LETTRE
DE SAINT LOUIS
Aux Princes du Sang.
LETTRE
DE SAINT LOUIS,
Aux Princes du Sang.
J E
viensd*apprendre,mes
cheirsEnfans^’la plus fingulière 6e la pluséconnanrc des nouvelles. Si dansle célefte fejour
on
pou- voir s’affliger ,mon bonheur
auroic étéaltéré en l’apprenant.
Comme on
n’eft pas fufceptiblede douleur dans le Ciel ,je n’ai lu qu’avec furprîfe votre' Proteftation con- trôle Roi, enfaveur de ceux qui ne vou- loient luilaiflérque
l’ombredelaRoyauté, Regarder pour euxfeulsla puiflance réelle.S’il pouvoirarriver dans le Ciel des faut- fes nouvelles , des ouvrages clandeftins , je n’auroispasdouté
un
inftantde leurfup- polition *5 mais tout ce qu’on nous dit eft vrai, parceque le
menfonge
nefauroit en- trer dans le féjour des bienheureux.A
2.[
4
]fuis
donc
bien certainque
la Proteftation cftvotre ouvrage > c’eft-à-dire ,qu
elle eft faite avec votreconfentement
,que
vous l’avez fignéc. Je vousavoue
,que
fimon
frère Charles d’Anjou , &c les autres Princesde mon
fangm’en
eulTent fait au-tant lorfque je fis
mes RéglemCns
, l’irré-gularité
de
leurprocédém’auroit peut-etredonné
affezd’humeur
pourme
faire per-dre tout le fruit
de mes
vertus. Je rendso-racesauCiel
de ne
m’avoir pasmisàcette L’avocatdu
diable auroit peut-êîre
eu
tropbeau
jeu àma
canonifation.J’admirelatranquillité
de mon
arrière petit-filsLouis
XV
,&
je louede
toutmon cœur
fa
modération
à votre égard. Cela feulme
prouve
la jufticede
fa caufe.On
fc fâche rarement,lorfqu’on ala raifonde
foncôté.Je feais (car
on
faittout dansleCiel)que
votre intention
n
ajamais ete& ne
fera ja-mais
de
troublerl’Etat.Mais
fi cclapouvoit arriver, vous en feriez lacaufefansle vou-loir ,
&
vous n’en feriez pasmoins
coupa-ble
de
tous les malheursde
la Nation. Sa-[ s 3
chez
qu’on ne peuc ébranler leTrône
^
fans ébranler Tappui qui vous foutient.
Revenez
donc,mes
chersEnfans,dcserreursoù
vous plongent desâmes
perfides , quine
cherchentà vous divifer, à vousdéta*cher defarbre 5
que
pour vous perdretous avec plus de facilité.La
calTationde
TancienParlementeftla caufe destroublesquivousagitent.Voyons
fi Louis
XV
apu
faire cecoup
d’autorité,ou
s’ila entrepris au-deflus defa puiflance.Pour
éclaircir ce point,jevousdemande
àvous-même
fi les Parlemens ont leur exif tanceindépendamment
des Rois >ou
s’ilsla tiennentd’eux. L’ignorance laplus pro- fonde
de
l’hiftoircde
France>& de
laconf
titution
de
notreMonarchie, ne
fauroic aller au point de foutenirque
les Parle- tnens fontParlemenspar
lagrâcedeDieu^
Ilsn’ont jamais ofé
(quoiqu’ils ayent beau-
coup
ofé) avancereux-mêmes une
pareille abfurdité \ ils fontmême condamnée au
feuquand
ellea ofé fe montrer. Ils fontconvenus
dans tous lestemps
, qu’ils
ne
A
ytenoient leur autorité
que du Roi
,comme
le
Roi
ne rient la fienneque de Dieu
: ceprincipe,clair
comme
lejour,une
foi' pofé,je vousfais encore,
mes
EnfanSjune
petitequeftion
:LeRoi
peut illesrenvoyer,quand
ilsrefufent d’exercer leurs fonérions, &:eit mettre d’autres à leur place; ou nelepeut-
il pas ; S’il le peut,pourquoi,
mes
Enfans,cetee fcandaleufe Proceftation
de
votre part contre l’exercicede
ce pouvoirîEt
s’il
ne
le peut pas (c’eftà vousque
je m’a- dreffeDuc
d’O....): vousne’pouvezdonc
pas renvoyer l’Abb.e
de
B,..!, VosGenrils-hommes &
vosEcuyersrefterontchez vousmalgré
vous ; Si pourront,quand
1envieleur
en
prendra, retuferde
faire leur fer-vice auprès
de
votre perfonne. Les Jugesque
vous avez établis dans les terresquç
lesRois vous ont
données
