PROPOS
E
nfin le jardin est en fête ! Les arbres se sont mis à fleurir. Blancheur rosée des poiriers et des pom- miers, blancheur éclatante des merisiers, des cerisiers, blancheur délicate des magnolias, jaune clair des épines-vinettes et des cytises, jaune soutenu, presque tabac, des branches de berbéris ! Plus loin, près du vieux moulin, les massifs de lilas mettent leurs taches mauves.Sous les panaches vert amande des bouleaux et des char- mes, sous les aigrettes vert sombre des conifères, les oiseaux sifflent à plein gosier tandis que le coucou fait entendre au loin son appel monotone.
Abandonnant à sa compagne la garde précieuse du nid, le cygne avance avec une sérénité majestueuse pour nager une dernière fois autour des douves avant que, la nuit venue, la tête repliée sous son aile, il s'abandonne au sommeil sur l'eau où se reflète la lumière des lointaines étoiles qui brillent dans la nuit.
C
'est avec un extrême intérêt que j ' a i lu le livre, si heureusement documenté et écrit avec tant d'intel- ligence politique, par Maurice Schumann sur Un certain 18-Juin.Il analyse avec beaucoup de perspicacité, avec une véritable maîtrise du sujet, l'emploi du temps et les motivations des hommes responsables à travers le monde au cours de cette journée fati- dique.
J'ai retenu surtout « le 18 juin du général Franco » et « le 18 juin du général Noguès ».
E n effet, la lecture de ces deux chapitres montre à quel point la légende d'après laquelle l'armistice de Bordeaux aurait facilité la tâche des Alliés est dépourvue de tout fondement.
Je puis apporter à cet égard un témoignage personnel.
Quand l'aviation de bombardement fut envoyée, le 17 juin 1940, en Afrique du Nord, c'est à contrecœur que je pris place dans mon avion. E n regardant les flots brillant au clair de lune, j'avais la mort dans l'âme de n'avoir pu orienter vers Londres les cinquante avions Amyot Moderne que nous venions de rece- voir en pleine bataille, l'attaché de l ' A i r britannique nous ayant sottement recommandé d'obéir aux ordres qui prétendaient nous affecter au bombardement de l'Italie du Sud.
Il nous disait : « Vous verrez bien. Si l'armistice est conclu, il sera temps d'aller à Londres. »
E n fait, le haut commandement de Bordeaux allait nous démontrer à quel point ces conseils qui nous avaient été donnés de bonne foi, en tenant compte des habitudes acquises et du train-train régulier de l'Alliance, étaient sans aucune relation avec les conditions nouvelles. Dès que notre escadre eut atterri dans le coin perdu de Tunisie où elle avait été reléguée, loin de l'utiliser pour la continuation de la guerre, on s'efforça avant tout de la neutraliser. L'ordre vint pour toute l'aviation de bombarde- ment de vidanger son essence dans le sable ; défense fut faite de voler en avion d'arme. E n même temps, l'absence de nouvel- les, l'éloignement, la monotonie des journées passées dans l'anxiété et l'inconfort devaient venir à bout des résolutions les mieux trempées. Pour ma part, j'avais profité d'un avion de liaison pour me rendre à Tunis. Les fonctions de résident général y étaient alors occupées par le gouverneur général Peyrouton que je connaissais bien et dont l'apparence énergique attirait la sympathie. J'allai voir Peyrouton. L'armistice était sur le point d'être signé. Je lui confirmai que le général de Gaulle, avec lequel j'étais lié d'amitié, poursuivait la guerre, et lui sug- gérai de se ranger à nos côtés et, avec lui, le protectorat dont il avait la charge.
Peyrouton me répondit avec la plus grande amabilité, mais avec une nuance d'ironie vis-à-vis de ma naïveté en ce qui concernait les dessous de la politique mondiale :
« Mon cher ami, me dit-il, vous n'y êtes pas du tout. Dans quelques jours, nous le savons, commencent les pourparlers de
paix entre l'Allemagne et la Grande-Bretagne, et toutes vos vel- léités risquent de ne plus trouver de champ d'application.
— Cela m'étonne beaucoup, lui répondis-je. Voulez-vous me permettre de vérifier aux sources autorisées, car tout ce que je sais des intentions britanniques est à l'inverse de ce que vous me dites. »
J'allai donc voir le consul général d'Angleterre dont les bureaux se trouvaient en face de la résidence pour lui demander de faire part de notre conversation à Downing Street et solliciter une réponse nette de son gouvernement. Celle-ci devait venir très peu d'heures plus tard : elle apportait un démenti catégo- rique à toute velléité de paix de la part du gouvernement britannique.
C'est cette réponse que j'allai porter immédiatement à M . Peyrouton. Celui-ci m'écouta en silence, quelque embarras se peignant sur sa figure. Mais, avant qu'il pût me répondre, on vint lui dire que le général commandant les troupes (c'était, si mes souvenirs sont exacts, le général Blanc) demandait à lui parler d'urgence. Peyrouton le fit entrer, et ce nouveau venu lui indiqua aussitôt qu'il venait de recevoir un message aux termes duquel le chancelier Hitler s'engageait à respecter l'intégrité de l'Afrique du Nord et de l'Empire.
