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La Malédiction tome 2 remasterisé: course contre la montre, Debvk

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Academic year: 2021

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-Alors, tu me dis pourquoi cette ville est maudite ?

Je regardai le jeune garçon assis devant moi. En peu de temps, il avait su faire preuve de beaucoup de courage. J'étais fier de mon choix. Franck méritait sa place au sein de notre petite bande. Et les filles sem-blaient l'apprécier, ce qui était, en soi, un très bon point.

Je pris une forte inspiration. Il était fin prêt.

Ce jour-là, nous nous étions retrouvés au Snack du coin. L’échoppe se dressait sur une plate-forme au carrelage jaune vif, et

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ar-borait une façade de couleur rose bonbon qui déteignait curieusement dans le coin. Le propriétaire, un vieil homme barbu au re-gard triste, avait fait, il y a peu, l'acquisition d'un ensemble de tables et de chaises aux couleurs vives qui lui permirent de rempla-cer ses inconfortables tabourets dont le rem-bourrage s'amenuisait au fur et à mesure. Juste en dessous, une large route, bordée de pins et d’un trottoir en mauvais état, ser-pentait au cœur même de la petite ville. Comme toujours, il n'y avait pas âme qui vive dans les rues. Mais quoi de plus nor-mal quand on habite une ville maudite ?

-C’est en partie à cause de la sorcière, expliquai-je en redressant mes lunettes sur mon nez. On raconte qu’un sort aurait été jeté sur le village, il y a de ça plusieurs

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siècles par une parente de notre très chère sorcière.

J'étais assez satisfait de mon entrée en matière. Et comme je m'y attendais, les deux filles s'empressèrent de nous quitter pour aller discuter à une autre table, récupérant, au passage, les deux milk-shakes que Sté-phanie avait achetés. Franck parut surpris et il les suivit un moment des yeux.

-Pourquoi ?

-Eh bien… de ce que j'en ai lu, ce serait par vengeance. Tu sais, au dix-septième siècle, les gens ne réfléchissaient pas comme nous le faisons aujourd'hui.

-Je suppose que la ville n’existait pas encore…

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tard, il y a environ quinze ans, je crois.

Je me tournai vers le château, suspen-du à la colline au-dessus de la ville. C’était le début de l’après-midi et le soleil se reflé-tait sur les vitres, le rendant aussi étincelant à l’extérieur qu’il n’était sombre à l’inté-rieur.

-Au début, tout allait bien. Puis, des enfants ont commencé à disparaître mysté-rieusement. Une rumeur est montée jus-qu’aux oreilles des villageois, comme quoi la femme qui s’était installée au château, nouvelle dans le coin, était une sorcière et que c’était elle qui avait enlevé les enfants du village. Plusieurs hommes ont voulu lui demander des comptes et la chasser par la même occasion, mais on ne les a plus jamais retrouvés.

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-Mais je ne vois pas le rapport avec la ville, fit Franck. Le village n’est plus, à pré-sent…

-Le village était encore là il y a environ onze ans. La malédiction, en tous cas, la première, avait été levée. Le village prospé-rait et des projets avaient commencé à voir le jour. Comme la construction de notre ville et la zone industrielle. Comme la po-pulation augmentait, il fallait bien mettre ces gens-là quelque part...

-Mlle Bavent serait coupable ? Ce serait elle qui aurait maudit la ville ?

-Oui, c'est ce qui se dit, dans le coin, approuvai-je en jetant un coup d’œil discret vers les filles à la table d’en face. Les gens disent qu'elle aurait maudit la nouvelle ville

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et détruit le village pour se venger. Ne me demande pas pourquoi.

Franck parut surpris. Mais je savais de source sûre qu'elle seule était responsable. Ses raisons, personne ne les connaissait. Certaines rumeurs parlaient d'un événe-ment qui aurait mal tourné.

-Elle a détruit le village ?

-Elle n’a pas fait que ça… avouai-je d’une voix grave. Comme son aïeule, elle s’en est pris aux enfants. D’ailleurs, comme tu peux le constater, les gamins d’ici ne sortent pas sans être accompagnés d’un adulte.

-Je te ferais remarquer qu'on se balade en ville sans adulte….

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seulement il savait à quoi nous sommes sans cesse confrontés ! Tous ces dangers que nous avions dû surmonter, les filles et moi, bien avant son arrivée.

-Je sais bien, finis-je par dire.

-Qu’est-ce qu’elle a fait des enfants ? -J’ai une hypothèse. Il existe une grotte dans le flanc de la colline. Enfin, pas exacte-ment. C’est plutôt une petite cavité. On y est allés une fois avec les filles. L’entrée était bouchée par une grosse pierre. On y a trou-vé des ossements. Des ossements humains.

-Elle les aurait enfermés là-dedans ? -C’est ce que je pense.

Franck ouvrit de grands yeux, à la fois surpris et horrifié. Je savais qu'il était loin

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d'imaginer la cruauté de cette femme. Moi aussi, au départ, j'avais ce ressenti. Mais malgré toutes mes recherches sur le sujet, je devais me tenir au fait. La sorcière était un monstre.

-Elle ne nous a rien fait, à nous. Si ce que tu avances est vrai, pourquoi nous a-t-elle laissé partir ?

C'était difficile de répondre à ça, car j'en étais tout aussi étonné que lui. Lorsque je compris que nous étions piégés au châ-teau, je m'étais mis dans l'idée que nous vi-vions alors nos derniers instants. Quelque chose l'avait empêché de nous faire dispa-raître. Quelque chose ou peut-être même quelqu'un.

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l’air sombre.

Installées à la table en face, j'entendais mes deux amies discutaient de nos aven-tures dans le château et des exploits accom-plis pour se soustraire des nombreux pièges que la sorcière nous avait tendus. Je me mis à rire lorsque Stéphanie jugea Mlle Bavent de « folle à lier ». Je savais qu'elle était bien loin de l'être, en tous cas, pas plus que cer-taine personne dans cette ville. Après tout, c'est bien nous, qui nous sommes, pour ain-si dire, invités chez elle. Et ce bien que je restais persuadé qu'elle avait fait en sorte que nous venions. Ce n'était pas un hasard si nous l'avions rencontrée à la librairie.

Je quittai la table pour les rejoindre. Caroline cherchait à convaincre Stéphanie que la sorcière était tout à fait normale et

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j'avoue que ses arguments étaient un peu ti-rés par les cheveux. Comme j'arrivai à leur hauteur, Caroline leva les yeux vers moi.

-Si nous allions voir Jean-Charles, me dit-elle. Franck pourrait faire sa connais-sance.

-Et puis, ça fait un bout de temps qu’on n’est pas allés le voir, ajouta Stéphanie en fi-nissant son milk-shake.

Je hochai la tête. Jean-Charles était l'épicier de la ville, le seul et l'unique. Et il était notre ami, aussi. Notre première ren-contre remonte à trois ans environ et ce fut Caroline qui me le présenta.

Il est assez rare, par ici, qu'un adulte ait réellement conscience des dangers de cette ville. Mais Jean-Charles était toujours

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au courant de tout. Et il me tardait de lui présenter notre nouvel ami.

-Tu verras, lançai-je à l'intention de Franck, Jean-Charles est vraiment un chic type.

Nous quittâmes le snack et marchâmes d'un bon pas jusqu’à l’épicerie, un peu plus haut à l’angle de la rue.

En arrivant devant le magasin, je vis l'homme penché dans le coffre de sa four-gonnette. Visiblement, le magasin avait be-soin d'être ravitaillé. Lorsque qu'il nous re-marqua, il nous fit signe d’attendre, en nous indiquant la petite terrasse.

-Jean-Charles, lui dit Caroline lorsqu'il nous rejoignit, je te présente Franck. Il est nouveau en ville.

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Il sourit. -Salut !

Il n'eut guère le temps de dire autre chose. Stéphanie se hâta de lui raconter les épreuves que nous dûmes surmonter dans le château d’Élisabeth Bavent. J'aimais beau-coup la façon qu'il avait d'écouter nos anec-dotes. Toujours avec l'attention d'un élève devant son professeur. Caroline intervenait de temps à autre pour agrémenter le récit de détails juteux et quelque peu exagérés, comme à son habitude.

Je pense ne pas me tromper en affir-mant que Jean-Charles connaissait très bien la sorcière. Je savais qu'elle venait parfois à l'épicerie. Je la soupçonnais d'ailleurs d'être bien plus qu'une simple connaissance à ses

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yeux. En même temps, quel homme pour-rait ne pas être sensible à son charme ?

