aux dossiers pédagogiques ( via l’indexation)
Yolaine Bourda
Supélec
3 rue Joliot-Curie Plateau de Moulon
F-91192 Gif-sur-Yvette cedex [email protected]
RÉSUMÉ. Cet article porte sur les objets et dossiers pédagogiques et s’appuie pour cela sur un standard d’indexation des objets pédagogiques en cours de finalisation : le LOM. La notion d’objet pédagogique est au cœur de nombreuses réalisations dont certaines sont examinées ici en vue de clarifier ce concept. L’idée de dossier pédagogique est pour sa part absente du LOM, mais des pistes sont proposées pour la préciser. L’utilisation de RDF pour représenter formellement un ensemble de métadonnées est enfin abordée en vue d’une application aux objets pédagogiques.
ABSTRACT. This paper is about learning objects and educational files. It is based on the LOM (a set of metadata becoming a de facto standard) approach. The learning object idea is the heart of many realizations, some of them are examined here to clarify that concept. The notion of educational file is missing in the LOM but some leads are suggested. At last, the use of RDF to implement the LOM appears to be the best way and a presentation of RDF is given.
MOTS-CLÉS :objets pédagogiques, dossier pédagogique, indexation, métadonnées, LOM, RDF.
KEYWORDS:Learning objects, Educational files, Indexation, Metadata, LOM, RDF.
1. Introduction
Parmi les nombreux documents disponibles sur le web, nous nous intéressons au sous-ensemble de ceux que nous qualifions de pédagogiques parce qu’ils ont été créés ou qu’ils peuvent être utilisés pour l’enseignement (la formation, l’apprentissage. . .).
La production de ces documents pédagogiques est longue et coûteuse et ne peut être rentabilisée qu’en les réutilisant le plus largement possible. Pour cela, il est nécessaire de les spécifier, de les structurer et de les indexer [BOU 00].
Ces documents pédagogiques se transforment en objets pédagogiques, entités nu- mériques utilisée dans un contexte d’enseignement ou d’apprentissage, ayant les pro- priétés suivantes :
– autonomie : chaque objet pédagogique peut être utilisé indépendamment des autres ;
– réutilisabilité : un objet pédagogique élémentaire peut être utilisé dans des contextes et dans des buts multiples ;
– agrégation : les objets pédagogiques peuvent être regroupés pour constituer d’autres objets pédagogiques ;
– indexation : chaque objet pédagogique est muni d’une description permettant de le retrouver facilement.
De plus, un objet pédagogique doit permettre un apprentissage :
– sans superflu : si seule une fraction de cours est requise, on doit pouvoir se limiter aux objets pédagogiques correspondants ;
– au moment voulu : comme les objets pédagogiques sont indexés, on peut les retrouver instantanément ;
– sur mesure : les objets pédagogiques permettent une personnalisation des cours à l’échelle d’une organisation ou de chaque personne.
Un dossier pédagogique peut être défini, dans un premier temps, comme un en- semble d’objets pédagogiques assemblés dans un but précis. Cet assemblage étant lui-même un objet pédagogique, l’ensemble des dossiers pédagogiques est ainsi inclu dans l’ensemble des objets pédagogiques. Ainsi, tout ce qui sera dit sur les derniers sera aussi applicable aux premiers.
2. Indexationviades métadonnées pédagogiques
L’indexation des objets pédagogiques est une nécessité absolue si l’on veut les retrouver. Pour cela, il faut leur ajouter des informations de nature sémantique. Ces informations sont des métadonnées : données décrivant des données [LAS 98].
Tim Bernes-Lee [BER 97] a dit :«Les métadonnées sont des informations sur des ressources web (ou autres) compréhensibles par les êtres humains et traitables par
des logiciels». Le point important est que ces informations soient«traitables par des logiciels»c’est-à-dire de façon automatique.
Pour que les métadonnées remplissent leur rôle et facilitent l’accès aux ressources en ligne, il faut impérativement qu’un standard stable existe afin que fournisseurs de ressources et utilisateurs puissent utiliser le même référentiel. Ce standard doit aussi supporter des évolutions et des extensions afin de s’adapter à de nouveaux besoins.
L’ensemble de métadonnées le plus connu est le Dublin Core, standard en termes d’in- dexation de documents numériques, et comprenant des informations comme«titre»,
«auteur»ou«langue».