Peyrouton eut un geste d'impuissance : « Comment voulez- vous que, dans ces conditions, je fasse quelque chose ? D'ailleurs, ajouta-t-il, seul, je ne puis rien faire. Car, du point de vue mili- taire, je dépends du général Noguès qui a la responsabilité de l'ensemble de l'Afrique du Nord. Allez trouver Noguès et voyez ce qu'il vous dira. »
Je rentrai à Kalaa Djerda et, une voiture devant faire une liaison avec Alger, je profitai de cette possibilité de parcours.
Ne regardant que d'un œil distrait les magnifiques ruines romai- nes qui jalonnaient le chemin, le cœur gonflé d'angoisse et de colère, je me rendis à Alger.
Là, je descendis à l'hôtel Aletti. Mais, dès qu'elle apprit ma présence, la princesse Marie de Ligne insista, non sans mérite, car tout ce qui touchait à la politique de la IIIe n'était guère en faveur à ce moment-là, pour que je vinsse habiter dans son magnifique Bordj Polignac. Je conserve à sa mémoire une vive gratitude de cette courageuse fidélité dans l'amitié et
fus très heureux de la retrouver, quand j'accompagnai le général de Gaulle à Alger.
J'avais connu Noguès colonel quand le maréchal Lyautey l'avait placé comme adjoint auprès du général de Chambrun qui commandait à Fez, menacée alors par A b d el-Krim. Nous étions restés depuis en excellentes relations. Je savais qu'il avait fort bien réussi à Rabat, en liaison très étroite avec le sultan dont i l avait su se ménager l'appui vis-à-vis des candidats éven- tuels à sa succession. C'était, dans l'ensemble, un excellent résident général. Mais c'était surtout au soldat que j'avais affaire, à l'homme chargé de veiller sur la sécurité de l'Afrique du Nord.
Pour l'entraîner du côté de la résistance, j'essayai de me faire aussi persuasif que possible. Noguès m'écouta en silence, avec un rictus découragé au coin des lèvres.
Il me dit enfin : « Tout ce que vous me dites, je le sais fort bien. Tous ces derniers jours, j'ai été l'objet de pressantes démarches dans ce sens. » E n effet, i l est à remarquer que l'opinion des Français d'Afrique était en général de six mois en retard sur celle de la métropole.
« Je me suis donc adressé au gouvernement. » Et i l me communiqua l'appel auquel Maurice Schumann fait écho dans son livre et dont tous les termes portent :
« Les musulmans, écrivait Noguès, sont tous prêts en ce moment à donner leur vie pour que le drapeau de la France continue à flotter sur l'Afrique du Nord. Nous ne pouvons les décevoir. D'ailleurs, avec nos flottes intactes, les formations d'aviation qui passent en ce moment la Méditerranée et quelques moyens supplémentaires en cadres et en matériel, nous tiendrons longtemps et sans doute assez pour pouvoir contribuer à la défaite de notre adversaire.
C'est donc avec une respectueuse, mais brûlante insistance que je demande au gouvernement, au nom des intérêts les plus vitaux de notre pays, de venir poursuivre la lutte dans l'Afrique du Nord, même s'il n'est plus possible de le faire sur le conti- nent. Car c'est le seul moyen de garder à la France notre empire musulman. Permettre à l'Afrique du Nord de se défendre, c'est entreprendre dès maintenant le redressement de la France. »
« Malheureusement, continuait Noguès, je ne puis prendre la responsabilité de la lutte que si la flotte française peut assurer
la défense de l'Afrique du Nord. Il y a bien d'autres manques auxquels il faudrait parer, mais celui-là est essentiel. »
E n effet, on sait à quel point la conjonction de la flotte et de l'aviation britanniques devait réussir à empêcher le passage par l'armée allemande d'un tout petit bras de mer alors que le territoire britannique était privé des moyens de défense les plus élémentaires. « Mais, conclut Noguès, Darlan me refuse l'appui de ses bateaux. Dans ces conditions, que puis-je faire ? Comment déchaîner la guerre sur une Afrique du Nord qui n'a pas les moyens de sa défense ? » Et i l me lut, l'un après l'autre, les télégrammes qu'il avait reçus de Puaux, de Mittelhauser, du général Catroux, du général de Gaulle. Il leva le bras dans un geste de découragement et me répéta en se levant : « Darlan m'a refusé ses bateaux. »
Nous touchons là, en effet, ce qui constitue le véritable crime de l'armistice. Maurice Schumann montre fort bien que, pour Hitler, l'enjeu principal était la neutralisation de la flotte et de l'Empire français. C'est ainsi que l'acceptation de l'armis- tice par Bordeaux, acceptation certaine à partir du moment où la question était posée (il fallait l'aveuglement de l'entourage de Paul Reynaud pour en douter un instant), apportait à Hitler, comme don de joyeux avènement, la maîtrise de la « nouvelle Europe ».