Avant de partir, Jean-Charles nous of-frit, comme à l'accoutumée, une poignée de bonbons, Il me sourit, serra la main de Franck et adressa un clin d’œil aux filles.

-A plus tard Stroumphfette ! Lança-t-il à l’intention de Caroline.

-Eh ! Ne m’appelle pas comme ça ! Pro-testa celle-ci, en voyant Stéphanie glousser tout doucement. Pas devant mes amis !

Ce surnom, cela faisait un moment qu'il l'utilisait. Et je trouvais qu'il lui allait comme un gant. Je me souviens que l'épicier m'avait questionné, un jour sur Caroline. À l'époque, je ne comprenais pas l'intérêt qu'il lui portait. Mais même si ses questions me

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paraissaient anodines, je savais à présent qu'il aimait cette gamine comme sa propre fille. D'ailleurs, Caroline ne jurait que par lui et il était rare qu'elle n'aille pas le voir. Un lien fort les unissait.

L’épicier nous adressa un clin d’œil amusé lorsque son regard se trouva attiré par l’éclat pourpre du bijou qui pendait à son cou. Je remarquai aussitôt sa mine sou-cieuse.

-Tu as eu ça où ?

-C’est la sorcière qui me l’a donné, l'in-forma Caroline. C’est gentil, n’est-ce pas ?

-Euh… oui, dit-il, sans lâcher le bijou des yeux.

Mais il était bien loin d'en être rassuré, ça se voyait. Il fit un pas dans la direction

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de Caroline et prit le pendentif au creux de sa paume gigantesque. Aussitôt, je le vis frissonner puis sursauter à son contact, comme s'il avait mis les doigts dans une prise électrique. Le bijou lui échappa des mains et émit un curieux bourdonnement en atterrissant sur le carrelage. Caroline s'empressa de le ramasser.

-Tout va bien, demandai-je en remar-quant sa mine troublée.

Il secoua la tête.

-Euh…. oui, oui…. dit-il en se massant les tempes. Caroline, s'il te plaît, viens avec moi quelques minutes. Je voudrais vérifier quelque chose….

Ce bijou ne devait pas être qu'une simple pierre précieuse à ses yeux. Franck

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m'adressa un regard inquiet alors que Caro-line hésitait à le suivre. D'un mouvement rude, il lui attrapa la main.

-Je n’en ai pas pour longtemps, ajouta-t-il à notre intention.

Curieux. Je ne le connaissais pas aussi brusque dans ses mouvements et j'avais comme l'impression que le fait de savoir que le bijou avait probablement appartenu à la sorcière l'inquiétait plus que de raison. La pauvre Caroline, tout aussi surprise que moi par sa nervosité soudaine, trottina der-rière lui sans rien dire.

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Il poussa une cagette d’un coup de pied et s’immobilisa devant la porte de l’ar-rière-boutique, nous abandonnant, Franck, Stéphanie et moi au milieu du magasin.

-Où on va ?

-Ne t’inquiète pas, la rassura Jean-Charles en tournant la vieille poignée en fer. Avec une courtoisie qu’elle ne lui connaissait pas, il la poussa dans l’arrière-boutique. Caroline fut assaillie par l’étrange odeur qui régnait dans la pièce, un mélange de fleurs et de fruits pourris. Il faisait sombre et elle se cramponna à l’épicier qui avançait à l’aveuglette pour tirer le cordon du plafonnier.

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Caroline qui remarqua les fioles et les pots de plantes séchées.

Elle était stupéfaite. Si elle avait bonne mémoire, sa panoplie ressemblait étrange-ment à celle qu’elle avait vue dans le châ-teau de la sorcière à quelques détails près. Était-il un sorcier lui aussi ? Comment était-il possible que, depuis tant d’années, elle n’eut jamais soupçonné son petit manège ? Elle fronça le nez. L’odeur était vraiment désagréable et elle se demanda comment l’épicier pouvait supporter de garder tout cela ici. Elle porta son attention sur un bocal qui contenait une racine à l’apparence bien étrange. Une étiquette à moitié abîmée par le temps, affichait les lettres M, A, N, D, puis, plus loin, un O, et un E. De par son manque de connaissance en la matière, il lui

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était impossible de savoir avec précision de quoi il s’agissait. À l’autre bout de la petite pièce, l’épicier s’était affairé devant une table où brûlait une petite flamme bleue. Un coffret brun contenait plusieurs tubes à es-sai, chacun renfermant un liquide aux cou-leurs et à l’aspect étrange. Il manipula trois fioles qu’il remua doucement et se tourna enfin vers elle.

-Donne-moi ton médaillon, Caroline, ordonna-t-il d’un ton brusque.

La fillette s’exécuta sans broncher, quoique un peu surprise par la brutalité de ses paroles. Elle souleva sa chevelure et dé-crocha la chaîne dorée où se balançait le pe-tit pendentif qu’il fixa un instant, comme absorbée par l’éclat du joyau. Elle le tendit à l’épicier d’une main hésitante. Bien qu’elle

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ne dît rien, il devina sans difficulté les ques-tionnements qui la submergeaient.

-Je suis passionné par l’alchimie et la science des plantes, lui expliqua-t-il alors qu’il versait un liquide jaunâtre sur le pen-dentif. J’avais fait des études de pharmaco-logie mais… eh bien, j’ai échoué. Du coup, je garde mon petit laboratoire et vends, de temps à autre, des petits sachets d’herbes et de plantes séchées. Ou du moins, j’essaie…

-T’es bizarre… conclut la fille d’un ton lugubre.

Une épaisse fumée monta dans la pièce. Caroline toussa bruyamment et se boucha le nez.

-Qu’est-ce que tu fabriques ? S’étran-gla-t-elle en plissant les yeux.

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Jean-Charles ne parut pas sans formali-ser et attrapa de nouveau sa main.

-C’est bien ce que je pensais… lâcha-t-il en l’entraînant hors de la pièce.

Agacée, Caroline le lâcha brutalement. -Et si tu m’expliquais ? Tu pensais quoi ?

L’épicier l’escorta fermement jusqu’à la boutique, alors qu’elle tentait une résistance à ses grosses mains de bûcheron. Accablée, elle poussa un grognement contestataire. Stéphanie et moi nous hâtâmes de rejoindre notre amie.

-Qu'est-ce qu'il se passe, voulut savoir la jeune fille à mes côtés.

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Je ne l'avais jamais vu aussi agité. Il leva les yeux vers moi.

-Ce médaillon contient un maléfice, dit-il en le posant sur la table du comptoir.

J'eus un hoquet de surprise. Sur le mo-ment, personne ne parla. Pourquoi la sor-cière aurait-elle ensorcelé ce bijou ? Et pour-quoi l'avait-elle offert à Caroline ?

-Mais…. pourquoi ?

En guise de réponse, Jean-Charles se-coua la tête. Sa nervosité le trahissait à vue d’œil et il se mit à pianoter sur les touches de la caisse enregistreuse dans un brouhaha agaçant. Puis, son regard se perdit vers la vitrine du magasin.

-Est-ce qu’elle t’a dit quelque chose, Caroline ?

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-Elle m’a juste dit qu’elle me connais-sait depuis longtemps… pourquoi ?

Je compris alors pourquoi la sorcière semblait autant s'intéresser à elle. Cepen-dant, cela ne présageait rien de bon. De ce qu'il m'avait semblait lors de notre excur-sion, Caroline était bien plus qu'une simple connaissance pour elle. Stéphanie poussa un soupir et arpenta un bref instant la petite pièce. Je ne fus pas surpris par sa réaction.

-Tu dois te méfier de cette femme, Ca-roline, lâcha-t-il avec gravité. Elle n’est pas méchante, mais elle peut te dire des choses qui peuvent te blesser. Je ne veux pas que tu souffres à cause d’elle.

Caroline fit la moue. -J’ai pas peur d’elle.

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L’homme lui attrapa fermement les épaules.

-Il est là, le problème. Tout le monde dans la ville la craint. C’est une sorcière, Ca-roline. Je la connais depuis longtemps, tu sais, et je te prie de croire que ses intentions ne sont pas toujours bonnes. Promets-moi de faire attention. Ne la laisse pas te mani-puler avec des paroles tendres.

