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Rassembleret retisser le lien L’US

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Academic year: 2021

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L’US UNIVERSITÉ SYNDICALISTE

Les propositions ne sont pas la hauteur de la situation.

Alors que la crise sanitaire a exacerbé les inégalités sociales, illustré le rôle majeur des services publics mais aussi, le besoin d’un modèle écono- mique et social plus juste et plus res- ponsable sur le plan environnemental, le président de la République a choisi de maintenir le cap de sa politique.

Rien ne le fait dévier de sa ligne libérale, ni les suppressions d’emplois et leurs conséquences, ni la paupéri- sation croissante d’une partie de la population ; pas même les échecs élec- toraux en cascade du parti présiden- tiel ni la débandade dans ses rangs.

Pire, renouant avec une tactique éculée, Emmanuel Macron tente d’im- poser dans l’opinion l’idée qu’il n’y

aurait qu’un seul scénario possible pour mai 2022, celui d’un duel qui l’opposerait au Rassemblement natio- nal, en balayant d’un revers de la main toute autre option, toute alternative.

Dans cette optique, il prépare le ter- rain en jouant la carte de l’ordre sécu- ritaire, en désignant à la vindicte cer- tains de nos concitoyens, en clivant la société, avec le projet d’une loi sur le séparatisme.

Écrans de fumée

Ces manœuvres politiciennes de diversion ont pour but de détourner l’attention des véritables enjeux. Les réformes mises en veilleuse, notam- ment celle des retraites, sont toujours à l’ordre du jour. Le projet de budget 2021 risque d’affaiblir encore les ser- vices publics par choix idéologique.

La contribution des plus hauts reve- nus demeure très insuffisante. De

plus, la loi de transformation de la Fonction publique va toucher, après la mobilité, les questions de carrière des personnels, dans l’opacité la plus totale.

Les personnels de l’Éducation nationale, durement sollicités pen- dant le confinement, voient passer les jours sans que ne se profile aucune prise en compte

de leur situation. Ils ne peuvent que contempler leur ministre se complaire dans l’autosatisfaction alors que tout craque.

Au bord de la crise

Entre la gestion calamiteuse de la situation sanitaire, les promesses non tenues de revalorisation, les effectifs en hausse, l’explosion du groupe classe dû à la réforme du

lycée, c’est toute la profession qui n’en peut plus !

Non, la rentrée n’est pas normale ! Oui, nos métiers sont dévalorisés et dénaturés ! Face à cela, la solidarité est plus que jamais indispensable, les liens et les combats collectifs nécessaires.

C’est pourquoi le SNES- FSU, présent depuis le début de la crise sani- taire aux côtés des collègues, entend intensifier son action, avec le soutien des militants de terrain. Un effort rapide et significatif pour le service public d’Éducation est nécessaire.

Le SNES-FSU travaille à mettre sur pied, avec des partenaires syndicaux, les fédérations de parents, les orga- nisations de jeunesse, des initiatives pour y parvenir.

n

Frédérique Rolet

L’édito

Bouche cousue !

On connaissait le nuage de Tchernobyl, respectueux des frontières, s’arrêtant à la limite de celles de la France, on découvre maintenant un virus convaincu du caractère sanctuarisé des établissements scolaires, s’arrêtant à la porte des écoles.

Comment interpréter autrement le silence éloquent du ministre de la Santé lors de sa dernière allocution ? Bars, EPHAD, fêtes de famille, rassemblements ou événements publics, tout a été passé en revue, de nombreux conseils et interdits ont été formulés : télétravail pour les salariés vulnérables dans les entreprises, respect des gestes barrière... Sur les établissements scolaires, pas un mot.

Silence pudique, témoin sans doute de l’embarras d’un gouvernement qui a sciemment négligé l’Éducation dans son plan de relance, refusé les recrutements de personnels,

l’admission des candidats aux concours d’enseignement inscrits sur listes complémentaires, laissé les personnels se débrouiller.

Respecter la distanciation physique dans des classes bondées relève de la gageure. On comprend pourquoi le ministre de l’Éducation, d’ordinaire si prompt à défiler dans les médias reste en ce moment aussi discret sur le sujet sanitaire, pour se faire consultant en mode républicaine.

La situation est grave dans le second degré, les personnels épuisés, les vies scolaires malmenées, le risque d’extension de l’épidémie avéré.

La tendance pour l’automne-hiver 2020 doit être à la protection des personnels. n

Diviser, cliver, séparer, la crise sanitaire avait préparé le terrain ; le gourvernement enfonce le clou quand les citoyens ont besoin, plus que jamais, d’être unis et de pouvoir penser sereinement un avenir commun.

Frédérique Rolet, secrétaire générale

situation sociale et sanitaire

Rassembler et retisser le lien

L ’ U n i v e r s i t é S y n d i c a l i s t e , l e j o u r n a l d u S y n d i c a t n a t i o n a l d e s e n s e i g n e m e n t s d e s e c o n d d e g r é — n u m é r o 8 0 0 d u 2 6 s e p t e m b r e 2 0 2 0

© Eric Gaillard - REUTERS

lycée Blanquer p. 4 expérimentation p. 5

La solidarité et le collectif sont indispensables

É L E C T I O N S A U C O N S E I L D ’ A D M I N I S T R A T I O N

VOTEZ POUR LES LISTES

PRÉSENTÉES PAR LE SNES-FSU

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giaires : un entretien professionnel institué par l’arrêté du 28 août dernier.

Rejeté par l’ensemble des organisations syndicales, cet entretien professionnel soulève de nombreuses objections.

Pourquoi alourdir l’année de stage, rajouter du stress à des stagiaires qui en subissent déjà beaucoup ? Les IPR, les professeurs ou CPE, les chefs d’éta- blissement qui devraient composer les commissions de cette épreuve n’ont- ils pas mieux à faire pour accompagner les stagiaires ? Pourquoi mobiliser les moyens de l’institution pour organiser une telle épreuve, en ces temps très incertains de pandémie ?

Coup d’essai

Il y a aussi une objection de fond : cette commission doit se fonder sur les mêmes compétences que les autres éva- luateurs (inspecteur, chef d’établisse- ment, INSPÉ), à l’issue d’un entretien de trente minutes (dont dix minutes d’exposé sans temps de préparation).

On perçoit mal la légitimité de son avis par rapport aux autres évaluateurs. Est- ce là un ballon d’essai pour l’oral pro- fessionnel que le ministère prévoit d’in- troduire aux concours 2022 sur le même modèle ? Dans toutes les réunions, la FSU a manifesté son opposition à cette nouvelle épreuve.

n Pierre Claustre

✦ l’actu

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SAMEDI26

L’US

SEPTEMBRE2020

L’agenda du SNES-FSU

instances

n Les 23 et 24 septembre

➔Syndicalisme international. Conférence du CSEE : « Pour le renouveau syndical ».

n Les 29 septembre ➔BN

Réunion du bureau national du SNES-FSU.

audiences et

groupes de travail

n Le 29 septembre ➔Agenda social Réunion au ministère sur « Enjeux d’équipement informatique ».

n Le 30 septembre ➔DGAFP À la Direction générale de l’administration et de la Fonction publique, discussions sur les conditions et modalités de la reconnaissance des pathologies liées à la Covid-19.

n Le 1eroctobre ➔Mouvement Discussion au ministère sur les modalités de mutations des personnels second degré.

n Le 5 octobre ➔Agenda social Réunion au ministère sur « revalorisation des rémunérations des enseignants et assimilés ».

stages et colloques

n Le 25 septembre ➔Numérique États généraux du numérique pour l’Éducation : point d’étape.

n Le 1eroctobre

➔Pourquoi des fonctionnaires ? Séminaire de la FSU sur « Le salariat à statut et les services publics » organisé par l’Institut de recherches de la FSU.

n Le 3 octobre ➔Vive la sociale Anniversaire de la Sécurité sociale à Saint-Étienne, le SNES-FSU s’y exprime au nom du Groupe des 9.

n Le 5 octobre ➔Tout un programme…

Journée mondiale des enseignants organisée par l’UNESCO : « Les enseignants : leaders en temps de crise et façonneurs d’avenir ».

n Du 7 au 11 octobre ➔Blois Participation active du SNES-FSU à la 23eédition des Rendez-vous de l’histoire, le thème de cette année : Gouverner.

n Le 9 octobre ➔Dépendance

Stage sur la loi « Grand âge et autonomie » organisé par le secteur des retraités.

n Le 10 octobre ➔ZEP

Participation du SNES-FSU à la journée nationale de l’Observatoire des Zones Prioritaires consacrée l’évaluation des effets de la refondation de l’éducation prioritaire : Présentation des résultats de l’enquête collaborative de l’OZP 2019-2020.

n Les 2 et 3 novembre ➔Journées d’automne. Stage à destination des responsables SNES-FSU sur les enjeux revendicatifs actuels et de demain : Quelle politique de santé pour demain ? Débat sur le dossier retraite, le monde de demain animé par Attac, la vie syndicale, la place de la SFR dans la fédération, la syndicalisation.

