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EVOLUTION DES TERRES AGRICOLES DANS LA COMMUNE DE SINENDE AU NORD-BENIN
Gildas Louis Djohy, Henri Sourou Totin Vodounon, Nickson Esther Kinzo
To cite this version:
Gildas Louis Djohy, Henri Sourou Totin Vodounon, Nickson Esther Kinzo. DYNAMIQUE DE
L’OCCUPATION DU SOL ET EVOLUTION DES TERRES AGRICOLES DANS LA COMMUNE
DE SINENDE AU NORD-BENIN. Cahiers du CBRST, Centre Béninois de la Recherche Scientifique
et Technique 2016, pp.101-121. �hal-01567316�
101
DYNAMIQUE DE L’OCCUPATION DU SOL ET EVOLUTION DES TERRES AGRICOLES DANS LA COMMUNE DE SINENDE AU NORD-BENIN
Gildas L. DJOHY
1, Henri S. TOTIN VODOUNON
1,2, Nickson E. KINZO
11Département de Géographie et Aménagement du Territoire, Université de Parakou, 03BP 303, Bénin, [email protected]
2Laboratoire Pierre PAGNEY, Climat, Eau, Ecosystèmes et Développement, Université d’Abomey-Calavi, 03BP 1122, Cotonou, [email protected]
RESUME
L’occupation des sols est l’un des principaux facteurs qui entraîne la dégradation des différentes formations végétales. Cette dégradation est d’autant plus inquiétante du fait des conditions climatiques et des pressions démographiques. L’objectif de ce travail est d’analyser la dynamique de l’occupation du sol et l’évolution des espaces agricoles afin de caractériser la variation du couvert végétal dans la Commune de Sinendé. Cette étude est basée sur l’analyse des images satellitaires prises en 1990, 2000 et 2010 et des données statistiques des espaces agricoles de 1995 à 2012. Les résultats de la dynamique d’occupation du sol montrent une régression de la forêt galerie (97,28 %), de la forêt dense semi-décidue (99,61 %) et de la savane saxicole (79,32 %) d’une part et une progression des espaces de cultures et jachères (51,31 %) et agglomérations (97,01 %) d’autre part. La régression des formations végétales est due à l’extension des espaces agricoles notamment la recherche de terre fertile, les pressions démographiques et les techniques culturales encore traditionnelles. Les principales espèces à valeur économique, épargnées dans les champs sont Vitellaria paradoxa, Parkia biglobosa, Anacardium occidentale et Mangifer aindica. Cette étude diachronique de l’occupation du sol permet d’apprécier les modifications du couvert végétal, les facteurs déterminants et en
102 perspective de prévoir des stratégies de préservation des ressources naturelles dans les zones semi-arides.
Mots-clés : Sinendé, dynamique, occupation du sol, analyse diachronique, espace agricole
ABSTRACT
Land use is one of the main factors causing degradation of different vegetation formations. This degradation is particularly worrying because of the weather, human activities especially the expansion of agricultural areas and population pressure. The aim of this study is to analyze the dynamics of land use and the development of agricultural areas in order to characterize the variation in vegetation cover in the district of Sinendé. This study is based on analysis of satellite images taken in 1990, in 2000 and 2010 and statistics in agricultural areas sown in the district of Sinendé from 1995 to 2012.The results of the land use dynamics showed a regression of the gallery forest (97.28 %), the semi-deciduous dense forest (99.61 %) and saxicole savannah (79.32 %) on one hand and growth of crops and fallow areas (51.31 %) and urban areas (97.01
%). The significant regression of vegetation is due to the expansion of agricultural areas and demographic pressures. The principal species spared by farmers are Vitellaria paradoxa, Parkia biglobosa, Anacardium occidentale and Mangifera indica. These different species make very significant economic services to the population, through the marketing and processing of fruit.
Keywords : Sinendé, dynamic, land cover, diachronic analysis, agricultural land
INTRODUCTION
L’évolution des formations naturelles est de plus en plus critique à cause du déboisement, du surpâturage, de la surexploitation des ressources fourragères, des feux de végétation et des techniques culturales (Bationo et al., 2006 ; Akoegninou et Akpagana, 1997).
