MIGRAPRESS 01 juillet 2021
Hassan Bentaleb, journaliste, chercheur et spécialiste des questions migratoires et d’asile
LA PRESSE MAROCAINE EN TEMPS DE CRISE
Retour sur la couverture médiatique des évenements de Sebta
du 17 au 18 mai 2021
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La presse marocaine en temps de crise | 01/07/2021
LA PRESSE MAROCAINE EN TEMPS DE CRISE
Retour sur la couverture médiatique des évenements de Sebtadu 17 au 18 mai 2021
Présentation
A la nage ou à pied, des centaines de Marocains, hommes, femmes et même enfants, sont entrés à Sebta, dans la nuit de dimanche 17 au lundi 18 mai 2021. Se basant exclusivement sur des sources officielles et médiatiques espagnoles, les medias marocains ont avancé un nombre de 5.000 à 10.000
« migrants » dont 1.500 mineurs.
Ce mouvement de masse a été qualifié de « vague migratoire sans précédent » par la presse marocaine ou encore comme « vague d’immigration clandestine ». Pour leur part, certains medias ont qualifié ces événements d’« un exode migratoire collectif », d’un « déplacement massif de la population » ou, pire encore, d’un « assaut».
Pourtant, les journalistes marocains ont été unanimes à évoquer « une grave crise migratoire » qui s’inscrit dans un contexte diplomatique tendu. Ce contexte qui durait depuis un mois entre le Maroc et l’Espagne suite à l’hospitalisation du chef du Polisario, Brahim Ghali, dans un établissement sanitaire ibérique.
L’objectif de ce rapport est d’analyser la couverture médiatique de ces événements de Sebta, en comparant les articles de journaux et les publications des sites d’information marocains arabophones et francophones couvrant la période allant du 17 au 19 mai 2021. Deux questions guideront le present rapport : Comment la presse nationale a-t-elle couvert ces événements ? Comment peut-on qualifier ce traitement
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médiatique : objectif et professionnel ou plutôt une couverture partielle ou dilettante? Ces interrogations sont pertinentes à bien des égards. Primo, l’événement-sujet de la couverture qui n’est autre que l’incident diplomatique entre le Maroc et un pays étranger, a suscité des crispations nationalistes d’un côté comme de l’autre. Secundo, le rôle important que joue la presse dans la circulation d'informations, de formation et de création des opinions et des perceptions, impose l’analyse des informations partagées et la terminologie employée dans la couverture desdits événements.
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Contenu
1- Présentation………1
2- De simples citoyens marocains ou des migrants irréguliers?...4
3- Le nombre des Marocains entrés en Sebta : il y a chiffres et chiffres………7
4- Crise migratoire ou crise politique?...17
5- Conclusion………22
6- Bibliographie………23
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1- De simples citoyens marocains ou des migrants irréguliers?
La presse marocaine a été unanime à considerer les Marocains ayant franchi les frontières avec Sebta comme des « migrants irréguliers » ou plutôt comme une « masse des migrants », et parfois même, on évoque des « flots de migrants », qui ont pris la forme « de foules immenses » ou « une marée humaine ». Certains médias n’ont pas hésité à parler de « déplacés » ou d’« exilés ».
© Crédit photo : AFP
S’agit-il bel et bien de migrants? Dans la presse nationale, le terme
« migrant » est souvent utilisé à tort et à travers. Les journalistes marocains recourent souvent à ce terme sans le clarifier et/ou le distinguer des termes proches. En effet, rares sont ceux qui font la différence entre le migrant
« régulier » et le migrant « irrégulier » ou encore entre le « réfugié » et le
« demandeur d’asile ». C’est le cas également pour des termes comme « trafic humain » et « traite humaine »1. Ceci d’autant plus que Sebta et Melilia ont été toujours représentées comme un lieu de passage des migrations du Sud vers
1 Hassan Bentaleb, « Couverture médiatique de la migration au Maroc : Une presse qui se cherche », la Revue marocaine de droit d’asile et migration, Clinique juridique Hijra, N°5, P 48.
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l’Europe ou une zone tampon entre un Nord, riche et prospère et, un Sud marqué par les inégalités économiques et sociales. Ainsi, dans l’imaginaire collectif, l’image des deux enclaves a toujours été associée soit à des migrants irréguliers, particulièrement, subsahariens escaladant en masse les grillages séparant ces deux villes du Maroc, ou soit à des dizaines de jeunes mineurs non accompagnés qui se faufilent entre les grilles d'entrée du port pour tenter de se glisser sous un camion en partance pour l'Espagne. Du coup, toute entrée dans ces deux villes est considérée comme une tentative de passage irrégulier vers l’autre rive de la Méditerranée. Et toute personne franchissant les frontières de ces deux cités comme migrant potentiel.
© Crédit photo : Reuters
Néanmoins, le terme « migrant » recouvre plusieurs réalités qui renvoient à des personnes en mobilité ou en déplacement sous formes multiples et variées selon leur situation inhérente à « leur statut familial ou professionnel, à leur état de santé ou à leurs craintes d’être persécutés pour certains motifs, ou encore à la régularité de leur séjour sur le territoire national »2. En effet, ce terme désigne à la fois le demandeur d’asile, le réfugié, le migrant économique, le migrant climatique, les étudiants, les travailleurs étrangers, etc. Une multiplicité des situations qui créent parfois confusion et amalgame. Et même la définition des Nations Unies qualifiant le migrant comme « toute personne qui a résidé dans un pays étranger pendant plus d’une année, quelles que soient les causes,
2« Les catégories de migrants », Vie publique, République français, https://www.vie-publique.fr/parole-dexpert/271045-les-categories-de-migrants- refugies-etudiants-sans-papiers
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volontaires ou non, et quels que soient les moyens, réguliers ou irréguliers, de sa migration»3, ne semble pas clarifier la situation.