Quelles perspectives d’action ? n Les 3 et 4 novembre ➔Action sociale

Stage à destination des militants dans le domaine de l’action sociale : échanges et points de repères communs sur les plans d’action SRIAS, dossiers CIAS (crèches, logement), RIA, état des délégations et perspectives pour le prochain mandat.

Le manque d’AESH est criant. Le gouvernement dit en être conscient.

Pourtant, rien n’est fait pour attirer des candidats.

Le 9 juin 2020 se tenait, dans le cadre du comité consultatif des AESH, la pre- mière des deux réunions prévues sur le temps de travail et la rémunération.

La seconde réunion prévue début juillet a été reportée dans l’attente des arbi- trages gouvernementaux. La fin du mois de septembre approche et on ne voit toujours que le soleil qui poudroie et l’herbe qui verdoie…

La seule piste évoquée par le minis- tère consiste à multiplier les contrats avec d’autres employeurs (collectivités locales) et à élargir les missions. Cela va à l’encontre de la nécessaire profes- sionnalisation des missions d’accom- pagnement des élèves en situation de handicap et de leur reconnaissance.

Manque de candidats

Le gouvernement doit cesser de penser qu’on peut développer ces missions indispensables à l’inclusion sans en tirer les conséquences budgétaires.

Le SNES-FSU a des propositions : généraliser les contrats à temps plein en augmentant le nombre de semaines

prises en compte pour le calcul de la quotité travaillée et en incluant tous les temps de présence en établissement dans le temps de travail ; revoir la grille de référence en l’alignant sur le premier grade de la catégorie B.

Il ne suffit pas d’annoncer le recru- tement de 8 000 AESH supplémen- taires à cette rentrée, encore faut-il que des volontaires postulent puis restent...

L’inclusion des élèves en situation de handicap et à besoin éducatifs parti- culiers et les personnels qui y travaillent méritent mieux que le mépris dont fait preuve le gouvernement à leur endroit.

AESH référent : missions encadrées, rémunération oubliée ?

L’existence d’AESH référents est prévue par la circulaire du 6 juin 2019 : « les services départementaux peuvent identifier un ou plusieurs AESH référents dont la mis- sion consiste à apporter un appui métho- dologique aux AESH du territoire ». Un arrêté du 29 juillet 2020 fixe les condi- tions de désignation des AESH réfé- rents et précise leurs missions. En revanche, on attend toujours le décret instituant l’indemnité de mission spé- ciale et l’arrêté en fixant le montant.

Ces textes ont été présentés au CTM le 8 juillet. Le projet d’arrêté prévoyait un montant annuel de l’indemnité de 600 €.

n Emmanuel Séchet

AESH Rémunération et temps de travail

AESH, c’est un métier, il faut qu’il soit reconnu et mieux rémunéré !

© DR

Le confinement a interrompu le

déroulement de la session 2020 des concours.

La plupart des stagiaires de cette année n’ont pas passé d’oral d’admission.

Plutôt que de reconnaître le caractère exceptionnel de cette session, le minis- tre s’entête à vouloir compenser l’ab- sence d’oral d’admission par l’organi- sation d’une épreuve supplémentaire au moment de la titularisation des sta-

oral professionnel Mauvais tour joué aux stagiaires

© DR

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l’actu ✦ 3

Pour les jeunes : mauvais plan

Le SNES-FSU partage l’objectif de proposer à chaque jeune une solution de formation, d’autant que la crise sanitaire a mis en évidence les profondes inégalités suscitées par l’enseignement à distance.

Mais, les mesures annoncées consistent essentiellement en une externalisation des aides et prises en charge. Qu’il s’agisse de fracture numérique, de remédiation scolaire, d’accès à des formations qualifiantes, la solution ministérielle se trouve toujours en dehors de l’Éducation nationale. La question du décrochage l’illustre parfaitement : insuffisance et inadaptation des moyens pour pallier les difficultés des élèves et insuffisance des créations de places pour l’enseignement supérieur ; en revanche, toujours les mêmes stages de quelques mois assurés par des associations, pour travailler la réflexion sur soi et son projet professionnel, ainsi que des formations qualifiantes portées par le très nébuleux Plan d’investissement dans les compétences (PIC)...

Pour le SNES-FSU, une politique ambitieuse consisterait à :

w

mettre en place des dispositifs de remédiation pédagogique et de remobilisation aux différents niveaux du système éducatif, au sein de l’École, permettant de retrouver un parcours de formation qualifiant ;

w

recruter des Psy-ÉN, des assistants de service social et des infirmières pour que les professeurs puissent s’appuyer sur des équipes pluriprofessionnelles complètes, intervenant en prévention.

n

Frédérique Pénavaire, Catherine Remermier

Au-delà des

conditions de rentrée, les déclarations de Jean-Michel Blanquer confirment, pour qui en doutait encore, que son projet éducatif a une redoutable

cohérence.

« Cette rentrée des classes s’est passée dans la joie. » Devant les députés de la com- mission des Affaires culturelles, Jean- Michel Blanquer a déroulé son bilan de la rentrée et les perspectives pour les prochains mois avec des termes surprenants pour tout néophyte en matière de communication ministé- rielle, mais toujours agaçants pour les personnels de l’Éducation.

Pardon, Monsieur le Ministre ?

« Une rentrée dans la joie. » Était-il pos- sible de choisir un adjectif si éloigné de la réalité ? En qualifiant ainsi cette rentrée si particulière, le ministre de l’Éducation nationale confirme sa déconnexion totale avec le terrain.

Dans les collèges, lycées et CIO, les personnels manquent de masques, de gel hydroalcoolique.

Aucune règle de distan- ciation sociale ne peut être respectée et le bras- sage des élèves est inces- sant, puisque le ministre

s’est refusé à tout aménagement maté- riel. Chacun tente de comprendre les procédures à suivre en cas de Covid sans avoir de réponses claires et nettes à leurs diverses interrogations.

Sans aucun doute, les personnels

étaient heureux de retrouver leurs élèves après des mois d’école à dis- tance, mais les conditions de rentrée ont très vite gâché cette appréciation. Colère devant les injonctions contradictoires, dépit de voir le service public aussi maltraité, mais aussi crainte de voir les établis- sements devenir des lieux de propagation du virus.

Les sentiments sont nombreux mais ce n’est certainement pas de la joie.

La responsabilité en incombe au ministre.

Jean-Michel Blanquer a ensuite loué les dispositifs d’accompagnement pour

faire face aux difficultés des élèves dues au confinement. En réalité, ce sont essentiellement 1,5 million d’HSE qui seront bien vite insuffisantes pour faire face aux défis pédagogiques de

« l’après ». Depuis le mois de juin, le ministre balaye toutes les demandes d’aménagement de programmes, au risque que les élèves les plus fragiles se trouvent très vite en difficulté, ce qui, sans surprise, s’inscrit dans sa vision éducative élitiste et inégalitaire.

