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(1)

~ 1--

NATIONS UNIES

INSTITUT AFRICAIN DE DEVELOPPEl\IIENT ECONOMIQUE

ET DE PLANIFICATION D A K A R.

CS/2673-7

INSTITUT D'ETUDES DE DEVELOPPEMENT UNIVERSITE DE SUSSEX

BRIGHTON

52ème SEMINAIRE SUR 1

STRATEGIES D'ACCROISSEMENT DE L'EMPLOI PRODUCTIF DANS LES PAYS AFRICAINS (Dakar 10 Novembre 12 Décembre 1975)

LE BRASSAGE DE "BUZAA" DANS LA VALLEE DU MATHARE ETUDE DE CAS DU SECTEUR IRREGULIER

Par

NICI NELSON

OCTOBRE 1975 •

(2)

'

..

~

.

CS/2673-7 :page 1

LE BR.:\.SSAGE DE 11BUZAA11 D..ciNS LA VALLEE DU M.ATHARE ETUDE DE C.l.S DU SECTEUR IRREGULIER

OBJECTIF DU DOCUMENT -

Ce document a :pour objectif de déc,.,ire un certain asper du secteur irrégulier de Nairobi au Kenya, celui que représente le brassage illégal de la bière de mais (appelée buzaa) par les femmes d 1 une colonie--de peuplement squatter appelé~ "Mathare Valley". On verra comment chaque brasseuse, tout en opérant sépa rément, dépend considérablement de l'aide et de la collaboration d'un ensemble de voisines et d'amies et ceci, à chaque :phase du brassage, pour la vente et la protection contre la police •

.

' \ ' .

L'utilisation de l'analyse de réseaux convient particulièrement à l' étude du brassage du buzaa. Pour des raisons que nous expo- serons plus loin, il n'a été fait, à la connaissance du cher- cheur, aucune tentative de brassage en coopérative. Chaque femme obtient l'aide et le soutien nécessaires en temps de crise de le:

part, non pas de sa famille ou des associations, mais d'un ensen. ble "égocentré" de voisines et d'amies qui sont liées à elle par leur intérêt commun dans l e brassage du buzaa.

Ce document va donc montrer comment chaque brasseuse se sert des liaisons de ce réseau personnel pour les besoins du brassage, quelle est la structure des liaisons de son réseau (c'est-à-dire 1e contenh, le caractère direct, 'le caractère durable, l'intensité et la fréquence des t émoignages de solida- rité), quels sont les critères selon lesquels les femmes choisi,.

sent d 1 autres femmes comme membres de c.e réseau personnel.

(3)

' L· '1 ,•

CS/2673-7

page 2 .. _

Cette étude de cas constitue l'une des rares descrip- tions de la manière dont les réseaux peuvent être utilisés par des gens qui travaillent pour l eur propre compte dans le' secteur irré- gulier de l'économie, bien que quelques études aient déjà été fai- tes dans le secteur officiel

(B.

KAPFERER,

1969,

par exemple).Elle constitue presque la seule étude de cas montrant l e fonctionnement des. réseaux personnels dans une activité illégale.

ZONE DE RECHERCHE ET METHODOLOGIE

La recherche a été effectuée dans une colonie de peuplement squatter appel ée MATHARE Vt.LLEY à Nairobi au Kenya. La population de cette colonie est évaluée à 50/60.000 habitants

(Housing Research and :Bevelopment ,'3u.rv.ey n·9171)). La vallée est compo-

,sée de 10 village$ distincts sur l e pl an spatj_al, administratif et

sociolog~,_que. La recherche a été concentrée surtout dans le second _village parce que (a) il est le plus ancien et offre par conséquent

une période d'observation plus longue, (b) il est essentiellement peuplé de Kikuyu alors que les autres villages sont peupl és d'un mélange ethnique, or le chercheur voulait maintenir constant le facteur ethnique, et ( c) il ava:i,t un nombre él evé de femmes proprié- taires terriennes (relation privée avec le personnel HRD).

La méthode employée a été celle de l'observation par la participation. Le chercheur a passé 4 à 8 heures par jour dans le village depuis Mai

1972.

Elle a participé aux réunions, aux dis9ussions, aux activités de brassage ~e toutes sortes (y compris

. '

à ,celle qui consiste à venir à l 1 aube pour frire la farine) aux manières d'échapper aux descentes de police et aux travaux ménagers

.... J

1 f'

(4)

'

. . ..

CS/267 3-7 page 3

quotidiens. L'observation attentive et l e r ecensement des réseaux personnels des. femmes ont conduit à ces concll,f.Pions, concernant leurs principes de formation, leur structur_e .et leur contenu.

(Pour les besoins de ce document, seul l e r éseau personnel partiel, celui lié au br,assage du buzaa sera ,_traité). L'enquêteur int erro- geai t fréquemment à titre o.fficieux l es. p. ri: nc.. ipaux in~·- ~: format eurs sur les nom~reux aspects du brassage du buz.aa. Du fait que cette étude est essentiellement descriptive, l e caractère représentatif de l ' échant i l lon n 1 est :Q_g.,s ~n fa~r:lïeur important . Toutefoi s, le chercheur a pris s~in d' inclure. dans son étud(? f:l-ussi bi en l es femme dont l 'ac ti vi t é de brassage avai t relati vement_réu~.si que cell es pour qllt cette activité n'avai t pas connu un grand succès auprès de l a communauté.

