HAL Id: jpa-00237718
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Submitted on 1 Jan 1880
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Notice sur la vie et les travaux de J.-Ch. d’Almeida
E. Bouty
To cite this version:
E. Bouty. Notice sur la vie et les travaux de J.-Ch. d’Almeida. J. Phys. Theor. Appl., 1880, 9 (1),
pp.425-434. �10.1051/jphystap:018800090042500�. �jpa-00237718�
NOTICE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX
DE
J.-CH. D’ALMEIDA.
Joseph-Charles
d’Almeida est né à Paris le Il novembre J 822.Après
de bonnes études commencées à lapension
deReusse,
dontles élèves suivaient les cours du
Lycée Saint-Louis,
et terminées amlycée
HenriIV,
M. d’Almeida fut attaché à celycée
commeprépa-
rateur du cours de M. Blanchet. Il
remplit
ces modestes fonctions deï843
à1848
et fut successivement reçu licencié ès sciences ma-thématiques
et licencié ès sciencesphysiques,
nomi»éagrégé
dephysique
au concours de1848
etenvoyé
commeprofesseur
auly-
cée
d’Alger.
Il revint àParis,
encongé,
à la fin de l’année 1852.M.
Berthelot,
dont il s’honoraitparticulièrement
d’êtrel’ami,
l’accueillit au laboratoire de Chimie de M.
Balard,
dont il étaitlui-même
préparateur,
et fut heureux depouvoir
mettre à sa dis-position
les moyens de travail nécessaires. C’est dans ce laboratoire duCollège
deFrance,
et de 1852 à1856,
que M. d’Almeida exécutases recherches suer la
décomposition
I)ai, lapile
des sels dissous dansl’eau, publiées
dans les Annales de Chlinie et dePhJrsique (1) :
elles lui valurent le
grade
de docteur ès sciences( 2 ).
A la fin de l’année
1802,
L%1,d’Almeida
avait été nomméchargé
de cours aulycée
HenriIV,
où ilprofessa jusqu’en
oc-tobre
1876.
Ses cours devinrent dès lors saprincipale préoccupa-
tion. Ceux
qui
levoyaient
deprès
saven tquel scrupule
extrême ilapporta
toute sa vie àl’accomplissement
de ses devoirsprofes-
sionnels. Il aimait les
jeunes
gens et il aimait àenseigner :
aussicomptait-11 parmi
ses meilleures heures cellesqu’il passait auprès
de ses élèves ou
qu’il employait
dans leur intérêt.Il fixa la trace de son
enseignement
dans le Courts élémentaire dePhysique, qu’il publia
en commun avec M.Boutan,
alors pro-(1) 3e série, t. LI, p. 257; 1857.
(2) 12 août 1836.
Article published online by EDP Sciences and available at http://dx.doi.org/10.1051/jphystap:018800090042500
fesseur au
1) cée Saint-Louis.
Lapremière
édition de cetOuvrage
parut
en 1862(1 )
et fut trèsremarquée.
Dès lespremières
pageson sent que la
préoccupation
essentielle des auteurs est d’habituel le lecteur àraisonner,
de l’initier leplus profondément possible
ala méthode
expérimentale
sans ledécourager
parl’appareil
mathé-J11atÎque
desgrands Traités,
enfin de l’intéresser par lagrandeur
du
sujet
et par l’utilité des résultats. On doit noter que pour lapremière fois,
dans un cours élémentaire dePhysique,
l’identité de la chaleurrayonnante
et de la lumière et la notion del’équiva-
lence entre le travail
mécanique
et la chaleur sont clairement In-diquées.
Le succès du Cours de
Physique
de MM. d’Almeida et Boutan aété consacré par la
publication
dequatre éditions ;
la dernière aparu en
1874 (2)
et demeure leplus original
et leplus complet
desTraités élémentaires de
Physique
où l’on ne fait pas usage du Cal- cul infinitésimal. Il contient uneexposition
claire et succincte desprincipes
fondamentaux de la Théorieinécanique
de lachaleur,
desgénéralités
sur laThermochimie, rédigées
par M.Berthelot,
unethéorie élémentaire du
potentiel électrique,
lesprincipaux
résultatsde
l’analyse spectrale,
et des notionsexpérimentales
sur lesphéno-
mènes des
interférences,
de la diffraction et de lapolarisation
de lalumière..