Les diversions dangereuses

Enfin, après quelques mots sur le Gre- nelle des professeurs (voir ci-dessous), le ministre de l’Éducation nationale a apporté sans hésitation son soutien au

projet de loi contre le séparatisme annoncé pour l’automne. Plutôt que de stigmatiser certaines catégories de la population, le vivre ensemble néces- site d’investir massivement dans les services publics en particulier dans l’École publique.

Cette rentrée ne s’est pas faite dans la joie, n’en déplaise à un ministre aux éléments de langage bien (mal) rodés.

Que ce soit sur les conditions de tra- vail, sur la mise en oeuvre du protocole sanitaire ou sur les questions de reva- lorisation, le SNES-FSU est résolu à poursuivre sa défense individuelle et collective des personnels et à initier les mobilisations nécessaires.

n

Sophie Vénétitay

politique éducative De la joie... vraiment ?

© Vasyl / AdobeStock.com

Outre les sommes minimalistes avancées, la revalorisation

serait conditionnée à une refonte du métier.

Sans doute Jean-Michel Blanquer ambitionne-t-il de rester dans l’histoire, en tout cas celle de l’Éducation natio- nale, en proclamant sa volonté de lan- cer mi-octobre le « Grenelle des pro- fesseurs », conçu en lien avec les travaux de l’agenda social pour la mise en œuvre de mesures en 2021 et la pré- paration d’une loi de programmation pluriannuelle, le tout couronné le 1

er

décembre par une conférence scien-

tifique sur le métier de professeur au

XXIe

siècle.

Outre la fâcheuse manie du gouver- nement d’accaparer la référence histo- rique des accords de Grenelle pour des causes diverses, on ne peut

s’empêcher de comparer l’ampleur des me sures issues des discussions entre gouvernement et syndicats en 1968 avec celles annoncées par Jean- Michel Blanquer. En la matière, on reste dans la petite histoire... Le minis-

tre n’évoque même plus les sommes qui ont circulé en janvier (10 milliards d’euros sur 15 ans), se contentant pour

l’instant de 400 millions inscrits dans le projet de loi de finances 2021. 400 mil- lions pour plus de 860 000 professeurs...

Quant à la loi de programmation pluriannuelle, aucune indication sur le calendrier, aucun mon- tant envisagé... à 18 mois de l’élection présiden- tielle.

Il continue à corréler les questions de revalori- sation à des mesures tou- chant aux différents métiers de l’éducation et a transmis aux organisa- tions syndicales les agendas compor- tant 17 groupes de travail ! Si certaines thématiques comme celle de l’égalité professionnelle femme/homme requiè- rent des mesures rapides, d’autres sus- citent plutôt de l’inquiétude et rappel- lent furieusement des tentatives antérieures pour modifier les missions, individualiser davantage les rémuné- rations et/ou donner plus de poids aux hiérarchies locales.

Déjà les discussions lancées en jan- vier après une grève majoritaire contre la réforme des retraites avaient laissé entrevoir la couleur de la revalorisation vue par Jean-Michel Blanquer, celle de maigres augmentations en contrepar- tie de nouvelles tâches. Le ministre a déjà donné le signal en faisant passer un décret imposant un temps de for- mation continue pendant les congés, une seconde heure supplémentaire année (HSA) obligatoire... mesures qui conditionnent un surcroît de travail.

Cela ne s’appelle pas revaloriser...

La question de la revalorisation de nos salaires est pourtant une question centrale. Pour le SNES-FSU, elle passe en particulier par l’amélioration des grilles, l’aménagement des fins de carrière, le doublement de l’ISOE et des indemnités afférentes des CPE, profs doc et Psy-ÉN.

n Frédérique Rolet

Les agents de la Fonction publique sont en général assez peu informés par le ministère de l’ensemble de leurs droits. La situation de crise n’a pas fait

disparaître ce manque et l’instabilité des consignes n’arrange rien.

Progressivement, et à la suite des demandes récurrentes du SNES et de la FSU, les droits des personnes en situation de handicap et des personnels dont un enfant ne peut plus être accueilli en classe en raison de la Covid ont été précisés.

Covid et situation de handicap

De manière générale, tous les person- nels en situation de handicap, RQTH, travaillant dans l’Éduca-

tion nationale, peuvent demander un aménage- ment de leur poste de tra- vail à domicile en cas de télétravail ou dans l’établis- sement. Il faut pour cela prendre contact avec le référent handicap de l’aca-

démie pour qu’il monte un dossier per- mettant l’achat de matériel qui sera en partie financé par le FIPH-FP*. Celui- ci peut financer les aménagements de poste de travail, l’achat de masques inclusifs APF, etc., pour favoriser l’in- clusion en temps de crise sanitaire ou en situation normale. En cas de diffi- culté avec l’employeur, l’agent peut sai- sir directement le FIPH-FP.

Mais, dans le cadre des mesures sani- taires, dans sa circulaire du 1

er

sep -

tembre pour la Fonction publique, le Premier ministre, tout en rappelant l’obligation du port du masque, a aussi demandé aux employeurs publics de

« fournir des masques permettant la lecture labiale aux personnes sourdes et malenten- dantes ». Cette consigne a été confirmée par la ministre de la Fonction publique lors du comité de suivi de la situation sanitaire du 15 septembre. Les agents dans cette situation de handicap doi- vent donc aussi demander directement à leur chef d’établissement la mise à disposition de masques.

Covid et garde d’enfant

Lorsqu’un enfant de moins de 16 ans ne peut être accueilli dans la crèche, l’école ou l’établissement en raison d’une restriction arrêtée par le préfet de département, ou lorsque cet enfant doit être isolé en raison de la Covid, un des deux parents peut être autorisé à exercer en télétravail ou à être placé en autorisation spéciale d’absence. L’agent doit pour cela fournir une attestation de l’établisse- ment d’accueil de l’enfant ou un certificat médical, ainsi qu’une attestation sur l’honneur précisant qu’il ne dispose pas d’au- tre solution de garde. Ce droit est rétro- actif au 1

er

septembre.

Pour le SNES-FSU, la garde d’un enfant à domicile ne per met en général pas d’exercer en télétravail. Dans ce cas, aucune pression ne doit être exercée sur l’agent et le droit à l’autorisation spéciale d’absence doit être respecté.

n Hervé Moreau, Daniel Le Cam

* Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la Fonction publique, www.fiphfp.fr/Au-service-des-personnes/Saisir-le-FIPHFP

Covid Des droits méconnus à faire respecter

Une vision de l’Éducation élitiste et inégalitaire

400 millions pour plus de 860 000 professeurs...

La garde d’un enfant ne permet pas le télétravail

agenda social « Grenelle des professeurs »

Faisant fi de la réalité, Jean-Michel Blanquer continue de promouvoir, tête baissée, son modèle d’école à plusieurs vitesses.

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✦ nos métiers

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SAMEDI26

L’US

SEPTEMBRE2020

En une dizaine d’années, la part de la taxe

d’apprentissage réservée aux lycées technologiques et professionnels a subi d’importantes baisses.

Historiquement, la taxe d’apprentis- sage (TA) était un impôt payé par les entreprises pour financer les forma- tions initiales professionnelles des jeunes (CAP, bac pro, BTS...). Le produit de cet impôt était partagé entre les for- mations sous statut d’apprentis et celles sous statut scolaire. En 2011, 58 % finan- çaient directement les Centres de for- mation d’apprentis (CFA), tandis que les 42 % restants étaient attribués aux autres formations. Après la loi « Pour la liberté de choisir son avenir profession- nel », ce sont 87 % de la TA qui est versé par « France Compétences » aux CFA et 13 % aux établissements scolaires ou universitaires. Cette seule modification législative peut entraîner, pour les lycées, une dotation en diminution de près de 50 %.

La loi prévoit que les Régions peu- vent, si elles le souhaitent, compenser cette baisse, mais comme elles ont été exclues des circuits de finance- ments de l’apprentissage, elles traînent les pieds…

D’autre part, la TA est une proportion de la masse salariale ; 0,68 % pour la plupart des entreprises. Si la masse salariale diminue, comme par exemple en cas de développement important du chômage et du chômage partiel, la TA diminue et donc les financements de formations avec.