Au Bénin, la destruction des ressources naturelles évolue à un
103 rythme assez inquiétant. En 1991, les estimations faisaient état d’une destruction annuelle moyenne de 100000 hectares de végétation naturelle à des fins culturales (Houndagba et al., 2007).
Les pratiques culturales entraînent la destruction de plusieurs centaines d’hectares de formations naturelles (Geny et al., 1992). Les producteurs n’ont pas trouvé un équilibre entre leurs systèmes de productions et l’exploitation de l’espace. Ainsi, leur milieu demeure l’agent principal de l’évolution régressive des formations végétales à travers les activités agricoles et les exploitations forestières. La formation végétale fait l’objet de pression permanente liée aux activités anthropiques (Akoegninou, 1984). La probabilité qu’une unité d’occupation des terres soit transformée en champ ou en jachère est forte et varie de 30 à 53 % au centre du Bénin (Oloukoï et al., 2007).
La commune de Sinendé connaît une forte pression sur les ressources naturelles végétales et surtout celle forestière à cause des activités anthropiques et celles agricoles en particulier. Le but de la présente étude est donc d’analyser la dynamique de l’occupation du sol et l’évolution des espaces agricoles dans la Commune de Sinendé au Nord du Bénin.
1. DONNEES ET METHODES 1.1. Présentation du secteur d’étude
La Commune de Sinendé au Nord-Bénin (figure 1) est située entre 10°20'41'' de latitude Nord et 2°22'45'' de longitude Est, et couvre une superficie de 2289 km² avec une population estimée à 88 383 habitants en 2013. Elle est limitée au Nord par la Commune de Gogounou, au Sud par celle de N’Dali, à l’Est par la Commune de Bembéréké et à l’Ouest par les Communes de Ouassa-Pehunco et Djougou. Le climat est de type soudano-guinéen avec deux saisons : une saison pluvieuse s’étendant de mai à octobre et une saison sèche allant de novembre à avril (Boko, 1988). Le maximum des précipitations est enregistré au mois de juillet et d’août qui sont
104 respectivement de 213 mm et 227 mm. Les hauteurs annuelles de pluie varient entre 1000 et 1200 mm (Gounou, 1985). Le régime des vents est caractérisé par le mouvement alternatif de l’harmattan qui souffle pendant la saison sèche et le vent humide qui souffle pendant la saison des pluies (Kora, 2006). La température moyenne varie tout au long de l’année entre 24,2 °C (septembre) et 29,5 °C (mars) soit une amplitude thermique de 5 °C (Kora, 2006).
Les sols sont de type ferrugineux tropicaux peu lessivés hydromorphes (29,47 %) et ferrugineux tropicaux lessivés à concrétions (25,43 %). Ces sols conviennent aux cultures de l’igname, du maïs, de l’arachide et du niébé, qui représentent les spéculations les plus cultivées dans la région (Ouorou Barre, 2010).
Le principal cours d’eau qui traverse la Commune est l’Alibori sur 306 km avec ses affluents que sont Niyori, Souédarou, Dandarou et Daousso (Kora, 2006). Il traverse la forêt classée de l’Alibori supérieur en passant par Gessoubani Gorobani. La végétation est caractérisée par des formations de savanes arborées, arbustives et herbeuses, de forets galeries et des mosaïques de champs et jachères (Kora, 2006).
1.2. Données utilisées
Les cartes d’occupation du sol des 1990, 2000 et 2010 ont été utilisées. Des statistiques sur l’évolution des espaces agricoles de 1995 à 2012 pour la Commune de Sinendé sont extraites de la base de données de la FAO disponibles en ligne (FAOSTAT, 2015). La caractérisation des différents types d’occupation du sol dans la Commune de Sinendé est faite à partir de la superposition des différentes cartes réalisées.
Toutes ces données ont été complétées par une enquête de terrain d’octobre 2014 à janvier 2015. L’enquête de terrain auprès de 121 individus a permis d’inventorier les espèces ligneuses à valeur économique sur les espaces agricoles dans la Commune de Sinendé.