-Il faut qu'on se débarrasse de ce mé-daillon, pour commencer, lâcha Franck der-rière moi. Il n'est pas nécessaire qu'on mette nos vies en danger….

J'aurais pris la même décision. Cepen-dant, l'épicier ne paraissait pas du même avis. Je le vis clairement dans ses yeux.

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bonne idée….

-Si elle veut faire du mal à Caroline, je ne la laisserai pas faire, s'insurgea Stépha-nie. Hors de question qu'elle garde ce truc !

Cette fois, Jean-Charles n'ajouta rien. Il jeta un coup d’œil vers Caroline, comme s'il la soupçonnait de quelque chose puis fixa de nouveau son rubis.

-Aller, filez ! Et gardez ça pour vous. Ce sera notre secret, d'accord ?

En clair, il nous demandait de ne pas en parler à la sorcière si nous la recroisions. Sans doute voulait-il s'entretenir avec elle en tête à tête ?

Je portai brièvement mon attention vers l’épicerie. Jean-Charles nous observait derrière la vitre du magasin.

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Nous quittâmes rapidement les alen-tours de l’épicerie, traversâmes la grande Place et prîmes la direction du jardin. Les filles s’étaient installées sur les balançoires et j'invitai poliment Franck à prendre place sur le banc.

C’est alors qu’un éclair foudroya le ciel azuréen de ce début d’après-midi.

-Tiens, c’est bizarre… soufflai-je.

Stéphanie ouvrit la bouche pour parler, mais la referma aussitôt. Le pendentif que portait Caroline scintillait étrangement.

-Pourquoi il s’allume ? Demanda-t-elle. -Je l’ignore.

-C'est curieux quand même, fis-je re-marquer en fixant Caroline. Ton médaillon

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s'est allumé en même temps que ce curieux éclair.

-Oui, c'est vrai que c'est bizarre, ap-prouva Franck.

J'étais persuadé qu'il y avait un lien quelconque entre ces deux phénomènes. Ce pendentif n'avait sans doute pas fini de faire parler de lui et je trouvai urgent qu'elle s'en débarrasse.

-Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? S'énerva Caroline. Je sais pas, moi non plus.

Stéphanie lui adressa une grimace. -Peut-être parce que tu pensais à la sor-cière ?

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cramoisi, la jeune fille éclata de rire.

-Pourquoi y aurait-il un lien entre le rubis, la sorcière et Caroline ?

-Pas forcément, non. C'est peut-être une sorte de radar, suggéra aussitôt Stépha-nie. Elle veut savoir ce qu'on fait et où on va….

-Je vois pas en quoi ça la regarde... -Elle nous surveille, lâcha sombrement la jeune fille.

-Steph, à raison, dis-je en essuyant mes lunettes, tu devrais te débarrasser de ce…. bijou.

J'aurais probablement du fil à retordre pour parvenir à la persuader, et je le savais. Son entêtement nous avait plus d'une fois

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valu quelques soucis autrefois.

-C'est du n'importe quoi ! Vous dites ça parce que vous êtes jaloux !

Conciliant, je posai une main sur son épaule.

-Tu sais bien que non. Mais je ne vou-drais pas que tu nous mettes en danger.

Je fus surpris par sa réaction. Elle me repoussa avec tant de fougue que je man-quai presque basculer en arrière.

-Rien que d'être dans cette ville est dangereux, vociféra-t-elle en s'éloignant à l'autre bout du jardin.

Là-dessus, elle n'avait pas tort. Assise prés de nous, Stéphanie poussa un soupir.

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Elle traversa le jardin pour rejoindre son amie et l’entraîna de nouveau vers le banc.

-Je suis désolé, Caroline, lui dis-je lors-qu'elle fut à ma hauteur. Mais avoue quand même que c'est étrange qu'une femme, où plutôt, une sorcière, te fasse gage d'un bijou sans raison…. en plus Jean-Charles a dit qu'il contenait un maléfice...

-C'est peut-être pour nous protéger, lança Franck.

Stéphanie ricana.

-Mlle Bavent n'est pas une bonne fée. Je te rappelle qu'on a failli y passer dans son château !

-Je suis persuadé que ses intentions ne sont pas mauvaises….

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Caroline contempla les arbres rachi-tiques de l'autre côté du grillage. L'épicier avait été clair, la-dessus. La sorcière avait je-té un sort sur son pendentif.

-Comment le savoir ? Questionnai-je en balançant nerveusement mes pieds devant moi.

-On ne serait pas là pour en parler, lâ-cha brusquement Caroline.

Sa réponse me surprit plus qu'autre chose. Je la fixai un instant, prenant conscience de la justesse de ses propos. Elle avait tenté d’attacher ses cheveux avec un morceau de ficelle aujourd’hui, mais des mèches rousses batifolaient déjà autour de son visage. Coiffée de la sorte, elle me pa-raissait plus mûre, même si je trouvais

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dom-mage qu’elle n’ait pas songé à demander un coup de main à Stéphanie.

Le sujet fut clos et nous discutâmes d'autre chose, au plus grand soulagement de Caroline qui n'avait nullement l'inten-tion, je le savais, de se séparer de son pen-dentif.

-Et si nous allions à Caiotte demain ? Proposa Stéphanie en pointant son doigt vers les collines.

Je haussai les épaules. -Oui, pourquoi pas…

Et puis, ce sera l’occasion pour Franck de connaître un peu les environs de Sorrac.

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En cet fin de matinée, je m'étais attelé à la confection d'un pique-nique colossal pour nous quatre et de quelques ouvrages que je comptais montrer à mon nouvel ami. Je dé-posai une bise sur la joue de ma mère, attra-pai mon sac à dos et quittai l'appartement en sifflotant le dernier tube à la mode. Nous nous étions donné rendez-vous au jardin d'enfants et je devais me dépêcher d'aller chercher Franck chez lui pour y rejoindre les deux filles.

Alors que nous arrivions, Franck et moi à hauteur du jardin, Stéphanie argu-mentait sur les différences de rendus entre l'aquarelle et la peinture à l'huile, son

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passe-temps favori. Caroline l'écoutait d'une oreille distraite.

–Ils sont là, lança-t-elle, en nous voyant passé le haut portail rouillé.

Comme elle se levait, une petite brise fit voler un amas d'aiguilles de pin et de sa-letés dans sa direction. Ses cheveux volèrent dans tous les sens.

Caiotte était un des villages qui avoisi-naient la ville. Bâti à flanc de colline, d’où il surplombait le fleuve, il devait son nom au gaulois Caio qui signifiait « rempart » dans le langage de l'époque. On disait qu’autre-fois, ce village abritait de nombreux gaulois. À cette période, les collines rocheuses étaient quasi infranchissables ce qui permet-tait aisément d’y trouver refuge. J'y avais

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vécu autrefois, avant la séparation de mes parents et je ne manquai pas d’en faire une description succincte à mon ami.

Nous avions emprunté un petit chemin de terre et traversions de grandes étendues où on avait planté quelques oliviers. J'avais choisi de prendre les petits sentiers, plus agréables, pour profiter un peu du paysage.

À mesure que nous progressions, le re-lief devenait plus abrupt avec des pointes d’ombres semblables à des taches de pein-ture. J'aimais beaucoup ce genre de décor, différent de la ville. Nous marchâmes un moment sur un sentier étroit et sablonneux, avant d'atteindre une large route bordée de cailloux.

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déjeu-ner, dis-je en scrutant les environs. Je ne sais pas vous, mais je commence à avoir faim.

La route traversait une plaine herbeuse piquetée d’olivier aux troncs imposants et sinueux qui se perdait entre les collines à l’horizon. Au-delà, s’élevaient des mon-tagnes escarpées. Je posai mon sac à terre et balayai la plaine du regard. Caroline se rua vers moi pour sortir le pique-nique.

–C’est joli par ici, me dit Franck en contemplant les montagnes. L’air paraît…

–Plus pur ? L’interrompit Stéphanie en arrivant à sa hauteur. C’est normal ! Sorrac à beau être une petite ville, il n’en est pas moins que les usines en contrebas rejettent leurs fumées toxiques dans l’air. Alors…

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–On va tous mourir du cancer, tel est le destin qui nous attend ! C’est pour ça que le cimetière est si grand. Les gens meurent jeunes et de manière subite.

Je ne pus m'empêcher de rire.

–C’est Mlle Bavent qui doit être contente, poursuivit-elle en me toisant d’un air mauvais.

