs de façades en molasse et un goudronnage sys¬

tématique recouvrant l'ancien pavage.

L'emplacement actuel des maisons détruites au bas de la Samaritaine : le bâtiment banal en tête de la rue d'Or abritant une coopérative forme une verrue avec sa haute façade aux ouvertures disproportionnées.

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Page précédente : vues de la Samaritaine au début du siècle (après 1907)• Comparer avec l'état actuel (à droite):

Le pavage est uniformément re¬

couvert de bitume. A noter la surélévation d'un étage du 2e immeuble (café du Soleil Blanc)

Ci-dessus : vue prise du haut de la Samaritaine (fin des années 30). L'immeuble de la coopérative à l'entrée de la rue d'Or présente encore sa façade nue, avant transforma¬

tion .

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Stalden 24

Un sauvetage, mais le programme trop chargé transparait.

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Samaritaine 34)•

Ces documents photographiques vieux de 40 à 80 ans (une vie humaine !) nous font constater une évolution continue vers la banalité.

Ce n'est pas simple hasard ou fatalité, les causes, nous les connaissons :

des règlements de construction trop rigides appliqués par des gens sans imagination (le règlement passe avant ce qu'il est censé protéger !) ; des architectes et des propriétaires qui n'ont eu qu'une idée en tête et aucun sens de l'adaptation (tout de même passagère..) à ce qui témoigne de l'art d'habiter de nos prédécesseurs ; l'impératif du rendement passant avant le bon usage des choses ; des corps de métiers souvent inadaptés aux tâches de la restauration et oublieux des techniques et des so¬

lutions traditionnelles ; des édiles ayant la charge des espaces publics et les traitant avec désinvolture et incompétence en disciples inconditionnels de l'automobile...

Et nous commençons à peine à remonter le courant !

Nous remercions nos lecteurs et lectrices qui nous communi¬

quent leurs anciennes photos ou les déposent momentanément pour la reproduction chez M. Rast, photographe à la rue de Lausanne : vos souvenirs de famille deviennent des documents irremplaçables pour l'étude de la vie quotidienne au début du siècle. Ils nous permettront de poursuivre cet inventaire rue par rue.

(Les photos des pages précédentes 13, 14 et l6 ont été aima¬

blement mises à disposition par les Archives Cantonales). Photo ci-dessous : relief sculpté au Stalden 12a.

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EN BREF LA POLITIQUE DE L'AUTRUCHE ? Balayée l'initiative Franz Weber sur les autoroutes, l'ACS et le Touring Club sont satisfaits ! La raison l'est moins...

Sommes-nous certains de pouvoir toujours escamoter les problèmes soulevés par la croisade de Franz Weber ou la réflexion de Denis de Rougemont ?

Ce dernier vient de publier aux éditions Stock un maître livre

"L'avenir est notre affaire" : un guide sûr pour notre réflexion et la prise de conscience de notre responsabilité dans un monde où tout se tient et où il n'y a plus guère de chance de tirer son épin¬

gle du jeu.

METHODE COUE ?

La prochaine Triennale de la Photo est annoncée : elle peut être une réussite dans la mesure où elle apparaîtra pour ce qu'elle est, une manifestation jeune et sympa¬

thique, un peu marginale.

Pourquoi claironner le rassemble¬

ment des meilleurs photographes du monde ? Une telle enflure va-t'elle faire de Fribourg le nombril du monde de la photo ?

LA NEUVEVILLE EN PROFONDEUR L'association de ce quartier avait promptement réagi à la menace de transformation d'immeubles en stu¬

dios. On attend la suite officiel¬

le de sa pétition, mais, sans per¬

dre de temps, l'association fait face à la situation et constitue un groupe conseil à disposition des habitants et des propriétaires, elle prépare enfin une enquête auprès de la population, à la suite de celles des quartiers d'Alt et de l'Auge.

Une utile manière de prendre les devants dans le cadre de l'élabo¬

ration du plan d'aménagement. Une affaire à suivre !