Ivone Puig Artigas, chercheuse à l’Université autonome de Barcelone, a précisé, pour sa part, que les termes usités pour désigner un migrant ne sont pas neutres ou innocents. Et que nous choisissons certains termes et pas d'autres en fonction de facteurs idéologiques, économiques, sociaux ou politiques. Pour elle, la forme verbale active du verbe « migrer » renvoie à un migrant qui est en transe, organisant son voyage, exécutant ou initiant son installation dans l'espace de destination. Il est présupposé, en passant, ne pas avoir encore fini son voyage.
Quant à la forme passive, elle signifie que le migrant a déjà accompli son action et, par conséquent, il est présupposé être une personne installée, accommodée, intégrée, acculturée et disposant de son propre projet consolidé. « Autrement dit, nous insistons sur le fait de parler des migrants, indépendamment du temps que ces personnes ont vécu dans les pays de migration », a-t-elle précisé tout en notant que les appellations telles que Migrants illégaux /Irréguliers/Sans papiers / Non documentés, sont extrêmement simplistes, péjoratives et même criminalisantes. « Comme l'affirment les associations de défense des droits de l'Homme, aucun être humain n'est illégal et ne peut jamais être « illégalisé » ou
« irrégularisé »4, a-t-elle souligné.
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Les termes usités pour désigner un migrant ne sont pas neutres ou
innocents. Et que nous choisissons certains termes et pas d'autres en fonction de facteurs idéologiques, économiques, sociaux ou politiques
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Abdelkrim Belguendouz, universitaire et chercheur en migration, considère, pour sa part, que les individus qui sont entrés à Sebta ne sont pas des migrants.
« Il s’agit bel et bien de citoyens marocains qui sont entrés dans une ville marocaine sous occupation espagnole. Autrement dit, il s’agit bien de Marocains qui sont rentrés chez eux », a-t-il précisé. Selon lui, les derniers événements de
3 « Préjuges, refugies et étrangers, petit guide anti-préjugés, CIRE (Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers), janvier 2021. P. 7
4 Hassan Bentaleb, « Au-delà du concept, la discrimination raciale expliquée sous tous ses aspects
Réunis à Agadir, des spécialistes apportent leurs réponses », Libération, le 24 Mars 2018, https://www.libe.ma/Au-dela-du-concept-la-discrimination- raciale-expliquee-sous-tous-ses-aspects_a96287.html
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Sebta ont déclenché une série d’interprétations qui ne tiennent pas la route comme celle prétendant que le Maroc veut par là, recevoir davantage de subsides de la part de l’Espagne. Un argument qui a été trop amplifié, selon lui, par les médias européens, qui n’ont pas hésité à comparer le Maroc à la Turquie d’Erdogan ou à la Libye de Kadhafi, « alors qu’il s’agit de deux contextes complètement distincts. En fait, la nature de chaque contexte et celle des problèmes soulevés dans chacun de ces Etats divergent fortement », a-t-il constaté5.
5 Hassan Bentaleb, « Il appartient au Maroc de défendre ses intérêts comme il l’entend », Libération, Dimanche 23 Mai 2021.
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2- Le nombre des Marocains entrés en Sebta : il y a chiffres et chiffres
Le nombre de Marocains qui ont franchi les frontières avec Sebta reste également imprécis. En effet, chaque organe de presse mettait en avant ses propres données. Si certains parlent de 3.000 personnes, d’autres évoquent des chiffres allant de 5.000 à 6.000 voire 8.000 individus. Il y a également ceux qui avancent des chiffres oscillant entre 9.000 et 10.000 personnes. Certains médias arabophones ont été précis et ont évoqué le chiffre de 2.700 et 3.117 personnes.
Le nombre des personnes rapatriées vers le Maroc a été également un sujet de désaccord. Si certaines sources parlent de 5.600 cas, d’autres par contre, évoquent le chiffre de 7.500. Toutefois, l’ensemble des supports ont été unanimes sur le chiffre de 1.500 mineurs.
© Crédit photo : Antonio Sempere / AFP
Le journal arabophone Al Akhbar a évoqué 7.000 entrées et le retour de 2.700 sans citer, pour autant, ses sources6. Al Ahdath Al Maghribya a précisé qu’il y a eu le passage de 6.000 individus en citant les autorités espagnoles7. De son côté, Al Ittihad Al Ichtiraki a également avancé le chiffre de 6.000 migrants en précisant qu’il s’agissait de « migrants clandestins » dont 1.600 mineurs en
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relayant des chiffres de la délégation du gouvernement à Sebta. Le journal arabophone de parti l’USFP a ajouté que 1.500 personnes ont été refoulées selon le ministre de l’Intérieur8.
Libération (organe de presse francophone du même parti) a évoqué le passage de 5.000 personnes selon les autorités espagnoles et 7.000 selon Mohamed Benaissa, président de l’Observatoire du Nord des droits de l’Homme (ONDH) interrogé par le journal9.