–C’est idiot, lâcha Franck en fixant la fille avec amusement. Tu imagines qu’elle aurait besoin d’une armée de zombie ?

-Tout juste, ajouta Stéphanie. C’est plus dans son intérêt de nous avoir en vie. Quel avantage pourrait-elle tirer d’une ville maudite sans aucun habitant ?

Je pris place sur une grosse pierre et déballai mon sandwich.

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-Une ville fantôme, lâcha lugubrement Caroline qui s'était assise en tailleur dans les herbes hautes.

Je lui adressai un sourire amusé et lui tendis son sandwich. Caroline n'était pas une grosse mangeuse, mais elle avait sou-vent les yeux plus gros que le sou-ventre. Aussi, je n'avais pas mis grand-chose dans son pain.

-Vous avez déjà vu des fantômes ? -Pas encore, avoua Stéphanie au gar-çon qui farfouillait dans le sac pour récupé-rer son sandwich. Mais ça viendra...

Caroline compta sur ses doigts.

-On a eu un loup-garou, un dragon, un monstre, des vampires...

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-...et une sorcière ! la coupa Stéphanie. -Oui, mais on l'a toujours la sorcière, fis-je remarquer.

Une fois le pique-nique achevé, nous nous remîmes en route.

Levant les yeux, je distinguai un avant-toit de pierre. En contre-bas, des maisons de couleur claire, séparées par des ruelles étroites, s’agglutinaient autour d’un cercle de verdure. Plus loin, des habitations moins hautes étaient séparées par un canal étroit aux eaux sombres.

Alors que nous avancions, des maisons en pierre avec des toits de tuiles rouges et un entrelacs de ruelles en pente, apparu peu à peu, s’étendant à flanc de colline. Au som-met, s’élevait un édifice imposant en pierre

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noire, flanqué de quatre pointes. Je plissai les yeux à travers mes lunettes et pointai mon doigt vers la haute bâtisse.

–La cathédrale, dis-je simplement. Nous contournâmes le village par l’est, à un endroit où les maisons se resserraient. Un peu plus tard, nous pouvions apercevoir les premières petites maisons qui longeaient la route.

Mais j'avais un sentiment bizarre lorsque nous entrâmes enfin. Et pour cause: il n’y avait personne. Que s'était-il passé ? Toutes les maisons, toutes les rues, tous les magasins semblaient déserts, comme aban-donnés précipitamment. Et comme pour ajouter au côté sinistre de ce décor désolé, un épais brouillard couronnait presque la

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totalité du village.

–Tiens, c’est bizarre, fis-je en embras-sant le décor d’un regard consterné. Où sont passés les habitants ?

Pas âme qui vive. Ni oiseau, ni insecte ne bourdonnait, le silence total.

–Qu’est-ce qu’on fait ? me demanda Stéphanie.

Je n'en avais pas la moindre idée. Je me sentais vide comme un pantin. L'enthou-siasme avec lequel j'avais emmené mes amis jusque-là, s'était totalement évanoui.

–On n’a pas fait tout ce chemin pour rien, fit remarquer Franck qui nettoyait ses lunettes avec son tee-shirt. Ce serait idiot de redescendre…

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–Bon, très bien. On fait un petit tour et on s’en va…

Je levai les yeux vers la rue pavée. –Peut-être que je pourrais vous mon-trer là où j’habitais avant…

Les vieilles bâtisses en pierre, devant lesquelles nous passâmes, ne paraissaient pas plus habitées que le reste du village. Les fenêtres se découpaient dans des pièces sombres et vides comme des ruines. Je ne comprenais pas. Pourtant, cela ne faisait que trois ans que je n’y avais plus mis les pieds. Comment un village tout entier pou-vait-il être déserté en si peu de temps ? Un événement terrible avait dû se produire. Mais quoi ?

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quant à Franck et Stéphanie, ils marchaient sans rien dire. Je remarquai des planches de bois en mauvais état à divers endroits et des pots de fleurs brisés. Je me demandai sou-dain ce qu’en penserait ma mère lorsque je lui raconterais ce que notre ancien village était devenu. Je m’immobilisai un instant pour refaire mes lacets, quand quelque chose attira mon attention. Je levai les yeux vers Caroline, puis, je regardai en direction de Franck et Stéphanie qui marchaient de-vant moi.

–Qu’est-ce qui se passe ?

Stéphanie redescendit la pente pour ar-river à notre hauteur. Mais ce fut Caroline qui attira notre attention.

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Stéphanie et moi échangeâmes un re-gard perplexe tandis que Franck nous rejoi-gnait enfin. Quelque chose avait changé chez elle, mais je ne pus déterminer quoi de suite. Et alors que j’étudiais attentivement son visage, un détail me sauta aux yeux.

–Arrêtez, vous me faites peur ! J’étais stupéfait.

-Mais.. qu’est-ce… –On dirait que tu…

Elle n’acheva pas sa phrase, hésitante sur le mot qu’elle allait employer. De nou-veau, elle m’adressa un regard anxieux. Je fermai les yeux un instant. Je ne rêvais pas.

–Quoi, on dirait quoi ?

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visage, puis, je reculai d’un pas pour l’exa-miner de haut en bas. Franck avait retiré ses lunettes pour les nettoyer et les replaça sur son nez. Mais ce fut Stéphanie qui parvint, au bout du compte, à lui répondre.

–Tu…tu rajeunis !

Caroline manqua tourner de l’œil. –Hein ?

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Caroline nous jeta un regard incrédule puis, elle s’examina de haut en bas.

–Oh, c’est pas vrai…

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remarquai que sa ceinture avait légèrement glissé. Rien de bien alarmant jusque-là puisque c'était toujours le cas. Mais le plus inquiétant était la nette diminution de ses épaules et de ses bras. En fait, c’était surtout ça qui m’avait frappé. Depuis quand pou-vait-elle si aisément se glisser tout entière par le col de son tee-shirt ?

Je la vis ravaler un sanglot. La pauvre ! Déjà qu’elle n’était pas bien grande.

–Il fallait bien qu’un truc nous arrive… lâcha sombrement Stéphanie.

Franck se tourna vers moi.

–Qu’est-ce qu’on va faire ?

Il n’y avait pas vraiment de solution à ce problème. Et je ne voyais pas qui pour-rait nous aider. Je sentis mon cœur se serrer

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lorsqu’elle m’adressa un regard suppliant.

–Tu veux rentrer, Caroline ? Lui de-mandai-je en me pinçant la lèvre.

–Non, jamais de la vie ! Je ne peux pas rentrer comme ça…t’imagine la tête de Père Sébastien ?

L’énoncée de son nom me fit dresser les poils du dos. S’il y avait quelqu’un dans cette ville d’aussi peu amène, c’était bien le Père Sébastien. Et, en plus d’être le curé de Sorrac, il était également le tuteur de mon amie. Je le soupçonnais de se livrer parfois à des pratiques pas très catholiques sur elle, bien qu’elle m’affirmait que ce n’était pas le cas. Combien de fois avais-je remarqué des bleus et des contusions sur ses bras, et sans doute ailleurs ?

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Je poussai un soupir et invitai mes amis à poursuivre notre chemin à travers le village. Quelques mètres plus haut, nous fûmes en vue de la cathédrale. C’était une belle bâtisse en pierre datant à peu près du XIXe siècle avec de hautes flèches qui par-taient à l'assaut du ciel. S’il restait un en-droit où je me réjouissais encore d’emmener mes amis dans ce lugubre village fantômes, c’était à la cathédrale. Son architecture par-ticulière pour l’époque, en faisait un des élé-ments phares de la région.

Mais à peine arrivé au pied des marches, je fus saisi d’un sentiment désa-gréable. Et comme je levai les yeux vers le clocher, je compris pourquoi. La grande ai-guille égrenait les secondes en sens inverse. Un dysfonctionnement ? Non, je n’y croyais

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pas trop. s’il y avait une anomalie quel-conque, elle ne fonctionnerait sans doute pas. Perplexe, je m’avançai vers le panneau d’orientation placé devant l’entrée princi-pale. En toute logique et en vue de l’heure qu’il était sur ma montre, le soleil devrait être plus orienté vers l’ouest. Hors, et en tout état de cause, il projetait ses rayons brûlants vers l’Est.

Un profond sentiment de vide me sub-mergea.

–Que se passe-t-il ? Tu as l'air inquiet… me questionna Franck en exami-nant à son tour le cadran solaire.

Je lui exposai rapidement les faits.