, pourront aufli vous défobeir ,&
vousne
pourrez pas lesrenvoyer: carje nevoispas par quelleLoi
vous
pourriez renvoyer vosGens quand
vousen
feriezmécontent, & que
leRoi
ne
pourroit pas renvoyerlesûçosapresd.es[7
]défobéiffanGesréitérées , Se
même
desou- trages .redoublés. Je. fais bi^enque
vous dire? ,.qui! y a une grande difFérence imaisje fais bien aulE,
queni
vous^nivotrQ Gonfeii, ni vosAvocats
, ne pourriez ja- maisme
le prouver. Si vous aviez ledroi^detout faire chez vous, Sc
que
LouisXV^
ne pûtrien faire chezlui, votre condition feroit bien plus avantageufe
que
la fienne»Ce
neferoiepas lapeine d’êtrefainede
la famille: Il feroit biende
vous céder fon droit daînefle j mais,vousnen
voudriez pas à ceprix-là^Quel
preftige a-t-ondonc employé
pour vous engager àune
telledémarche
j’ai
beau
chercher le motif qui peut vous y avoir portés , je ne puis pas le trour ver.Tous
lesSaintsdu
Paradisny. enten- dent rien.C
eft le feulévénement donc
nous ignorons’ la caufe. Je fais, bien
que
vousayezprispour
prétextefintérêtpublie, lapropriété des biens., les Loix fondameiirtaies
du Royaume. Mais un
prétexte>mes
çhersEnfans, neftpasune
raifon. Pouvez-A 4
tn
vouspemfeif
que
LouisXV
>en
ctabliffantune
Loipour
lafuretédu
Trônerait voulule renverfer?
Qui
eft-ce qui cft plus inté- felTéque
lui à lafélicité publiquej àmain- tenir la poffelfion des biens danschaque
famille, ôcà conferver lesLoix
fondamen-
tales
de
laMonarchie
^Ne
faît-il pas quilne
poffede fonRoyaume
qu’auxmêmes
titres
que chacun de
fes Sujets poffede cequ’il a , ôc qu’il n’eftpas plus le maître
de
prendre au dernierde
fes Sujets fa chau- mière,que
vousdetous les Parlemens en- femblene
fêtesde
toucher aux droitsd^
fa
Couronne
?Un
desplus inconteffablesde
fes droits>eft
de
confier fonautorité à quiil luiplaît,&
de la retirer des mainsde ceux
quien
abufent. Les Parlemens , parmi tous lesparadoxes qu’ils ont avancé,n’ont jamais oféproduire desaffertionscontraires à cet- te vérité. S’ils
ne
l’ont pasfait, ce n’eftpasmanque
d’envie: c’eftque
leurcaufe alorsauroit été trop
évidemment
mauvaifej leshommes
ne fe laiffentféduire parlemen-
' [ 9 ]
fonge,
que quand
ila lesapparencesde
la vérité. L’erreurà face découverte , telleque
l’auroit été lamaxime
, queles Parle-mens
tenant leur autoritédu Roi
, leRoi
nepeut pas
leur retirer en cas de préva-rication
ydomdxt
paspu
percer àl’Hôpitalmême
des Petites-Maifons.S’il eft
donc
certain&
indubitableque
l’autorité desParlemens n’eft qu’une
éma-
nation
de
celledu Trône
,que
la Juftice eftla Jufticedu Roi
Scnon
celle desPar- lemens,comme
lesarmées fontles arméesdu
Roi,& non
pasde ceux
qui lescom-
mandent
à{aplace-, pourquoileRoi
n’au- roit-ilpas le droitde
retirer faJuftice desmains de ceux
quirefufentde
la rendre,
&
la confier à d’autres,comme
il peut re-tirer le
commandement de
l’armée àun
Général&c ledonner
auMaréchal
D....îDans
touslestemps
,fous touslesrègnes,on
avu
les Rois renvoyer dçs-MiniftreS) qu’ils s’étoient aflbciéspour
les affairesde
l’Etat , il
ne
pourroient pas renvoyerceux
qu’ils fe feroient aflbciéspour
l’ad-.]«b]
miniftfation de la Juftice ?
De
quelle na- ture feroient"ilsdonc
cés Magiftrats , û,' (quoiqu’ils fiflent), ils étaient immuables^Si
en
ccflanc l’exercicede
leurs charges., Hs ne pouvoient jamais les perdre , s’ilspouvoient défobéir, 6^
ne
jamais êtrepm
nis 3 le dernier Confeiller feroic alors
un grand
fot de permettreaux
Princes , aux Pairs,aux Maréchaux de
France, des’af?feoir devant lui.