Assabah a évoqué, de son côté, l’afflux de milliers des migrants vers la ville de Sebta sans préciser sa source, avant d’avancer le chiffre de 5.000 migrants marocains en se basant sur des données émanant du délégué du gouvernement central à Sebta10. L’Opinion, organe de presse francophone du parti de l’Istiqlal, a évoqué deux chiffres : celui du passage de 10.000 personnes et le renvoi de 2.700 migrants en se rapportant à des statistiques issus du ministère de l’Intérieur espagnol et celui de 7.000 passages selon une source interviewée par le même journal11. Le journal El Alam (organe arabophone du même parti) a parlé, par ailleurs, des afflux ou des tentatives de passage de 10.000 migrants clandestin qui sont en majorité des subsahariens avant d’avancer le chiffre de 3.000 passages effectués par des Marocains dont 700 mineurs12.
Citant l’AFP, Telquel online a évoqué dans son édition du 18 mai un « afflux de quelque 6.000 migrants dans l’enclave espagnole »13. Le lendemain, le même site évoquait le chiffre de 8000 migrants qui sont entrés dans la ville de Sebta, cette fois-ci, en citant une dépêche de l’agence de presse espagnole EFE présente sur place14. Quelques jours plus tard, (le 24 mai), ce chiffre a été revu à la hausse pour une estimation entre 8000 et 9000 migrants selon un porte-parole du ministère espagnol de l’Intérieur et à 10.000 personnes selon les autorités de Sebta. Quant au nombre des mineurs, il a été estimé à 1.000, toujours selon le porte-parole du ministère espagnol de l’Intérieur15.
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9 Hassan Bentaleb, « Ruée à la nage vers Sebta », Mercredi 19 Mai 2021, Libération.
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11 Amine Ater, « Maroc-Espagne, Ras-de-marée migratoire au Nord », L’Opinion, N° 91.237 le mercredi 91 mai 3239
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13 Telquel, « Madrid défend l’accueil du chef du Polisario face à l’afflux de migrants du Maroc », le 18 MAI 2021
14 Telquel, « Sebta : le Maroc ferme le passage de la frontière », 19 MAI 2021.
15 Telquel, « Sebta : près d’un millier de migrants mineurs sont toujours dans l’enclave espagnole », 24 MAI 2021
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Le site Medias24 a rapporté, dans son édition du 18 mai, que « les autorités espagnoles ont finalement comptabilisé environ 6.000 personnes, toutes en provenance du Maroc, dont un millier de mineurs »16 et que « 1.500 migrants ont été expulsés »17, en citant une declaration à la télévision publique du ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska.
Selon le site Hespress, il y a eu le passage d’au moins 3.000 personnes dont des centaines de jeunes, des mineurs et plusieurs familles pour la majorité des habitants de Fnideq mais également des Subsahariens selon « une source informée », précise le site18.
D’après le site Le360, les autorités espagnoles ont enregistré au moins
« 5.000 franchissements illégaux », dont un millier de mineurs, selon un bilan de la préfecture de Sebta cité par l’AFP19.
A noter que le journal Al Bayane (édition arabophone et francophone) n’a pas évoqué ce sujet dans son édition de 19 mai. Idem pour les journaux Assahra Al Maghribia et le Matin20.
© Crédit photo : LaCroix
16 Médias24, « Sebta: au moins 6.000 migrants ont rejoint la ville, 1.500 expulsions », le 18 mai 2021.
17 Ibid
18 Mohamed Jaouad El Kanabi, « Sebta : Le Maroc lève le pied, l'Espagne trinque du laxisme manifeste de sa sécurité », Hespress, le 18 mai 2021 sur https://fr.hespress.com/205211-sebta-le-maroc-leve-le-pied-lespagne-trinque-du-laxisme-manifeste-de-sa-securite.html
19 Le360 (AFP), « Plus de 5.000 migrants ont atteint sebta en une journée », le 18/05/2021 sur https://fr.le360.ma/societe/inedit-plus-de-5000- migrants-ont-atteint-sebta-en-une-journee-238730
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Comment peut-on expliquer cette variation des chiffres révélés par les médias nationaux?
La diversité des données chiffrées s’explique, à la fois, par l’évolution rapide de la situation sur place, la divergence des sources et les conditions d’exercice de la profession. En effet, les passages vers Sebta se sont effectués tout au long du dimanche et du lundi (17 et 18 mai) et le nombre des entrées a été difficile à fixer avec exactitude puisqu’il fluctuait d’une heure à l’autre.
Les divergences relatives aux chiffres des entrées s’expliquent également par la variété des sources citées. Par « source », on entend l’origine de l’information qui apporte de précieux éléments de réponse sur la fiabilité d’un article21. L’ensemble des chiffres cités par la presse marocaine avait pour origine l’Espagne (l’agence de presse espagnole EFE, la chaîne Tv 24h, le journal Faro de ceuta, le journal Fancoradya, le ministre espagnol de l’Intérieur, le porte- parole du ministère espagnol de l’Intérieur, les autorités de Sebta, la préfecture de Sebta, la Garde civile espagnole, etc.). La seule source étrangère citée a été celle de l’agence de presse française l’AFP.
Photomontage: H24 Info.
Il s’agit dans l’ensemble, de sources secondaires qui font appel à un ou plusieurs intermédiaires et non de sources primaires. On note, à ce propos, l’absence des témoins oculaires, des pouvoirs publics marocains, des forces de
21 Le Monde, « Décodex : qu’est-ce qu’une source d’information ? », Les Décodeurs, publié le 23 janvier 2017 sur https://www.lemonde.fr/les- decodeurs/article/2017/01/23/decodex-qu-est-ce-qu-une-source-d-information_5067722_4355770.html
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l’ordre (forces auxiliaires, DGSN, armée…), les spécialistes, les chercheurs et les experts, censés mettre en perspective, interpréter, décrypter ou éventuellement commenter les événements en cours.
