FACULTÉ
DEMÉDECINE
ET DE PHARMACIE DEBORDEAUX
ANNEE 1897-1898 Mo «9
DE
L'ÉPITILIOl
0DU PÉNIS
Et de
sonAblation
(NOUVELLE MÉTHODE D'AMPUTATION)
THESE POUR LE DOCTORAT EN MÉDECINE
présentée et soutenue publiquement le 28 Janvier 1898
François-Louis-André
DAMONDNé à Saint-Sulpice-d'Excideuil (Dordogne), le 27 septembre 1873.
Élève du Service de Santé de la Marine
Examinateurs de la Thèse
MM. DEMONS BADAL POUSSON VILLAR
professeur Président.
professeur....j agrégé j
Juges.
agrégé '
Le Candidat répondra aux questions qui lui seront faites sur les diverses parties de l'Enseignement médical.
BORDEAUX
IMPRIMERIE DU MIDI — PAUL CASSIGNOL
91 — RUE PORTE-DUEAUX — 91
189M
Faculté de Médecine et de Pliarniticic de Bordeaux
M. DE NABIAS,doyen —
M. PITRES, doyen honoraire.
l»ItOFB4SSK(JK8
MM. M1GE...
AZAM..
DUPUY.
Cliniqueinterne
MM.
\ PICOT.
/ PITRES.
. . \
DEMONS.
Clinique externe
j LANElX)N5UE
Pathologie interne...
N.
Pathologie et
théra¬
peutique
générales. VERGEEY.
Thérapeutique
ARNOZAN.
Médecine opératoire.
MASSE.
Clinique
d'accouche¬
ments
MOUSSOUS.
Analomie pathologi¬
que
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Analomie
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Analomie générale et
histologie
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ACillÉC2É& IR\
Professeurs ho110 raives.
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Physiologie
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Hygiène ....
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Physique
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Chimie
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Histoire naturelle ...
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Pharmacie
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Médecine expérimen¬
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Cliniquedes
maladies
chirurgicales des en¬fants.".
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MM. MESNARD.
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section de cihuuugie et
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Analomie
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Pathologie
externe] BINAUD.
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Physique
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Chimie et Toxicologie
DENIGÈS. |
c© jl:si* € o ma®a,
is sa a<: n t a b ïs k s :
Clinique interne
des enfants MM. MOUSSO'US.
Clinique des
maladies cutanées et syphilitiques
Clinique des
maladies des voies urinaires
Maladies dularynx,
des oreilles et du nez
Maladiesmentales Pathologie externe Accouchements Chimie
DUBREU1EH.
POUSSON.
MOURE.
RÉGIS.
DENUCÉ.
RIVIÈRE.
DENIGES
LeSecrétaire dela
Faculté: LEMAIRE.
Pardélibération du
5.août 1879, la Faculté a arrêté que les opinions émises dans les
Thèsesquilui sont
présentées doivent être considérées comme propres à leurs auteurs, et
qu'elle n'entendleur
donner ni approbation ni improbation.
A MON PÈRE ET A MA MÈRE
Je vousremercie de toutcequevous avez fait pourmoi.
A MON FRÈRE LE DOCTEUR
RENÉ
DAMONDMÉDECIN AIDE-MAJOR DE lrc CLASSE
A MON COUSIN LE DOCTEUR DEZON
A MA TANTE DEZON
A mes Camarades d'Ecole etenparticulier à ceux
qui
medonnèrent
lespreuves d'une
inaltérable amitié.
A MES MAITRES
A LA MÉMOIRE DE M. LE DOCTEUR BERCHON
ANCIEN MÉDECIN PRINCIPALDE LA MARINE ANCIEN DIRECTEUR DU SERVICE SANITAIRE DE LA GIRONDE
CHEVALIERDE LA LÉGION D'HONNEUR
ANCIEN PRÉSIDENT DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES,BELLES LETTRES ET ARTS DE BORDEAUX
A MADAME VEUVE BERCHON
A MONSIEUR LE DOCTEUR POUSSON
PROFESSEUR AGRÉGÉ A LA FACULTÉ DE MÉDECINE
CHIRURGIEN DES HOPITAUX.
OFFICIER D'ACADÉMIE
A mon Président de Thèse
MONSIEUR LE DOCTEUR DEMONS
PROFESSEUR DE CLINIQUE CHIRURGICALE A LA FACULTÉDEMÉDECINE
DE BORDEAUX
OFFICIER DE LA LÉGIOND'HONNEUR
OFFICIER DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE MEMBRE CORRESPONDANT DE i/ACADÉMIE DE MÉDECINE
INTRODUCTION
Notre ambition n'est pas grande en présentant ce travail à la bienveillance de nos juges. L'étude de Tépithélioma du pénis est faite un peu partout. Cependant les livres classi¬
ques ne nous ont pas paru suffisamment insister sur ce
sujet, vu la fréquence relative de l'affection et l'importance
d'un diagnostic précoce, d'une intervention rapide et sûre.
C'est à ce point de vue surtout
clinique
que nous avons envi¬sagé la question, heureux si nous arrivons à éclairer à temps le praticien en présence d'une tumeur épitliélioma-
teuse à son début.
QueM. le professeur Démons veuille bien accepter l'hom¬
mage de notre pleinereconnaissance pour son enseignement et l'honneur qu'il nous fait en acceptant la présidence de notre thèse.
Noussommes heureux de témoigner toute notregratitude à M. le professeur agrégé Pousson pour ses conseils éclairés et les précieux documents qu'il a bien voulu nous livrer.