Entre-temps, le neuvième groupement de bombardement auquel appartenait ma trente-quatrième escadre de bombarde- ment de nuit avait fait mouvement de Tunisie au Maroc, de Kalaa Djerda à Meknès. E n arrivant à Meknès, je vois un gros titre sur un journal local :
« Mandel est interné à Meknès. »
Je me précipite à la Sûreté pour demander où se trouvait l'ancien ministre. Mes interlocuteurs, voyant un officier aviateur en uniforme, ne font pas de difficultés, me suspectant de mau- vaises intentions à son endroit, pour me désigner l'hôtel qui faisait face à leur bureau et qui lui avait été assigné à résidence.
Je sonne à l'étage qui m'avait été indiqué. Georges Mandel lui- même vint m'ouvrir.
De plain-pied nous retrouvâmes l'atmosphère où, depuis de longs mois, s'était cimentée notre amitié dans de semblables angoisses et une résolution commune. Je conserverai toujours le souvenir de cette conversation. Dans l'isolement, Georges
Mandel s'était trouvé face à lui-même, et son patriotisme s'en était encore exalté de même que son hostilité pour les nouveaux venus au pouvoir parmi lesquels se trouvait son adversaire local, Marquet, dont le premier geste avait été de le faire arrêter une première fois.
Mandel me conta la persécution dont il avait été l'objet de la part d'un certain Morize qui, en l'absence du général Noguès, que Mandel considérait comme un « galant homme », exerçait l'intérim de la résidence générale. Je lui dis l'intention où j'étais de rejoindre le général de Gaulle s'il n'était pas possible de rallier l'Afrique du Nord à la continuation de la guerre. Il hocha la tête. Mais, à mon grand étonnement, i l se déclara hostile pour lui-même à un départ pour l'Angleterre.
Et pourtant, dans notre entretien, i l n'avait fait que me répéter à quel point la poursuite du combat était nécessaire et combien la neutralisation de l'Empire lui paraissait un crime contre la patrie. Il est vrai que c'était avant Mers el-Kébir et que l'on pouvait encore se faire quelques illusions sur les possi- bilités de soulèvement en Afrique du Nord. Celles-ci furent rapidement dissipées. Dès qu'arriva la nouvelle de cette action déplorable, je télégraphiai au général de Gaulle à Londres, par l'intermédiaire du chef du cabinet diplomatique de Noguès qui s'était constitué courageusement notre boîte aux lettres avec la France libre, en lui disant que les possibilités d'action en Afri- que du Nord devenant pour le moment sans issue, j'aspirais à le rejoindre au plus vite. Il me télégraphia de venir sans perdre un moment. Entre-temps, Winston Churchill avait répondu par un refus méprisant — comme on me l'avait fait prévoir à Tunis
— aux ouvertures de Hitler. D'autre part, j'avais appris par Cari Burckhardt, devenu chef de la Croix-Rouge internationale, que mon frère, interné en Suisse avec la division polonaise auprès de laquelle il était officier de liaison, allait revenir en France. Je ne laissais donc plus les miens sans protecteur. Je devais retrouver à la résidence de Rabat mon ami et camarade Yvan Martin, ancien chef de cabinet d'André Tardieu avec lequel nous avions construit naguère tant de projets de réforme ministérielle et parlementaire. Grâce à lui, je partis sans encom- bre pour Tanger sous prétexte d'une excursion de week-end.
J'avais dit à tout le monde que je retournais à Vichy. D'ailleurs
j'avais été démobilisé quelques jours auparavant. M a seule imprudence fut de garder mon uniforme dans ma valise.
Je restai le moins de temps possible à Tanger, dans cet hôtel Minzah que lord Bute, son propriétaire, avait orné des tableaux de sa collection, mais où s'entrecroisaient les fils de toute une gamme de réseaux d'espionnage. Le consul général d'Angleterre, Gascoyne, qui devait conserver ses moustaches d'officier de la Garde quand même il devint ambassadeur d'Angleterre à Moscou, me reçut chaleureusement, à la faveur de la nuit, et organisa immédiatement mon départ pour l'Angle- terre où je devais arriver en compagnie de Sir Walford Selby, alors ministre à Lisbonne et que je connaissais de longue date.
Cette arrivée nocturne me causa une impression profonde.
A Lisbonne, j'avais aperçu Walter Layton, le célèbre économiste, en route pour Washington et lui avais demandé si j'arriverais à Londres avant la tentative d'invasion des Allemands dont on était sûr qu'elle allait se produire, si hypothétique qu'en parût le succès, étant donné l'impossibilité pour l'Allemagne de tenter une aventure maritime face à une flotte puissante. L'Angleterre où nous atterrîmes était d'un calme impressionnant. Certes quelques groupes de home-guards composés d'officiers en retraite et de tout jeunes gens veillaient çà et là dans la nuit. Mais la voiture qui nous amenait à Londres traversait les routes paisibles de la vieille Angleterre, avec leurs cathédrales et leurs cloîtres entourés d'impeccables pelouses. Après les scènes d'incendies et d'exodes auxquelles j'avais assisté, après les batailles sur la Ruhr et au-dessus de Sedan, ce calme et cette tranquillité montraient tant de confiance dans l'avenir que l'on s'en sentait profondément réconforté.