© Crédit photo : H24info
En effet, la presse écrite nationale ainsi que celle électronique comptent souvent, en matière de migration, sur « les ONG, les ministères via les déclarations et les communiqués, et les dépêches des agences de presse notamment étrangères, comme l’AFP et EFE »22 comme source et le travail journalistique se réduit uniquement à la « présentation des faits »23, ni plus ni moins. Cependant, le journal « Libération » s’est distingué dans sa couverture des événements de Sebta en choisissant de donner la parole à des experts et des connaisseurs du
22 Hassan Bentaleb, « Couverture médiatique de la migration au Maroc : Une presse qui se cherche », Op, Cit, P 48.
23 Le Centre pour l’éducation aux médias et à l’information, « Les sources de l’information », CLEMI, https://www.clemi.fr/fr/ressources/nos- ressources-pedagogiques/ressources-pedagogiques/les-sources-de-linformation.html
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sujet (Mohammed Charef, directeur de l'Observatoire régional des migrations, espaces et sociétés (ORMES- Faculté des lettres et des sciences humaines d’Agadir), Mohamed Benaïssa, président de l'Observatoire du Nord pour les droits de l'Homme (ONDH) et à Bentahar Redouan, militant des droits de l’Homme installé à Sebta)24.
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L’ensemble des chiffres cité par la presse marocaine avait pour origine l’Espagne (l’agence de presse espagnole EFE, la chaîne Tv 24h, le journal Faro de ceuta, le journal Fancoradya, le ministre espagnol de l’Intérieur, le porte- parole du ministère espagnol de l’Intérieur, les autorités de Sebta, la préfecture de Sebta, la Garde civile espagnole, etc.). La seule source étrangère citée a été celle de l’agence de presse française l’AFP
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La prédominance des sources espagnoles trouve également son explication dans le silence total des autorités marocaines. En effet, aucun communiqué officiel, ni point de presse du ministère des Affaires Etrangères ou celui de l’Intérieur n’a été à l’ordre du jour. Même l’agence de presse nationale MAP n’a rien publié, ne serait-ce qu’une petite dépêche sur son fil d’actualité. Il a fallu attendre deux jours pour que Mustapha Ramid, ministre d’État chargé des Droits de l’Homme, s’exprime, d’une manière non-officielle sur le sujet, via sa page Facebook (voir encadré 1). « Pour lui, Madrid a fait preuve d’une attitude totalement irresponsable et inacceptable »25.
24 Hassan Bentaleb, « Ruée à la nage vers Sebta », Op, Cit.
25 Telquel, « Mustapha Ramid : L’Espagne a favorisé le Polisario et l’Algérie », le 19 MAI 2021 sur https://telquel.ma/2021/05/19/mustapha- ramid-lespagne-a-favorise-le-polisario-et-lalgerie-sur-le-
maroc_1722450#:~:text=Cr%C3%A9dit%3A%20Mustapha%20Ramid%2C%20ministre%20d,des%20droits%20de%20l'homme.
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Encadré 1
La sortie du ministre sera suivie par la MAP qui a décidé de rattraper son retard via une tribune signée par le directeur de l’agence en personne26. Pour justifier ce silence, la MAP a indiqué que la diffusion des informations concernant les événements de Sebta a été impossible vu l’absence d’une position claire du gouvernement sur la question, tout en arguant qu’“on ne peut pas fabriquer une position tant qu’elle n’existe pas encore”27. Pis, la MAP a fustigé la couverture de l’AFP jugée, selon elle, de «sélective», (voir encadré 2).
26 Telquel, « Sebta : la MAP sort de son silence pour dénoncer la “trahison” et la “schizophrénie” de l’Espagne », LE 19 MAI 2021, https://telquel.ma/2021/05/19/sebta-la-map-sort-de-son-silence-pour-denoncer-la-trahison-et-la-schizophrenie-de-lespagne_1722556
27 Ibid
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Encadré 2
Evénements de Sebta : Quand l’AFP sacrifie la déontologie sur l’autel du sensationnalisme
Samedi, 22 mai, 2021 à 16:19
Rabat- Le bureau de l’AFP à Rabat a une longue histoire avec le Maroc. Son traitement des différents évènements qui se déroulent sous nos latitudes a très souvent évolué au gré des opinions et des convictions de ses correspondants, militant pour une cause ou une autre, sans cette capacité de se départir de cette posture de donneur de leçon en se contentant de décrire tout simplement les faits, tous les faits en respectant la déontologie.
La couverture des événements de Sebta par les envoyés «très spéciaux » de l’AFP, procède de cette démarche peu éthique de vouloir diaboliser le Maroc et saboter son image à la fois aux yeux des Européens et aux yeux d’une certaine élite marocaine friande de lire l’actualité de son pays à travers les médias de l’hexagone.
Dans ce cas d’espèce, l’AFP s’est vite lancée dès la première dépêche dans une logorrhée accusatrice, laissant croire que le Maroc a laissé délibérément passer les migrants, en représailles à la décision de Madrid d’accueillir, dans des conditions obscures, le chef des séparatistes du polisario pour le soigner dans ses hôpitaux.