DIVISION DU SUJET
«Le cancerdupénis,
dit
Demarquay,constitue l'affection
de cet organe
qui
intéressele plus le chirurgien, à
causedes
difficultés de son diagnostic dans
différents
caset enfin des
opérations que sontraitement entraîne constamment.
»Nous nevoulons pas entrer
dans l'étude complète de cette
lésion
après les
travauxqu'elle
ainspirés. Nousnous conten¬
terons d'insister surle diagnostic, le
traitement et les suites opératoires.
Dans notre premier
chapitre
nousparlerons du siège de la
tumeur, de sa nature anatomique,
et
nous passerons enrevue ses symptômes.
Le chapitre II sera
consacré à l'étiologie
;Le chapitre III au
diagnostic
;Dans le chapitre IV nous passerons
d'abord rapidement
sur les traitements divers, autres que
l'amputation
au bistouri. Nous insisterons sur ce dernier en décrivant la méthode conseillée par M.le professeur agrégé Poussons.
Puis, suivront les
observations
serapportant à cette
méthode etcelles qui nous
ont
paruutiles
ausujet.
Dans un dernier chapitre
(Chap. V),
nousétudions les
suites de l'opération.
CHAPITRE PREMIER
Siège. Symptômes
et nature del'épithélioma
du
pénis.
Le prépuce et le gland sont les parties du pénis le plus souvent affectées
d'épithéliomâ.
L'urètre l'est très rarement,une fois sur les 134 observations de Demarquay. Dans les 9 cas de Lebert, 3 avaient leur siège exclusif au prépuce, 8 au gland seul avec extension, une fois, aux corps caver¬
neux. La lésion débutant sur le prépuce doit facilement s'inoculer au gland, surtout quand il y a phimosis, et c'est le
cas le plus
fréquent.
Enfin le sillonbalano-préputial
a été parfois le siège primitif.Assez variable dans son aspect, cette tumeur se présente
en général sous les caractèressuivants. Elle présented'abord l'aspect d'une petite verrue
(c'est
en général ce quedisent lesmalades), puis
cette verrue s'ulcère et laisse écouler une matière sanieuse. Il y aà
la fois ulcération et végétations en forme de choux-fleurs. Tout autour de l'ulcérationla régionest tuméfiée,irrégulière, bosselée et de couleur foncée avec
épaississement
et induration. Les végétationsont une teinte plus ou moins rosée suivant leur degré de vascularité.«Dans une autre forme, les groupes de papilles sont revê¬
tus d'enveloppes épidermiques communes, ce qui donne
alorsà l'ensemble l'aspect verruqueux.»
L'ulcération gagne de plus en plus,
mais
ne devientjamais aussiprofonde
que dansl'épithélioma
de la face.Le volume de la tumeur est très variable (pois,
noisette) et
donne à la verge l'aspect d'un
battant de cloche.
Lapeau
est plus
oumoins modifiée dans
sacouleur et
dans sa consistance, quelquefois
elle présente de l'œdème
ou des varices
lymphatiques. Plus tard elle s'ulcère et pré¬
sente alors de l'induration et de la rougeur au pourtour
de
l'ulcération, qui présentel'aspect grisâtre, fongueux et
inégal.
Lorsque le gland est surtout
le siège de la tumeur, celle-ci
peut fairepour
ainsi dire hernie à travers l'orifice rétréci du
prépuce qui
lui forme bourrelet. De toutes
cesparties
suinte un liquide fétide.
Les corps spongieux
envahis
ontcomplètement changé
d'aspect. Ils ne présenteplus l'aspect lacunaire,
cequi
expliqueleur dureté. Ils
sontformés d'une substance «blan¬
che, ferme mais friable, assez facile
à écraser,
noninfiltrée
de suc et fournissantà la pression des grumeaux
feuilletés
de tissu épidermique. »
Au delà de la tumeur, on constate encore la
présence de
petits grainsblanchâtres disséminés dans le tissu érectile de
natureépithéliomateuse,et
dont
nous verronsplus loin l'im¬
portan ce.
L'urètre reste presque toujours
indépendant
aumilieu de
la tumeur; môme lorsque
l'évolution
estavancée, il reste
comme disséqué.
L'état des ganglions est
très variable. Parfois
unmalade
présentant une tumeurde nature franchement épithélioma¬
teuse n'est atteint d'aucune adénopathie
inguinale (Obs. IX),
etla récidive se fait rapidement
après l'intervention dans
ces mêmesganglions.
Parfois, des ganglions, fortement pris
et non enlevés
après l'amputation, rétrocèdent et reviennent
à leur volume normal.
L'étatgénéral du malade se
maintient longtemps satisfai¬
sant et ce n'est que lorsque
la lésion est très avancée et
aenvahi les ganglions que le
malade entre dans la période
cachectique.
— 13 —
L'épithélioma de la verge est généralement analogue à celui qu'on observe surtous les autres points du revêtement cutané. Il affecte deux formes: la forme interstitielle ulcé¬
reuse qui se
développe
surtout en profondeur et se traduit par une ulcération sans bourgeonnement, et la forme végé¬tante duesurtoutàunemultiplicationdescellulesépithéliales qui peut être rangée parmi les altérations désignées sous la dénomination de cancroïde.
La tumeurest essentiellement maligne, récidivante et de pronostic généralement grave, bien qu'elle n'ait pas les alluresjustement inquiétantes du carcinome.