Pour revenir à l'attitude du général Noguès, il faut relire le jugement porté par Winston Churchill dans ses Mémoires.
Sir Winston examine les conséquences d'une décision du gouverne- ment français transférant la souveraineté nationale au sud de la Méditerranée. Premièrement, dit-il, les flottes française et bri- tannique se seraient assuré la maîtrise complète de la mer latine que tous les convois auraient empruntée au lieu de faire le tour de l'Afrique en doublant le cap de Bonne-Espérance. Deuxiè- mement, les aérodromes africains — d'abord peuplés par les appareils rescapés de l'aviation française et par « ce que la
Royal Air Force aurait pu soustraire à la défense des îles», puis alimentés par l'aide américaine — seraient devenus des bases offensives de premier ordre. E n troisième lieu, la France n'aurait jamais cessé d'être un des principaux belligérants et se serait épargné « le schisme qui l'a déchirée ». Enfin, Hitler aurait été hors d'état de conduire une attaque de grand style à travers l'Espagne en même temps que la bataille d'Angleterre ;
« il aurait dû choisir, et, si son choix s'était porté sur l'Afrique, la maîtrise des mers aurait permis aux Alliés de Fy devancer ».
Je voudrais indiquer, d'autre part, qu'en me parlant, le général Noguès avait rappelé que le manque d'usines suscepti- bles de fabriquer des pièces de rechange devrait être compensé par les envois de l'Amérique — envois dont on avait déjà dérouté certains vers la métropole — , mais que, pour lui, le fait capital, le fait décisif, c'était le refus des navires de Darían.
Mais, il est inexact de penser que, dans le cas où ces navires auraient été fournis, l'Angleterre n'aurait pas été capable d'envoyer des éléments de défense à l'Afrique du Nord fran- çaise.
Quand je suis arrivé à Londres, le chef du 5e bureau britannique, le général Beaumont-Nesbitt, que j'avais connu attaché militaire à Paris, me demanda de venir le voir et m'inter- rogea anxieusement et minutieusement sur l'Afrique du Nord.
Je fus obligé de lui répéter ce que m'avait dit Luizet (futur préfet de police à notre arrivée à Paris et qui était à ce moment-là attaché militaire à Tanger et correspondant du S.R. français).
Luizet m'avait demandé de bien spécifier aux Anglais la présence au Maroc espagnol de deux divisions de bonne qualité militaire.
Cet argument fut de ceux qui firent pencher la balance en faveur du renforcement de Wavell alors que certaines voix s'élevaient pour proposer une opération de débarquement en Afrique du Nord, que le doute quant aux intentions allemandes sur les îles Britanniques fit bientôt abandonner.
On a fait état de l'indication donnée par le consul général Parr que j ' a i connu ensuite consul général à Brazzaville, où il faisait l'admiration de tous par son entêtement à porter jaquette et col dur dans une température équatoriale. Mais elle ne cons- titue que l'écho d'une rumeur et rien d'autre : « On dit ouver- tement ici, indique Parr, que Noguès fut contraint de se plier à
l'armistice par l'incertitude où il se trouvait en ce qui concernait l'attitude de la flotte, déjà sérieusement affectée par la propa- gande antibritannique, et par notre impuissance à couvrir ses besoins urgents en hommes et en matériel. »
Ce ne sont là que bruits en l'air. Le fait clef, le fait massue, c'est le refus de Darlan.
U n autre argument avancé par les défenseurs de l'armistice, c'est que les troupes allemandes pouvaient obtenir droit de passage à travers l'Espagne et qu'alors i l leur aurait été possible de tenter l'occupation de l'Afrique du Nord, en passant par Algésiras. Certes, après la perte de la bataille de France, Franco pensant, à l'instar de Mussolini, que la fin de la guerre était toute proche, met en avant une revendication de l'ensemble du Maroc et de l'Oranie afin de pouvoir s'asseoir à la table des vain- queurs à la veille du traité de paix, car la situation économique et sociale de l'Espagne lui interdisait toute participation à une guerre. Mais, quand il se rend compte que l'Angleterre résiste, il ne peut plus être question pour lui de laisser passer les troupes allemandes par l'Espagne, ce qui ne lui eût laissé le choix qu'entre la participation à la guerre ou la colonisation par l'Allemagne. Si Franco maintient ensuite ses exigences, c'est qu'il sait bien qu'elles sont inacceptables en raison des prétentions mussoliniennes et que le chef espagnol se doute bien que Hitler ne peut se brouiller avec son seul allié d'alors. Ce n'est donc plus qu'un prétexte pour maintenir sa neutralité.
De fait, dès que la tactique de Hitler se précise et qu'il place avant tout la nécessité de neutraliser l'Empire français et la flotte, l'Espagne s'enfonce dans une neutralité sans retour.