Des informations relatives au niveau scolaire de la ressource, à son niveau de dif- ficulté, au temps nécessaire pour l’assimiler sont des exemples de métadonnées spéci- fiques au domaine de l’éducation.
Les métadonnées pédagogiques sont actuellement au cœur de nombreux travaux ([BOU 00]) tant dans les institutions d’enseignement, les sociétés de formation que dans les organismes de standardisation. Ces travaux étant assez coûteux en temps et visant à permettre l’échange et la réutilisation des objets pédagogiques, des consor- tiums (IMS, ARIADNE...) se sont constitués.
Beaucoup de ces travaux s’appuient sur XML pour structurer les objets pédago- giques, et les métadonnées, pour décrire leur contenu. L’idée est d’aboutir à des com- posants pédagogiques réutilisables, que cela soit dans un but de mutualisation des documents (ceux-ci coûtant cher à produire), ou de rentabilisation des productions dans ce qu’il faut bien appeler le«marché de l’éducation».
ARIADNE [ARI 01] et IMS [IMS 01], deux consortiums impliqués depuis quel- ques années dans le développement d’outils et de métadonnées pédagogiques, ont dé- cidé de collaborer pour définir un ensemble commun de métadonnées. Tous deux sont profondément impliqués dans le processus de standardisation du«Educational Me- tadata Learning Technology Standards Committee»des IEEE. Ils convergent vers un standard unique et général, applicable à un très grand nombre de situations éducatives.
Ce standard ([IEE 01]), non encore finalisé, est construit au-dessus du Dublin Core et le complète par des extensions propres au domaine éducatif. Il spécifie la syntaxe et la sémantique des métadonnées pédagogiques et définit les attributs nécessaires pour une description adéquate et complète des objets pédagogiques. Ce standard dit LOM (Learning Object Metadata), se limite à l’ensemble minimal de caractéristiques indis- pensables pour gérer, rechercher et évaluer les«objets pédagogiques». Il sert aussi de base aux travaux de l’ISO concernant la normalisation des métadonnées pédago- giques.
La version 6.4 du LOM (mars 2002) définit une soixantaine de descripteurs [BOU 99], non obligatoires et pouvant être répétés, regroupés en neuf catégories :
1 General : caractéristiques indépendantes du contexte comme Identifier (un identificateur global unique) ou Title (le nom de la ressource) ou Language (la langue utilisée principalement par la ressource pour communiquer avec l’utilisateur) ;
2 LifeCycle : caractéristiques relatives au cycle de vie, comme Version ou Status (Draft, Final, Revised, Unavailable) ;
3 Meta-metadata : caractéristiques de la description elle-même comme Contri- bute (personnes ayant participé à l’élaboration des métadonnées) ;
4 Technical : caractéristiques techniques comme Format (du logiciel nécessaire pour accéder à la ressource) ;
5 Educational : caractéristiques pédagogiques :
5.1 Interactivity Type : le type d’interaction entre la ressource et l’utilisateur typique (Active, Expositive, Undefined),
5.2 Learning Resource Type : le type pédagogique (Exercice, Simulation. . .), 5.3 InteractivityLevel : degré d’interactivité,
5.4 SemanticDensity : densité sémantique (Very Low, Low, Medium, High, Very High),
5.5 Intended end user role : utilisateur de la ressource, 5.6 Context : environnement d’utilisation de la ressource, 5.7 Typical Age Range : âge de l’utilisateur,
5.8 Difficulty : difficulté de la ressource,
5.9 Typical Learning Time : temps approximatif ou typique pour travailler avec la ressource,
5.10 Description : commentaires sur l’utilisation de la ressource, 5.11 Language : la langue de l’utilisateur,
6 Rights : caractéristiques exprimant les conditions d’utilisation comme Cost (ressource payante ou non) ;
7 Relation : caractéristiques exprimant les liens avec d’autres ressources comme kind (nature de la relation) ;
8 Annotation : commentaires sur l’utilisation pédagogique de la ressource ; 9 Classification : caractéristiques de la ressource décrites par des entrées dans des systèmes de classification.
Bien que les techniques d’indexation soient maîtrisées par les documentalistes, le problème qui se pose ici est différent car il s’agit d’indexer non seulement un livre entier, mais aussi ses chapitres, voire ses paragraphes.