L’érudition de 1BJ.
d’ Almeida,
l’élévation et l’étendue des con-naissances dont il faisait preuve, soit dans son
enseignement
oudans la
conversation,
devaientbeaucoup
à ses nombreux voyages.Il y avait peu de contrées en
Europe qu’il
n’eût visitées au moinsune
fois;
iln’y avait
presque pas degrands
centres universi taires oui il n’eûtséjourné
et où il n’eût laissé des amisparmi
lesprofes-
seurs les
plus
éminents. En1862, pendant
unséjour
desept
moisen
Amérique,
il fut ténloin desprincipaux
événements de la guerre desécession;
il entra en relation avec lesgénéraux
et les person- nages lesplus considérables,
visita les camps et les forteresses du Nord et duSlld,
reçupartout
avec les sentiments de déférence que(’ ) Cours élémentaire de Physique, précédé de notions de Mécanique et suivi de problèmes; i vol. grand in-8,. Paris, Dunod, 1862.
(1) Cours élémentaire de Phrsique, suivi de problèmes. 41 édition, entièrement
revue et considérablement augmentée; 2 vol. grand in-8°. Paris, Dunod, 1874.
427 commandaient son savoir et son caractère.
Quelques
annéesplus
t ard il
parcourut
l’Autriche etl’ Allem agn e, séjourna
àVienne,
aLeipzig,
àBerlin,
enfin visita la Suède et laNorvège.
En1860.
ilut
partie,
avec MM.Balard, Berthelot, Jamin, Marev,
etc., du groupe de savantsqui
assistèrent al’inauguration
du canal deSuez,
visitèrent la basseEgypte,
lesPyramides,
et remontèrent le Niljuscqu’aux premières
cataractes et à l’ile de Philae.Peu
après
son retour de cetteexpédition, qui portait
si loin lenom de la
France,
éclata la guerre avecl’Allemagne.
M. d’ Almeida litpartie
du Comitéscientifique
de défense institué par arrêté de M. Brame le 2septembre 187°.
CeComité, présidé
par M. Ber-lllelot,
était formé de MM.d’Almeida, Breguet, Fremv, Jamin,, Ruggieri
etSchutzenberger.
C’est à M. d’Almeidaqu’appartient
lapremière
idée desphotographies microscopiques employées
colnmemoyen de
correspondance.
Ceprocédé ingénieux fut, d’après
laproposition
duComité, adopté
enprincipe
par leGoui ernemeni, puis
mis en 0153uvre par 81.Dagron, photographe
d’une habiletéconsommée, lequel,
bientôtaprès, partit
de Paris en ballon pour aller installer la communication de laprovince
ance Paris à l’aidedes
pigeons
voyageurs.M. d’Almeida concourut pour sa
part
aux essais tentés en vue de rétablir lacorrespondance télégraphique
entre Paris et laprovince
en
prenant
la Seine colnme conducteur. Ceprocédé,
fondé sur1"empli
des courantsdérivés,
avait étéproposé
par M.Bourbouze,
préparateur
à la Faculté desSciences, qui fut, après
lesiège,
dé-coré pour cette invention.
Après
des étudesrapides
faites entrel’Hôtel de ville et l’usine de M.
Claparède,
àSaint-Denis,
par MM.Desains,
Jamin etBerthelot,
M. d’_A1meida futenvoyé
en pro- vince parballon,
le 17 décembre1870,
pour essayer ce nouveau Illoyen de communication. Toutes les difficultés d’un voyagequi
le conduisit du fond de la
Champagne pouilleuse
àLyon
à traversles
lignes prussiennes,
et de Lyon à Bordeaux, oùl’appelait
unemission
supplémentaire,
pour aller rencontrer la Seine auHavre ;
le manque d’un matériel convenable
qu’il
fallut faire acheter à Londres etconduire,
à tra, ers les armées ennen1ies enmarche, jusque Poissy ,
où M. d’Almeida neparvint
à se fixer que le14 j au-
vier;
enfin lacongélation
de laSeine, depuis
le commencementde décembre
1 8jo,
retardèrent malheureusement les essais défini-tifs. Ils
purent
enfin êtretentés, grâce
au concours dévoué deM.