Le développement de l’apprentissage dans les EPLE, parce qu’il passe souvent par la mixité des publics (quelques apprentis dans les classes) financée par les rectorats, n’apportera pas de part de TA supplémentaire.

Difficultés financières

Malgré tout, les CFA privés sont souvent en difficulté financière. Aussi un récent rapport de l’IGAS-IGF propose de trans- férer des crédits du budget de l’ÉN vers l’apprentissage et de minorer le niveau de prise en charge individuelle des contrats d’apprentissage lorsqu’il existe d’autres sources de financement public, notamment en cas de réorientation de jeunes en formation professionnelle sous statut scolaire vers l’apprentissage.

Tout semble fait pour que les forma- tions publiques disparaissent. Il faudra intervenir fermement auprès des Régions afin qu’elles prévoient les finan- cements nécessaires à des formations professionnelles publiques de qualité pour toutes et tous.

n Thierry Reygades

taxe d’apprentissage

Le statut scolaire sacrifié

Évaluation des élèves ou des professeurs ? La confusion entretenue par le ministère est troublante...

Des outils « pour mieux cibler et organiser l’accompagnement des élèves » : le ministère le répète depuis le mois de juin, les éva- luations nationales pour tous les élèves de Sixième et de Seconde, en français et mathématiques, ont une visée uni- quement pédagogique. La surprise est donc totale quand des professeurs voient apparaître à l’écran de leurs élèves des « questions complémentaires ».

Succède alors l’agacement, voire la colère, en lisant quelques questions comme celle-ci : « Lorsque vous envoyiez du travail à votre professeur, comment vous faisait-il un retour ? ». En quelques clics, les évaluations censées esquisser un tableau des connaissances des élèves après le confinement deviennent un test fourre-tout, à mi-chemin entre éva-

luation et institut de sondage, où il est demandé aux élèves leur perception du travail de leurs professeurs. Puis vien- nent des questions d’ordre psycholo- gique sur le vécu pendant le confine- ment qui peuvent être déstabilisantes.

Évaluer aussi les professeurs

S’il est tout à fait légitime de chercher à en savoir plus sur la façon dont cha- cun a vécu cette période si particulière du confinement, le mélange des genres est pour le moins problématique. À quoi pourront bien servir des résultats d’une enquête sur la perception par les élèves du travail des professeurs, inté- grés à un test visant à évaluer les connaissances des élèves ? Alors que le ministre a en tête un plan très clair pour redéfinir nos métiers, comment pourraient être exploitées des réponses qui montreraient un jugement négatif sur le travail des professeurs et des résultats attestant d’une mauvaise maî- trise de certaines connaissances ?

Enfin, le caractère facultatif de ces questions est découvert au détour du site du ministère. Cette information n’est quasiment jamais arrivée aux pro- fesseurs et aux familles ! Mélange des genres, manque d’information, peu de suites pédagogiques possibles une fois les résultats connus... encore une fois, le ministère passe à côté des enjeux de cette rentrée hors normes.

n

Sophie Vénétitay

évaluations Un coupable mélange des genres

© Dernier exil / Flickr.com

Au détour de questions complémentaires, c’est bien le travail des professeurs qui est évalué

Alors que le ministre se félicite d’une rentrée faite « dans la joie », chacun peut faire la douloureuse expérience de la désorganisation des établissements comme des enseignements.

On retrouve en cette rentrée les mêmes errements ministériels que l’année passée, auxquels s’ajoutent les incer- titudes de la crise sanitaire. Condam- nés à préparer des cours sans connaî- tre précisément le temps alloué pour traiter les programmes, les ensei- gnants sont confrontés à la réalité de groupes aux effectifs pléthoriques avec des élèves rassemblés au gré des choix individuels d’enseignements.

Un lycée déboussolé

Comment traiter des programmes aussi lourds en un temps si contraint par l’échéance de l’examen en mars ? Comment préparer au grand oral alors que rien ne vient en préciser les moda- lités au-delà du cadrage général pré- conisé par la note de service du 13 février 2020 ? Dans certaines aca- démies, l’inspection encourage les enseignants à présenter dès mainte- nant aux élèves un plan de formation sur l’année, mais, dans le détail, toutes les réponses restent floues.

Un lycée peau de chagrin

À l’instar de ce que d’autres pays ont expérimenté avec les enseignements à la carte, l’offre de formation se rabou-

grit. Le recul de l’offre de formation s’accélère sous l’effet de la pénurie de moyens. Souvenons-nous des discours officiels sur le renforcement de l’en- seignement des sciences et des mathé- matiques ! Or, de moins en moins d’élèves étudient ces matières. Ainsi, dans les académies de Limoges, Rennes et Bordeaux, c’est 5 à 6 % d’élèves en moins en spécialité maths en Première par rapport à 2019. La physique-chimie et les SVT accusent aussi un net repli, tandis que les sciences de l’ingénieur (SI) poursuivent leur chute. La réforme devait permettre de réduire les inéga- lités genrées, mais, dans les faits, les filles choisissent encore moins les par- cours scientifiques qu’avant.

L’offre de formation se resserre sur quelques matières et toutes les autres,

options et spécialités, sont progressi- vement effacées. Les LCA, les ensei- gnements artistiques, les langues vivantes et régionales (sauf l’anglais), les options technologiques en Seconde : tout est en voie de disparition. La liberté de choix conjuguée à la pénurie de moyens et aux suppressions de postes a tué le choix !

Il suffit !

Le lycée Blanquer, c’est donc moins d’enseignements avec une formation atomisée en parcours individuels sans cohérence et des emplois du temps éclatés pour tous. Alors que la crise sanitaire imposerait la réduction des effectifs et du brassage, ces précautions sont sacrifiées sur l’autel de la mise en œuvre des réformes du lycée et du

bac « quoiqu’il en coûte ». Le SNES-FSU a beau avoir demandé une organisation transitoire des examens et des amé- nagements de programmes, le minis- tère a balayé toutes les propositions d’un revers de main et veut même alourdir encore les prescriptions en inscrivant l’approfondissement de notions vues en Seconde au pro- gramme des épreuves anticipées de français !

lycée Blanquer Une improvisation coupable

La crise sanitaire a distendu le lien pédagogique. Les équipes tentent, coûte que coûte, de le retisser. La tâche est rendue bien difficile par une réforme du lycée qui entérine la dislocation du groupe classe et l’individualisation des parcours.

Le bac fantôme

À ce jour, le calendrier des épreuves nationales de la session 2021 du bac est encore inconnu. Tout au plus sait-on que les épreuves de spécialité auront bien lieu mi-mars, auxquelles s’ajouteront en juin le grand oral et la philo, sans plus de précisions concernant les modalités d’organisation et de correction. Sur le site officiel du ministère, il n’y a toujours aucun sujet 0 et la banque nationale de sujets, désormais publique, reste désespérément vide pour les évaluations communes du troisième trimestre de Terminale.

Comment préparer correctement à l’examen avec tant d’inconnues ?

© Jean-Louis Mazières / Flickr.com

Voir aussi le communiqué www.snes.edu/Evaluations- nationales-un-coupable-melange-

des-genres.html

POUR EN SAVOIR PLUS

Au mépris de la réalité, le ministre se contente de répondre aux inquié- tudes en invoquant l’accompagnement personnalisé et les heures supplémen- taires pendant que le président de la République fait la promotion des « cor- dées de la réussite ». Impossible pourtant de faire comme si la rentrée était nor- male. Le SNES-FSU revendique la remise à plat de ces réformes et dans l’immédiat appelle à la suppression de la première session des évaluations communes. Il demande aussi l’annu- lation des E3C pour les élèves qui seraient appelés à repasser la première session en Terminale.

n Claire Gueville

Le chant et le masque

Des repères pour l’éducation musicale, les pratiques vocales et le chant choral en contexte COVID font l’objet d’une fiche, publiée par le ministère.

Elle permet l’utilisation des salles spécialisées et donne des pistes d’aménagement de salle en lien avec le protocole sanitaire national.

