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La conception: une affaire de protéines
ARSIMOLES, David Esaïe Emmanuel, et al.
Abstract
Quand vous décidez de faire un régime, votre futur bébé crie « Au secours ». Selon une étude parue en 2018 dans la revue scientifique Proceedings of the National Academy of Sciences,1 une diète restrictive en protéines durant la période préimplantatoire peut affecter le développement cérébral de l'embryon et entraîner des troubles de la mémoire chez la souris adulte. Entre conception et implantation, attention aux restrictions.
ARSIMOLES, David Esaïe Emmanuel, et al . La conception: une affaire de protéines. Revue médicale suisse , 2020, vol. 16, no. 684, p. 464-465
PMID : 32134227
Available at:
http://archive-ouverte.unige.ch/unige:132455
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REVUE MÉDICALE SUISSE
WWW.REVMED.CH 4 mars 2020
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La conception : une affaire de protéines
DAVID ARSIMOLES, ELISA DOMINGOS, MÉLISSA LONGEPIERRE, AREC MANOUKIAN, MARGAUX VERDON, CHRISTELLE BOREL et THOMAS LAUMONIER
Rev Med Suisse 2020 ; 16 : 464-5
INTRODUCTION
Quand vous décidez de faire un régime, votre futur bébé crie « Au secours ». Selon une étude parue en 2018 dans la revue scientifique Proceedings of the National Academy of Sciences,1 une diète restrictive en protéines durant la période préimplan- tatoire peut affecter le développement cérébral de l’embryon et entraîner des troubles de la mémoire chez la souris adulte. Entre conception et implantation, attention aux restrictions.
MANGER POUR DEUX
Les besoins pendant la grossesse et l’allaitement changent ; certains aliments sont à éviter, d’autres à privilégier. Avoir une alimentation et une nutrition saines lors d’une grossesse fait partie des recom- mandations de base pour le bon dévelop- pement du fœtus. Mal adapté, un régime alimentaire carencé peut entraîner, chez l’enfant, des complications sévères.2,3 Les données collectées après la famine de la Seconde Guerre mondiale révèlent que les enfants nés de mères sous-alimentées présentaient des dysfonctionnements neu- rologiques et métaboliques sévères.4 L’ali-
mentation ayant un impact, quand de- vient-il important de surveiller le contenu de son assiette (figure 1) ?
DES PROTÉINES EN MOINS
Récemment, des chercheurs ont étudié les effets d’un régime maternel carencé en protéines sur le développement cérébral de souriceaux. Ils ont montré qu’un régime pauvre en protéines pendant la période préimplantatoire induit une diminution du nombre de cellules souches neuro- nales. Cette baisse est due à une matura- tion précoce de ces cellules et à une mort cellulaire accrue. Cet effet persiste jusqu’à l’âge adulte et altère la mémoire à court terme des souris.1 Le devenir du souriceau se détermine donc sur une période res- treinte de trois jours, précédant l’implan- tation de l’embryon dans la paroi utérine.
L’hypothèse actuelle inclut des mécanismes épigénétiques, qui induisent des modifica- tions moléculaires de l’ADN en réponse aux variations environnementales. Ces changements dérégulent l’expression de gènes pouvant conduire à des maladies telles que l’obésité, l’hyper tension, la dé- pression ou la schizophrénie.2,5 Et si ces découvertes sont transposables chez l’humain, êtes-vous prêtes à changer vos habitudes alimentaires pour préserver la santé de votre futur enfant ?
ÊTRE CONSCIENT DE L’INCONSCIENT
La période préimplantatoire précède la détection médicale de la grossesse ainsi que sa prise de conscience. Intervenir pendant cette période est donc difficile pour les professionnels de la santé. Une nouvelle stratégie de prévention et de promotion de la santé préconception- nelle est en train d’émerger. Elle consiste à rencontrer des couples désireux d’avoir un enfant, à évaluer leur style de vie et à les informer des facteurs de risque liés à une grossesse. Ces consultations précon- ceptionnelles sont encore trop rarement proposées et ne le sont qu’aux personnes
dites « à haut risque ». Leur généralisation pourrait permettre de détecter des régimes alimentaires maternels carencés poten- tiellement nocifs pour le futur bébé. De récents travaux rapportent que ces con- sultations permettent aux parents de mieux gérer les risques, sans pour autant créer de l’anxiété autour de la grossesse.6 Professionnels de la santé, politiciens, médias et entreprises agroalimentaires sont appelés à s’investir sans délai.7 Il ne suffit donc plus de faire attention à son alimentation pendant la grossesse : il faut s’y préparer des mois à l’avance.