Ainsi, on le voit, le livre de Maurice Schumann rend le grand service de réduire à néant la thèse du prétendu service rendu aux Alliés par la capitulation de Bordeaux. Reste celle dite «du glaive et du bouclier». Mais c'est oublier que la Belgique, privée de bouclier, ne fut pas traitée plus mal que la France. Bien au contraire, puisqu'on n'y prépara, à ma connaissance, la mainmise sur aucun territoire important, alors que chez nous, dès le début, l'Alsace-Lorraine et la Flandre française étaient lourdement hypothéquées. Mais nous dépassons là les limites que l'auteur s'est assignées pour cette enquête qui fait revivre si lumineusement un terrible passé.
P
armi les villages parisiens, c'est évidemment l'île Saint-Louis qui présente le plus de charme et de cohésion. L a Seine, qui l'entoure, semble l'avoir préservée des destructions abusives et elle confère aux demeures qui se succè- dent autour de ses rues, de ses quais, une sorte d'air de famille avec leurs beaux balcons en fer forgé et leurs grandes portes massives dont la plupart ont été respectées au cours des deux ou trois siècles qui ont suivi leur construction. Et puis, certaines de ces demeures sont liées, pour moi, à des souvenirs qui me sont très chers.C'est pourquoi j ' a i été heureux de visiter l'exposition qui vient d'être consacrée à l'île Saint-Louis par la conservation du musée Carnavalet et qui nous révèle beaucoup de souvenirs du passé qui méritaient d'être mieux connus.
J'ignorais l'Enlèvement de Ganymède qui ornait le cabinet de l'Amour de l'hôtel Lambert. C'est le chef-d'œuvre de Le Sueur. Parmi les différentes représentations de ce thème, un peu équivoque, je ne crois pas qu'il y en ait une qui soit plus expressive et mieux réussie et où soit mieux dévoilée la convoi- tise furieuse de Jupiter sous son déguisement de rapace.
L'hôtel Lambert se rattache pour moi à bien des souvenirs.
Cette magnifique demeure — où Chopin joua pour les Czar- toryski et où Adam Czartoryski, jadis fiancé à Dorothée de Courlande, s'efforça de maintenir l'âme de la Pologne subju- guée, rue Saint-Louis-en-lTle comme quai d'Anjou où se trouve encore la Bibliothèque polonaise — a été chantée par Voltaire.
Mme du Châtelet s'y était installée pour cinq années et Voltaire écrivait que l'hôtel du Châtelet avait toujours eu « le charme d'un château en Espagne puisque je ne l'ai jamais habité que de loin ». Il devait célébrer
« Le cabinet des Muses,
La galerie d'Hercule, le salon de l'Amour, Le Sueur et Lebrun, nos illustres Appelles, Les rivaux de l'Antiquité,
Ont en ces lieux charmants étalé la beauté De leurs peintures immortelles.
Les neuf sœurs elles-mêmes ont orné ce séjour Pour en faire leur sanctuaire ».
J'y suis souvent venu, chez l'un de ses anciens propriétaires, Stéphane Zamoyski, qui fut un des paladins du monde moderne.
Il adorait cette maison qui constituait pour lui une sorte de relais vers la patrie absente, cette Pologne où i l ne voulait pas revenir, mais à laquelle il avait pu rendre les souvenirs royaux du Wavel de Cracovie, rachetés à ses frais. Les Polonais de l'extérieur ont beaucoup perdu avec Stéphane Zamoyski auquel la vente de l'hôtel Lambert avait porté un coup très dur. Sa hauteur morale, doublée d'un grand charme, lui assurait une autorité grâce à laquelle il s'efforçait d'apaiser les conflits et de défendre les intérêts des Polonais réfugiés en France et en Angleterre.
L'île Saint-Louis vue de la place de Grève, par J.-B. Raguenet
Le cousin de Stéphane, rencontré à Varsovie où j'étais allé inaugurer une exposition du portrait français, me dit : « Stéphane a tort. On peut vivre ici. » Cela a été l'éternelle querelle de ceux qui quittèrent la Pologne occupée et des autres. Sienkiewicz s'en faisait l'écho dans son Quo Vadis. On se rappelle que, fuyant les persécutions, saint Pierre rencontre, à quelques kilo- mètres de Rome, l'apparition du Seigneur auquel il demande :
« Quo vadis, Domine ? » Où vas-tu Seigneur ? Et le Christ de répondre : « Urbi » (Vers la ville). Et Pierre le suit vers le martyre. De même, la question s'est posée depuis deux siècles pour les Polonais. Rester dans une patrie qui doit lutter sans cesse pour maintenir son âme nationale ou aller à l'extérieur pour y faire vivre des foyers où l'essentiel de cette âme serait
préservé. Je crois que ce sera aux Polonais restés en Pologne qu'appartiendra le dernier mot.