NOS CAHIERS EN PREPARATION

Notre deuxième numéro sur le quar¬

tier d'Alt paraîtra en juin : après l'inventaire architectural, ce sont les données humaines qui seront pré¬

sentées sur la base de l'enquête réalisée auprès des habitants. Une version allemande de cette étude est par ailleurs en préparation.

De plus, nous prévoyons en fin d' année un inventaire de l'architec¬

ture 1900 à Fribourg ce qui permet¬

tra de mieux situer le quartier d'Alt et d'autres témoins dans le contexte architectural de l'époque.

Et de contribuer ainsi..à leur pro¬

tection.

LE PREFET SE DISTINGUE

C'est une surprise, une agréable surprise de voir le nouveau préfet prendre sa tSche au sérieux et mettre bon ordre dans nos bars, dancings et lotos. C'est rappeler opportunément que la loi est faite pour tout le monde.

Notre (mauvaise) réputation au de¬

hors risque il est vrai d'en pâtir:

allons-nous perdre notre renom de vilje alcoolique?

ARCHITECTES, URBANISTES s tJnE AflfiE&SE UTIEET

Nous signalons l'existence à Paris d'une librairie spécialisée dans les ouvrages d'urbanisme, d'aména¬

gement rural, de planification ré¬

gionale et d'environnement.

Elle publie un catalogue raisonné et analytique d'une grande préci¬

sion sur les livres en français, anglais, italien et espagnol.

METROPOLIVRE, 8 rue de la Cosson- nerie, 75001 PARIS (Quartier Halles) LA REVUE "URBANISME" (62 rue Ampère, 75017 Paris) vient de publier dans son No 162/3 de janvier un important dossier sur la "Réhabilitation dans la ville". Exemples français et é- trangers, dont Yverdon et Fribourg.

(20)

NOVA FRIBURGO ou la mémoire courte

Nova Friburgo sort de l'oubli. La tragédie de l'émigration suisse au Brésil en l8l9 avait trouvé, il y a cinq eins, en la personne de Martin Nicoulin, le chroniqueur scientifique qui lui faisait défaut. Ce fut le point de départ d'une redécouverte de la lointaine colonie, autorités et fanfares en tête. Un passé estompé reprenait couleur en forme d'épopée rustique, sorte de "poya" exotique. Mais ne passe-t'on pas ainsi allègre¬

ment de la réalité à la fiction ? I816-I817 s Au lendemain des guerres napoléoniennes, la dernière grande disette sévit sur le plateau suisse, elle atteint les proportions d'une famine dans l'Est du pays, où les effets d'une mauvaise récolte se conjuguent avec ceux de la crise de l'industrie textile. Les victimes se comptent par milliers, de nombreux petits paysans sont complètement ruinés et beaucoup ne voient de sa¬

lut que dans l'exode.

Des secours vinrent : des Cantons, de particuliers, même de l'Empereur de Russie. Mais il y eut aussi ceux qui cherchèrent à tirer profit du malheur des autres : tels furent Gachet, commerçant aventureux, et Bremond, propriétaire d'une verrerie à Semsales dans le Canton de Fri- bourg. Ils préparent un projet de colonisation au Brésil qui reçoit bon accueil du roi Joâo VI et l'ap-?

pui du directeur du Conseil de Poli¬

ce, Schaller, lequel croit "saisir cette circonstance pour débarrasser le gouvernement et les communes de cette classe nombreuse d'heimatlosen (apatrides) à charge au pays."

L'entreprise allait jeter sur la voie de l'exil plus de 2000 person¬

nes sans préparation et quasi sans moyens. Ces émigrés plus ou moins forcés, mais à coup sûr abusés, sont pour les 2/3 fribourgeois ou juras¬

siens catholiques. Commencée dans la pagaille, interrompue par une atten¬

te débilitante en Hollande, elle se

poursuit par une traversée meur¬

trière jusqu'à Rio. Un exemple : des 437 Fribourgeois entassés sur le vaisseau Urania, 107 trouveront la mort durant les 80 jours de la traversée (proportion de pertes comparable à celle des navires né¬

griers à la même époque). Les fa¬

milles décimées qui mettent pied a terre à Rio de Janeiro ne sont pourtant pas au bout de leurs pei¬

nes : Les séquelles du voyage, les effets du climat humide, l'échec des premiers défrichements et les troubles politiques que connait le Brésil vont compromettre l'existen¬

ce de la communauté et entraîner en peu d'année? la dispersion de la plupart de ses membres.