105 Figure 1 : Situation géographique de la Commune de Sinendé 1.3. Méthodes de traitement des données
La dynamique spatiale est basée sur l’appréciation de l’évolution des états et la comparaison de la superficie des différentes unités d’occupation du sol. Pour l’analyse statistique de la dynamique d’occupation du sol, le taux de stabilité, de régression ou de progression des unités paysagiques est d’abord calculé d’une année à une autre. Ce calcul a été fait à l’aide de la formule appliquée par
106 Oloukoï et al. (2007), pour mesurer la croissance des agrégats macroéconomiques entre deux périodes données.
La variable considérée ici est la superficie (S). Ainsi, pour S1 et S2, correspondant respectivement à la superficie d’une catégorie d’occupation des sols en 1990, 2000 et 2010, les taux de variation des superficies ont été calculés par la formule :
100 . 1 1 (%) 2
−
= S Tv S
S2 - S1 = négatif, on conclut une régression du couvert végétal de l’année 1 à 2.
S2 - S1= positif, on parle d’une augmentation du couvert végétal de l’année 1 à 2.
S2 - S1= nul, on parle de stabilité du couvert végétal de l’année 1 à 2.
Les différentes espèces présentes sur les espaces agricoles ont été identifiées. Ainsi, les peuplements ligneux à valeur économique sur les terres agricoles sont faits à partir des principaux axes du milieu d’étude : Fô-Bouré-Sikki ; Sikki-Sinendé et Sinendé-Sèkèrè.
2. RESULTATS
2.1. Dynamique de l’occupation du sol
Les cartes d’occupation du sol de 1990 à 2010 ont permis de caractériser l’évolution du couvert végétal et des activités anthropiques dans la Commune de Sinendé.
2.1.1. Etat de l’occupation du sol en 1990
La figure 2 permet de caractériser l’évolution de l’état d’occupation du sol en 1990.
107 Figure 2 : Occupation du sol dans la Commune de Sinendé en 1990 La forêt dense semi-décidue prédomine de 92716 ha et se répartir sur environ 39,34 % de toute la superficie de la Commune. Les savanes arborées et arbustives et les champs et jachères représentent respectivement 67889 ha soit 28,81 % et 61131 ha soit 25,95 %. La galerie forestière occupe 9435 ha soit 4 % et la forêt claire et savane boisée 2003 ha soit 0,85 %. La savane saxicole représente 1557 ha
108 soit 0,66 %, l’agglomération 737 ha soit 0,31 % et la plantation 184 ha soit 0,08 %.
2.1.2. Etat de l'occupation du sol en 2000
La figure 3 a permis d’apprécier le niveau de dégradation du couvert végétal et l’occupation du sol dans la Commune de Sinendé au cours des années 2000.
Figure 3 : Occupation du sol dans la Commune de Sinendé en 2000
109 L’analyse de la figure 3 montre que les savanes arborées et arbustives constituent les formations végétales dominantes avec 162001 ha soit 68,74 % de la superficie totale de la Commune de Sinendé. Les champs et jachères et la forêt claire et savane boisée occupent respectivement 68745 ha soit 29,17 % et 2638 ha soit 1,11
%. L’agglomération occupe 853 ha soit 0,36 % et la forêt dense semi-décidue 424 ha soit 0,20 %. La galerie forestière, la savane saxicole et la plantation représentent respectivement 468 ha soit 0,20
%, 322 ha soit 0,13 % et 201 ha soit 0,09 %.
2.1.3. Etat de l'occupation du sol en 2010
Les images satellitaires prises en 2010 (figure 4) dans la Commune de Sinendé révèlent une importante variation du couvert végétal comparativement aux images prises en 1990 et 2000.
110 Figure 4 : Occupation du sol dans la Commune de Sinendé en 2010 La figure 4 montre que les savanes arborées et arbustives sont de 138394 ha soit 58,73 %. Elles sont suivies respectivement par les
111 champs et jachères de 92496 soit 39,25 %, la forêt claire et savane boisée de 1835 ha soit 0,78 %, l’agglomération de 1452 ha soit 0,62
% et la plantation de 535 ha soit 0,23 %. La forêt dense semi-décidue occupe 361 ha soit 0,15 %. La savane saxicole et la galerie forestière occupent respectivement 322 ha soit 0,13 % et 257 ha soit 0,11 %.
2.2. Bilan de l’occupation du sol entre 1990 et 2000
L’évolution des superficies d’unités d’occupation du sol entre 1990 et 2000 (figures 2 et 3) est présentée dans le tableau I.