De plus, parmi tous ces descripteurs, on peut en considérer certains comme étant
« objectifs» (titre, auteur, langue. . .) et d’autres comme étant« subjectifs»(den- sité sémantique...). Autant les premiers ne prêtent lieu à aucune contestation possible, autant les seconds peuvent être«affectés»différemment selon les interlocuteurs et, malheureusement, ce sont justement ces descripteurs qui apportent une valeur péda- gogique à l’objet considéré.
Or, un objet pédagogique non indexé est un objet pédagogique qui ne sera pas re- trouvé, et qui ne pourra pas être réutilisé. Cette étape d’indexation est donc indispen- sable. Fort heureusement, des logiciels peuvent prendre en charge automatiquement une partie des descripteurs et peuvent aider à la saisie des autres descripteurs.
3. Objets pédagogiques
Dans le paragraphe précédent, nous avons présenté un ensemble de métadonnées pédagogiques (le LOM) constitué pour indexer des objets pédagogiques. Mais nous n’avons pas défini clairement ce qu’est un objet pédagogique. De quoi est-il constitué ? Quelle est sa taille ? Quelle«colle»mettre autour des objets quand on les assemble ? Autant de questions qui se posent [WIL 00] pour lesquelles nous donnerons quelques pistes de réponses possibles.
S’il est clair que plus un objet pédagogique est petit, plus il est réutilisable dans des contextes d’apprentissage différents, il est très probable que définir des grains trop petits risque de leur ôter tout sens.
Les IEEE proposent deux définitions différentes :
– dans la version 6 du document décrivant le LOM il est dit :«Un objet péda- gogique est défini comme toute entité, numérique ou non, qui peut être utilisée pour l’enseignement ou l’apprentissage.»
Si on prend cette définition à la lettre, on peut alors se demander s’il existe des entités qui ne sont pas des objets pédagogiques. Cette définition n’est donc guère utilisable en pratique.
– dans la page de présentation du standard, il est écrit« Un objet pédagogique est défini comme toute entité numérique ou non qui peut être utilisée, réutilisée ou référencée pendant des activités d’apprentissage assistées par ordinateur (enseigne- ment {intelligent} assisté par ordinateur, environnements d’enseignement interactifs, systèmes d’enseignement à distance, environnements d’apprentissage collaboratifs).»
Cette deuxième définition restreint les objets pédagogiques aux entités utilisées dans le cadre des systèmes d’apprentissage assistés par ordinateur. Malheureusement, cette restriction, accompagnée de la définition desdits systèmes, ne nous convient pas.
Ainsi, des composants numériques partagés entre enseignants et utilisés dans le cadre d’un enseignement traditionnel ne seraient pas des objets pédagogiques. Or, ces com- posants aussi doivent pouvoir être réutilisés et indexés. En fait, ce que cette définition restreint ce ne sont pas les objets pédagogiques en tant que tels, mais l’utilisation qui en est faite.
Ces deux définitions sont tout à fait compatibles avec la définition informelle d’un dossier pédagogique.
Le Wisconsin Online Resource Center, regroupement d’universités du Wisconsin [WIS 01] dans le but de développer des ressources en ligne réutilisables, donne la dé- finition suivante des objets pédagogiques :«Les objets pédagogiques sont des petites
unités d’apprentissage d’une durée comprise entre 2 et 5 minutes». Cette introduc- tion du temps est intéressante et ce regroupement n’est pas le seul à y faire référence.
Comment définir alors un dossier pédagogique ? Comme des unités d’apprentissage d’une durée de 2 heures, de 2 jours, voire de 2 années ?
La société américaine CISCO a basé son approche sur la notion de RIO/RLO. Un RIO (Reusable Information Object) est un granule réutilisable indépendant du format de publication. Chaque RIO est constitué d’un ensemble d’éléments de contenus, de pratiques et de tests répondant à un objectif d’apprentissage simple. C’est le granule de base«insécable»ou atome. Les RIO sont combinés entre eux pour former des RLO (Reusable Learning Object) pour répondre à un objectif pédagogique clairement défini. Un module d’enseignement, que l’on peut désigner comme dossier pédago- gique, est alors constitué de plusieurs RLO combinés entre eux. Cette approche a été créée pour répondre aux besoins d’organismes de formation continue pour lesquels les savoir-faire priment sur les savoirs. Les formations qu’ils dispensent répondent à des demandes précises et limitées du monde professionnel.