D
e l'autre côté de l'île, après avoir dépassé l'hôtel de Lauzun d'où Baudelaire regardait « le soleil moribond s'endormir sous une arche », voici le quai Bourbon et tout ce qu'il me rappelle. Je revois la maison où habitait Léon Blum, dans un appartement modeste mais d'un goût parfait.U n jour, j'étais allé lui rendre visite au milieu d'une crise minis- térielle, dans l'espoir que puisse enfin se réaliser avec Blum et Reynaud un gouvernement d'unanimité nationale. O n me fit attendre dans la petite salle à manger où la table était mise. Il y avait de très simples couverts d'argent et des couverts à dessert en vermeil, mais qui ne remontaient pas au-delà de la IIIe République. De là était née la légende de « l'argenterie de Léon Blum ». Dans la même maison habitait — je ne crois pas qu'il l'ait connue — une des plus belles créatures de l'époque, la célèbre Lady A * * , vivant dans un luxe un peu sauvage qui révélait son origine slave. Sa beauté faisait sensation dès qu'elle apparaissait, mais elle scandalisait les ouvriers syndicalistes du quartier.
« Tu as vu la maîtresse blonde du député socialiste ! » Pauvre Léon Blum ! Encore une accusation sans fondement.
A la poupe de l'île, devant les trembles qui, s'inclinant sur la Seine, encadraient un paysage aquatique, c'était au 45, quai Bourbon que je passai tant d'heures charmantes de mon exis- tence. Il y avait au second Marthe Bibesco, entourée des vestiges du château de Ménars qui avait appartenu à sa belle-famille, avec les célèbres dessus de porte de Boucher, une salle à manger minuscule où elle avait fait aménager une banquette couverte du même velours rouge que celui du restaurant Larue et où venait s'asseoir l'abbé Mugnier ; celui-ci citait Bossuet :
« L'homme est le plaisir de l'homme », et Maurice Barrés d'interrompre :
— Eh là, l'abbé !
— Que voulez-vous, répondit le cher abbé, qui ne reculait pas devant les jeux de mots, ce sont les libertés de la chaire. »
Mais j'aimais surtout me trouver au premier étage, chez Antoine et Elisabeth Bibesco. Antoine Bibesco avait représenté
Dans leur langage secret « Les Oscebib » c'étaient les Bibesco, « Lecram était l'anagramme de Marcel... » (Marthe Bibesco, Au bal avec Marcel Proust)
son pays avec distinction à Londres, à Madrid. A Londres, i l avait épousé la fille du premier ministre d'alors, Asquith, qui n'était pas encore lord Oxford, et dont j ' a i retrouvé la veuve pendant la guerre, où elle n'avait rien perdu de son magnétisme et de son esprit dominateur. Elisabeth Bibesco avait tort de s'essayer à écrire, mais elle était pleine de brio et de culture. Rupert Brooke, qui est mort pendant la Première Guerre, faisait partie de son cercle intime ; il a laissé un des plus beaux sonnets de la poésie anglaise. C'est celui où il écrivait que « le coin où on l'enterrerait serait toujours un morceau de l'Angle- terre » et que les jeunes gens tués à la guerre « avaient sacrifié les enfants qui leur seraient nés : leur immortalité ».
J'ai rarement connu de conversation plus étincelante que celle d'Antoine Bibesco. Il avait l'esprit le plus original et le plus cocasse, un besoin de la découverte psychologique qui le faisait taxer d'indiscrétion et presque de grossièreté. Mais il lui fallait aller à la racine des choses et des situations. Marcel Proust avait conçu, pour lui et pour son frère Emmanuel, qui était déjà mort quand j ' a i connu Antoine, une très vive affec- tion.
Il écrivait à Anna de Noailles : «Une seule personne me comprend: Antoine Bibesco. Pourvu qu'il ne cesse pas, il est si intelligent. »
Ils se rencontraient à tous les carrefours de l'art. Marcel Proust écrivait à Antoine Bibesco : « Je serais très heureux si M. Vuillard voulait consentir à me vendre l'esquisse du dîner d'Armenonville l'année dernière, point de coïncidence unique entre son admirable talent qui féconde souvent ma mémoire et une heure parfaite de ma vie. Tu me rendrais service en le lui demandant. »
Et en 1918 :
« Cher Antoine,
Une seule ligne, car je suis très souffrant, pour te remercier de tout cœur et te dire que la sonate de Vinteuil n'est pas celle de Franck. Si cela peut t'intéresser (mais je ne le pense pas), je te dirai, l'exemplaire en main, toutes les œuvres (parfois médiocres) qui ont « posé » pour la sonate. Ainsi la "petite phrase" est une phrase piano et violon de Saint-Saéns que je te chanterai (tremble), l'agitation des trémolos au-dessus d'elle
est dans ce prélude de Wagner, son début gémissant et alterné est de la sonate de Franck, ses mouvements espacés de la ballade de Fauré, etc., etc., et les gens croient que tout cela s'écrit au hasard par "'facilité". Tendresse aux deux frères.