CHAPITRE II
ÉTIOLOGIE
L'étiologie de la lésion dont nous nous occupons est aussi obscure que celle des autres tumeurs au point de vuede la
cause essentielle présidant à révolution de
L'épithélioma.
L'âge, d'après la
statistique
deDemarquay,
n'a pas une influence bien nette, car, si le cancer du pénis est plus fréquentde 40 à 70 ans, on l'observe assez souvent de 20 à 40 ans. La statistique de Lebert ne donne rien de bien net.Walshe a remarqué quel'affection était plus fréquente en
Europe que partout ailleurs, mais que la race nègrey était prédisposée.
Dans la thèse
deGèrbàult,
plusieurs observations semblent prouver que les affectionsmoralesontuneinfluence sérieusesur l'évolution de la tumeur.
Un rentierdes
environs de Paris, âgé de soixante-treize
ans, avaitdepuishuitans unpetit hou tonsurlecôté droit delàverge, le bouton restait stationnaire et le malade s'en inquiétait fort peu. Pendant lesiège,
celui-ci fut enfermé dans une cave et fut en proie à de vives inquiétudes. Il remarqua alorsune évolution rapide du mal qui lui causa de vives douleurs etl'amena en un an à une cachexie profonde avec envalussementganglionnaire.
La contusion est souventune causeefficiente d'une grande valeur; les deux observations prises, dans la thèse de
Garnier le
prouvent. Le frottement des vêtements peut
parfois être invoqué.
Dans le même ordred'idées, toutes les causes
d'irritation
peuventprédisposer à l'affection. L'observation bien connue
rapportée par
Dupuytren
enfait foi. Les
«infibulations »
successives (une
vingtaine) qu'une jalouse Espagnole faisait
subir au malheureuxingénieur
dont il est question avaient
certainement été pour beaucoup
dans l'apparition de la
tumeur,qui
fut enlevée
audébut de
sonévolution.
La
syphilis
aété observée chez 10 malades sur les 134 cas
de Demarquay.
Elle agit
sansdoute alors
parles désordres
et irritations diverses qu'elle
produit dans la région.
Le
phimosis
atoujours été considéré comme favorisant
tout au moins l'évolution du
cancroïde du pénis. Hey, Roux,
Demarquay sont
unanimes à
cesujet.
En moyenne, sur
10 individus atteints de cancer de la
verge, 7 ont
du phimosis. Devant une pareille proportion,
on peut se
demander
avecHey s'il ne serait pas indiqué de
veiller à ce que tous
les sujets atteints de phimosis soient
opérés. Travers
dit n'avoir jamais observé cette affection
chez unjuif. En somme,
le phimosis paraît jouer le grand
rôle dans l'histoire de la
pathogénie du cancroïde pénien, à
côté des lésions
syphilitiques. La fistule urinaire, la déchi¬
rure du prépuce
et surtout le défaut de propreté ont été
parfois mis
en cause.Enfin, la
cohabitation
avec unefemme atteinte de cancer
du col utérin n'a été observée que
chez deux malades, dont
un parM.
le professeur Poncet (de Lyon).
CHAPITRE III
DIAGNOSTIC
Le
diagnostic
de 1épithélioma
de la verge n'offrepas engé¬néral de grandes
difficultés,
qu'il présentela forme ulcéreuseou la forme végétante.
La forme ulcéreuse 11e peut être confondue qu'avecuneaf¬
fection chancreuse ou des
plaques
muqueuses des organes génitauxque pourront révéler lesantécédents immédiats du malade ou même des lésionssyphilitiques
concomitantes(adénopatliie généralisée,
plaques muqueuses,alopécie, etc.).
Du reste, le traitement
antisyphilitique
lèvera les doutes, tel le malade dont Garnier parle dans sathèse,
qui, considéréà Vienne comme atteint de cancer du pénis, futguéri à Paris par le traitement spécifique.Les altérations tuberculeusessont très raresdans cette ré¬
gion et cantonnées à l'orifice du méat ; on n'en possède que
quelques rares observations.
Les
gommessyphilitiques
ulcérées peuventparfoisenimpo¬
ser pour une tumeur
épithéliomateuse.
Cependant la gommedonne le plus souvent
lieji
à devéritables cavernesavec sé¬crétion fétide et enduit grisâtre; on neconstate pas l'indura¬
tion cancéreuse
caractéristique:
c'est le caractèredifféren¬tiel le plus important avec la réaction au traitement spécifi¬
que de la syphilis. L'étude des antécédents est souvent diffi¬
cile pour le médecin, qui se bute à la mauvaise foi du 111a-
Da.
2
— 18 —
lade. Celui-ci
peut être à la fois syphilitique et cancéreux,
comme nombre
d'observations le prouvent.
L'épitliélioma végétant pourrait être confondu avec les ex¬
croissancesfongueuses
du gland ou du prépuce. Le diagnos¬
ticsera fait
d'après les considérations suivantes, bien posées
par
Demarquay
:1° Les
parties sous-jacentcs aux végétations simples ne
présentent aucune induration ;
2° En cas de
phimosis, la masse des végétations peut for¬
mer fumeur, mais
alors
pasde douleur et évolution môme
longue, sans
adénopathie persistante;
3° Quandon
examine avec soin la surface des choux-fleurs,
on voit
qu'ils
neconstituent pas une masse unique ; ce sont
des saillies
séparées
pardes sillons profonds allant jusqu'au
point d'implantation.