4. Dossiers pédagogiques
À ce stade, un dossier pédagogique est simplement un ensemble d’objets pédago- giques. Cette définition est probablement trop vague et doit être précisée. Sans aller jusqu’à définir formellement ce qu’est un dossier pédagogique, on peut enrichir cette notion en s’appuyant sur le LOM.
Si nous excluons la catégorie 9 (Classification) qui autorise chaque utilisateur à faire référence à son propre système de classification, deux descripteurs (de la catégo- rie General) permettent de décrire la structure et la granularité d’une ressource.
– Le descripteur Aggregation Level peut prendre les quatre niveaux suivants : 1 : le plus petit niveau d’agrégation approprié pour un objet pédagogique comme des données brutes ou des fragments ;
2 : le niveau suivant applicable à un ensemble d’objets de niveau 1 comme une leçon (pour une formation à distance) ou un document HTML comprenant des images ;
3 : un niveau convenant pour décrire un ensemble d’objets de niveau 2 comme un site web avec un sommaire ou l’intégralité d’un cours ;
4 : le niveau d’agrégation le plus élevé caractérisant un ensemble d’objets de niveau 3 ou de niveau 4 comme un cursus préparant à l’obtention d’un diplôme.
Le niveau 1 ne peut évidemment pas être appliqué à un dossier pédagogique contrairement aux niveaux 3 et 4. On peut s’interroger sur le niveau 2. Caractérisant un ensemble d’objets pédagogiques, il pourrait décrire un dossier pédagogique mais que penser d’un document HTML ? Selon son contenu, on pourra ou non le qualifier de dossier pédagogique.
– Le descripteur Structure peut prendre les valeurs suivantes : - atomic ;
- collection ; - networked ; - hierarchical ; - linear.
Il est clair que la valeur atomic ne peut pas s’appliquer à un dossier pédagogique.
Toutes les autres valeurs peuvent en revanche caractériser un tel dossier.
Un objet pédagogique ayant l’attribut atomic sera de niveau 1, mais les autres valeurs du descripteur Structure ne peuvent être appliquées qu’à des objets de niveau strictement supérieur à 1.
Ces quelques réflexions montrent que la connaissance des descripteurs Aggrega- tionLevel et Structure du LOM ne suffit pas pour identifier à coup sûr un dossier péda- gogique. Néanmoins, leur application à de tels objets montre que la définition initiale que nous avons donnée d’un dossier pédagogique, n’est pas assez restrictive. Que peut bien être un dossier pédagogique ?
– un ensemble d’informations de nature administrative sur un élève ou un étu- diant ? Ne s’agirait-il pas plutôt d’un dossier scolaire ?
– un support de cours utilisé par un enseignant en présence des étudiants ? – un ensemble de tels supports de cours constituant un cours complet ? – du matériel pédagogique destiné uniquement à des enseignants ? – un module d’enseignement dans le contexte d’une formation à distance ? Ces quatre derniers exemples s’accordent bien avec l’idée informelle que nous avons des dossiers pédagogiques.
D’autres travaux, tels que ceux sur les documents numériques ou les documents virtuels personnalisables devraient permettre de clarifier cette notion de dossier péda- gogique.
5. Codage des métadonnées
L’élaboration d’un ensemble de descripteurs standardisé, permettant d’indexer les objets pédagogiques, ne résout malheureusement pas tous les problèmes. Celui-ci étant défini, il faut alors passer à son codage, c’est-à-dire à la représentation formelle des descripteurs et à leur stockage dans des fichiers.
Le stockage est aisé. Les métadonnées peuvent être incluses dans les ressources elles-mêmes ou enregistrées dans un fichier séparé, voire dans une base de données.
Le type du contenu a bien évidemment une influence sur la façon de les stocker. Ainsi il n’est pas toujours facile d’inclure des métadonnées dans une image, par exemple.
La représentation formelle doit être pensée avec soin car, d’elle, dépendra la re- cherche des documents. Actuellement, une solution fréquemment utilisée est de dé- crire un ensemble de métadonnées en XML ([W3C 98]).