’ '
. Ecoutez,.
Comte dè quand
leRoi
,vousretira le
commandement de
l’arméepour
ledonner
àun
autre, regardâtês-vous celui-cicomme un
intruse Les Officiers &:les Soldats
de
larméc'(quoiqu’ilsvous re- grétaffenfbeaucoup,)
refusèrent-ilsdere-îconnoîtrevotre fucçefleur
& de
lui obéir?Quand
leDue de C
aunpm du Roi
,
réforrna.à lapaix
une
quantité prodigieufs d’exceUensOfficiers,parcequ’ilspovtoienc^perruque, y eut-il la rnpiudre contradicr
tion? .
•
En
vérité,mes
chers Enfans, vous vousêtes entêté d'un préjugé bien fmguliçr,^^
[”]
vous avez époufé
une
caufe qui auroitdâ
exciter
en
vous la plus forte indignation.Nous
favions bien, dans le Ciel,'que
de-puisquelque
temps
en Franceles opinionsles plus abfurdes prenoient la place des plus refpeftables n^aximcs mais,
en
vé-rité, nous n’aurions jamais
pu
prévoirque
les chofcs iroiçnt au point
où
elles font^arrivées. Dieu, qui lavoit prevu de toute éternité , nous a avoué
que
s’il pouvoirêtre étonné
de
quelque chofe, il le feroitde
celle-ci. Il nous a réjoui enmême-
temps,
en
nous difantque
le preftigene
feroit pas long,
& que
lesPrinces_demon
Sang
puniroient bientôteux -memes
lesauteurs
de
l’étonnantedémarche
qu’ils ontfaite.
Oui
, mes'çhers Enfans ,quand
le voilede
l’erreur feratombe
, vous ferez fueprisd’avoircombattu
l’autoritéRoyale,
&
d’avoir effayé (pour ainli dire,) défairedefeendre
du Trône mon
arrière petit-Fils, votre parent, votre maître, votiebiem
faiteur , pour y faire
monter une
troupe deM^iWOiifecs.La
poftérite ne pourrapa§[il]
le croire. PailTe
même
ün pareil trait ne»tre iamais inferit dans les Annales
de
laMonarchie
lVous
dites;pour
votrejuftification,que
les
Parlemens
fcfont toujours occupésdu bonheur
public^ qu*ils ont toujours dé-
fendu
les droitsde
laNation
contre leDefpotifme
, de
que
c"eftpour
cette raifonque
vous vous êtes rangésde
leur cèté.Vous ne
penfez pas ceque
vous dites:Vous
faveZj auffi-bienque moi,
qu*ils ont toujours été plus occupés des prérogati- ve^de
leursCharges
,
que de
Fintérêtpu-blic. Ils
nont
jamais fait des coupsd
éclatque pour
ce qui les regarde.Quelques Re- montrances
d’pourlaforme
3 étoient Icfeul fervîce qu’ils fe contentoièntde
rendre àla
Nation
j ce n’étoirque pour
leurs pro- pres affaires'quils réfervoient cette opiniâ- treté conftante, qui ^ depuis quelques
temps
3 etoitdevenue
leur cara&ère. IlspolTédoient fur-tout, dans
un
dégré fu-blimcj lart
de
lier^de confondre
^ d’iden-tifier leur caufe perfonnelle avec la caufe
[^^3
publique ,
& de
perfuaderaux
fots ; qui font toujours leplusgrand nombre
,
qu
ilsétpieht les martyrs de laliberté publique
,
lorfquilsn’étoient
que
les viftimesde
leurs ambitieufes prétentions.Mais
quiconquct^fait réfléchir, ce qui eft très«rare,
ne
lesa jamais apprétiéque
cequ
ilsvalent.Vous
ditesencore, mes
Enfans, quil faut des barrièrespour
arrêter le pouvoirarbitraire. Voilà le
grand mot,
lemot de
ralliement , lepouvantaildont
les Parle-mens
fe font toujours fervipour
effrayer la Nation.Eh
! qui doute quil faut des barrièrescontre la puiflfanceabfolue?Mais
ces barrières exiftent
indépendamment de
l’ancien Parlement,
&
ces barrières fontlesLoix
que moi, que mes
prédécefTeurs,& ceux
quim’ont
fuccédé, avons faitespour
la sûretédu Trône pour
le bon- heur de nosSujets.Ces
Loix fontfacrées, elles font éternelles,&
LouisXV,
dans tous fes Edits, n’a pasplus porté d’atteinte à ces Loix qu’à cellesdu Corps Germani-
que.Il eft vrai. Princede C
qu’il n’aÎHl
pas refpe£i:é totit-à-fait celles del’Ordre
de Malte
5 j’avoue5Comte
de G. qu’il adonné en
votix faveur une petite entorfeaux Canons de
FEglife > mais vous favez bien lun&
l’autre pourquoi.Cés
chofes^d’ailleurs, rie troublant pas l’ordre public,
&
vous procurant à tousdeux un
très-grand
avantage5 LouisXV.
a cru pouvoirle faire, parce qu’il vous aimoit beaucoup.