Marcel » Dans le portrait qu'il a esquissé d'Antoine Bibesco, il y a les lumières et les ombres. « Dans la haute société parisienne où ses alliances Montesquiou, Caraman-Chimay, Murât, Noailles, lui font une place de choix, il est très recherché, mais redouté plus encore ; il a inspiré beaucoup d'admirations très certaines, dont ceux qui les éprouvaient connaissent clairement les justes raisons, et un beaucoup plus petit nombre d'amitiés, celles-là toujours inquiètes et qui savent très bien aussi pourquoi elles le sont. Car son esprit délicieux est cruel. »
De fait, on redoutait toujours les dégâts que suscitaient ses erreurs volontaires, ses maladresses voulues. Je lui téléphonai un jour :
« Antoine, pourquoi veux-tu toujours mettre un passif à notre amitié ?
Et lui de me répondre :
— Comme c'est bien dit. Tu ne trouveras jamais mieux.
Je raccroche. »
Incorrigible et merveilleux Antoine !
Bibesco nous révèle que Marcel Proust avait fait appel à son frère et à lui pour l'aider à faire paraître Swann à la N . R . F .
« // nous confia son manuscrit, écrit-il. // fut décidé que nous réunirions à dîner André Gide et mon vieil ami Jacques Copeau avec leur camarade Schlumberger ; ils formaient le triumvirat qui décidait des livres que la Nouvelle Revue française publiait.
Le manuscrit fut remis à Gide après le dîner. Peu de temps après, une lettre de Copeau me faisait savoir que la N.R.F. ne ferait pas paraître Du côté de chez Swann. »
A ce propos, Marcel écrivit à Antoine une lettre qui constitue une admirable description de son œuvre :
« Il y a une géométrie plane et une géométrie dans l'espace.
Eh bien, pour moi, le roman, ce n'est pas seulement la psycho- logie dans l'espace mais dans le temps. Cette substance invisible
du temps, j'ai tâché de l'isoler. Mais, pour cela, il fallait que l'expérience pût durer. J'espère qu'à la fin de mon livre, on comprendra ce que j'ai voulu faire ; tel petit fait sans impor- tance montrera que du temps a passé et prendra cette beauté de certains tableaux embellis par les années.
Puis, comme une ville qui, pendant que le train suit sa voie contournée, nous apparaît tantôt à notre droite, tantôt à notre gauche, les divers aspects qu'un même personnage aura pris au point qu'il aura été comme des personnages successifs et différents, montreront — mais par cela seulement — la sensation du temps écoulé. Tels personnages se révéleront plus tard différents de ce qu'ils sont dans le début, différents de ce qu'on les croira, ainsi qu'il arrive bien souvent dans la vie du reste.
Je crois que ce n'est guère qu'aux souvenirs involontaires que l'artiste devrait demander la matière première de son œuvre.
D'abord, précisément parce qu'ils sont involontaires, qu'ils se forment d'eux-mêmes, attirés par la ressemblance d'une minute identique, ils ont seuls une griffe d'authenticité. Puis, ils nous rapportent les choses dans un dosage exact de mémoire et d'oubli.
Et enfin, comme ils nous font goûter la même sensation dans une circonstance tout autre, ils la libèrent de toute contingence, ils nous donnent l'essence extra-temporelle. D'ailleurs Chateau- briand et Baudelaire ont pratiqué cette méthode. Mon roman n'est pas une œuvre de raisonnement ; ses moindres éléments m'ont été fournis par ma sensibilité, je les ai d'abord perçus au fond de moi-même sans les comprendre, ayant autant de peine à les convertir en quelque chose d'intelligible que s'ils avaient été aussi étrangers au monde de l'intelligence qu'un motif musical. »
Le dernier bulletin de l'Association des amis de Marcel Proust, dont j ' a i été heureux de prendre la présidence, contient une lettre de Proust à l'éditeur Fasquelle où Proust remercie avec effusion Fasquelle de vouloir bien publier son ouvrage !
« J'avais supposé, écrit Proust, que mon livre, s'il ne vous déplai- sait pas et si vous vouliez le publier, pourrait paraître dès février, et, un peu imprudemment, j'avais demandé à des revues de me réserver un peu de place pour d'assez longs extraits qui paraîtraient avant. Or je me figure, comme j'ai quelques amis dans la presse, et que je publie très rarement, qu'ils parleront
un peu dans leurs feuilles de ces fragments (c'est une supposi- tion que je fais, mais assez vraisemblable), d'autant plus que, ces fragments étant fort "décents", cela leur sera peut-être plus facile que de parler du livre lui-même, qui ne le sera pas du tout. »
Henri Bonnet écrit que Fasquelle a été inquiété par l'expres- sion suggérée par la lettre de Proust, «ouvrage i n d é c e n t » . De fait, Proust reçoit, en décembre 1912, une lettre pleine de compliments de Fasquelle mais qui exprimait son regret de ne pouvoir publier Du côté de chez Swann.
Il y a quelque chose de pathétique et d'absurde dans cette vaine recherche d'un éditeur pour une œuvre qui devait boule- verser la littérature universelle !
