BIOFUTUR 243 • Avril 2004 54
quelques pages
par Maël KnollCet ouvrage de l’Inra vient à point à l’heure où les pesticides Gaucho et Régent tueurs d’abeilles et peut-être toxiques pour l’homme sont retirés du marché.
Il a d’abord le mérite de stabiliser les définitions, légèrement mises à mal dans les médias. Ensuite, celui de détailler le chemin d’une homologa- tion phytosanitaire, pas si éloignée de celle d’un médicament, à condition qu’elle en respecte les procédures.
Sujet grave, puisque l’évaluation des risques dans ce domaine devrait se traduire en choix économique et politique, puis en élaboration de normes nationales et européennes.
Il est question ici de définition du risque comme probabilité d’occurrence.Exemple : la présence du calcaire n’est pas synonyme d’eau polluée mais de nuisance sans qu’il y ait forcément contamination (atteinte au vivant, de l’ordre de l’écotoxicologie et de l’évaluation des impacts).
On parlera donc d’expositionet notamment du rapport exposition/disponibilité définie par le retard ou la dissipation, le transport (lixiviation, ruissellement, volatilisation) facteurs mesurant la dissipation locale et la contamination à distance.
L’homologation se répercute sur deux niveaux : 1/ européen (substances actives, soit équivalent de la molécule générique en pharmacologie). Les États membres se réunissent en groupes de travail et rédigent une monographie.
2/ national (préparation commerciale). Le dossier est normalement l’objet d’une étude de PEC (degrés de persistance de la substance dans le sol, l’eau et l’air) selon des critères qualifiés de « Principes uniformes ».
Évidemment, une « étude au champ » sera plus ardue mais moins technique qu’en laboratoire, mais les deux tiendront compte de la dégradation par processus biologiques ou physicochimiques. Lors de la procédure on recourt à la modélisation, aux études expérimen- tales – le diagnostic devient plus riche, lorsqu’il est fait avec l’agriculteur – et à des scénarios d’exposition worstcasespour l’analyse et la gestion.
Sur des systèmes complexes difficilement modélisables, il faut toujours affiner des approches probabilistes ou semi-probabilistes et les outils paraissent bien abstraits, agrégeant des paramètres multiples et des bases mathématiques de combinatoire de facteurs de risque.
Sans s’y attarder, on retiendra : l’approche ensembliste de la combinatoire, la méthode dite des arbres de décision et la méthode hiérarchique. Au bout du compte, on est étonné d’aboutir à des solutions aussi concrètes que « …le drainage est un mode de transfert extrêmement rapide des herbicides appliqués au début de la saison du drainage. » ou l’équation simple
«Risque = aléa [op1, soit l’opéra- teur de croisement] vulnérabilité ».
Ajoutons que si la collaboration ex- pert/ agriculteur est fructueuse, il ne faut pas oublier que l’exploitation en question est une entité socio- économique ; mais les logiciels sont commercialisés, malgré la peur au quotidien du contrôle, du foncier ou de la taxe.
L’Inra n’aura jamais tort de plaider pour une agriculture raisonnée.
Même si l’État ne tient toujours compte des directives les plus sages : la TGA, taxe générale sur les activités polluantes étendue au phytosanitaire en 1999 (en 2000, 20 millions d’euros versés à l’État, c’est dire s’il a intérêt à veiller, bien qu’il ne soit pas encore assez incitatif) ; le renforcement des contrôles par photo aérienne ; la surveillance dans la distribution (et le Régent ?) ; le contrôle des pulvérisateurs (écocondi- tionnement) ; la récupération des produits non utilisés (et les stocks de Régent ?); l’établissement de contrats- types (CTE Contrats territoriaux d’exploitation).
Comme en pharmacovigilance, la nuance est subtile entre l’avant et l’après. Et pourtant : « Ceci n’est pas de la réhomologation. C’est plutôt de l’adaptation et de la gestion des risques. »On peut s’en étonner. Il est vrai que le public n’entend d’écho que des ratages.
L’ouvrage désigne clairement les lacunes : l’accent n’est pas assez mis sur les risques chroniques, la dégrada- tion et l’irréversibilité. « L’analyse des risques fait une impasse importante qui consiste à considérer qu’une substance qui n’est pas extraite et dosée n’est pas dangereuse et qu’elle n’a pas de conséquence environnementale. »
Les démarches constatées dans le cadre de l’homo- logation montrent un décalage (voire déphasage ou hiatus?) entre les connaissances des chercheurs et ce qui est réellement utilisé pour l’évaluation des risques.
Cela dit, « …comment communiquer de manière efficace les résultats des approches probabilistes ? La reconnaissance explicite d’un risque associé à ces méthodes sera-t-elle bien comprise et acceptée par le public ? »
Au fait, dès janvier 2003, et malgré les preuves scientifiques apportées par le CNRS et l’Inra, et même une injonction du Conseil d’État, le Gouver- nement refusait encore d’interdire le Gaucho et le Régent, commercialisés au bénéfice d’une seule au- torisation provisoire.
Estimation des risques
environnementaux des pesticides Enrique Barriuso, coord.
Éditions Inra, 2004
ISBN 2-7380-1110-1 (24 euros)
Estimation des risques environnementaux des pesticides
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