Le numérique impacte désormais directement les méthodes de fonctionnement et les besoins des utilisateurs des établissements d’enseignement supérieur et de recherche.
En effet, la majorité des utilisateurs de ces établissements (étudiants et chercheurs) sont familiers aux technologies numériques depuis de nombreuses années, l’autonomie et le travail collaboratif se développent et l’essor des technologies offre de nouvelles opportunités de transmission du savoir et de communication des travaux de recherche.
Si ces nouvelles pratiques n’en sont encore qu’aux prémices, et bien qu’elles suscitent parfois des réticences au sein du corps enseignants (dématérialisation du savoir, etc.), le développement du numérique dans les années à venir semble manifeste.
Plusieurs établissements ont initié des réflexions prospectives sur ces évolutions et les besoins techniques et spatiaux induits (Universités Panthéon-Assas, Strasbourg, Dauphine, Bordeaux, etc.).
Pour autant, ces nouveaux besoins n’ont pas toujours fait l’objet d’une formalisation au sein des schémas directeurs du numérique.
Les orientations numériques définies sont relatives aux activités exercées au sein de l’établissement.
Certaines formations seront plus ou moins concernées par la dématérialisation des enseignements (cours magistraux / travaux pratiques...). L’identification et l’anticipation des besoins immobiliers liés au numérique, à travers une démarche partagée entre les différents acteurs concernés deviennent donc aujourd’hui incontournables.
Méthodologie
Points d’attention
+ Associer la DSI aux réflexions autour du numérique
+ Anticiper un maximum d’évolutions liées à l’essor des nouvelles technologies
+ Associer les autres parties prenantes de l’établissement ou du site (gouvernance, représentants des composantes…)
+ S’assurer de l’évolutivité des aménagements effectués
+ Intégrer les travaux liés au numérique au sein de programmes plus vastes + Échanger avec ses pairs (impacts, solutions, équipements…)
+ S’inspirer des retours d’expérience (notamment à l’étranger)
L'IMPACT DU NUMÉRIQUE SUR L'IMMOBILIER fiche zoom
ACTEURS
- Vice-Président patrimoine - Direction du patrimoine - Direction des systèmes
d’information - Représentants des
composantes - AMO numérique
(éventuellement) LIVRABLES
- Recensement des besoins immobiliers induits par l’essor du numérique (au sein du SDIA, du SDN ou d’un autre document) QUESTIONS CLÉS
- Quelles orientations numériques de l’établissement ? - Quelles spécificités entre
les activités d’enseignement et de recherche ?
- Quels impacts sur le patrimoine ?
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IDENTIFICATION DES IMPACTS SUR LE PATRIMOINE ANALYSE
DE L'EXISTANT TRADUCTION
DES ORIENTATIONS NUMÉRIQUES EN BESOINS RECENSEMENT DES
ORIENTATIONS NUMÉRIQUES DANS L'APPRENTISSAGE VERSION
NOVEMBRE 2015
Méthodologie détaillée
Étape 1 — Recensement des orientations numériques dans l’apprentissage
Les choix stratégiques relatifs au numérique dans l’apprentissage vont nécessairement impacter le patrimoine immobilier (structure, réseaux, équipements…). Il est donc primordial de recenser et de collecter l’ensemble des documents traitant des orientations numériques de l’établissement.
Dans l’éventualité où ces orientations ne seraient pas définies, il est alors nécessaire d’identifier les impacts prévisionnels du développement des nouvelles technologies dans l’apprentissage. Dans cette optique, ou afin de compléter les axes numériques choisis, il est indispensable de partager l’analyse avec les autres parties prenantes de l’établissement ou du site, de se documenter (Schémas directeurs du numérique des autres établissements, France Université Numérique, Campus d’@venir, S3IT, réseau RENATER…) et d’échanger avec des confrères, des adhérents des réseaux professionnels, ou encore, les référents « numérique » et/ou « patrimoine » du Ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche.
Étape 2 — Traduction des orientations numériques en besoins immobiliers
Les volontés et les choix stratégiques doivent être traduits en besoins prévisionnels mais néanmoins concrets (amphithéâtres connectés, diffusion de cours via internet, bibliothèque numérique, salles de visioconférence, équipements nécessaires aux étudiants et/ou aux chercheurs, impacts énergétiques...).