Si ponctuellement certaines pratiques vocales sont possibles avec le masque, elles ne peuvent être au centre des pratiques lors de chaque heure de cours.

L’hyperventilation risque de générer des problèmes de santé (respiratoires, vocaux, dermatologiques, etc.) voire des malaises, aussi bien pour les professeurs que pour les élèves. Renoncer aux pratiques vocales reviendrait cependant à dénaturer la discipline.

Depuis le début de la crise sanitaire, le SNES-FSU a toujours agi pour protéger la santé des personnels et continue d’intervenir afin que les impératifs pédagogiques et sanitaires s’articulent au mieux. Le SNES-FSU a demandé une expertise au conseil scientifique et des recommandations pour sécuriser ces pratiques.

Décès Jean Degoute

C’est avec une immense tristesse que nous avons appris le décès de notre camarade et ami Jean Degoute, lundi 14 septembre dernier.

Secrétaire académique du SNES Clermont, élu à la CA nationale, fondateur avec d’autres camarades de la FSU 63, après l’éviction du SNES et du SNEP de la FEN, Il en était devenu le secrétaire départemental.

Retraité, Jean continuait de militer au sein de la section SNES des retraités et au sein de la FGR 63. Il assurait aussi le suivi de la syndicalisation au S3.

Apprécié de tous pour ses qualités humaines, Jean était un homme de conviction, intelligent, charismatique, attentif et bienveillant.

L’annonce de sa disparition est tombée comme un coup de tonnerre parmi les militants, les adhérents et les sympathisants. C’est une figure

du syndicalisme qui s’éteint. Il va terriblement nous manquer.

Nous avons une pensée amicale pour Colette, son épouse, pour ses enfants et petits-enfants.

© DR

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nos métiers ✦ 5

✦ Enquête Cnesco

Le Centre national d’étude des systèmes scolaires a mis en place, mi-juin, une enquête adressée aux personnels d’éducation portant sur la formation continue (parcours de formation, expériences de la formation continue, modalités d’accès à l’offre, à l’inscription, suivi, etc.) qui sera relancée à partir du 21 septembre. Cette enquête s’inscrit dans la préparation de la prochaine conférence de comparaisons internationales du Cnesco (du 16 au 20 novembre 2020), qui portera sur la formation continue et le développement professionnel des personnels d’éducation.

Le SNES-FSU soutient le Cnesco. Contribuez aux préconisations sur la formation continue, participez et faites participer à cette enquête :

www.cnesco.fr/fr/accueil

Le chercheur Stéphane Bonnéry analyse dans son dernier ouvrage les conditions d’études en période de Covid.

L’US : Dans l’enseignement secondaire, le confinement a-t-il eu des effets inéga- litaires ?

Par rapport au primaire, la possession d’un ordinateur a été un atout dans les départements et Régions qui équipent les familles. Mais les territoires sont très inégaux, et d’autres

obstacles économiques et techniques persistent : coût de l’abonnement internet, possibilité d’imprimer, etc. Le cha- pitre de C. Michoux et E. Douat montre que des

intermédiaires (CPE, PP) ont été très utiles pour maintenir le lien.

L’habileté numérique des adoles- cents des classes populaires et de leurs familles porte sur des usages d’inter- net (faire des courses…) très différents de la bureautique (nommer et classer des documents, manipuler des types de fichiers variés PDF, texte…). Sur- tout, les malentendus déjà constatés en classe comme pour les devoirs entre les attendus de l’enseignant et ce que croient devoir faire les élèves ont été amplifiés par l’externalisation des nouvelles leçons.

Alors que le numérique et l’enseignement à distance sont au centre des préoccupations, il est important de rappeler le rôle du CNED.

Comme service public, le CNED joue un rôle important, surtout pendant la période actuelle. Malmené depuis plu- sieurs années, le SNES-FSU exige donc du ministère des moyens pour amé- liorer les conditions de travail de ses agents et la qualité de ses missions.

Le 15 octobre, les agents du CNED vont élire leurs représentants au conseil d’administration et au conseil d’orientation, dans un contexte par- ticulier à plus d’un titre. Le confine- ment a montré, s’il en était besoin, l’utilité d’un service public d’enseigne- ment à distance, capable de mettre ses ressources à disposition de l’ensemble des personnels de l’Éducation natio- nale. Ce service public doit être la réfé- rence, il doit permettre à tous les jeunes et moins jeunes qui ne peuvent pas suivre une scolarité en classe ou une formation sur site d’accéder au service public, pour obtenir un diplôme, acquérir une qualification ou préparer un concours de la Fonc- tion publique.

Le ministère prévoit de modifier le fonctionnement des établissements réduisant un peu plus la démocratie.

Après la réduction l’an dernier des délais de transmission des documents aux CA, le ministère poursuit son action contre la vie démocratique dans les EPLE avec des projets de réformes inacceptables.

Prenant prétexte des exigences de

« simplification », il prépare un décret dont certaines dispositions constituent une attaque frontale contre la vie

démocratique dans l’établissement et une régression importante depuis les lois de décentralisation de 1983. La mobilisation de l’ensemble des acteurs de la communauté éducative dans l’éta- blissement importe peu au ministère.

La volonté de réduire personnels et usagers au rang d’exécutants ou de spectateurs est évidente.

Ennuyeuse démocratie

Il s’agirait de laisser à la seule main du chef d’établissement l’ordre du jour des CA. Aujourd’hui, c’est bien l’instance qui adopte, donc fixe, son ordre du jour en début de séance. Avec cette « sim- plification », les CA pourraient n’exa-

miner que les questions obligatoires et ce que le chef d’établissement déciderait.

Par ailleurs, la commission permanente disparaîtrait totalement, sauf si le CA l’installait mais alors avec obligation de lui déléguer des compétences sur les- quelles la commission permanente aurait pouvoir décisionnel. L’article du code de l’éducation qui impose aujourd’hui l’examen préalable de toutes les questions relevant de l’autonomie pédagogique disparaît d’un trait de plume dans ce projet. Résumons : dis- parition de la commission permanente sauf si c’est pour contourner le CA !

L’hommage du vice à la vertu

Notre action dans les CA dérange considérablement. Ces textes, dont l’application débuterait en octobre 2021, contreviennent fondamentalement à l’esprit de ceux qui ont instauré les EPLE comme des espaces de partici- pation réelle à la prise de décision de l’ensemble de la communauté éduca- tive. Ils risquent aussi d’augmenter les tensions entre personnels dans les col- lèges et lycées. S’il faut vraiment sim- plifier, le SNES-FSU a des proposi- tions : revenir sur la modification du code de l’éducation sur le double vote négatif lors de la répartition de la DGH, supprimer les usines à gaz que sont les conseils de cycle et conseils école- collège…

n Grégory Frackowiak L’US : Vous dites que le confinement n’est

pas un moment « à part ».

Il ne l’est qu’en partie, par son carac- tère extrême. Des logiques plus anciennes ont été révélées et accélé- rées par le gouvernement, dans une optique inégalitaire. Le chapitre d’I. Martinache montre qu’en LGT, Blanquer s’est obstiné à imposer sa réforme contestée. Et la pérennisation du bac en contrôle continu serait dra- matique. Le désintérêt pour les dif- ficultés des filières professionnelles dans l’enseignement à distance appa- raît dans le chapitre de S. Depoilly et F. Maillard comme la continuité du mépris affi- ché pour le LP. Et dans tous les niveaux, la vo - lonté d’imposer l’ensei- gnement à distance ex - pose au grand jour la logique de transfert des missions de l’école publique à la res- ponsabilité des familles et à la sphère marchande. La pandémie, bien réelle, est instrumentalisée par le gouver- nement pour imposer en accéléré des réformes déjà prévues qui renoncent à l’égalité.

L’US : Que peut-on faire ?

Le chapitre de L. Frajerman montre que les personnels éducatifs ont pu réduire les dégâts en désobéissant à Blanquer, avec l’aval des hiérarchies intermédiaires : résister aux réformes de caporalisation participe du sauve-

tage de l’école publique. Mais les iné- galités préexistaient à la pandémie.