1 Gould JM, Smith PJ, Airey CJ, et al. Mouse maternal protein restriction during preimplantation alone permanently alters brain neuron proportion and adult short-term memory. Proc Natl Acad Sci U S A 2018;115:E7398-407.
2 Watkins AJ, Lucas ES, Wilkins A, Cagampang FRA, Fleming TP. Maternal periconceptional and gestational low protein diet affects mouse offspring growth, cardiovascular and adipose phenotype at 1 year of age.
PLoS One 2011;6:e28745.
3 Fleming TP, Watkins AJ, Velazquez MA, et al. Origins of lifetime health around the time of conception: causes and consequences. Lancet Lond Engl 2018;391:1842-52.
4 Roseboom TJ, Painter RC, van Abeelen AFM, Veenen- daal MVE, de Rooij SR. Hungry in the womb : what are the consequences ? Lessons from the Dutch famine. Maturitas 2011;70:141-5.
5 Fleming TP, Eckert JJ, Denisenko O. The role of maternal nutrition during the periconceptional period and its effect on offspring phenotype. Adv Exp Med Biol 2017;1014:87-105.
6 Hussein N, Kai J, Qureshi N. The effects of preconcep- tion interventions on improving reproductive health and pregnancy outcomes in primary care: a systematic review. Eur J Gen Pract 2016;22:42-52.
7 Barker M, Dombrowski SU, Colbourn T, et al.
Intervention strategies to improve nutrition and health behaviours before conception. Lancet Lond Engl 2018;391:1853-64.
FIG 1 Des protéines en moins, c’est un cerveau qui a faim ! Une carence en protéines durant la période préimplantatoire altère le développement cérébral de l’embryon et peut avoir des effets néfastes sur la mémoire à court terme chez l’adulte.
DAVID ARSIMOLES, ELISA DOMINGOS, MÉLISSA LONGEPIERRE, AREC MANOUKIAN, MARGAUX VERDON, DRS CHRISTELLE BOREL, ET THOMAS LAUMONIER
Bachelor en sciences biomédicales, Département de physiologie cellulaire et métabolisme, Faculté de médecine, CMU, 1211 Genève 4
PERSPECTIVES
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4 mars 2020
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INTERVIEW DE LA PROFESSEURE BEGOÑA MARTINEZ DE TEJADA WEBER
Médecin-cheffe du Service d’obstétrique des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), plus grande maternité de Suisse, avec 4000 naissances par an.
Quelle est l’importance de l’alimentation pendant la grossesse ?
Une bonne alimentation est primordiale. Aucune anamnèse nutritionnelle spécifique n’est ce
pendant pratiquée. Nous voyons de plus en plus de femmes qui suivent des régimes alimen
taires déséquilibrés. Près de 25 % des femmes enceintes suivies aujourd’hui aux HUG souffrent de surpoids ou d’obésité. Nous savons que l’obé
sité augmente les risques de complications pour la mère et pour l’enfant. Notre équipe développe un programme appelé « contre
poidsmaternité », dont les objectifs sont de prévenir les complications et de traiter l’obésité chez la femme enceinte ou venant d’accoucher.
Et pendant la période préimplantatoire ? Il est difficile d’établir l’importance de l’alimenta
tion durant la période préimplantatoire. L’em
bryon est effectivement très vulnérable durant les stades précoces de sa vie intrautérine.
Contrairement aux expériences réalisées chez la souris, il est très compliqué chez l’humain d’iso
ler l’alimentation des autres facteurs environne
mentaux, tels que le niveau socioéconomique ou le style de vie (alcool, drogues, etc.). Il est mal
gré tout important de commencer à sensibiliser les couples sur les effets possibles d’une alimen
tation carencée avant et pendant la grossesse.
Envisagez-vous de mettre en place des consul- tations préconceptionnelles aux HUG ? Pour l’instant, il n’y a pas de programme de prise en charge aux HUG concernant la prévention nutritionnelle et la santé préconceptionnelle.
Nous avons des consultations de planification de la grossesse chez les femmes identifiées « à haut risque » avec un suivi multidisciplinaire.
Il faudrait pouvoir rencontrer les futures mamans bien avant la conception, pour leur permettre de planifier leur grossesse. Actuellement, les femmes viennent souvent consulter à partir de la 13e semaine d’aménorrhée et elles n’expri
ment que très rarement leur désir de grossesse à leur généraliste. Pour être efficace, il faudra développer la prévention à l’aide de campagnes de communication adaptées. Un facteur limitant est le remboursement par les caissesmaladie.
Nous ne pouvons pas sensibiliser tout le monde si les consultations avant la 13e semaine restent à la charge de la famille. La planification d’une grossesse et la prévention des facteurs de risque sont bénéfiques à la mère et à l’enfant ; notre service y est très attentif.