–Mais c’est impossible, c’est une plai-santerie…

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Assis sur les marches, je masquai briè-vement mon trouble en plongeant ma tête entre mes mains. La pauvre Caroline avait déjà perdu une bonne dizaine de centi-mètres et elle devait maintenir sa ceinture pour éviter de se retrouver les fesses à l’air. Même son visage se transformait.

À ce moment-là, la porte de l’église s’entrebâilla. Le grincement qu’elle émit me fit sursauter. Une petite fille brune apparut de l’autre côté du panneau de bois.

–Qui...qui es-tu ? Demandai-je aussitôt. La fillette parut troublée de nous voir. Elle sembla hésiter, jeta un regard par-des-sus son épaule et se mordit la lèvre. Pen-dant un instant, je crus même qu'elle allait prendre la fuite.

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–Je suis Angora. Et vous, qui êtes-vous ?

Caroline voulut s’avancer, mais elle trébucha dans ses jeans et tomba à terre.

–Je m’appelle Stéphanie, annonça Sté-phanie en faisant un pas dans sa direction. Et voici mes amis Franck, Ruben et…. euh….

Elle chercha son amie des yeux. Étalée de tout son long, Caroline bataillait avec ses habits devenus trop grands. Son jean traî-nait au sol derrière elle et son tee-shirt lui arrivait presque à hauteur du nombril.

–J’en ai marre ! Pourquoi ça tombe tou-jours sur moi ce genre de trucs ?

Angora regarda avec angoisse la pauvre Caroline qui cherchait une main

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se-courable pour l’aider à se redresser.

–Vous ne devriez pas rester là !

–Mais pourquoi ?

Je tendis une main pour l’aider. Mais lorsque je relevai la tête, Angora avait dis-paru. Intrigué par cette disparition sou-daine, je jetai un coup d’œil à l'intérieur de l'église. Pas âme qui vive. Angora s'était semble-t-il, évaporée.

–Mais... elle a disparu !

Cette idée était pour moi, inconce-vable. On ne disparaît pas comme ça. Enfin, pas quand on est un être de chair et de sang.

–Écoute Ben, me dit Stéphanie en m’at-trapant le bras. Elle a sans doute raison. On devrait rentrer.

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Je me pinçai la lèvre et jetai un rapide coup d’œil vers Caroline.

–Tu as probablement raison.

Bien qu’inquiet par la situation, il n’en demeurât pas moins que j’étais grandement déçu. Je m’étais fait une telle joie de leur faire découvrir mon ancien village. Mais je savais que c’était la meilleure solution. Peut-être que nous trouverons de l’aide au-près de Jean-Charles ? Aau-près tout, il nous avait plus d’une fois tiré d’affaire, autrefois.

–Mais qu’est-ce que je vais faire, moi ? Père Sébastien va avoir une attaque ! T’as vu mon état ?

Stéphanie ricana. Son aversion pour l'homme d'Église dépassait tout entende-ment.

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–Ce serait plutôt cool, non ?

Caroline ignora sa remarque et se pré-cipita au-devant de Franck et moi qui com-mencions déjà à redescendre.

–Qu’est-ce que tu espères, de toute fa-çon ? On ne peut rien faire ! Et ce n’est pas en restant ici que les choses vont s’amélio-rer !

–Il est même probable que ça empire ! Ajoutai-je. Je ne tiens pas à ramener un nou-veau-né au curé. Autant retourner à Sorrac maintenant.

Désespérée, elle éclata en sanglots. À cet instant, elle me donna la désagréable im-pression d’être une toute petite fille en mal d’affection. J’en avais mal au cœur.

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Elle balaya les alentours d'un regard affolé et leva les yeux sur l'horloge de l'église.

Et si on inversait les aiguilles...

Et tu comptes t'y prendre comment ? Persifla Stéphanie derrière elle.

Je fixai un instant les aiguilles du ca-dran. Puis, j’observai la déclinaison du so-leil. Bientôt, la nuit tomberait, en tout état de cause. Et lorsque l'obscurité aura enve-loppé le village, de nouveaux problèmes nous attendront.

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Alors que nous nous apprêtâmes à re-brousser chemin, une étrange sensation me

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gagna. Le sol émit une brève secousse, tan-gua puis se fractura sous nos pieds. Les poils de mes bras se hérissèrent et une eau glacée me coula le long du dos alors que je fixai avec effroi la fissure qui s'élargissait. Que se passait-il encore ? Je m'affalai sur le sol, à tout juste un centimètre de Caroline que je manquai écraser sous mon poids.

–Mais, qu’est-ce qui se passe ? Hurla Stéphanie en tombant lourdement.

Franck manqua se prendre un bloc de pierre qui tomba à dix centimètres de lui et alla rouler plus loin. Je me relevai et me protégeai la tête avec mes bras. Des cailloux pleuvaient de chaque coin. Je ne sais par quel miracle, nous parvînmes à les éviter. Mais ce ne fut pas sans compter le lourd clo-cher de la paroisse qui chuta à son tour en

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propulsant des gerbes de gravats qui man-quèrent nous atteindre.

De son côté, Stéphanie se réfugia sous un banc de pierre. Autant rester à l'abri, le temps que ça se calme. Mais un frisson lui parcourut l'échine et elle se mit curieuse-ment à suffoquer. Sa peau se couvrit de pe-tits boutons qu’elle mit tout d'abord sur le compte du vent glacé qui soufflait. Elle fer-ma les yeux. Sa tête se mit à tourner et elle se couvrit le visage de ses mains. Seule-ment, ce qu’elle sentit sur ses joues était doux et cotonneux. Intriguée, elle rouvrit les yeux et eut un hoquet de surprise. Ses mains avaient disparu.

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Sa vision se troubla et elle ne sut jamais si ce qu’elle avait pris pour des ailes en étaient réellement. Ses jambes la déman-geaient et il lui semblait ne plus pouvoir les contrôler. Une chose était sûre cependant : elle avait envie de s’envoler. Et avant qu’elle ne comprenne réellement ce qu’il se passait, ses jambes la poussèrent hors de sa cachette et elle se retrouva dans les airs, juste au-dessus des décombres.

–Hé, les amis !

Mais aucun de nous ne la remarqua. Lorsque les secousses cessèrent enfin, Franck m'aida à me relever.

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–Ouais, tout va bien, dis-je en reniflant. Rien de cassé ?

Alors qu'il secouait la tête, je promenai mon regard autour de nous.

–On a eu de la chance !

–Où sont les filles ?demandais-je avec angoisse.

À cet instant, un bruit de gravats attira notre attention. Non loin de l'escalier, une dalle bougea légèrement.

–Je suis là...

Aussitôt, nous nous agenouillâmes au-tour du pavé. Juste en dessous, un creux s’était formé et une petite main semblait chercher à attraper quelque chose.

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–Tu es blessée, Caro ? demandai-je en soulevant le carreau avec Franck.

Je l'entendis pousser un petit gémisse-ment.

–Pourquoi ? Ça change quoi ? Vous m’aidez pas si c’est pas le cas ?

Je ne lui répondis pas. Ce genre de raillerie, j'en faisais mon pain quotidien avec ces deux filles. Retirant la lourde pierre, nous l'aidèrent à se soustraire de son trou. Son visage et ses cheveux étaient souillés de terre et de poussière et une longue éraflure s’étirait sur toute la partie supérieure de son bras.

–Ça va, dit-elle en s’essuyant la figure avec le dos de la main. Où est Stéphanie ?

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–Je ne sais pas.

–J’espère qu’elle n’est pas…

C'est alors que je la vis. L'ombre occul-ta le soleil un bref insoccul-tant et je levai les yeux, décontenancé.

–Tiens, c’est curieux, ça. Une buse. –C’est le premier oiseau que je vois de-puis qu’on est ici, ajouta Franck.

Comme pour nous répondre, l’oiseau poussa un grand cri.

–Pourquoi elle vole aussi bas ?

–Je ne sais pas. Mais cela ne nous dit pas où est Steph.

Déjà, Caroline se mettait en tâche de soulever toutes les pierres des alentours. Franck et moi l’aidâmes à débarrasser les

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blocs un à un. Mais Stéphanie resta introu-vable. De nouveau, la buse poussa un cri. Je relevai la tête.

Juste à temps, en fait. L'animal effectua un dernier virage puis, piqua droit sur nous.

–Attention !

