Université Claude Bernard Lyon 1 Semestre printemps 2016 - 2017 Préparation aux épreuves écrites du CAPES
Fiche 2
SUITES ET SÉRIES NUMÉRIQUES : CORRIGÉ DES EXERCICES
PARTIE I : Suites numériques
Exercice 7 : Suites de Cauchy
Une suite (un) est dite de Cauchy si elle vérifie
∀ε > 0 , ∃N ∈ N , ∀(p, q) ∈ N2, p, q ≥ N ⇒ |up− uq| < ε .
1 - Une propriété générale : Montrer que toute suite convergente est de Cauchy.
Soit (un) une suite convergente, de limite `.
Soit ε > 0.
Il existe N ∈ N tel que pour tout n ≥ N , on ait |un− `| < ε/2.
Soit p, q ≥ N . on a : |up− uq| = |up− ` + l − uq| < |up− l| + |uq− `| < 2 × ε/2 = ε . On en déduit que (un) est de Cauchy.
2 - Un exemple de suite de Cauchy non convergente.
On considère la suite (un) de terme général un=
n
X
k=0
1 k!.
(a) Soient p, q ∈ N, tels que p > q. Montrer que pour tout entier k vérifiant q + 1 ≤ k ≤ p, on
a : 1
k! ≤ 1 (q + 1)!
1
(q + 1)k−(q+1). Soit p, q ∈ N avec p > q. Soit k ∈Jq + 1, pK.
• Si k = q + 1, alors 1
(q + 1)k−(q+1) = 1 et l’inégalité est vérifiée.
• Si k > q + 1, on a
k! = (q + 1)!
k
Y
j=q+2
j ≥ (q + 1)!(q + 1)k−(q+2)+1 = (q + 1)!(q + 1)k−(q+1),
ce qui permet de conclure.
(b) En déduire que la suite (un) est de Cauchy.
Soit p, q ∈ N avec p > q. On a up− uq=
p
X
k=q+1
1
k! ≤ 1 (q + 1)!
p
X
k=q+1
1
(q + 1)k−(q+1). D’autre part :
p
X
k=q+1
1
(q + 1)k−(q+1) =
p−(q+1)
X
j=0
1
(q + 1)
j
≤ q + 1 q . On en déduit que up− uq ≤ q + 1
q 1
(q + 1)! = 1 qq!. Au final, pour tout p, q ∈ N∗, on a
|up− uq| ≤ max( 1 qq!, 1
qq!) ,
ce qui permet de conclure que |up − uq| peut être rendu arbitrairement petit pour p, q suffisamment grands.
(c) Montrer que (un) n’est pas convergente dans Q (on pourra se servir de l’exercice 1 ).
(un) est une suite de rationnels qui converge vers une limite réelle e qui n’est pas rationnelle.
Ainsi, (un) est de Cauchy dans Q mais ne converge pas dans Q.
3 - Cas des suites réelles.
(a) Montrer que toute suite de Cauchy réelle est bornée.
Soit (un) une suite de Cauchy réelle. On pose ε = 1. Il existe N ∈ N tel que, pour p, q ≤ N , on ait |up− uq| < 1. En particulier, pour tout p ≥ N , on a |uN − up| < 1, ce qui donne uN − 1 < up < uN + 1. Posons à présent M = max {u0, · · · , uN, uN+ 1} et m = min {u0, · · · , uN, uN+ 1}. On a par construction m ≤ un≤ M pour tout n ∈ N.
(b) Soit (un) une suite de Cauchy réelle. Pour tout n ∈ N, on note Wn= {uk, k ≥ n } . Justifier l’existence de an= inf(Wn) et bn= sup(Wn), et montrer que an≤ un≤ bn . Soit n ∈ N. Notons tout d’abord que Wn ⊂ {uk, k ∈ N} =: W . D’après ce qui précède, Wn est borné et non vide. Il admet donc une borne supérieure et une borne inférieure. On peut donc définir an= inf(Wn) et bn= sup(Wn).
Par définition, on a un∈ Wn, et par suite an≤ un≤ bn. (c) Montrer que (an) est croissante et que (bn) est décroissante.
Soit n ∈ N. On a Wn+1 = {uk, k ≥ n + 1} ⊂ {uk, k ≥ n} = Wn. La suite (Wn) est une suite décroissante (au sens ensembliste) d’ensembles.
On en déduit que pour tout n ∈ N :
inf(Wn+1) ≥ inf(Wn) et sup(Wn+1) ≤ sup(Wn) , d’où l’on déduit que (an) est croissante et (bn) est décroissante.
(d) Soit ε > 0. Montrer qu’il existe N ∈ N tel que, pour p ≥ n ≥ N on ait sup
p≥n
up ≤ un+ ε/2 et inf
p≥nup≤ un− ε/2 .
Soit ε > 0. La suite (un) étant de Cauchy, il existe N ∈ N tel que, pour tout p, q ≥ N , on ait |up− uq| ≤ ε/2.