Il n'en est pas
moins vrai qu'un tel diagnostic est souvent
fort difficile. Ricord,
dans
sesleçons à.l'hôpital du Midi, a in¬
sisté sur cesujet;
il dit même qu'on a dû souvent traiter de
simples
végétations comme un cancer et pratiquer l'amputa¬
tion.
D'après
cechirurgien ces végétations seraient parfois
accompagnées
d'adénites sympathiques, peut-être favorisées
parlui
état inflammatoire du prépuce en phimosis. Dans un
casdouteux il
eut
recoursà l'excision simple qui fut suivie
deguérison
complète sans récidive.
Lestumeurs dures
des
corpscaverneux qui pourraient être
confonduesavec
le
cancersont indolores ; elles sont station¬
nantes, ne
débutent
paspar la muqueuse. Les indurations
isolées ont une
physionomie particulière ; elles amènent des
érections
irrégulières, quelquefois unilatérales : elles se pré¬
sentent chez les
diabétiques, les arthritiques.
Le
diagnostic différentiel entre le cancer épitliélial et le
carcinomene
peut être fait qu'à l'examen microscopique.
CHAPITRE IV
TRAITEMENT
Quelle doit être la conduite du
chirurgien
enprésence d'un épithélioma du pénis?Les diversesobservations nous prouvent qu'il nedoit rien attendredes différentes médications ettopiques
employés
en pareil cas dans d'autres régions avec les mêmes chances d'insuccès. Il faut en arriver de suite à une intervention sanglante. On peut, toutefois, se demander sil'amputation
est
indispensable
et si l'ablation simple de la tumeur n'est pas suffisante. D'aprèsDemarquay,
on doitprocéder de suite àl'amputation
de la verge. Le professeur Poncet est du même avis, et dit dans une lettre à Garnier:« Une fois seulement, chez un jeune homme de
dix-sept
ans, j'ai tenté une opération conservatrice, mais j'ai dû ensuite pratiquer l'amputation du
pénis.
»Cependant,
d'après
l'observation de M. Soulé (de Bor¬deaux),
une simple excision de la tumeur aurait donné de bons résultats: «Un homme de trente ans avait une tumeur de la grosseur du poing à l'extrémité de la verge, tumeur inégale, bombée, etoffrant,
en certains points, des ulcérations grisâtres fournissant une suppuration iclioreuse avec quelqueshémorragies;
de plus il y avait des ganglions dans les deux aines. Les douleurs étaient bien vives et le malade réclamaitl'amputation.
M. Soulé s'étant— 20 —
assuré
quela tumeur était formée de plusieurs autres
tumeurs fortement
tassées et comprimées les unes contre
les autres, au milieu
desquelles il put reconnaître le canal
de l'urètre, excisa
les différents lobes de la tumeur, le
gland
étant soin au-dessous. La cautérisation avec l'acide
acétique,
pratiquée
enquelques points où la dégénérescence
paraissait vouloir
sedévelopper, acheva la guérison. »
Si encourageant que
soit
unpareil résultat, il nous semble
prudent d'intervenir plus largement et de sacrifier une
portion de pénis,
cor011 a souvent vu un traumatisme, même
opératoire, accélérer la marche d'une tumeur maligne et la
seconde
opération
endevenir plus difficile.
Le
professeur Bouisson (de Montpellier) préconise une
intervention
conservatrice lorsque le gland seul est atteint.
D'après
cechirurgien on doit même respecter le prépuce, car
alors : les
complications de l'opération sont moins à craindre
(érysipèle, lymphangite, phlébite), l'hémorragie est à peu près
nulle, l'aspect de
l'organe est conservé.
En
général, le chirurgien se trouve en présence d'une
lésion plus
avancée lui imposant l'amputation, qui peut alors
être
partielle
outotale.
L'étendue de la lésion
doit seule guider l'opérateur, car
il faut dépasser
largement la tumeur pour prévenir la
récidive. Nousavons vu, en
effet,
queles limites du mal ne
peuvent
être fixées
parla palpation seule et que la présence
de
granulations cancéreuses dans les corps caverneux
remontebien au
delà de la tumeur.
Du choix du
procédé opératoire.
L'histoire de
l'amputation de la verge remonte à Ambroise
Paré et à Fabrice
d'Aquapendente (xvie siècle), bien que cer¬
tains passages
de Gulien la mentionnent.
C'est toutefois à
Ruysch
quel'on attribue les premiers
travaux importants sur
cette opération. D'après la thèse
— 21 —
de Julien, Guillaume Fabrice de Hilden en posa les prin¬
cipes très netsau commencement du xvne siècle.
Un
chirurgien
de Florence fit, en 1634, une amputationau bistouri et décrivit l'opération.
Les premières interventions furent donc faites à l'ins¬
trument tranchant. Ce n'est que plus tard que l'on chercha dans d'autres voies la solution de la question. On proposa alors les divers procédés que nous allons décrire avant d'insister surles méthodes au bistouri.
1° Ligature
Manuel opératoire. — Une sonde est introduite dans l'urètre, et le pénis est serré au delà du mal dans un fil de soie qu'on laisse en place
jusqu'à
mortification complètede la partie antérieure. Il faut, en général, neufjours pour arriver au résultat. On peut, du reste, abréger ce laps de tempsen serrant progressivement lecordonnet de soie.