Vous
connoîflez trop bien les lorxde
là rcconnoiflànce,
pour ignorer à quoi fan amitié
pour
vous vous engage.Je dis
donc que
leRoi
n’a pointtouchéaux
Loix fondamentales de l’Etat,&
patconféquent qu’il n’a jamais exerce de
pou-
voir arbitraire.
La
liberté nationale , la,propriété des biens dans les familles, la tranquillité publique
&
particulière, les charges, les titres, les dignités, exiftentcomme
dans tous lesRégnés
précedens^comme
dans ceux que 1on
vante le plusj enun mot,
rien n eftchangé de
ce quieftde
l’effenccdu Gouvernement
François :6z vous avez
cependant
protefte contrô[t5]
des innovations qui
n
exiftent point&
quin’exifteront jamais.
Oui
5mes
chers Enfahs,jevous foutiensqu
iln
y a point d’innovation dans ce qu’a fait leRoi
contre l’ancien Parlement.Le changement
de Jugesne change
pas plusl’Etat
que
ne fait lechangement de Mi-
niftresy avec cette différence , pourtant
,
que
les Roispeuvent
renvoyer leursMi-
nières fans
un
fujet bien gravede mécon-
tentement5&
fans motiverles raifonsau
lieu qu’ils fe font fait
une
loi'dene
dé- pouiller les Juges de leurs Charges, Scde ne
les renvoyerque pour
des crimes.Or,
je vous
demande, mes
Enfans, fi leParle-ment de
Paris n’ena pointcommis
encéf- fant, à plufieurs reprifesy l’exercicede
fe|fondions,
& en
foulantaux
pieds les or-dres réitérés
de
les reprendre. Si ce n’eft pas-làun
crime, il n’yen
a plus fur la terre.Le Corps
des Boulangers pourra re- fuferde
fairedu
pain,“celui des Bouchersde
vendre de la viande, dele Soldatde
fc battreun
jour d’affaire.'
[16]
-
Mais
, direz-vous, leParlement a ccffcde
rendre la Juftice,pour ne
pasenregif-, trerun
Edit^uideslionoroit la ^dagiftra- turCjparles reprochesqu’ilcontenoit con-tre clic.
Mais
les réprimandes d’un pèreà
fes enfans
ne
lesdéshonore
jamais, elles corrigentfans flétrir.D
ailleurs, fi ces rc-primSides
n’étoient pas méritées, lePar-lement
pouvoir prouver quelles n’étoient pas fondées.Mais
les preuvesne
font pasfi aifées
que
les déclamations,on va
toujoursau
plus facile.Quand
leRoi
auroiteu
tortde
lui re- procher fonnouveau
fyftême d’unité,de
confédération avec lesParlcmens de
Pro- vince, &: quelques autres traversque
je pafle fous filence, leParlement de
Parisa
toujourscommis
utl crime,en
refufantde
rendre la Juftice, pour laquelle feuleil étoit fait.Si lesBoulangers, aceufés eux-
mêmes
injuftementde ne
pasdonner
le poids,aulieudefejuftifier,fermoient leurs boutiquesJ ils mériteroientau moins
d’ê-tre décimés,
yous me
direz, en.me
riantau
[i7i
au nezy que
ma
comparaifoû cloche: ilefiivrai,
mes
Enfans, car les Boulangersnont
jamais faic ferment de faire
du
pain,au
lieu que' le Parlement avoit fait celui
de
rendre la Juftice."Vous direz encore qu’ila ceffé fes fonc- tions, parce
que
leRoi
lui défendoit, par
le
même
Edit, delui fairedesRemontran-
ces.