Pour l’AFP, la ligne de fracture est d’emblée tracée. Le verdict, lui, est préétabli et il est sans appel : les autorités marocaines sont accusées d’avoir « délibérément » ouvert les vannes du flux migratoire massif vers Sebta.
Les correspondants de l’AFP s’autoproclament justiciers au détriment de leur mission d’informer en toute objectivité et se permettent d’accuser les uns et d’innocenter, voire victimiser les autres.
Faisant preuve d’un traitement asymétrique et sélectif flagrant, l’AFP n’a pas par exemple jugé utile pour ses lecteurs de rendre compte d’une vidéo montrant des gardes civils espagnols jeter à la mer des migrants, à coups de matraques.
Dans la même veine, l’agence française emprunte la piste glissante d’un réflexe eurocentriste dépassé pour nous apprendre par tropisme colonial que « les
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frontières de l’Europe se terminent en Afrique». Plus d’une aberration, un complexe qu’elle traîne comme un boulet depuis des siècles, aux dépens de l’évidence historique et géographique, au mépris de l’exigence de vérité qui doit guider le travail « des historiens de l’instant », le cas échéant les correspondants de l’AFP.
Tout comme son traitement de la question du Sahara marocain quand ses correspondants à Alger installent la pseudo « RASD » dans leurs dépêches sans prendre les précautions d’usage en spécifiant qu’il s’agit d’une entité autoproclamée, non reconnue par la communauté internationale, le traitement des événements de Sebta dénote d’une hostilité devenue systématique quand l’AFP évoque le sujet Maroc.
Le traitement médiatique réservé par l’AFP à la crise migratoire, dont l’Europe partage une responsabilité majeure, a pris la forme d’un véritable matraquage.
A Sebta, tous les genres journalistiques ont été expérimentés (reportages, papiers d’angle, portraits) avec un accent exagéré et un excès de zèle avéré sur les aspects présentant le Maroc comme « un agresseur », sur son propre territoire. Sebta et Mellilia ne sont-elles pas marocaines ?. Comme cet exercice misérabiliste et mesquin auquel s’est prêté l’AFP quand elle parle de « panique, pitié et colère face à la vague de migrants» ou encore quand elle justifie l’accès de ces migrants à Sebta par un climat social, fruit de son imaginaire dégradant :
« La plupart des nouveaux venus sont de jeunes hommes, parfois adolescents, qui ont nagé jusqu’à la plage de Ceuta dans l’espoir de trouver du travail et d’échapper à la pauvreté, au chômage et à la faim au Maroc », rapporte l’agence officielle française pour qui tous les prétextes sont bons dès lors que cela sert à ternir l’image du Maroc.
On aura tout vu et tout entendu… sauf la vérité dans ce travail cyniquement orienté pour servir les desseins cachés d’une agence de presse en perte de repères.
Source : http://www.mapexpress.ma/actualite/opinions-et-debats/evenements-sebta-lafp-sacrifie-deontologie-lautel- du-sensationnalisme/
Concernant les conditions d’exercice de la profession, il faut noter qu’une grande partie des journalistes marocains travaillent dans des conditions peu propices à faire correctement leur boulot. Ils sont appelés à boucler leurs articles dans un temps record et sans avoir les moyens nécessaires pour vérifier l’information. Même pour les journalistes des magazines qui ont une marge de manœuvre plus ou moins grande que les journalistes exerçant dans les quotidiens. Ceci, d’autant plus que, « la plupart des journalistes qui couvrent ces sujets, n’ont pas de formation spécifique en la matière. Il s’agit de journalistes
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polyvalents qui touchent à tout et qui ont peu d’articles à leur actif concernant le sujet de la migration. Les journalistes spécialisés en la matière qui s’intéressent uniquement aux immigrés, aux minorités et aux questions thématiques leur étant reliés n’existent pas »28. Cette absence des journalistes spécialisés a donné lieu à une presse nationale qui se contente souvent de reproduire des chiffres officiels ou non-officiels concernant la migration sans prendre la peine de les analyser ou de les questionner. Les données chiffrées sont généralement exploitées mais sans être remise en cause29.
3- Crise migratoire ou crise politique?
28 Hassan Bentaleb, « Couverture médiatique de la migration au Maroc : Une presse qui se cherche », Op, Cit, P 48.
29 Ibid.
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Pour les journalistes marocains, les événements de Sebta ne sont qu’« une crise migratoire », « grave et sans précédent », entre le Maroc et l’Espagne qui s’inscrit dans un contexte diplomatique tendu qui perdure depuis des mois entre les deux royaumes, suite à l’hospitalisation du chef du Polisario, Brahim Ghali, dans un établissement hospitalier espagnol. Une explication des faits qui a été avancée et défendue avant même que le ministère des Affaires Etrangères marocain ne s’exprime sur le sujet ou qu’un quelconque communiqué officiel soit diffusé ou publié.
Mais, s’agit-il véritablement d’une crise migratoire ? Paul Ricoeur décrit un concept-valise ou un pseudo-concept. Néanmoins, il avance que cette notion renvoie à un « accident conjoncturel qui devient révélateur de dysfonctions affectant des structures »30 et souligne sa caractéristique périodique qui suit un cycle en quatre temps : l’essor, la crise, la dépression et la reprise31. Elle est donc selon lui, non durable.