Coupier,
fabricant deproduits chimiques
àPoissy,
à la date du24
du mêmemois,
c’est-à-dire à la veille de l’arml*stlce. Il étaittrop
tard même pour se convaincre de l’efficacité
pratique
dusystème
de M. Bourbouze dans les conditions où l’on se trouvait
placé.
Quand
lapaix
et l’ordre intérieur furentrétablis,
M. d’Almeidareprit
ses cours aulycée
Henri IV avec ces sentiments deprofonde
tristesse
qui
étaient communs à tous lesFrançais,
et, animé du dé- sir de fairequelque
0153uvre utile à l’intérêtgénéral,
il fonda en1872
le Journal dePhysique
avec le concours actif et dévoué deM. Ch. Brisse et la collaboration des
principaux physiciens français,
MM.
Berthelot, Billet, Cornu, Desains, Jamin, Lissajous., Mascart, Potier,
etc. Le butpatriotique qu’il poursuivait
est si nettementindiqué
dans lapréface qui
accompagne lepremier
numéro duJournal,
que nous ne saurions mieux faire que de lareproduire
icitout e ntière :
« Initié par
position, dit-il,
auxpensées
de ceuxqui
ont écritleurs n oms sur ces
pag es, j e
crois devoir faire connaître et le bu tqu’ils
seproposent
et les sentimentsqui
les animent.» Ce
qu’ils veulent,
c’est donner uneimpulsion
nouvelle à l’é-tude de la
Physique.
Ils s’associent pour en exposer les théories lesplus
récentes ou les moins connues, décrire lesexpériences
surlesquelles
ellesreposent, indiquer
les moyens lesplus
faciles de lesrépéter,
et déroulerjour
parjour
lesprogrès qu’elle
réalise enFrance et à
l’étranger.
Par l’exécution de ce programme, ilsespèrent
intéresserquiconque possède
lesprincipes
de laScience,
vivifier
l’enseignement,
exciterl’esprit
de recherche et provo- quer les découvertes.» Ils s’adressent aux
professeurs
dePhysique,
surtout aux iso-lés, qui, privés
des ressources que lesbibliothèques
devraient leurfournir, gémissent
de nepouvoir développer
leurs connaissances etde ne savoir où
porter
leurs efforts.» Ils s’adressent aussi aux hommes de toute
profession
scienti-fique, industriels, ingénieurs, militaires,
médecins etautres, qui
nepeuvent,
sansdéchoir,
oublier une science conseillère de leurstravaux et
qui
doivent se souvenir que lesphysiciens
lesplus
il-lustres sont sortis de leurs rangs.
» Animés de ces
intentions,
les fondateurs de ce Journal se sont429
unis ;
mais ils ne forment pas une association fermée. Ils ouvrent leurs rangs àqui peut
seconder leurentreprise.
Ils les ouvrentsurtout
aux jeunes générations
de savants dont l’ardeur se montre à dessignes
certains.L’aptitude
ne manque pas; les moyens de travail ne doiventplus
faire défaut.» S’ils ont été conduits à se rechercher par l’amour de la
Science,
un autre sentiment vient encore fortifier leur union: l’a-mour du pays. Aussi loin que
peut
s’étendre leuraction,
ilsveulent,
pour leur
part,
contribuer audéveloppemen t
des forces intellec- tuelles et morales de laFrance ;
des forces intellectuelles par letravail,
des forces morales par l’union désintéressée des effortscommuns. »
Le besoin d’un centre
d’impulsion
pourdiriger
les tentativesisolées,
pour découvrir et encourager lesaptitudes naissantes,
que M. d’ Almeida avait si bien senti etexpri Iné,
fu la raison d’être etla condition du succès du Journal de
Physique.