C'est, on le voit, un procédé assez barbare. Sabatier a pro¬
posé, pour diminuerl'intensité delàdouleur, défaired'abord
une sectionde la peau sur laquelle on
appliquerait
le fil.Cette
légère
modificationdu procédé ne met pas à l'abri des complications qu'amène presque fatalementl'exposition
du malade pendant un long temps à tous les dangers de l'in¬fection.
Il faut de plus laisserune sonde à demeure pendant plus d'une semaine et on peut voirsurvenir ainsi une cystite ou uneinflammation du canal.
Aussi cette méthode est-elle tombée en
désuétude,
bien qu'elleest pour elle une parfaite hémostase.2° Fcraseur linéaire
Chassaignac S'est servi de son écraseur pour amputer le pénis après avoir introduit unesonde dans l'urètre et
l'ayant
— 22 —
fixée au moyen
d'une aiguille qui traverse la verge de part
en part.
Cette méthode a de
sérieux avantages
:1° Ellemetà l'abri de
l'hémorragie;
2° Il n'ya pas
de ligatures à faire;
3° Par le fait même de
l'écrasement, la
peauest ramenée
surla surface de section;
4° Les orifices vasculaires
étant primitivement oblitérés,
leschances de
phlébite sont moindres.
Julien,qui
aessayé
ceprocédé sur le cadavre, nous dit avoir
fait là section à
grand'peine, l'écraseur menaçant de se
rompre;
aussi est-on parfois obligé de terminer la section
au bistouri
(Demarquay). L'infection n'est nullement conju¬
rée,car la cicatrisation
est loin d'être rapide. Enfin nous
verrons que le
chirurgien
nedoit
pasreculer devant une
hémorragie dont
il peut facilement
serendre maître.
3° Amputation par les caustiques
Caustiques chimiques.
—Bonnet employait le chlorure de
zinc et la
poudre de Vienne, qu'il appliquait en arrière du
mal,surla
partie saine, à l'endroit où doit être faite la section.
Bonnet abandonna vite ces corps pour
le fer rouge, d'abord
parce
qu'ils étaient très douloureux, ensuite, parce qu'il faut
plus
d'une semaine de cautérisation pour enlever la verge.
Ferrouge.— «
L'action des caustiques actuels (fer rouge),
dit Ambroise Paré, est
plus
seureet plus soudaine; ils ne
bruslent
qu'où ils touchent, sans offenser les parties proches;
celle des
potentiels est tardive, ils ne bruslent pas seulement
où ils sont
appliqués, mais aussi pendant qu'ils sont
eschaufféspar la
chaleur naturelle de la partie; ils agissent
et
impriment leur qualité tout doucement et plus loin et aux
corps
cacochymes, quelquefois causent inflammation, gan¬
grène et
mortification,
cequei
ayveu avec grand regret. »
Bonnet décrit très nettement un
procédé opératoire en
insistant avec raison sur la lenteur
de la cautérisation qui
— 23 —
prévient
l'hémorragie.
Les suites del'opération
sont engénéral bonnes, le malade
n'éprouve
pas une douleur trop vive et ne présente pas de réaction post-opératoire.L'École de Lyonemploya ce procédé en le modifiant. Seul des maîtres de Paris, Ricord en fit un essai suivi d'hémor¬
ragie attribuée par
Philipeaux
à la trop grande rapidité de la section.Les chirurgiens lyonnais Barrier, Desgranges, Ollier,
Pétrequin,
Gailletons'empressèrent
d'adopter ce procédé en lui faisant chacun une modification. Ainsi Desgranges fixa les tissusaumoyen del'entérotomedeDupuytren,
solidement placé en arrière du point où doit être pratiquée la section de la partie malade.La grande complication à craindre après l'emploi du fer rouge est l'atrésie du nouveau méat, bien que Valette déclare
au contraire que la béance du canal estleprincipal avantage qu'il trouve à l'emploi du fer rouge. Il est prudent en pareil
cas de faire
après l'opération
une incisionlongitudinale
à la partie inférieure de l'urètre.
Le galvano-cautère
remplaçant
le cautère simple a été em¬ployé par Sédillot
(1869).
Les résultats d'une telle méthode analogue à la dernière et demandant les mêmes précautionsont été consignésdans la thèsede Martin
(Paris
1876).4° Instrument tranchant
Nous croyons utile, avant de décrire les divers procédés opératoires, de faire une étude
analomique
sommaire du pénis.Sur une coupe de l'organe, on rencontre,en allant de la
périphérie
au centre: la peau, contenant à sa faceprofonde des fibres musculaires à direction circulaire ou oblique(muscle
pêripénien do Sappev). Au-dessous decette couche musculaire, on rencontre une couche de tissu cellulo-adipeux
lâche, donnant au fourreau de la verge toute sa mobilité. Immédiatement en dedans se trouvent les corps— 24 —
Caverneux, accolés comme
deux
canonsde fusil. A la face
inférieure, cesderniers
limitent
uninterstice dans lequel
se logel'urètre entouré de
sagaine érectile (corps spongieux).
Les deux corps caverneux
sont virtuellement séparés par
unecloison
incomplète
etoccupent exactement le centre de
la verge, ilssont
entourés d'une membrane élastique, épaisse,
fibreuse et résistante.
Une mêmemembrane enveloppe le corps
spongieux et
se soude à celle descorps caverneux,à la partie inférieure de
ces derniers. Enfin, le corps
spongieux et les
corps caver¬neux sont formés de trabécules veineux,
à mailles très
ser¬rées, qui, en se
gorgeant de
sang,produisent le phénomène
de l'érection.