LES FErVIMES DE M."\TH.ù

Au Ke.nya,_ l'urbani sation est en train de se faire aujourd'hui à un rythJ!l.e de plus en plus rapide. Nairobi croît à m:

taux de

7, 8f1/o,

soit une augru_entation de 60.0CO .. habit_a:nts 'Par an, et,

d' après l e discours du Greffi er Municipal de Nairobi l ors d'une Conférence sur l a Pl anifi cation Urbaine en Juillet 1973, elle atteindra 2 millions en l 'an 2. 000 • L_e pr.ocessus d'urbani sation ClUi se déroule à Nairobi . compor.te. B.Our les femmecs, deux caractéris-

{ . .A•

··tiques int.éressantes. Premièrem~nt, l a stabi l isation du t aux de-

:·: :--_{...... 'i!·f.::; t·:n·· -·t ,m:aso~_Uni ct

_,le

nomhl'e c·roissant d.~ .femmes indépendante

sr (fen:-:.

mes- n'ayant pas de maris).

. J. ( ..

Il ·'

En 1969, le taux de ,masculinité ~tait de 1,7 ( GUGLER Mkanga vol. 4). Au moment d':' recensemen.t ..

d "l.

1968 l e taux éta:Lt tombé à 1,4. Depuis l'Indépendance u,_q,qqfT!bre croissant de

. - . ; . . . ~ ...

femmes ont ét é attirées vers la ville. Aucun travail n' a éentr-- pris chez l es f emmes migrantes, mais l'analyse pr éliminaire des

(5)

cs;

2673-7

page 4

données du chercheur montre clairement que l es femmes viennent en - ville animées souvent par les mêmes motifs économiques que les hom- mes. Si elles viennent seules1 souvent elles peuvent venir aussi pour vivre dans un premier temps avec un mari ou un ami.

Nairobi abrite un nombre croissant de femmes seules. Il est presque impossible d'évaluer leùr nombre:à cause des fausses déclarations de mariages aux recenseurs. Deux recensements ont été effectués à Mathare et donnent une évaluation du nombre de femmes célibataires. Le "Housi~Research Development Unit Survey" de

1969/70

à :Mathare estime que le nombre de femmes célibataires y représente 25

%

de la population. Un recensement du Conseil Munici- pal en

1967

a fait, une évaluation plus élevée, soit

45 %•

Il se . pose naturellement un problème de défini ti on du mariage (Southall

Introduction

1963).

Ici, le chercheur préfère qualifier de céliba~

taires les femmes impliquées dans n1importe.quelle _forme de concu- binage à cause de l'absence de stabilité dans leurs relations et

. -

du fait que, bien que bénéficiant de .l'aide de plusieurs hommes, elles ont la responsabilité finale d'assurer ·Qa.ur subtri·s't.f'.11C-e- e.t~

oelle de leurs enfants et d'élever ces derniers qui sont nés de pères différents.

Les raisons de cette augmentation du nombre de femmes vi- vant seules à Nairobi, sont multiples. Beaucoup de femmes préte~ - dent avoir perdu leurs maris durant les troubles :r-Iau-Mau. Le systè.:- me de tenure foncière c·hez la plupart des ctnni:·e·s .. :/X,qauee " "

.

conçu de telle sorte que la femme n'a accès à la terre que par l'intermédiaire.de son mari. Une femme qui ne s1est pas mariée ou - qui a divorcé n'a aucun moyen de gagner sa vie dans les zones rura- les à moins de vivre aux dépens de ses pare~ts. Il se peut bien que oe soit ~une hypothèse non confirmée - qu'à mesure que le Kenya

-... '

(6)

OS/21573 .... 1 Page 5

- " . . . . v . .. ... -~ ~

. .. ~---

s 1 intègre dans 11 économie : monétaire, les groupës· de Ptfren:té .élargie asouront de moinD:('m moinr:: .. l.J. rooponsab.ili·té.dcs. c~

vorcées et ~utr~s catécories de femmes sans maris. La nouvelle liberté sexuelle·. chez les jeunes a entraîné un taux croissant de de grossesses préconjugales et ces filles no réussissent pas sou- vent à persuader leurs petits amis de reconnaître l'enfant et de les épouset'e

Ceci sig11ifie souvent qu'une fille a perdu lu chance de se marier ; surtout lorsqu'on essayant désespérément de prendre au piège un autre amant, ·elle tombe enceinte d'un second enfant.

Elle ost considérée alors comme.une prostituée et a peu de chances de régulariser sa si tuntion en devenant une é ouse. ,Le seul recours qui reste à une femme n'ayant pas accès à la terre, c'est d'aller en ville. -Là, si elle est un pe~ inst~uite, elle peut chercher à prendre des cours de ~~ctylographio ou _à obtenir un emploi comme

· VE;Jndeuse dans un magasin. Si elle n 1 a pas d 1 instruc.tion, elle s'engage d~ns la concurrence acharnée pour le nombre limité d'em- ploi commé cnt.raineuses et domestiques ct, si:_ elle n'y ;réussit pas, elle peut brasser de la bière à vendre illégalement et ou obtenir de 11 argent chez les hommes soit en établis:sement une relAtion stricte entre client et _prostituée soit une relation de concubinage (M. GflCHUHI - 1973) • .

Parmi cés femmes beaucoup viennent à Mathare. Les femmes âgées (plus do 40 ans) · sont en·. général des divorcées ou de veuves il_;Lettrées qui· s.ont venues à Mathare au début des années 60 et y ont

0n~<trtüt ti:e:s· r.1r~ioono •. OolL s qui ont ~loc Ûüfr:nts:·v:rvcnt· C'.Vo0 cu::

ut C'.V .jO leurs pc ti tr; ct1f2ntc. El luc · 6ubvioimènt . L..urs · prop!Pos· boGoiL on brassant do la bière et on parcevnnt des loyers d.e leurs mai-

sons·. Dnns

le

vieux sGcteur de ML.lthare, un nombre étonnant de mai- sons L.l été o .. onstruit par les femmes.