On
ne peut perfuader cette faiiffeté qu’à ceux'qui ne favent pas lireÿ&
affuré-ment
votre fiècle n’eft pas dans ce cas-là>•puifque le
moindre
Laquaisafa petite Bi- bliothèque,& que
la plus mince'Cuifinièremanque
fouvent fes ragoûts pour n’avoir pas quitté à temps fa petite Brochure. Li-.fez
vous-même, mes
Enfans,l’Editen
quef- tion, ôc tous les autres qui font fuivi, ôcvous verrez
que Louis XV, comme
tous fes prédéceffeurs,ordonné
de lui faire desRemontrances,
au lieu de les défendre.Vous
verrezque
bien loin de né vouloirpasentendre la vérité,'il invite les Parle-
mens
à la lui dire.Vous
verrez qu’il exige d’eux'qu’ils lui faffentpart.de leurs lumièrB
I
ïèS,
&
qu’il les meiiàfcedu
plus profondméprisj s’ils énregiftroient aveüglémenti Voilà
comine
il a toujours parlé a fesTri-bunaux
5Voilà lelangagedes Rois fes pré- déceffeurs-,&
l’dh ofe diteque
leRoi
dé-fend
lesRërnofatranceS au Parlementpour
établirle defpotifmc?Sachez,
mes
Enfansjqu’ils rie tiennent
que
des Roisledroitdé
leur
en
faire; Cettéconceflioneftdevenue une
loique Louis XV
a confirmée auffifortement qu’aucun
de
fes PrédécefléürS.Mais
toutes les chofes ont desbornes-,&
celles qui n’en ont jioint,
ne
durent pas long-temps. L’ancien Parlement h’a finique pour
avoirvoululesfranchir.Louis XV,
n’a point
(comme On
l'e dit fauffement)augmenté
lesbornes preferitesparlesRoisfes prédécéffeursj il n’en àpointétabli
dé
nouvelles -, il n’a faitque
rappéller les an- ciennesj dansun
tempsoù
l’on fé faitun
devoir de tout oublier.La
bontédu Roi
, à l’égarddu
Parlementdé
Bretagnej èft là eauféde
la pertedé
celui
de
Paris. Si, lorfque le premier eut[l?]
donné
fadémiffion,Louis XV
rie l’eûtpaâ rétabli dans fa totalité, la paix feroit dansle
Royaume;
L’impunité enhardit ccàMa-
giftrats5 ils crurent qu’on ne pouvoir pas
lespuriir, parce qu’onne lespunilToit pas.
Ilsattribuèrent à l’impuiffanceCequin’éroit
dû qu
à la clémence. Lesautres Parlement crurent la iriêmè chofe 5 voilà ce que c’eftque
de rie pasarrêter àtemps
les gens qui s’égarénf.Pour
être tropbon
dans uiitemps,
on
eft forcé de déployer toute larigueur des loix dans
un
autre. Oui,mes
EnfanSie’ellde l’Armoriquefeuleque
font parties ces noires vapeurs,ces vapeursemî
poifonnéèsi qui auroient irifedé toute là Frarice, fiLouis XV
rieles âvoitpasdiffi-pées par
un coup
d’autoritéidevenu
abfü^'lument
néceflairc.Une
nécelfité abfolue ayantdonc
forcé leRoi de
cafler l’ancien Parlement, il ëità créé
un nouveau,
qui aprécifément, &c fans reftridion, lamême
autorité&
lesitiêtriesdroitsqu’avoit le premier.
Ne
pou- vant pas,parlairiultipliçjtéde
fes affaires|
B
àjjugcr lui-même la Nation, il lui a
donne
desnouveaux
Juges. Sans douteque
cequ’il a le droit
de
faire par lui-même,
ilpeut lefaire faire par d’autres ,
&
parceux
qu’il lui plaît de choifir. Cette vérité eftfi confiante,
que
les Parlemenseux-mêmes ne pouvant
pas la nier, fe font retranchesà
l’éluder dans desdilcours entortillesque
bien des gens lifenc avec plaifir, précifé-ment
parce qu’ils ne les entendent pas,&
dans lefquels ils ne voient
que
des vérités,par la raifon qu’ils
ne
font pleinsque de menfonges.
Pourquoi donc,
mes
chers Enfans, fouf- frez-vousque
l’on dife, Pourquoi faites-vous
entendrevous-memes que
les nou-veaux
Juges créés par celui qui fcul a le droit de les choifir, nefontque
desintrus; ilsleferoient finsdoute, s’ils étoient Jugesmalgré
le Pxoi: mais pointdu
tout, c’eft leRoi lui-même
qui leur a fait 1honneur de
les choifir.
Convenez que
le.mot à
intrus n’ajamais été plusmal
appliqué,&
qu’onja’ajamais pouiléfiloin1abus des termes.
[ 2-1 ]
On
éclaterott de rire fi quelqu’un s’avi-;foie de dire
que M. de M.
eftun
intrusdans le Miniftère, parce qu’il a accepte la place
du Duc
de.....Par refped pourma
Sainteté : vous n’ofez pas
me
direque ma
comparaifon eft ridicule.