Commevaisseauxon trouve : en
haut, immédiatement
sous la peau,la
oules veines dorsales superficielles de la verge;
plus
profondément, au-dessus du corps caverneux, la veine
dorsale
profonde delà
verge,ayant decbaquecôtéuneartère
dorsale de la verge. Enfin,
tout
aucentre
setrouvent les
artères caverneuses,puisune
foule decapillaires disséminés,
en tissu bien dense et très
fin, dans les trois
organes érectiles.D'après cette
rapide description,
onvoit que la verge est
un organe
essentiellement vasculaire, formant gaine à
l'urètre.
« Delà, dit le professeur
Quénu, deux indications princi¬
pales : assurer
l'hémostase et ménager l'intégrité des fonc¬
tions del'urètre. »
En vuede
prévenir l'hémorragie durant l'opération, on a préconisé
unefoule de
moyens.Nos ancêtres employaient
l'huile bouillante etdespoudres
diverses (Fabrice de Hilden).
L'Allemand Schrœger
recommande de
coupercouche
par coucheles tissus dela verge et delier lesvaisseaux
aufur et
à mesure qu'ils se
présentent. On conçoit la lenteur d'une
telle manœuvre et le peu
de succès qu'elle
aobtenu dans la
pratique
chirurgicale.
Esmarch applique
à la
verge sonprocédé d'hémostase.
C'est le moyen que nous
préconisons,
et que nousretrouve¬rons dans le procédé opératoire de M. le professeur agrégé PousSon.
Pour mieux voir la section des artères dans le moignon, Langembeck propose dépasser une ansedefildansla cloison
fibreuse, et de prévenir ainsi la rétraction des corps caver¬
neux en arrière.
Le cautèrea été
employé
après la section par Scultet, en 1G35, etdepuis
par d'autres praticiens qui ontpublié les bons résultats d'une telle pratique. Dans ce cas,l'hémorragie
se¬condaire est fort à craindre. Petit-Pradel. dans la Revue en¬
cyclopédique méthodique
(article « Verge »), cite lecas d'un soldat invalide qui fut traité parcette méthode.L'hémorragie
cessa difficilement et reparut quatre jours après avec une
intensité
effrayante,
et le malade mourut deces pertes con¬tinuelles de sang, compliquéesd'accidents
tétaniques.
Nous décrirons plus loin le plus sur moyen de se mettre à l'abri de
l'hémorragie
pendant et après l'opération.Pourassurer l'intégrité des fonctions de l'urètre, les chi¬
rurgiens ont eu recours à des procédés
opératoires
nom¬breux. Nous allons décrire ceux qui nousparaissent les plus usuels et dignes d'intérêt.
Nous n'insisterons pas sur les précautions antiseptiques
indispensables
à toute intervention chirurgicale. Faut-il vider la vessie du malade? Bérard pense qu'il n'y a aucun inconvénient à le faire, mais qu'une telle pratique n'est pasindispensable.
Procédé de Boyer. — Si la peau n'est pas très mobile sur les corps caverneux, B >yer conseille de la couper circulaire-
ment un peu au-dessus de l'endroit où on veut amputer les corps caverneux, et de couper ces derniers et l'urètre au niveau de la lèvre inférieure de la plaie circulaire faite à la peau.
Procédé de Delpech (de
Montpellier).
- Ce procédé s'ap¬plique au cas où l'extirpation doit être totale,etest analogue
à celui que nous décrivons dans une de nos observations.
Après
avoir coupé le pénis à son insertion pubienne, on
fencl le scrotum d'avanten
arrière et
onlaisse l'orifice de
l'urètre dans l'interstice
ainsi formé. L'opéré peut facilement
uriner sans s'accroupir, en
écartant les enveloppes du scro¬
tum qui
forment deux sortes de lèvres.
En 1855, Bouisson
exécuta de
nouveaucette opération sur
un malade dont nous
rapportons plus loin l'Observation (IV).
Roux
(de Toulon) décrit, dans la Gazette Médicale de Paris
de 1860, un mode
opératoire analogue.
Procédé de Smyly. —
Smyly recommande de réunir la mu¬
queuse
du canal à la
peau.Gherini, après Earle, propose de
faire une incisionà la
partie inférieure de l'urètre.
Procédé de Demarquay. —
Après incision de la peau, les
deux corps caverneux
sont disséqués et détachés avec soin en
respectant
l'urètre qui, plus tard, est fendu verticalement et
dont les deux portions
latérales sont fixées sur les bords de
la
première incision.
«Il résulte de cette opération, dit De-
marquay, une
espèce de vulve, au centre de laquelle se voit
ouvert l'urètre.
Procédéde M. le professeur
agrégé Pousson.
—Ce pro¬
cédé est basé sur uneheureuse
synthèse des diverses métho¬
des employées
antérieurement. «L'ensemble des procédés,
dit M. Pousson, que
j'ai employé chez deux malades me pa¬
raît constituer une
véritable méthode. Aucun d'eux ne m'appartient d'ailleurs, je m'empresse de le reconnaître, je
les ai
empruntés à différents auteurs.»
1° Hémostase
pendant toute la durée de l'opération. Elle est
obtenue par
l'application du lien hémostatique. Phélip (de
Lyon)
adéjà insisté
surl'avantage d'une telle pratique, qui
permet
à l'opérateur de voir nettement les parties sur les¬
quelles il
agit et
necompromet nullement la réunion immé¬
diate.