Pour chacun des besoins considérés, il est nécessaire d’identifier, de qualifier et de prioriser les évolutions induites, tant d’un point de vue architectural que technologique (installation d’équipements spécifiques, système de refroidissement adapté aux installations, cheminement des réseaux et aménagements associés, sécurité incendie et cloisonnement, dispositifs de contrôles d’accès…).
Étape 3 — Analyse de l'existant
Préalablement à l’identification des impacts sur le patrimoine, la réalisation d’un état des lieux du niveau technologique du patrimoine existant permet d’identifier les premiers manques en la matière. Cet état des lieux doit mettre en exergue les actions mises en œuvre et les équipements déjà installés.
Étape 4 — Identification des impacts sur le patrimoine
Les nouveaux besoins définis doivent ensuite être confrontés au patrimoine existant afin d’identifier les impacts sur la structure, les réseaux et les équipements (planchers techniques, prises de courant dans les salles, réseau sans fil, Wifi, etc.). L’analyse des impacts doit également faire état des coûts et des délais (trajectoire de mise en œuvre). Le programme des travaux en résultant pourra être intégré au sein d’opérations de plus grande ampleur et sera transcrit dans le schéma directeur immobilier et d’aménagement, le schéma pluriannuel de stratégie immobilière ou encore le plan pluriannuel d’investissement.
Une nouvelle fois, il est bénéfique de se documenter et d’échanger avec un maximum d’interlocuteurs afin de s’assurer de l’identification et de la prise en compte de l’ensemble des impacts sur le patrimoine.
Retour d’expérience - Étude relative à l’évolution de la conception des espaces d’enseignement et de recherche liée à l’impact du numérique
Propos recueillis auprès de Madame Florence Kohler, chargée de mission à la Mission Expertise et Conseil auprès des établissements à la Dgesip du MENESR.
Madame Kohler, en lien avec la Mission du numérique pour l’Enseignement Supérieur (MNES), a animé un groupe de travail composé de chercheurs, de professionnels et d’experts, pour réfléchir à l’évolution des espaces d’enseignement et de recherche au regard du développement de nouvelles pratiques pédagogiques intégrant les technologies numériques.
Ces travaux font l’objet d’un guide « Campus d’avenir : concevoir des espaces de formation à l’heure du numérique », paru en mars 2015 et disponible sur le site du MENESR, qui montre comment les nouvelles approches pédagogiques ont des impacts spatiaux, et apporte des éléments de méthode pour conduire un projet de création d’espace, en s’appuyant sur des études de cas d’établissements français mais aussi européens (en Angleterre et au Portugal). Quels sont ces impacts ?
Sans être dogmatique et tout en permettant aux enseignants de conserver un enseignement appuyé sur des méthodes dites « traditionnelles », le guide dégage une tendance à l’hybridation des espaces, offrant une modularité et la combinaison de plusieurs formes d’enseignement et d’usages dans un même espace.
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Télécharger le guide guide « Campus d’avenir : concevoir des espaces de formation à l’heure du numérique » : http://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/2015/57/7/guide_campus-2015_401577.pdf
Par ailleurs les espaces tendent à devenir plus flexibles. Cette flexibilité est permise, soit par une banalisation et une plurifonctionnalité des espaces qui permettent une diversité des configurations spatiales et des usages grâce à un mobilier adapté et un accès à des ressources et des outils de communication numérique - salles de cours, de travail, learning centre, halls, circulations, extérieurs, etc. - ; soit par des espaces spécialisés fixes dans leur configuration mais qui deviennent souples par les modalités d’apprentissage qu’ils proposent grâce aux technologies numériques - amphithéâtres, salles de télé enseignement, Fab Lab, laboratoires, etc. Sachant que même ces espaces dédiés voient leur organisation spatiale repensée pour permettre une plus grande interactivité étudiants/enseignants.
Dans l’avenir le besoin de grands amphithéâtres devrait diminuer du fait du développement non seulement des MOOCs mais aussi et surtout d’une pédagogie collaborative comme c’est le cas avec la « classe inversée » où l’étudiant s’approprie le contenu théorique du cours à distance, chez lui ou ailleurs, et approfondit, ensuite, sa compréhension par un échange interactif de questions réponses avec les autres étudiants et l’enseignant en groupes dans un petit amphithéâtre ou une salle de cours reconfigurée. Grâce aux technologies numériques, l’apprentissage peut s’effectuer dans et en dehors des espaces d’enseignement, avec ou sans le professeur, en co présence ou à distance.