(7)

CSj267~'(

Page 6

LE BRASSAGE DU BUZAA

Trois types de boisson sont fabriqués .. il~également par les habitants de Mathare. Une bière traditionnelle Kikuyu à base de-miel y est fabriquée moins fréquemment. Le "changaa", une bois- son distillée, est prÇJduite dans les villages III et IV et non (pour des raisons historique~) dans le village II o Dans le village II, la plupart des femmes fabriquent une bière :fermentée à base

~ .

de mars, introduite à Nairobi par les habitants de la Province Occidentale, et o·onnue sous le nom de Buzaa-o

Les principaux ingrédients du buzan sont la farine de mars (unga) et la levure (kimera). 45 kilos de unga sont trempés pendant plusieurs jours, laissé~ en fermentation~ La phase suivante consis- te à fJ;ire la unga dans un récipient de 5 pieds de long sur 3 pieds de large de hauteur jusqu'à ce qu'elle b~nisse~ Les femmes n'aiment

-. '

·pas "frire'' la farine et se plaignent de fai;igùe tous les jours,'où --eJJ.cys doivent le faire. Assurément, 'Pa~ser 20 minutes à manier une pelle, penchée sur un feu de bois enfumé constitue un travail dur et éreintant

il y a .:ussi' l e risque d'être répérée-pp_r 1.:.~ police.., Une -füi o

frite, la unga est mélangée à i__~cbes. d 1 onu clans un. grand_ ré-s<-~rvoir

où elle èst gardée pendant un jour. Le deuxième jour, on y ajoute de la levure • Le dernier jour, lorsque le mélange "bout", on le filtre à travers une toile d'emballage pour enlever le résidu.

Les brasseuses se sont vu faciliter le travail par l'apari- tion de certains nombre d'occupations secondaires. Il y a par exemple ceux qui vendent de la unga et du kumera ; ceux qui filtrent le

buzaa (à

4

shillings l. -a cuve de

48 .

litres) et ceux qui achètent

les résidus de mars (mashis~a) pour le.e vendre comme fourrage aux cultivateurs. Il ne faut pas oublier les marchands de bois à brûler (les gens font leur cu_isine au charbon de bois mais font frire leur unga avec du bois à brûler}, et J•ea hommes qui vendent des debes et des mukebis de buzaa(des bidons à essence d'un 1/2 litre nettoyés et préparés pour servir de verres atcr buveurs de buzaa - un bidon d'un demi litT€ ~6û~ _50 cont$)6

- - - - -~ - - - - -

(8)

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.

.,. ..

P~eo• 7 ~

Trois faits saillants concernant la production du buzaa en font un produit di.fficile à. fabr:iquer po:u,r l_a brasseuse. Pre-

·mièrement,. la période de :fermentation est difficile à, évaluer avec

. 1. ' "

exactitude, ài~si lorsque quelqu'un fait frire la fari~e le Jeudi dans .. 1 1 espoir d 1 avoir son bu.z3.a prêt pour ;la . vente du S~edi, la

' .. .

unga peut ne pas être prête. D~uxièmement après

24

à.

48

heures {selon le climat), le buzna s'altère et deviênt imbuvable. Les femmes vivent· ·dans la crainte perpétuelle Ç!.e ne .pas pouvoir écou-:- ler tout le:buzaél. brassé ÇJU acheté. en gros~ Sielles n'arrivent pas à. le .vendre; ,elles sont obligées de. le verser e_t de perdre

.

. '

de ·11argent. Comme on 11expli~er~·.?.~us lo~n,_ ,o'est là._une consi- dération importante dans. 11 éva.luai;ism du marché selon ;Le cycle

·mensue.l; par . .-.les bras~euses .•

Troisièmement, le brassage du buzaa est un~ .act~vité illé-.

:gEÙe. Pour cette. raison, le~- femmes . so:t;1t co s:tnmment ,harcelées par

;Les descentes de police. Une femme pe'l;l.t -.perdre. un lot de bière (soit un învesti.ssement d1envir~n 35 s.hillings) ou up matériel pré- _o.ieU.X au co'+I's d'une descente. Si ell~. n'a vraim\';.nt.~as de chance,

J. !.

·· elle: peu-t être: :attrapée, ell~_ême, auq;uel cas. elle paie_ra 20 shillings de pot-de-vin pour être libérée, ou une .. ~ende de 50 à.

150 shillings, si elle est amenée devant un Juge.

SITUATIONS OU LES FEMlŒS MOBILISENT LEUR RESEAU .PERSONNEL POUR LE BRASSAGE DU BUZ.AA.

réseaux 'personnels·=. · C 1 est l e point auquel . on souh<Ü terai t s 1 atta-

~her maititenant.

.,. , : .·r , ,

Dans le cycle des brasseuses de buzan, _la première occasion où les réseaux jouent un rôle important se produit dans le processus de vente en gros E;lt au.détail de ln bière •. Bien que certaines fem- mes- nt aient jé:).mais .brnssés. ~u buzan ( eÙ~~- ~o font q:ue l'acheter en gros par

~)

la :plupart ,des

fe~~~ s d~

..

~arti-~ r ~ so~t,

succes-

sivement ou s~multar:ément dos grossistes et clvs détaillantes du

·,

buzaa. Au cours de l 'ét':de, on .n1a rencontré nucune femme qui ne

·.··,;

vende et n'ait jamais vendu qu'au détail.

(9)

C-S/2ô'{ 3-·7 Page 8

Les femmes qui ne font que revendre sont relativement peu nombreuses car les bénéfices qu 1 elles obti.ennent en achetant le buzaa en gros pour le revendre aux consommateurs s'avèrent relati-- vement faibles .. Une femme peut ne réaliser que

4

shillings de béné- fice par debe dans ce cas •

.