Tableau I : Etat de l’occupation du sol entre 1990 et 2000 Unités d'occupation
du sol
Etat de Progression ou Régression (1990-2000)
Taux de variation (1990-2000)
En ha (%) (%)
Agglomération 116 0,05 15,74
Forêt claire et savane boisée
635 0,26 31,70
Forêt dense semi- décidue
-92292 -39,14 -99,54
Galerie forestière -8967 -3,8 -95,04
Savane arborée et arbustive
94112 39,93 138,63
Savane saxicole -1235 -0,53 -79,32
Plantation 17 0,01 9,24
Champs et jachères 7614 3,22 12,46
Source : IGN, 1990 et 2000
Le bilan des périodes 1990 et 2000 montre que les forêts denses semi-décidues ont connu une régression de 39,14 %, car elles sont les plus exploitées. Les savanes arborées et arbustives ont connu une progression de 39,93 %. La galerie forestière au cours de la même période a régressé de 3,8 %. Les champs et jachères ont connu une progression de 3,22 %, en raison des défrichements des formations végétales naturelles à des fins agricoles. Les formations végétales (forêt dense semi-décidue ; galerie forestière et savane saxicole) sur
112 la période de 1990 à 2000 ont régressé de 79,32 % à 99,54 % au profit des savanes arborées et arbustives (138,63 %) et les forêts claires et savanes boisées (31,7 %).
2.3. Bilan de l’occupation du sol entre 2000 et 2010
Le tableau II présente la synthèse statistique de l’occupation du sol entre 2000 et 2010 (figures 3 et 4) dans la Commune de Sinendé.
Tableau II : Etat de l’occupation du sol dans la Commune de Sinendé entre 2000-2010
Unités d'occupation du sol
Etat de progression ou régression (2000-2010)
Taux de variation (2000-2010)
En ha (%) (%)
Agglomération 599 0,26 70,2
Forêt claire et savane boisée
-803 -0,33 -30,4
Forêt dense semi- décidue
-63 -0,05 -14,9
Galerie forestière -211 -0,09 -45,1
Savane arborée et arbustive
-23607 -10,01 -14,6
Savane saxicole 0 0 0
Plantation 334 0,14 166,2
Champs et jachères 23751 10,08 34,5
Source : IGN, 2000 et 2010
Le bilan des deux périodes 2000 et 2010 montre que les savanes arborées et arbustives ont connu une régression de 10,01 %. Les champs et jachères ont connu une progression de 10,08 %, en raison de la mauvaise gestion des formations végétales. Ce qui entraîne la régression du couvert végétal selon 53 % des enquêtés. Les activités agricoles constituent les causes majeures de la dégradation du couvert végétal dans la Commune de Sinendé. Les savanes et les forêts disparaîtraient à ce rythme de régression, combiné aux impacts des changements et variabilités climatiques. Les formations
113 végétales naturelles (forêt claire et savane boisée ; forêt dense semi- décidue ; galerie forestière ; savane arborée et arbustive ; savane saxicole) ont régressé de 14,6 % à 45,1 % au profit des agglomérations (70,2 %) et des champs et jachères (34,6 %).
2.4. Dynamique de l’occupation du sol entre 1990 et 2010
La synthèse de l’occupation du sol (figures 2 et 4) entre 1990 et 2010, est présentée dans le tableau III.
Tableau III : Etat de l’occupation du sol entre 1990 et 2010 Unités d'occupation
du sol
Etat de Progression ou Régression (1990-2010)
Taux de
variation (1990-2010)
En ha (%) (%)
Agglomération 715 0,31 97,01
Forêt claire et savane boisée
-168 -0,07 -8,39
Forêt dense semi- décidue
-92355 -39,19 -99,61
Galerie forestière -9178 -3,89 -97,28 Savane arborée et
arbustive
70505 29,92 103,85
Savane saxicole -1235 -0,53 -79,32
Plantation 351 0,15 190,76
Champs et jachères 31365 13,3 51,31
Source : IGN, 1990 et 2010
Les périodes 1990 et 2010 montrent que les forêts denses semi- décidues ont connu une régression de 39,19 %. Or, les champs et jachères ont connu une progression de 13,3 %, en raison de l’augmentation des espaces agricoles. Les formations végétales naturelles (forêt claire et savane boisée ; forêt dense semi-décidue ; galerie forestière et savane saxicole) ont régressé de 8,39 % à 99,61
% au profit des agglomérations (97,012 %), des savanes arborées et arbustives (103,85 %), des plantations (190,76 %) et des champs et jachères (51,31 %).