Soit n ≥ N . Pour tout p ≥ N , on a |up−u−n| ≤ ε/2, c’est à dire un−ε/2 ≤ up≤ ε/2+un. Ceci étant valable pour tout p ≥ n, on en déduit :
un− ε/2 ≤ inf
p≤nup et sup
p≤n
up ≤ un+ ε/2 , (1)
c’est à dire un− ε/2 ≤ an et bn≤ un− ε/2.
(e) En déduire que (an) et (bn) sont adjacentes, puis que (un) converge.
Ainsi, on a
0 ≤ bn− an≤ (un+ ε/2) − (un− ε/2) = ε .
On en déduit que (bn− an)convergevers0, et donc (an) et (bn) sont adjacentes. Comme on a an≤ un≤ bn pour tout n ∈ N, on conclut avec le théorème des gendarmes.
PARTIE II : Séries numériques
Exercice 3 : Séries de Bertrand
Soient α, β deux réels. Pour tout n ∈ N∗, on pose un= 1
nα(ln n)β. On étudie les séries de la forme P un, communément appelées séries de Bertrand.
1 - On considère le cas α > 1. On pose γ = 1 + α
2 . Montrer que la suite (nγun) converge vers 0.
En déduire queP unconverge.
Notons que γ =1 + α
2 > 1. Pour tout n ∈ N∗, on a nγun= nγ−α
(ln(n))β .
Comme γ < α, on en déduit que la suite de terme général nγun converge vers 0.
En particulier, pour n assez grand, on a un ≤ 1
nγ. La série X 1
nγ étant une série de Riemann convergente (γ > 1), on obtient la convergence de la série de terme général un. 2 - Montrer que si α < 1, la sérieP undiverge.
Pour tout n ∈ N∗, on a nun= 1
nα−1(ln n)β = nγ (ln n)β .
On en déduit que la suite de terme général nun diverge (théorème de comparaison des suites de référence). D’où l’existence d’un rang N à partir duquel nun≥ 1 (i.e. un≥ 1/n).
D’après le théorème de convergence des séries à termes positifs, la série de terme général un diverge.
3 - On considère à présent le cas α = 1. On considère la fonction fβ : ]1, +∞[ −→ R
x 7−→ 1
x(ln x)β .
(a) Montrer que fβ est décroissante à partir d’un certain rang.
Pour tout x > 1, on a f0(x) = ln(x) + β
x2(ln(x))β+1, et donc f0(x) < 0 pour tout x > e−β. (b) Etudier la convergence de P un dans les cas β < 1, β > 1 et β = 1.
Indication : On pourra penser à utiliser les résultats de comparaison avec une intégrale.
Soit N0 ∈ N tel que N0 ≥ max(e−β, 1). D’après le théorème de comparaison avec une intégrale, on sait que X
n≥N0
1 n(ln(n)β et
Z ∞ N0
1
t(ln(t)βdt sont de même nature.
• β = 1 : Soit N ≥ N0. On a Z N
N0
1
t(ln(t)βdt = [ln(ln(t))]NN0 = ln(ln(N )) − ln(ln(N0)) . On en déduit que lim
N →∞
Z N N0
1
t(ln(t)βdt = +∞, et donc que la série X
n≥N0
1
n(ln(n) diverge.
• β < 1 : Pour N ≥ N0, on a Z N
N0
1
t(ln(t)βdt = 1
1 − β[ln(N )1−β − ln(N0)1−β]. Il vient que
N →∞lim Z N
N0
1
t(ln(t)βdt = +∞ et X
n≥N0
1
n(ln(n) diverge.
• β > 1 : La formule précédente permet d’affirmer que dans ce cas X
n≥N0
1
n(ln(n) converge.
Exercice 4 : Série harmonique - constante d’Euler Pour tout n ∈ N∗, on pose En=
n
X
k=1
1 k.
1 - (a) Montrer que Z k+1
k
1 tdt ≤ 1
k pour tout k ≥ 1 et que 1 k ≤
Z k
k−1
1
tdt pour tout k ≥ 2.
Considérons la fonction f définie sur [1, +∞[ par f (x) = 1/x. f est positive décroissante, et donc on a, pour tout entier n ≥ 1 et tout t ∈ [N, n + 1] : 1
n + 1 ≤ 1 t ≤ 1
n. En intégrant entre n et n + 1, on a
1 n + 1 ≤
Z n+1 n
1 tdt ≤ 1
n,
ce qui donne la première relation, ainsi que la seconde pour k ≤ 2 en posant n + 1 = k.
(b) En déduire que pour tout entier n ≥ 1, on a : ln(n + 1) ≤ En ≤ 1 + ln(n), puis que En ∼
n→+∞ln(n) .