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Pour les journalistes marocains, les événements de Sebta ne sont qu’« une crise migratoire », « grave et sans précédent », entre le Maroc et l’Espagne
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De son côté, Laurianne Chusseau soutient que le mot « crise » est tiré du latin
‘’crisis’’ qui signifie « assaut » et qui désigne une situation marquée par « la rupture d’un équilibre » et « son caractère inédit et brusque ». Elle a observé que les formules « crise migratoire » ou « crise des migrants » sont apparus graduellement depuis les années 2010, afin de désigner la hausse du nombre de personnes arrivées en Europe via la mer Méditerranée et les Balkans. Cette soi- disant crise a atteint son paroxysme en 2015 avec l’arrivée de plus d’un million de demandeurs d’asile (sur 21,3 millions au total dans le monde) selon le Haut- Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés32. « Dans le cas de l’arrivée des migrants sur le territoire européen en 2015, précise Laurianne Chusseau, la «
30 Paul Ricoeur, « La crise : un phénomène spécifiquement moderne ? » dans Revue de théologie et de philosophie, 120/1988, p.6, Disponible sur : http://www.fondsricoeur.fr/uploads/medias/articles_pr/crise-4.pdf
31 Ibid
32 Laurianne Chusseau, « La représentation des personnes en mobilité dans la presse écrite belge francophone : une étude du vocabulaire et des mythes médiatiques », Faculté de Philosophie et Lettres, Master en communication multilingue, 2019-2020, http://hdl.handle.net/2268.2/9420
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crise » est perçue comme une situation imprévisible et critique qui fragilise l’Union européenne »33.
Pour d’autres, une crise migratoire renvoie à l’idée d’une hausse sensible du nombre de migrants arrivant dans un pays ou dans une zone géographique.
Pourtant, les défenseurs de cette définition soulignent qu’il s’agit d’une notion
« subjective » et qui « intervient lorsque le flux migratoire devient très ou trop important et pose un problème, réel ou imaginaire, au(x) pays d'accueil34 ».
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Les événements de Sebta n’ont rien d’original puisque des épisodes semblables se sont produits en 2005
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En s’arrêtant sur les critères « rupture d’un équilibre », « inédits et brusques », les événements de Sebta sont-ils la manifestation d’une crise migratoire sans précédent ? Les événements de Sebta n’ont rien d’original puisque des épisodes semblables se sont produits en 2005. Il s’agissait d’assauts massifs contre les grillages de Sebta et Melilla survenues la nuit du 28 août 2005 au début du mois d’octobre (voir encadré 3) déclenchés par « l’annonce par les autorités espagnoles que la clôture serait rehaussée, annonce qui avait poussé les migrants subsahariens, en attente d’un passage vers l’Europe, à tenter le tout pour le tout »35.
Encadré 3
33 Ibid
34 Toupictionnaire : Le dictionnaire de politique, « Crise migratoire », sur https://www.toupie.org/Dictionnaire/Crise_migratoire.htm
35 Christophe Bertossi - chercheur (HDR) et directeur du Centre migrations et citoyennetés de l'Ifri, « L’Europe face aux images et aux mécanismes des migrations », publié le 18 décembre 2019 sur https://www.vie-publique.fr/parole-dexpert/277040-leurope-face-aux-images-et-aux-mecanismes-des- migrations
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Historiques des assauts massifs contre les grillages de Sebta et Melilla survenues la nuit du 28 août 2005
28 août : trois cents clandestins subsahariens tentent d'entrer massivement dans l'enclave espagnole de Melilla (nord du Maroc), provoquant la mort d'un
Camerounais de 17 ans dans des conditions controversées.
Le gouvernement espagnol décide, après cet épisode, de surélever de trois à six mètres de haut l'ensemble de la clôture de Melilla.
28 septembre : un millier de clandestins munis d'échelles artisanales en bois lancent par deux fois un assaut massif contre la clôture entre Melilla et le territoire marocain. Trois cents personnes réussissent à passer.
29 septembre : près de 500 immigrants africains tentent de franchir la frontière entre le Maroc et l'enclave espagnole de Ceuta pendant la nuit. Cinq d'entre eux trouvent la mort dans l'entreprise. Le même jour se tient à Séville une rencontre entre les chefs de gouvernement espagnol et marocain.
1er octobre : le ministère de l'intérieur espagnol décide d'accélérer les travaux de surélévation de la double barrière métallique séparant le territoire marocain de l'enclave de Ceuta.
3 octobre : six-cent- cinquante immigrants clandestins tentent à nouveau d'entrer massivement dans l'enclave de Melilla en abattant la clôture. La moitié réussissent à entrer mais 135 sont blessés. Ce nouvel assaut intervient le jour même où sont réunis, à Rabat, les ministres de l'intérieur des pays de la Méditerranée occidentale pour discuter précisément de l'immigration clandestine.
4 octobre : le préfet de Melilla, José Fernandez Charcon, annonce l'installation prochaine d'une troisième barrière métallique à la frontière de ce territoire avec le Maroc.
5 octobre : une nouvelle vague d'immigrants originaires d'Afrique
subsaharienne réussit, à l'aube, à franchir le double grillage séparant le nord- marocain de l'enclave espagnole de Melilla lors d'un assaut massif. Sur 500 personnes, 65 ont réussi à pénétrer.