Me couvrant la tête, je parvins à l’évi-ter de justesse. Caroline avait bondi dans le trou où elle s’était retrouvée bloquée quelques minutes auparavant et poussait de grands cris de détresse. L’oiseau se posa sur le bord de la cavité et tentait de l’attraper en lui administrant de grands coups de bec. Je m’apprêtai à lui porter secours, lorsqu’un étrange phénomène se produisit. Je stoppai mon geste. Les plumes de la buse se mirent

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à tomber par poignées et son bec se décro-cha brusquement, comme s’il s’agissait d’un masque de carnaval. Des cloques rouges étaient apparues sur la peau ainsi dégarnie et un bruit désagréable d’os qui s’entre-choquent se fit entendre. Peu à peu, l’ani-mal semblait s’élargir.

–Mais qu’est-ce que c’est que ça ?

Immobiles, Franck et moi participâmes alors à une étonnante transformation. Bien-tôt, nous reconnûmes le profil aquilin et la crinière brune de notre amie.

–Stéphanie !

–Qu’est-ce qu’il s’est passé ? S’enquit-elle à la cantonade. Je n’ai pas arrêté de vous appeler !

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mesure de lui répondre.

Derrière elle, Caroline se hissa hors de sa cachette.

–J’ai eu une sensation bizarre pendant le tremblement de terre, nous expliqua-t-elle. Et puis, brusquement, je me suis re-trouvée dans les airs…

Je ne sus pas quoi dire pendant un long moment. C'était tout bonnement in-croyable.

–Mais c’est génial ! s'écria Caroline en sautant sur ses pieds. Et tu crois que tu pourrais le refaire ?

Je posai une main sur son épaule pour calmer son agitation. En continuant de la sorte, elle risquait de perdre l'unique tissu qui la couvrait encore.

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Mes lèvres tremblaient un peu et je dus avaler ma salive pour parvenir enfin à pro-noncer un mot.

–C’est… intéressant, dis-je en remon-tant mes lunettes sur mon nez. Et tu ignores comment ça s’est produit ?

La jeune fille secoua la tête en se mas-sant douloureusement les tempes.

–Peut-être qu’il s’agit du fameux pou-voir dont nous avait parlé Mlle Bavent ? Hasarda Franck en aidant la jeune fille à s’asseoir.

J'échangeai un regard avec Caroline. Le monologue de la sorcière résonna soudaine-ment dans ma tête.

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Ma voix tremblait légèrement, comme je me remémorais notre périple dans les couloirs du château.

–Si c’est le cas, tu pourrais nous sortir de là ! lança Caroline en sautant de nouveau sur ses pieds.

–Eh, doucement, hein, je ne sais même pas comment j’ai fait !

Caroline et Franck prirent place à ses côtés et je restais seul debout.

–Bon, fis-je en tentant de masquer ma nervosité. Et si nous redescendions ?

Entre la régression de Caroline et la transformation de Stéphanie, j'avais du mal à réfléchir posément. Je me retrouvais avec deux problèmes sur le dos, dont l'un était une urgence vitale.

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–Est-ce que c’est fréquent les tremble-ments de terre ici ? me demanda Franck en tentant d’enjamber un bloc de pierre.

–Je ne sais pas, lui répondis-je, mais si c’est le cas, ceci explique peut-être pourquoi les gens sont partis.

Stéphanie prit un air grave alors qu’elle shootait sans vergogne dans un petit caillou.

–Oui, peut-être qu’ils sont partis, enfin je l’espère. Mais on ne doit pas écarter la possibilité qu’ils sont…

–Morts ? L’interrompit Caroline dont le visage poupin aurait fait fondre n'im-porte quelle femme.

Je me pinçai les lèvres. J’y avais songé lorsque je me questionnais encore sur la

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dis-parition des habitants du village et la ré-gression de Caroline.

–Et s’ils avaient subi le même sort que moi ? Comment ça va finir ? Est-ce que je vais mourir ?

Sa voix était devenue plus aiguë et elle commençait à avoir du mal à articuler. Sté-phanie baissa la tête, consciente de l’énor-mité de ses paroles.

–Je ne l’espère pas.

Je ne pouvais pas laisser faire une chose pareille.

–Il y a forcément un moyen. Ne t’en fais pas, Caro, on ne te laissera pas.

–On va commencer par quitter cet en-droit et…

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Franck se tut. Caroline ne l’écoutait plus. Elle regardait Stéphanie avec un inté-rêt non dissimulé, un sourire moqueur sur le visage. Je compris très vite ce qui se pas-sait.

–Quoi ? S’enquit l’intéressée.

–Euh…, je crois que tu rajeunis, toi aussi, lui dis-je en remarquant ses traits qui commençaient à se transformer. Mais si nous ne partons pas très vite, on va tous être transformés en fœtus ambulants !

–De toute façon, Caroline n’en est pas loin, se moqua Franck.

–Vas-y, moque-toi ! Je me moquerai bien de toi quand ce sera ton tour !

–J’aurais bien aimé contrecarrer ce phénomène si je savais comment

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fonc-tionnent mes pouvoirs !

–Mais rien ne dit que tu as d’autres pouvoirs, lui rappela Franck. Après tout, la sorcière à dit que nous avons tous un pou-voir différent. Un poupou-voir transmis par le ou la sorcière qui serait l’un de nous…

Stéphanie lui jeta un regard noir.

–Merci, j’avais oublié ce détail, dit-elle d’un ton amère.

Autour de nous, les habitations qui avaient survécu, par miracle, aux secousses nous donnaient la désagréable impression de se resserrer, comme si elles voulaient nous empêcher de partir.

La pauvre Caroline avait bien du mal à suivre. Un petit vent fit voler les mèches de ses cheveux et elle les repoussa d’un geste

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de la main. Elle me faisait pitié avec son tee-shirt enroulé autour de la taille et je songeai que la disparition étrange des habitants du village devait être pour elle une véritable aubaine.

Surgissant de l'angle d'une bâtisse en ruine, Angora fit une nouvelle apparition.

–Écoutez-moi, si vous ne partez pas très vite, vous allez tous mourir…

Tout d'abord surpris par cette brusque apparition, je fis un pas en arrière. Mais très vite, le visage de notre interlocutrice me re-vint en mémoire.

–Angora, s’il te plaît, aide-nous ! Il faut absolument qu’on sorte d’ici.

–C'est impossible ! Personne ne sait comment quitter le village...

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–Comment ça ? La questionna Franck en fronçant les sourcils. Tu viens de nous dire qu'il fallait qu'on parte...

Cette fois, Angora lui adressa un re-gard désolé. Un souffle de vent fit voler sa robe en tous sens.

–La terre a tremblé, le labyrinthe va se refermer...

On aurait dit une phrase apprise par cœur, un vers tiré d'un poème médiocre. Caroline secoua la tête. Son visage ruisselait de larmes et lorsqu'elle leva les yeux vers la fillette, cette dernière ne put s'empêcher de trembler.

–Je suis désolée, poursuivit-elle, visi-blement touchée par la signification de ce regard. Je ne peux rien faire pour vous ! La

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seule personne qui peut encore vous venir en aide, c’est la sorcière !

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–Mais pourquoi, toi, tu ne rajeunis pas ?

Angora hocha la tête et sourit. Ses che-veux, longs et bruns, lui tombèrent sur le vi-sage. D’un geste lent, elle les chassa et prit une profonde inspiration.

–Je me suis abritée dans l’église depuis le début de la malédiction. J’ai en fait trente-deux ans. Mais comme tout le monde, je n’ai pas pu prévoir ce qui allait se passer et j’ai rajeuni très vite. Nous étions une

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ving-taine à avoir trouvé refuge ici. L’église semble être pour l’instant, le seul endroit où la malédiction n’opère pas.

J’avais donc vu juste. Caroline n’était pas la seule à rajeunir. Tous les habitants avaient été touchés. Mais qui avait ainsi condamné toute la population d’un village ? Et dans quel but ?

Pourquoi ne vas-tu pas quérir l'aide de la sorcière toi aussi ?

Angora soupira. À présent, l’obscurité de la nuit nous enveloppait presque totale-ment.

Elle n'est jamais venue...

Caroline lui attrapa le deux mains. Ne t'inquiète pas, lui dit-elle d'une

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voix douce. On va la faire venir...

Elle jeta un regard dans ma direction. Je compris tout de suite qu'elle espérait réel-lement que la sorcière viendrait nous tirer de ce mauvais pas.

… elle viendra, hein ?