-

La majorité des femmes préfèrent braeser leur propre buzaa. Mais aucune d'elles, ne peut être certaine d'avoir so~ buzaa prgt chaque fois - qu 1 elle -désire le vendre. C t,est pourquoi elle doit souvent acheter un ~- en gros pour le vend;re. les jours où elle n'a rien brassé elle-même. Les femmes disent que cel~ est néce~

saires pour ne pas décevoir los clients réguliers. Inversement1 les femmes qui brassent un baril de buzaa peuvent rarement espérer vendre en un jour ou deux tout le contenu des trois dcbes et demi qu'il contient lorsque ln. bière ,est bien faite. Pnrfois, les bon- nes brasseuses (celles qui ont benucoup de clients et.une bonne réputation) peuvent y arriver-le premier Samedi du mois (tous les ouvriers Ke~ans ~ sont.payés au mois)èmais, en général, une femme vend en gros un ou deux debes de son ba'rtl et êcouls le reste au;

détail.

Les raisons pour lesquelles les femmes n'ont pas toujours du b~aa sont vnriées. -Aucune femme no brasse tous l es jours. La fermentation de la~ (farine) n'est pas un processus prévisible

' ·····

(comme on 11 a expliqué auparavant), si-·bien que personne ne peut garantir exactement quand la boisson sern prête. Les informateurs donnent également comme raison d.e

1 :'

irrégulcri té du brassage, le- manque de fonds pour 1 1 acaht des grandes quunti tés de 11nga néoes7 saires pour avoir une quantité suffisante de bière disponible chaque jour.

De plus, les femmes se plaignent que le travnil de brassage est très dur et trop difficile à fo.ire tous les. jours. Pour nvoir elu buzan prêt en permQnence il fa~drait_ prépnrer la farine et fil- trer tous les jours1 ce que l es informatrices considèrent comme un travaii excessif. Par ailleurs, les femmes rendent fréquemment

'•

(10)

·l'.:

visite à leurs parents habitants la cam~agne ou d1au·cres quartiers de N~irobi et, durant ces jours de visi~e, elles ne veulent pas brass'er le bUzan.

Les femmes ne brassent. pas beaucoup de bt'Saa lorsque l e

"mois est creux"

(o

1 es~ire dura7:,t la Jème serl1i)~~ne du mois) et que les clients soht peu nombreux e·i; sanc arbent. on l0rsqu 1 ih;.-~

essai ent d'acheter à crédit. Les femmes P-éfè:,'o•_ri:: no,he·~er un ~

au pr.ix de gros durant ces périodes cr~nscs pl·~ ·:ôt que de risquer de vider, finalement 1 tout un baril s--.:r le aoi,o Le~ ricques d 1 al·- tération existent toujours ei; un bon 'tras<:::m:-c est ccJ. qui peu·~

évaluer le marché avec P,er.spicaci té et· qu?. a· r;-::.:.·c~aen:; un eYcédent à "verser'' •

Les desccnt~s de police peuve:1t s.::.q•ï:;.~.t i.1:·:':::.:'r':' -}.:n'e le cycle du brassage d'une femme pendant 1:-e 8C:'1R:'.n8o ~;J. t:n a:<::ar

"verse" l.e résè:rVoir d'une femme qui all:::.:~·i; G-Gre ·.wc:i; peur l e fil-

--.~.-:.. . ~ . ,. •.

trage et/ ou détruit sa farine de fer;ne::-t·a··::;_ :J:>l.; . ce ete brasi:>euse est a.1ors obl~gée d' a.ohoter en. gros pe~cinn·~ _p.rocqt.tl 1:.··1e ~~em~i:he jusqu

1

à ce que son nouveau buzaa soit prêt~-· Hais ache.. te_::- yn de be ' ·. ..

___ _

de buz.'la en gros n 1 est pas toujours ,facile. Une fe:ïlme ·C.fUi vient en acheter un doit commencer tôt le ma. tin. Avec un .?--.!:~. vide en main, elle commence à faire le tour de ~:~es amiec 1 d'un bot.'.·~ i:i 11 autre du cp.tartier pour veil:' si quelqu'un a b:rassé du

~uzaa

à vendre. Si (

o' est une mauvaise période dn mois cel~ pGn·c ::.·.li. pe:r.dre plusieurs heures.: Souvent, elle doit demander à sos a:::1i es si elles ne con- naissent personne qui a d.u buzaa diSpc:'libJ;o" L 1 ob·i;ention du buzaa en gros se fait presque. ü.n~.ÇY.c~:· ;::n~ à ·~:ro.vers lee réseaux d'amies. Lorsqu'une femme ne trouve pas une ;~i8 qu.:!.

à .

du buzaa:

ello se fait accompagner pnr une run1ë cn·.onn2.:::t une "grossiste"

pour se faire présenter. Le paiement du !~P..~. se fa:i.t après que le buzaa, rai t été vendu au détai l ' ains i l crédit. doj.iï . être obtenu avant que la f'emme ·ne puisse 11 empor·tern le d.r:be" L 1 am; e commune

""--·~·.

~résente 11~trangère.

(11)

' .

CS/2673-7 Page 10

Parfois, en cas de défaut de paiement, on peut même demander à l'amie commune de se porter garante. Une fois, U:ne informatrice :Margaret .M. avait été .harcelée par une amie pour payer 13 shillings . parce qu'un client qu'elle avait présenté à celle-ci avait refusé

. de s'acqaitter de .sa dette. Marga~et M. se reprochait d'avoir agi--

bêtement parce qu'elle ne connaissait pas très bien la femme qu'el~

le avait présentée et n'avait agi que par générosité en l'amenant chez son amie : "la bonté fait perdre de l 1.::1.rgent" ~· se plaignai 1;...

. elle. Margaret M • . trouva un compromis en payant une partie de

·1' argent pour apaiser son amie'· mais. elle y regardera à deux fois- à l'avenir, pour savoir_q:ui amener chez ses amies pour leur deman- der crédit.

Une fois que la femme a trouvé du buzaa, elle le gofite pour voir s'il est bon. Le fait de garder ~ flux régulier de clients dépend de la disponibilité d'un b~aa "doux" à tous moments. Si le

. . :1

goilt lui convient elle "transporte" un debe. Le jour suivant le

.