Source : Armandine Penna, « Avec les clandestins devant Melilla », La Croix, le 05/10/2005
Ces assauts massifs n’ont pas été les premiers et ne seront certainement pas les derniers puisque les tentatives de passages effectuées par des migrants irréguliers marocains ou subsahariens se sont poursuivis. La dernière en date,
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celles de fin d’avril 2021, au cours de laquelle, une centaine des candidats à la migration avaient rejoint à la nage Sebta depuis le Maroc durant un week-end, par groupes de 20 à 3036 sans parler des 23.000 migrants qui ont atteint les îles Canaries en 2020, soit huit fois plus que l'année précédente, selon des chiffres émanant du ministère de l'Intérieur espagnol37.
En outre, vu leur statut en tant que deux villes coloniales conservées par L’État espagnol, et avec lui l’Union européenne, Sebta et Melilia ont été « objet constant de conflits diplomatiques »38 avec le Maroc qui réclame la retrocession des deux présides occupées, qui « se sont vues surdéterminées par leur fonction de première ligne sur la frontière Sud de l’Union européenne »39. Et chaque incident est désigné et interprété par le gouvernement espagnol et la Commission Européenne comme une « crise » mettant en danger « la sécurité des frontières extérieures de l’État Espagnol et de l’Union Européenne »40.
© Crédit photo : Libération
Cette construction européenne du “problème Sebta et Melilia” s’est imposée avec le temps via la presse qui a le pouvoir de guider les jugements et de créer les perceptions notamment via une sélection « de certains aspects d’une réalité et de les rendre plus visibles dans un contexte de communication, de façon à promouvoir la définition d’un problème particulier […] »41. En effet, la couverture médiatique des événements en relation avec Sebta et Melilia a été toujours marquée par trois caractéristiques : la représentation des tentatives de franchissement des barrières séparant le Maroc de deux villes comme des
36 Telquel avec AFP, « Une centaine de migrants tentent de rallier Sebta à la nage depuis le Maroc », publié le 17 MAI 2021
37 Le Figaro avec AFP, « Espagne : un bébé voit le jour sur un bateau de migrants au large des Canaries », publié le 30/04/2021
38 Raúl Sánchez, « L'Europe, Ceuta, Melilla. La perspective des camps », Multitudes 2005/4 (no 23), pages 63 à 71
39 Ibid
40 Ibid
41 Laurianne Chusseau, Op. Cit, p.22
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attaques ou invasion, l’exagération des données chiffrées et les appels récurrents à l’instauration de contrôles plus rigoureux.
Diapo. La crise diplomatique entre Rabat et Madrid fait la Une des quotidiens espagnols
- El Pais
«Le Maroc pousse la tension avec l’Espagne à la limite», titre ce mercredi le quotidien le plus diffusé en Espagne, à tendance libérale et européiste.
Le président du gouvernement, Pedro Sanchez «s’est montré ferme», estime le quotidien. «L’intégrité territoriale des frontières de Sebta et Melilla, qui sont aussi celles de l’Union Européenne, et la sécurité de nos compatriotes seront défendues par le gouvernement espagnol à tout moment, en toutes circonstances et avec tous les moyens nécessaires», a affirmé le président du gouvernement.
Le quotidien rappelle que l’exécutif a déployé quelques 3.000 militaires à Sebta, que l’UE a apporté son appui à l’Espagne et l’agence européenne Frontex a proposé de renfoncer la sécurité au niveau des frontières.
- El Mundo
Le deuxième quotidien le plus diffusé, El Mundo, titre pour sa part: «Un Sanchez débordé tente de contenir le coup de poker marocain».
Le quotidien de droite observe que «l’agressivité de Rabat surprend le président, qui se rend à Sebta pour défendre l’intégrité territoriale espagnole».
Outre l’importance du rôle qu’aurait à jouer l’Union Européenne dans cette crise, le quotidien aborde par ailleurs les craintes de la police espagnole, qui a
«peur que Rabat cesse sa collaboration dans le domaine de la lutte antiterroriste».
- La Razon
«Le gouvernement a ignoré les avertissements du Maroc par rapport au Polisario», titre pour sa part La Razon, quotidien de droite, nationaliste et royaliste.
«Rabat a exprimé à travers deux communiqués officiels son malaise face à l’asile offert au leader sahraoui atteint du covid. Le ministère des Affaires étrangères a tenté d’occulter cette affaire, en négociant uniquement avec l’Algérie», souligne le quotidien.
- El Faro de Ceuta
Le quotidien local El Faro de Ceuta, titre ce mercredi sur «L’agression des frontières» qui fait réagir le gouvernement central.
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Il rappelle que des milliers de personnes ont tenté de rentrer à Sebta pour le deuxième jour consécutif. Plus précisément, près de 10.000 personnes sont rentrées à Sebta, tandis que 4.000 personnes ont déjà été expulsées, indique le médial local, notant qu’un comité spécial a été formé à Madrid pour assister Sebta et Melilla après la situation de chaos.
- La Vanguardia
«Le Maroc met Ceuta en échec et Sanchez déploie l’armée», titre La Vanguardia, quotidien de centre droit. «Le président garantit une fermeté face à ce qu’il considère comme une attaque à l’intégrité territoriale de l’Espagne. Les militaires tentent de contenir des milliers de migrants face à la passivité des forces de Rabat», indique le quotidien.
- ABC
«Le gouvernement incapable de répondre au chantage de Rabat», titre le quotidien de droite ABC qui note la réaction de Pedro Sanchez qui «se réfugie dans l’Union Européenne».
Le quotidien évoque également «l’appel passé par les États-Unis au Maroc et non à l’Espagne». En effet, le secrétaire d’État, Antony Blinken, s’est entretenu mardi 18 mai avec le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, concernant la question des violences au Proche-Orient. Dans cet entretien, les États-Unis ont reconnu le rôle majeur du Maroc dans la résolution du conflit.