Ceuxqui
ont ap-partenu
auxgénérations jeunes alors, auxquelles
était adressé cetappel énergique,
se souviennent avec une émotionpleine
de recon-naissance de l’élan
qu’il
leur procura.Chaque
numéro du Journalapportai t
un nouvel alimen t à leur activité. Dans le cours de lapremière année,
lesapplications
récentes de la Théoriemécaniques
de la
chaleuh,
la théorie dupotentiel électrostatique,
celle desmesures
électriques
etmagnétiques
se trouvaientvulgarisées parmi
eux. Des
analyses
subsuanuielles desprincipaux
Mémoires étran-gers les mettaient au courant de la Science sur les
sujets qui
lesintéressaient le
plus
et ils devenaient bientôtcapables
de s’essayereux-mêmes à résumer sous l’oeil et
d’après l’exemple
de leursmaîtres les Mémoires
qui
leur étaientcommunidués.
Aussi lenombre des collaborateurs
augmentait chaque année, grâce
au dé-veloppement
du travail individuelparmi
lesprofesseurs,
mais-surtout
grâce
à l’accueil si bienveillant et siempressé qu’ils
ren-con traient de la
part
de M.d’Almeida;
il étaittoujours prêt
à leurfournir les
renseignements qui
leurmanquaient,
à leur procurer les livres dont ils avaient besoin : il ne leurménagea
ni les con-seils ni les encouragements, et sut
toujours
s’effacer dans son Jour-nal,
avec le désintéressement leplus absolu,
pour leur en ouvrir lesportes plus largen1ent.
En mênle
temps qu’il
rendait de sigrands
services auxjeunes
gens, le Journal de
Physique
contribuait àJllultiplier, par les
ana-lyses qu’il publie,
nosrapports SClenttfl(iltes
anecl’étranger.
Lessavants
anglais italiens, hollandais, belles, suédois, suisses, autrichiens, américains,
russes, MM. Warren de laRue, Tyndall, Felici, Righi, Govi, Thaién, Soret, Szily,
van derMensl)i,ugghe,
A.-M.
Mayer
et tant d’autres nousenvoyaient
directement des extraits de leurs Mémoire. Lapublicité
clu Journal dePhysique
étai t de
plus
enplus
recherchée e tappréciée
en France et à l’é-tranger. Neuf Volumes
publiés
par lI. d’ _-B.ln1eida avec un succès croissantgarantissent
la durée de cette 0153uvrequi
lui était si chèreet à
laquelle
le zèle d’aucun de ceuxqui
lurent ses collaborateursne fera défaut dans l’avenir.
C’est dans le même ordre d’idées
qui
l’aninlaient lors de la fois- dation du Journal que 31. d’Almeida futconduit,
en1873,
àprendre
lapart
laplus
active à la création de la Société dePhys ique.
Vers
1867, quelques professeurs
des lycées de Paris se réunissaient Lpériodiquement à l’École Normale,
où 31. Bei’tin leur oflrait unegracieuse hospitalité,
pour causer dePhysique
etrépéter
les nou-velles
expériences.
Cesréunions, brusquement interrompues
en1870,
nepurent
êtrereprises
quebeaucoup plus tard,
et alors lebesoin d’en
élargir
le cercle se fitimpérieusement
sen tir. Une Com-mission formée par MM.
d’Almcida, Cornu, Germez, Lissajous
eu3’lascart,
et dont M.Lissajous
fut lerapporteur, prépara
unprojet
de Statuts
qui
reçurent immédiatement de nombreuses etiinpoi’-
tantes adhésions. Au bout d’un an, la Société nouvelle
comptait plus
de dieux centsi-nembres, parmi lesquels
on trouvait des mem -bres de
l’Institut,
comme MM.halard,
César et EdmondBecquerel, Berthelot, Élie
deBeaulnont, Fizeau,
Jamin et H. Sainte-ClaireDe ville,
des savantsétrangers,
desprofesseurs
auCollège
de Franceet à
l’École Polytechnique,
des astroiioi-iies, desingénieurs,
desofficiers,
desmédecins,
desindustriels,
des constructeurs d’instru-ments de
Physique,
enfin de nombreuxprofesseurs
deslycées
et descollèges
lesplus
reculés de laprovince.