-

vendeur viendra chez elle pour percevoir .les 13 shillings. Entre amies intimes la dette ·peut rester impayée pendant plusieurs se- maines. Ceci est particulièrement avantageux lorsqu'une femme vend son buzaa à crédit aux clients durant les dernières semaines du mois et qu'elle ne dispose pas sur l e champ des 13 shillings.

hinsi chaque femme est confrontée avec un problème d'équilibre délicat de crédit qui lui est con.nenti et de crédit_~u'ellecons.ent qui, heureusement, se résoud de lui m.ême à chaque fin de mois, lorsque les clients touchent leur sal~ire et l'argent circule à nouveau librement à Mathare.

Le no~paiement du .buzan acheté en gros est une source permanente de disputes .entre celles qui vendent en gros et celles qui leur achètent. Lorsqu'une femme est incapable de vendre tout . son buzaa ' par manque de client.s, ou ne peut le-vendre qu'à crédit,

elle peut ne pas être en mesure de payer comptant. Si les autres femmes ne sont pas suffisamment amies avec elle pour la garantir auprès des "grossistes", une dispute s'ensuit. Ln "grossiste" ne- peut recourir à aucun moyen officiel. Si elle porte l'affaire de-

- · ·

,

(12)

v~nt un fonctionnaire du Kanua (ce qui est la.voie normale que prend celle qui ost eng~gée dans une diopute); ce dernier ne peut que consiller au débiteur de payer. Puisque les femmes sc rendent compte que la loi keeyanne ne reconnait plis les contrats illégaux (et la vente du buzan est illégale) elles savent qu'elles n'ont aucun moyen de contraindre la débi trïce de payer sa dette. La

"gft)ssiste'' ne peut recourir qu 1 à la' sanction Lymboliqu.e. quLest i la clésnp;::robntion du p_u'IDlic. on-rnoo.ntant~.à _qui yeut · 1' entendre~ tout l'incident. Ceci a pour but de détrÙire ·ln surface financière cle .. la.

femme en question. Peu de femmes peuvent se permettre d'accumuler des dettes pendant longtemps car après il leur sera de plus en plus difficile d'acheter à crédit.

Non seulement les f~m~es se servent de leurs amies pour acheter et vendre du buza.a 'en gros mais elles ont tendance à s_'e11tr•.aider de diverses m~nières clans la p:r-oduction même et la vente du buzaa. La forme· de coopération la plus courante est le partage et la location de l'équipement.

Beaucoup de femmes n'ont pas tout ce qu'il faut pour bras- ser du buzaa soit parce que les Askaris ont détruit leur baril ou leur plat à frire, soit parcé qu'elles nPont pas été en mesure de rassembler le capital nécessaire pour l'achat du matériel. Dans. ce cas, la femme ira emprUnter ou louer, pour une somme modique, oe qui lui est nécessaire chez une amie ou une voisinee

Les femmes aident souvent leurs amies en cas de maladie ou de difficultés. Lorsqu'une femme est malade et n'a pas assez de force pour frire sa farine, une amie peut le faire pour elle.

Un jour, une femme Mary f avait fui précipi tnmment sa maison pour échapper à un amant qui la meneçai t:. Avant de rentrer dans sa famille, elle avait partagé tout ce qu ,.elle avait entre ses amiesc Une de ses amies avait reçu un debe de unga fermentée et spontané- mont elle avait brassé la bière et gardé les bénéfices pour les remettre à Mary à son retour. Une autre fois, une f,emme devait amener. t~us, le.s~_matins à1 'hopi tal ·un de ses enfants gravement malade, et ceci penclélnt plusieurs semaines. Ses amies avaient

f·rit la unga pour elle pendant toucto c.ctte pé:::-iodo.,

(13)

C>J/2..S"(~

Po.gc 12

Lorsqu'une ferrime doit faire une course ou un voyage - impr~

vu, elle demande à une amie de vendre sdn buzua pour elle pendant son absence. Evidemment elle s'adressera à quelqu'un qui n'a rien-

à.vendre-oe-Jo~là. L'amie qui apporte ainsi son aide peut réel~

mer un ~u.keri (un pot) d~ buzaa gratuit en guise de paiement, ou demande un service ré·cip!"oquc à 11 aven:Lr •

Celles qui partagent la même chambre s'arrangent souvent pour brasser à tour de rôle ; le brassage simultané orée d'énormes problèmes. Les femmes vendent dans leurs propres maisons et la plupart des clients peuvent être certes des étrangers mais aussi être connus des deux femmes. Il peut en résulter des disputes quant à la c.ru-cs±i·on de savoir qui eloi t scnr.ir ct quel-cli-ent· sctr'Vir o~ 1

presque inévitablement, des pertes de buzaa. hinsi, le brassage à tour de rôle constitue la solution la plus équitable. Il y a mgme des cas où des femmes qui ont un grand commerce et qui vivent .oôte à côte trouvent plus rentable de brasser, la plupart du temps, à tour de rôle ; cependant, il en va différemment à la fin du mois.

Si Mary n'a pas cle buzaa, elle peut envoyer les clients en fnoe chez Wairimu ci; vioe-versn. ·Ceci augmente leurs chances de pouvoir toujours écouler leur buzaa.

Les compagnes de chambre conviennent, en généra11 de s'nider à vendre leur buzaa lorsqu'il est prêt. Ceci permet à chaque femme d:e pouvoir fq.ire ses travaux domestiques et allège la tâche d'une femme lorsqu'elle vencl son propre buzaa. 11alheureusement les femmes qui vivent ensemble se disputent souvent et deviennent jalouses l'une de l'autre, surtout si·, l'une d'entre elles a nettement plus de succès que l'autre. La vente du buzaa est la.oause la plus courante des disputes entre compagnes de chambre, en dehors des disputes à propos d'un homme. L'une des partenaires commence par ne pas collaborer à la vente, lorsque c'est au tour. de sa compagne de vendre son buzaa. Elle peut aller rendre des visites pendant toute une journée. Elle peut même all·er jusqu'à inte.rcepter les clients réguliers sur la route pour leur dire de ne pas se déranger parce

(14)

,J,.,.