Source : H24info -19 mai, 2021
Ce cadrage de la question migratoire s’est imposé, de manière consciente ou inconsciente, dans la couverture médiatique nationale par la présence de mots-clés, phrases, images ou clichés, qui renvoient à un lexique de contrôle, de restriction et de répression et, qui a tendance à dramatiser les événements survenus dans cette zone ou à créer des stéréotypes et de discriminations. La couverture des derniers événements de Sebta ne déroge pas à ce cadrage qui semble être similaire chez la plupart des médias nationaux, étant donné que les journalistes ont accès aux mêmes sources, et ont mis en œuvre les mêmes logiques de production.
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Conclusion:
Trois observations s’imposent concernant le traitement médiatique des récents événements de Sebta. D’abord, la prédominance des sources officielles et médiatiques espagnoles qui a induit un certain cadrage des faits et une sélection de certains aspects de la réalité. Ensuite, la difficulté de la presse marocaine à traiter les chiffres. Les données chiffrées avancées par les sources médiatiques espagnoles ont été prises pour argent comptant, sans être remises en cause. Enfin, l’auto-censure chez les journalistes marocains et le manque d’information ont transformé un « problème purement politique » en une « crise migratoire ».
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Prédominance des sources officielles et médiatiques espagnoles, difficulté à traiter les chiffres et auto-censure
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Le traitement médiatique des récents événements de Sebta révèle également la difficulté qu’éprouvent les médias nationaux à saisir le phénomène
“migration” qui demeure mouvant, aux causes souvent multiples et délicates à cerner. Lesdits événements attirent, en effet, l’attention sur la manière avec laquelle les journalistes marocains ont adopté, consciemment ou inconsciemment, un «discours », un « cadrage » et une « interprétation» des faits en reprenant la version avancée par des sources étrangères.
En effet, les 3.000 ou les 10.000 personnes qui ont franchi les barrières avec Sebta n’auraient été, en fin de compte, pour la presse marocaine, que des « migrants irréguliers » qui ont mis en danger la sécurité des frontières extérieures de l’État Espagnol et de l’Union Européenne. La sélection des mots et des champs lexicaux utilisés dans la couverture desdits événements pour désigner les personnes en mobilité (migrants irréguliers, exilés, déplacés, masse flot, afflux…) ou pour décrire l’acte même de passage vers Sebta (vague d’immigration clandestine, exode migratoire collectif, déplacement massif de la
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population, assaut) renvoie à des expressions déshumanisantes et fait des êtres humains un « tout », une « masse » souvent menaçante et indistincte.
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Bibliographie:
Articles :
- Hassan Bentaleb, « Couverture médiatique de la migration au Maroc : Une presse qui se cherche », la Revue marocaine de droit d’asile et migration, Clinique juridique Hijra, N°5, P 48.
- Laurianne Chusseau, « La représentation des personnes en mobilité dans la presse écrite belge francophone : une étude du vocabulaire et des mythes médiatiques », Faculté de Philosophie et Lettres, Master en
communication multilingue, 2019-2020,
http://hdl.handle.net/2268.2/9420
- Paul Ricoeur, « La crise : un phénomène spécifiquement moderne ? » dans Revue de théologie et de philosophie, 120/1988, p.6, Disponible sur : http://www.fondsricoeur.fr/uploads/medias/articles_pr/crise-4.pdf
- Raúl Sánchez, « L'Europe, Ceuta, Melilla. La perspective des camps », Multitudes 2005/4 (no 23), pages 63 à 71
Articles de presse (en français) :
- Amine Ater, « Maroc-Espagne, Ras-de-marée migratoire au Nord », L’Opinion, N° 19.428 le mercredi 19 mai 2021
- Hassan Bentaleb, « Au-delà du concept, la discrimination raciale expliquée sous tous ses aspects,
Réunis à Agadir, des spécialistes apportent leurs réponses », Libération, le 24 Mars 2018, https://www.libe.ma/Au-dela-du-concept-la-
discrimination-raciale-expliquee-sous-tous-ses-aspects_a96287.html - Hassan Bentaleb, « Il appartient au Maroc de défendre ses intérêts comme
il l’entend », Libération, Dimanche 23 Mai 2021 sur
https://www.libe.ma/Il-appartient-au-Maroc-de-defendre-ses-interets- comme-il-l-entend_a126050.html
- Le360 (AFP), « PLUS DE 5.000 MIGRANTS ONT ATTEINT SEBTA EN UNE JOURNÉE », le 18/05/2021.
- MÉDIAS24, « Sebta: au moins 6.000 migrants ont rejoint la ville, 1.500 expulsions », le 18 mai 2021.
- Mohamed Jaouad EL KANABI, « Sebta : Le Maroc lève le pied,
l'Espagne trinque du laxisme manifeste de sa sécurité », Hespress, le 18 mai 2021.
- Telquel, « Mustapha Ramid : L’Espagne a favorisé le Polisario et
l’Algérie », le 19 MAI 2021 sur https://telquel.ma/2021/05/19/mustapha- ramid-lespagne-a-favorise-le-polisario-et-lalgerie-sur-le-
maroc_1722450#:~:text=Cr%C3%A9dit%3A%20Mustapha%20Ramid%
2C%20ministre%20d,des%20droits%20de%20l'homme.