Tour de Belgique (David Dehenauw) Quoi ?
J’ai pris l’initiative, avec un support actif du directeur-général de l’IRM et le cabinet de tutelle du Sécrétaire d’Etat M. Dermine, de faire le tour de notre pays suite aux inondations de juillet 2021, après mon audition au Parlement de Wallonie, afin de voir comment les autorités pourraient renforcer leurs actions et comment l’IRM pourrait aider dans ces processus.
Pourquoi l’IRM ?
Plusieurs témoignages nous indiquent la possibilité d’améliorer la gestion de crise d’une telle catastrophe. L’IRM est un institut clé en cas de crises météorologiques et se situe au sommet du cascade d’alerte. Si l’IRM ne déclenche pas d’alerte, ni les autres agences, ni les autorités réagiront.
Par son caractère fédéral et ses nombreux accords de coopération avec tous les agences impliquées, fédérales et régionales, l’IRM possède une vue hélicoptère au niveau belge.
Pourqoui moi ?
Je suis chef de service scientifique “Prévisions” de l’IRM et j’ai assumé le rôle y associé durant les inondations. L’IRM, il y a quelques années, m’a désigné comme point de contact en cas de crise météo pour les autorités et les centres de crise et comme porte de parole envers les medias et les autorités dans cette crise particulière.
J’ai un réseau de contacts sur l’ensemble du pays à cause de mes fonctions de météorologue national dans plusieurs medias belges, qui m’a permis de parler à de nombreux interlocuteurs. J’ai aussi eu, à sa demande, un entretien très constructif avec le Ministre wallon Philippe Henry. J’ai aussi regardé toutes les auditions publiques de la Commission d’Enquète du Parlement de Wallonie.
Le gouvernement flamand m’a désigné comme expert météo dans un “panel d’experts crue”
parce que j’ai géré la crise de juillet à l’IRM concernant la météo et parce que j’ai beaucoup
d’expérience dans le domaine des risques de submersion au littoral et auprès de l’Escaut maritime en tant que chef de section “Prévisions Maritimes”. Des hydrologues, des experts d’aménagement de territoire, des ingénieurs hydrauliques, les voies hydrauliques, l’agence de l’environnement. Ma tâche est d’établir des procédures qui permettent une collaboration étroite, rapide et efficace entre les gestionnaires de crise, les météorologues et les hydrologues. Je suis le seul représentant du fédéral dans ce panel.
https://www.hln.be/nieuws/waterbom-in-vlaanderen-zou-ramp-zijn-volgens-minister-lydia-peeters-tot- honderdduizend-slachtoffers~ad8f1c72/
Pourquoi cette communication ?
Après mes visites aux gouverneurs, centres de crise et services hydrologiques, j’ai fait un résumé parce que c’est peut-être aussi utile pour le NCCN et le Ministère de l’Intérieur, pour que l’on puisse optimaliser les processus entre le NCCN, les gouverneurs, l’IRM et les services hydrologiques.
Conclusion générale
Il y a une demande claire pour des prévisions plus détaillées des précipitations (type) et des rafales, dans l'espace et dans le temps, adaptées très fréquemment, consultables et clairement
présentées graphiquement. Les avertissements devraient être affinés à l'échelle municipale au cours de cette décennie.
Certains gouverneurs affirment qu'ils reçoivent trop d'avertissements du NCCN, mais tout le monde ne partage pas ce point de vue.
En cas de prévisions vraiment dangereuses (risque de code rouge), ils attendent également un signal autre qu'un simple e-mail. Un appel téléphonique au gouverneur de la province concernée pour interpréter l'avertissement est alors le bienvenu. Un système d'envoi de SMS aux gouverneurs et aux responsables de la planification d'urgence a été suggéré, après quoi il faudrait accuser réception ou être appelé. Les avertissements sur l'application RMI (qui viennent avec un son que l'on peut définir à partir d'un certain code couleur) peuvent également servir.
Les produits de l’IRM et des services hydrologiques ne sont pas toujours connus et il est demandé à ces instituts de participer à la formation hydro-météo de leurs agents. Il y a un rôle pour le NCCN qui organise désormais des cours côté néerlandais en partenariat avec un institut de formation et cherche un homologue francophone pour l’organiser en Wallonie. Chaque année, je donne 1 cours sur le rôle du RMI dans les crises climatiques.
Il est également nécessaire de procéder à des consultations vidéo avec des experts, des centres de crise, des gouverneurs et du personnel de terrain avant les crises météorologiques (code rouge).
Les autorités ont besoin d'une prévision d'impact basée sur les prévisions météorologiques et hydrologiques, à l'échelle de la commune/province. Ces prévisions doivent inclure le scénario le plus probable, la marge d'incertitude et le scénario le plus pessimiste (mais encore réaliste). Cela nécessite une coopération plus étroite entre les institutions fédérales (RMI, NCCN,…) et
régionales (hydrologie, pollution de l'air,…) et des structures de concertation rapidement activables, avant, pendant et après une crise.
Les contacts désormais noués doivent être maintenus au chaud pour constituer une bonne équipe afin que le travail puisse se faire rapidement et de manière fiable.