·•

c::-r·:,:.j ~~

t

r•t.>,C'cl 13.

qu'il n'y a pas de buzaa. Ce type de querelle est en général réso-- lu par la séparation des deux femmes, la.locataire la moins ancie~

ne dé.ménngemen'• 1

i-·

Parfois, l es femmes mettent en commun leurs r~sspurces pOUl louer un "magasin" (une chambre utilisée pour mettre en réserve le matériel et l.e buzaa). Ceci compor1:;.e plusi€lurs. av:nntages. Celà laiss.e plus d 1 espace pour .le mobilier. dans les habitations déjà encomb:z;ées. Ce là présente a1,1ssi .11 avantage: que la preuve de 11 ac":"

.ti vi té interdite ne se trouve pas dans la maison en cas de descentE!

des askaris.

Les femmes qui s 1 associE;mt sont. des amies qui ,vivent assez proches les unes des autres. C1est sans formalités qu'elles se regroupent pour louer un "m_ngasin". DeU?C amies des aqJies, se joignent à elles - ou elles les quittent, s elo;n 11 évolution de leur.s finances et l'éloignement de leurs mnis.ons. Il semble que, mais, ce n'est pas prouvé, l es femmes qui déménagent à une autre extrémité du village quittent le groupe auquel el).es appartena~ent

parce quton ne peut pas trop s'éloigner de son "magasin" et qu'il leur. fau.t des amies et un local proches. Les.femmes qui louent ensemble un magasin. ont tendance à ool!J..ab.or-er dan·s do rromb.reu.x domaines : le brassage du buzaa, ln cuisine, la surveillance des enfants, le tressage des cheve~ et l e partage des ustensiles et de la nourri ture •

. Une forme de collaboration ext.rêmement i!)'lportante entre voisines est l'aide qu'elles s'accordent durant les "descentes"

de police et en cas d'arrestation. Premièrement, toute femme qui . entend parler de l'arrivée des askaris, le dit à tous ceux qu'elle

rencontre ct .à tous ce:ux qui vivent dans son groupe de >maisons.

Dell.?Cièmement, les-gens s1.aident à cacher des choses com1,11e les barils et .les debes de buzaa. Une fem!Jie demandera à unG.voisine de l'aider à cacher un lourd :de~e. sous.lc lit. :Crunme la police a com- mencé récemment à détruire los barils et les plats à frire, plutôt

(15)

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que de se contenter de "renverser" le buz~:., ~o chercheur a vu des amies essavrer cle dissimuler des barils dan;:; de·s 'rigoles ou sur les toits .. j~ffte a.va.nt·· une clescE:Jnta de police dans 1·~ espoir qu 1 il~

·ne seront pas remarqués par les askaris.

Lorsqu'une femme est arrêtéè, ses voisines fertrJent sa mai- son à clef pour éviter dès vols. Ensuite, elles préviennent son parent le plus proche à Mathare, ou, si la.fem me n1. 'a aucun parent proche à prxomité1 son amie la plus intime. Cell('!-ci réunit, con-

jointement avec les amies et les voisines, ln

.

somme nécessaire pour la caution et la femme arrêtée est en général ,libérée provisoire- ment, sous caution, l e même jour. Puisque les voisines assistent à l'arrestation, elles prennènt les mesures initiales en prévenant les amies et les parents., mais, à moins qu'elles ne soient aussi bien des amies que des voisines, en général, elles participent 'peu à la collecte de 11 argent destiné à payer la caution. Lorsque

la femme arrêtée est libérée sous caution, si elle dispose d1asssez d'argent, elle rembourse toutes celles qui ont .contribué au ras- semblement de sa caution. Il arrive parfois qu'elles ne soit pas en mesure de rembourser immédiatement l'argent qu'on lui a prêté et n'a pas assez pour pavrer son amende.

La première personne à qui une femme. fera appel sera un parent, si ell~-en a à.Mathare ou à Nairobi : 11po.rce que l es parents doivent s'cntr'aideru111 expliquait une femme, Si elle n'a aucun p~

rent ou si a.ucun_parent ne peut l'aider, elle se tourne alors vers une ou des amie (s) et rassemble l'argent~

Lorsqu'on lui a demandé si les voisines donneraient de l'ur- gent pour payer la.caution d'une étrangère qui venait d'arriver à Mathare, Jane

w.

s'est montrée étonnée de la n~ïveté de la question,

"Bien sûr que non "di~lle" àn ne sait pàs si l 'étrangère ne va '! pas "manger<- lf. argent". (C'est dire prendre 1' argent et disparaf:tre).

(16)

..

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A Mathare l1amit~é ost la seule garantie. Il existe d'au.ores formes .moins courantes de collaboration entre les brasseuses.

Lorsqu'une femme sait qu'elle va vendre son buzaa jusque tard dans lq. nuit, elle peut envoyer ses enfa;1ts dormir chez une femme qui n'a pas de buzaa à vendre cette nuit, ou qui

a

une chambre à cou-

o~er séparé. Parfois, .les compagnes de chambre se partagent les frais, le travail et les bénéfioes de chaque brassage du buzaa, mai s ceoi est rare et traduit d'un degré d'amitié exceptionnel.

···• · Parfois, une femme peut permettre à une amie qui n'a pas de cham-

bre à 11athare d'utiliser sa chambre pour vendre du buzaa un jour où elle n'a pas de buzaa à vendre elle-même. En remerciement,

l'amie peut a.ider.la propriétaire à vendre son propre buzaa un autre jour. ,

LE RESEAU DU BRASSAGE DU BUZAA

Chaque femme à J.~athare, comme d 1 ailleurs tous les individus appartenant à n'importe quelle société, appartient à ce réseau égocentrique d'amies, de connaissances et de parents avec lesquels elle traite dans diverses circonstances• Ge réseau s'étend sur plu- sieurs quartiers de Nairobi ct sur une ou plusieurs zones rurales.