Ainsi les métadonnées«titre»et«auteur»d’un document quelconque peuvent être représentées de la façon suivante :
<document>
<titre>Le titre du document</titre>
<auteur>L’auteur du document</auteur>
</document>
Malheureusement, cette forme n’est pas unique, on peut aussi penser à la forme sui- vante :
<document auteur = "L’auteur du document"
titre = "Le titre du document">
et à beaucoup d’autres.
Une façon d’éviter que chacun ait sa propre représentation des métadonnées est de leur associer, quand on les normalise, la façon de les représenter en XML. Mais cette solution, si elle évite les problèmes précédents, n’est quand même pas satisfaisante car elle laisse subsister une perte de sémantique. Elle ne laisse percevoir que la structure.
Or, ce à quoi il faut avoir accès, c’est aux propriétés (métadonnées) d’un document afin, entre autres, de pouvoir effectuer des recherches. En effet, les représentations basées sur XML ne permettront que de poser des questions comme«retrouver les do- cuments ayant un élément auteur»par exemple. Cette question est une question por- tant sur la structure du document, pas sur sa sémantique. Ainsi, si des documents d’un certain auteur sont décrits par des métadonnées pédagogiques et par des métadonnées indexant des articles scientifiques, il faudra soit poser deux questions différentes, soit imposer que tous les ensembles de métadonnées choisissent la même structuration, ce qui n’est pas possible.
La solution qui permet de représenter la sémantique et qui s’impose est RDF [KEK 01]. RDF (Resource Description Framework), issu des travaux du W3C, pro- pose un modèle pour la représentation des métadonnées sur le web [W3C 99].
Ce modèle peut rendre compte des propriétés de n’importe quelle ressource, iden- tifiée par une URI (Uniform Ressource Identifier), et des valeurs qu’elles prennent.
Pouvant être représenté sous la forme d’un graphe orienté et valué, ce modèle a l’avan- tage de structurer naturellement les informations.
Un ensemble de propriétés décrivant une ressource est appelé une description dans RDF. Celle-ci est composée d’un ensemble de propriétés, chacune d’entre elles étant constituée d’un type et d’une valeur, cette dernière pouvant être elle-même une res- source. L’association d’une ressource, d’un nom de propriété et de la valeur de cette
propriété pour la ressource est une«assertion»pouvant être représentée par un triplet (propriété, ressource, valeur).
Un ensemble d’assertions peut être modélisé par un graphe orienté dans lequel ressources et valeurs sont représentées par des sommets. Les arcs, modélisant la pro- priété, partent de la ressource pour aller vers la valeur et ont comme étiquette la pro- priété.
Une description RDF, c’est-à-dire un ensemble d’assertions modélisé par un graphe, peut être«sérialisée»en XML, bien que cela ne soit pas la seule possibilité. L’utili- sation des espaces de nommage en XML permet de préciser, pour chaque propriété, à quel schéma elle appartient et ainsi, dans une même description, d’associer plusieurs ensembles de métadonnées.
5.1. Modèle de données RDF
Le modèle formel RDF est basé sur les concepts suivants :
1) Ressource (Resource) : entité physique (personne, livre, page web. . .) ou abs- traite (couleur, qualité. . .). Une ressource peut être une composante d’une autre res- source. Toute ressource possède une URI.
2) Propriété (Property) : un aspect spécifique, une caractéristique utilisée pour dé- crire une autre ressource. Une propriété est elle-même une ressource.
3) Littéral (Literal) : une chaîne de caractères non interprétée par RDF. Elle ne peut pas avoir de caractéristiques.
4) Assertion (Statement) : un triplet de la forme {prédicat, sujet, objet} dans lequel prédicat est une propriété, sujet est une ressource et objet est, soit une ressource, soit un littéral. Un ensemble d’assertions peut être modélisé par un graphe orienté et valué dans lequel les sommets sont les ressources et les littéraux. Les arcs sont valués par les prédicats.