Lespremières
réunionseurent
lieu à la salleGerson,
sous laprésidence
de M.1?izeau,
etM.
d’ Almeida,
nommé secrétairegénéral, s’occupa
dèslors,
commeil n’a cessé de le faire
depuis,
de provoquer des Communications intéressantes et, par l’intérêt croissant desséances, d’appeler
chaque
fois de nouvelles adhésions.43I La
Société, qui compte aujourd’hui plus
decinq
centsmembres,
dont
plus
decinquante
membres àvie,
a eu pourprésidents
MM.
Fizeau, Bertin, Jamin, Quet, Becquerel, Blavier,
Berthelot,Mascart et
Cornu ;
elle a euparmi
ses membres honoraires décé- dés des savants tels que CésarBecquerel,
le P.Secchi,
et elleest fière d’v
compter aujourd’hui
MM.Fizeau, Billet, Plateau,
W.
Thomson, Joule,
Broch et Stokes. Ellepublie
par les soins deson secrétaire
général
un bulletin où se trouventconsignées,
onpeut
ledire,
toutes les découvertes intéressantes réalisées dans ceshuit dernières années. Enfin elle est sur le
point d’obtenir,
avecla déclaration d’utilité
publique,
le droit de recevoir des dons etd’élargir
dans une mesurecorrespondante
les bienfai ts que peuventen attendre ses membres les
plus éloignés. Depuis longtemps déjà
une
bibliothèque
circulantecomprenant
lespublications pério- diques françaises
etétrangères
lesplus importantes
est mise à ladisposition
de tous ceuxqui
ledésirent,
et une séance solennelleoffre
pendant
lecongé
dePàques
auxprofesseurs
deprovince qui
ont pu se rendre à Paris toutes les
expériences,
tous lesappareils qui
ont étéprésentés
à la Sociétépendant
l’année.De tels résultats sont dus pour une
grande part
àl’activité,
audésintéressement,
àl’esprit
conciliant de 1B1. d’Almeida. La So- ciété dePhysique
était à peuprès
sacréation,
etjusqu’à son
der-nier
jour
il en a été l’âme.A la double fonction de directeur du Journal de Physique et de secrétaire
général
de laSociété,
)1.d’_Aln1eida joignit,
dans les der- nières années de sa"vie,
celled’inspecteur général
de l’instructionpublique.
En octobre1876
il s’était faitsuppléer
dans sa chaire dulj cée
HenriIV;
l’étésuivant,
il futenvoyé
eninspection générale
comme
délégué, puis
nommé dénnitivemeutinspecteur général
en1879.
Cettejustice
lardive rendue à son mérite lui fut sans doutcagréable,
mais cequi
le charmait surtout, c’estqu’il
était en me-sure
de juger
par ses y eux desprogrès
de notreenseignement public
et de
compléter
son 0153uvre enapportant
individuellement aux iso-lés,
pourlesquels
il avaitdéjà
tanttravaillé, l’appui
de sonexpé-
rience pour les
diriger
et de son autorité pour lesprotéger
au besoin.La mort l’a
surpris trop
tôt pourqu’il
ait pu faire dans nos li cées etdans nos
collèges
tout le bienclu’attendaient
de lui ceuxqui
con-naissaient la
justesse
de sonesprit et l’énergie
de son caractèrc.Presque toujours
absorbé par ses devoirsprofessionnels
ou par des soins d’intérêtgénéral,
M. d’Almeida n’a laisséqu’un petit
nombre de Mémoires
originaux.