Comment faire mieux ? Pour l’IRM
Cette année
*mettre les prévisions précipitations, la neige et les rafales à la disposition du NCCN sur une base horaire, qui les visualisera dans le nouveau logiciel qu'il utilisera pour effectuer la
communication de crise aux provinces, régions et municipalités (l'actuel ICMS sera remplacé), ou nous le visualisons pour eux. Des réunions techniques supplémentaires avec le NCCN sont nécessaires pour clarifier ce point.
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Un exemple des prévisions de précipitations:
Un exemple des prévisions de rafales :
* un contact téléphonique/vidéo avec le responsable du bureau du temps et en son absence le bureau du temps lorsque cela est utile (en cas de risque de code rouge). Il faut cependant veiller à ce que le RMI puisse toujours faire son travail (nous n'avons pas assez de personnel pour répondre constamment aux appels téléphoniques ou pour faire des visioconférences fréquentes). Une
coordination par les centres de crise est donc souhaitable afin d'assurer que les contacts de l’IRM avec les gouvernements se déroulent dans les meilleures conditions, ce qui nécessite des accords entre les différents centres de crise. Il ne faut pas oublier que les médias postulent aussi
fréquemment à des emplois. Nous devons donc absolument être en mesure de garantir la qualité de notre travail.
* fournir davantage de produits aux services hydrologiques régionaux. L'accord de coopération existant avec la Wallonie sera adapté pour élargir l'offre de services de l’IRM.
* Avec le NCCN, nous verrons comment nous pouvons éventuellement réduire le nombre
d'avertissements (pour ceux qui le souhaitent). Est-il nécessaire que tous les avertissements soient envoyés à toutes les provinces, même si elles ne sont pas concernées par l'avertissement? Est-il utile de transmettre tout type d'alerte (brouillard, gel et plaques de glace ?)
* Jouer un rôle de coordination en établissant des contacts entre les experts fédéraux et régionaux, en l'occurrence météorologues et hydrologues, mais aussi en facilitant les contacts entre les hydrologues des régions.
* Toujours indiquer dans le texte des avertissements s'il y a une probabilité (suffisante) d'un code couleur plus élevé à l'avenir. Dans des circonstances extrêmes, essayez de décrire le caractère exceptionnel :(ex. les périodes de retour des précipitations extrêmes : "cette précipitation ne se produit en moyenne que 1x tous les 100 ans")
* Les prévisions d'impact sont en principe formulées par l'autorité compétente. Dans le cas des phénomènes liés au vent, chaque niveau de pouvoir est compétent. Les régions sont compétentes pour les voies hydrauliques et les routes. Néanmoins, l’IRM peut y aider en adaptant les critères de ses alertes météorologiques en fonction de l'impact, sans dépasser sa compétence. Cela augmentera encore l'efficacité des alertes IRM. (Avec la Flandre, nous examinons actuellement la relation entre les avertissements de routes glissantes et la réalité sur le terrain). Cela nécessite une bonne
coopération entre les régions et l’IRM.
Prochaines années
*Avertissements par commune concernant les orages, la grêle, les précipitations et les rafales dommageables
Cela nécessite un effort supplémentaire en termes de recherche scientifique et sa mise en œuvre dans des produits opérationnels. Concernant les fortes précipitations, le conseil de direction de l’IRM a soutenu un projet de recherche Fed-Twin Probabilistic Nowcasting and Forecasting of Extreme Precipitation for Impact-Based Warning Systems https://www.meteo.be/fr/infos/actualite/new- page-v3.
*Renforcement de la capacité des modèles d'atmosphère et capacité de détection de l’IRM pour permettre de meilleures prédictions à l'échelle communale et détecter à temps les phénomènes météorologiques dangereux : meilleure exploitation des observations (très locales), meilleure physique des phénomènes très locaux, infrastructure informatique suffisante.
*Aide à la formation des agents qui traduisent les avertissements et produits RMI en mesures de protection et de prévention.
*Appui scientifique à l'évaluation des risques dans un climat changeant par le Climate Center (du Sécrétaire d’Etat Dermine)
Pour d’autres entités
*Concertation suffisante entre la Flandre, Bruxelles et la Wallonie concernant les prévisions hydrologiques. Les régions ont reçu les mêmes données météorologiques. La Flandre a tiré la sonnette d'alarme plus tôt. L’IRM pourrait assurer la coordination, mais rien n'empêche les services hydrologiques de communiquer entre eux.
*Concertation suffisante entre les gestionnaires des voies hydrauliques de Flandre, de Bruxelles et de Wallonie, certainement lorsque les mesures de contrôle des débits d'une région influencent l'autre. Ces informations doivent également parvenir aux pourvoirs (les gouverneurs).
*Impliquer l’IRM, par l'intermédiaire des centres de crise, dans les consultations et les réunions d'information avant qu'une catastrophe ne se produise, et pas seulement lorsqu'elle s'est déjà produite.
* Créer des prévisions d'impact en temps réel sur la base des prévisions IRM et communiquer.
Les régions peuvent ici collaborer avec des instances fédérales telles que le NCCN, l'OCAD- climat (de la Ministre Khattabi).