Au lieu de les faciliter, on peut relan- cer des politiques de démocratisation.

Parmi beaucoup de pistes : fin des machines à éliminer comme Parcour- sup ; repenser les programmes et la pédagogie sur la base de la majorité

des élèves qui n’ont que l’école, sans transfert de la compréhension à la sphère familiale ; et tout de suite, lis- ser les programmes sur plusieurs années pour rattraper les six derniers mois de friche intellectuelle pour bon nombre d’élèves.

n

Propos recueillis par Sandrine Charrier

expérimentation La Covid-19 comme cheval de Troie

établissement La démocratie dans le viseur

© Amandine / Flickr.com

J.-M. Blanquer s’est obstiné à imposer ses réformes contestées. Elles renoncent à l’égalité.

« Il faut donc impérativement relancer des politiques de démocratisation » souligne S. Bonnéry.

Décès Cathy Granier

Nous avons appris avec émotion et beaucoup de tristesse le décès, le 28 juillet dernier, de notre camarade Cathy Granier.

Militante de la première heure du SNES, de la FEN puis de la FSU, féministe convaincue, elle a été de tous les combats dans l’Éducation nationale et dans la société. Elle a été la première représentante de l’École Émancipée à intégrer le secrétariat académique du SNES Toulouse.

Elle y avait pris la responsabilité du secteur des non-titulaires dont elle a assuré pendant des années une défense acharnée. Elle a également siégé au secrétariat national du SNES-FSU. Depuis sa retraite, elle s’était fortement investie dans RESF à Toulouse. Même quand on ne partageait pas toutes ses idées, c’était une militante loyale avec laquelle il était toujours possible de travailler de manière constructive.

Nous garderons le souvenir d’une camarade de conviction, très engagée, dynamique et enthousiaste qui a beaucoup apporté à notre syndicalisme.

Transfert des missions de l’école

© DR © Pierre Pytkowicz

Mais pour que l’enseignement soit de qualité, il faut que les professeurs et tous les personnels du CNED béné- ficient de conditions de travail accep- tables. C’est loin d’être le cas et la situa- tion se dégrade.

Politique du chiffre

En 2018, un groupe de travail entre les représentants des personnels et la direction avait permis de définir précisément les missions des profes- seurs nommés. Mais depuis la rentrée 2019, la direction générale revient sur ce qui avait été défini et impose, essentiellement en lycée, un accrois- sement de la charge de travail, en particulier mais ce n’est pas exclusif, en matière de correction. La logique du chiffre imposée par la direction met sur le même plan tous les types de devoirs en tirant les temps de correction vers le bas, tout en impo- sant une correction personnalisée mais sans corrigé-type adressé aux inscrits.

L’amélioration des conditions de travail passe par un budget à la hau- teur des besoins, le recrutement de personnels et le rétablissement de col- lectifs disciplinaires, indispensables dans le cadre du travail à distance et de la réforme du lycée (contrôle continu).

n

Marc Billard, Florence Ouvrard

CNED Élections à forts enjeux

Stéphane Bonnéry, CIRCEFT-ESCOL,

Université Paris 8 a codirigé avec Étienne Douat : L’éducation aux temps du coronavirus, La Dispute, 2020.

Vers la privatisation ?

Après le confinement, les projets de réforme montrent un désengagement public.

Les arts et l’EPS exclus de l’école (2S2C), les options raréfiées dans les

établissements, les matières fondamentales réduites aux basiques, la banalisation du distanciel dans le primaire et le secondaire, l’emprise des chefs d’établissement renforcée... Avec ces projets, l’école publique serait alors réduite, et le reste renvoyé à la volonté et aux moyens des familles, aux possibilités inégales des collectivités...

et aux cours privés et aux cours en ligne.

Cette accélération des logiques inégalitaires a pour conséquence de les rendre davantage visibles, de même que leur cohérence.

Le gouvernement a le couteau sur la gorge : sauver la finance, donc réduire

l’investissement dans les services publics, essentiels à la vie humaine ; ou l’inverse exactement.

Extrait de : Stéphane Bonnéry,

« L’école et la COVID-19 »,La penséen° 402, 2020

✦ Décès Jean Chaubard

Nous avons appris avec tristesse le décès, le 29 août, à 77 ans, de Jean Chaubard, membre du BN et du secrétariat national du SNES de 1975 à 1981. Agrégé de philosophie en 68, il fit partie de la génération de militants qui participèrent au développement du nouveau SNES « Unité et Action » au sein des S3. À la direction nationale, il contribua à la réflexion, notamment sur le projet d’école. Avec J. Petite, il combattit la réforme Haby et mit en forme le projet d’École progressive.

Il joua un rôle important dans la tendance UA et dans la direction du SNES à la fin des années soixante-dix. Esprit clair, apte à la synthèse,

d’une grande culture et d’une belle plume, il fit partie de l’équipe de militants chargés du suivi des secteurs avec E. Camy-Peyret, G. Alaphilippe et M. Vuaillat. En 1981, alors que de vifs débats agitent la direction nationale, il retourne à plein temps vers l’enseignement de la philosophie mais reste attaché au syndicalisme enseignant et à ses valeurs émancipatrices.

Ses obsèques ont eu lieu au Père-Lachaise, le 3 septembre.

© DR

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✦ sur le terrain

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SAMEDI26

L’US

SEPTEMBRE2020

mois d’école à distance. Des aménage- ments de programmes sont nécessaires pour éviter que des élèves ne se trouvent en grande difficulté dès la rentrée. Il faut prendre le temps de reconstruire les conditions indispensables pour des apprentissages solides, plutôt que de se lancer dans une course folle pour boucler des programmes lourds et éli- tistes. Les premiers retours confirment les difficultés des élèves. Quand le ministre va-t-il enfin entendre raison ? Face à la gravité de la situation, le SNES-FSU a interpellé directement le président de la République, dans une lettre ouverte publiée dans la presse, et réactive tous les outils de la continuité syndicale pour aider et défendre au mieux les collègues. Sur le terrain, les militants des sections académiques et départementales sont plus que jamais mobilisés aux côtés de la profession. Rentrée « normale » ou pas : l’action syndicale continue avec le SNES-FSU.

n

Sophie Vénétitay

« Nous sommes préparés à tout ! », clamait le ministre de l’Éducation nationale en une d’un quotidien national la veille de la prérentrée. Mais qui est donc ce

« nous » ? Certainement pas un minis- tre resté muet jusqu’au 20 août sur les conditions de rentrée et qui a ensuite une nouvelle fois enchaîné les prises de paroles confuses et contradictoires.

Comme un symbole de cette légèreté, plusieurs ministres ont été obligés de reconnaître, début septembre, que les dispositifs de garde d’enfants mis à l’isolement ou malades de la Covid-19 étaient à l’étude : le gouvernement reconnaît donc que rien n’est prêt pour faire face à une situation pourtant lar- gement prévisible !

Pipeau et cacophonie

Les jours et les semaines passent : les premiers cas de Covid-19, inévitables, sont découverts et gérés dans la plus grande cacophonie. La faute à des consignes peu claires et changeantes.

Qui est cas contact ? Qui est cas contact à risque ? Qui est mis à l’isolement ? Autant de questions auxquelles de mul- tiples réponses sont apportées. Les élèves et les personnels subissent aussi les conséquences de la gestion catas- trophique de la politique de tests par le gouvernement : les files d’attentes s’allongent, avec des dommages colla- téraux puisque de nombreux élèves et personnels se retrouvent dans des situations inextricables. Ici ou là, cer- taines hiérarchies intermédiaires refu- sent de donner le nombre de cas dans un établissement, cultivant une forme d’omerta. Comme si, une nouvelle fois, il ne fallait pas faire de vagues…

Cette rentrée est hors-norme et ses conséquences étaient prévisibles. Le SNES-FSU l’a dit et répété : personne ne peut sortir indemne de deux à trois

Les collègues ne sont pas sereins en cette rentrée anormale ! La crise sani- taire a des conséquences lourdes dans les deux départements classés

« rouges », la Côte-d’Or et, depuis la mi-septembre, la Saône-et-Loire.