Malgré quelques réussites person¬

nelles, c'est l'échec de cette co¬

lonisation que Martin Nicoulin, dans son ouvrage "La Genèse de Nova Friburgo", a méthodiquement étudiée.

Au travers des notes, des commen¬

taires et des statistiques transpa¬

rait la peine et la souffrance des pauvres. Un document en notre pos¬

session et cité par Nicoulin la ré¬

sume dans sa naiveté et briéveté : cette lettre, dont nous donnons ci- après la reproduction et la trans¬

cription, émane de Marie Ruffieux au Brésil, datée du 13 septembre 1825, elle est adressée au Curé Fivaz (prévôt de Saint-Nicolas à Fribourg de 1822 à 1857) s

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(23)

UNE LETTRE, UN TEMOIGNAGE :

"Je vous dirai que depuis notre départ de Hollande, je me trouve le coeur pressé de vous faire sa¬

voir de mes nouvelles afin d'en pouvoir tenir des vôtres.

Quoi que les miennes ne vous soient pas trop agréables, je veux cependant vous en donner connais¬

sance. Je vous dirai qu'en entrant sur les vaisseaux mon Père est tom¬

bé malade et ainsi que mes deux soeurs, et ensuite mes deux frères et ma chère mère, une quinzaine de jours avant que de désembarquer, il y eut une grande tempête et elle eut"le malheur de tomber en bas les escaliers du bâtiment du haut en bas, et elle a resté environ deux mois malade et elle en est morte.

Comme un malheur ne vient jamais seul, mon Père était encore très malade quand nous avons débarqué et resté à Maquaquou, petite ville si¬

tuée à 30 lieues de notre destinée.

Mon Père est resté là et nous avons toujours monté à la colonie, quand ma mère fut morte, Joseph est re¬

descendu pour voir mon frère et il l'a trouvé mort depuis la veille avant ma mère et avec la grâce de Dieu ils ont tous les deux reçu les sacrements avant leur mort et quand nous nous sommes vues sans père et mère, nous nous (sommes) réfugiées avec un homme et nous payons notre pension chez lui, et cet homme est devenu mon mari et je me trouve très bien avec lui grâce à Dieu.

Et moi, quand j'ai été mariée, j'ai été très malade et moi aussi pen¬

dant une année et j'ai recouvré la santé avec la grâce de Dieu je me porte très bien. Pour quant à mes deux frères, ils sont allés dans des fermes portugaises et ils ont été très mal nourris et au bout de quelque temps nous sommes allés les rechercher et ils avaient tous les deux des grandes plaies dans

les jambes et ils en sont morts l'un le 3 août et l'autre le 2-3 septembre en 1823. Et ma soeur est mariée depuis l'an 1825. Et cela fait que de sept que nous sommes partis, nous sommes restés les trois soeurs pour toute la famille.

Ce qui me reste à faire c'est de recommander celui qui lira la pré¬

sente de recommander à M. le Curé Manuel Nicolas De Fiva chanoine et Révérend curé d'en faire part à ma dame Praroman de la place Notre Dame demeurant à côté du marché de la grenne. Je prie monsieur le ré¬

vérend curé de dire une messe pour le repos de leurs âmes. Je vous prie encore de faire voir la pré¬

sente à tous les parents et des connaissances, etc.

Et je finis én vous embrassant de tout mon coeur ainsi que mes soeurs et je reste pour la vie présente en bonne santé ainsi que mes enfants."

Marie Ruffieux au Brésil.

150 ans plus tard, la tragédie s'efface s les notables sont main¬

tenant du voyage et l'historien Martin Nicoulin (qui est devenu entretemps le président du parti démocrate-chrétien) peut s'exclamer:

"Je suis l'homme de la Nouvelle Fribourg."