Lepremier
en date et leplus
étendu est sa Thèse de doctorat
( 1 ). Lorsqu’une
dissolution salinecontenue dans un tube en U ou dans tout autre
appareil
à deuxcompartimen ts
est soumise à l’action d’un courantélectrique
entredeux électrodes de
platine,
on constate que la richesse de la disso- lution diminue trèsinégalement
dans chacune de ses deux moitiés.La
partie qui s’appauvrit
leplus rapidement
est tantôt cellequi reçoit
lepôle positif,
tantôt cellequi reçoi
t lepôle négatif.
Cetteanon1alie, signalée
d’abord par Daniell et Miller(2),
semblait ren-verser la théorie de
Grotthus;
lesexpériences
de Pouillet(3),
deHittorf
(4)
et de M. de la Rive(5)
avaientcomplété
les observa-tions de Daniell et
Miller,
sansapporter l’explication
définitive desphénomènes.
Par desexpériences ingénieuses,
M. d’Almeida éta-blit que
l’appauvrissement inégal
des diversesparties
de la solutionest
évitée
au moins enmajeure partie, quand
onprend
toutes lespré-
catations nécessaires pour maintenir la
liqueur électrolytique
exac-tement neutre. En
général,
on nepeu t
réussircomplètement,
même en
remplaçant
l’électrodepositive
deplatine
par une élec- trodesoluble;
mais les différences de concentration sont d’autantplus
faiblesqu’on
s’estplus approché
deremplir
cette condition.M. d’Almeida croit
pouvoir
en conclure que,quand
un courant tra- verse une dissolution d’un selmétallique,
ildécompose
le sel seu-lement,
l’eau nejouant
d’autre rôle que celui dedissolvant;
lesel
disparait
enégale quantité près
dechaque pôle ; mais,
si la dis-solution est rendue
acide,
l’eau acidulée et le sel sont tous deux.décomposés,
et unepartie
dudépôt métallique
est due à une actionsecondaire
exercée,
dans cesconditions,
parl’hydrogène qui
pro- vient de ladécomposition
de l’eau. Une dissolutionprimitivement
neutre renferme un excès d’acide dès que le courant commence
(1) Sur la décomposition par la pile des sels dissolls dans l’eau, Thèse présentée
avec le numéro d’ordre 19j à la Faculté des Sciences de Paris, et publiée dans les
.Annales de Chimie et de Physique, 3e série, t. LI, p. 257.
1’) DANIELL et MtLLER, Plailos. Trallsact., 1844.
(3) POUILLET, Comptes rendus des séances de r Académie des Sciences, t. XX, 1845.
(4) HITTORF, Ann. der Physik und Chem., t. LXXXIX, 1853.
C) DE LA RIVE, 4rehiç,es de l’électricite, t. V.
433 à passer, et cela alors même que l’on
emploie
une électrode so-luble comme électrode
positive.
Telle est lathéorie,
au moins trèsplausible, proposée
par M.d’Almeida ;
elle estappuyée
sur desexpériences parfaitement conduites,
et l’on n’enpossède
pas deplus
vraisemblable.Dans une Note insérée au Tome LI des
COlnjJtes
rendus des séat2ces de 1’-4cadéiîiie desSciences,
MM. d’Almeida et Dehérainexposent
un essai tenté en vued’électrolyser
une substance orga-nique isolante, l’alcool, qu’ils
rendent conductrice en l’addition-nant d’acide
azotique.
L’acide seul estdécomposé,
et lesproduits
de son
électrolyse, réagissant
surl’alcool,
donnent aupôle positif
de
l’aldéhyde,
de l’étheracétique
etpeut-être
de l’étherformique,
au
pôle négatif
del’ammoniaque
et desammoniaques composées.
Signalons
encore une Note de M. d’Almeida sur unappareil
sté-réoscopique (1),
et deux Notes sur le zincamalgame
et sur sonattaque
par les acides(2)
et sur le rôle de lacapillarité
dans lesphénonlènes physiques
etchimiques (3),
toutespubliées
dans lesComptes
l’tendus d es séances (le l’Académie des Sciences,. En étu- diant les conditionsqui
favorisentl’attaque
du zinc par lesacides,
l’auteur a été conduit à attribuer un rôle
prépondérant
à une causepurem ent physique,
lacapillarité.