2° Hémostase
post-opératoire obtenue
parla fermeture
hermétique descorps caverneux
sectionnés dont on suture la
coque
fibreuse (Assalty, de Bucharest).
3° La création d'un nouveau
méat
enhypospadias artificiel
- 27 —
est obtenuepar la section de l'urètre et de sa gaine spon¬
gieuse en avant des corps caverneux
(Guyon),
etpar une incision longitudinaleinférieure permettant la suture de la muqueuse urétrale à la peau(Ricord).
Avant
l'opération,
la verge, le pubis et le scrotum sont soigneusement lavés, on rase la région. Si on peut retrouver l'orifice externe de l'urètreon fait un lavage du canal avec une solutionantiseptique,
de préférence une solution au nitrated'argent
à 1.500. Ce lavage est facilité par une pres¬sion dudoigtsur l'urètre au niveau du
"périnée.
On intro¬duit dans la vessie une sonde en gomme n° 18ou 20. On lave cet organe avec une solution
antiseptique.
La sonde reste dans l'urètre auquel elle sert de squelette et facilite ainsi l'intervention.
La verge est ensuite coiffée d'une compresse de gaze trem¬
pée dans une solution
antiseptique.
Cette compresse est retenue à la base dupénis
par le lien circulaire hémosta¬tique.
Le malade est anesthésié.
Premier
temps (incision
clestéguments
etligature des
artères
dorsales).
— La section est pratiquée au môme niveau pour la peau et les corps caverneux. On lui donne la forme d'une raquette «dont le plein répond à la face dorsale et dont la queue descend un peu au-dessous, du côté de la face inférieure, au-devant du corps spongieux». Cette inci¬sion, qui ne doit pas intéresser
l'enveloppe
fibreuse descorps caverneux ni la gaine du corps spongieux, doit sectionner la veine dorsale et les deux artères qu'on s'empresse de lier.Deuxième temps
{section
des corps caverneux et suture de leurenveloppe fibreuse).
— On sectionne alors les corpscaverneux à petits coups de bistouri en suivant la direction primitive de l'incision tégumentaire. L'hémostase parfaite permet de s'arrêter au niveau du corps spongieux qu'on dissèque sur une longueur d'un centimètre au-dessus de la surface de section. On sectionne à ce niveau et on fait les sutures. Une aiguille chargée d'un fil de catgut n° 2 très
résistant est introduite dans l'albu-ginée d'un corps caver¬
neux et va traverser la me.ne enveloppe fibreuse
dans
un pointdiamétralement opposé. La suture est faite de façon à
affronter les deux lèvres fibreuses. On fait ainsi troisou qua¬
tre sutures, de manière à obtenir une fente
linéaire
pour chaque corpscaverneuxde section primitivement circulaire.
Troisième temps
(établissement de l'hypospadias et suture
dela muqueuse
de Vurètre à la peau).
—On fait
uneinci¬
sion longitudinale
inférieure de l'urètre et du
corps spon¬gieuxsur toute la
longueur de
sasurface rendue libre par¬
la dissection. Chacune des lèvres ainsi obtenues est
suturée
à la peau par des
crins de Florence dont le premier unit le
sommet de l'ouverture elliptique de
l'urètre
ausommet du
V de la raquettecutanée. Si, ce
qui arrive
assezsouvent, il
ya trop de peau,
la sectionner
parpetits lambeaux.
On procède au pansement
antiseptique après avoir in¬
troduit une sonde à demeure qu'on ne
doit
paslaisser
en place pendantplus de quatre à cinq jours.
Observation I
(Communiquée par M. le professeur agrégé
Pousson)
M. G.... soixante-troisans, de bonne santé habituelle, a
commencé
àvoir sedévelopper, il y a trois ans, sur
le dos du gland et près de la
couronne, desvégétations
auxquelles il prêta d'abord
peud'attention et
qu'il traita pardes lotions vulgaires. Peu à
peu cesvégétations enva¬
hirent tout legland,
qu'elles recouvrirent complètement. Un médecin
de la campagne les
cautérisa vigoureusement
authermo-cautère, mais
sans résultat. Un médecin de la ville, consulté à son tour,
conseilla de
voir un chirurgien, mais le
malade attendit
encore un anavant de
sedécider.
Il vintme trouver pour la première
fois le 4 août 1893. Je reconnais
de suite qu'il est atteint
d'uni épithélioma végétant. La tumeur
aenvahi
tout leûdand et forme à sa surfaceune série devégétations serrées
les
- 29 —
unes contre les autres, maisprésentantentreellesdes fissuresprofondes; le prépuce estindemne, soupleet à peine œdémateux. 11 existe sur le côté droit de la verge une ulcération du fourreau à travers laquelle
fait issue un large champignon épithéliomateux mesurant 5 centi¬
mètres sur 4.
Ce champignon
s'implante
par une large surface surle corps de la verge, qui est considérablement augmentée de volume. Ces végétationssont peusaignantes, elles sécrètent un liquide puriforme, sànieux, très abondant. Le malade dit uriner par le sommetde laverge, mais, cà de certains moments, l'urine serait sortie parla végétationlatérale.
Pas d'adénopathie inguinale; je ne trouve qu'un toutpetit ganglion indolore dans l'aine gauche.
L'étatgénéral est assez bon ; le malade est seulement un peu pâle et ilprésente un bruit de souffle d'insuffisance aortiquetrès prononcé.
Le 9 août 1893, je procède àl'amputation.
Lemalade, malgré sa lésion aortique, est endormi sansincident.