Certes, l'histoire officielle n'est que rarement comptable dès misères du petit peuple. Mais l'histoire de Nova Friburgo ne doit pas tourner pour autant à l'image¬

rie d'Epinal. Elle doit plutôt ali¬

menter notre réflexion sur des évé¬

nements du passé qui se sont ins¬

crits dans le subconscient de la mentalité fribourgeoise pour, main¬

tenant, aborder et mieux saisir les réalités du présent et envisa¬

ger avec lucidité nos responsabi¬

lités.

(24)

NOVA FRIBURGO s UN EVENEMENT A REPLACER DANS SON CONTEXTE HISTORIQUE L'épisode, de 1817 à 1827, de la

tentative de colonisation suisse au Brésil, telle qu'elle a été étu¬

diée par Martin Nicoulin, se place dans un contexte encore mal étudié.

Il y a, d'une part, les causes et les suites de la famine de I8l6 et, d'autre part, les structures colo¬

niales archaiques du Brésil d'alors vers lequel furent dirigés des émi- grants parfaitement ignorants de ce qui les attendait.

Tous les cantons suisses frappés par la disette n'ont pas eu la même politique que celui de Fribourg, lequel s'est vite lassé d'accorder des secours et a utilisé à fond la possibilité d'émigration au Brésil pour se débarrasser de familles et d'individus à charge. Bien que de faible proportion, cet exode, par les moyens employés et 1'hécatombe qui suivit, laissa un traumatisme.

Un voyageur français, de passage à Fribourg en 1819 en est le té¬

moin : "tout languit, tout se traî¬

ne dans la capitale... Les routes sont mal entretenues et le pays manque de débouchés, qu'il serait facile de lui procurer. Enfin, le gouvernement a, par une inconceva¬

ble indifférence, toléré et même favorisé l'émigration d'un grand nombre de familles fribourgeoises, qui ont laissé les campagnes en deuil et privé le pays d'une partie de ses bras les plus utiles. Fri¬

bourg seul a contribué, pour près de la moitié, à la formation de la colonie tirée des divers cantons suisses, et qui va s'établir au Brésil ; et cependant le défaut de population n'est peut-être plus sensible dans aucune autre partie du corps helvétique." l)

Le gouvernement fribourgeois a, pour venir en aide aux victimes de la disette, puisé dans ses greniers et fait quelques achats de céréales à l'étranger, aide parcimonieuse de 3 à 4000 sacs pour un montant de 80'000 Frs environ. Il est vrai que des couvents, tel celui d'Hauterive, et certaines communes ont, de leur côté, distribué des secours et con¬

tracté des emprunts. La commune de Mossel, par décision du Conseil d'Etat du 14 mai l8l7, sera autori¬

sée à emprunter 300 écus "pour sou¬

lager ses nécessiteux par un achat de grains." Ce n'est pas le cas partout. D'ailleurs, il ne partira aucun émigrant de Mossel et seule¬

ment six des quatre paroisses dont Hauterive avait la charge.

Si l'on compare avec d'autres ré¬

gions le contraste éclate : Au pays de Vaud voisin, un élan de solidari¬

té fait vraiment face aux événements.

Une souscription publique est lancée dès septembre I8l6 : son produit, triplé par la participation de l'Etat, va s'élever à plus de 2 mil¬

lions de francs permettant l'achat de 55'000 sacs de froment dans les ports italiens et en Allemagne. 2)

Autre exemple : à Glaris, l'un des cantons les plus durement touchés, les autorités civiles et religieuses, dès octobre I8l6, mettent en oeuvre un plan d'action et lancent un "appel à la patrie pour le soulagement ra¬

dical de la misère sans exemple des pauvres." Cette action se poursuivra pendant plusieurs années. 3)

Il n'y aura eu finalement que deux cantons pour miser sur la "solution"

brésilienne : Fribourg et Berne ...

pour la seule partie catholique du Jura qu'elle venait d'annexer ! 1) D. Raoul-Rochette, Lettres sur quelques cantons de la Suisse, écrites en

I8l9. Paris, H. Nicolle, libraire, 1820. p. 55*

2) Circulaire du Conseil d'Etat, Lausanne, 27 décembre 1817.