Beaucoup d’établissements ont signalé le défaut d’information des per- sonnels voire des familles concernant les cas de Covid. Le SNES-FSU s’est adressé à la rectrice pour exiger plus de transparence et un point régulier avec les représentants des personnels.

Le refus de fermer des classes conduit à des situations délétères pour le métier et les apprentissages. À Chevigny-Saint- Sauveur, commune de l’agglomération

dijonnaise où la circulation du virus est particulièrement forte, sur vingt divisions du lycée, quatre se retrouvent sans aucun garçon (cas contacts dans les vestiaires d’EPS…). Au CIO de Dijon, les Psy-ÉN témoignent de la difficulté de faire des entretiens masqués, car le non-verbal est important. Leur inquié- tude est aussi très forte pour les jeunes impactés par la crise, pour trouver des stages ou contrats d’apprentissage, et par le manque de place dans le supé- rieur. Au collège, les nombreuses HSE attribuées pour « aider » les élèves au premier trimestre ne sauraient com- penser l’augmentation quasi générale des effectifs.

n Amélie Hart-Hutasse

à Dijon Crise sanitaire

invisibilisée par le rectorat

Depuis le mercredi 16 septembre, le nombre de personnels « Covid-posi- tifs » au collège Aliénor-d’Aquitaine de Bordeaux ne cesse d’augmenter. Tout d’abord le chef d’établissement, puis des personnels administratifs, des AED et, pour finir, des professeurs. Le 21 sep- tembre, onze cas étaient identifiés et on attend les résultats des tests pour au moins cinq collègues.

Administration irresponsable

L’imputabilité au service est reconnue pour le principal et deux personnels administratifs, la contamination aurait bien eu lieu dans le collège.

Mais, suite à une question posée par les élus FSU lors d’un CHSTD extra- ordinaire, nous apprenons avec sur- prise que, côté professeurs, la conta- mination proviendrait de la sphère privée, ce qui justifierait, d’après le DSDEN de la Gironde, l’absence de fermeture temporaire de l’établis - sement. Situation inacceptable aux yeux des collègues qui demandent la

désinfection du collège donc sa ferme- ture temporaire, l’application stricte du protocole de nettoyage des salles et des postes de travail, ainsi que la four- niture de gel hydroalcoolique et de matériel de désinfection dans toutes les salles de l’établissement. Sans oublier des informations régulières sur la situation sanitaire du collège.

Une fois de plus, la parole des per- sonnels de terrain n’est pas prise en compte et l’absence de transparence

renforce les inquiétudes dans un climat scolaire déjà tendu. Ce collège accueille 820 élèves, dont des primo-arrivants vivant dans des squats, alors qu’il était prévu pour sept cents.

Aux profs de pallier l’incurie ?

Dans d’autres établissements de l’aca- démie, lorsque certains élèves sont contraints de rester chez eux dans l’at- tente des résultats des tests, il est demandé aux collègues de maintenir un enseignement à distance, tout en poursuivant le travail en présentiel avec leur classe. Une fois de plus, l’institution compte sur la conscience profession- nelle de ses agents pour compenser son absence d’anticipation.

Les établissements scolaires doivent rester ouverts contre vents et marées, la priorité est donnée au maintien de l’activité économique au détriment des statuts et de la santé des per - sonnels. C’est inacceptable et nous devons organiser le refus collectif cette double tâche !

n Jean-Pascal Meral

les plages d’accueil pour éviter les pics d’affluence. Des collègues ont décou- vert, dans la presse, que des classes étaient fermées dans leur établisse- ment pour des cas avérés de Covid.

Des chefs d’établissement demandent à des collègues dits « cas contacts » de venir travailler avant le résultat du test...

Nos locaux ne sont pas adaptés aux effectifs élevés. Les moyens humains ne sont pas à la hauteur de cette crise sanitaire : 994 élèves de plus pour 40 ETP de moins ! Renvoi au local, manque de cadrage, absence d’antici- pation ne pouvaient pas permettre une rentrée apaisée !

n

Fabienne Langoureau

Florilège...

Choses vues et entendues…

n « Avec les groupes de spécialité en Première et Terminale, il est impossible de donner un nombre de classes touchées.

Un élève peut potentiellement contaminer tous les élèves de son niveau. Par ailleurs, les infos sont distillées au compte- gouttes. J’ai signalé dix cas à la direction de l’établissement, mais ce n’est qu’une approximation. » Marie n « Omerta totale du côté des chefs. Les

collègues ont appris par hasard l’existence des deux cas chez les élèves : impossible de savoir combien il y en a véritablement.

Idem pour les collègues. On ne connaît la raison de leur absence que s’ils préviennent d’autres enseignants... » Richard n « Aujourd’hui, deux étudiants en prépa, positifs au Covid. Décision en interne de fermer la classe dès ce lundi et de passer à la visio le temps de la quatorzaine et que d’autres cas éventuels se déclarent.

Réaction de la haute autorité... Rectorat, ARS. On ne doit pas fermer en deçà de trois cas déclarés... ! Il faut juste “enquêter”. »

Sonia

crise sanitaire Une rentrée pas comme les autres

Une rentrée « normale » ? Il n’y avait que

Jean-Michel Blanquer pour y croire et l’annoncer haut et fort ! Cette rentrée ne pouvait pas l’être, tant d’un point de vue sanitaire que pédagogique.

Sur le terrain, dès les premiers jours, les effets des défaillances ministérielles sont apparus au grand jour.

La rentrée s’est faite grâce à l’investissement des équipes ; l’année a commencé, mais dans quelles conditions ?

à Bordeaux

Ubuesque

© DR © DR

rentrée 2020

C’était écrit !

L’application du protocole sanitaire dans l’académie de Nice a été chao- tique. Trois semaines après la rentrée, des établissements de centre-ville n’ont toujours pas de masques. Les person- nels dits « vulnérables » ont dû aller quémander les masques de type II pour en obtenir un, deux tout au plus, jusqu’aux prochaines vacances !

Un chef d’établissement ne supporte pas le masque : il décrète qu’il ne sera pas obligatoire ! En ce qui concerne le brassage des élèves, ce qui domine le plus souvent, c’est le « comme avant » car les équipes n’ont pas les moyens matériels d’accueillir TOUS les élèves.

À la cantine, à la rigueur a-t-on élargi

© Eric Gaillard / REUTERS

à Nice Alerte renforcée

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économie et société ✦ 7

Cent milliards d’euros : la somme peut impressionner…

Mais ce n’est même pas la moitié de ce qui aura été perdu en PIB en 2020. Et dès que l’on rentre dans les détails, il y a de quoi douter voire s’inquiéter.

Cent milliards pour qui ? Par quels canaux de diffusion ? Avec quelles contreparties ? À quelles échéances ? Avec quels finance-

ments ? Les propositions et les réponses à ces questions montrent que le gouvernement n’a pas pris la mesure ni perçu le sens de la crise dans laquelle nous sommes

plongés. L’acceptation (très temporaire) de déficits budgétaires hors des normes de Maastricht ne doit pas faire illusion, car ce qui ressort aujourd’hui, ce sont des recettes qui ont fait la preuve de leur nuisance sociale, environnementale et économique.

Cadeaux pour les entreprises

Les actionnaires vont être les princi- paux bénéficiaires de ce plan. C’est en effet vers les entreprises que sont diri- gées les mesures les plus certaines.

Mais il ne s’agit pas, comme un véri- table plan de relance le supposerait, de commandes publiques qui permet- traient de faire repartir ou de dévelop- per l’activité de secteurs ciblés. Le gou- vernement a choisi notamment une nouvelle diminution des impôts sur la production de 20 milliards d’euros qui

« Évitons que papy et

mamie aillent chercher leurs petits-enfants à l’école », a déclaré Jean Castex le 27 août 2020, provoquant la colère des retraités déjà meurtris par la politique de gestion de la Covid-19.