Il y a en trel’hydrogène
et les mé-taux une adhérence
qui explique
lapolarisation
d’une lame de zincplongée
dans l’eauacidulée ;
mais cette adhérencepeut
être vaincuesi des circonstances convenables de forme du métal favorisent la
production
de grosses bullesqui
n’adhèrent au métal que par uncontour étroit. C’est ce
qui
arrivequand
lemétal, irrégulièrement rongé
par unacide, présente
des cavitésconiques
évasées en dehors.La
capillarité
chasse alors les bulles vers l’orifice de lacavité ;
ellesgrossissent
et sedétachent,
en vertu dela poussée
duliqùide, quand
elles ont
acquis
un volume suffisant. C’est pour celaqu’une
lame dezinc
amalgamé, qui
n’est pasattaquée
d’une manièreapparente
par l’eauacidulée,
laissedégager
de nombreuses bulles dèsqu’onla
re-couvre d’une lame de verre
inclinée,
et cela alors même que l’on-verture de
l’angle
des deux lames estdirigée
vers le bas. Les obser-( 1) Comptes rendus des séances de l’Académie des Sciences, t. XLVII, p. 61.
(2) Ibid., t. LXVIII, p. 442.
(3) Ibid., p. 553.
vations de M. d’Almeida rendent
compte,
au moins enpartie,
de l’in-fluence de l’état
physique
sur lapolarisation
des lamesmétalliques;
en tout cas, elles établissent un lien curieux entre les
phénomènes électriques
etcapillaires,
rattachésdepuis
les uns aux autresd’une manière si
frappante
par lesexpériences
de M.Lippmann.
Il nous reste encore à
rappeler
lapart
de M. d’Almeida dans lesexpériences publiées
en1873,
en commun avec MM. Berthelot etCoulier,
sur lavérification
del’aréomètre
deBaumé (1).
Cet in-strument est encore
employé
dans le commerce pour définir la den- sité de certainsliquides, tels que glycérines, acides,
etc., et le dés- accordqui
existait entre les aréomètres fournis par les dii’érentsconstructeurs étaient une cause
permanente
de difficultés. Pour les faire cesser, il fallait donner aux constructeurs une définitionprécise
des conditions danslesquelles
l’instrument doit êtregradué
et fournir aux industriels des
procédés
de vérificationrapides
etprécis.
Ce doubleobjet
a étéparfaitement atteint, grâce
à des ex-périences
bienfaites, d’après lesquelles
ont été dressées des Tablescalculées par M. d’Almeida et
qui
doivent êtreemployées
pour la vérification de l’aréomètre.En
résumé,
M. d’Almeida s’est montréexpérimentateur
habileet
physicien ingénieux.
Ilpossédait
lesqualités
nécessaires pour cela : unjugement sur,
une finesse d’observation et une ténacité peu communes.Dans la vie
privée,
il fut un ami sûr et dévoué pour les personnesqu’il
honorait de sonestime ;
bienveillant avec tout lemonde,
iln’admettait
qu’à
bon escient dans son intimité etgarda toujours
une réserve extrême à
l’égard
de ceux mêmequ’il
aimait le mieux.L’Université
perd
en lui un de ses maîtres lesplus éminents,
laRépublique
un de ses serviteurs lesplus dévoués,
la Patrie un deses meilleurs
citoyens.
La fermeté de sesopinions
libérales s’étaitassez ouvertement manifestée dans des
temps
difficiles pour lui in- terdirelongtemps
les hautespositions qu’il
étaitdigne d’occuper;
mais ce
qui
doit honorer sa mémoireplus
encore que ladignité
deson
caractère,
c’est l’ardeur de son dévouement à laFrance, qui
s’est affirmée sous toutes les formes et dont
témoignent
si hautement lesprincipales
circonstances de sa vie. E. BOUTY.FIN DU TOME NEUVIÈIIE.