&
qu’il y a biende
ladifférence.Oui, mes
chers Enfans,il y en a
une
très-grande ,M.
deM
.... apris la place d’un
homme
qui auroitvoulu,la garder, Sc les
nouveaux Membres qu
Parlement ont prisla placeque
les anciens avoient librementquittée,enceflantl’exer- cice deleursfonaions.Or,
je crois qu’ondit encore de votre
temps
ce qu’on difoitdu
mien.Qui
quittelaplacelaperd.Vous
me
reprocherez déme
fervir d’une expref-fionbientriviale;eh,
mes
Enfans,nevoyez- vous pasque
c’eft pourme
faire entendreîNe me
chicanez-pasfurlelangage,nousau- trèsSaintsfaifons plus d’attentionaux cho-fes qu’aux paroles.
Ne
vaut-il pasmieux
parler
comme
les autres ,&
qu’on nouscomprenne
,que de
s’exprimeren beaux
termes,fans qu’on puiffe nous entendre iB
Enfin,
moi,
qui connoîsmieux quevou^
|aconftitution fondamentale
du
Royaunie,îc vous aflurç
qu
çUeu
eft point changée.Quoi
, parçeque
l'Ahbéde
B. parceque
MM.
P. B.M. N.
F. G.' L. S. R. &c.ne
font plus Juges, vous croyezque
tout eftperdu?quelavériténe pourraplusparvenir auxpieds
du Trône
?Vous
vous faitesbiende rhonneur
j vous en faitesbeaucoup
aux Pairsj vousen
faitesbeaucoup
au reliede
la Nation. Ils étoient
donc
les feuls quifulTeiitparler3^direvrai?
Le Roi
vouslailTedans tout fon entier, la liberté
de
lui dire ia vérité, conjointement avec lenouveau
Parlerpient , je vous aflure qu’il vous écoutera toujours avec pkifir
, qu’il profi- tera
de
vos lumières^ qu’il vous faura grédel’avertir,quand on
letrompera réel-lement: mais il fera fur fes gardes
quand
cette aceufation
ne
feraque vague &
def-muée
de preuves. Ij ne faitque
tropque
renvie qu’on porte aux gens en placO, mérite qu’on exarnine de près les pro|>o^.qu’elle faittcniio -
[^51
Je vous dîs
donc
,mes
çhers Enfaiis , 6i^)evousrépète,
que
1^ conftittitionde TEcatIleft poinc
changée
,^ qu
çEç lo feroiçirès-çertainerpenE, file fyftêniç des Parle-
mens
avoir prévalu.La
Juftice çnFrance
appartient fi bien auRoi
feul, ôc lui a fi bien appartenu dans tous les temps,que
’lorfquç je régnois fur les François, je'
me
faifois
un
devoir,quand
je le pouvois, d€juger
moi
'meme mes
Sujets. Alfis au pied 4’un arbre dans le boisde
Vinçennes, j’yi^ppellois les Plaideurs,
&
après les avoirbien entendus
( car je voulois entendre, avant
que
dejuger), je rendoismon
Arrêt félonDieu
Ôe en confciençe.Eh,
plut au Ciel qu’onen
eût toujours fait autant au.Palaisl
Lorfque le trop
grand nombre
de Plai- deurs neme
permettoit pas de finir leurs, affaires (car j’aimoisbeaucoup que
les afi faites finîffent), alorsj’appelloisàmon
fer coursun
SiredeNefle, unSirefieJoinville,&
autres, enquijeconnpiffoisde
laprobitédçs lumièresj je les établiffoisJuges, 04
B ^
[i4l
après le jugctnentlesPlaideurs
mêmes
quiavoient
perdu
leurs procès , béniffoient leurs Juges, parce qu’ilsne lesavoient pas ruinés parles longueurs&
les frais despro-cédures,
&
parce qu’ils étoient bien per- fuadés qu’ils n’avoientperdu
que parcequ’ilsavoient tort.