Je ne savais pas trop comment ré-pondre à sa question. Elle planta son regard vert dans le mien, comme si elle me mettait au défi de lui apporter une réponse qui ne la satisfasse pas pleinement.

-J'en suis persuadé, dis-je sans réelle conviction.

Combien êtes-vous dans le même cas ? Demanda Franck.

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Ils ont voulu sortir du village mais n'ont pas survécu...

Une telle révélation me glaça le sang. J’attrapai la main minuscule de Caroline.

–Il vaut mieux qu’on y aille, nous aus-si. Au moins là-bas, on sera sûr qu’aucun de nous ne rajeunisse. Et puis, il fait nuit main-tenant...

–Et méfiez-vous ! Le processus s’achè-vera à minuit. D’ici là, votre amie pourrait mourir.

Le cœur battant, je me hâtai de remon-ter vers la cathédrale, traînant derrière moi, la petite Caroline qui manqua tomber à plu-sieurs reprises tant mon pas était rapide. Il n'y avait pas une minute à perdre. S'il y avait un moyen d'arrêter ce processus

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infer-nal je devais le saisir. Les rues paraissaient hostiles, comme si quelqu'un nous observait dans l'ombre. Le tremblement de terre avait fait bien plus de dégâts que je ne l'avais supposé au départ. Le sol était jonché de dé-bris. Lorsque je fus enfin en vue de l’église, je poussai fermement Caroline à l'intérieur. Encore une fois, la pauvre manqua s'étaler sur le sol.

Prés de la porte, sur le petit sanctuaire prévu pour les offrandes, deux cierges brû-laient en faisant danser leurs flammes sur le mur en pierre.

Des que nous fûmes tous entrés, je re-poussai la lourde porte derrière moi. Nous étions à l'abri, enfin provisoirement.

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pouvait nous aider, commençais-je. Mais comment allons nous la trouver ?

Stéphanie jeta des regards autour d’elle.

–De toute façon, elle sait que nous sommes là et elle connaît notre situation ac-tuelle. Évidemment, c’est une sorcière et le fait de nous voir agoniser est une vraie par-tie de plaisir pour elle.

Elle jeta un regard vers Caroline qui s'était endormie sur un banc, roulée en boule comme un chat. Franck lui couvrit les épaules avec sa veste et nous nous instal-lâmes sur le banc opposé.

Stéphanie était nerveuse. D'un côté, cela n'avait rien d'étonnant. Elle aussi était dans de sale draps. Elle balançait ses pieds

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au-devant d'elle et jetait de temps en temps des coups d’œil par-dessus son épaule. Si notre unique espoir dépendait de la sor-cière, il était impératif que nous parvenions à la contacter. J'ignorais encore comment, même si mon amie était persuadée qu'elle nous épiait à notre insu.

–Tu crois qu’elle a le téléphone ? De-manda-t-elle brusquement.

–Qui ?

Agacée, la jeune fille tendit les bras au ciel.

–La sorcière, bien sûr ! De qui veux-tu que je parle ?

Je doutais qu'elle fut en possession d'un tel objet. Ceci dit, l'idée était assez bien trouvée. Je me surpris même à sourire.

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–Je n’en sais rien. Tu comptes l’appe-ler ?

–Il y a une cabine téléphonique der-rière l’église…

–… Et tu as son numéro ?

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Elle laissa retomber ses épaules et poussa un long soupir. Alors que je la regar-dais, je remarquai que son acné s'était es-tompée et que son teint, d'habitude légère-ment halé, s'était éclairci. Je vis son regard fixer la silhouette de Caroline qui gisait sur le banc. Son tee-shirt, enroulé autour de la taille, restait l'unique tissu encore capable

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de préserver un semblant de sa pudeur. Si Mlle Bavent ne vient pas, on va… Ses lèvres tremblaient.

–Ne dis pas n’importe quoi, l'interrom-pit Franck avec colère. Tant que nous sommes ici, rien ne va arriver.

C'était, certes, le cas, mais nous savions tous les trois que ce ne serait que tempo-raire.

–Nous ne pouvons pas rester ici éter-nellement, dis-je d'une voix grave. Il va bien falloir que nous mangions…

–Ce village est un vrai labyrinthe, s’emporta la jeune fille. On ne pourra jamais parvenir à en sortir… en tous cas, Caroline n’y survivra pas !

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Des larmes apparurent sur ses joues. Elle renifla et s’essuya le visage avec le bras. Son pantalon devenu trop grand, traînait au sol et elle se baissa pour en rabattre les ex-trémités.

–Comment faites-vous pour vous em-barquer dans des histoires pareilles ?

Je manquai pousser un cri lorsque je la vis apparaître devant l'autel. La sorcière. C'était bien la première fois que j'étais sou-lagé de la voir. Avec sa robe violette et les fines bretelles qui laissaient apparaître ses épaules, j'avais l'impression qu'elle sortait d'une fête. Mes joues s'enflammèrent lorsque mon regard s'arrêta sur l'échancrure de sa robe. Il y avait des perles et une cou-ronne de fleurs dans ses cheveux ainsi qu'un assortiment de colliers accroché à son

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cou dont le pendent disparaissait au creux de ses seins.

–Euh… veuillez nous excuser… bre-douillai-je sans vraiment savoir pourquoi.

Mais elle ne s’intéressa nullement à moi et à mes plates excuses, à peine m'eut-elle remarqué. Non, m'eut-elle fixait Caroline avec un intérêt particulier, comme cela avait déjà été le cas au château. Seulement, là, je savais exactement pourquoi. Un sourire prit forme sur son visage. Le médaillon, l'énigmatique rubis, se mit de nouveau à scintiller, comme un signal à son approche. Était-ce la raison de cette lueur insolite ? Je l'ignorais mais une chose était sûre, cependant: le trouble que cela engendra dans ses yeux. Pourquoi tentait-elle de masquer sa surprise ?

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Caroline fut tirée de son sommeil. Elle cligna un moment des yeux et observa la femme devant elle.

–Vous savez, fit-elle d’un ton ironique, vous ne devriez pas enrôler de si jeunes en-fants dans vos combines… elle sait à peine marcher…

Sur le moment, je ne compris pas pour-quoi elle disait cela. La pauvre Caroline tomba du banc, s'emmêla les pieds dans son tee-shirt et avança péniblement vers nous, levant sa frimousse de poupée qui me serra aussitôt le cœur.

–Aidez-nous, s’il vous plaît, l’implora Franck en suivant du regard son amie qui ne devait avoir, à présent que deux ou trois ans.

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La sorcière s’avança vers eux. –Pourquoi je le ferais ?

–Parce que vous êtes la seule qui puisse le faire, lui dis-je en aidant mon amie à nous rejoindre sur le banc.

Mlle Bavent croisa les bras et fit la moue.

–Peut-être. Et si je n’ai pas envie de vous aider ? Vous avez quelque chose à me donner en échange ?

J'échangeai un regard inquiet vers mes amis. Puis, mon attention se porta sur Caroline. Elle était encore plus petite que tout à l'heure. Et seulement quelques minutes s'étaient écoulées. Si je ne trouvais pas d’arguments à lui fournir, elle y resterait certainement.

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La sorcière suivit mon regard. Tout cela semblait l’amuser.

–Elle… elle va mourir si vous ne faites rien !

La femme haussa les épaules. –Ce n'est pas mon problème...

J'avais perdu tout espoir. Visiblement, cette femme n’en avait rien à faire de tout ça, bien que la situation de Caroline l'amu-sait au plus au point.

–Dommage, soupira-t-elle. J’aurais bien aimé savoir comment tout ceci va se terminer. Je dois vous laisser, les enfants. J’ai des choses à faire…

À ce moment-là, Franck se précipita vers elle et la retint par le bras.

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–Dites-nous ce que vous voulez !

Mlle Bavent sourit tout d’abord et se-coua la tête.

–Tu ne pourras pas me donner ce que je veux, mon garçon, dit-elle avec regret. Car ce n’est pas à toi qu’incombe le choix de me l’octroyer. Mais j’apprécie que tu me le demandes quand même.

Le garçon s’agita. À ce rythme-là, je ne savais plus quoi penser. Mais elle eut vite faite de dissiper mes doutes. Elle posa ses mains sur ses épaules et lui sourit.

–Je vais vous aider.

Elle releva la tête et tendit une main vers Caroline.