La verge est lavéetrès sérieusement avec la solution de bichlorure et, commela section devra porter assez bas, près du pubis, ce dernier
estrasé etdésinfecté ainsi que lescrotum.
Malgré de minutieuses recherches, il m'est impossible de trouver l'embouchurede l'urètre au milieu des bourgeons épithéliomateuxetje doisrenoncerà mettre unesonde dansle canal etainsi à laver celui-ci etla vessie.
Je place à labase delàverge un lien élastique qui l'étreint circulai- rement et sert-en même temps à suspendre la circulation, à maintenir
une compresse de gaze trempée dans la solution de sublimé avec
laquelle j'ai coiffé le pénis comme d'un condom. Cette compresse fait dès lorspartie intégrante de la verge, pour ainsi dire, et je la section¬
nerai comme unedoublure extérieurede lapeau.
J'incise alorslestéguments du pénis en donnant à mon incision la forme d'uneraquette,dont le plein répond au dos dela verge et dont le manche setermine à safaceinférieure, en avantdu cylindre spongieux.
J'obtiens ainsi un petit moignon spongieux qui surmonte, après la rétraction physiologique
dès
tissus, le plan de section des corps caver¬neux d'un centimètre. Je fends de suite ce petit moignon sur la sonde à la face inférieureet sur la ligne médiane, puis je retirela sonde.
— 30 —
Celafait, jeme mets en
devoir de fermer les cylindres caverneux en
suturant leur enveloppe fibreuse.
A cet effet, je
passe uneaiguille
armée d'un catgut n°
1, très résistant, dans le bord de l'un d'eux, et je
traverse avec la même aiguille le
bord opposé. Je dispose ainsi
sur chaquecorps caverneuxtrois fils, dont je noue ensemble chacun des
chefs. Lasection circulairedes corps caverneux
est de la sorte réduite
àune fentetransversale et leurs aréoles sont
complètement couvertes
parleur
enveloppe fibreuse.
Lapeau et
le tissu cellulaire sont incisés dans toute leur épaisseur,
maisj'ai
soin de ménager l'enveloppe albugrnée des corps caverneux et
la gaine du corps
spongieux. Les deux artères dorsales, incisées
dans l'angle rentrant
formé
parles
corps caverneux,sont liées au
catgut.J'incise alors, au niveau de la peau
sectionnée à petits
coupsde
bistouri, les corps caverneux
dont le tissu
nelaisse d'abord trans-
suder qu'une bien
petite quantité de
sangnoir, puis devient étanche.
J'arrête cettesectiontransversale au niveau du corps
spongieux
queje
sépareducorpscaverneux
dans
unehauteur d'un centimètre et demi et
queje sectionne
à
ceniveau.
Je prends àce moment
chacune des lèvres du
corpsspongieux incisé
surlaligne médiane et
la
sutureà la
peaudu pénis. Je
me serspour
cela de crin de Florence. La peau du
pénis étant lâche et
entrop
grande
abondance
pourrecouvrir
sansplis le moignon des corps caver¬
neux,j'en réséqué un morceau en
forme de coin
surla face dorsale.
Je metsà demeureunesonde en caoutchouc,
pansement
àl'iodoforme
et à la gaze, puis coton et
bandes de tarlatane.
Tout marcherégulièrement, pas
de fièvre,
pasde douleur.
Le 12 août, c'est-à-dire au
matin du troisième jour, je défais le
pansement.
Aucune suppuration, tout est
enparfait état. J'enlève
lasonde à demeure et recouvresimplement le
gland d'une
compressede
gaze mobile.
Le 16, les points de suture
sont enlevés. Réunion complète.
Trois mois après, je
revois le malade, le méat souple et dilatable
estperméableà une
sonde
n°22.
Observation II
(Thèse de Garnier, Paris 1894.)
Amputation avec suture de l'enveloppe des corps caverneux.
Edouard L..., trente-deuxans, charretier.
Antécédents héréditaires. — Rien à noter.
Antécédents personnels.— Il y a huit mois, le malade reçoit un morceaude terre surlaverge. Ilyavaitdéjà un phimosis.
Il y a sept mois, il s'aperçoit que, par l'orifice préputial, s'écoule
un pus fétide que ne tarissent pas des injections d'eau blanchâtre ordonnées par un médecin.
Il y a cinq mois, un nouveau médecin consulté incise la région du prépuce et met à découvert une tumeur végétante etsuppurante.
Elle semble avoir envahi l'incision et occuper tout le prépuce. Elleest circulaire etsemble s'être développée dans le sillonbalano-préputial. Le malade fait des applications de compresses antiseptiques qui ne fontpas
cesserla suppuration.
Entré àl'hôpital le 10 mai,il présente une tumeurbourgeonnante;
laverge a l'aspect d'unchampignon couvert de pus fétide; l'urètreest intact. Dans l'aine, de nombreux ganglions volumineux. Quelques douleurs. Applications de quinquina qui transforme en plaie rose et granuleuse la surface gangrénée.
Première amputation de la verge sous chloroforme, le 18 mai 1804.
La tumeur est entourée de compresses antiseptiques. L'hémostase
estsimplement exercéepar compression digitale.
Section de la peau et du tissu cellulo-élastique. Ligature de la dorsale de la verge.
Section des corps caverneux à peu prèsau niveau de la section de la peau.Ligatures.
Section de l'urètre à un centimètre en avant de celle des corps
caverneux. Suture des corpscaverneux par des filsen série, unissant le bord supérieur au bordinférieur de