On se.limitera ici, à la partie du réseau concernant le brassage du buzaa, autrement dit au "réseau instrumental du bra§.sage buzaa" • Ce réseau est largement tracé pâr les limites géographiques du

villag~ II de Mathare, bien qu'on ait constaté au cours de l'en- quête plusieurs cas de femmes du village allant vendre. dans le vill' age III et un cas où~ une femme livre du buzan à une tante ha- bitant à Pumwani.

Comment est constitué le "réseau instru,mental du brassage du buzaa" ? La première partie du réseau eqt ·la zone principale qui co'ïncide en grande partie avec la zone de résiq.ence. La nécessité d1avoir entièrement confiance

aux

habitants ~e sa propre zone de résidence est étroitement liée à deux faits 1 (~) le brassage du

b~aa est illégal. Tout le· 'système d'a:ve:Miss~ment et d'assistance en cas des descente de la police a déjà été décr.i t. Nême le fait -

(17)

~ ... J •• • •

' ''1 ~ :-

CS/2~_73-7 .... "",;: ...

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d'emprunter du matériel chez les voisines plutôt que chez les amies éloignées est pratique à cet égard, car le fait d'être arrêtée sur

. . . ., . \ .

lél route alors~ qu'on transporte du matériel de brassage du buzaa peut ~ntratner- u:n:e amende. (ii) La seconde raison .de cette. collabo- ration étroite entre voisines est la concurrence pour les clients

. ':. ·.·

et l'altérabilité du bu2iaa. Les brassages à tour de rôle qu1on a décrit au paravarit font que tous le·s occupants d'une chambre, ou d 1 ul1. groupe de mai'sons peuvent maximiser leurs ,b.énéfices •

:. '":: 1: .. "

Dans Ié's deUx. cas la proxi'rni té · est une candi ti on nécessai~

,_po1.1r ...

~a - ~ oila~:o~atio:ri,

i.l ._éxistê ,en outre beaucoup,d(L PEl;tites

f'o~

.>:.:

mes ~i"é'. collab~ration'' 'quo'·ÙcÜèhnes 'qui' sè limitent· à la zone de 'résideno'e par soti.ci· de conimodi té et du fait du temps limi.~é. Lors- qu.' une femme est trop occupée et est' clouée ohez: elle à cause de la vente du buzaa, c1est à une voisine qu'elle fait appel pour faire surveiller sa cuisine ou son bébé, ou pour envoyer un plat de nourri ture •

- Le_ contenu des J,iens ·dans ~ett.e partie

du

~éseau est sou- . veni; e.x,cl'±~ivement 'constitué par· les. acti:V~ té's . de br8:ssa.ge du buzaa.

.... _..

.. ·-·

J.,n .pJ;oximité n'est pas un résultat ou une cause de\1ru'nitié. Même

les ;gens

qyi

partagent les mêmes chambres ne se connaissaient pas

.. _avetnt cl 1 accepter de le faire pour économisèr sur le loyer. Il serait

•· ,. pe).l~trÇl intéressal'!:t de signaler que

le

groupe ::de maisons lui..même ,abr;!.~ec1.1n ~roup(3 de personnes ,;enues au hasard..et qùi ~hangent ' · .tout .l.e temps~ Les propriétaires_ de maisons les. louent au premier

, . ven\J_ et dans de nombreux cas ne tiennënt compte d'aucun critère tel

... : .:! ·quE( .l 1ethni(;l1 la zone d'origine, ou l'âge ét les'exé~ Ainsi ceux

qui viennent s 1 installer dans un groupe de maisons sont en général, des étrangers, ou de vagues connaissancès de la plupart· des autres

l1'.f '

, , · · ., hq,bi tarrt,s • .Les habitant~ du groupe de ma.i-sons-·"ChlUJ86llt "

.frêqu,emment ; bien qu~ les hnbi tanta·. de Mathare fassent preuve

d'un~

çlurée cle

rés~dence rela tive~e ni

stable

~

(La durée moyenne de .séjour à Mat~a:re a été de.5 ans, èt la plupart des gens ont passétout pe temps dans le yillage),-·ils se-·d~plélaent: souvent à 11iptérieur ~~ yillage à moins qu'ils ne possèdent léur propre maison.. . -·, -..

...

.

-,

(18)

. .

CS/267}..7 Page 17

Dans la plupart des cas, l a femme qui a cléména;gé ne fai t aucun ef_fort-pour mainte.n~r des liens avec ses ancienne~. voisines.

Lor~qu1,on a interrogé qu~lques femmes à propres de leurf'l amies personnelles:, peu d 1 entre ell~s.;:-ont ci té ne fût-ce qu'une seule yoi.sine comme - t étant une amie; intime. L.~-che~heur ·a conf'ltaté sou- vent que les relatio~ intenses ne sopt pas liées à :J .. _a proximité mais à d•autres facteurs.

Ceci nous am:ène _à. une discussiplJ. sur la second.e·partic du rés_eau de brassage du bu.zaa ••• la partie élargie;-. C~lle-ci englobe les liens qui .unissent une· brasseuse al.lX diff~rentes femmes habi-:- tant les différents endroits de Mathare qu'elle utilise pour mener oertaines activités liées au brassage du buzaa. Ces femmes n'ont pas besoin de vivre côte à côte ou être dav~ntage que des connais- sances. Elles son.• czy.alifiéas comme des "amies" et ).eur apparte- nance au réseau de brassage semble être en corrél-ation'avec le groupe ethnique et la zone d.• origine du groupa. (par exemple les Kik:uyus Muranda) l'âge, l 'éducation, le e;;tatut général à l'inté- rieur de la communauté et la duré~ de séjour à Mathar.e. Les rela- tions entre ces femmes, bien que marquées que des contacts moins fréquents (celles-ci peuvent rester plusieurs semaines s_ans se voir), sont plus stables et plus intenses. Elles se·rendent davan- tage de vi si tes amicales, et· pa~ sent ~avantage. de temps ·ensemble pour mener des activités comme des voyages chez elles pour voir leurs parents. Ces relatio.ns portent davantage s:ur_· le. partage des intérêts communs -~t les •bavardages amica.iP:e · ·,.