D’où le développement d’amphithéâtres plus petits, 100 à 130 places, avec une nouvelle configuration spatiale, comme c’est le cas en Angleterre : sur un même palier sont installées deux rangées de sièges dont l’une pivote pour faciliter le travail en groupe. Des écrans sont disposés sur différents murs de l’amphithéâtre pour que les étudiants visualisent la présentation de l’enseignant.
Certains amphithéâtres sont équipés pour permettre de retransmettre avec une très bonne qualité les cours sur internet, en direct et/ou en différé. Ces technologies sont en particulier utilisées par des établissements multi-sites, comme l’université européenne de Bretagne.
L’ancienne salle de cours organisée sur un mode frontal évolue elle aussi pour accueillir les temps successifs d’apprentissage, seul, en petits groupes, ensemble, avec une organisation spatiale propice à l’échange et la mobilisation de dispositifs numériques permettant une diversification des modes de présentation des contenus et des modes d’appropriation. D’où le choix d’un mobilier léger et mobile, facile à déplacer, afin de permettre aux enseignants et à leurs étudiants de le stocker et de reconfigurer la salle en fonction des besoins. Le câblage numérique est à intégrer dans des planchers techniques, dans la mesure du possible, et les bâtiments sont également équipés en réseau Wifi. Chaque établissement faisant le choix de limiter ou non le rechargement des batteries des étudiants sachant que les étudiants viennent, de plus en plus, avec leurs propres ordinateurs.
L’évolution de la pédagogie implique aussi la multiplication de petites salles de travail pour les étudiants, équipées de technologies numériques, pour favoriser le travail autonome en petits groupes.
Tous les autres espaces, couloir, hall, bibliothèque, cafétéria, extérieurs, etc., deviennent de potentiels espaces informels d’apprentissage qui permettent aux étudiants de travailler seuls et/
ou ensemble là où ils peuvent se connecter. Leur demande étant de pouvoir se connecter « anytime, anyplace, anywhere » : à tout moment, partout, en tout lieu.
Ces espaces ne sont plus dédiés à un usage monofonctionnel et deviennent des lieux plurifonctionnels, véritables lieux de vie étudiante. Ainsi les grands halls, qui jusqu’alors ne servaient qu’à évacuer les flux en entrée et en sortie, gardent cet usage mais deviennent aussi, comme à l’université de Panthéon-Assas (Paris 2), des espaces de convivialité, d’échanges, de restauration, grâce à l’installation d’un bar à salades qui fonctionne à l’heure des repas, de sofas et de tables basses (fixés au sol pour des raisons de sécurité incendie). Inversement, les espaces de cafétéria et de restauration sont désormais ouverts toute la journée et deviennent des espaces de travail en dehors des horaires de déjeuner. Les couloirs, eux aussi, évoluent pour ne plus être de stricts espaces de circulation mais devenir des espaces d’échanges et d’apprentissage informel en étant élargis et équipés de mobiliers adaptés. On s’achemine ainsi sans doute à terme à la fin de la dichotomie surface utile/ surface de circulation pour ne plus raisonner qu’en surfaces utiles.
Parallèlement, les espaces dédiés aux laboratoires des différentes UFR ont tendance, à la fois, à être regroupés au sein de mêmes bâtiments, comme à l’université de Liverpool, et à se rapprocher des lieux d’enseignement, comme à l’Institut innovant de formation par la recherche à Paris. Ceci afin de mutualiser les achats de matériel et la gestion de ces espaces et de favoriser les échanges entre étudiants, enseignants, et enseignants/chercheurs. Cette gestion est en général assurée par une équipe technique flexible en mesure d’aider un éventail de disciplines. Pour privilégier les échanges, de grands laboratoires sont constitués et utilisés par plusieurs équipes différentes (chimie et sciences de l’environnement par exemple). Ils sont équipés de Wifi et d’ordinateurs fixes, de sièges et de chariots mobiles, pour pouvoir déplacer facilement le matériel entre les laboratoires.
Les bureaux des enseignants – chercheurs évoluent également vers des bureaux partagés non dédiés. Les enseignants disposent d’outils de réservation, accessibles depuis leur domicile, pour réserver un bureau, une salle de cours. Ils disposent d’espaces de stockage à proximité des bureaux et les salles des enseignants sont équipées de salles de visioconférence.
L’ensemble des cas étudiés a vocation à servir, pour de futures programmations de locaux universitaires, de sources d’inspiration, et non de reproduction, et d’expérimentation selon les contextes en privilégiant une approche par les usages.