Q
uarante ans après, on se reporte par la pensée à l'écroulement de 1940. On en recherche, on en inventorie les causes. Certains croient pouvoir les trouver dans la démoralisation du pays. Certes, les esprits n'étaient pas aguerris.Mais cela aurait-il duré, après la période inévitable de flottement qui accompagne le passage de l'état de paix à l'état de guerre ? Non, les responsabilités principales — il faut le répéter pour ne pas retrouver un jour la situation de jadis — reposaient sur la méconnaissance quasi totale des nécessités de la guerre moderne par l'état-major d'alors.
E n effet, j ' a i pu me rendre compte de l'excellent état d'esprit des rares troupes qui étaient au combat pendant la drôle de guerre. Autour de moi, dans la 34i escadre, qui avait été tenue en haleine par des raids de nuit, tous aspiraient à lutter et à vaincre. Et, quand l'heure de la mêlée fut venue, il y eut si peu de défaillances dans mon unité que, pendant les six semaines de la bataille, la moitié de l'état-major et le tiers du personnel des escadrilles furent tués ou portés disparus.
Cela avait commencé de grand matin. U n bruit insolite m'avait fait courir à la fenêtre : deux gros avions noirs passaient, chargés de bombarder notre terrain proche. C'était cette bataille des aérodromes que la Luftwaffe gagna en France et qu'elle
perdit en Angleterre. Des bruits confus circulaient. On parlait d'une grande bataille dans les Ardennes. Le soir, tandis que les autres avions partaient bombarder, je fus chargé de la reconnais-
sance en profondeur qui devait délimiter les contours du dispo- sitif ennemi en direction de Sedan. Nous arrivâmes bientôt à proximité de la bataille. Les sons et les lumières qui nous parve- naient nous donnaient l'impression d'une mêlée furieuse. Nous primes de l'altitude. Au-dessous de nous, une plate-forme de nuages, dans sa mollesse blanchâtre, nous donnait l'impression de voler dans un autre monde. Quand nous fûmes revenus à proxi- mité de la terre, je fus stupéfait de constater que l'adversaire, négligeant les précautions d'usage, avait décidé de sacrifier la prudence à la vitesse. Les convois ennemis se succédaient sur les routes et, près de Bruxelles, une sorte de cité éclairée a giorno était sans doute le point de rassemblement pour le départ d'un deuxième échelon. Rentré au cours de la nuit, j'indiquai au colonel François la nécessité de concentrer tous les bombardiers disponibles pour profiter de cette occasion unique de briser les arrières de l'avance ennemie. D'autres observateurs apportèrent des conclusions analogues. Hélas ! la routine des vols, l'absence d'une réserve de combat, devaient empêcher le haut comman- dement de profiter de cette possibilité de marquer un premier avantage. J'eus, en guise de fiche de consolation, une citation à l'ordre de l'armée de l ' A i r . J'ai retrouvé le Journal officiel de Vichy daté du 11 juillet 1940 où, tandis q u ' à la première colonne figure le nom des agents des Affaires étrangères révoqués pour être passés à la « dissidence », nos citations se placent à la troi- sième colonne. Certaines sont extraordinaires : celle d'un de mes camarades d'escadre, le capitaine Fleck qui, « épuisé de fatigue après dix jours de missions continuelles, a dû abandonner à son observateur le pilotage de l'avion jusqu'à l'atterrissage qu'il a pu effectuer dans un sursaut d'énergie ». Il y a aussi celle de Mme Claire Roman : « Pilote plein d'allant qui, étant prisonnier, a fait preuve le 18 juin 1940 de hardiesse réfléchie et de belles qualités d'initiative et de sang-froid en s'évadant à bicyclette, puis en avion de guerre, bien que n'en connaissant pas le fonction- nement. »
Cette bravoure individuelle est toujours l'apanage de notre peuple. Dans les temps difficiles qui hélas ! pourraient revenir un jour, puisse le dispositif de défense répondre aux nécessités actuelles, à l'inverse de ce qui s'est passé en 1940 ! Puisse le pays n'avoir pas besoin de recourir à ces actions héroïques qui le privent des meilleurs de ses enfants !
P
auvre Europe ! Où sont ses possibilités, entre une Angleterre dont la politique s'identifie, peut-être à son corps défendant, à celle des Etats-Unis, une Allemagne, irrésistiblement portée à l'élan vers la réunification, une France à laquelle le maintien d'une politique de détente apparaît indis- pensable pour l'avenir de l'équilibre européen ?Il faudrait pourtant que cette voix de l'Europe se fasse enten- dre face aux raideurs électorales de la politique américaine et aux aspérités d'une politique soviétique qui s'entête à ignorer les véritables périls.
G A S T O N P A L E W S K I de l'Institut
Exposition Eugène Boudin
Eugène Boudin : Trouville (1869)
Pour la dernière fois se trouve réuni à la galerie Robert Schmit, 396, rue Saint-Honoré, Paris, jusqu'au 7 juillet, un ensem- ble d'œuvres d'Eugène Boudin provenant d'une collection qui va être dispersée.