3) N. Heer, Landammann. Rettungsentwurf und Aufruf an das Vaterland, zur gründlichen Hebung des beispiellosen Elendes der Armen..Glarus, I8l6.

(25)

25 Qu'en est-il du Brésil en ce dé¬

but du 19e siècle ? Peuplé en 1840 d'à peine cinq raillions d'habitants (il en compte cent actuellement !) ce royaume, depuis peu séparé du Portugal, a gardé ses structures coloniales ; près de la moitié de la population est en esclavage. Un esclavage qui ne sera aboli qu'à la fin du siècle.

Une enquête menée sur l'émigra¬

tion par la Société d'Utilité publi¬

que fédérale et publiée en 1845 à Lausanne sous le titre "Emigrations suisses", contient un rapport capi¬

tal du Consul de Suisse à Rio de Janeiro, Charles Perret-Gentil. Da¬

té de mai 1843, il fait le bilan de l'essai de colonisation :

"Des 1600 colons qui existaient en 1820 (sur les 2080 du départ) il ne reste actuellement, à la Nouvelle Fribourg et districts environnants, que 710 individus, dont 254 chefs de famille qui ont 233 fils, 184 filles et 39 agrégés; ils possèdent 152 esclaves, d'après le recense¬

ment de 1841."

Il donne son avis sur les causes de l'échec :

"Ces colons, placés de suite sur des terres mauvaises, ont été mal¬

traités ; ils se sont démoralisés faute de bonnes directions, premier empêchement à leur prospérité. La plupart des protestants furent obli¬

gés de suivre la religion catholi¬

que par suite des persécutions dont ils étaient les victimes."

Il signale enfin quelles sont les conditions de la réussite au Brésil:

"Ceux qui possèdent un certain capi¬

tal, en achetant des terres choisies et des esclaves, en dirigeant bien leur plantation, améliorant la cul¬

ture et profitant de toutes les res¬

sources du terrain, sont assurés de bien réussir. Chaque année voit s'augmenter le produit des terres;

ils achètent un plus grand nombre de nègres."

La "réussite" ne pouvait donc in¬

tervenir qu'au prix d'une régres-;

sion par rapport au pays d'origine, de son système politique et social.

Par là même, la réussite de quel¬

ques-uns explique mieux l'échec du plus grand nombre s petits paysans laborieux plongés dans un "nouveau monde" bien rétrograde.

Illustration de la disette de l8l7 tirée d'un Messager boîteux de l'époque

(26)

solennelle avec choeur, orchestre, uniformes et notables en gibus assem¬

blés, célèbre l'anniversaire de la bataille de Morat, événement vieux de cinq siècles.

Pour les centaines de petits paysans et artisans, miséreux et autres heimatlos diligemment rassemblés par noble Charles de Schaller, directeur de la Police et bénis par la main de Monseigneur l'évêque à leur départ d'Estavayer vers leur triste destinée, voici bien longtemps qu'on ne célè¬

bre plus de messe basse.

Ainsi la piétaille des sans-grade disparaît-elle de l'histoire offi¬

cielle. Faut-il maintenant exorciser ces ombres en substituant à leur mémoire une imagerie d'Epinal ?

Ou ne faut-il pas partir de ce contact renoué avec leurs descendants pour nourrir une réflexion sur notre responsabilité, non pas tant face à une histoire ancienne que face à la réalité présente de nos relations avec le Tiers-Monde ? Ou même face à celle de la présence parmi nous de travailleurs étrangers ?

Une association Fribourg - Nova Friburgo s'est maintenant consti¬

tuée à Fribourg. C'est la suite logique des retrouvailles chaleu¬

reuses en terre brésilienne.