114 2.5. Synthèse de l’occupation du sol à Sinendé en 1990, 2000 et 2010
La figure 5 présente en proportion les différentes unités d’occupation des terres dans la Commune de Sinendé. Les différentes formations végétales (forêts et savanes) ont connu une régression entre 1990 et 2010, contrairement aux unités de cultures et jachères qui ont progressé. Les champs et jachères sont passés de 25,95 % en 1990 à 29,17 % en 2000 et à 39,25 % en 2010. Cette augmentation des espaces de culture a entraîné une régression des formations végétales. Ainsi, les savanes arborées et arbustives sont passées de 28,81 % en 1990 à 68,74 % en 2000 et à 58,73 en 2010. La diminution du couvert végétal est liée à l’augmentation considérable des terres agricoles et la pratique des feux de végétation.
L’augmentation des espaces de culture contribue à la diminution des formations végétales naturelles. L’accroissement rapide de la population constitue également un agent de destruction du couvert végétal. Au Recensement Général de la Population et de l’Habitation (RGPH4), la population de Sinendé a augmenté considérablement de 88383 habitants en 2013 contre 63373 habitants en 2002, 40769 habitants en 1992 et 24407 habitants en 1979. Cette croissance démographique a pour conséquence la forte demande en ressources alimentaires et en espaces d’habitation, deux faits très perceptibles dans l’environnement de Sinendé.
0,31 0,85
39,34
4 28,81
0,66
0,08 25,95
1990
Ag Fc-Sb Fdsd Gf Saa Ss Pl Cj
115 Figure 5 : Unités d’occupation du sol en 1990, 2000 et 2010 à
Sinendé Ag = Agglomération
Fc-Sb = Forêt claire et savane boisée Fdsd = Forêt dense semi-décidue Gf = Galerie forestière
Saa = Savane arborée et arbustive Ss = Savane saxicole
Pl = Plantation
Cj = Champs et jachères 0,36 1,11 0,2
0,2
68,74 0,13
0,09
29,17
2000
Ag Fc-Sb Fdsd Gf Saa Ss Pl Cj
0,62%
0,78%0,15%
0,11%
58,73%
0,13%
0,23%
39,25%
2010
Ag Fc-Sb Fdsd Gf Saa Ss Pl Cj
116 2.6. Evolution des espaces agricoles des principales cultures La production agricole constitue la première activité et occupe plus de 80 % des populations de la Commune de Sinendé. La figure 6 montre l’évolution des superficies emblavées, un des facteurs principaux de l’extension des paysages de champs et jachères.
Figure 6 : Variation interannuelle des terres culturales emblavées L’analyse de la figure 6 montre que sur la période de 1995 à 2012, les terres emblavées pour la production du coton ont augmenté de 12257 ha en 1995 à 41268 ha en 2001, soit un écart de 29011 ha, puis un déclin de 26315 ha sur la période de 2001 à 2012. L’espace emblavé pour la culture de l’igname a connu une hausse de 7077 ha de 1995 à 2012. Quant à l’espace de production du maïs, il a augmenté de 16656 ha sur la période de 1995 à 2012. L’espace de
0 10000 20000 30000 40000 50000
1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012
Superficie (ha)
Coton Igname Maïs
0 2000 4000 6000 8000 10000 12000
1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012
Superficie (ha)
Sorgho Niébé Arachide
117 production du sorgho a connu un déclin de 792 ha de 1995 à 2012 et l’espace de production du niébé a connu une hausse de 8388 ha de 1995 à 2006, puis un déclin de 8395 ha de 2006 à 2012. L’aire de production de l’arachide a connu une hausse de 1677 ha de 1995 à 2008. Le besoin permanent en nouvelles terres pour les différentes cultures est à l’origine de la dégradation de l’environnement surtout du couvert végétal (photo 1).
