1836 Revue Médicale Suisse – www.revmed.ch – 21 septembre 2011
actualité, info
Managed care : peut- on simplement dire oui ou non ?
La votation générale de la FMH sur le ma- naged care est si ambiguë et hétérogène qu’elle a créé parmi les membres une grande incertitude.
Rappelons que les initiants demandent de fixer des limites bien précises au mana- ged care (en français littéralement «soins ad- ministrés», plus généralement «réseaux de soins») :
1. préservation de la liberté de choix du mé- decin ;
2. pas de participation des médecins au ré- sultat financier ;
3. préservation du secret médical.
Le libellé du texte impose de surcroît à la FMH de lancer un référendum si un projet de loi contrevient à ces principes. Ces princi pes ont été votés dès octobre 2003 et restent les lignes directrices de la FMH en vigueur.
La votation donne donc plutôt un signe gé- tribune de la smsr
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Revue Médicale Suisse – www.revmed.ch – 21 septembre 2011 1837 néral sur l’adhésion au managed care chez
les médecins.
Mais au fond, où en est-on avec le mana- ged care aujourd’hui ?
En 2003, la Société médicale de la Suisse romande (SMSR) avait inclus le managed care dans les mesures visant à améliorer la qualité et l’accessibilité des soins (Neuf thèses pour un système de santé, 2003). L’amélioration de l’information grâce à l’informatique en était un des piliers principaux. Entre-temps, le dos sier informatisé consultable à distance est devenu monnaie courante. Par exemple, depuis peu, les médecins vaudois agréés auprès des hô- pitaux publics peuvent suivre le dossier de leurs patients depuis leur cabinet médical, y compris les radiographies. Si les réseaux de soins des assureurs se mêlent maintenant de ces systèmes en développement, on peut craindre que les systèmes informatiques se
«ferment», avec le but caché de rendre les clients captifs.
Dans le même intervalle, les pratiques des soignants ont considérablement évolué : les réseaux pluridisciplinaires sont devenus la règle en psychiatrie et dans les soins à domicile.
Les filières de soins – par exemple pour les diabétiques – n’ont pas attendu le managed care pour se développer.
Au vu de ces progrès – survenus sans le managed care – on peut se demander quels problèmes spécifiques de santé sont résolus par le projet discuté aux Chambres.
Une toute nouvelle enquête de gfs vient de montrer de plus que les citoyens suisses ne croient pas à l’amélioration des soins par le managed care, et le créditent du bout des lèvres d’une certaine efficacité économique.
La pénalisation de ceux qui veulent garder le libre choix du médecin est clairement rejetée.
Surtout, la majorité veut bien adhérer, mais à condition que soit préservé le libre choix des spécialistes... ce qui revient à vider le mana- ged care de son sens.
Ce n’est pas la première fois que des son- dages montrent le refus populaire des res- trictions de la liberté de se soigner. Si les mé- decins sont vraiment convaincus que le ma- naged care est un progrès pour la médecine et les patients, ils devraient réussir à les en convaincre. Après quinze ans, on n’y est pas encore arrivé.
La vraie question est donc de savoir au ser- vice de qui est notre politique professionnel le.
Si nous prétendons travailler pour les patients, il n’est pas utile de soutenir des solutions dans lesquelles ils n’ont pas confiance.
Pour l’heure, les critères rappelés par la vo-
tation générale sont médicalement justifiés.
Ils ont été longuement réfléchis dans diffé- rentes instances du monde médical et sont largement partagés. Qu’on choisisse d’impo- ser sa ligne de conduite à la Chambre médi- cale en votant oui ou qu’on laisse à la FMH le choix de la stratégie dans cette affaire est une question très personnelle. Chacun aura pu se référer aux analyses de sa propre société cantonale et de spécialité pour forger son opinion.
On attend maintenant le résultat du vote.
Quel qu’il soit, la FMH elle-même, mais sur- tout les politiciens fédéraux ne pourront pas en conclure une position définitive des méde- cins sur le managed care. Les accuser en- suite d’avoir saboté le projet serait totalement abusif.
Mais ignorer les critères rappelés par la vo- tation, et imposer par la loi un système qui les transgresse seraient une grave erreur.
Dr Charles-Abram Favrod-Coune Président de la Société médicale
de la Suisse romande Route de la villa d’Œx 20 1660 Château-d’Œx
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