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pe-tite, viens…

Inutile de dire qu'elle aussi avait envie de fondre devant ce regard poupin, ça se voyait rien qu'à l'expression qu'elle affi-chait. Et sa voix était d'une douceur que je ne lui connaissais pas. D'ailleurs, tout aussi surprise que moi, Caroline jeta un regard dans ma direction. Je lisais dans ses yeux qu'elle savait qu'elle n'avait pas d'autres choix. Cela me serra le cœur alors que je tentais de lui dissimuler mon inquiétude derrière un sourire qui se voulait rassurant. J'avais vraiment l'impression de la mener à l'abattoir. De nouveau, la voix de la sorcière résonna dans l'église.

-Caroline...

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ap-pel implorant. Entrouvrant les lèvres, j'aper-çus un nuage de fumée s'échapper de sa bouche et voler dans notre direction. Je sa-vais que cela ne m'était pas destiné et je lais-sai donc la fumée s'engouffrer dans les na-rines de mon amie. Une expression de pure perplexité prit alors forme sur son visage. Elle tourna la tête vers la sorcière, qui, les bras tendus, murmurait toujours son nom.

Caroline ne résista pas cette fois. Elle avança lentement. Je me tortillai un instant, quelque peu inquiet. Qu'allait-il se passer à présent ?

–C'est bien, Caroline, viens voir ma-man...

Si la situation ne s'y prêtait pas, j'aurais trouvais ça louche. Cependant, je continuais

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à me questionner sur le bien fondé de toute cette mise en scène. Avait-elle réellement l'intention de nous aider ou voulait-elle juste s’approprier Caroline pour quelques raisons obscures ? Après tout, elle avait bien tué des centaines d'enfants.

À ce moment-là, je regrettais ma déci-sion. Mais il était trop tard. Déjà, la fillette arrivait à sa hauteur. Lorsque ses jambes se dérobèrent sous elle, je m'élançai pour la rattraper. Mais ce fut la sorcière qui s'en chargea. D'un geste, elle me repoussa sur le banc avec une telle violence, que je me co-gnai la tête. À présent, Caroline gisait dans ses bras, évanouie. Dans mon for intérieur, je bouillonnais de rage et de frustration. In-utile d'entreprendre quoi que ce soit. Elle ne laissera personne approcher.

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C'est alors qu'une étrange clarté les en-veloppa, une sorte d'aura lumineuse aux couleurs changeantes, comme un nuancier. J'en étais presque émerveillé, tant cela me parut beau. Mais très vite, la lueur se dissi-pa et ce que je vis alors me glaça le sang. La sorcière leva la fillette au-dessus de son vi-sage puis, la serrant fortement contre sa poi-trine, elle la fit disparaître. Enfin, disparaître n'était pas le mot approprié. J'avais plutôt l'impression qu'elle l'avait introduit à l'inté-rieur d'elle-même. D'ailleurs, son ventre avait adopté une rondeur assez éloquente. Je frissonnai, incapable de faire quoi que ce soit, ni même de penser de manière cohé-rente. Quelle était donc cette curieuse pra-tique ?

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che-min que Caroline. Paralysés, ni Franck, ni moi, ne pûmes l'en empêcher. À son tour, elle se fondit dans le ventre de la sorcière.

–Allez-vous-en ! Nous ordonna Mlle Bavent alors que son visage s’assombrissait peu à peu.

Il se passa un moment avant que je ne m'aperçoive que je pouvais de nouveau bouger. J'ouvris la bouche pour parler, mais l’expression de douleur qu'affichait à pré-sent la sorcière, me fis perdre le fil de mes pensées.

–Qu…qu’est-ce qu’il se passe ? Bégaya Franck en remarquant sa mine grimaçante.

Je lui attrapai le bras. Il n'y avait plus rien à faire et je jugeai préférable d'obéir. Il en allait de la vie de mes amies.

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–Viens, ne restons pas là.

Tremblant de la tête aux pieds, je me ruai dans l’allée centrale. Franck se passa d’explication et me suivit sous le porche de l’église.

–Mais qu’est-ce qu’il se passe ? Répéta-t-il, lorsque j'eus refermé la porte derrière moi.

–Je ne le sais pas plus que toi, lui ré-pondis-je, alors que je faisais de nouveau pi-voter le battant. Mais je pense qu’il est pré-férable de ne pas rester prés de la sorcière.

Je me baissai et entrouvris la porte. –Et les filles ? Que va-t-il leur arriver ? Je me remémorai l’étrange scène. Si seulement je pouvais y répondre.

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Il y eut un cri effroyable. Sur le mo-ment, je fus incapable de l’identifier. Il ne s’agissait pas d’un cri ordinaire mais comme un mélange de plaintes aux intona-tions différentes.

Franck parut tout aussi surpris que moi. D’un geste de la main, je lui fis signe de me rejoindre. Franck s’accroupit à mes côtés et pencha la tête par la porte entre-bâillée.

Je ne la vis pas tout de suite. –Où est-elle ?

Le cri avait cessé et je ne l'aurais pas re-marquée si je n'avais pas aperçus Stéphanie. La pauvre fille se retrouva propulser contre le banc. S’ensuivit un vacarme épouvan-table de chaises et de banc renversés.

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Je me précipitai à la rencontre de la jeune fille qui gisait de tout son long entre deux bancs. Elle resta un moment immobile, le souffle court. Apparemment, elle s'était cognée contre le dossier de la chaise renver-sée à ses côtés, car elle se massait doulou-reusement la jambe. Elle poussa un grogne-ment et tenta de se redresser.

–Ça va ?

Je remarquai une étrange substance se coller à mes doigts lorsque je touchai son épaule. Apparemment, elle en était recou-verte de la tête aux pieds. Je ne savais pas de quoi il s'agissait, mais je me mis aussitôt, en tache de la retirer en frictionnant abon-damment la jeune fille avec ma veste. Elle se tâta les joues et grimaça en regardant ses doigts souillés. Franck nous rejoignit très

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vite.

Imperturbable, Mlle Bavent dansait à présent sur l’autel, pieds nus, une baguette de coudrier dans la main qu'elle secouait dans un rythme qu'elle seule entendait.

–Qu’est-ce que vous faites ? demandai-je en cherchant Caroline du regard.

Elle m'ignora royalement. Et Caroline n'était pas réapparue. J'avais peur. Je déglu-tis et tentai de donner à ma voix un peu plus de rigueur. Peut-être qu'elle me mon-trerait ainsi un peu plus d’intérêt ?

–Où est Caroline ? grondai-je.

–Elle n’est pas encore… euh, réappa-rue ? me demanda Stéphanie.

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–Qu’est-ce qu’il lui arrive ? Ça rime à quoi cette danse ?

Mais ni Stéphanie, ni moi n’eûmes le temps de lui répondre. La sorcière s'immo-bilisa et regarda dans notre direction. Étran-gement, elle semblait ne pas nous recon-naître. Puis, de nouveau, elle poussa un cri. Je me bouchai les oreilles.

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– C’est horrible ce cri !

Le sol tangua. Instinctivement, je me précipitai sous un banc, entraînant Stépha-nie, toujours en état de choc, avec moi.

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leva alors les bras au ciel. Je compris que son petit rituel touchait à sa fin. Sa bouche était ouverte et elle prononçait des paroles que personne n’entendait. Une lueur émana de son ventre et remonta le long de ses coudes.

C’est à ce moment-là que Caroline ré-apparut enfin. La sorcière la tenait à bout de bras, la brandissant tel un trophée.

– Caroline !

Nous quittâmes aussitôt notre abri et nous précipitâmes vers l’autel.

Les secousses cessèrent et Mlle Bavent descendit calmement de la table, comme si de rien n'était. Lentement, elle déposa Caro-line au sol, l'enroula dans sa cape et s’assit prés d’elle, sur les marches. La pauvre fille

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tremblait de tous ses membres. La sorcière était aussi pas mal secouée, mais ce n'était pas ma première préoccupation.

–Caroline, tout va bien ?

Je l'entendis pousser un grognement. Son regard passa sur chacun de nous puis, s’attarda sur la sorcière qu’elle mit visible-ment du temps à reconnaître. De nouveau, elle nous fixa, passa les mains sur sa figure puis rabattit les pans de la cape sur sa tête pour dissimuler son embarras.

–Oh, c’est pas vrai…

Elle renifla. La sorcière se releva et avança vers l'allée centrale qu'elle traversa de moitié. Nous nous écartâmes pour la laisser passer.

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