Les Juges
de mon temps
n’ont jamais prétendu pouvoir juger malgrémoi
3&
fiun
demes
repréfentans, en buteàlafureur d’uneNation
inquiète &: turbulente, avoit été attaquépour
avoir fait exécutermes
ordres,
que
calomnié d’une manière atro-ce5je lui euffepermis de fe juftifierdevant
un
Tribunal, &: de confondrefes ennemis5qu’enfuite pour des raifons d’Etat,
dont
les Rois ne doivent
compte
à perfonne^&
qu’après avoir fur-tout apperçu de l’ani-mofité
&
delapafliondanslesJuges, j’euffejugé
moi-même
cette affaire, &:reconnu publiquement
5 par des Arrêtsde^mon
Confeil, l’innocence
&
labanne
conduitede mon
Repréfentaiic ,on
nauroit pointvu
des Juges mutinés, échauffés,&
par-là3evenus partie, proreftcr contre
mon
jti3gemenc
,&
mettrelefeudansleRoyaume
^pour n’avoir pas permis
qu
ils affouvîflent leurrage contreuneproieque
jeleur aurois arrachée.Lestêtes des Juges étoientmieuxfaites de
mon
temps ^ ils reconnoifToiencun
maître3 ils ne vouloientpoint l’être, voilà pourquoi tout alloit mieux.'Je vous parle raifon
mes
Enfans, de vousme
regardez, peut-être,comme un
radoteur j car votre fiècle fe croit fi fupé- rieur à tous les autres
,
que
vous ne penfez pasque
dans lemien on
pût avoir le fenscommun
: il efl: vrai que dans le vôtreon
bavardebienplusproprement
deavec plusde méthode,
de quevos difeours courent avec tant de légéreté, qu’on a bien
de
lapeineàlesfûivre.
Une
chofeencore parla- quelle vousêtes fortau-deflusdetoutes lesnationsanciennes,c’eftvotreton tranchant qui en impofe à tous ceux qui ne veulent pas fe
donner
la peine 'de penfer y {de cen’efi: pas le plus petit
nombre
).En
effet,'jçommeiit pourroit-on ne pas prendre lc$
Ii6j
pienfangcs
pour
des vérités, dèsqu on
le^^rpie
avec tant d’affuçance >Da^s
lesfièçles
où
lesmenteursrQUgijfroient^on ne
pouvoir guère en*être la4ups
mais dansîé vôtre,
où Ton
ne rougit4^
rien,com- ment
pourroit-on les reconnottre ?Vous
avez encoreun
très-grandavantagefur lesAnciens
: vous favez parlerde
tout fans rien favoir jde
fHiftoirede
France fur- çout,&
des loix fondamentalesdu Roy
au*^me
5 qui font dans labouche
de tout lemonde,
Sçqui ne font dansla têtede
per-r:(onne , enfin, le François eft fi éclairé au^
iourd’hui, qu'il n'y voit plus a force
de
lumières.
Mais
la meilleure chofe, la çhofe par§xçellençe
que
vous avez lebonheur de
pofTéder exçlufivementàtous lesPeuples tant anciens que
modernes
, c'eft la quan-tité
de
petites tnaîtreffesque
renfermela feule ville de Paris : elles
donnent
le ton dans toutes lescompagnies,
de plu- fieurs Confeillers au Parlement ont con-sulté ces oracles pour fayqirs ijs devoienÇ'
quitter
ou
reprendre leurs fondionsyèî
voilà-pourquoi ils fe fontli bien'conduits^Ce ne
fontplus àpréfentlesMaréchaux de
Francequi jugentde
l’honneur-, cefont elles :&
en conféquençe, dansle tribunal de leur toilette, elles ont décidé définiti-vement, &
fans appel,que
touthomme
qui a accepté
une Charge de
Magiftrat dans lenouveau
Parlement, danslesCom
feils Supérieurs, fera infâme à perpétuité.