Sollicitude étonnante de la part d’un gouvernement qui « recommandait », dans une circulaire du 13 mars, de limi- ter l’admission en réanimation des per- sonnes les plus fragiles. L’ONU consta- tait alors que « l’idée répugnante que l’on pouvait sacrifier les personnes âgées figurant parmi les plus vulnérables commençait à se répandre ».

Solidarité vs individualisme

Certains médias se sont engouffrés dans le discours bien connu de la guerre entre générations. Ainsi, Chris- tophe Barbier déclarait-il à LCI le 4 mai 2020 : « Pour sauver quelques personnes âgées, on va mettre au chômage des milliers de gens ».

Certes, il est facile d’opposer les jeunes, présentés comme indifférents aux risques que leur comportement

fait courir, aux personnes âgées, sus- pectées, quant à elles, de vouloir se pré- server au détriment des jeunes. Natu- rellement, le gouvernement ne s’en prive pas.

L’inquiétude des jeunes est légi- time. Dans un contexte économique très difficile, comment en effet s’in- sérer professionnellement ? Pourtant, la Covid-19 a provoqué au sein des familles et des voisinages, un resser- rement des liens entre les généra- tions. De nombreux exemples de soli-

darité en témoignent. Le gouver - nement trouve un intérêt à nourrir une guerre des âges pour faire oublier les carences passées et actuelles de sa politique calamiteuse, dessinant une société où le droit à l’existence de tout un chacun n’est plus assuré.

Pour s’y opposer, les actifs et retraités du SNES-FSU revendiquent l’accès aux soins pour toute la population et des politiques ambitieuses en direction de la jeunesse.

n

M. C.

s’étalera sur deux ans et touchera toutes les entreprises, sans considération de leurs besoins financiers réels, alors que tous les secteurs n’ont pas été touchés avec la même intensité. Les grands groupes dont la profitabilité a été peu affectée auront le même avantage rela- tif que les entreprises de l’hôtellerie- restauration ou de l’événementiel qui restent aujourd’hui en grande diffi- culté. En outre, quelle sera la compen- sation pour les collectivités locales qui percevront moins d’impôts ?

Ce nouveau cadeau aux entreprises se fait une nouvelle fois sans contre- parties. Le ministre de l’Économie est sans doute un peu fâché par l’actualité : entre Bridgestone et le dernier bilan calamiteux du CICE, il croit bon d’afficher une

« charte des contreparties » car « imposer des condition- nalités ferait perdre du temps »

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. Qui peut imagi- ner que les entreprises, en milieu concurrentiel et en période de crise, vont prendre des risques et embaucher alors que leurs carnets de commandes sont peu four- nis ? Comment croire que le gouver- nement veut une relance rapide quand on sait que seulement 10 % des mesures seront déployées avant 2021 et que l’en- semble du plan s’étalera au-delà du quinquennat ?

D’autant que le montant prévu pour- rait ne pas être dépensé en totalité, puisque certaines incitations fiscales, comme par exemple celles relatives à la rénovation énergétique, ne se concrétiseront que si les propriétaires le décident.

Offre sans demande

L’inquiétude est encore plus grande si l’on ajoute que la crise que nous traver- sons va très probablement se transfor-

mer en crise de la demande. Les baisses de revenus liées au chômage ou aux

« plans de sauvegarde de l’emploi », l’épargne accumulée par les plus aisés (85 milliards selon la Banque de France) et l’inquiétude liée à la persistance du risque sanitaire entravent le redémar- rage de la consommation. Il ne s’agit pas de vouloir à tout prix stimuler des

dépenses pas forcément utiles et res- ponsables, mais sans demande, l’aide aux entreprises ne se traduira ni en activité, ni en emploi.

Une véritable relance suppose des investissements publics orientés vers une économie plus sobre et plus dura- ble, et accompagnés d’une réduction du temps de travail et d’une autre

plan de relance L’ancien monde a la vie dure !

générations La guerre n’aura pas lieu

Le plan de relance du gouvernement Castex, présenté comme un ensemble de mesures favorables aux salariés, est en réalité une aubaine pour les actionnaires.

Conjoncture et emploi : des perspectives sombres

Selon les dernières projections du gouvernement, la crise économique serait moins forte que prévue : — 10 %, contre

— 11 % dans les prévisions de juillet.

On devrait retrouver début 2022 le niveau de production d’avant crise. Cette présentation qui se veut favorable dénote tout de même une crise extrêmement profonde car cela revient à une croissance nulle entre 2020 et 2022. La période de confinement a engendré une perte nette qui devrait atteindre 800 000 emplois fin 2020. Mais, comme l’emploi a augmenté de 200 000 à 350 000 tous les ans de 2016 à 2019, la crise provoquera en réalité un déficit d’emplois bien supérieur au million.

L’objectif affiché par le Premier ministre de 160 000 créations en 2021 est bien maigre.

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La relance suit un chemin bien sinueux

La solidarité intergénérationnelle existe, n’en déplaise au gouvernement.

© Yakobchuk Olena / AdobeStock.com

Ce rapport, commandé par le gouvernement, conclut évidemment à de nécessaires coups de rabot, alors que d’autres mesures sont non seulement possibles, mais aussi indispensables.

La loi du 7 août 2020 relative à la dette sociale et à l’autonomie a créé une nou- velle branche de la Sécurité

sociale consacrée à l’auto- nomie. Elle concerne toute personne touchée par le handicap, quel que soit son âge.

La loi prévoit un finan- cement, dès 2024, par le transfert de 0,15 point de CSG (soit 2,3 milliards d’euros par an) actuelle- ment affectée à la Caisse d’amortissement de la

dette sociale (CADES), initialement pour « éponger » les dettes du régime général de la Sécurité sociale. En attendant, dès 2021, des mesures financières concernant la perte d’au- tonomie devront être inscrites dans le PLFSS.

Les plus fragiles dans le viseur

La mission, confiée à Laurent Vachey, inspecteur des finances, était de trou- ver des sources de financement à hau- teur d’un milliard d’euros pour 2021 et de 3 à 5 milliards d’ici 2024. Les pistes du rapport remis le 15 septem- bre sont de lourdes mesures de régres- sion : économies, hausses de pré - lèvements ou encore transferts de ressources.

Il propose notamment de réaliser des économies sur certaines presta- tions et de raboter plusieurs niches sociales et fiscales. Il préconise par exemple de puiser dans la « cagnotte » du Fonds de réserve des retraites et de réorienter une partie des recettes d’Action logement. Bref, on prend de l’argent dans une poche pour le met- tre (éventuellement) dans une autre.

Mais cela n’étant pas suffisant, Laurent Vachey recommande aussi « de réguler la dépense » sur les allocations « les plus coûteuses » (sic), celles destinées aux adultes handicapés (AAH) et aux personnes âgées dépen - dantes (APA).

Ce ne sont là que quelques exemples, mais ils sont significatifs d’une politique qui attaque frontalement salariés et retraités cen- sés payer l’aide à l’auto- nomie, politique aux antipodes des principes de solidarité et d’universalité de la Sécurité sociale.

Et les coups sont particulièrement rudes.

C’est un droit

Le SNES-FSU rappelle que le droit à l’autonomie s’inscrit dans le cadre de la branche maladie de la Sécurité sociale, prenant en compte le handicap de la naissance à la mort avec une prise en charge à 100 % ce qui suppose d’augmenter les recettes de la Sécu. Il réclame la création d’un « grand service public de l’aide à l’autonomie, en établissement comme à domicile, avec du personnel formé, qualifié et reva lorisé ».

n Marylène Cahouet

rapport Vachey

Propositions inacceptables

Le rapport préconise sans surprise de lourdes mesures de régression

Le SNES-FSU ne fonctionne que grâce aux cotisations de ses adhérents. La cotisation peut être mensualisée en 10 prélèvements en parvenant au SNES-FSU avant le 15 octobre.

Elle donne droit à un crédit d’impôt de 66 % de son montant dont bénéficient tous les adhérents, qu’ils soient imposables ou non.

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Hervé Moreau (1) Les Échos, 17 septembre

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