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Déficience auditive moyenne et orientation scolaire

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Academic year: 2022

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Texte intégral

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La Lettre d'ORL et de chirurgie cervico-faciale • N° 352 - janvier-février-mars 2018 | 27

CAS CLINIQUE

Mots-clés

Enfant – Surdité moyenne – Scolarisation

Keywords

Child – Moderate hearing loss – Schooling

Déficience auditive moyenne et orientation scolaire

Moderate hearing loss and scholar orientation

J. Quarez1, E. Badou1

1 Service d’ORL, hôpital Robert-Debré, Paris.

La surdité chez l’enfant, indépendamment des troubles qui y sont associés, a un impact sur son intégration future dans la société, en commençant par le milieu scolaire. Une prise en charge auditive optimale est essentielle pour profiter au mieux du système éducatif. Par ce cas, nous avons voulu illustrer l’effet positif d’une bonne prise en charge auditive et d’un parcours scolaire adapté.

O b s e r v a t i o n

Il s’agit d’une petite fille de 4 ans et demi, adressée en consultation par le médecin scolaire en raison d’un doute concernant son audition.

Elle était scolarisée en grande section de maternelle et rencontrait des difficultés scolaires. Elle était inattentive en classe, paraissait rêveuse et demandait souvent que les consignes lui soient répétées.

Lors de la consultation ORL, les tympans étaient normaux. Le tympanogramme était de type A des 2 côtés, et les réflexes ipsilatéraux étaient présents pour les fréquences de 0,5, 1,2 et 4 kHz. L’examen audiométrique au casque a montré une surdité de perception moyenne bilatérale avec un seuil moyen sur les fréquences conversationnelles de 40 dB à droite et de 45 dB à gauche en audiométrie tonale. Les seuils d’intelligibilité étaient de 35 dB aux 2 oreilles en audiométrie vocale (figure 1, p. 28).

Le diagnostic de surdité moyenne bilatérale a été confirmé par la réalisation de potentiels évoqués auditifs stationnaires (PEAS) [figure 2, p. 28].

À la suite de ce diagnostic, on propose à l’enfant et à ses parents un entretien psychologique, un bilan orthophonique et un essai prothé- tique bilatéral pour une durée de 1 mois afin d’évaluer son bénéfice.

Au terme de l’essai, il est décidé de garder les appareils. Sur le plan éducatif, la famille a pris contact avec la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) pour que l’enfant bénéficie d’une aide humaine, soit une assistante de vie scolaire (AVS), en classe.

Un an plus tard, l’enfant était scolarisée en CP. Elle portait régu- lièrement ses prothèses auditives. L’audiogramme était satisfai- sant avec les prothèses, et ses résultats scolaires s’étaient très largement améliorés – elle était première de sa classe ! Une AVS n’avait pas été nécessaire. Elle n’avait plus non plus besoin de prise en charge orthophonique.

D i s c u s s i o n

La cause de loin la plus fréquente d’hypoacousie moyenne à 4 ans et demi est l’otite séreuse. Mais il peut s’agir, comme dans le cas présenté ici, d’une surdité de perception, dont la prise en charge est tout autre. En effet, les déficiences auditives permanentes, même minimes, ont des répercussions sur l’apprentissage de la parole et du langage, ce qui a des conséquences sur la scolarisa- tion. Or, l’intégration scolaire est déterminante pour la réussite de l’enfant et son insertion future dans la vie active.

On estime que, pour être dans de bonnes conditions d’apprentis- sage, un enfant qui n’a pas de déficience intellectuelle ou autre a besoin d’un appareillage auditif à partir d’une perte de 40 dB, accompagné de séances régulières d’orthophonie (1).

La mise en place de prothèses auditives n’est pas toujours facile- ment acceptée par la famille, en particulier dans les cas de surdité légère ou moyenne, où le retentissement peut rester discret. Un bon compromis serait de proposer l’appareillage, rapidement après le diagnostic, pour un essai d’une durée limitée à 1 ou 2 mois et, avec la famille, d’en évaluer les bénéfices afin de décider si un appareillage à plus long terme serait bienvenu.

L’orthophonie fait aussi partie intégrante de la prise en charge des surdités. Même pour les surdités moyennes ou légères, un bilan orthophonique est indispensable afin d’évaluer les conséquences de la perte auditive et de déterminer le rythme de la rééducation.

Celle-ci est indispensable pour développer la qualité de la parole, le vocabulaire et prévenir les difficultés d’apprentissage de la lecture ou de l’orthographe (2).

Cependant, malgré une prise en charge optimale sur le plan de l’audition, d’autres facteurs contribuent à un échec scolaire : il

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CAS CLINIQUE

◀ Figure 1. Audiogramme.