Ce jugement
a paru fi fage,
que
desParlermens de
Province ont voulu avoirlagloire de le copier,&
d’y mettre leurnom>
Et moi
,mes
chers Enfans,je vous fou-tiens, contre toutes vos petitesmaîtrelTeSi, contre tousvos Parlemens
,
que
c’eftfecou-vrird’une gloire immortelle
que
d’obéir à fon Prince dans la plus jufte des caufesjque
le déshonneurn’eftque
dans le crimejque
le crimineleft celui qui refufe d’obéirau
Roi
,& de
fervir fa Patrieparl’exercicedes fondions qu’onlui a fait l’honneur
de
lui confier;
& que
celui qui fait lecon-
traire, mérité des eloges Si la reçonnoi^
[.8]
fance publiquej
en un mot,
je prétends;(
&
dans le Ciel nous ne prétendonsrienque de
jufte)que
c’eft le plus grand hon- neur,que
c’eft lecomble de
la gloirede
braver,
pour
être utile à fes concitoyens,
un déshonneur
imaginaire ,un
fantome^^d’infamie préfenté
au
Public par les en-netnis
de
TEtat. ;Nous voyons
dans le Ciel les chofestelles quelles font. Les paffions,toujours
ennemies de
la raifon& de
la vente ,n’obfcurciffent point noslumières ; le pré- jugé eft banni
de
ceféjour.Egaux
enefpritcomme
entouteautrechofe,nous jugeons d’après nous, &: jamais d’après les autres.'Avec cet avantage, vousfentez bien
que
nous raifonnons toujours jufte,&
quileftimpoflible
que
ceque
nous trouvonsbien,ne
le foiten
effet. C’eftpour
cette raifonque
toute laCour
célefte a applaudi àrétabliflement des Confeils Supérieurs,
&
àlafupprelfion
de
lavénalité des Chargesde
Judicature. C’étoit levœu de
tous lesFrançois
quand
cela n’étoit pas ; 6: à pré-[^9l
fent
que
cela eft,on
sen
plaint,& on va
même
jufqua fouceiiitque Louis XV
n’apas
pu
fairece bienàlaNation.En
vérité,
on
ne faitcomment
vous gouverner. Jevois qu’il faut traiter lesFrançois d’aujour- d’hui
comme on
traite les enfans,auxquelspn
faitdu
bien endépitd’eux-mêmes
j ils_
ne
font reconnoiffansque
lorfquela raifonleur eft venue. Si l’ufage ancien etoit
un
bien, pourquoi la
Nation
fouhaitoit-ellc qu’ilfûtaboli ? Si c’étoitun
mal, pourquoife plaint-elle
quand on
le détruit îMais
c’eft la haine,dit-on, qui a préfidc à cet ouvrage c’eft par efpritde
ven-geance
qu’on 1a fait.Quoique
je fâche lecontraire, je veux fairefemblant de croire ce qu’on dit.
Eh
bien ,qu’eft-ce que celafait àla chofe
même
îOu
elle eftbonne,
ou
elle ne l’eft pas. Si elle ne l’eft pas ,pourquoi la
Nation
entière l’a-t-elle defi- reefi long-tempsî Etfi elle eftbonne, que
vous importe le motifqui l’a laitfaire?Un
pauvre à qui vous
donnez un
louisd
au-mône
par vanité,en
eft-il nioins foulagé,
^iioiqüe votre motiffoie criminel devànt
Dieu^ Croyez-moi
5 laiffez àDieu
ce qui eftde
fon reffort,& ne
vousmêlez
pas defes affaires^
Mais
Paris3 dît-dii , cette ville fi fiorit rfaute3 la reine des Villes, va devenir dé*
ferte.
Mon
dieu,que
vousaimez à
exa-gérerl II
y
aura, il eft vraij' quelques Pro- cureursde moins
j mais je ne voispas par quel endroit ces Mefiîeürs-là ont méritéque
vous les regrettiez : vousen difiez au- trefois tantde mal
j ils ontdonc changé
?Eh
bien, tant mieux. Lesbonnes
chofes doiventêtreégalement
partagées entre les Sujetsdu Roi, &
les Provinces méritent autantfa tendreffeque
la ville de Paris.Les Avocats, dit-on encore,
meurent de
faim6^de
misère.Mais
leur Profefiion eft libre j ils lont répété fi foiivent, quil faut lesen
croire. S’ilsveulentdonc mou-
rirpourl’amourde l’ancienParlement,
on ne
peut pas les enempêcher
: Ce feroit porter atteinte à la libertéde
leur état.Mais
je m’apperçois,mes
chersEnfans^tji']
qtîé je
m’occupe un peu
trop des fckoleâde
li terre^&
qu’il fautque
je finiflema
Lettre;
Mais
auparavantje réfuméde
tout ceque
j’ai dit>que
votre ProteftationeÉ
déplacée j
(
pour ne
rien direde
plus)j
qu’elle eft contraire
aux
droitsdu Roi
, Séquelle eft tendante à la révolte ,fans
que
VOUS Vousen
doutieÉ-, câr(
comme
je vousl’ai déjàdit
) je fais bien pofitiverhent
qué
Vous êtesfi éloignésde
cette idée,que
s’ilpouvoir y avoir des Rebelles dans l’Etat
au
fiijet des affaires préfentes, vous feriez les premiers à prendre les armespour
les détruire.Mais
l’imbécile Publicne
voit pas cela j ilne
jugeque
des dehors, ôtprend
votre ProteftationpoUr un adé
d’hoftilité ; cela eft fi vrai ,
mes
Enfans,
que
3 fans votre imprudentedémarche
5tout feroit déjà finij
on
auroitdéjà oublié l’ancienParlement3 leschofesfetoient ren- tréesdansl’ordre,&
l’Etat feroit tranquille;Jefinis,