Ainsi, le triplet{prédicat, sujet, objet}peut être modélisé par le graphe suivant :
-
sujet objet
prédicat
Par exemple, la phrase«Yolaine Bourda est l’auteur de la ressource http://wwwsi.supelec.fr/yb»peut être modélisée par le triplet :
{Auteur, http://wwwsi.supelec.fr/yb, Yolaine Bourda}
et par le graphe :
http://wwwsi.supelec.fr/yb Yolaine Bourda Auteur -
5.2. Syntaxe de RDF
Le modèle de données RDF fournit un cadre abstrait et conceptuel pour définir des métadonnées. Une syntaxe concrète est nécessaire pour créer et échanger ces mé- tadonnées. Actuellement, RDF utilise XML comme syntaxe mais un autre choix est possible. RDF a aussi besoin des«espaces de noms XML»pour pouvoir associer chaque propriété au schéma qui la définit.
La spécification du W3C définit deux syntaxes pour encoder XML : la«syntaxe de sérialisation », régulière et la « syntaxe abrégée» qui permet une forme plus compacte. Les deux syntaxes doivent être acceptées par les interpréteurs XML.
Nous ne donnons qu’un seul exemple de sérialisation utilisant la syntaxe régulière qui nous paraît plus claire.
La phrase«l’auteur de la ressource http://wwwsi.supelec.fr/yb est Yolaine Bourda» peut donc être représentée en RDF/XML par :
<?xml version="1.0" encoding ="iso-8859-1" ?>
<rdf:RDF
xmlns="http://www.w3.org/1999/02/22-rdf-syntax-ns#"
xmlns:edu="http://eduml.org/schema/">
<rdf:Description
about="http://wwwsi.supelec.fr/yb">
<edu:Auteur>Yolaine Bourda</edu:Auteur>
</rdf:Description>
</rdf:RDF>
5.3. Les collections en RDF
Il arrive fréquemment que, dans une description, on doive se reférer à des collections de ressources, comme dans la phrase : « les auteurs de http://wwwsi.supelec.fr/gut2000 sont Yolaine Bourda et Marc Hélier». Ceci peut se faire en RDF en utilisant les trois types suivants de collections :
– la séquence (Sequence) : une liste ordonnée de ressources ou de littéraux. On l’utilise pour indiquer qu’une propriété a plusieurs valeurs et que l’ordre des valeurs est important. On peut dupliquer les valeurs ;
– le sac (Bag) : une liste non ordonnée de ressources ou de littéraux. On l’utilise pour indiquer qu’une propriété a plusieurs valeurs et que l’ordre des valeurs est sans importance. On peut dupliquer les valeurs ;
– l’alternative (Alternatives) : une liste de ressources ou de littéraux qui repré- sentent les différentes possibilités pour la valeur (unique) d’une propriété ;
Pour représenter une collection, il faut utiliser une ressource additionnelle identi- fiant la collection et, en lui donnant une propriété«type». Le lien entre la collection et ses contituants est modélisé par des propriétés définies pour cet usage et de noms
«_1»,«_2»,«_3», etc.
Ainsi, la propriété précédente pourra être représentée par le graphe :
Marc Hélier HHHH
HHHHHj
@@
@@@R
?
Auteur
http://wwwsi.supelec.fr/gut2000
rdf:type rdf:_1 rdf:_2
rdf:bag
+
Yolaine Bourda
http://www.w3.org/1999/02/22-rdf-syntax-ns
5.4. Assertions sur des assertions
Non seulement RDF permet de faire des assertions sur des ressources, mais il permet aussi de faire des assertions sur des assertions.
Considérons la phrase suivante :«Marc Hélier dit que Yolaine Bourda est l’auteur de la ressource http://wwwsi.supelec.fr/yb ». Elle ne dit rien sur la ressource mais sur une assertion faite par Marc Hélier. Pour pouvoir exprimer des faits de ce genre en RDF, il faut modéliser l’assertion de départ comme une ressource ayant quatre propriétés. Ce processus est nommé«réification». Un modèle d’assertion est nommé
«assertion réifiée».
Les propriétés à définir pour une assertion que l’on cherche à modéliser sont les suivantes :
– Sujet (subject) : la ressource décrite par l’assertion dans l’exemple :http://wwwsi.supelec.fr/yb;
– Prédicat (predicate) : la propriété décrite par l’assertion dans l’exemple :auteur;
– Objet (object) : la valeur de la propriété de l’assertion dans l’exemple :Yolaine Bourda;
– Type (type) : le type de la nouvelle ressource. Toutes les assertions réifiées sont des instances derdf:Statement: elles ont donc une propriété type dont l’objet estrdf:Statement.