a b
Photo 1 : Indicateurs de la destruction du couvert végétales au profit des champs de coton (a) et par les exploitants forestiers (b) dans la
Commune de Sinendé Source : Djohy G. L., Novembre 2014
La pression des populations sur le couvert végétal entraîne l’absence du peuplement ligneux sur les espaces agricoles et dans les forêts ou galeries forestières. La disparition des formations végétales entraîne l’augmentation des gaz à effet de serre tel que le dioxyde de carbone (CO2) et le Méthane (CH4) dans l’atmosphère. L’équilibre écologique est ainsi rompu avec comme corollaires : la récession pluviométrique, l’augmentation de la température, l’érosion hydrique qui favorise la dégradation des éléments fertilisants du sol, la baisse des rendements sur les sols dégradés. Les espèces ligneuses forestières épargnées de la destruction par les agriculteurs dans les champs et autour des agglomérations sont celles à valeur économique comme notamment le Vitellaria paradoxa, Anacardium occidentale, Parkia biglobosa, Mangifera indica et Adansonia digitata.
118 3. DISCUSSION
L’analyse des cartes d’occupation du sol (1990, 2000 et 2010) montre une augmentation des espaces culturaux et une diminution des formations végétales naturelles. Pour Adjonou et al. (2010), les forêts denses sèches et galeries forestières connaissent une régression de 1,29 % par an, tandis que les savanes et champs connaissent une augmentation de 1,77 % par an. Les causes de la dégradation du couvert végétal sont d’origine anthropique et peuvent aussi être d’origine climatique lorsque la zone écologique ne bénéficie pas de la pluviosité minimale devant permettre la reconstitution spontanée des formations végétales (Kokou et al., 2006 ; Adjonou et al., 2010).
Les activités agricoles constituent les causes majeures de la dégradation de la végétation (Arouna et al., 2010 ; Tente et al., 2011). Ainsi, la superficie des formations végétales (savanes et forêts) régresse en faveur de celle des activités anthropiques notamment les champs et jachères et les agglomérations (Amakpe, 1998 ; Sagbo, 2000 ; Gominan, 2011). De même l’émondage incontrôlé de certaines espèces végétales entraîne à long terme la disparition de ces espèces (Houndagba et al., 2007). Cette régression des formations végétales naturelles s’accompagne de la perte de la biodiversité et de la dégradation des terres.
La modification des paramètres climatiques ces dernières années, notamment la baisse des précipitations et la hausse des températures induit une diminution de la disponibilité des ressources en eau et par conséquent influence la production agricole et les formations végétales. L’instabilité climatique en provoquant un changement de comportement des paysans, constitue le principal facteur de dégradation à l’intérieur et autour des réserves forestières (Tabopda et al., 2005). Etant donné que le Nord du Bénin connaît un climat soudanien à une saison sèche et une saison pluvieuse, les modifications climatiques affectent non seulement les activités anthropiques mais également les formations végétales.
Les réserves forestières et bon nombre d’aires protégées sont de plus en plus soumises aux contraintes de la sécheresse et de la démographie qui entraînent leur dégradation (Tabopda et al., 2005).
119 L’accroissement rapide de la population entraîne une augmentation des besoins alimentaires et des besoins en logement (habitation).
Cela est également à l’origine des différents problèmes environnementaux (MEHU, 2001). Ainsi, les formations végétales, malgré leur grande utilité pour les communautés sont menacées par la déforestation, la production du charbon de bois, l’utilisation abondante de bois de chauffe, la culture itinérante sur brûlis et l’exploitation illégale de bois (FAO, 1999). Ces pratiques contribuent à la diminution des formations végétales dans la Commune de Sinendé.
CONCLUSION
L’analyse de l’état d’occupation du sol dans la Commune de Sinendé a montré une régression sensible des formations végétales naturelles (forêts et savanes) et une progression des paysages aménagés. Les formations végétales sont passées de 173600 ha en 1990 à 165853 ha en 2000 et 141169 ha en 2010, soit une régression de 32431 ha (6,75
%) entre 1990 et 2010, tandis que les activités anthropiques ont connu une augmentation de leur superficie passant de 61131 ha en 1990 à 68745 ha en 2000 et 92496 ha en 2010, soit 14,10 %. Cette régression des formations végétales est particulièrement critique. Les savanes boisées et les forêts sont détruites dans le but d’obtenir des terres cultivables afin de développer particulièrement la culture du coton. Cette destruction du couvert végétal entraîne la dégradation du sol.
REFERENCES
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