C'est à ces. femmes qu1-une brasseuse s'adresse pour obtenir les trois formes d'aide nécessaires pour le, br?ssage ~u ;buzaa et qui~ présupposent une relation de ç:on:(iance c (i) une aide étendue en:cas de. crises graves, (ii) l'achnt.~et la:ivente en-)gros du buzaa, et (iii) le rassemblement

q.e

la caution et le paiement.des amendes

de police. -' : .

(19)

CS/26~3!-7-· :' Page 18 · ..

Lorsqu'une femme est hospitalisée pendant longtemps, ou est appelée ,chez elle pou,r soigner un, parent mn.lade, ou ne p.eut pas brasse:r parc~ qu 1 elle1 a. ;Une jambe dans le ·plât.;r-e

t

ses: voisines lui apportent un peu.-c11 aide e·t dq .. ~ympathie .. f.lai:_s 1 'aide permanente et

généreus~ ... telle que les_ vi si tes quotidienn!3s,,r: o'll;~ le ·brassage pour le compte d 1.une femme_ pendant 6. sem9ines consécutive:s·,~ ne peut

.venir que, de. quelques runies intim~s. · ···

Les relations entre grossistes et détaillants avec son

~quilibre de crédit délicat qui implique de vastes sommes d'argent (p_arfois jusqu'fi; 100 - à 150, _s~i,llings à ln fin d_u mois) · dépendent

.. :; , d.e: la connaissance, de la conf'iance ·et dp. eo;nsentem:ent mutuels à

,.-. ..

.attendre le paiemen~. · ·· · . · v

.. "'• .. ;··:·

.Enf'in, les ap1endes et les cautions .néces.sitent .de vastes

. sommes d'argent, · et une fois de plus, .e n'est que. 11ami·:tié intime

qui peut pousser une ·femme à débourssr des. sommes parei·lles. Une

·femme peut-être amenée à faire le tour de s.es amies e·t "parents pour emprunte-r de quoi peyer la cautiçm pour ·1~ -libé·ration, -(l~i.lne amie,

au~el cas elle tenue pour responsable du :r;-emboursemente Beaucoup de femmes survivent à l'llathare grâce au. brassage-:. du bu:t~a.i. La pl.u-

,

par.t. des femmes à qui on a demandé ~e· citer ce qtJ.,1.il y a,"clc mci.l7

.leur à Mathare çmt répondu ceci : 11la possibilité d ~ av9ir è..e 11 ar-

ge.Qt en brassant du buzan, même +orsqu1on n'a ni tcrre.n;i emploi •

. "Il n1y a pas eu un _sGul exemple deçoopérntive·de bras~age du

,buzaa à Mathare. Ceci· est peut~ê1;re _dû q.u foit à la fois que

Mathare est V:ne nouvelle. communauté, et que la prise;du buzaa corn- me boisson, est un phénomène nouve' au chez les Kikuyus de Nairobi •

. Ce peut.. 3tre dû égal~m~nt aux de:soentes .. continuelles de ln police

.. qui, bien crut inefficq,ces potJ,r arrêt~r un.e ,fois pou,r-.toute 1 'acti-vi-

.,_ .

de bras'f?ag~ du buzaa, peuvent cont!li:P.uel1 à ren:dre-impossible la for

..

rno.tiOI1 do toute grande 90Gl~érativ~ .qui .. serait trop tVicible· à OQUSO

des_.ooncentrations de matériel; <}es errtrepôts- et. des quantités cle

buzaa.·, etc • ~

. .

. ...

.

"

..

..,

(20)

- .

CS/2673-7 Page 19

Néanmoins, les femmes de Mathare qui sont confrontées aux nombreux périls et incertitudes d'une activité illégale et diffi- cile à faible taux de profit marginal, essaieyent de s'adapter qUelque peu au milieu urbain.pour payer u~e dette. Elles font cett·

adaptation économiqUe en c'ollaboration et eri

s

1entr1aidant à l'in,..

térieur de ces ré·seaWc instrumentaux de brassage du buzaa.

CONCLUSIONS

En

conclusion, il convient peut-être de dire quelques mots sur le brassage du buzan en tant que forme de survie économique pour beaucoup de femmes qui ont peu de qualification à vendre dans le secteur régulier, et n'ont ni maris ni terres. Le fait de tra- vailler pour son propre compte dans le secteur irrégulier du bras-

sage du buzaa est un moyen de subsistance simple et pratique. Cela ne demande que peu de capital initial et une maison et quelques banos pour servir les clients. Les femmes servent chez elles.

Cela demande peu de qUalifications et de formation. Et cela permet à une femme qui a beaucoup d'enfants d'être tout le temps chez ell aveo eux.

En outre une femme qui passe tout son temps à vendre du buzaa à toute une procession de clients mâles, se trouve dans une position idéale pour créer avec eux des liaisons d'une durée et d'une intensité·émotionnelle variées, mais qui sont toujours une source de revenu supplémentaire.

Ce système qui consiste à trav2iller pour son compte pe~

met à ces femmes de se procurer des vêtements, un logement et de la nourriture pour elles-m~mes et pour leurs enfants et d'assurer également l'éducation de ces derniers. Souvent elles contribuent pour quelque peu à l'entretien des parents restés dans les zones rurales et dans certains cast elles économisent assez d'argent

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