Une ressource, avec les quatre propriétés précédentes, représente l’assertion de dé- part et peut donc être utilisée comme objet d’autres assertions. Elle peut aussi avoir d’autres assertions faites sur elle. Une telle ressource est un modèle de l’assertion de départ, elle n’est pas l’assertion elle-même. Une assertion et l’assertion réifiée corres- pondante peuvent, toutes les deux, être dans un graphe RDF indépendamment l’une de l’autre.
Ainsi, l’assertion suivante (notée sous forme de triplets) :
{Auteur, http://wwwsi.supelec.fr/yb, Yolaine Bourda}
peut être réifiée de la façon suivante (YB représente l’identificateur de la nouvelle ressource) :
{type, YB, rdf:statement}
{predicate, YB, Auteur}
{subject, YB, http://wwwsi.supelec.fr/yb}
{object, YB, Yolaine Bourda}
Pour modéliser complètement notre exemple ci-dessus, on peut attacher à l’asser- tion réifiée une propriété (AttribueA) ayant la valeur appropriée (Marc Hélier).
{rdf:type, YB, rdf:statement}
{rdf:predicate, YB, Auteur}
{rdf:subject, YB, http://wwwsi.supelec.fr/yb}
{rdf:object, YB, Yolaine Bourda}
{attribueA, YB, Marc Hélier}
5.5. Représentation du LOM
Le LOM n’étant pas encore finalisé, il n’existe pas de recommandation officielle sur la façon dont il doit être exprimé en RDF, mais on trouve déjà des versions«offi- cieuses»du LOM en RDF.
6. Conclusion
Le problème de la définition claire des objets pédagogiques est loin d’être résolu.
Malgré cela, la mise à disposition de standards d’indexation devrait faciliter leur re- cherche et par là même la possibilité de les réutiliser.
Le recours aux métadonnées apparaît aujourd’hui comme l’une des meilleures so- lutions pour rationaliser l’utilisation du web et en tirer un profit plus satisfaisant, pour la plupart des communautés d’utilisateurs de ressources.
Dans l’enseignement et la formation, la valeur est de moins en moins dans le contenu lui-même, mais de plus en plus dans la capacité de rechercher ce contenu, de le trouver et d’en assembler des fragments pour apporter des informations pertinentes et une aide efficace aux utilisateurs, enseignants ou étudiants : pour cela, les métadon- nées sont indispensables, car elles permettent, comme on l’a vu, de donner du sens (contenu sémantique) à une quantité considérable, et auparavant inexploitable, d’in- formations présentes sur le web. Pour cette raison, les métadonnées portent en elles la capacité de transformer radicalement la manière de produire, de gérer et d’utiliser des documents pédagogiques.
Néanmoins, leur succès potentiel reste très dépendant de la définition, de la dif- fusion et de l’adoption de standards, requis pour parvenir à une réelle interopéra- bilité dans la création, l’édition, l’assemblage, l’échange et la diffusion des conte- nus. Les travaux entrepris dans le domaine des métadonnées pédagogiques par le groupe ARIADNE (Europe) et les IEEE (États-Unis) ainsi que les discussions à l’ISO montrent que la convergence est proche. Parallèlement, l’apport de RDF, associé à XML, semble décisif pour la mise en œuvre d’un tel standard car il devrait faciliter le développement et la diffusion des outils nécessaires en proposant une technique de description unifiée des métadonnées.
Cet important effort de standardisation ne peut que déboucher sur une métamor- phose des documents électroniques avec, pour conséquence, une forme de (r)-évolution pédagogique. On peut en attendre qu’elle libère les enseignants d’une partie des cont- raintes liées à la production de leurs documents et qu’elle les aide à en améliorer le contenu et la qualité. On peut espérer aussi qu’elle simplifie la mise en place de for- mations à distance, via le web et donc tout au long de la vie. On peut pressentir enfin qu’elle sera au centre de l’industrialisation des activités de formation, déjà significa- tive aux États-Unis.
7. Bibliographie
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http ://www.ariadne-eu.org/
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[W3C 98] W3C, XML, Extensible Markup Language , 1998, http ://www.w3.org/XML
[W3C 99] W3C, W3C Resource Description Framework , 1999, http ://www.w3.org/RDF/
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[WIS 01] WISC, Wisconsin Online Resource Center , 2001, http ://www.wisc-online.com