Audiométrie tonale : seuil moyen à 40 dB à droite et à 45 dB à gauche. Audiométrie vocale : seuil d’intelligibilité à 35 dB à gauche et à droite.

Tympanogramme de type A et réflexes ipsilatéraux présents à gauche et à droite.

Figure 2. PEAS : seuil moyen à 55 dB à droite et 40 dB à gauche après corrélation.

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CAS CLINIQUE

semble alors indispensable d’adapter la scolarité au handicap de l’enfant. Sur ce point, de nombreux progrès ont été accomplis, notamment depuis l’entrée en vigueur de la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées (3). En 2008, 100 % des enfants de moins de 12 ans qui présentaient une déficience audi- tive, quelle que soit son importance, étaient intégrés dans une structure éducative, et 77 % des enfants sourds moyens étaient scolarisés dans une classe ordinaire. À plus long terme, on note une augmentation de l’accès à l’enseignement supérieur parmi les enfants ayant un trouble de la fonction auditive, passant de 10 à 38 % entre 1998 et 2008 (1). Une étude réalisée en 2015 a démontré que la proportion des enfants sourds moyens scolarisés dans des établissements ordinaires était plus importante parmi ceux nés entre 2002 et 2006 (84 %) que parmi ceux nés entre 1992 et 1996 (65 %) et ceux nés entre 1997 et 2001 (74 %). Ces progrès peuvent être attribués à une progression de la qualité de la prise en charge auditive, mais aussi à la meilleure adéquation du système scolaire depuis la loi du 11 février 2005 (4).

Il incombe aussi à l’ORL d’informer la famille quant aux possibilités de prise en charge scolaire et aux démarches à entreprendre. Afin d’obtenir le statut de personne handicapée et de bénéficier des aides qui lui sont associées, la famille doit prendre contact avec sa MDPH, par l’intermédiaire d’un dossier. Il revient au médecin de remplir la partie médicale, téléchargeable en ligne (https://

informations.handicap.fr/art-certificat-medical-mdph-59-9858.

php), qui concerne la description de la maladie et des soins néces- saires. En cas de validation par la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) du statut de personne handicapée, une équipe pluridisciplinaire de la MDPH, dirigée par un enseignant référent, proposera un plan personnalisé de scolarisation (PPS) en étroite concertation avec la famille.

Le PPS détermine :

l’orientation de l’enfant : la scolarisation peut se poursuivre dans les classes ordinaires, dans des Unités localisées pour l’inclusion scolaire (ULIS) ou être orientée vers un établissement spécialisé si la poursuite dans une école “ordinaire” est impossible.

l’aménagement du temps scolaire pour inclure les prises en charge extérieures (orthophoniste, ergothérapeuthe, psychologue, etc.) ;

les aides humaines qui interviendront (AVS, accompagnants des élèves en situation de handicap [AESH], services d’éducation spéciale et de soins à domicile [SESSAD], etc.). Cependant, parmi les enfants déficients auditifs scolarisés dans des classes ordinaires, seuls 1 % bénéficient d’un AVS sur les 5 % qui en auraient besoin ;

des aides matérielles pour faciliter l’apprentissage (un système FM, par exemple).

Si le statut de handicap n’a pas été reconnu, il y a toujours la possibilité de faire une demande de projet d’accueil individuel (PAI) pour aménager le temps scolaire selon les besoins de la prise en charge extérieure (3).

C o n c l u s i o n

Une prise en charge auditive globale semble être un prérequis pour que l’enfant profite au mieux de ses capacités intellectuelles dans le cadre scolaire, mais aucune étude n’a encore été réalisée pour démontrer cet effet. Il semble que la meilleure prise en charge serait de proposer un appareillage auditif, associé à une rééducation orthophonique régulière ainsi qu’une scolarisation adaptée après l’orientation de la famille vers la MDPH.

1. Haeusler L, De Laval T, Millot C. Étude quantitative sur le handicap auditif. Document de travail, série Études et recherche no 131. Août 2014. DREES.

2. Lina-Granade G, Truy E. Stratégies diagnostique et thérapeutique devant une surdité de l’enfant. EMC - Oto-rhino-laryngologie 2015;10:1-15 [article 20-190-C-10].

3. Loi no 2005-102 du Code de l’éducation du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. www.legifrance.

gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000809647&categorieLien=id 4. François M, Boukhris M, Noel-Petroff N. Schooling of hearing-impaired children and benefit of early diagnosis. Europ Ann Otorhinolaryngol 2015;132:251-5.

Références bibliographiques

Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

Cours

Dissection endoscopique de l’oreille moyenne Institut d’Anatomie, faculté des Saint-Pères

Paris, les 9, 10 et 11 octobre 2018

Sous la direction de : Pr Olivier Sterkers, Dr Daniele Bernardeschi Renseignements : [email protected]

Agenda

Références

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