Encore faut-il ne pas décevoir l'attente de ceux qui redécouvrent leurs origines. Les drapeaux suis¬

ses dans la croix desquels s'ins¬

crivaient des noms de famille - Folly, Monnerat ou Thurler - té¬

moignent d'un attachement gardé à la Suisse par delà des particula¬

rismes cantonaux sans doute bien effacés. Alors ne convient-il pas d'étendre cette association aux régions de Suisse qui fournirent le gros des emigrants et principa¬

lement au Jura maintenant libre ? Ce lien de solidarité retrouvé doit nous aider à repenser les re¬

lations de notre démocratie pros¬

père avec ce grand pays en devenir, relations où les impératifs de notre prospérité nous ont fait passer sur les entorses à la démo¬

cratie et aux droits de l'homme et

des travailleurs par la dictature brésilienne.

Allons-nous dans nos relations avec Nova Friburgo et dans l'opti¬

que des,fêtes du 5e centenaire de l'entrée de Fribourg dans la Confé¬

dération, procéder à des échanges de délégations de notables ou aussi permettre aux humbles descendants des émigrés suisses de 1819 de re¬

nouer avec leur terre d'origine ? Serons-nous solidaires des riches ou des pauvres ? Le Brésil est-il pour nous seulement un débouché éco¬

nomique et un partenaire commercial?

Ou est-il aussi fait des millions d'hommes et de femmes qui nous in¬

terpellent par la voix d'un Don Helder Camara ?

Admis dans la Confédération Suisse par l'intercession d'un Nicolas de Flue, notre rôle n'est-il pas au sein de notre pays de rappe¬

ler la priorité de la solidarité des hommes sur celle de l'argent ?

G.B.

(27)

Un conte pour endormir les petits citoyens.

J.A. 1700 Fribôurg 1 — No 137 — 107i

&

Nos journaux sont convenables pour reproduire les communiqués de l'ATS, mais décidément faibles quand ils doivent commenter les événements.

C'est du moins l'avis de l'Union de Banques Suisses qui a décidé d'intervenir avec toute sa puissance financière pour une meilleure infor¬

mation des citoyens. Des pages en¬

tières de publicité "rédactionnelle"

nous expliquent clairement que le

"Groupe de travail tiers monde" est dans l'erreur s il utilise, selon l'UBS, un jargon marxiste, est igno¬

rant et ne comprend rien aux affai¬

res. En moins de deux, la Motor Columbus et ses activités à l'ombre des régimes musclés d'Amérique la¬

tine sont blanchies plus blanc que Jean-François Bourgknecht.

Au chapitre de l'énergie atomique, l'information "made in UBS" atteint un record d'objectivité :

Saviez—vous que la centrale nuclé¬

aire de Léningrad a une puissance supérieure à celle des cinq centra¬

les suisses en exploitation ou en construction ? (Et, nous ajoutons, sans qu'il y ait eu la moindre pro¬

testation ... ).

Saviez-vous aussi que si d'ici l'an 2000, on construisait en France 200 centrales nucléaires, "la tota¬

lité des déchets hautement radio¬

actifs qui en résulteraient tien¬

drait dans une piscine olympique ?"

..il IL

Voilà de l'information !

Malheureusement, une semaine après, la nouvelle tombait que la France n' en voulait plus de nos déchets hautement radioactifs et qu'elle nous les retournerait à l'avenir !

C'est bien connu, la France est mal équipée et manque de piscines olympiques et, de toutes façons, les Français n'ont pas le sens du com¬

merce et de la finance (car on les PAYAIT, en FRANCS SUISSES, pour nous débarrasser de nos déchets atomi¬

ques ! ).

L'UBS se devait de réagir. Sa di¬

rection réunie d'urgence (elle est présidée par un Fribourgeois—dont—

nous-sommes-fiers), la solution s'imposait d'emblée : Y-a-t'il en Suisse un dépôt plus sûr, plus à l'abri des commotions politiques et naturelles que les safes du siège central de l'UBS à Zurich ? Alors, ces déchets (au maximum le contenu d'une piscine...) on allait les en¬

fermer là, bien à couvert.

Mais les Zurichois, me direz- vous ?

Et le secret bancaire, à quoi cela sert-il donc ? On vous met le tout sous un compte numéroté, ni vu ni connu !

Vraiment, un beau geste pour la patrie...

(signé) le vérificateur des contes.

(28)

Figure

Illustration de la disette de l8l7 tirée d'un Messager boîteux de l'époque

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