Soit n ≥ 1. La question précédente donne : ln(n + 1) =
Z n+1 1
1 tdt =
n
X
k=1
Z k+1 k
1 tdt ≤
n
X
k=1
1
k = En. D’autre part, pour n ≥ 2, on a aussi (le cas n = 1 est à traiter à part) :
En− 1 =
n
X
k=2
1 k ≥
n
X
k=2
Z k k−1
1 tdt =
Z n 1
1
tdt = ln(n) , ce qui permet de conclure.
2 - (a) Pour tout n ∈ N∗, on pose un= En− ln(n). Montrer que la suite (un)n∈N∗ converge vers
Pour tout n ∈ N∗, on a un+1− un = 1
n + 1 − ln(n + 1) + ln(n) = 1 n + 1 −
Z n+1 n
1 tdt = Z n+1
n
1
n + 1 −1 t
dt ≤ 0 (en utilisant une nouvelle fois la décroissance de t 7−→ 1 t sur R+. D’après ce qui précède, on a, pour tout n ∈ N∗.
0 < ln
1 + 1
n
= ln(n + 1) − ln(n) ≤ En− ln(n) ≤ 1 .
On en déduit que (un) est croissante, minorée par 0 et majorée par 1, ce qui permet de conclure.
(b) Pour tout n ∈ N∗, on pose vn= En−ln(n+1). Montrer que les suites (un)n∈N∗ et (vn)n∈N∗
sont adjacentes, de limite γ.
Pour tout n ∈ N∗, on a vn+1− vn= 1
n + 1− ln(n + 2) + ln(n + 1) = 1 n + 1 −
Z n+2 n+1
1 tdt = Z n+2
n+1
1
n + 1 −1 t
dt ≥ 0. On en déduit que (vn) est croissante. Par ailleurs, il est évident que (un− vn) tend vers 0. La suite (un) étant convergente, on en déduit le résultat.
(c) Pour tout n ∈ N∗, on pose wn = un+1− un. Montrer que la série de terme général wn converge.
On considère la suite des sommes partielles définie par Sn=
N
X
k=1
wk= un+1− u1 pour tout n ∈ N∗. D’après ce qui précède, la suite de terme général (un) converge, et donc la suite (Sn) converge, ce qui revient à dire que la série de terme général (wn) converge.
(d) En déduire que
γ = 1 +
+∞
X
n=2
1 n− ln
n
n − 1
.
Pour tout p ∈ N∗, on a Sp =
p
X
n=1
wn =
p
X
n=1
(un+1− un) =
p
X
n=1
1
n + 1 − ln
n
n + 1
=
p+1
X
n=2
1
n− ln n − 1 n
. D’après ce qui précède, la suite (Sp) converge vers γ − u1 = γ − 1, ce qui donne le résultat.
Exercice 5 : Formule de Stirling
On considère la suite (un)n∈N∗ de terme général un= n!
√n
e n
n
.
1 - Pour tout n ∈ N∗, on pose vn = ln(un). Montrer que vn+1− vn= O 1 n2
. En déduire que la série de terme général vn+1− vn converge.
Pour tout n ∈ N∗, un+1 un
= e
n
n + 1
n+1/2
. Il vient :
vn+1− vn = ln(un+1) − ln(un) = ln un+1 un
= ln
"
e
n
n + 1
n+1/2#
= 1 +
n +1
2
ln n + 1 n
= 1 −
n + 1
2
ln
1 + 1
n
.
On utilise alors ln
1 + 1
n
= 1 n − 1
n2 + O 1 n3
, pour obtenir :
vn+1− vn= 1 −
n + 1
2
1 n− 1
n2 + O 1 n3
= O 1 n2
.
2 - En déduire que (vn)n∈N∗ et (un)n∈N∗ convergent. On note l la limite de (un)n∈N∗.
D’après ce qui précède, la série de terme général vn+1− vnconverge. Or, pour tout n ∈ N∗, on a Sn := Xn
k=1(vk+1− vk) = vn+1− v1. On en déduit la convergence de la suite (vn), puis de la suite (un) en utilisant la continuité de ln.
3 - Montrer que n! ∼
n→+∞l√ n
n e
n
.
La convergence de la suite (un) se traduit par l ∼
n→+∞
√n!
n
e n
n
, ce qui permet de conclure.
4 - On rappelle le résultat suivant (obtenu via les intégrales de Wallis - voir ficheINTÉGRATION) :
π = lim
n→∞
24n(n!)4 n [(2n)!]2 . montrer que l =√
2π.
On déduit de la question précédente n! ∼
n→+∞ l√ nn
e
n
et 2n! ∼
n→+∞ l√
2n 2n e
2n
. D’autre part, la formule précédente nous donne :√
π = lim
n→∞
22n(n!)2
√n(2n)!. On en déduit :
√π ∼
n→+∞ lim
n→∞
22n
l√
n
n e
n2
√n l√
2n 2n e
2n! =
√l 2,
ce qui permet de conclure.